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Semaine du 2 au 8 Décembre 2009

 

Investissements français en Algérie

Makache mouchkil ! vraiment ?

Les SGP transformées en sociétés publiques

Cafouillage juridique en vue

Début de reconnaissance des syndicats autonomes ?

Lutte contre le terrorisme dans le Sahel

Africom ne sera pas transférée en Algérie

Lutte contre la matrice idéologique de l’islamisme

A quand la réconciliation officielle avec l’Algérianité ?

Le mouvement de la salafiyya

«Son ambition est de contrôler et corriger le comportement individuel»

Diversité, pluralisme, clivage...

Deux ou trois détails relatifs au champ politique algérien

Changements climatiques et culture environnementale

L’autre face du mal-développement et de la globalisation

L’Algérie et la nouvelle rencontre avec le désert du Sahara

 

 

 

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Investissements français en Algérie

Makache mouchkil ! vraiment ?

Il aura fallu quelques mois pour que les patrons français se résolvent à comprendre qu'un Etat souverain peut pendre les lois qui satisfont d'abord ses intérêts sans qu'il ait à rendre compte à qui que ce soit de ses décisions.

On s’en souvient, dès la promulgation de la LFC, des voix se sont élevées pour dire que l’Algérie devait revenir sur ses décisions, se dédire pour satisfaire les attentes des entreprises étrangères, notamment françaises, qui veulent investir ou continuer d’investir en Algérie.   

Il aura fallu que de l’eau coule sous les ponts et que les opérations de lobbying montrent leurs limites pour que finalement on accepte la situation nouvelle et qu’on voie tous les bénéfices à tirer. Lors de la conférence de presse qu’elle a tenue à Alger lors de sa visite en Algérie le 24 novembre, la présidente du patronat français, le Medef, Mme Laurence Parisot, est revenue sur les dispositions de la loi de finances complémentaire 2009, indiquant que «les chefs d’entreprise français sont heureux de travailler et d’investir en Algérie». Quant aux nouvelles dispositions de la loi, la patronne des patrons a tenu à souligner que «le changement des règles instituées dans la LFC est pour nous quelque chose dont nous prenons acte et c’est tout». Prendre acte aurait pu être la première réaction puisque Laurence Parisot reconnaissait que des opérateurs français ont eu quelques a priori faute d’une période d’adaptation. Il semble que l’adaptation soit arrivée à terme. «Les nouvelles règles se posent à tout le monde, à tous les investisseurs de tous les pays et nous allons nous y adapter. Cela n’atténue en rien les relations entre la France et l’Algérie», a indiqué Mme Parisot. Pour elle, «les entreprises françaises ont bien compris l’orientation et les raisons de la nouvelle politique économique du gouvernement algérien avec l’adoption de la LFC qui a redéfini le cadre juridique des sociétés à capitaux étrangers désireuses de s’installer en Algérie». Pour elle, il n’y a plus de problème, «makache mouchkil», et les entreprises françaises «peuvent apporter beaucoup à l’industrie algérienne en investissements, en transfert de technologie ou encore en formation». Certes, mais qu’en a-t-il été jusqu’à maintenant ? L’investissement français en Algérie devait atteindre les 5 milliards de dollars et «cela reste un objectif». L’objectif est réalisable, selon Laurence Parisot. La France en tête dans de nombreux domaines au niveau mondial, tels la pharmacie, la pétrochimie, les transports, les énergies renouvelables, le secteur de l’eau, devrait être au rendez-vous, c’est du moins ce qui est annoncé, il reste qu’il y a loin de la coupe aux lèvres et les investisseurs français n’en sont pas à leur premier effet d’annonce dans ce domaine.

On se souvient pourtant comment un constructeur automobile comme Renault a fui l’Algérie, alors que l’installation d’une usine de montage automobile était quasiment acquise,  pour installer une usine de montage au Maroc. Est-ce que des constructeurs automobiles français vont concrétiser un quelconque projet en Algérie ? Mme Parisot a préféré laisser planer des promesses dans ce sens. Il reste que nous restons aussi au niveau du symbole pour ce qui est des investissements français en Algérie. «Si nous sommes présents aujourd’hui en Algérie, c’est justement pour dire qu’il n’y a aucun problème entre les entreprises françaises et les entreprises algériennes. Nous sommes les premiers partenaires de l’Algérie et nous comptons le rester», a souligné Mme Parisot.  Il aura fallu qu’elle insiste pour souligner l’importance de cette présence dans les investissements. «Si l’on regarde les secteurs que le gouvernement algérien considère comme stratégiques pour le développement du pays, on constate que ce sont des secteurs dans lesquels la France est bien placée à travers des entreprises qui sont leaders au niveau mondial», des entreprises qui viennent en prestataires et non en investisseurs. L’exemple le plus probant est celui de Alstom, détenteur de plusieurs marchés dans le domaine des transports (tramway, électrification du train) mais qui traîne des pieds à investir, alors que l’entreprise avait fait courir quelque temps le bruit qu’elle allait reprendre des installations de Ferrovial pour la fabrication de tramways en Algérie. 

Aujourd’hui on regarde de près le projet de vapocraquage, en cours de négociation, entre Sonatrach et Total. «Nous souhaitons que ce projet aboutisse. A lui seul, ce projet mobilise le montant de cinq milliards de dollars» a indiqué Mme Parisot. 

Pour la première responsable du MEDEF, la France est le premier partenaire de l’Algérie et veut le demeurer. «C’est avec la nouvelle stratégie économique de l’Algérie que peut se développer un nouveau tissu entrepreneurial».

Par Amine Esseghir

 

Le cas du port de Marseille

On avait annoncé, début novembre, une délégation d’élus provençaux français qui devait être reçue «dans les prochaines semaines» en Algérie par les plus hautes autorités du pays. Le sujet de la visite n’est rien d’autre que la LFC qui inquiète, avait-on dit, les acteurs du port de Marseille-Fos.

La délégation devait comprendre les présidents de la région, du département des Bouches-du-Rhône, de la communauté urbaine de Marseille, le maire de Marseille et le président de la Chambre de Commerce et d’Industrie Marseille- Provence. Pour rappel, dès le mois d’août, les dispositions de la LFC ont eu pour conséquence une diminution de 40% de l’activité marchandises (vrac, conteneurs, etc.) des bassins Est du port de Marseille.

Dès l’annonce de la visite, le président de la région Paca (parti socialiste), Michel Vauzelle, s’était félicité de la nouvelle. Pour lui, «notre demande est que nous examinions au plus haut niveau, et j’en suis très heureux car ça sera avec le Premier ministre, non pas que les Algériens revoient quoi que ce soit de la loi qu’ils ont votée, car nous respectons totalement leur souveraineté, mais comment, dans les décrets d’application de la loi, des assouplissements peuvent être possibles», avait-il déclaré à l’AFP. «Nous allons avoir l’occasion d’exposer au Premier ministre les interrogations et les manques à gagner pour les deux pays», a-t-il poursuivi.

Est-ce à dire qu’avant même la visite de Mme Parisot, il n y avait plus de «mouchkil»?

A.E.

 

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Les SGP transformées en sociétés publiques

Cafouillage juridique en vue

Après sa décision de créer de nouvelles entreprises publiques, le gouvernement a confirmé, cette semaine, ses intentions étatistes de revenir au schéma des grands groupes industriels. De fait, la privatisation est quasi abandonnée.

Hamid Temmar a annoncé que la société de gestion des participations GICA (ciment) a été choisie pour être la première SGP à devenir une société nationale, dans le cadre d’un vaste changement qui vise à supprimer ces sociétés fiduciaires et à en faire des entreprises publiques économiques. L’intention est claire : aller dans le sens contraire de la privatisation qui, elle, s’est appuyée sur le morcellement du secteur public afin d’en faciliter la liquidation.

La suppression des SGP signifie, donc, un grand tournant dans la politique économique du pays, du moins s’agissant du secteur public qui concentre plus de 1000 entreprises de différentes tailles et près de 40% des emplois déclarés.

Le ministre de l’Industrie et de la Promotion des investissements n’a pas donné de précisions sur le rythme de ces changements et sur la manière avec laquelle le gouvernement compte procéder. Mais il est certain que l’Exécutif devra, une nouvelle fois, réviser la législation en vigueur afin que ses réformes se fassent dans la légalité. D’abord, il devra amender l’ordonnance d’août 2001 et tous les textes d’application venus par la suite (décrets, règlements, circulaires, notes), qui ont consacré le regroupement d’entreprises sous la tutelle des SGP et la soumission de ces dernières au ministre chargé des participations (lequel n’est plus précisé dans la composante actuelle du gouvernement, ni dans le décret portant missions et prérogatives du ministère de l’Industrie et de la Promotion des investissements). Ensuite, il faudra déterminer le statut de ces futures grandes sociétés nationales. Si elles passeront au rang d’EPE, elles tomberont une nouvelle fois sous le coup des lois qui les destinent à la privatisation. Si elles bénéficient du statut d’EPIC, il faut alors savoir qu’il existe déjà un vieux texte de loi datant de 1988 et qui oblige toutes les EPIC à se convertir en EPE. Cela, sachant que la loi en cours n’exclut aucune EPE de la privatisation et ne considère plus aucune entreprise comme étant stratégique ou non, cette notion étant évacuée dans les textes depuis plus de 20 ans et, dans le discours, depuis une décennie.

