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Changement de Cap
L’Algérie
s’éloigne de l’OMC
Après le bilan
négatif de l'Accord d'association avec l'Union européenne, les
mesures protectionnistes du gouvernement confirment un éloignement
des principes du libre-échange et, forcément, un report de
l'adhésion de l'Algérie à l'OMC.
Une délégation de
la Commission européenne a été dépêchée par Bruxelles, cette
semaine, pour faire le point, à Alger, sur l’application de l’Accord
d’association entre l’UE et l’Algérie.
Le caractère
«inhabituel» de cette mission, tel que relevé par la presse,
témoigne, si besoin était, du malaise qui domine les relations entre
les deux parties. Dans plusieurs domaines, Alger a progressivement
gelé la mise en œuvre de cet accord et continue de retarder l’entrée
en vigueur d’un certain nombre de dispositions nouvelles.
La distance prise
par le gouvernement à l’égard de cet accord s’explique
principalement par l’absence de contrepartie au démantèlement
tarifaire dont bénéficient les produits et services européens dans
le marché algérien.
Au vrai, l’accord
en question s’est vite révélé un simple accord commercial à sens
unique, en raison de la faiblesse de l’aide au développement que
Bruxelles était censée apporter à l’Algérie par le biais des
instruments classiques de la coopération économique et technique.
L’intérêt de
l’Algérie par cet accord d’association était de passer à une étape
supérieure dans ses liens avec son principal partenaire commercial,
en allant vers un cadre plus vaste pour le développement de la
coopération. Mais l’unique changement notable à l’actif de l’Union
européenne a trait à un recentrage par rapport à la crise politique
et sécuritaire des années 1990, encore que ce soit là une
conséquence du 11-Septembre, et qui n’est d’ailleurs pas traduite
avec la même tonalité par tous les pays européens.
Au plan
économique, la principale évolution enregistrée a été la hausse
constante des importations en provenance de l’Europe, lesquelles
trouvent ainsi des débouchés dans un marché mondial de moins en
moins avantageux. De plus, contrairement à d’autres pays de la rive
Sud de la Méditerranée, l’Algérie aura été, sans doute, le seul
partenaire de l’UE à ne disposer d’aucune contrepartie au
démantèlement tarifaire, quand des voisins comme la Tunisie ont
réussi à arracher la mise à niveau de plus de 5000 entreprises (une
partie de celles-ci sont à capitaux européens, mais elles emploient
majoritairement la main-d’œuvre tunisienne).
Enfin, plusieurs
partis politiques, le patronat et les syndicats ont toujours été
unanimes pour critiquer cet Accord d’association, preuve de
l’absence d’un consensus social et politique en faveur de la maigre
offre européenne.
C’est donc avec ce
background qu’une délégation de la Commission européenne, conduite
par M. Thomas Dupla Del Moral, directeur «Proche et Moyen-Orient,
Méditerranée du Sud», s’est rendu cette semaine à Alger.
Officiellement, sa visite avait pour objet de mener des
consultations avec les autorités algériennes sur l’état et les
perspectives de la coopération algéro-européenne. En décodé, cela
représente, au vu du contexte général, une tentative de mettre fin à
une suspension qui ne dit pas son nom de l’Accord d’association.
Les deux parties
devaient relancer l’agenda des rencontres bilatérales, auquel
Bruxelles compte donner un contenu et une orientation autres que
celles faites d’insatisfactions algériennes. Le ministère des
Affaires étrangères algérien a évoqué, dans un communiqué, les
échéances prévues en 2010, notamment, le calendrier des réunions du
Comité d’association et des sous-comités sectoriels, en préparation
au Conseil d’association prévu en juin prochain. A cette date,
l’Accord d’association fêtera sa demi-décennie d’entrée en vigueur,
alors que pour l’heure, les négociations sur le commerce, les
investissements et surtout le très sensible dossier de l’énergie
sont au point mort.
Sur ce dernier
point, aucun progrès n’est à espérer, du moment que la vision
européenne se limite à faire de l’Algérie un fournisseur fiable en
gaz naturel, à même de la prémunir des pressions de la Russie,
tandis que l’Algérie souhaite un accès véritable aux marchés
européens pour ses deux compagnies, Sonelgaz et Sonatrach.
