Semaine du 1 au 7 septembre 2010

  Réflexion Faite

Les prix et le climat de la rentrée

 

 
 
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Les prix et le climat de la rentrée

Si la rentrée scolaire se déroule …j’allais dire normalement, ce qui n’est pas le mot approprié, car normalement veut désormais dire non pas reprise des classes mais reprise de la grève de l’année précédente restée en suspens, comme une querelle non vidée entre deux personnes cohabitantes que le moindre incident est susceptible de faire repartir, si donc la rentrée sociale se passe sans que les enseignants rentrent en grève, ce ne sera pas grâce à l’inamovible Benbouzid, dont les menaces de licenciement au bout de trois absences injustifiées agiraient plutôt comme de l’huile sur le feu. Les réponses qu’elles ont suscitées de la part des syndicalistes, qui toutes commençaient par rappeler la loi et sa stricte observation par les enseignants en matière d’arrêt de travail, augureraient plutôt mal de la rentrée s’il n’ y avait pas autre chose pour empêcher que les esprits ne s’échauffent par trop dès maintenant.

Ce quelque chose qui fait que les paroles contreproductives du ministre obtiennent étonnamment une réaction mesurée de la part des syndicats d’enseignants n’a rien à voir avec le secteur de l’Education. C’est le fait que pour la première fois (j’allais dire, si ce n’était pas ronflant, de l’histoire du pays, par ces temps où bien des gens invoquent l’histoire pour un oui ou pour un non), le Ramadhan a commencé, et désormais tend à sa fin, sans qu’il y ait eu flambée des prix. Les pouvoirs publics ont remporté là une victoire à ce point éclatante  que le ministre de l’Education  se sent dans l’obligation de la prolonger par une rentrée qu’aucune grève, pas même d’une heure,  ne vient entacher et signaler désagréablement à l’attention du président de la République.

Il en aurait été différemment si le Ramadhan n’avait pas fait exception à la règle, c’est-à-dire si le feu s’était déclaré dans les marchés dès le premier jour, grevant les maigres budgets des ménages,  alourdissant le climat social, portant les esprits à leur plus haut point d’exaspération, avec pour premier effet prévisible une rentrée sociale, qui est d’abord scolaire, explosive, orageuse, massacrante. Dans les normes, quoi !  Quand le ministère du Commerce est défaillant, ce ne pas son secteur qui subit la vague la plus puissante du mécontentement populaire porté à son comble par une provocation  sévissant 30 jours pleins, c’est l’Education, qui pourtant n’y est pour rien.

Si Benbouzid avait son mot à dire sur la politique des prix, alors oui, les enseignants seraient en droit de le tenir au moins en partie responsable du rançonnement dont ils sont victimes pendant le Ramadhan. Or, chacun sait bien que ce n’est pas le cas.

Mais le département du Commerce a su ce Ramadhan se faire entendre des barons des fruits et légumes, qui pourtant ne sont guère réputés pour privilégier l’intérêt général sur le leur propre. Comparés à eux, les enseignants sont des citoyens parfaits, en tout cas au sens civique parmi les plus développés qui soient.

Et la tutelle échouerait, cette année tout particulièrement, à bien les tenir en main ? Mais c’est un coup à vous  déboulonner vite fait un ministre qui pourtant en a vu d’autres !

Mais trêve de plaisanterie. S’il y a un rapport entre les prix, quel que soit le moment de l’année, et la baisse de tension dans l’Education, c’est pour une raison on ne peut plus objective : les revendications des enseignants sont d’abord et avant tout d’ordre salarial en effet. Ces revendications ne leur sont pas propres, mais communes à tous les salariés de tous les secteurs. Elles donneront lieu à des grèves  aussi longtemps que le gouvernement s’en tiendra à la politique des bas salaires.

Or un salaire n’est pas bas dans l’absolu, mais par rapport à la cherté de la vie.  On peut y remédier soit  en augmentant les salaires ou  soit en faisant les prix.

Le fait que le Ramadhan de cette année n’ait pas donné lieu au renchérissement brutal qui traditionnellement salue sa venue est de nature à détendre le climat social. C’est d’ailleurs ce renversement de tendance qui a autorisé le ministre de l’Education à parler comme il l’a fait à l’adresse des enseignants, et c’est aussi lui qui a fait que ces derniers lui ont répondu avec modération.

Par Mohamed Habili


 

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