Autre souci juridique qui peut se poser dans la démarche de concentration des entreprises publiques, la suppression des SGP ne peut se faire sans l’amendement de l’ordonnance sur la privatisation. Cela posera alors le problème de la tutelle des futurs grands groupes à créer. Seront-ils toujours rattachés au ministère de l’Industrie et de la Promotion de l’investissement ? Devront-ils être ventilés entre les ministères, suivant le domaine d’activité, soit un retour au schéma des années 1960 à 1980 ? Dans ce cas, sur quoi le ministère chargé des participations va-t-il s’appuyer pour préparer les dossiers des EPE à soumettre au CPE ? Et alors, que faire même du CPE ? A quoi servirait en effet le Conseil des participations de l’Etat si les entreprises dépendent de sociétés mères, surtout dans un contexte où la privatisation est quasi abandonnée, dans les faits comme dans le discours ? Enfin, de quelle façon les gestionnaires des entreprises publiques vont-ils travailler : suivant les ordres de la société mère, du ministre de tutelle, du ministre de l’Industrie et de la Promotion des investissements ou, puisqu’on revient en arrière, suivant les instructions du wali ?

Voilà autant de questions qui se posent, à l’heure où le gouvernement redouble d’énergie à faire oublier la privatisation, ses méfaits et ses échecs et que s’ouvre une nouvelle étape dans la politique économique du pays. Une étape qui risque de ressembler aux précédentes, mais dans le sens inverse. Hier, le gouvernement pratiquait le libéralisme à l’ombre des lois socialistes. Aujourd’hui, c’est l’étatisme qui revient en force pour trôner sur une législation dédiée au marché libre. Un vrai cas d’école !

En attendant d’en savoir plus, il convient de rappeler que le secteur public comporte au total 28 SGP, outre une dizaine de grandes entreprises maintenus sans tutelle directe. Les SGP, venues pour remplacer les holdings, eux-mêmes créés en substitution aux fonds de participations, ont été mises en place dans le cadre d’une politique visant à accélérer la liquidation du secteur public.

Le nouveau gouvernement mis en place par Abdelaziz Bouteflika a hérité, en effet, d’un bilan peu élogieux de la privatisation, limité à la cession d’une vingtaine de petites unités tout au plus, après quelques années d’efforts, sans compter les ventes opérées par le défunt Conseil national de la privatisation, présidé par Abderrahmane Mebtoul, dont les décisions ont toutes été remises en cause au jour de la dissolution dudit conseil.

Pilotée par Abdelhamid Temmar, la politique des privatisations a tôt fait d’amender les deux ordonnances sur la privatisation et l’investissement, signées par Liamine Zeroual et en vigueur depuis 1995, pour instaurer un nouveau cadre juridique, à travers deux autres ordonnances promulguées en août 2001.

Le concept des SGP est le fruit d’une assistance technique de la Banque mondiale, dans le cadre d’un accord de projet d’assistance, accompagné d’un prêt à taux réduit de plusieurs dizaines de millions de dollars. L’accord conclu entre l’institution de Bretton Woods et le gouvernement algérien portait sur la création d’une quarantaine de sociétés fiduciaires détenant le portefeuille financier su secteur public économique. Mais le gouvernement a fini par opter pour un compromis entre l’ancien dispositif et celui suggéré par la Banque mondiale, maintenant le Conseil des participations de l’Etat (CPC, présidé par le chef du gouvernement), comme le véritable centre de décision.

Placées directement sous la tutelle directe du ministre chargé des participations, les SGP avaient pour rôle de préparer les EPE à la privatisation, c’est-à-dire à les accompagner depuis l’évaluation jusqu’à la négociation finale avec le repreneur. C’est dans ce cadre que l’organisation de la SGP s’est articulée autour des quatre missions principales contenues dans le mandat de gestion. Il s’agit des opérations de partenariat et de privatisation, de la gestion du portefeuille de titres, de la mise à jour de la base de données et la communication avec le ministère chargé des participations (lui-même jouant le rôle de secrétariat technique du CPE) et, bien entendu, de l’organisation et le management de la SGP. Dans les faits, les SGP étaient tout simplement chargées de rendre les entreprises publiques vendables et pour celle qui l’étaient déjà, de les rendre encore plus vendables.

Sept ans durant, les SGP ont donc recensé les dysfonctionnements des EPE, lancé des études de restructuration des filières, élaboré des plans de redressement, proposé des dossiers d’assainissements, poussé les entreprises à la certification et à l’accréditation, encadré les gestionnaires dans les changements de statuts et lors des montages juridiques et financiers, piloté l’élagage des activités annexes des entreprises et dynamisé les actions envers les partenaires privés, etc.

Depuis, on pensait qu’une autoroute s’ouvrait devant la privatisation, mais seules 400 entreprises ont été vendues, sur une liste de 1200 EPE. Un bilan qui ne dit pas l’essentiel, vu qu’on ne connaît toujours pas le taux de réussite des entreprises vendues, ni l’aboutissement réel du transfert de propriété, souvent en butte aux obstacles administratifs et financiers. Un bilan qui exclut, par ailleurs, la cession d’un millier d’entreprises locales (EPL) à ses anciens salariés que l’on a laissé se débattre dans des problèmes de titres de propriété et de solvabilité financière.

Par Nabil Benali

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Début de reconnaissance des syndicats autonomes ?

Malgré une existence légale, les syndicats autonomes peinent à se faire entendre par les pouvoirs publics. Mais la situation semble changer puisque, à la faveur de la dernière grève dans le secteur de l'éducation nationale, le dialogue a pris le dessus sur le mépris affiché par les responsables des différents secteurs à l'égard des représentants des travailleurs de la fonction publique.

Les réunions marathon entre les représentants des syndicats de l’éducation nationale et les responsables du ministère du département de M. Benbouzid ont réussi à débloquer une situation qui allait prendre des proportions graves pour le secteur. A la troisième semaine de grève, après deux autres débrayages cycliques de 3 jours par semaine, il devenait plus qu’urgent de régler ce différend qui durait depuis plusieurs années déjà. Les fruits de la concertation sont là. Certaines des revendications des syndicats ont été acceptées, d’autres feront l’objet de discussions futures avec des promesses de règlement. Si la réaction des syndicats concernés a été différemment appréciée, puisque certains ont préféré continuer leur grève, il n’en demeure pas moins qu’il est toujours préférable de laisser ouvertes les portes du dialogue. L’Union nationale des personnels de l’éducation et de la formation (UNPEF) a déjà tranché pour la reprise de cours et a appelé à l’arrêt du mouvement pour rattraper le retard accumulé durant la grève. Décidant lui aussi de reprendre les bancs de l’école, le Syndicat national des professeurs de l’enseignement secondaire et technique (SNAPEST) a opté pour le gel de la grève, en attendant de voir du concret dans les promesses du ministère.

Vraisemblablement, le Conseil national des professeurs de l’enseignement secondaire et technique (CNAPEST) se dirige lui aussi vers la reprise des cours. Les responsables de ce syndicat affichent déjà leur satisfaction des engagements pris par le ministère de tutelle. Reste à convaincre le Conseil des lycées d’Algérie (CLA).

Après avoir minimisé le mouvement de grève à ses premiers jours, la tutelle a compris qu’il était illusoire de vouloir réduire son impact pour justifier le refus du dialogue. C’est, d’ailleurs, à la demande de Boubekeur Benbouzid qu’a eu lieu la première réunion avec les syndicats autonomes de l’éducation qui a balisé la suite des discussions. Les autres rounds ont abouti à la création de plusieurs commissions dont celle devant statuer la rétroactivité des indemnités à partir du 1er janvier 2008, celle relative à l’abrogation du décret 158-94 qui octroit la gestion des œuvres sociales à la FNTE, et une autre consacrée au dossier de la médecine du travail. Globalement, les syndicats ont obtenu gain de cause. Promesses leur ont été données d’aplanir ces problèmes dans les plus brefs délais. Il s’agit là d’un exercice tout aussi important que dangereux dans le cas où, comme cela a été le cas durant les conflits des précédentes années, la tutelle n’assume pas ses engagements. La grève pourrait reprendre de plus belle. C’est un risque à éviter à tout prix si l’on veut instaurer un climat de confiance durable.

