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Semaine du 3 au 9 février 2010

 

Ecrivains dits tardifs

L’indispensable apport des «anciens»

La culture comme carrefour des générations

Le passé indispensable pour un présent différent

 

 

 

 Culture


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 Ecrivains dits tardifs

L’indispensable apport des «anciens»

Chez nous, l'acte d'écrire n'est pas du tout marqué par la conception que s'en font les Occidentaux, comme par exemple le mythe rimbaldien de l'adolescent effronté et talentueux qui prend la plume pour davantage provoquer que parce qu'il a réellement quelque chose à dire.

Tout le monde aura remarqué le nombre sans cesse grandissant d’  «écrivains tardifs», ainsi que l’on a décidé de les désigner. Tout le monde aussi aura remarqué, outre la qualité de leurs écrits, cette persistance de la notion toute algérienne et populaire du  Cheikh.

On les appelle non sans une petite pointe de provocation «écrivains tardifs». Ce sont tous ceux qui, non pas sont venus à l’écriture par hasard une fois passé un certain âge, mais qui, une fois trouvé le temps d’enfin pouvoir se mettre à écrire, se décident à le faire et il faut bien le reconnaître, ils le font, pour la plupart d’entre eux, bien. Le plus connu, le plus célèbre, est bien sûr Boualem Sansal. Mais on peut citer aussi Belkacem Aït Ouyahia, Bouziane, Mohamed Balhi, Aïcha Kassoul, Rachid Mokhtari, Mohamed Chouli et quelques autres encore. Ils sont la preuve de l’idée toute algérienne que les Algériens se font de la littérature. Un art qui exige que l’on ait quelque chose à dire, à exprimer. Un art qui implique aussi un rôle de témoin de son époque. Ne disons pas porte-parole ainsi que cela était la coutume pour ce qui concerne la première génération des écrivains algériens. Non, aujourd’hui, il ne saurait s’agir de cela. Ils confirment en fait cette tendance de la littérature algérienne à ne pas tenir compte de critères forgés dans et pour l’espace hexagonal. Ils s’inscrivent aussi dans une tradition authentiquement nationale qui fait que l’âge est davantage perçu comme un facteur positif et positivant plutôt que comme une lacune qui générait quelque part l’inscription des concernés sur une quelconque liste de candidats de prix littéraires et donc forcément circonscrits dans des critères qui s’inspirent davantage des exigences télévisuelles et médiatiques d’une façon plus large, que de la valeur de l’écrit et de l’écrivant lui-même. On pense ici à cette notion de  Cheikh typique et caractéristique de la culture populaire algérienne. Notion basée sur l’indispensable acquis que représente l’expérience, et sans lequel, eh bien, on ne ferait qu’aligner des mots sans fin sans que le lecteur ne puisse profiter de sa lecture en termes de sagesse, de pédagogie, ou encore de connaissance de la vie. Ils confirment en tout cas cet engouement pour l’écriture qui s’est emparé des Algériens au lendemain des premiers changements politiques vécus par notre pays dans la foulée d’Octobre 1988. Le fameux et emblématique Fleuve détourné de Rachid  Mimouni aurait-il retrouvé son cours normal et naturel ?  On serait enclin à le penser au vu de la qualité et de l’originalité des écrits des auteurs cités plus haut. Donnant libre cours à leur imaginaire, ces écrivains nous restituent des pans entiers de notre histoire et un regard sur notre société qui ne ressemblent en rien à celui  que donnent à lire les autres écrivains…disons, plus jeunes. Chez eux, point de cette tendance à violenter une langue, à la contorsionner et à la triturer jusqu’à lui en faire perdre son âme pour montrer que l’on sait écrire, que l’on a de l’imagination et aussi que l’on sait ce que l’on veut. Non, ces écrivains tardifs usent dans leur immense majorité d’une langue qui, sans être classique, au sens strict du terme, n’en présentent pas moins un niveau et un degré de lisibilité accessibles à tous. Chez eux, c’est le propos, l’histoire qui comptent. Et la question de la forme sans être pour autant reléguée à un quelconque statut secondaire, n’empiète pas sur l’essentiel ou considéré tel : ce que l’on veut dire et transmettre. Ils sont en tout cas aussi la preuve par neuf que le transfert générationnel n’est pas terminé chez nous entre ceux qui sont d’une génération qui, souvent, a vécu le colonialisme et la guerre, et cette ou ces autres qui n’ont de champ de vision de leur pays que celui post-indépendance.

