hjk

 

Semaine du 1 au 7 septembre 2010

Jonction des intérêts des puissances et de l’idéologie islamiste

Logiques d’occupation et marques de soumission

L’Algérie renforce la prévention et la lutte contre la corruption

Qui en garantira l’efficacité ?

Prévention

Quand commencera la lutte contre la corruption ?

Démolition de la mosquée d’Aghrib

Démission de la tutelle

Politique

Bébé moustachu et électorat préexistant

Focus

L'Algérie et les ruptures en cours

Regard

Le cycle de la violence conjugale


 

 

 

 Nation


Accueil

Jonction des intérêts des puissances et de l’idéologie islamiste

Logiques d’occupation et marques de soumission

Faut-il prendre au sérieux les dernières déclarations de Malek Chebel sur l'Algérie ou les mettre sur le compte de la provocation qui sied d'ailleurs au personnage ?

Le 20 août dernier, lors d’une soirée organisée par Algérie News, dans le cadre de la seconde édition «Mille et une News», celui qui est considéré comme un spécialiste de l’islam et du monde arabe n’a pas écarté la menace d’une (re) colonisation de l’Algérie, mais sans donner trop de détails. A l’instar des autres pays du monde arabo-musulman, l’Algérie, a-t-il déclaré, «doit se préparer à subir un nouveau colonialisme». M. Chebel  a justifié ses pronostics par les fortes pressions subies par ces pays, en raison de leurs richesses naturelles, en ajoutant : «Déjà on parle de l’internationalisation de l’accès aux ressources naturelles, que ce soit le pétrole ou encore l’eau». L’anthropologue, également philosophe, psychanalyste et, à certaines heures, provocateur, a en outre fait savoir que dans ces pays, notamment en Algérie, le «front de contestation» va jouer un rôle déterminant, pour persuader les opinions publiques, sinon les conduire aux sources des ressources naturelles. Cette information, telle que rapportée par notre confrère Liberté, dans son édition du 22 août dernier, appelle différentes lectures. A moins d’une énième provocation, destinée à bousculer certains esprits frappés d’inertie, la démarche du chercheur à la Sorbonne ayant décidé de s’investir dans la géopolitique et la géostratégie, rappelle étrangement la sonnette d’alarme tirée, il y a quelques années, par certains qui ont alerté contre «le risque d’irakisation» de l’Algérie. D’après eux, l’axe Paris-Washington-Tel-Aviv, avec en arrière plan le soutien de l’axe Rabat - Ryad - le Caire attendait que «le pays soit suffisamment mûr pour le faire imploser de l’intérieur.» Malek Chebel nous renvoie également au concept de colonisation, qui a repris du service ces derniers temps. Un concept, comportant certes tant d’enjeux réels, mais qui a été aussi malmené, devenant pour certaines parties un fonds de commerce. Pour le dictionnaire du Robert, le colonialisme est défini comme une «doctrine qui vise à légitimer l’occupation d’un territoire ou d’un État, sa domination politique et son exploitation économique par un État étranger», tandis que pour le Petit Larousse, il est question d’un «système politique préconisant la mise en valeur et l’exploitation du territoire dans l’intérêt du pays colonisateur».

 «L’Algérie n’est qu’un lieu d’expression de cette idéologie»

En prévenant de la possibilité d’une (re) colonisation, l’auteur de «Un Kama-sutra arabe» (Fayard, 2006), «Toutes les sagesses d’islam» (First, 2009) et «Dictionnaire amoureux des Mille et Une Nuits» (Plon, 2010), se rallie vraisemblablement à tous ces analystes qui, se fondant sur la fébrilité des partisans du choc des civilisations, avaient prédit un avenir sombre, voire chaotique, pour les pays en développement. Surtout les pays arabo-musulmans enfermés dans un autoritarisme aux couleurs autocratiques et convoités pour leur manne pétrolière et les autres richesses. Seulement, Malek Chebel ne semble pas se soucier des détails, qui ont pourtant leur pesant d’or ; l’essentiel pour lui est apparemment de « jeter » des idées et de susciter réflexion ou même polémique. Il faut, peut-être, chercher les autres éléments du puzzle dans des interviews que cet expert a accordées, lors de son récent séjour en Algérie.

Dans l’entretien publié le 22 août dernier, par le quotidien L’expression, Malek Chebel a abordé l’indispensable combat des Musulmans contre «l’obscurantisme». «La liberté c’est un combat. C’est plus un ordre sociétal qu’il faut gagner», a-t-il affirmé, en précisant que ce combat «ne touche pas la charia du tout et qui va au-delà de la charia même.» Il a en outre tenté de définir l’islam moderne, qu’il a qualifié d’islam «des lumières», en révélant qu’il «est compatible avec le progrès et avec tous les éléments que la civilisation matérielle des hommes est capable de proposer à ses citoyens.» Plus loin, l’interviewé s’est exprimé notamment sur la problématique du voile, qui s’est généralisée curieusement en Algérie. Derrière ce phénomène, M. Chebel y voit «une idéologie globale qui prend en charge la gouvernance de la planète musulmane» et où l’Algérie n’est qu’un lieu d’expression de cette idéologie. «Les pays musulmans, dans leur ensemble, ne pourront sortir de la crise que s’ils trouvent et développent des mécanismes économiques et politiques suffisamment solvables et crédibles aux yeux de leurs citoyens et du monde», a-t-il insisté, plaidant pour le changement. Pour le concepteur de l’islam des lumières, le rapport de forces actuel est défavorable car l’islamisme, depuis 10 ans, «a pris le pas largement sur les autres formes de socialité, en tant qu’idéologie». L’autre motif, lié au premier, découlerait de l’absence «d’idéologie de rechange» ou encore du manque d’affirmation, par l’Etat, de «son positionnement et sa place», à travers l’amélioration de la gouvernance, la révision éventuellement «de fond en comble» des systèmes éducatifs et surtout le réajustement du «curseur moral». Doit-on donner raison à l’enfant de Skikda, devant l’action de verrouillage des sociétés de culture musulmane, alors qu’elles sont sensées jouer un rôle capital, aux côtés de leur Etat, contre la montée de l’intolérance et de l’islamophobie ?

En parlant d’islamophobie, rappelons qu’il y a quelques semaines, la presse nationale a fait part de l’appel d’une église américaine (Floride) pour brûler le Coran, le 11 septembre prochain, soit le jour commémoratif du double attentat ayant ciblé les USA.

