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Les prix et le climat de
la rentrée
Si la rentrée
scolaire se déroule …j’allais dire normalement, ce qui n’est pas le
mot approprié, car normalement veut désormais dire non pas reprise
des classes mais reprise de la grève de l’année précédente restée en
suspens, comme une querelle non vidée entre deux personnes
cohabitantes que le moindre incident est susceptible de faire
repartir, si donc la rentrée sociale se passe sans que les
enseignants rentrent en grève, ce ne sera pas grâce à l’inamovible
Benbouzid, dont les menaces de licenciement au bout de trois
absences injustifiées agiraient plutôt comme de l’huile sur le feu.
Les réponses qu’elles ont suscitées de la part des syndicalistes,
qui toutes commençaient par rappeler la loi et sa stricte
observation par les enseignants en matière d’arrêt de travail,
augureraient plutôt mal de la rentrée s’il n’ y avait pas autre
chose pour empêcher que les esprits ne s’échauffent par trop dès
maintenant.
Ce quelque chose
qui fait que les paroles contreproductives du ministre obtiennent
étonnamment une réaction mesurée de la part des syndicats
d’enseignants n’a rien à voir avec le secteur de l’Education. C’est
le fait que pour la première fois (j’allais dire, si ce n’était pas
ronflant, de l’histoire du pays, par ces temps où bien des gens
invoquent l’histoire pour un oui ou pour un non), le Ramadhan a
commencé, et désormais tend à sa fin, sans qu’il y ait eu flambée
des prix. Les pouvoirs publics ont remporté là une victoire à ce
point éclatante que le ministre de l’Education se sent dans
l’obligation de la prolonger par une rentrée qu’aucune grève, pas
même d’une heure, ne vient entacher et signaler désagréablement à
l’attention du président de la République.
Il en aurait été
différemment si le Ramadhan n’avait pas fait exception à la règle,
c’est-à-dire si le feu s’était déclaré dans les marchés dès le
premier jour, grevant les maigres budgets des ménages, alourdissant
le climat social, portant les esprits à leur plus haut point
d’exaspération, avec pour premier effet prévisible une rentrée
sociale, qui est d’abord scolaire, explosive, orageuse, massacrante.
Dans les normes, quoi ! Quand le ministère du Commerce est
défaillant, ce ne pas son secteur qui subit la vague la plus
puissante du mécontentement populaire porté à son comble par une
provocation sévissant 30 jours pleins, c’est l’Education, qui
pourtant n’y est pour rien.
Si Benbouzid avait
son mot à dire sur la politique des prix, alors oui, les enseignants
seraient en droit de le tenir au moins en partie responsable du
rançonnement dont ils sont victimes pendant le Ramadhan. Or, chacun
sait bien que ce n’est pas le cas.
Mais le
département du Commerce a su ce Ramadhan se faire entendre des
barons des fruits et légumes, qui pourtant ne sont guère réputés
pour privilégier l’intérêt général sur le leur propre. Comparés à
eux, les enseignants sont des citoyens parfaits, en tout cas au sens
civique parmi les plus développés qui soient.
Et la tutelle
échouerait, cette année tout particulièrement, à bien les tenir en
main ? Mais c’est un coup à vous déboulonner vite fait un ministre
qui pourtant en a vu d’autres !
Mais trêve de
plaisanterie. S’il y a un rapport entre les prix, quel que soit le
moment de l’année, et la baisse de tension dans l’Education, c’est
pour une raison on ne peut plus objective : les revendications des
enseignants sont d’abord et avant tout d’ordre salarial en effet.
Ces revendications ne leur sont pas propres, mais communes à tous
les salariés de tous les secteurs. Elles donneront lieu à des
grèves aussi longtemps que le gouvernement s’en tiendra à la
politique des bas salaires.
Or un salaire
n’est pas bas dans l’absolu, mais par rapport à la cherté de la
vie. On peut y remédier soit en augmentant les salaires ou soit
en faisant les prix.
Le fait que le
Ramadhan de cette année n’ait pas donné lieu au renchérissement
brutal qui traditionnellement salue sa venue est de nature à
détendre le climat social. C’est d’ailleurs ce renversement de
tendance qui a autorisé le ministre de l’Education à parler comme il
l’a fait à l’adresse des enseignants, et c’est aussi lui qui a fait
que ces derniers lui ont répondu avec modération.
Par Mohamed
Habili
e-mail :contact@lesdebats.com
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