D’autant que la représentativité des syndicats autonomes de l’éducation nationale n’est plus à démontrer. En effet, la guerre des chiffres entre la tutelle et les syndicats n’a pas pu cacher la paralysie quasi générale dans les établissements scolaires dans l’ensemble du pays. Les pouvoirs publics ne pourront plus chicaner sur une prétendue non représentativité de ces formations syndicales. Reste à les amener à généraliser leur position à l’ensemble des secteurs de la fonction publique. Les praticiens de la santé publique n’arrivent pas, à ce jour, à se frayer un chemin dans les dédales de l’administration du secteur pour faire aboutir leurs revendications. En grève depuis près d’une semaine, les généralistes réclament un statut particulier, des indemnités à la hauteur des efforts fournis et, surtout, d’être considérés comme partenaire social à part entière par la tutelle pour discuter des questions professionnelles qui les concernent directement. Cette revendication de partenaire social à part entière est une des revendications qui lie l’ensemble des syndicats de la Fonction publique. C’est le casse-tête principal de la scène syndicale depuis plus d’une décennie.  Le mauvais pli pris par les autorités, durant les années 90, de n’accorder de la considération qu’à l’UGTA semble difficile à rectifier. Difficile mais pas impossible. Car les conditions qui prévalaient dans les années 90, où l’UGTA était perçue bien plus qu’un partenaire social mais un allié politique, ne sont plus de mise actuellement. C’est ce qui explique l’adoption, à cette époque, du décret 158-94 qui accorde aux seuls syndicats affiliés à la Centrale de gérer les œuvres sociales de leurs secteurs respectifs. Une décision qui, au-delà même du principe de pluralisme syndical, a engendré des situations ingérables dans la quasi-totalité des secteurs de la fonction publique et des entreprises nationales. Les scandales successifs (dans l’éducation nationale, la CNAN, la douane…) qui ont été révélés par la presse montrent à quel point il est urgent de démocratiser la gestion des milliards des œuvres sociales. De l’intérieur même de l’UGTA, des voix, certes minoritaires, s’étaient élevées pour dénoncer les abus constatés. Voilà pourquoi il est urgent d’assainir aussi bien la gestion des œuvres sociales que l’ensemble de l’exercice syndical en instaurant des règles transparentes valables pour tous les acteurs. La dynamique lancée par le ministère de l’Education nationale et celui de l’Enseignement supérieur et de la recherche scientifique (qui a accédé lui aussi à certaines revendications du CNES) doit être soutenue et généralisée aux autres secteurs de la fonction publique.

Il est temps de donner à chaque formation syndicale la place qui lui revient dans le secteur où elle est implantée et selon son degré de représentativité. Bien évidemment, s’il est trop tard pour inviter la coalition des syndicats autonomes de la fonction publique (largement représentative) à la table de la prochaine tripartite qui a lieu dans quelques jours, il serait souhaitable d’y songer pour les prochains rendez-vous.

Les syndicats autonomes n’ont jamais demandé à être consultés lorsqu’il s’agit de prendre des décisions concernant la stratégie industrielle ou dans tout autre domaine où ils ne sont pas présents. Par contre, ils ont le droit de réclamer de pouvoir donner leur avis et faire aboutir les revendications de leurs bases respectives dans les secteurs où ils sont majoritaires.

Par Abdelkader Djalil

 

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Lutte contre le terrorisme dans le Sahel

Africom ne sera pas transférée en Algérie

La visite de chef du commandement des Etats-Unis pour l'Afrique (Africom), le général William E. Ward, à Alger la semaine dernière a mis fin à toute rumeur concernant l'installation de cette institution en Algérie. C'est en tout cas ce qu'a affirmé ce responsable américain selon lequel ladite base va demeurer en Allemagne et qu'il n'a jamais été question de son transfert en Afrique, et encore moins en Algérie.

Ce responsable a été reçu en audience par le président de la République, Abdelaziz Bouteflika, ce qui lui a permis d’avoir une vision de l’Algérie concernant la lutte contre le terrorisme et la coopération souhaitée dans ce cadre.

Il y a lieu de souligner que la mise en place de l’Africom s’incrit dans le cadre de la stratégie des Etats-Unis relative à la lutte contre le terrorisme notamment dans le Sahel, une stratégie  adoptée après les événements du 11 septembre.

L’Algérie qui a souffert du terrorisme durant plus des 12 ans a son mot à dire dans la lutte contre ce fléau au niveau africain et en particulier au Sahel où se positionne El Qaïda du Maghreb. Dans ce cadre, les Etats-Unis se sont montrés conscients du rôle de l’Algérie et de son poids, notamment avec l’expérience qu’elle a acquise dans la domaine de la lutte contre le terrorisme qui est devenu un phénomène mondial au moment où le monde entier a choisi le siège de spectateur par rapport au sang des algériens qui coulait chaque jour. 

Après les événements du 11 septembre, les Américains ont ouvert les yeux sur les pays qui affrontaient le terrorisme avec les moyens du bord comme  l’Algérie, mais aussi avoir le contrôle  sur toute activité terroriste dont celle exercée par El Qaïda du Maghreb dans le Sahel.

Cependant, les Etats-Unis n’ont pu convaincre aucun pays africain d’abriter la base de l’Africom, comme l’Algérie qui a exprimé son refus non négociable d’abriter cette base depuis 2007.

A l’occasion d’une conférence de presse organisée au siège de l’ambassade US à Alger mercredi dernier, le général américain William E. Ward a tenu à préciser que sa visite en Algérie vise à échanger des «informations et des renseignements» avec les autorités civiles et militaires algériennes. Dans ce cadre, il dira : «Je ne suis pas venu ici pour demander au président Bouteflika d’accueillir le siège de l’Africom». Dans ce contexte, il a  formellement démenti les «informations» sur l’intention des USA d’installer des bases militaires en Algérie.  C’est ainsi que selon ce responsable militaire américain, la coopération entre l’Algérie et l’Africom se limite à un échange d’informations et de renseignements. Par ailleurs,  sur demande de l’Algérie ou d’un tout autre pays africain, les USA pourraient fournir du matériel de communication pour lutter efficacement contre ce qu’il qualifie «d’extrémisme violent».

Dans ce cadre, le  général William E. Ward a  réitéré que l’objet de sa visite est d’écouter les autorités algériennes, renforcer la coopération et aider l’Algérie dans sa lutte contre le terrorisme. Tout en saluant le rôle de l’Algérie qui contribue selon lui  énormément à la stabilité de la région, il a relevé que le commandement est «résolu à renforcer, à améliorer cette relation et à travailler étroitement avec l’Algérie en matière de coopération sécuritaire».

Selon ce responsable, le rôle de l’Africom est de veiller à la stabilité de l’Afrique et la bande du Sahel. A ce propos, il a ajouté que le  rôle joué  par l’Algérie dans la bande du Sahel est qualifié par le chef de l’Africom de «très important», en précisant qu’il n’a jamais été question de vendre des armes à l’Algérie.

Le général américain qui s’est dit être l’écoute des  points de vue des Algériens sur la situation a  précisé que c’est en fonction de ces rencontres que les «besoins seront déterminés». Dans ce sens, il dira  : «Nous soutenons le rôle de l’Algérie et nous apprécions son leadership dans le traitement des questions régionales relatives à la sécurité et à la lutte antiterroriste», soulignant que «les USA ont toujours été et demeurent déterminés à travailler avec les gouvernements et à les assister dans la lutte contre le terrorisme pour assurer la stabilité en Algérie et dans la région».

Par ailleurs, il a expliqué que le  fait que les nations du Sahel reconnaissent la menace du terrorisme est un «bon signe» sur la prise de conscience du danger que représente ce phénomène transnational, avant de conclure que les USA vont continuer à appuyer l’Union africaine et ses institutions pour promouvoir la stabilité.

A rappeler que pour sa part, Mary Carlin Yates, adjointe du chef du commandement américain pour l’Afrique (Africom), en charge des activités civiles et militaires avait indiqué l’année dernière que son pays n’avait pas l’intention d’installer une base ou des troupes en Algérie.» Par ailleurs, des  discussions ont été menées  avec le Ghana, l’Ethiopie et Djibouti pour installer une unité ou un bureau de l’Africom (qui sera organisé sous forme d’unités légères).

Selon cette responsable américaine,  sur les 9 milliards de dollars consacrés à l’Afrique par Washington en 2007, 250 millions de dollars ont été orientés vers les dépenses militaires. A savoir que selon le schéma établi en 1983, le continent était «partagé» en trois commandements différents : le Central command pour la corne de l’Afrique, le Pacific command pour l’océan Indien et l’Afrique australe et l’Eucom pour le Maghreb et le reste de l’Afrique. L’Eucom continuera à assurer les activités actuelles de coopération.

L’Algérie maintient son refus d’abriter Africom

En 2007, le ministre algérien des Affaires étrangères Mourad Medelci avait réitéré le refus de l’Algérie sur l’implantation de bases militaires étrangères sur son sol, sachant que l’Algérie faisait partie des pays africains qui auraient été approchés par les Etats-Unis pour l’installation de l’Africom.

D’autre part, l’Algérie a exprimé  sa réticence quant à l’installation d’un commandement central américain en Afrique pour la lutte contre le terrorisme par un franc positionnement en faveur des mécanismes de sécurité collective de l’Union africaine. A noter  dans ce cadre que l’Union Africaine est dotée d’un Conseil de paix et de sécurité (CPS) pour la prévention des conflits et le déploiement éventuel de forces d’interposition entre belligérants.

Toutefois, l’Algérie tient à la coopération avec les Américains dans tous les domaines, notamment sécuritaire, militaire et la lutte contre le terrorisme ; d’ailleurs, l’année dernière, il y a eu  neuf opérations de formation concernant les militaires algériens.

Par Nacera Chenafi

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Lutte contre la matrice idéologique de l’islamisme

A quand la réconciliation officielle avec l’Algérianité ?

La lutte contre le terrorisme islamiste n'est pas seulement l'affaire du tout-sécuritaire. " Il faut s'attaquer à la matrice idéologique ", a préconisé dernièrement Yazid Zerhouni. La lutte menée sur le terrain par les forces de sécurité a fait ses preuves. Pourtant, elle n’a pas mis fin à la violence perpétrée par les extrémistes religieux. Le traitement politique de ce phénomène violent et rétrograde, par le biais de la loi sur la réconciliation nationale, ne s’est pas attaqué aux racines du problème ou à «la matrice idéologique», comme l’a signalé dernièrement le ministre de l’Intérieur, Yazid Zerhouni, en Italie, lors de la Conférence des ministres de l’Intérieur de la Méditerranée.