Islamophobie, «un racisme apparu avec les colonisations»

Outre la vague d’islamophobie qu’a connue dernièrement l’Europe (caricatures du prophète des Musulmans, polémique sur le voile en France, campagne contre les minarets en Suisse, etc.), c’est au tour du pays de l’oncle Sam de faire subir des humiliations et violences aux citoyens de confession musulmane. Ceux-ci sont de plus en plus la cible d’agressions, dans différents Etats, sur fond d’une campagne électorale aux relents xénophobes. Cette situation a suscité la création toute récente d’une «coalition contre l’islamophobie», qui a dénoncé récemment «la tendance croissante à la haine contre les musulmans à New York et à travers les Etats-Unis». De nombreux observateurs mettent en exergue le lien existant entre le 11- septembre et les ondes d’islamophobie. D’aucuns pensent cependant que les attentats du 11 septembre 2001 sont à l’origine de la vague d’islamophobie, alors que d’autres les placent en seconde phase. Ces derniers, s’appuyant sur les thèses du penseur Samuel Huntington sur le conflit des civilisations (en 1992), se demandent si «les services du sionisme international» ne seraient pas derrière la programmation de cette islamophobie, puis du lancement, après les attentats de New York et de Washington, de l’idée selon laquelle l’islam est inconciliable avec les droits de l’homme et les valeurs démocratiques occidentales. Ils définissent l’islamophobie comme «un racisme apparu avec les colonisations», pour justifier la présence continue des forces américaines et de leurs alliés, dans les pays arabo-musulmans, et légitimant l’occupation, pour permettre aux USA de contrôler les richesses et s’assurer leurs besoins énergétiques. De plus, soutiennent-ils, la poursuite de l’occupation est aussi «une garantie pour la sécurité du régime sioniste». Le chercheur français Hervé Ryssen a, pour sa part, constaté que les «sionistes ont beau mettre tout le paquet pour embarquer l’Occident dans un choc des civilisations, il n’en reste pas moins que leur objectif principal à long terme est d’abolir toutes les nations et d’unifier toute la planète sous leur contrôle afin de préparer la venue du “Messie”»,  (réfence : «Les Espérances planétariennes»).

L’islamophobie en Occident et la colonisation sont intrinsèquement liés. Des analystes estiment que cet impérialisme, qui s’inscrit dans la tradition coloniale européenne et qui criminalise l’islam pour couvrir l’occupation, trouve  «une illustration importante dans la question palestinienne» : on oppose à un problème de fond, qui est la colonisation d’un pays et la résistance légitime d’un peuple à l’expansionnisme, une nouvelle opposition, créée de toutes pièces, qui est celle du combat de la démocratie (représentée évidemment par l’entité sioniste) contre les islamistes «intégristes» du Hamas.

Un enjeu appelé Sahel

En juillet dernier, le journaliste du Monde diplomatique, Alain Gresh, a signalé «un glissement» dans les prises de position de la droite dure ou des nouvelles formations populistes européennes qui, désormais, considèrent le conflit israélo-palestinien «comme l’une des composantes de la guerre de civilisation contre l’islam.» Ce revirement a été d’ailleurs applaudi par le commentateur israélien, qui a également écrit dans le quotidien Maariv (du 24 juin 2010) : «De nombreux Européens se rendent enfin compte des conséquences d’une politique de la porte ouverte à l’immigration issue de l’Afrique du Nord et des pays arabes.»  Dans le même article, Alain Gresh a aussi noté que, depuis de nombreuses années, des journalistes ou des intellectuels se sont mis de la partie pour dénoncer «l’invasion musulmane de l’Europe». D’après lui, l’abandon de  l’antisémitisme pour l’islamophobie et la position qui consiste à proclamer «qu’Israël serait le bastion avancé de la civilisation dans sa lutte contre la barbarie...» constituent un «tournant».

Un autre événement est venu marquer cette fois l’actualité. Il s’agit des derniers développements au niveau du Sahel, connu sous l’appellation du «ventre mou» de la sécurité de l’Algérie. Deux anciennes puissances coloniales, en l’occurrence la France et l’Espagne, ont en effet transgressé les décisions du Conseil de sécurité (dont la France est membre permanent) relatives à l’interdiction de paiement des rançons, en cherchant à saborder le tout nouveau Front du Sahel. La région du Sahel est à la fois un couloir stratégique et une zone tampon entre l’Afrique du Nord, la Méditerranée et l’Afrique. Riche en uranium, en diamants, en or, en cobalt et en eau, elle se distingue donc des autres régions. Ces dernières années, le Sahel est au cœur de toutes les attentions. D’aucuns y voient même une relation entre les enlèvements d’étrangers et la concurrence/complémentarité entre les Américains et les Français.

En revanche, d’autres affirment que la lutte d’influence entre des pays comme les Etats-Unis, la France, la Grande-Bretagne, la Chine, voire même Israël, est en train de prendre plusieurs formes. Mais, quelle que soit la forme qui sera prise, elle profiterait avant tout aux intérêts des puissances et viserait à affaiblir les pays de la région, principalement l’Algérie, qui se présente comme la force régionale incontournable. Question : comme l’Afghanistan et l’Irak, cette région risque-t-elle de devenir un nouveau terrain d’affrontements entre l’Occident et l’organisation criminelle Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) ?

Par Z’hor Chérief

 

Haut

L’Algérie renforce la prévention et la lutte contre la corruption

Qui en garantira l’efficacité ?

Annoncée pour le mois de mars dernier,  la décision de créer un office central de répression de la corruption a été finalement validée en conseil des ministres le 25 août dernier. Ce n'est pas tout, car dans le cadre de l'adoption de la loi de finances complémentaire 2010, la Cour des comptes qui dormait depuis des années a été réactivée. 

Même si ces prérogatives ne sont pas très différents de celles de l’Inspection générale des finances (IGF) qui a montré jusqu’à présent «ses limites» par rapport à la prévention de la corruption vu les scandale qui a secoué Sonatrach. Et même les bilans des entreprises publiques restent «flous» et sans précision, notamment sur les dépenses et la production. En tout cas, en attendant de voir l’action qui sera menée par ses mécanismes de lutte contre la corruption, il reste toujours le souci de l’efficacité sachant que les expériences précédentes ont montré la grande défaillance en matière de gestion , de prévention et d’intervention.

Des textes et des interrogations

Toutefois, le dernier Conseil des ministres a examiné et approuvé successivement quatre projets d’ordonnances qui découlent notamment de la directive présidentielle n°03 du 13 décembre 2009 relative au renforcement de la prévention et de la lutte contre la corruption. A cet effet, le Président Bouteflika qui  a relevé que le contenu de ces ordonnances vient compléter et renforcer les différentes mesures déjà en place pour améliorer la lutte contre la corruption et consolider la transparence dans le champ des activités financières. Il  a souligné qu’il revient, à présent, au «gouvernement et aux différents appareils de contrôle de veiller strictement à la mise en œuvre de toutes ces dispositions, pour préserver les deniers publics, lutter contre les diverses formes de fraudes et de crimes économies, et promouvoir la transparence dans les transactions et les affaires, au bénéfice des opérateurs honnêtes, des consommateurs et des citoyens en général».

Dans ce cadre, il a ordonné au gouvernement «de mettre à jour sans délai le statut des magistrats de la Cour des comptes, procéder à l’installation rapide de l’office central de répression de la corruption et veiller au développement et à la modernisation des différents services de contrôle économique et de lutte contre les diverses fraudes et atteintes au patrimoine public».

En  outre, il  a appelé les magistrats «à veiller au traitement transparent, légal et ferme, des affaires liées à la corruption, à l’atteinte aux deniers et au patrimoine publics, et aux fraudes et crimes économiques, qui seront introduites devant les juridictions».