Le dossier
énergétique demeure, en l’espèce, l’exemple le plus éloquent de la
position algérienne d’aujourd’hui à l’égard des accords de
libre-échange : Alger estime qu’elle n’a rien de plus à consentir et
estime, en revanche, que c’est au tour de ses partenaires de faire
les concessions qu’il faut et qu’ils se sont engagés à faire.
A l’adresse de
l’Union européenne, tout comme envers l’Organisation mondiale du
commerce, le gouvernement a cessé, par ailleurs, de dissocier les
négociations sur le pétrole et sur le gaz des autres secteurs,
comprenant (enfin !) la bien mauvaise affaire qu’il a fait en
acceptant l’exclusion du libre-échange de sa principale capacité à
l’export – les hydrocarbures étant le seul atout du pays pour
s’intégrer dans le marché mondial.
D’une manière
générale, tout se passe désormais comme si le gouvernement a décidé
de ne plus écouter le discours culpabilisateur de ses partenaires et
encore moins celui des agences de la coopération Nord-Sud que sont
la Banque mondiale et le FMI. Au discours sur la gouvernance du
développement sur la faiblesse des ressources humaines et sur la
fragilité de son industrie et de son agriculture, Alger oppose
désormais un contre-discours qui met en avant l’absence d’aide au
développement, la fuite des cerveaux ou encore la concurrence
déloyale des importations.
On voit mal, il
faut le dire, comment les négociateurs européens pourraient
convaincre leurs homologues algériens de montrer la souplesse
d’antan qui, avec du recul, n’avait d’autre origine que l’embargo
diplomatique imposé à l’Etat algérien et le poids de l’endettement
extérieur. Passés ces deux handicaps, le gouvernement algérien
multiplie aujourd’hui les signes d’une souveraineté économique
retrouvée, même si les proportions dans une orientation libérale ou
socialiste tardent à se clarifier.
L’on sait, en
revanche, que la politique économique du pays tend à remettre en
cause les ouvertures libérales dans le commerce extérieur et sur
l’implantation du capital étranger.
Des lois, comme la
LFC 2009 et la LF 2010 le démontrent. Elles constituent désormais un
tournant dans l’aperçu général que l’on peut avoir de la
réglementation économique en Algérie. Une variation qui n’est pas
des moindres au regard de nos partenaires et, notamment, de l’OMC, à
laquelle le gouvernement continue de dire vouloir adhérer.
Mais les
modifications apportées par le gouvernement sont trop importantes
pour que les négociations d’adhésion puissent se poursuivre sans que
l’Algérie ne doive adresser un mémorandum actualisé. Un document qui
sera examiné dans le détail par tous les membres de l’OMC, avant un
nouveau cycle de questions-réponses qui remettra à zéro, on l’aura
compris, tout ce qui a été retenu jusque-là. Un tel processus, qui
commence par un travail d’actualisation de la part du secrétariat
général de l’Organisation, sis à Genève, et qui peut consommer un à
deux ans, contredit donc les annonces d’une probable adhésion à l’OMC
en 2010. On voit mal, en effet, comment les grandes puissances
commerciales, Etats-Unis et Union européenne en tête, pourraient
voter l’adhésion de l’Algérie, avant de mettre à jour leur analyse
d’un marché Algérie totalement chamboulé. L’Algérie s’éloigne donc
de l’OMC et ce n’est pas forcément une mauvaise chose.
Par Nabil
Benali
Haut
Régulation étatique
Peut-on tout
privatiser ?
On nous disait que
«la privatisation n'est pas une finalité idéologique mais un moyen
de retour à la croissance et à la création d'emplois, etc.» Elle
aurait donné «une grande efficience de l'économie». Pour asseoir
cette théorie, les difficultés qui ont affecté le secteur économique
public ont servi d'argument clé pour justifier son démantèlement. Il
porterait en lui les causes de ses carences, nous a-t-on dit.