Les journées mémorables ayant suivi la victoire de l’équipe nationale algérienne sur les «Pharaons» ont révélé beaucoup de choses, dont deux principales. Un, la victoire de l’équipe nationale de football au Soudan a été vécue comme l’indépendance, où les Ziani, Chaouchi et Antar Yahia sont devenus les héros d’une jeunesse en quête de représentation. Deux, les activistes islamistes se sont montrés fort discrets dans l’ambiance suscitée par cet historique 18 novembre 2009, neutralisés par le drapeau algérien qui flottait partout dans le pays, l’hymne national et aussi la soif de vivre des Algériens. Donc, sans même le recours du tout-sécuritaire.  Agressée au Caire, puis remportant le match à Khartoum, l’EN a réussi là où le gouvernement et les partis politiques ont échoué, à savoir : réconcilier les générations d’Algériens avec leur histoire de résistance et de liberté. Mais pour un temps. Comment faire pour maintenir cette mobilisation et cette dynamique nationales ?

Après l’entrée, par effraction, de partis politiques islamistes (et de formations politiques d’obédience culturelle), l’islam politique a été officialisé en Algérie, dans la moitié des années 1990, avec l’admission des premiers chefs islamistes dans la course à la présidentielle. Dans une étude réalisée cette année et intitulée «L’impact de l’évolution de l’islam politique sur la cohésion nationale en Algérie», Amel Boubekeur, sociologue et chercheure à l’EHESS de Paris, ainsi qu’au Carnegie Middle East Center, où elle dirige le «Arab Maghreb project» à Beyrouth, s’est penchée sur le phénomène de l’islamisme algérien. L’une des conclusions dégagée a trait aux changements opérés dans «l’idéologie des partis islamistes» qui, selon elle, n’aspirent plus aujourd’hui à une quelconque «révolution» islamique, ni au terme d’un processus électoral ni à la suite d’un «processus révolutionnaire violent». Payant le prix de leur cooptation et des avantages de la rente pétrolière, ces partis, précise-t-elle, n’ont plus une grande influence auprès de la population. Cela a conduit au désintéressement des militants islamistes de base pour le cadre du parti politique qui désormais lui préfèrent un autre cadre, celui de la da’wa salafiyya. «En laissant se développer le mouvement de la salafiyya, l’Etat a trouvé un soutien de taille à sa politique de réconciliation et a endigué ponctuellement la radicalisation politique d’un islam ultra-orthodoxe», écrit Mme Boubekeur.

«Il n’y a pas de régulation du champ politique» 

Devant l’instrumentalisation, par les gouvernants, des partis islamistes officiels cooptés ou neutralisés, soutenue par la fermeture de l’espace audiovisuel national, qui a cédé le pas aux chaînes religieuses du Golfe, et la présence d’une littérature religieuse de très bon marché, principalement salafie, ainsi que par la distribution de nombreux livres de prédication gratuits dans les mosquées, le mouvement de la salafiyya est devenu un des principaux mouvements de réislamisation du pays. Et, même si les membres de la salafiyya considèrent le système électoral et le cadre du parti comme l’importation d’une tradition occidentale, la responsable du «Arab Maghreb project» n’exclut pas l’implication importante des anciens membres et activistes de l’ex-FIS, ainsi que de la base islamiste de la da’wa salafiyya, lors des prochaines élections, communales, législatives et présidentielles.

Amel Boubekeur prévient, par ailleurs, que «la radicalité religieuse dont la salafiyya est porteuse», voire son rejet des « «valeurs majoritaires de la société et toute perspective de vie commune avec le reste de la population», pourrait avoir de lourdes conséquences pour la stabilité du pays.

Récemment, la sociologue est revenue sur le sujet, avec cette fois, une nouvelle étude en poche, consacrée à la «la réémergence du soufisme en Algérie et au Maroc». Lors d’une conférence qu’elle a animée le 23 novembre dernier, à Riad El-Feth, à Alger, Amel Boubekeur a déclaré : «Si islam politique il y a dans 5 ans, il sera hors partis politiques en Algérie et devra revoir sa position d’opposition». D’après elle, si cette forme d’islam continue d’être encouragée par l’Etat, elle s’exprimera alors à travers le mouvement de la salaffiya ou le mouvement soufi, vu sous l’angle des zaouïas. Cela, parce que le pluralisme de façade a complètement fragilisé le cadre moderne du parti politique. «Dans les années 1980 et 1990, les islamistes étaient utilisés par le régime pour contrer la gauche. Finalement, il n’y a pas de régulation du champ politique», a-t-elle remarqué.

Concernant le mouvement de la salaffiya, elle préviendra que celui-ci ne croit qu’à la nation musulmane et prône par opportunisme «le nationalisme et un islam purement algérien». Quant aux confréries et zaouïas, leurs leaders auraient collaboré avec le colonisateur français, mais malgré cela, elles ont été réhabilitées, ces dix dernières années, pour prêcher «un islam pro-étatique». Pour la chercheure, si la salafiyya est sectaire et exclut l’Autre, les soufis «sont perçus comme les conseillers du prince» et reconnaissent seulement le chef de l’Etat comme seul interlocuteur.

La pression du tout-sécuritaire n’a pas fait disparaître le terrorisme. Pire, elle a coûté cher, principalement à la société civile.

Pour la spécialiste, l’évolution de l’islam politique en Algérie et surtout l’encouragement, par le pouvoir, des formes hors partis politiques - comme étant les solutions uniques à l’islam politique - constituent une véritable menace à la cohésion nationale et à l’épanouissement de la société civile.

Est-il alors possible de s’attaquer à la matrice idéologique de l’islamisme, sans régler la question du choix d’un projet national commune (projet de société) et sans ouvrir tous les espaces nécessaires à l’expression de  la raison et de la diversité, à l’approche de la différence et à la  participation citoyenne dans la vie publique ?

Lorsque les dirigeants sont aux côtés des Algériens, qu’ils veillent sur leur dignité, qu’ils les écoutent, qu’ils leur font confiance, en leur rendant des comptes et en promouvant le savoir et l’algérianité, il fait toujours bon de vivre ensemble dans la maison Algérie.

Par Z’hor Chérief

 

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Le mouvement de la salafiyya

«Son ambition est de contrôler et corriger le comportement individuel»

Le mouvement de la salafiyya a été fondé par Jamal Eddine Al-Afghani qui a  rejoint «le néo-wahhabisme du Hidjaz» dans les années 1930. Ce mouvement est un courant qui s'inspire donc beaucoup du wahhabisme, une doctrine ultraconservatrice et résolument passéiste, qui vise à  instaurer le califat.

Il a connu un essor durant les années 1980, lorsque de nombreux jeunes Algériens, formés en sciences islamiques en Arabie saoudite, sont revenus enseigner en Algérie. Depuis une décennie, cette tendance a carrément explosé en nombre, car elle a recueilli en son sein des partisans du salafisme politique, de nombreux partisans du salafisme djihadi, anciens membres des GIA et du GSPC, qui se sont également repentis et placés sur le marché du commerce, grâce aux réseaux de la da’wa salafiyya, notamment avec la région du Golfe. Depuis 2000, ce mouvement a été renforcé notamment par une génération de jeunes algériens, âgés entre 15 et 35 ans, déçus par l’expérience de l’ex-FIS et des partis politiques islamistes.

Pour cette génération, la da’wa salafiyya, possédant ses propres écoles privées, particulièrement l’école saoudienne à Alger, et ses propres circuits commerciaux, est toute désignée pour rejeter en douceur les valeurs de consommation et d’annihilation du politique d’une société post-conflit qu’est l’Algérie.

D’après Amel Boubekeur, le mouvement de la salafiyya s’est développé en grande partie grâce à la rente pétrolière et permet «une re-politisation hors partis (politiques)», en s’organisant sous la forme de «petits réseaux de mosquées et de commerces.» L’influence de la da’wa salafiyya serait même «beaucoup plus para-politique», comme dans le cas de Mourad Lahlou, élu à la tête du club de football d’Hussein Dey ou encore dans la réussite individuelle de certains importateurs appartenant à ce mouvement, notamment dans les domaines de l’informatique et de l’alimentation générale. Pour la chercheure, les adeptes du mouvement de la salafiyya participent à la gestion de crises nationales sous forme de dons, comme cela a été le cas lors des inondations de Bab-El-Oued ou du tremblement de terre de Boumerdès. Elle relève en outre que de nombreux repentis sont devenus importateurs de livres religieux salafis. En mars dernier, un autre chercheur, en l’occurrence Abderrahmane Moussaoui, a analysé les mutations religieuses en Algérie depuis une vingtaine d’années. Au cours d’une conférence animée, à Oran, au Centre d’études maghrébines en Algérie (CEMA), l’anthropologue a signalé l’émergence de nouvelles pratiques dans l’islam maghrébin qui s’écartent du rite malékite, en faisant référence à l’arrivée de la salafiyya en Algérie. Résultat : l’édifice théologique ancestral est fissuré. «La vie moderne foisonne de détails qui appellent une réponse (…), il y a tellement de questions qui se posent et qui n’ont pas été réglées», a-t-il observé. En 2008, le ministre des Affaires religieuses et des Waqfs, Bouabdellah Ghlamallah, a dénoncé les salafis dans le quotidien Liberté (édition du13 octobre 2008), car ils ne reflètent pas «l’identité nationale algérienne» et portent «atteinte à la nation». Des arguments qui rejoignent ceux formulés par l’International Crisis group. Pour cette ONG, le mouvement salafi en Afrique du nord n’est pas disposé à «reconnaître ou valoriser les identités nationales, puisqu’il prône au contraire l’identité et la communauté islamiques supranationales». Son «penchant violent» s’expliquerait par «son ambition à dicter, contrôler et corriger le comportement individuel» des «mauvais musulmans». Après ce qui vient d’être dit, est-il juste de parler de crise d’interprétation de l’islam ? D’aucuns, comme l’avait fait le théologien musulman Soheib Bencheich, préfèrent noter que l’islam officiel, devenu «la voix de son maître» est à l’origine de l’émergence de l’islam contestataire, en dénonçant la dérive wahhabie et salafie. D’autres s’en tiennent au fait qu’en islam, il n’existe pas d’intermédiaire entre Dieu et le musulman, tout en reconnaissant cependant l’incapacité réelle ou calculée des docteurs en sciences islamiques d’adapter aujourd’hui la religion aux temps nouveaux. C’est dire l’urgence de l’idjtihad (effort d’interprétation).        

