Semaine du 1 au 7 septembre 2010

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Quand l'exemple vient d'Israël

 

 
 
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Quand l'exemple vient d'Israël

Même s'il n'y a aucune gloire à tirer d'une remise en place du chanteur Khaled, sa légendaire naïveté lui servant de circonstance atténuante, il ne serait par contre pas superflu de revenir sur sa façon d'assumer son concert à El Ayoun occupée. Si notre talentueux artiste, toujours mû par sa spontanéité, a le droit le plus absolu de se déclarer ami du roi Mohamed VI, souverain d'un «pays frère» selon la formule tant officielle que populaire, il y a par contre à redire sur son auto qualification d'apolitique, alors que le fait même de chanter à El Ayoun, ville du Sahara occidental sous le joug des forces d'occupation marocaine, est éminemment politique, même s'il s'en défend. Comme pour infliger un cinglant démenti sur ce registre à Khaled et à sa prétendue neutralité, qu'il faut se garder de passer sous silence pour ne pas en faire un précédent toléré, à suivre par d'autres artistes algériens, l'actualité de cette semaine a fourni au monde une précieuse matière de contre-argument, émanant… d'Israël. Pas de son Etat sioniste et fasciste, évidemment, mais d'une cinquantaine d'artistes, notamment d'acteurs, qui ont signé une pétition déclinant leur refus catégorique de se produire à Ariel, une colonie juive très importante dans laquelle ils ont été sollicités pour un spectacle. Leur argument ne souffre aucune équivoque : c'est un lieu d'occupation, et y donner un spectacle revient à cautionner cette atteinte au droit international. Il faut préciser que ces artistes israéliens ne sont pas connus et fichés comme étant des opposants notoires. Donc cette position est un juste un rappel d'évidence, et c'est là la véritable indépendance et liberté de l'artiste et du créateur intellectuel par rapport à l'espace politique. Pour Khaled, sa sincérité et sa bonne foi ne doivent aucunement l'absoudre ni le dédouaner d'une caution de fait à une politique d'illégale occupation, travers dans lequel des artistes israéliens ont refusé de se laisser prendre, ni embobiner, ni manipuler. Le commun des Algériens, dépourvu du statut de vedette internationale dont se prévaut (pas toujours à tort, faut-il le préciser) Khaled, sait par intuition qu'il ne faut se fourguer dans le jeu du Roi, lorsqu'il s'agit du Sahara occidental, le souverain chérifien fertilisant et exploitant le moindre soutien à sa sinistre cause, même à l'insu de celui ou celle qui aura prodigué (malgré lui ?) ce soutien, en participant à un concert sur les lieux du crime. Ensuite, les déclarations imbibées de bonne intention, du genre «j'irai chanter à El Ayoun une fois qu'elle sera libérée» ne pourront aucunement effacer le fait accompli, la parole de rédemption ne pesant que très peu devant un acte de présence, donc un geste de caution. Ces lignes ne sauraient aucunement être tenues pour un quelconque appel au boycott envers le Maroc et ses artistes, ces derniers, toujours invités et appréciés, se sentant sur notre sol comme chez eux, ni une invite adressée aux artistes algériens à ne pas se rendre chez nos voisins de l'Ouest. Pour revenir au Sahara occidental, il ne faut pas perdre de vue que de grandes stars internationales espagnoles, parmi lesquelles les immenses acteurs Penelope Cruz et Xavier Bardem ou le talentueux réalisateur Almodovar ne ménagent pas leur soutien à la juste cause du peuple sahraoui, sans compter tous les noms illustres qui ont soutenu le combat de Aminatou Haidar pour la dignité. Cela n'a-t-il pas donné à réfléchir à notre bon vieux Khaled, qu'il ne faut pas perdre pour autant, parce que d'autres cherchent à le gagner. Pour exorciser son erreur, il s'est barricadé derrière un paravent de candide : «Je ne fais pas de politique». Soit, mais ceux qui te manipulent, mon gentil bougre, ils en font, de la politique. A moins que, à sa décharge, les Marocains lui aient dit que «El Ayoun», c'est le nouveau nom de Agadir. Il a pu gober le canular. Pourquoi ? Parce que c'est Khaled,

pardi !...

Par Nadjib Stambouli


 

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