Ainsi, on peut dire que le problème n’est pas dans les textes de loi ni d’organismes mais il s’agit avant tout de la transparence dans la gestion et l’efficacité dans la mise en œuvre et la qualité des magistrats. Toutefois, les textes et les institutions restent un cadre juridique qui a son poids, notamment en matière d’image envers les partenaires étrangers et les institutions mondiales.

Un office central de répression de la corruption

Dans ce cadre, il a été prévu une ordonnance modifiant et complétant la loi n°06-01 du 20 février 2006, relative à la prévention et à la lutte contre la corruption. A ce titre, le communiqué du conseil des ministres souligne que «la loi ainsi modifiée a déjà repris des dispositions pertinentes de la convention des Nations unies pour la prévention et la lutte contre la corruption que l’Algérie a été parmi les premiers pays à ratifier. De ce fait, la révision s’est limitée à améliorer le dispositif de lutte contre la corruption». Ainsi, l’Algérie qui a pris le choix d’ouvrir son économie même si ce n’est pas une ouverture «totale» est tenue d’assurer un climat d’affaires transparent et ce, en se mettant en conformité avec les normes internationales.

Dans ce contexte, il a été décidé  la création d’un office central de répression de la corruption. Cet organisme sera chargé des recherches et constatation des infractions de corruption et l’élargissement de la compétence des officiers de police judiciaire qui en relèveront sur l’ensemble du territoire national.  A ce propos, il est expliqué que «cette centralisation» donnera, à l’intérieur du pays, une plus grande efficacité à la lutte  contre la corruption, tout en facilitant également, à l’avenir, la coopération internationale, à travers Interpol, dans la lutte contre ce fléau.

En outre, la question d’octroi des marchés publics reste un vrai casse-tête et une source de corruption et avec un nouveau plan d’investissement public doté d’une enveloppe financière  de 286 milliards de dollars, le risque reste majeur pour se laisser aller dans «les malversations» pour l’obtention d’un marché.

Dans ce cadre, le dernier conseil des ministres a validé l’instauration d’une obligation légale pour toute personne physique ou morale, nationale ou étrangère, soumissionnant pour l’obtention d’un marché public, de signer une déclaration de probité par laquelle elle s’interdira de commettre ou d’accepter tout acte de corruption, et précisant qu’au cas contraire,  elle s’expose aux sanctions prévues par la loi.

La Cour des comptes réactivée après un long sommeil

Par ailleurs, après un long sommeil, la Cour des comptes sera finalement réactivée. A ce titre, une ordonnance modifiant et complétant l’ordonnance n°95-20 du 17 juillet 1995 relative à la Cour des comptes a été approuvée par le conseil des ministres.  Dans ce cadre,  différentes décisions ont été prises. Il s’agit notamment de  l’élargissement des missions de la Cour des comptes au renforcement de la prévention et de la lutte contre les diverses formes de fraudes, de pratiques illégales ou illicites, portant atteinte au patrimoine et aux deniers publics. Désormais, cette institution a habilitée à formuler «des recommandations visant au renforcement des mécanismes de protection des deniers publics et de lutte contre les fraudes et préjudices au Trésor public ou aux intérêts des organismes publics soumis à son contrôle».  Concernant la gestion des entreprises dans lesquelles l’Etat détient une participation majoritaire au capital ou un pouvoir prépondérant de décision, la Cour des comptes s’assurera «de l’existence, de la pertinence et de l’effectivité des mécanismes et procédures de contrôle et d’audits internes chargés de garantir la régularité de la gestion des ressources, la protection du patrimoine et des intérêts de l’entreprise, ainsi que la traçabilité des opérations financières, comptables et patrimoniales réalisées».

Sur ce dernier point, on remarque que ces missions sont parallèles à celles de  l’inspection générale des finances (IGF) qui active dans le champ de contrôle étendu aux entreprises publiques économiques. Donc, on se demande s’il n’y aura pas une confusion dans les prérogatives et le champ d’intervention.  Sachant que l’IGF, dont les missions ont été élargies depuis maintenant plus de deux ans a montré «ses limites» dans le contrôle surtout que les rapports ne sont pas «publics».

Toutefois, le communiqué du conseil des ministres explique que  «ces contrôles ne remettent pas en cause les attributions des gestionnaires des entreprises concernées, mais permettront à l’Etat de veiller à la protection de ses capitaux et participations et à garantir la bonne gouvernance des entreprises, propriété de l’Etat ou dans lesquelles il est l’actionnaire majoritaire».

Il est question aussi de l’obligation faite aux responsables des collectivités et organismes qu’elle contrôle, de communiquer ses conclusions aux organes délibérants dans un délai maximal de deux mois, tout en tenant informée la Cour des Comptes des suites réservées.

Enfin, le texte apporte un surcroît de clarifications en matière de responsabilité des agents, représentants ou administrateurs d’un organisme soumis à son contrôle.

Par ailleurs, en matière de transparence dans les activités bancaires, désormais, il sera appliqué aux banques et établissements financiers de la législation nationale en matière d’investissements étrangers et renforcer la protection des intérêts de l’Etat et ce, en disposant que  toute future ouverture de banque ou d’établissement financier par un investisseur étranger sera conditionnée par la détention de 51% du capital par des actionnaires nationaux. Et en cas de cession d’une banque ou d’un établissement financier dont le capital est étranger, l’Etat jouit d’un droit de préemption.

Il faut dire que ce renforcement sur le plan législatif,  même si l’Algérie a toute une loi sur la lutte contre la corruption adoptée depuis 2006, intervient après les scandales de corruption qui ont touché deux importants secteurs du pays, l’autoroute Est-Ouest et surtout l’affaire Sonatrach qui a bouleversé l’opinion publique vu le poids de cette entreprise dans l’économie nationale considérée comme «le symbole de la souveraineté nationale» en plus de l’image de l’Algérie sur le plan international et le monde économique. Mais est-ce que les  nouvelles mesures décidées  pourront garantir une transparence et une gestion efficace des deniers publics ?

Par Nacera Chenafi

Haut

 

Prévention

Quand commencera la lutte contre la corruption ?

Dix mois après avoir promis la création d'une «commission nationale ad hoc» pour lutter contre la corruption «sous toutes ses formes et ses manifestations», le président de la république vient de donner son feu vert pour la création d'un «office central de répression de la corruption» (OCRC). Le communiqué du Conseil des ministres tenu le 25 août dernier attribue à cet «office» les missions de «recherches et constatation des infractions de corruption». 

Il est également question de «l’élargissement de la compétence des officiers de police judiciaire qui en relèveront à l’ensemble du territoire national», ce qui permettra, selon le communiqué, de donner, «à l’intérieur du pays, une plus grande efficacité à la lutte contre la corruption, tout en facilitant également, à l’avenir, la coopération internationale, à travers Interpol, dans la lutte contre ce fléau».