Par Z’hor Chérief

 

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Diversité, pluralisme, clivage...

Deux ou trois détails relatifs au champ politique algérien

Tous les étrangers vous le diront : contrairement à nombre d'autres peuples de leur voisinage, la première chose qui frappe à regarder les Algériens, c'est le fait qu'ils ne se ressemblent pas.

Au physique d’abord, il n’existe pas de type pouvant servir à les schématiser, bien qu’ils soient indéniablement des Méditerranéens. Au plan linguistique ensuite, il y a bien un dialecte parlé à peu près par tous, mais que les autres peuples connaissant l’arabe hésiteraient à qualifier comme tel,  vu qu’à l’exception de nos voisins immédiats, les Marocains et les Tunisiens  eux-mêmes ont le plus grand mal à entendre. Quand un Arabe oriental rencontre un Algérien, ou bien ils se parlent en arabe classique, si l’Algérien la possède, ce qui est loin d’être évident, ou bien ils se rabattent tous deux sur une langue étrangère, l’anglais ou le français,  si l’un et l’autre sont des personnes d’un certain niveau. Au plan politique enfin, il  saute aux yeux qu’ils divergent bien qu’ils ne convergent. D’ailleurs la crise politique, dont le pays se relève à peine, en a abondamment apporté la preuve. L’islamisme est un phénomène politique universel, mais ce n’est qu’en Algérie, société fondamentalement diverse, qu’il  est parvenu à mettre en péril l’unité nationale, faisant trembler l’Etat sur ses fondements,  causant finalement les mêmes ravages, notamment humains, qu’une guerre. Mais un fait anecdotique sera peut-être plus significatif du propos. Le mois dernier, la principale vedette algérienne, Cheb Khaled, a chanté au Maroc,  enveloppé du drapeau marocain, ce dont il pouvait se passer d’autant que le geste s’interpréterait facilement comme une provocation à l’endroit de son propre pays. Mais Cheb Khaled ne s’est pas contenté de manifester  son affection pour le Maroc, sentiment que du reste beaucoup d’Algériens partagent, et pour son roi par la même occasion, ce qui le regarde en propre, mais il est allé jusqu’à dire, à ce que rapportent les journaux, et en l’occurrence il n’y a pas de raison de ne pas les croire, que pour lui le Sahara Occidental est terre marocaine.

Il n’est pas le premier algérien à le dire. Cheb Khaled pouvait d’autant plus se permettre d’exprimer son opinion personnelle qu’il sait qu’il n’a rien à craindre de la part de son pays, ni du public qui s’y trouve, qu’il sait que si beaucoup d’Algériens n’applaudiront pas à ses propos, d’autres les lui passeront facilement, et d’autres encore les approuveront,  le plus probable toutefois sans aller jusqu’à le crier par-dessus les toits.

Il sait, en somme, que le délit d’opinion n’existe plus en Algérie, qu’il ne risque pas de voir les Algériens se liguer contre lui spontanément ou  parce qu’on leur aura demandé de manifester leur désapprobation. 

Une célébrité marocaine ne se laissera pas aller à une provocation de cette nature, parce qu’elle  sait quelles en seront les conséquences inévitables, et sur elle-même, et, pire encore, sur les siens. Il est au Maroc des sujets sur lesquels on ne plaisante pas. C’est sans doute une société pluraliste, mais le fait est là, elle ne l’est pas aujourd’hui au même degré que la société algérienne.

Deux clivages, l’un vrai et l’autre faux

Parce que les clivages dans la société participent de sa structure, ils appartiennent à son histoire longue. Ce n’est pas le cas des partis, qui relèvent de l’histoire courte.

Dans la coupe historique d’une société, la couche supérieure, la plus récente au point de vue temporel, représente le régime, au-dessous duquel  se trouve celle se rapportant au système partisan, autrement dit à la classe politique.  Mais celle qui représente les clivages fondamentaux se situe plus bas encore, et de ce fait, les soutient ou les porte  tous deux. Les événements qui se déroulent à la surface affectent en premier lieu, comme il est naturel, les couches supérieures correspondant aux niveaux institutionnels et politiques.

Il faut que des grands bouleversements se produisent pour que les changements induits dans l’équilibre général atteignent aux divisions fondamentales d’une société, qui ressortent, elles, sont tributaires de la longue durée.

L’erreur, par conséquent, serait de croire que les clivages que l’on observe au niveau politique se superposent nécessairement et rigoureusement à ceux que l’histoire a mis des décennies, et peut-être même des siècles, à engendrer. En fait, il est possible qu’ils correspondent si peu les uns aux autres que tous les partis peuvent disparaître sans que les clivages fondamentaux en soient si peu que ce soit affectés. Prenons un exemple. On peut parfaitement concevoir que le RCD éclate en morceaux, à la suite d’une grave crise interne en particulier.  Serait-on fondé à dire que le courant laïc a cessé d’exister par la même occasion ? Non, bien sûr.  La demande laïque a préexisté au parti qui s’y est identifié le plus explicitement, elle lui survivra sûrement.  La disparition du parti n’a pas d’effet sur la revendication, qui n’en continuera pas moins de s’exprimer de différentes façons jusqu’à ce qu’arrive un moment où un nouveau parti, dont rien n’interdit d’ailleurs de penser qu’il présentera certains traits de parenté avec le RCD, l’inscrive en bonne place dans son programme, la considérant comme partie intégrante de son identité politique. C’est que le courant laïc ne s’est jamais tout entier reconnu dans le RCD. La contestation du code de la famille, par exemple, qui en est l’expression conjoncturelle la plus forte, sans en être la seule, est un point dans lequel se reconnaît une frange importante de l’opinion, y compris dans les sphères du pouvoir. Le courant laïc, de plus, se présente sous différents aspects ;  il en existe au moins deux variantes. Jusque-là c’est essentiellement sous la forme défensive qu’il a fait parler de lui. Et pour cause, dans un moment historique dont la marque distinctive est une offensive islamiste sans précédent, dont on ne répètera jamais assez qu’elle a manqué déboucher sur  une véritable révolution, s’affirmer laïc revient dans une large mesure à se déclarer  un farouche opposant au projet d’Etat fondé sur l’application stricte de la charia. La laïcité sous sa forme positive, offensive, n’a pas encore fait son entrée sur scène. Il se peut qu’elle ne le fasse pas de sitôt, mais cela personne n’est à même de le savoir avec certitude.

La place de la religion dans l’Etat est incontestablement un vrai clivage. Il n’est d’ailleurs pas propre à l’Algérie. Même les pays les plus anciennement laïques n’en ont pas encore fini avec lui, en dépit des apparences. Certaines divisions au sein de leurs opinions en attestent. Pour l’heure, c’est le conflit autour du droit à l’avortement qui le ranime, même si la séparation institutionnelle entre l’Eglise, ce terme étant ici pris au sens le plus général, et l’Etat ne pose plus problème en elle-même, du moins en Occident. Il n’en demeure pas moins que quel que soit le manteau dans lequel on se drape, selon que l’on appartienne à un camp ou à un autre, c’est bien le vieux clivage entre l’Etat et la religion qui s’exprime dans le conflit opposant partisans et adversaires du droit à l’avortement. Et cette divergence sur un sujet de société, comme on dit, qui peut sembler transpartisan,  est susceptible en réalité de revêtir des formes partisanes, comme on peut le constater, il est vrai dans un pays qui ne guère passer pour un modèle de laïcité, l’Espagne, où la gauche, emmenée par le Parti socialiste, soutient le droit à l’avortement, tandis que la droite,  encore intimement liée à l’Eglise, s’y oppose.

Le critère le plus sûr  permettant de distinguer un clivage fondamental, tenant à la structure par conséquent, d’un autre qui ne le serait pas,  qui serait conjoncturel, ou même qui serait faux, artificiel, un effet d’optique, c’est la durée, plus ou moins longue selon que l’illusion est fortement ou faiblement trompeuse.  Pour autant, il faut qu’il soit particulièrement spécieux pour qu’un clivage artificiel puisse donner le change sur une longue période. La plus grande distance qu’il puisse tenir, tout compte fait, ne peut guère outrepasser la durée de vie, ou la période pendant laquelle un parti et des médias se seront appliqués à l’accréditer. Pensons au clivage mettant aux prises démocrates et non démocrates que le RCD, suivi en cela par les journaux qui se sont appelés «la presse démocratique», a soutenu mordicus pendant des années, depuis janvier 1992 jusqu’à tournant du siècle, ce qui équivaut tout de même à une décennie.

