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Ecrivains dits tardifs
L’indispensable
apport des «anciens»
Chez nous, l'acte
d'écrire n'est pas du tout marqué par la conception que s'en font
les Occidentaux, comme par exemple le mythe rimbaldien de
l'adolescent effronté et talentueux qui prend la plume pour
davantage provoquer que parce qu'il a réellement quelque chose à
dire.
Tout le monde aura
remarqué le nombre sans cesse grandissant d’ «écrivains tardifs»,
ainsi que l’on a décidé de les désigner. Tout le monde aussi aura
remarqué, outre la qualité de leurs écrits, cette persistance de la
notion toute algérienne et populaire du Cheikh.
On les appelle non
sans une petite pointe de provocation «écrivains tardifs». Ce sont
tous ceux qui, non pas sont venus à l’écriture par hasard une fois
passé un certain âge, mais qui, une fois trouvé le temps d’enfin
pouvoir se mettre à écrire, se décident à le faire et il faut bien
le reconnaître, ils le font, pour la plupart d’entre eux, bien. Le
plus connu, le plus célèbre, est bien sûr Boualem Sansal. Mais on
peut citer aussi Belkacem Aït Ouyahia, Bouziane, Mohamed Balhi,
Aïcha Kassoul, Rachid Mokhtari, Mohamed Chouli et quelques autres
encore. Ils sont la preuve de l’idée toute algérienne que les
Algériens se font de la littérature. Un art qui exige que l’on ait
quelque chose à dire, à exprimer. Un art qui implique aussi un rôle
de témoin de son époque. Ne disons pas porte-parole ainsi que cela
était la coutume pour ce qui concerne la première génération des
écrivains algériens. Non, aujourd’hui, il ne saurait s’agir de cela.
Ils confirment en fait cette tendance de la littérature algérienne à
ne pas tenir compte de critères forgés dans et pour l’espace
hexagonal. Ils s’inscrivent aussi dans une tradition authentiquement
nationale qui fait que l’âge est davantage perçu comme un facteur
positif et positivant plutôt que comme une lacune qui générait
quelque part l’inscription des concernés sur une quelconque liste de
candidats de prix littéraires et donc forcément circonscrits dans
des critères qui s’inspirent davantage des exigences télévisuelles
et médiatiques d’une façon plus large, que de la valeur de l’écrit
et de l’écrivant lui-même. On pense ici à cette notion de Cheikh
typique et caractéristique de la culture populaire algérienne.
Notion basée sur l’indispensable acquis que représente l’expérience,
et sans lequel, eh bien, on ne ferait qu’aligner des mots sans fin
sans que le lecteur ne puisse profiter de sa lecture en termes de
sagesse, de pédagogie, ou encore de connaissance de la vie. Ils
confirment en tout cas cet engouement pour l’écriture qui s’est
emparé des Algériens au lendemain des premiers changements
politiques vécus par notre pays dans la foulée d’Octobre 1988. Le
fameux et emblématique Fleuve détourné de Rachid Mimouni aurait-il
retrouvé son cours normal et naturel ? On serait enclin à le penser
au vu de la qualité et de l’originalité des écrits des auteurs cités
plus haut. Donnant libre cours à leur imaginaire, ces écrivains nous
restituent des pans entiers de notre histoire et un regard sur notre
société qui ne ressemblent en rien à celui que donnent à lire les
autres écrivains…disons, plus jeunes. Chez eux, point de cette
tendance à violenter une langue, à la contorsionner et à la triturer
jusqu’à lui en faire perdre son âme pour montrer que l’on sait
écrire, que l’on a de l’imagination et aussi que l’on sait ce que
l’on veut. Non, ces écrivains tardifs usent dans leur immense
majorité d’une langue qui, sans être classique, au sens strict du
terme, n’en présentent pas moins un niveau et un degré de lisibilité
accessibles à tous. Chez eux, c’est le propos, l’histoire qui
comptent. Et la question de la forme sans être pour autant reléguée
à un quelconque statut secondaire, n’empiète pas sur l’essentiel ou
considéré tel : ce que l’on veut dire et transmettre. Ils sont en
tout cas aussi la preuve par neuf que le transfert générationnel
n’est pas terminé chez nous entre ceux qui sont d’une génération
qui, souvent, a vécu le colonialisme et la guerre, et cette ou ces
autres qui n’ont de champ de vision de leur pays que celui
post-indépendance.