Il paraît important ici de souligner le temps écoulé entre la déclaration de Abdelaziz Bouteflika, le 28 octobre 2009, au siège de la Cour suprême, à l’occasion de l’ouverture de l’année judiciaire 2009-2010, et l’annonce de la mise en place de cet organisme. Dix longs mois pour seulement décider de la création d’un organisme de lutte contre la corruption, et peut-être autant de temps, si ce n’est plus, avant de mettre place cet «OCRC». Ce qui nécessitera, d’abord, l’élaboration d’une batterie de législations pour encadrer son fonctionnement et préciser ses missions, ensuite de choisir ses membres et de leur donner le temps nécessaire avant d’être complètement opérationnels. C’est dire qu’hormis dans son volet législatif, la lutte contre la corruption n’a pas encore démarré en Algérie. Trop de temps perdu devant un phénomène dont tout le monde, y compris au niveau officiel, reconnaît l’importance et la très mauvaise image qu’il donne du pays.

Au titre des mesures parallèles, le communiqué du dernier conseil des ministres fait également savoir que la loi de finances complémentaire pour l’année 2010 va «introduire de nouvelles dispositions consolidant la lutte contre les diverses formes de fraude, le soutien au développement, (et) la protection des intérêts économiques nationaux». Il est question, lit-on, de «mesures aggravant le dispositif de lutte contre la fraude sur les transactions internationales, et introduisant aussi des sanctions plus sévères pour la fausse facturation». Faut-il rappeler, à propos de fraude à la facturation, la déclaration du directeur général des douanes qui avait déclaré que son institution allait devoir recourir à des organismes internationaux pour effectuer un contrôle a priori non seulement de la qualité mais également de la valeur des produits importés par l’Algérie, à partir des ports de provenance ? Force est de constater aussi que plus d’une année après cette annonce, l’on ne sait pas encore si des organismes ont été sollicités, et le contrôle est déjà effectif.

Toutes ces décisions ne renseignent pas vraiment sur les contours de la lutte contre la corruption, notamment en matière d’attribution de marchés publics. A moins qu’il y ait justement une volonté d’imprimer de la discrétion à cette démarche pour lui donner toutes les chances de réussite. Mais il existe quand même des standards qu’il est n’est pas raisonnables d’ignorer. Il s’agit particulièrement de rendre obligatoire de la déclaration de patrimoine pour les agents de l’Etat et les élus locaux impliqués dans la conclusion d’un marché public. Sans cette mesure, des doutes subsisteront toujours sur la volonté réelle des pouvoirs publics à s’engager dans une lutte sans merci contre la corruption.

L’autre décision du conseil des ministres de mercredi dernier a été d’annoncer la révision de l’ordonnance relative à la Cour des comptes. Cette institution voit ainsi s’élargissant le portefeuille de ses missions «au renforcement de la prévention et de la lutte contre les diverses formes de fraudes, de pratiques illégales ou illicites, portant atteinte au patrimoine et aux deniers publics». Elle «est désormais habilitée à formuler des recommandations visant au renforcement des mécanismes de protection des deniers publics et de la lutte contre les fraudes et préjudices au Trésor public ou aux intérêts des organismes publics soumis à son contrôle».

La Cour des comptes est même appelée à contrôler «la gestion des entreprises dans lesquelles l’Etat détient une participation majoritaire au capital ou un pouvoir prépondérant de décision». Dans ce cadre, elle devra s’assurer «de l’existence, de la pertinence et de l’effectivité des mécanismes et procédures de contrôle et d’audit interne, chargés de garantir la régularité de la gestion des ressources, la protection du patrimoine et des intérêts de l’entreprise, ainsi que la traçabilité des opérations financières, comptables et patrimoniales réalisées».

Là aussi, entre l’élargissement des prérogatives de  la Cour des comptes et l’entrée en vigueur réelle de cette nouvelle décision, il se passera encore beaucoup de temps en raison de la situation qui prévaut dans cette institution.

Car il ne suffit pas de décréter plus de prérogatives pour la Cour des comptes  avant de la doter des conditions minimum pour un bon fonctionnement.

Sur ce point, la lettre ouverte adressée, en juin dernier, par le Syndicat national des magistrats de la Cour de comptes (SNMCC) au président de la république est assez instructive quant aux conditions d’exercice au sein de cette institution qui ne dispose même pas d’un nombre suffisant de magistrats pour accomplir convenablement sa mission.

«L’accumulation des problèmes que connaît la Cour des comptes en raison de la non-gestion des responsables actuels à la tête de l’institution depuis voilà quinze

années compromettra la réalisation des objectifs contenus dans votre

directive», lit-on dans le document qui énonce un certain nombre de «dysfonctionnements» dont le traitement ne peut souffrir d’aucun retard si l’on veut que la Cour puisse assumer les missions nouvellement attribuées. Il est question, entre autres, de revalorisation salariale, de gestion des ressources humaines, «d’absence de conditions matérielles minimum permettant le bon exercice de la fonction de contrôle», et de «désintérêt envers les structures techniques de soutien aux missions de contrôle résultant de l’inoccupation de l’ensemble des postes prévus par la réglementation ce qui affecte l’efficacité du contrôle».

Il est clair qu’avec quelque 300 magistrats au niveau national, et dont la rémunération reste bien en deçà de l’importance de leur mission, il ne faut pas s’attendre à des résultats probants en matière de traque des détournements et de mauvaise gestion des deniers publics.

Au-delà des discours et de la bonne volonté affichée par les pouvoirs publics, la lutte contre la corruption a besoin d’être institutionnalisée et d’être rapidement mise sur les rails pour non seulement combattre ce fléau, mais surtout pour en finir avec cette image (réelle malheureusement) d’un pays gangréné par la corruption.

Par Abdelkader Djalil

 

Haut

Démolition de la mosquée d’Aghrib

Démission de la tutelle

La gravité de ce qui se passe au village Aghrib dans la wilaya de Tizi Ouzou est dans la démission quasi totale de la tutelle. Décidément, les habitants sont tenus de régler leurs conflits par eux-mêmes, loin de la tutelle qui ne veut pas s'impliquer dans une affaire qui pourtant relève de sa compétence directe, à savoir la démolition d'une mosquée en construction et la transformation du lot de terrain qui devait l'abriter en lieu de chant et de danse.