Et c’est aussi en ce sens qu’une étude comparative entre les écrits de l’une et de l’autre de ces générations, outre qu’elle nous permettrait de mieux voir et cerner tout ce qui a changé et mué dans notre pays entre ces deux périodes, aiderait certainement à évaluer la différence existant en matière de  préoccupations et d’approches autant d’un point de vue historique que purement littéraire. Ils sont surtout témoins de ce que rien ne pourra changer demain qui ne commencerait par tirer profit de tout ce qu’hier fut.

Par Malik-Amestan  B.

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La culture comme carrefour des générations

Le passé indispensable pour un présent différent

«…Nous existons donc, mais nous voulons être de retour. De retour de l’enfer de trois siècles d’esclavagisme et d’autres siècles encore de colonisation sanglante et brutale. De retour de toutes les adversités et mesquineries, petites ou grandes, qui, pour certaines, perdurent encore. Ce retour nous l’opérons à la manière qui sied aux vieilles et grandes civilisations qui ont marqué (et démarqué) notre continent. Nous allons nous présenter avec le sourire et le geste des peuples heureux, avec l’extraordinaire vigueur des jeunes, avec les boubous immaculés des sages, avec les stylets des savants immémoriaux…Et puis, où allons-nous ? Qu’avons-nous fait de nos libertés retrouvées ? Que voulons-nous?» Nous n’avons pas pu résister à la tentation de reprendre ici des extraits de l’éditorial que notre confrère Zouaoui Benhamadi a donné en  ouverture de la revue publiée spécialement pour la  deuxième édition du Festival panafricain d’Alger. Ils  résument à eux seuls, non seulement la volonté et la sérénité retrouvée des peuples anciennement soumis et voués  à la pire des xénophobies qui soit, à un retour dans et à l’histoire qui ne soit plus celle écrite par les autres, mais celle que, par-delà freins et difficultés, nous sommes condamnés à écrire seuls et par nous-mêmes, mais aussi et surtout quelques-uns des questionnements fondamentaux que nous ne pouvons plus nous permettre, pas plus d’éluder au nom de soi-disant urgences de tout premier ordre, que fuir, purement et simplement.  Questionnements d’autant plus d’actualité que faute de leur avoir donné une réponse adéquate et crédible, nous ne serons rien d’autre que voués à continuer à subir les insanités et autres avanies de parcours du genre de celles dont nous parlons dans ces mêmes colonnes un peu plus bas. Deux choses sont donc à prendre en ligne de compte. La première est l’imposante nécessité du retour. D’un retour à tout ce qui fait l’homme libre et libéré de toutes les contraintes du passé. Que ces dernières soient le fait d’éléments exogènes à nos sociétés, civilisations et cultures, ou plus emblématiquement, notre propre fait à nous. Il n’y a pas à revenir sur le passé, même le plus récent. 

Le deuxième questionnement n’est pas de moindre actualité puisqu’il rappelle ni plus moins qu’après environ cinquante années d’indépendances retrouvées, et le plus souvent arrachées, les Africains se doivent absolument de se demander, aujourd’hui et maintenant, ce qu’ils ont fait de ces indépendances. Non pour poursuivre le cycle interminable des récriminations stériles mais pour s’efforcer de rectifier le tir, de revenir au fondamental, à l’essentiel : l’alphabétisation, l’éducation, la culture. L’avenir en un mot. Qui sommes-nous ? Question non moins importante pour quiconque cherche ce qu’il veut et veut ce qu’il cherche. Sans (re) prise en main du passé, de son passé, pas plus de présent que d’avenir. Il n’y a pas à se leurrer et à continuer à se gargariser de mots creux et de promesses qui n’engagent que ceux qui les font. Nous sommes nous-mêmes les premiers responsables du regard que l’on porte sur nous. Il sont immenses, énormes, les chantiers culturels qui nous attendent, ou plutôt qui n’en finissent pas de nous attendre. Ici comme au niveau du continent tout entier. Le temps passe, le temps presse. Il ne s’agit pas, bien entendu, de confondre vitesse et précipitation. Mais une chose est et reste sûre : c’est par les vertus du dialogue, de la confrontation pacifique, de l’ouverture sur l’autre, de l’acceptation de nos différences que nous pourrons non seulement élaguer le chemin qui reste à parcourir, mais nous frayer le nôtre propre dans le concert des nations libres. Actes de culture par excellence et définition. Voire…

M-A. B.

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