Et c’est aussi en
ce sens qu’une étude comparative entre les écrits de l’une et de
l’autre de ces générations, outre qu’elle nous permettrait de mieux
voir et cerner tout ce qui a changé et mué dans notre pays entre ces
deux périodes, aiderait certainement à évaluer la différence
existant en matière de préoccupations et d’approches autant d’un
point de vue historique que purement littéraire. Ils sont surtout
témoins de ce que rien ne pourra changer demain qui ne commencerait
par tirer profit de tout ce qu’hier fut.
Par
Malik-Amestan B.
Haut
La culture comme carrefour des générations
Le passé
indispensable pour un présent différent
«…Nous existons
donc, mais nous voulons être de retour. De retour de l’enfer de
trois siècles d’esclavagisme et d’autres siècles encore de
colonisation sanglante et brutale. De retour de toutes les
adversités et mesquineries, petites ou grandes, qui, pour certaines,
perdurent encore. Ce retour nous l’opérons à la manière qui sied aux
vieilles et grandes civilisations qui ont marqué (et démarqué) notre
continent. Nous allons nous présenter avec le sourire et le geste
des peuples heureux, avec l’extraordinaire vigueur des jeunes, avec
les boubous immaculés des sages, avec les stylets des savants
immémoriaux…Et puis, où allons-nous ? Qu’avons-nous fait de nos
libertés retrouvées ? Que voulons-nous?» Nous n’avons pas pu
résister à la tentation de reprendre ici des extraits de l’éditorial
que notre confrère Zouaoui Benhamadi a donné en ouverture de la
revue publiée spécialement pour la deuxième édition du Festival
panafricain d’Alger. Ils résument à eux seuls, non seulement la
volonté et la sérénité retrouvée des peuples anciennement soumis et
voués à la pire des xénophobies qui soit, à un retour dans et à
l’histoire qui ne soit plus celle écrite par les autres, mais celle
que, par-delà freins et difficultés, nous sommes condamnés à écrire
seuls et par nous-mêmes, mais aussi et surtout quelques-uns des
questionnements fondamentaux que nous ne pouvons plus nous
permettre, pas plus d’éluder au nom de soi-disant urgences de tout
premier ordre, que fuir, purement et simplement. Questionnements
d’autant plus d’actualité que faute de leur avoir donné une réponse
adéquate et crédible, nous ne serons rien d’autre que voués à
continuer à subir les insanités et autres avanies de parcours du
genre de celles dont nous parlons dans ces mêmes colonnes un peu
plus bas. Deux choses sont donc à prendre en ligne de compte. La
première est l’imposante nécessité du retour. D’un retour à tout ce
qui fait l’homme libre et libéré de toutes les contraintes du passé.
Que ces dernières soient le fait d’éléments exogènes à nos sociétés,
civilisations et cultures, ou plus emblématiquement, notre propre
fait à nous. Il n’y a pas à revenir sur le passé, même le plus
récent.
Le deuxième
questionnement n’est pas de moindre actualité puisqu’il rappelle ni
plus moins qu’après environ cinquante années d’indépendances
retrouvées, et le plus souvent arrachées, les Africains se doivent
absolument de se demander, aujourd’hui et maintenant, ce qu’ils ont
fait de ces indépendances. Non pour poursuivre le cycle interminable
des récriminations stériles mais pour s’efforcer de rectifier le
tir, de revenir au fondamental, à l’essentiel : l’alphabétisation,
l’éducation, la culture. L’avenir en un mot. Qui sommes-nous ?
Question non moins importante pour quiconque cherche ce qu’il veut
et veut ce qu’il cherche. Sans (re) prise en main du passé, de son
passé, pas plus de présent que d’avenir. Il n’y a pas à se leurrer
et à continuer à se gargariser de mots creux et de promesses qui
n’engagent que ceux qui les font. Nous sommes nous-mêmes les
premiers responsables du regard que l’on porte sur nous. Il sont
immenses, énormes, les chantiers culturels qui nous attendent, ou
plutôt qui n’en finissent pas de nous attendre. Ici comme au niveau
du continent tout entier. Le temps passe, le temps presse. Il ne
s’agit pas, bien entendu, de confondre vitesse et précipitation.
Mais une chose est et reste sûre : c’est par les vertus du dialogue,
de la confrontation pacifique, de l’ouverture sur l’autre, de
l’acceptation de nos différences que nous pourrons non seulement
élaguer le chemin qui reste à parcourir, mais nous frayer le nôtre
propre dans le concert des nations libres. Actes de culture par
excellence et définition. Voire…
M-A. B.
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