Il s’agit d’un précédent grave qui risque d’être suivi par bien d’autres cas à l’avenir. Cela d’autant qu’en Kabylie et dans plusieurs régions du pays, la pratique religieuse diffère selon les mœurs et les habitudes. Les intentions étant bonnes et pures, des citoyens continuent d’appliquer, à la lettre, des fois aveuglément, les vieilles traditions de leurs ancêtres. Toutefois, de nos jours, une nouvelle génération vient imposer un islam «plus raffiné», souvent rigoureux. Ainsi, voir des oppositions et des incompréhensions ne devrait étonner personne, notamment les plus avertis. Depuis toujours, l’accomplissement et l’interprétation de la religion a divisé les pratiquants. Ces derniers s’en sont toujours remis aux jugements des plus âgés et/ou plus érudits. Souvent, la sentence est respectée et la sagesse l’emportait. Dans le cas de Aghrib, il ne s’agit en rien de tout cela. Le radicalisme et le nihilisme manifestés par les deux parties belligérantes a fini par donner à un différend entre villageois une dimension nationale, voire internationale. Un différend sur fond d’intrigue et de manipulation. Les accusations qui fusent de partout et la méfiance maladive affichées par les uns contre les autres ont débouché sur des scènes de violence entre citoyens appartenant aux mêmes familles. La destruction de la mosquée et les affrontements ayant suivi cette réaction «barbare» pour les uns, «salvatrice» pour les autres n’a pas manqué de faire de ce petit village, naguère calme et réservé, le terrain de toutes les luttes, administratives, doctrinales et politiques. Tout donne à croire  qu’actuellement, une simple incompréhension entre cousins et voisins attire toutes les convoitises et fait brancher tous les acteurs à la recherche de récupération politique. Ainsi, au lieu de procéder au règlement de cette crise, c’est plutôt à l’effet contraire que l’on assiste, enfonçant encore davantage un village livré pieds et poings liés aux prédicateurs de tous bords. En l’absence de l’Etat et avec l’échec des quelques tentatives de conciliation engagées par les sages de la région, les germes de la discorde ont poussé et engendré violence, division et bestialité. Des habitants de ce village, interrogés, affirment qu’ils ne se sont jamais attendus à de tels développements. Actuellement, «la situation est intenable. Je craint qu’elle ait atteint un point de non retour» se plaint un habitant, ajoutant, amer : «C’est un vrai cauchemar». Le pire, c’est que rien ne semble venir apaiser la tension et tenté de trouver une solution susceptible de convaincre et concilier les frères ennemis. Interrogé, il y a quelques jours, sur cet incident, le ministre des Affaires religieuses, Abdellah Ghlamallah a souligné qu’«il faut apaiser les esprits» et «garantir la sécurité avant la construction de la mosquée». Et d’ajouter que «la question ne nécessite pas l’envoi d’une commission d’enquête dans la région. Elle peut être réglée entre les sages du quartier pour éviter tout sectarisme et ne pas compliquer les choses». Une position qui ne peut arranger que les gens qui continuent de pêcher en eau trouble et tiennent à faire de cet incident un tremplin à des fins égoïstes et douteuses. Il suffit de lire les comptes rendus et les lectures faites par les différents titres de la presse nationale, représentant diverses obédiences et sensibilités, pour se rendre compte des enjeux que véhicule cette affaire dont les conséquences sont néfastes pour les habitants d’une bourgade jusque-là inconnue. Une raison pour laquelle il est temps d’en finir avec une histoire qui n’a que trop duré.

Un incident, plusieurs acteurs 

Plusieurs acteurs ont fait leur apparition et tentent, directement ou indirectement, de récupérer cet incident regrettable, dont le seul perdant est l’unité d’un petit village que tout liait depuis la nuit des temps. A commencer par le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), dont les visées politiques sont difficiles à occulter. Le parti de Said Saadi considère la construction de cette mosquée comme une menace à sa mainmise électorale sur la région, acquise depuis toujours à sa ligne politique. En accusant les initiateurs de ce projet d’appartenir au courant salafiste, le RCD compte aussi se mettre en position d’avant-garde contre tout risque de propagation des thèses islamistes dans ce patelin. L’autre acteur principal est l’association religieuse, composée de jeunes pratiquants, dont des barbus originaires de ce même village. Alors que les opposants à la construction de la nouvelle mosquée les accusent, sans ambages, de salafisme et de négation des traditions des ancêtres, ces derniers s’en défendent en arguant par le saint Coran qui interdit la construction de mosquées sur des cimetières, comme ils justifient l’utilité de la nouvelle mosquée par la saturation et l’exiguïté de l’ancien lieu de culte. Aussi, ils disposent de l’autorisation de construction délivrée par les services de la wilaya de Tizi Ouzou. Comme il fallait s’y attendre, par le truchement de cette affaire, des partis politiques n’ont pas tardé à s’impliquer et essayer de bénéficier de leur part de médiatisation et de l’intérêt dont bénéficie cet incident. Après le Front des forces socialistes (FFS) qui a condamné la démolition de la mosquée, arrivent les partis islamistes à l’image du Mouvement de la société de la paix (MSP) et du Mouvement Nahdha, qui compte poser une question à ce sujet à l’ouverture de la prochaine session du parlement.   

Un danger sous-estimé

Loin de l’exagération politicienne, il est à affirmer, à juste titre, que l’Etat était le grand absent dans cette affaire. Et par son absence, il attire tous les doutes et soupçons. Faut-il préciser qu’aux déclarations du ministre de tutelle qui a affirmé qu’il préfère confier la mission de règlement de ce différend aux sages du quartier, s’ajoutent celles du directeur des affaires religieuses de la wilaya de Tizi Ouzou. Interpellé sur la passivité de l’administration locale dans le règlement de cette affaire, il a indiqué à un titre de la presse nationale qu’il est plutôt «un administratif et non pas un mufti», et d’ajouter, par la suite, «qu’il travaille pour concilier les deux parties belligérantes». Ce qui ne se voit pas sur le terrain et ne se traduit par aucune initiative concrète. Hormis la tentative des archs de la région de s’interposer et celles engagées par certains villageois, aucun geste n’est venu de la part des hautes autorités du pays. Pourtant, il n’y a plus de temps à perdre, d’autant que cette affaire date déjà de plus d’une année. Comme elle requiert des spécificités laissant croire que tout ne dépend pas du hasard et que le développement de la situation est plutôt orienté, voire ciblé. Aghrib est le village du Docteur Said Sadi, président du RCD. Est-il innocent qu’une telle affaire se déclenche dans le village natal d’un leader laïc ? Said Sadi, en glorifiant l’islam des ancêtres, voulait-il nourrir et instrumentaliser ce conflit à des fins politiques ? N’a-t-on pas prémédité le pourrissement de la situation dans le but d’épingler Said Sadi chez lui ? Dans tous les cas, le seul perdant est l’unité du village et la sécurité des citoyens. Et Ghlamallah préfère rester en spectateur.

Par Aomar Fekrache   

 

Haut

Politique

Bébé moustachu et électorat préexistant

C'est une évidence trompeuse que de croire qu'un parti, comme n'importe quel autre type d'organisation, naît petit pour se développer ensuite continûment  jusqu'à atteindre au bout d'un parcours plus ou moins long  le plein épanouissement de la maturité, ce qui lui vaut cet accomplissement consistant à accéder au pouvoir, seul ou comme membre d'une coalition.

Néanmoins, on ne peut dire qu’une formation a échoué du seul fait qu’elle ne se soit pas hissée jusqu’au sommet de l’Etat. Si elle est devenue une force politique avec laquelle ses concurrentes sont obligées de compter, si elle est influente et qu’elle réalise constamment des scores électoraux importants, il n’est pas possible de la tenir pour un avorton tout juste parce qu’elle aura été incapable de franchir la dernière marche la séparant de l’objectif qu’elle s’était fixée en naissant. Des partis de grand renom ont été dans ce cas. Il est vrai cependant qu’arriver à la porte du pouvoir sans pouvoir y entrer est un signe probant que la progression a atteint son point le plus haut, et que l’avenir sera voué à la régression.