A ce titre, un
chiffre est beaucoup cité : il porte sur le coût de l’assainissement
des entreprises publiques qui aurait coûté au Trésor public plus de
40 milliards de dollars entre 1971 et 2007. L’addition est faite
pour impressionner. Il faut remarquer qu’elle court sur 36 ans et
suggère qu’il aurait fallu fermer les usines et les services
concernés au lieu de «dilapider» autant d’argent. Alors qu’il faut
surtout remarquer que la période considérée intègre la mise en œuvre
des plans de développement du pays et les premiers pas de son
industrialisation. Il faut encore remarquer que c’est durant cette
période que l’économie privée a connu son essor et que ses
opérateurs et ses capitaux sont sortis des flancs de l’Etat, sans
lequel et sans son secteur public, le secteur privé aurait vivoté
dans l’artisanat et le petit commerce. Sur 36 ans, avec un peu plus
de un milliard de dollars par an, l’Algérie a changé de visage et a
permis à des millions de familles de ne pas être exclues et de
continuer à se maintenir dans le tissu social.
Par ailleurs, le
démantèlement au profit d’une «privatisation salutaire» aurait
permis de «substituer des critères de gestion économiques à des
critères politiques». Comme si la libéralisation ne relevait pas,
elle aussi et surtout, du politique, que les capitaux publics
étaient condamnés à être gaspillés et que les capitaux privés, qui
d’ailleurs ne se sont pas manifestés, étaient assurés de croître et
de prospérer.
La crise
économique mondiale est venue à point nommé dévoiler les risques
encourus, tempérer les ardeurs et permettre l’ouverture d’un débat.
Ce débat devrait
en premier lieu porter sur le devenir des infrastructures de base,
qui sont les principaux instruments de regulation économique et
sociale. L’exemple de la production et la distribution de
l’électricité et du gaz est l’un des plus édifiants, parce qu’il
touche à une fonction très sensible et dont l’influence
multidimensionnelle est vitale. Le sort de ce secteur n’est pas
encore tranché dans les pays les plus avancés, ce qui prouve que la
prise de risque est jugée délicate. Il constitue ainsi le bastion de
la résistance de la rationalité économique et sociale aux vents
étasuniens porteurs du «tout- privé».
La résistance
repose sur la question du service public et de la nécessaire
régulation que l’Etat doit assumer. Il en va, d’abord, de la
stabilité et de la sécurité du pays. Il en va ensuite du
fonctionnement des appareils économique et institutionnel. Le
problème n’est pas tant la question de la rentabilité (dont il faut
définir la nature) que celle du pouvoir décisionnel sur la
continuité et la qualité de service et sur les prix de l’énergie
face à des abonnés captifs.
Lorsque la
rentabilité financière est mise en avant, c’est pour masquer les
conséquences dramatiques que les règles commerciales peuvent et vont
nécessairement provoquer, quand «l’usager» est transformé en
«client». On peut faire admettre qu’un hôpital ou qu’une école
coûte trop cher en raccordement et refuser de les desservir. On peut
aussi décider d’économiser sur l’entretien de lignes ou
d’installations et ne pas être responsable de la paralysie de villes
et de régions entières, on peut encore revendiquer d’augmenter
intempestivement les prix et déséquilibrer l’ensemble des budgets,
sans préjudice des impacts que cela peut avoir sur l’économie dans
son ensemble. C’est pourquoi les Etats qui ont concocté des projets
de privatisation de leurs entreprises d’électricité ont prévu de
maintenir la majorité du capital entre leurs mains. Ceci a pour
effet de faire refuser ou hésiter les actionnaires privés, car le
capital ne souffre pas la contrainte, aussi douce soit-elle.
Ce qui est arrivé
en 2001 en Californie est le cas de figure qui illustre au mieux ce
qui peut advenir de la privatisation de l’énergie, de surcroît dans
un pays comme l’Algérie dont l’intégration intersectorielle est des
plus faibles. Pour faire le maximum de bénéfices, une société
privée a naturellement utilisé au maximum ses capacités de
production et a pu ne pas se soucier des besoins supplémentaires qui
peuvent se manifester, aux heures de pointe ou durant les périodes
de fortes demandes. Une panne gigantesque a alors frappé toute la
région Ouest pendant plusieurs semaines. Le gouverneur de l’époque,
Gray Davis, a été contraint de signer un texte préconisant un
emprunt de 10 milliards de dollars pour financer des contrats à long
terme avec les fournisseurs d’électricité. L’État deviendra le
principal acheteur d’électricité qu’il revendra aux usagers. Retour
de l’Etat donc. Mais cela n’a pas empêché les coûts de cette panne
de jouer un rôle non négligeable dans le déclenchement de la crise
financière qui a affecté l’économie étatsunienne. Une application de
la formule en vogue «socialiser les risques et privatiser les
profits».
