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Quand l'exemple
vient d'Israël
Même s'il n'y a
aucune gloire à tirer d'une remise en place du chanteur Khaled, sa
légendaire naïveté lui servant de circonstance atténuante, il ne
serait par contre pas superflu de revenir sur sa façon d'assumer son
concert à El Ayoun occupée. Si notre talentueux artiste, toujours mû
par sa spontanéité, a le droit le plus absolu de se déclarer ami du
roi Mohamed VI, souverain d'un «pays frère» selon la formule tant
officielle que populaire, il y a par contre à redire sur son auto
qualification d'apolitique, alors que le fait même de chanter à El
Ayoun, ville du Sahara occidental sous le joug des forces
d'occupation marocaine, est éminemment politique, même s'il s'en
défend. Comme pour infliger un cinglant démenti sur ce registre à
Khaled et à sa prétendue neutralité, qu'il faut se garder de passer
sous silence pour ne pas en faire un précédent toléré, à suivre par
d'autres artistes algériens, l'actualité de cette semaine a fourni
au monde une précieuse matière de contre-argument, émanant…
d'Israël. Pas de son Etat sioniste et fasciste, évidemment, mais
d'une cinquantaine d'artistes, notamment d'acteurs, qui ont signé
une pétition déclinant leur refus catégorique de se produire à
Ariel, une colonie juive très importante dans laquelle ils ont été
sollicités pour un spectacle. Leur argument ne souffre aucune
équivoque : c'est un lieu d'occupation, et y donner un spectacle
revient à cautionner cette atteinte au droit international. Il faut
préciser que ces artistes israéliens ne sont pas connus et fichés
comme étant des opposants notoires. Donc cette position est un juste
un rappel d'évidence, et c'est là la véritable indépendance et
liberté de l'artiste et du créateur intellectuel par rapport à
l'espace politique. Pour Khaled, sa sincérité et sa bonne foi ne
doivent aucunement l'absoudre ni le dédouaner d'une caution de fait
à une politique d'illégale occupation, travers dans lequel des
artistes israéliens ont refusé de se laisser prendre, ni embobiner,
ni manipuler. Le commun des Algériens, dépourvu du statut de vedette
internationale dont se prévaut (pas toujours à tort, faut-il le
préciser) Khaled, sait par intuition qu'il ne faut se fourguer dans
le jeu du Roi, lorsqu'il s'agit du Sahara occidental, le souverain
chérifien fertilisant et exploitant le moindre soutien à sa sinistre
cause, même à l'insu de celui ou celle qui aura prodigué (malgré lui
?) ce soutien, en participant à un concert sur les lieux du crime.
Ensuite, les déclarations imbibées de bonne intention, du genre
«j'irai chanter à El Ayoun une fois qu'elle sera libérée» ne
pourront aucunement effacer le fait accompli, la parole de
rédemption ne pesant que très peu devant un acte de présence, donc
un geste de caution. Ces lignes ne sauraient aucunement être tenues
pour un quelconque appel au boycott envers le Maroc et ses artistes,
ces derniers, toujours invités et appréciés, se sentant sur notre
sol comme chez eux, ni une invite adressée aux artistes algériens à
ne pas se rendre chez nos voisins de l'Ouest. Pour revenir au Sahara
occidental, il ne faut pas perdre de vue que de grandes stars
internationales espagnoles, parmi lesquelles les immenses acteurs
Penelope Cruz et Xavier Bardem ou le talentueux réalisateur
Almodovar ne ménagent pas leur soutien à la juste cause du peuple
sahraoui, sans compter tous les noms illustres qui ont soutenu le
combat de Aminatou Haidar pour la dignité. Cela n'a-t-il pas donné à
réfléchir à notre bon vieux Khaled, qu'il ne faut pas perdre pour
autant, parce que d'autres cherchent à le gagner. Pour exorciser son
erreur, il s'est barricadé derrière un paravent de candide : «Je ne
fais pas de politique». Soit, mais ceux qui te manipulent, mon
gentil bougre, ils en font, de la politique. A moins que, à sa
décharge, les Marocains lui aient dit que «El Ayoun», c'est le
nouveau nom de Agadir. Il a pu gober le canular. Pourquoi ? Parce
que c'est Khaled,
pardi !...
Par Nadjib
Stambouli
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