Ce processus naturel de croissance suivi de dépérissement ne se vérifie pas, en tout cas pas dans ces termes s’agissant d’un parti politique, condamné pour sa part à naître sinon avec les proportions d’un adulte accompli, du moins  à une phase de développement  correspondant au moins à l’adolescence avancée. S’il ne revêt pas en effet un certain volume dès le départ, s’il arbore au contraire les formes  chétives, rabougries, d’un groupuscule, on peut dès ce moment être sûr qu’il est congénitalement ainsi fait et que les années à venir seront impuissantes à le pourvoir d’un corps épanoui.

Au moment où il apparaissait (c’était en 1997, à la veille de législatives qu’il allait remporter,  ce qui  d’ailleurs n’allait pas manquer de provoquer un tollé général), le RND était raillé à l’envi  en tant que « bébé moustachu ». Cette stigmatisation, en forme d’oxymoron,   était destinée à mettre en évidence ce qu’il y avait de contre-nature dans le fait qu’un parti gagne des élections alors qu’il vient à peine d’être créé. Ceux qui l’avaient inventée aussi bien que ceux qui s’en étaient servis, les uns et les autres communiant dans une protestation  dont on se souvient peut-être qu’elle a beaucoup plus promis que tenu, en appelaient au bon sens de l’opinion. Ils se disaient que celle-ci ne pouvait pas ne pas leur apporter son soutien dans un cas de fraude aussi manifeste, aussi scandaleux : un parti dont la vie se compte encore en semaines qui cependant rafle  la majorité des sièges de l’assemblée législative, damant le pion ce faisant à beaucoup plus vieux et, forcément, mieux implanté dans la société que lui.

Or, l’opinion, si elle n’a pas moins ri que les protestataires, s’est gardée toutefois se prendre parti dans une querelle dont elle ne voyait pas à quoi elle pouvait bien rimer. On pouvait même se demander  s’il n’y avait pas en l’occurrence maldonne, si ce qui  l’amusait c’était bien les espiègleries du «bébé moustachu», et non pas la  foule clairsemée  des adultes imberbes. On aurait beaucoup étonné ces derniers si on s’était avisé de leur signaler qu’il était dans la nature des choses qu’un parti naisse avec certains des attributs de la maturité, et que ce sont précisément les avortons condamnés à le rester qui en sont dépourvus.

Pour autant, de ce qu’un parti soit à sa naissance le plus normalement du monde une sorte de monstrueux «bébé  moustachu» n’implique pas que le RND en constitue l’exemple parfait, et qu’en conséquence  sa victoire de 1997 ait été obtenue dans les meilleures conditions possibles d’honnêteté et de transparence. Mais, rétrospectivement, il aisé de voir que ce qui aurait été extraordinaire, c’était au contraire qu’un parti en armes comme c’était assurément le cas du RND, le parti des patriotes et autres groupes d’autodéfense à un moment où les hordes terroristes écumaient encore les campagnes et les abords des villes, à un moment donc où l’insécurité,  quoiqu’en recul par rapport à ce qu’elle avait été, demeurait encore grande, se laisse vaincre dans une consultation organisée dans un contexte aussi particulier. Le parti en première ligne sur le front de la lutte antiterroriste ne pouvait pas perdre dans les urnes. Le parti créé justement pour prendre le pas sur le FLN ne devait pas être vaincu électoralement par ce dernier, entendu que la véritable partie, c’était entre ces deux-là qu’elle se déroulait.

L’électorat préexistant

Aujourd’hui, il n’est plus question du PRA, à croire qu’il a cessé d’exister. Aussi a-t-on a de la peine  à penser qu’au moment où il se formait, en même temps que bien d’autres partis, il semblait promis à un bel avenir. Au début du pluralisme, il se posait, et d’ailleurs beaucoup le percevaient comme tel, en rival du RCD, dont il constituait en quelque sorte la contrepartie sur le versant islamiste. On se souvient peut-être que Noreddine Boukrouh, son fondateur et président, avait saisi la première occasion offerte, en l’espèce le premier congrès du RCD, pour accuser celui-ci d’avoir plagié son programme, paru dans les journaux, il est vrai, quelque temps auparavant. C’est à peine si l’affaire n’avait pas donné lieu à un procès  dans les règles. Mais dès la première consultation pluraliste, il apparaît que les deux partis ne sont pas électoralement d’un poids comparable. Ce qui du même coup marque d’illégitimité  la prétention du PRA à contrebalancer le RCD. Voilà pour le contexte et les faits. Reste maintenant l’interprétation que fait Noreddine Boukrouh de sa déconfiture électorale, considérée non pas dans l’absolu, mais à l’aune du score obtenu, en lui-même très inférieur à celui que laissait présager la grande présence dans les médias, par le parti rival, duquel il ne devait pas se laisser distancer sans perdre la face. Noreddine Boukrouh, dont tous les faits et gestes étaient rapportés par le menu dans les journaux, à la grande différence de maintenant, s’expliquait cette première défaite, qui lui laisse pressentir cependant qu’à moins d’un complet retournement de conjoncture, autant dire d’un miracle, ou d’une fraude « massive et généralisée » mais qui viendrait le rétablir dans ses premières prétentions, elle décidait de tout, des autres consultations comme de son avenir politique (après cela, effectivement, il ne lui restait plus qu’à se contenter d’un maroquin), en incriminant l’électorat préexistant  dont a bénéficié le RCD, et dont il a manqué pour sa part. Dans cette expression pernicieuse d’électorat préexistant, on peut voir un constat doublé d’une critique, et de féroce. Le constat, c’est que le RCD n’est pas un parti né de rien, qu’il dispose d’une certaine profondeur, pas aussi importante que celle du FFS sans doute, mais pas moins réelle cependant.  La critique sous-jacente c’est que c’est un parti à implantation kabyle, et que les kabyles forment un gisement de voix dont bénéficient en tout premier lieu les partis du cru. Lui Boukrouh, qui n’est pas kabyle, ne s’est donc pas lancé dans la course du même point de départ que le RCD. Si les Kabyles votent kabyle, les Jijeliens, en revanche, sont réputés quant à eux pour voter jijelien. Idem pour les Constantinois, les Oranais, les Sahariens dans leur diversité. Idem, en  somme, pour tous les autres Algériens, les Kabyles mis à part.  C’est tout cela et plus encore que voulait dire Boukrouh en voulant justifier son dérisoire score électoral de 1990.

Il ne croyait pas si bien dire. Un parti en effet, kabyle ou non, procède d’une mouvance. Il ne doit pas son existence au seul bon vouloir de l’administration, ou de toute autre manipulation faite dans un laboratoire.  Il existe d’abord, ensuite seulement il est ou non reconnu par le ministère de l’Intérieur. S’agissant du RCD, ce n’est moins d’un territoire qu’il a émergé  que d’un mouvement de contestation : le Mouvement culturel berbère. Le cas du « bébé moustachu », le RND, lui  non plus n’infirme pas, mais confirme la règle. Il est en effet une scission du FLN consécutive au choix romain de la direction emmenée à l’époque par Abdelhamid Mehri. S’il est bien moustachu, il est en revanche si peu un bébé qu’il a le même âge que la formation dont il  est issu organiquement. Qu’un parti ne puisse être crédible, et avoir une chance de se développer que s’il tire son origine d’un mouvement, d’une mouvance, d’un courant qui  lui préexiste, n’est donc pas l’exception, comme le pensait le président fondateur du PRA, mais la règle. Et ce n’en est pas une de plus  avec laquelle il est  permis de prendre des libertés. Un parti qui doit son existence au seul arbitraire administratif, comme c’est précisément le cas du PRA, commence sa carrière avec un lourd, très lourd handicap.