A côté, au Canada,
le démantèlement de Hydro One, avec son cortège de hausses de tarifs
exorbitantes a forcé le gouvernement ontarien à débourser, en 2002,
110 millions de dollars pour compenser l’écart entre un gel des
tarifs qui s’imposait et le prix non réglementé auquel le
gouvernement s’était engagé auprès de producteurs d’électricité
privés.
Tous les autres
services publics sont aussi fragiles quand ils sont déviés de leur
mission de structuration et d’animation de la société en étant
transformés en marchandise. Alors que justement ce n’est pas
entièrement prouvé pour le secteur industriel, on veut faire
admettre que les transports publics (étatisés dans les grandes
villes, aussi bien aux Etats-Unis que dans les pays européens),
l’université, la poste, les routes, l’eau… doivent être confiés au
lois du marché. Nous n’imaginons pas un instant ce qui peut se
produire si la multitude de transporteurs qui écument nos villes,
sans contrôle et sans coordination, cessent de travailler. Ce qu’ils
font à l’occasion de n’importe quel événement qui dérange leur
fréquence de rotation ou qui crée un «risque» pour leurs véhicules.
Il faudra qu’un jour on comptabilise les coûts de la déstabilisation
de l’Etusa (RSTA). Une privatisation de l’Université algérienne
(elle rampe déjà) se déclinera d’abord en limitation des effectifs
et des moyens, en augmentation de la charge de travail et en
exclusion de la grande majorité des candidats aux études
supérieures.
Le danger est réel
qui vient de ce que le propre des tenants du libéralisme est de s’y
intéresser en tête de liste parce qu’ils sont juteux. Le danger
vient aussi du mythe de la rentabilité et de l’efficacité du privé.
Il faut ajouter,
pour conclure, que les «organes de régulation» chargés de surveiller
le bon fonctionnement des opérateurs ne seront qu’un leurre lorsque
l’on sait les capacités de notre administration à gérer notre
quotidien le moins compliqué.
Par Ahmed
Halfaoui
Haut
Système statistique, fiabilité, transparence, efficacité et
bonne gouvernance
Sens et essence
des chiffres de l’économie
Les activités
économiques, aussi bien dans leur phase de projection que lors de
leur déroulement sur le terrain (production physique, prestation de
services, échanges et flux commerciaux,…) sont de grandes
productrices de chiffres à une vitesse presque régulière.
D’autres
phénomènes sociaux et économiques – dont la «visibilité» est plus
une affaire de spécialistes que d’un large public – voient leur
appréciation chiffrée se mettre en place au fur et à mesure de la
consolidation et de la maturation du phénomène étudié. C’est
précisément le cas par exemple des phénomènes de l’inflation, du
taux de chômage, des déficits budgétaires, de la balance des
payements lesquels, généralement, prennent la forme d’expression de
ratios plutôt que de chiffres absolus.
Les producteurs de
chiffres (entreprises publiques et privées, différents prestataires
de services, services des impôts, douanes, centres du registre du
commerce,…) sont tenus, par plusieurs procédés administratifs, de
les mettre à la disposition des pouvoirs publics et des organisme
chargés des statistiques. Ces derniers, à leur tour, les mettent à
la disposition du public via la presse généraliste ou spécialisée.
Sur un autre plan,
les pouvoirs publics peuvent procéder à des enquêtes ponctuelles,
instantanées, pouvant revêtir un caractère de périodicité et de
régularité (à l’image du recensement de la population et de
l’habitat), comme elles peuvent revêtir un caractère de nécessité
immédiate à l’image du recensement de l’économie nationale prévu par
la loi de finances complémentaire 2009 et qui, à ce jour, n’a pas
encore démarré. Ce projet compte fonder sa stratégie sur
l’interconnexion entre les différents services producteurs de
chiffres, de bilans, de ratios, d’indices et d’autres formes
d’informations chiffrées relatives à la production, à la
consommation, aux flux et échanges commerciaux, à la création de
nouvelles entreprises (données centralisées au Centre national du
registre du commerce, CNRC), aux dépenses de santé via la Caisse
nationale des assurés sociaux (CNAS), à la fiscalité par
l’intermédiaire de la Direction générale des impôts et de la
direction des Douanes nationales, aux investissements au travers les
organes chargés de la validation des projets (ANDI) ou de leurs
financements (banques, caisses de garantie, caisse nationale des
investissements), aux modèles et tendances de consommation des
ménages, au marché publicitaire,…etc.