On n’en entend plus parler maintenant. Il faut dire que la classe politique issue de l’ouverture politique  dans la foulée de l’explosion d’octobre 1988 ne cherche plus à convaincre personne, tant est profond son divorce d’avec l’opinion, si tant que les deux aient jamais été dans un rapport étroit. Quant à la «presse démocratique», elle a changé de fusil d’épaule. Elle se conçoit désormais si peu faiseuse d’opinion qu’elle n’ambitionne plus que de battre au diapason de la rue, qu’elle assimile à l’opinion nationale. La concurrence entre les différents titres se durcit chaque jour davantage, ce qui les pousse tous à rivaliser de populisme. Le temps où cette presse autoproclamée démocratique prétendait forger l’opinion appartient désormais au passé. Il suffirait à son bonheur, ou plus exactement au bonheur de ses propriétaires, qu’il leur soit permis de se lancer dans l’audiovisuel, où la publicité rapporte beaucoup plus que dans les journaux. D’où leur récent engagement contre les médias égyptiens, notamment les chaînes de télévision, dans le but de démontrer qu’ils  seraient utiles à l’occasion si l’audiovisuel était libéré, et qu’en tout cas ils feraient mieux que l’Unique, qui  se serait montrée trop guindée et respectueuse des bons usages pour mener la guerre médiatique, qu’eux-mêmes, disent-ils, ont vaillamment et victorieusement soutenue, ce qui aurait contribué à donner du cœur aux hommes de Saadane sur le terrain, à Khartoum.

Du bon gouvernement d’une société pluraliste

Se convaincre que la société algérienne est pluraliste implique qu’elle doit être gouvernée en conséquence. Ce qui suppose comme première condition l’apparition d’une classe politique, qui forme système, de même que les clivages parcourant la société articulent cette dernière, la tenant ensemble. L’unité politique n’a rien à voir avec l’unicité, qui est contre nature, qui suppose une répression continuellement sur le pied de guerre, et qui favorise les forces centrifuges en croyant renforcer les forces centripètes. En d’autres termes, une société pluraliste ne se gouverne pacifiquement que par un multipartisme enraciné dans la société et pacifié.

Dans l’Algérie d’aujourd’hui, il n’y a certes pas de menace immédiate sur l’unité nationale, comme c’était le cas il y a seulement quelques années, mais, en revanche, tout est susceptible de provoquer le désordre, l’émeute. Bien qu’il soit vrai que l’émeute, malgré sa fréquence, n’est pas une contestation de l’ordre, mais seulement sa transgression, ce qui est très différent, il n’en reste pas moins qu’on ne peut exclure qu’il en éclate une qui se généralise à tout le pays, atteignant les dimensions, ou peut-être même les dépassant, de l’explosion d’octobre 1988, avec des conséquences peut-être incalculables sur la stabilité politique.

Il y a seulement quelques jours, on ne pouvait exclure qu’on ait été dans une situation explosive. Il était possible de craindre qu’une défaite de l’équipe nationale de football à Khartoum, venant confirmer celle du Caire, dans les conditions scandaleuses que l’on sait, aurait pu déclencher une émeute de la déception, qui, d’une certaine façon, avait déjà commencé. Une bonne partie de l’opinion aurait pensé que c’était parce que les autorités ne s’étaient pas montré assez fermes avec leurs homologues égyptiennes, qui avait encouragé celles-ci à tout faire pour que la victoire revienne à leur équipe, c’est-à-dire à agresser les joueurs à leur arrivée au Caire. Les officiels n’auraient vraisemblablement pas réussi à convaincre les supporters les plus déçus qu’ils n’étaient pour rien, que ce n’était pas à cause de  ce qu’avaient commencé à leur reprocher certains journaux, à savoir que c’était leur respect excessif par rapport à leurs homologues égyptiens qui les avait paralysés.

Or, ces supporters hors d’eux-mêmes, il en existait à ce moment partout dans le pays. Ils n’auraient pas accepté la défaite à Khartoum, d’autant qu’elle ne survenait pas dans des conditions sportives normales.  Des débordements de rue étaient à craindre. La fréquence de l’émeute est le signe que plusieurs paliers politiques manquent entre le sommet de l’Etat et la société.  Les partis politiques, pas plus que les autres relais intermédiaires, notamment les associations, ne parviennent à capter, ne serait-ce qu’une partie de ces mouvements de foule,  qu’un rien est susceptible de déclencher.

Rien ne permet de penser que cette situation est entièrement voulue. On ne peut toutefois pas exclure qu’elle soit au moins jusqu’à un certain point considérée comme préférable à une autre  dans laquelle il faudrait à tout moment compter avec une classe politique aussi active qu’ambitieuse.

Mais ce genre de considérations, dans le cas où elles sont cultivées à un niveau ou à un autre, relève de la politique à la petite semaine, dont la vocation est de ne tenir aucun compte des intérêts supérieurs d’un pays. Un pouvoir doit être d’autant plus porté à favoriser l’émergence d’une véritable classe politique qu’aucune véritable menace ne pèse sur lui. Encore que sans l’implication de la société dans sa diversité, et en premier lieu des intellectuels, cette tâche ne peut aboutir, aussi volontariste que puisse être une politique en ce sens.

Par Mohamed Habili

 

Changements climatiques et culture environnementale

L’autre face du mal-développement et de la globalisation

La conférence sur les changements climatiques qui aura lieu la semaine prochaine à Copenhague prolonge les soucis et les préoccupations de l'Humanité exposés à Rio en 1992 et les met face aux nouveaux défis liés intimement à la pollution atmosphérique.

Depuis la Conférence de Rio, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts et beaucoup d’encre a noirci des pages du registre des doléances des peuples du monde quant à l’avenir climatique qui leur sera réservé. Déjà s’annoncent les grands bouleversements qui ont pour noms : sécheresse, orages exceptionnels, typhons, inondations. L’humanité se trouve menacée non seulement dans sa sécurité physique (éboulements, glissements de terrain, inondations des habitations,…), mais aussi dans sa sécurité alimentaire. Les bouleversements de l’échelle des températures et du calendrier des précipitations dans certaines régions du globe ont entraîné des dérèglements de cycles végétatifs de certaines plantes cultivées. Des retards de floraison ou, au contraire, la précocité de mûrissement de certains fruits ont été constatés.

Pour apporter une réponse à des telles menaces, les populations du globe n’ont de solution que celle que pourra dégager une concertation à l’échelle planétaire, à commencer par la réduction des émanations de gaz à effet de serre. Vu les enjeux industriels qui animent les relations entre les pays développés responsables, en grande partie, de telles émanations, les discussions risquent de capoter ou, du moins, de durer dans le temps.

En préparation de la conférence de Copenhague, les ministre africains de l’environnement se sont réunis à Alger en novembre 2008 en se donnant pour ambition de définir une politique et une position africaines communes face aux différents processus de négociations inhérents à ce sujet. En effet, le continent noir qui, d’après les spécialistes, ne contribuerait à la pollution atmosphérique d’origine industrielle qu’à hauteur de 3 ou 4 %, récolte, en revanche, une grande partie du revers de la médaille de la gestion des pays industrialisés issue des phénomènes de pollution : sécheresse sur des franges importantes du territoire du continent, inondations dans contrées réputées jusque-là par l’aspect paisible de leurs précipitations,…etc. Outre les famines frappant cycliquement ou durablement les populations de la région et les divers dommages subis par les infrastructures (routières, ferroviaires) et les constructions suite aux inondations, les changements qui affectent l’atmosphère du fait d’une politique industrielle inconsidérée est à l’origine, sur le continent africain, des ‘’migrations climatiques’’, un nouveau concept qui explique et affine une grande partie du phénomène de l’immigration clandestine dans le sens Afrique-Europe. Ce drame qui connaît ses ‘’heures de gloire’’ depuis le début du nouveau siècle est en train de faire l’objet d’études assez poussées de la part d’experts et bureaux d’études spécialisés en sociologie, agronomie, économie, climatologie et géographie. Après l’historique agression coloniale dont les débuts remontent au 16e siècle, le continent africain est sans doute en train de vivre son second plus grand drame depuis sa constitution  démographique en tant que continent habité.

L’étape d’Alger, permettant de dégager une position africaine commune face au reste du monde développé, est à considérer, selon les termes du commissaire à l’Agriculture et au développement rural à l’Union africaine, comme un jalon dans le processus de négociation mondial et des efforts consentis dans ce sens.

 «Les espaces régionaux conviennent particulièrement à la négociation des mesures favorables au développement durable et à la lutte contre les changements climatiques», dira le président de la République dans le message adressé à la Conférence d’Alger sur les changements climatiques.

Les limites d’une pédagogie de la sensibilisation

Les conditions de la réalisation du progrès social et économique en Algérie souffrent toujours d’un déficit flagrant en matière de cadre de vie, d’environnement et d’esthétique générale qui concilieraient l’homme avec son milieu, milieu où - d’après les spécialistes en santé, en psychologie et en urbanisme - l’homme est censé retrouver son équilibre et créer une symbiose avec l’ensemble des éléments avec lesquels il évolue.