Par Mohamed Habili

 

Haut

Focus

L'Algérie et les ruptures en cours

Si la crise économique actuelle inquiète beaucoup de monde à travers la planète, à commencer par ceux qui ont perdu leurs économies dans la spéculation  boursière ou bancaire et ceux dont l’emploi est menacé ou perdu, elle n’en reste pas moins providentielle. Grâce à elle, l’Humanité a la possibilité d’éviter un cataclysme infiniment plus dévastateur.

Il n’y a pas des mois, nous étions sous la coupe d’un  dogmatisme inexpugnable, qui était la Vérité providentielle, la seule  et unique, au-dessus de tout. Sans elle, point de salut ! Sans elle nous allions vers le gouffre. Seule, elle pouvait  rétablir ces «équilibres» perdus et remettre l’économie sur les rails.

Il ne fallait plus rien faire, il fallait juste laisser faire et suivre le mouvement. Se laisser porter. Un jour, ceux qui savent  nous ont dit que les «équilibres» étaient là. Cela rassure bien sûr de savoir que ces «équilibres», si importants, vitaux même étaient là. Mais il a fallu que l’Etat fasse le moins possible et arrête de faire  ce qu’il faisait. C’est-à-dire qu’il devait se contenter d’observer et d’attendre que tout se mette à se faire de lui-même. Les emplois devaient se créer, la production démarrer et le développement suivre et rejaillir sur tous. Il le fallait parce qu’il était de plus en  plus urgent que les gens trouvent du travail et que les secteurs productifs se réveillent.

En fait, il ne se passait presque rien, du moins par rapport aux promesses faites. L’Etat, qui ne devait surtout plus être une «mamelle», se gardait d’intervenir, sous peine de blasphème et au risque de voir les prêtres de la libre-entreprise lui taper sur les doigts. Il ne bougeait donc pas. Malgré la pression qu’il subissait d’en bas. Parce qu’en bas, on ne comprend que ce qui est concret, grâce au fait que c’est en bas qu’on voit le mieux les bienfaits ou les méfaits des politiques.

Des années durant, le face-à- face a duré. Ces années où l’Etat reconfiguré a démantelé les secteurs sous sa tutelle, laminé les charges sociales et désinvesti on ne peut mieux. Pendant ce temps, il a engrangé année après année des dizaines de milliards de dollars, créant une frustration supplémentaire, légitime chez ceux qui ne comprennent pas de ne pas trouver de travail quand les caisses sont pleines.

Chez les autres, les mêmes qui voulaient que l‘Etat obéisse au Fonds Monétaire International (FMI) et à la Banque Mondiale, c’est plutôt une sorte de félonie, en apparence, qui se traduit par l’accusation  de thésaurisation de la richesse nationale. Ceux-ci font aussi référence au concept d’économie rentière. La confusion est devenu totale et le blocage insupportable.  L’Etat ne savait plus quoi faire et ceux-ci voulaient qu’il leur distribue cet argent pour cesser d’être rentier.

L’Etat a bien donné à quelques-uns beaucoup d’argent, mais ils n’en ont rien fait pour l’économie et il a fallu leur faire des procès qui ont impliqué pas mal de fonctionnaires, de responsables  et de gestionnaires de biens publics.  L’Etat allait, en fait, finir par être obligé de répondre aux besoins qu’il a lui-même en grande partie provoqués.

Il a généralisé le chômage pour offrir des bras aux privés nationaux et étrangers, ils n’ont rien fait pour le juguler et l’absorber. Il a laissé la voie libre aux frontières, il s’en est suivi un raz-de-marée de produits étrangers qui ont balayé y compris la production privée nationale. Il a délaissé la culture pour que les privés puissent y trouver le champ libre pour prospérer et faire du profit, il en a résulté un désert culturel sans fin.  Le résultat est là.

L’Etat a des charges accumulées et démultipliées par rapport à la situation où il les avait laissées  mais sans le secteur public qui les supportait, tant bien que mal et qui aurait pu être maintenu, redressé   et développé. Il doit pallier les déficits sur plusieurs fronts à la fois.

Il renoue avec Keynes et lance une politique de grand travaux qui permet de voir venir et d’équiper le pays en infrastructures, de réduire la demande de logements tout créant dans le même temps les emplois que la libéralisation n’a pas permis de créer. Et puis, vint la crise  qui fait voler en éclats le dogme tout puissant, après la volte-face, aussi soudaine qu’inattendue,  de ses fondateurs. Une volte-face salutaire, s’il en faut. Elle libère des tabous et bouleverse les bases qui conduisaient les pays dominés vers l’abîme.

Ces derniers peuvent, d’abord, constater que tous les discours qui leur étaient servis ne servaient que les intérêts de leurs auteurs qui, comble du cynisme et toute honte bue, se mettent les premiers à insulter les dieux qu’ils ont imposé au monde d’adorer. Ensuite, ils peuvent observer que ceux-ci sont affaiblis au point de ne plus pouvoir proposer quoi que ce soit qui vaille et qu’ils acceptent que l‘on déroge à leurs sacrosaintes règles, sans trop riposter. Mieux encore, ils font dans le chacun pour soi et enfreignent les principes de partage établis. Les chasses gardées des uns sont convoitées et violées par d’autres. Cette situation ouvre des opportunités inédites et inespérées à des négociations moins contraignantes par l’effet de domination.

Pour le moment, plus que des partenaires qui se déchirent et qui sont prêts à accepter les enchères. De nouveaux prétendants entrent en scène.

Pour l’Algérie, il s’agit d’une chance qui ne se renouvellera pas. Elle a l’expérience des recettes passées, elle a les références des accords qu’il ne faut pas passer et elle a la chance que son économie ne risque rien de l’intérieur, puisqu’aucun investissement étranger ne participe à sa cohérence générale. Elle a aussi l’heur  que les partenaires potentiels sont plus à se neutraliser qu’à faire front contre elle. L’Europe craignait la Chine, les Etats-Unis se pointent sans ménagements. Ils ont le poids et l’envergure qu’il faut. Ils vont offrir mieux et l’Europe va s’empresser de reconnaître que les engagements qu’elle a obtenus ne sont pas aussi équitables qu’elle le prétendait.