Le ministre des
Finances, Karim Djoudi, dira à propos de cette opération : «Ce
recensement économique, par ses enquêtes, va permettre de fournir et
d’alimenter notre capacité d’analyse. Par la suite, nous allons
pouvoir tracer un comportement de ces agents économiques et le
comportement des ménages, du revenu,…, etc. C’est un point de
liaison qui va apparaître et va clarifier notre politique
économique».
Fiabilité des
outils statistiques et gouvernance économique
Il est établi, de
par le monde, que la prospective et la projection économique sont
principalement basées sur la visibilité qu’offre l’état présent de
l’économie dans ses différentes variantes (PIB, croissance,
chômage, consommation, fiscalité, dettes, balance commerciale,
transferts sociaux, réserves de change, état des fonds de
régulation,…), état dont la transparence et la fiabilité ne peuvent
être acquises que par deux facteurs essentiels : des statistiques
justes et une coordination sans faille entre les différents services
producteurs des chiffres de l’économie.
«Nous sommes
arrivés à une phase où les produits statistiques sont devenus un
outil dans la conduite de l’amélioration de notre gouvernance», dira
le ministre des Finances.
Plus que jamais,
l’outil statistique est considéré par les pouvoirs publics et les
chercheurs en économie et sciences sociales comme un instrument pour
la connaissance exacte de l’état général d’un pays, un moyen
précieux d’anticipation et de prospective et un atout dans le
processus d’aide à la décision.
Au cours du
premier mois de l’année 2010, deux chiffres relatifs à des volets
importants de l’économie nationale ont été rendus publics par
l’Office national des statistiques (ONS). Il s’agit du taux
d’inflation pour l’année écoulée (5,7%) et du taux de chômage
officiellement réduit à 10,5% de la population active. Ce sont des
données supposées pouvoir donner lieu à de chauds débats au sein du
Parlement, des partis politiques et des professionnels et experts en
économie. Pourtant, les quelques interventions enregistrées sont
uniquement celles qu’a pu récolter la presse écrite indépendante.
Généralement, ces interventions remettent en cause les chiffres
officiels. Elles ne mettent pas en doute pourtant la compétence des
statisticiens algériens. Les critiques sont généralement orientées
vers le contenu, la composition et la définition des concepts
insérés dans le calcul de certains ratios et qui peuvent être
politiquement «teintés», non innocents.
Il en est ainsi de
la diminution taux de chômage (1,3% en l’espace d’un semestre) dont
l’origine est censée être la création de postes de travail. Mais,
rétorquent certains spécialistes, de quels postes de travail
s’agit-il ? Du dispositif pré-emploi et DAIP ? Des chantiers
temporaires créés par certains travaux d’infrastructures ? Pour ces
cas de figure, une seule donnée peut rendre compte de l’ampleur de
la tâche ou des salaires versés destinés à la consommation
immédiate : il s’agit du nombre de journées de travail générées.
L’on ne peut, en effet, comptabiliser des tâches provisoires et des
salaires de quelques semaines comme étant des postes de travail qui
influeraient sur le calcul du taux de chômage. En outre, pour rester
toujours dans la problématique de l’emploi, le taux national du
chômage étant une moyenne calculée sur la base de la population
totale déclarée sans emploi par rapport à la population nationale
active (de 18 à 60 ans), il ne peut rendre compte de certains
détails (par wilaya, commune ou bourgade) qui peuvent s’avérer d’une
inquiétante réalité. Des enquêtes précises et systématiques ont été
menées par exemple par certains services de l’administration
agricole dans des hameaux reculés des zones de montagne ou de la
steppe ont révélé des taux de chômage de plus de 80%.
Il s’ensuit que
les politiques publiques destinées à créer de l’emploi ne peuvent se
baser sur une hypothétique moyenne nationale du chômage.
L’efficacité et la pertinence de telles interventions commandent de
s’arrêter sur chaque cas ou zone à traiter.
La marche
ascendante de l’inflation, vécue depuis les deux dernières années
par les populations, fait, elle aussi, l’objet d’appréciations fort
diverses selon le profil et la position des acteurs. Les chiffres de
l’inflation ont été communiqués au moment où l’opinion a essayé de
se faire sa propre opinion sur des phénomènes sociaux qui crèvent
les yeux et qui n’en ont pas, à la limite, besoin de la bénédiction
des chiffres pour s’exhiber dans toute leur crudité et leur laideur.