Tout en bénéficiant de structures administratives censées prendre en charge le volet ‘’environnement’’ dans la politique générale du pays, l’Algérie traîne encore de lourds retards en matière de sensibilisation et de mise en application des lois et règlements relatifs à l’environnement. Ainsi, les pouvoirs publics, les différentes institutions et le monde associatif donnent l’impression de se réveiller à la donne environnementale dès qu’un thème en vogue s’impose à l’échelle mondiale. Les séminaires et autres journées de sensibilisation destinées aux élèves- à l’image de devise ‘’un enfant, un arbre’’ entamée en 2008 et reconduite cette année- se sont multipliés au cours de ces dernières années sans que nous ayons l’assurance que le massage soit canalisé et bien perçu.

Le constat est accablant : en dehors des changements climatiques dont on ne peut quantifier tout de suite ni l’ampleur ni les retombées immédiates, l’Algérie s’expose chaque jour à l’insalubrité et aux phénomènes issus des conséquences d’atteinte à l’environnement dans son expression la plus ‘’domestique’’, c’est-à-dire loin des grandes industries polluantes. Même pour un observateur distrait, les différentes atteintes à l’environnement et au cadre de vie des Algériens ne relèvent plus du mystère. Elles sont observables aussi bien dans des quartiers urbains résidentiels, dans des centres limitrophes des zones industrielles et même, ô comble d’hérésie, dans les espaces de l’arrière-pays considéré naguère comme le dernier bastion de la pureté de l’eau, de l’air et des paysages. Cet espace immaculé a vécu la chute aux enfers au moment où les valeurs morales et civiques et la discipline générale subissaient une nette inflexion.

En dehors des écrits de la presse et des protestations des populations touchées par les phénomènes de dérèglement de la nature et de dégradation du cadre de vie, peu de recherches et d’études appropriées ont été consacrées à ces situations qui, par leur caractère délétère et inesthétique, remettent en cause l’équilibre général de l’environnement et du cadre de vie et rendent illusoire la politique du développement durable.  Des cas d’éboulement de terrains réputés solides et bien ancrés, des cas de maladies infectieuses prenant parfois l’allure d’épidémies mortelles ou de maladies allergiques touchant enfants et adultes. On peut pousser les interrogations pour s’enquérir des raisons de la diminution des capacités de stockage de nos barrages et du retour de certaines pathologies, telles que la gale, la peste bubonique ou la tuberculose-réapparues au milieu des années 90 du siècle dernier -  et que seule la mémoire populaire a pu retenir des années noires de la misère et de la colonisation. Les programmes de développement initiés depuis les années 1970 du siècle dernier se sont rarement préoccupés des aspects environnementaux. Le pays a subi de profonds changements par rapport à la période coloniale : nouvelles infrastructures, urbanisation effrénée,… Contrairement aux pays industrialisés, les critères environnementaux ne sont pris en charge qu’au cours de ces dernières années. Et encore, cela s’est fait généralement suite aux conditionnalités accompagnant certains programmes de développement financés par des institutions étrangères (PNUD, BIRD, FAO). Mieux vaut tard que jamais, ces tests commencent à donner leurs fruits en instaurant une certaine pédagogie dans le montage des projets, y compris ceux managés par des entreprises privées. Il devient de plus en plus impératif de faire accompagner n’importe quelle activité économique de ses variables environnementales dans l’objectif d’atténuer les effets ‘’secondaires’’ susceptibles d’être induits par les programmes de développement. En tout cas, pour la majorité des bailleurs de fonds, la sensibilité à l’aspect écologique du développement fait désormais partie du coût des projets qu’il importe de porter sur le tableau des devis en tant que rubrique générant une charge vénale incompressible. 

 Mobilité des populations et bouleversements territoriaux

Au cours des 19e et 20e siècles, la population, la propriété foncière, les modes de vie, les systèmes de production, la cellule familiale et la gestion de l’espace, en tant que lieu d’habitat et ressource primaire , ont connu de tels chamboulement que la pays s’est complètement métamorphosé. Les effets du capitalisme colonial ont été renforcées par certaines maladresses de la gestion postérieure, celle de l’Indépendance. De fond en comble, la relation avec la terre et avec ses éléments principaux (montagnes, ruisseaux, fermes, assiettes foncières, ressources naturelles) se trouve transformée. Le système colonial, dans une stratégie de cantonnement des populations indigènes, a construit des villes nouvelles, crée des usines, bâties des écoles et des infrastructures de desserte, comme il a institué le système de métayage qui avait réduit nos paysans à une main-d’œuvre taillable et corvéable à merci. À l’intérieur même des villes européennes nouvellement construites en Algérie, les poches de misère indigènes ont été circonscrites dans des quartiers dits ‘’arabes’’.

Des tâches sporadiques ou saisonnières (cueillettes d’oranges et clémentines, vendanges, arrachage de pommes de terres), des travaux exigeant une présence plus assidue (irrigation, labours, taille,…) ou des fonctions permanentes (machinisme agricole, construction, gardiennage,…) ont fait venir des milliers de personnes de la campagne déshérités vers les plaines fertiles, près des grandes villes. À l’ancien statut de célibataire est venu se substituer, quelques temps après, le statut de chef de ménage. C’est ainsi que des milliers de familles se sont déplacées au cours du 20e siècle, créant un vaste phénomène d’exode rural. Sur le lieu d’arrivée, l’installation ne s’encombre pas de commodités ou de luxe qui, de toute façon, ne viendront jamais. Ce sont des chaumières en tôle de zinc, parfois des masures en pisé, sans sanitaires ni espace suffisant, qui vont constituer des ceintures de misère autour des villages coloniaux. Cette situation perdurera après l’indépendance du pays. Pire, au vu des promesses nourries par la révolution algérienne consistant à bannir le statut de khemmes et à réhabiliter le paysan algérien, d’autres ‘’fantaisies’’ allaient voir le jour du fait d’un déracinement effectif. Le statut de paysan a été dévalorisé au vu de son histoire dépréciée pendant la colonisation. Il s’ensuivit une fonctionnarisation effrénée, tendant à se décomplexer vis-à-vis de l’ancienne puissance coloniale et, par-là même, à vouloir reproduire les mêmes schémas d’organisation et d’ascension sociale.

Cette forme de ‘’stabilisation’’ a eu un effet d’entraînement par lequel d’autres contingents venus des campagnes ont décidé de s’installer dans les villes en rompant avec leur ‘’bercail’’.

Des besoins nouveaux sont nés avec une telle situation de fait accompli : école pour les enfants, dispensaires, raccordement aux réseaux AEP, gaz et électricité, assainissement...Une façon comme une autre de régulariser implicitement une urbanisation anarchique. Cela va encore se renforcer avec l’ouverture de nouvelles routes et pistes de desserte, l’installation de magasins d’approvisionnement et parfois d’antennes administratives d’APC.

En matière de travail, les gens s’occuperont de tout sauf de l’agriculture : fonctionnariat, transport clandestin, petits ateliers de mécanique, épiceries, ventes de produits à la sauvette.

Et ce n’est qu’à partir du milieu des années 1980 que le chômage, la délinquance juvénile, le banditisme, le commerce des stupéfiants et les autres comportements anti-sociaux nés dans ces favelas commencent à sérieusement inquiéter les pouvoirs publics et à intéresser les milieux intellectuels et universitaires.  Ces espaces, autrefois lieux de production agricole malgré la discrimination salariale et la politique d’indigénat, ont été vite transformés en aires bétonnées, en grands cloaques d’eaux usées et en lieu de marginalisation d’où se fortifiera l’intégrisme religieux. L’état de développement de culture environnementale dans notre pays n’a pas encore permis de médiatiser et de vulgariser les différentes facettes et variantes des questions environnementales (pollution urbaine ou campagnarde, domestique ou industrielle, chimique ou atmosphérique). Ce déficit d’ancrage de la conscience environnementale dans la société n’augure pas, du moins dans le futur immédiat, une gestion rationnelle et scientifique des territoires, des déchets domestiques, des rejets industriels et d’autres sortes de sources de nuisances.

Lourde facture

Les agressions dont a souffert le couvert végétal n’ont jamais montré leur face hideuse que lors des dix dernières années. La presse a rapporté de tous les coins du pays des inondations et des éboulements qui ont touché les villes et les routes. La RN 5, au niveau des gorges de Lakhdaria, a été obstruée à plusieurs reprises par des chutes de gros blocs déboulant à toute vitesse sur un terrain qui a perdu son ciment naturel, la végétation. Il en est de même de la RN 1 (Chiffa- Médéa) dans un espace faisant pourtant partie du Parc national de Chréa. Ce dernier a été menacé dans son existence même par les incendies d’août 2009 qui ont lancé leurs flammes sur la belle cédraie millénaire.

Ayant perdu son pouvoir régulateur du régime des eaux, le sol voit, du même coup, ses capacités de filtration réduites à néant, ce qui aboutit à une torrentialité accrue de l’écoulement des eaux créant des inondations au niveau des villes et des villages. Ce dernier phénomène est, bien sûr, aggravé par les constructions illicites sur les zones inondables des berges.