Les moyens de pression financière ne sont plus, le pays n’est pas en cessation de paiement. Il  a honoré sa dette et se permet de faire partie des pays qui ont une aisance financière. Il faut qu’il se crédibilise vis-à-vis de sa population en évitant de retomber dans les travers où un  vent de panique  l’a fait chuter  et en mettant fin à la prédation éhontée qui gangrène tout les secteurs où intervient le financement public. L’éradication de la corruption préservera les capacités du service public et du secteur économique public de servir les objectifs nationaux et renforcera la position du pays face à ses  partenaires. Elle prouvera le retour véritable aux fondamentaux  d’une politique de rupture avec la période débridée et aventureuse qui a présidé jusqu’ici. Il ne s’agit pas d’être  dupe, la corruption est une donnée nécessaire du marché, elle est son produit légitime, même s’il la nie et la combat, conformément à ses principes de respect du jeu de la libre-concurrence. S’il la combat, c’est que le marché a besoin de limiter ses nuisances pour éviter qu’elles finissent par compromettre les chances de son propre développement, qui prétend  produire un minimum  de bien-être dans son environnement et atténuer ses propres effets, faits d’inégalités devant les richesses produites, d’exclusion et de paupérisation plus ou moins large. Ainsi, la corruption réduite à sa plus simple expression, les intérêts de la nation mieux protégés, l’Algérie pourra prétendre  à un mieux-vivre de ses citoyens.    

Par Ahmed Halfaoui   

 

Haut

Regard

Le cycle de la violence conjugale

La violence conjugale est vécue dans une relation de couple et peut être vécue à n'importe quel âge. Elle est un moyen de dominer l'autre afin de pouvoir exercer son pouvoir sur elle.

La violence se retrouve dans toutes les couches de la société, indépendamment de l’âge, de l’origine ethnique, de la scolarité et du niveau socio-économique. Elle se traduit par des agressions physiques, verbales, psychologiques, sexuelles et économiques.

La violence conjugale est la manifestation de rapports de force historiquement inégaux entre les hommes et les femmes (Déclaration sur l’élimination de la violence contre les femmes, Assemblée générale des Nations-unies, 1993).

Dans tous les pays du monde, la violence conjugale puise ses racines dans l’histoire ancienne de la société.

Notre société continue à véhiculer des valeurs qui favorisent et parfois même encouragent la perpétuité de la violence en favorisant le sexisme. On continue à apprendre aux petits garçons à être forts, à s’accorder des privilèges, et à ne tolérer aucune frustration.

Pendant ce temps, on apprend à nos petites filles à penser au bien être des autres, à se sentir responsable du bonheur d’autrui, et à toujours donner sans rien demander en retour.

La violence conjugale naît du besoin de contrôler une personne que l’on refuse de voir comme son égale.

L’agresseur va souvent trouver un prétexte pour violenter sa victime. Il va invoquer l’alcool, la drogue, le stress, la jalousie, ou la négligence de la femme par rapport à son foyer pour justifier sa violence.

Ces quelques éléments que j’ai cité parmi une centaine d’autres, peuvent être un élément déclencheur de la violence mais n’en sont jamais la cause.

L’homme violent va recommencer car la violence est rentable pour lui. À chaque fois, qu’il l’utilise, il regagne son contrôle.

Les conséquences sur la victime peuvent être physiques, morales et traumatisantes. S’il y a des enfants, en plus des risques de blessures physiques, ces derniers peuvent démontrer des problèmes de comportement assez sévères. Ils risquent la délinquance, le décrochage scolaire en plus de reproduire le modèle de l’agresseur ou de la victime à l’âge adulte. Imaginez les conséquences sur la société!  Le cycle de la violence conjugale est un cercle vicieux qui comporte quatre phases : le climat de tension, la crise, la justification et la lune de miel. Il est installé par l’agresseur pour lui permettre de maintenir sa domination et son contrôle sur sa conjointe.

 

PHASE 1

Tension

Tension du conjoint: ton de la voix, attitude menaçante, crée un climat de tension prétextant que la femme est responsable.

Peur de la femme : Anxieuse, peur de faire une erreur ou une faute, doute d’elle-même.

Peur de ne pas plaire au conjoint.

 

PHASE 2

Crise

Agression de l’homme : Il éclate, agression physique, verbale ou autre car ça ne va pas comme il veut.

Colère et tristesse de la femme :

Humiliée, désespérée mais ne veut pas souvent le raconter.

 

PHASE 3

Justification

Déresponsabilisation du conjoint : il minimise son comportement et rejette la faute sur la femme.

Responsabilisation de la femme : Elle se sent responsable de la violence. C’est de ma faute, j’aurais dû faire attention.

 

PHASE 4

Lune de miel

Rémission du conjoint : Il regrette, promet de ne plus recommencer, devient gentil et affectueux.

Espoir de la femme : Il l’a convaincue qu’il allait changer ; de plus, il est tellement gentil maintenant.

 

Phase 1 Tension :

C’est une façon de prendre le contrôle.

 

Phase 2 Crise :

Une femme n’est jamais fière de raconter qu’elle a pris des coups. En général, elle se replie sur elle-même.

 

Phase 3 Justification :

L’agresseur est souvent dépendant affectivement, sexuellement ou familialement, il réalise son écart et va essayer de se justifier tout en mettant la responsabilité sur la femme.

 

Phase 4 Lune de miel

Le conjoint qui a agressé et s’est justifié essaye de reconquérir sa conjointe en promettant de belles choses. Cela peut être un petit cadeau, un voyage, ou même faire un enfant. La femme qui a eu peur, qui a subi une agression, et qui se sent isolée, a juste envie d’y croire. Et le calme va s’installer jusqu’à la prochaine crise.

Dans une relation conjugale marquée par la violence, ce cycle se répète plusieurs fois et de façon de plus en plus accélérée. Plus le cycle se répète, plus la phase de la «lune de miel» raccourcit jusqu’à disparaître.

Toutes les femmes peuvent être victimes de violence conjugale. Cependant les femmes dépendantes financièrement, avec de jeunes enfants, isolées socialement, celles dont le conjoint a été témoin de violence conjugale ou qui ont été elles- mêmes exposées à la violence conjugale sont plus vulnérables.

Les hommes violents proviennent de toutes les couches de société et ne se ressemblent pas tous, ils ont des traits de personnalité difficiles à généraliser. Il arrive à tout le monde de poser un geste violent, les hommes violents sont ceux qui répètent leur violence régulièrement contre leur femme. 

Ils rentrent dans ce cycle et commencent à croire que leur comportement est normal. Plus encore, ils se perçoivent comme des victimes. Les conjoints violents se créent un scénario dans lequel ils sont les «victimes» de leur conjointe ou de l’environnement. Les hommes violents ne le sont pas avec tout le monde.

Ils sont violents avec leur femme car ils ont choisi de l’être. Nous pouvons aider les femmes victimes de violence conjugale en dénonçant la violence, en les écoutant et en leur soulignant que personne ne mérite d’être battu.

On peut aussi les référer à des ressources quand elles existent. Les hommes violents ont aussi besoin d’aide et nous pouvons les référer aussi.

Nacera kherbouche

MBA expert en gestion de performance & business coach


 

Haut

 

e-mail :contact@lesdebats.com

 

Copyright © 2001-2002 - MAHMOUDI INFO Sarl - Tous droits réservés.

Conception M.Merkouche