Le même phénomène est à l’origine de l’envasement des barrages, ce qui, à la longue, réduira fortement leur capacité de rétention comme c’est la cas pour le barrage du Ksob, touchant les wilayas de Bordj Bou Arréridj et M’sila. A ce propos, on ne peut que se réjouir de l’esprit de prospective et de l’Agence nationale des barrages et transferts (ANBT) qui participe désormais aux études tendant à mettre en œuvre un plan directeur de protection des bassins versants des nouveaux barrages construits. Si le gaz butane et le gaz de ville suppléent à la disparition du bois, les autres vertus et bienfaits de la forêt ne sont pas vulgarisés dans nos écoles. Lorsque les programmes scolaires et les autres moyens de sensibilisation ne sont pas mis à contribution pour faire connaître les le rôle du tissu forestier dans la protection des sols, la production d’oxygène, l’absorption de l’oxyde de carbone et des poussières, la production de plantes médicinales, l’offre de pâturages et d’espaces de récréation et de loisirs,…etc.,  on ne peut pas demander au citoyen d’avoir la conscience écologique par ‘’décret’’.  L’Algérie a pourtant  de beaux textes réglementaires et législatifs relatifs au domaine de l’environnement, de même qu’elle a signé toutes les conventions internationales y afférentes. Mais, apparemment, il y a loin de la coupe aux lèvres. Même s’il y a lieu de prendre acte de certaines initiatives- certes très cloisonnées dans leurs secteurs respectifs-, force est de constater que le meilleur des investissements n’est visiblement pas encore à l’œuvre : la formation du citoyen par l’école et par une culture environnementale conséquente à tous les niveaux. La mentalité rentière a pu inculquer l’idée du non épuisement des ressources et de la vanité de défendre des causes- comme la cause écologique- qui s’apparenteraient à une ‘’coquetterie intellectuelle’’. Les valeurs de l’environnement sont indubitablement celles de la civilisation et du civisme ; ce sont aussi les valeurs de l’économie et de la société modernes basées sur la rationalité, la bonne gouvernance et la veille technologique. L’environnement  a un coût économique dont les pouvoirs publics ne peuvent faire l’économie. Mais, c’est aussi l’ensemble de la société qui est interpellé, avec le monde associatif, les élites scientifiques et universitaires, les élus, pour faire prévaloir une nouvelle culture bâtie sur un cadre de vie sain, un aménagement du territoire basé sur l’équilibre physique et biologique des ressources et une économie qui pourra soutenir, autant que faire se peut, les contingences de « l’entropie » issue de la mondialisation rampante. L’une des conséquences, et non des moindres, de ce processus de mondialisation est la ‘’mise en demeure’’ qui est adressée à des pays comme l’Algérie et à des continents comme l’Afrique pour parer aux répercussions des changements climatiques par tous les moyens, à commencer par celui d’aller en rangs serrés et de parler un seul langage face aux partenaires européens et américains. Ces derniers devraient être amenés à payer la plus grosse partie de la facture générée par les mise en place des différents dispositifs de prévention des effets des changements climatiques ou d’autres dispositifs de mesures d’atténuation. Un défi que l’actuel rapport des forces à l’échelle internationale risque malheureusement de retarder ou de compromettre.

Par Saâd Taferka

 

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L’Algérie et la nouvelle rencontre avec le désert du Sahara

Si une grande partie des espaces sahariens se trouve aujourd'hui désertée par les populations en raison de la rudesse des conditions de vie qui y prévalent, il n'en a pas toujours été ainsi. Pour preuve, les cultures profondes et ancestrales de ces pays portent l'empreinte d'une vie, certes marquée par l'effort et le labeur, mais riche, dense, voire même parfois exubérante. Pour le cas de l'Algérie, deux ères de l'histoire proche et lointaine confirment une activité débordante des espaces sahariens où, malgré l'adversité, les populations ont su évoluer dans un équilibre qu'elles ont ingénieusement entretenu.

La période de l’industrie néolithique a vu, au Tassili des Ajjers, l’une des civilisations les plus florissantes s’établir au sud du pays, phénomène qui, depuis les explorations de Henri Lhote et Théodor Monod au milieu du XXe siècle, n’a cessé de surprendre et d’intriguer les chercheurs par sa profondeur et son étendue. La région, déclarée Parc national- le plus grand musée à ciel ouvert du monde-, s’étend de Djanet jusqu’aux confins de Tamanrasset. L’autre grand moment de l’histoire de ces territoires est sans aucun doute le grand mouvement commercial ayant établi les routes sahariennes et les caravansérails de Tombouctou à Ouargla et de Sijilmassa à Tlemcen. À la même occasion, les échanges culturels et les brassages ethniques ont assis l’aire culturelle sahélo-saharienne faite de berbérité, d’islam et d’africanité. L’un des meilleurs systèmes communautaires sahariens, impliquant organisation sociale solidaire, équilibre environnemental et domestication de la nature au profit de l’homme (ce qu’on appelle aujourd’hui développement durable), a été fondé il y a mille ans à El Ateuf, une des Pentapoles de la vallée du M’zab. L’un des principes de la Fondation des Déserts, dont le président actuel est notre ministre de l’Environnement, de l’Aménagement du territoire et du Tourisme, M.Cherif Rahmani, est justement de réhabiliter, de promouvoir et d’élargir ce genre de patrimoine (matériel et immatériel) pour faire garder aux espaces désertiques leur dimension humaine. Car, en fait, la grande rupture historique qui a conduit à l’abandon de ces terres maternelles et à l’exacerbation de l’hostilité des éléments de la nature par un déséquilibre écologique de plus en plus compromettant, c’est bien la colonisation et le grand triomphe du capital qui ont fondé les grandes villes et même déplacé certains centres de gravité de l’activité humaine. Le défi qui se pose à des pays comme l’Algérie est de savoir comment rendre justice - par des actions de développement durable - à ces espaces qui constituent aujourd’hui la première source de rente de la collectivité. En tout cas, il semble -comme l’a si bien caractérisé un savant-que la première action de lutte contre désertification à mener est celle relative à la ‘’désertification des esprits’’ !

 Le gouvernement algérien a conçu un programme de développement en direction des régions Sud  du pays. L’intérêt accordé à cette partie du territoire national- qui représente environ 80% du territoire et qui produit la première et presque unique richesse d’Algérie - n’a jamais été à la hauteur des ressources qui y sont produites ni des potentialités avérées mais restées  en friche que recèle le Sahara algérien. Depuis la réalisation de la transsaharienne dans les années 1970, aucune infrastructure de taille n’est venue faciliter la vie des populations du Sud ou renforcer la mobilisation des facteurs de développement et de production.

Sans aller jusqu’à établir des comparaisons saugrenues avec la Californie, un pays désertique domestiqué et humanisé depuis le 19e siècle, il est quand même affligeant de constater que l’une des communes les plus riches d’Algérie, qui nous fournit les moyens de nos importations et de la réalisation de nos programmes de développement, soit ravalée au statut d’enclave qui n’a même pas l’heur de servir, comme jadis, de défouloir au désir d’exotisme des touristes occidentaux. Nous pensons ici à Bordj Omar Driss (ex-Fort Flatters) dont le territoire comprend les champs pétroliers de TFT (Tinfouyé-Tabenkort). Elle n’est pas la seule à vivre la situation de misère et de chômage au milieu de richesse sonnante et trébuchante assurée par l’or noir.

Des velléités de rendre justice à la région et de démultiplier les capacités d’exploitation de ses potentialités ont été nonchalamment exprimées par les pouvoirs publics au cours des dernières années. Mais, ce n’est qu’avec le nouveau programme spécial Sud que des mesures concrètes et judicieuses ont été prises pour orienter les efforts de développement dans ces vastes territoires qui pourront constituer l’Algérie de demain pour des populations trop concentrées dans 13% du territoire du nord (côtes et monts du Tell).

Ainsi des projets de grande envergure, relevant naguère du mythe, vont trouver des possibilités réelles  de réalisation : exploitation des eaux souterraines de In Salah et leur adduction sur Tamanrasset, soit un linéaire de plus de 700 kilomètres ; installation d’une raffinerie à Adrar, introduction du rail par le prolongement de la ligne de Touggourt jusqu’à Bechar en passant par Hassi Messaoud, Ouargla et Adrar ; construction de la nouvelle ville de Hassi Messaoud, réhabilitation et extension des palmeraies, réhabilitations des Ksours par le moyen du nouveau dispositif du ‘’Renouveau rural’’ lancé en 2008 par le ministère de l’Agriculture, incitation à l’investissement dans le secteur du tourisme,…etc. En tout, ce sont pas moins de 377 milliards de dinars en programme complémentaire que le gouvernement a injecté dans le développement du Sud. Pour ‘’relever le défi des distances et asseoir une judicieuse politique d’aménagement du territoire’’, comme a eu tenu à le signaler le président de la République, les pouvoirs publics ont inscrit le développement du Sud, touchant dix wilayas, en continuité naturelle du programme Hauts Plateaux, territoires dont la complexité et la fragilité posent des problèmes presque aussi aigus. Dans l’esprit de la Fondation des Déserts du monde, les peuples d’Afrique du Nord et de la zone Sahélo-saharienne ont le droit d’espérer un développement harmonieux de leurs territoires qui leur ferait retrouver un équilibre humain et écologique avec leur milieu naturel et qui jetterait des passerelles d’échanges fructueux  entre les différentes communautés dans un élan de solidarité et de nouvel humanisme africain.

S. T.

 

 

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