Outre le besoin de
connaître les réalités socioéconomiques sur la base des
statistiques, la relation entre la connaissance chiffrée de
l’économie et les projections de réalisation (travaux,
infrastructures, production des biens et services, transactions,
commerce extérieur, déficit ou excédent budgétaire,…) s’est
imparablement confirmée au cours des dernières décennies à tel point
que presque tous les pays du monde – abstraction faite des régimes
politiques et des choix économiques – en ont pris conscience et ont
instauré les mécanisme de gestion des flux informationnels relatifs
à l’économie pour en tirer le meilleur parti possible dans la
planification nationale. Que cette dernière se limite à l’échéance
annuelle (loi de finances) ou à des échéances plus longues (quatre à
cinq ans), l’importance et l’enjeu de la maîtrise de l’information
statistique ne sont plus à démontrer.
La mise en œuvre
d’un traitement statistique suppose d’abord l’identification et le
repérage qui permettent d’asseoir la matière de laquelle on va
traiter. Cependant, comme les observations ne peuvent être
systématiques dans bon nombre de domaines, il faudra savoir dégager
les possibilité de généralisation, passer de la partie au tout, de
l’échantillon à la population totale. Viennent par la suite les
estimations, phase où il est fait appel aux moyennes, écart type,
taux, pourcentages et d’autres instruments mathématiques selon
l’objectif visé. La validité des comparaisons entre plusieurs
données statistiques est appréhendée avec sévérité par les
spécialistes du fait que les domaines d’activités ou les grandeurs
choisies ne répondent pas toujours à cet objectif. Les procédures
suivantes que les statisticiens se fixent sont généralement le
jugement d’une évolution et les recherches de liaisons. Ces
dernières, dans leur phase cruciale de calculs, prennent le nom de
corrélations, opérations soumises à des formules mathématiques
avancées.
La phase de
récolte des chiffres bruts pose des problèmes de fiabilité et de
régularité particulièrement lorsqu’on a affaire à des structures
administratives ou techniques démunies en moyens humains ou
matériels.
Dénouer
l’écheveau des chiffres et en tirer un sens pratique
La relation entre
les statistiques de l’économie et les outils opératoires de
planification est une avancée qui a fait ses preuves dans tous les
pays avancés. En Algérie, les efforts de l’enseignement
universitaire ont conduit à créer l’un des fleurons de
l’enseignement universitaire en Afrique lié au domaine de
l’économie, de la planification et des statistiques. En effet, l’INPS
(Institut national de la planification et des statistiques) de Ben
Aknoun a formé des générations de cadres économistes, démographes et
statisticiens.
Tout en
constituant une source majeure d’informations, l’opération de
recensement de la population et de l’habitat (RGPH) réalisé en avril
2008, n’est qu’un maillon de la longue et complexe chaîne de
l’information économique et sociale dont ont impérativement besoin
les pouvoirs publics dans la gestion quotidienne de leurs
départements respectifs et les autres acteurs de la société (presse,
bureaux d’études, banques, université,…) pour mieux affiner leurs
articles, études ou autres dossiers sensibles.
Depuis les
premiers schémas d’organisation des sociétés humaines, le
recensement des populations et des biens meubles et immeubles a
accompagné la marche de l’humanité vers plus de progrès et
perfectionnement dans l’organisation sociale.
Si les premières
motivations du recensement de la population dans les sociétés
organisées dès la plus haute Antiquité étaient, selon les
investigations des analystes qui se sont penchés sur la question, la
conscription et la levée des troupes pour se préparer à la guerre
ainsi que la levée des impôts par capitation, la complexité et
l’évolution des sociétés modernes ont généré d’autres raisons de
procéder au recensement et ont étendu le domaine d’investigation de
cette opération pour toucher à l’habitat, aux revenus et autres
conditions de vie des populations. En effet, l’intérêt que revêt la
connaissance chiffrée de l’état de la société et du pays n’a plus
besoin d’être démontré. Aussi bien pour les décideurs politiques et
les gestionnaires de l’économie que pour les chercheurs, les bureaux
d’études et les médias, les statistiques économiques relatives à la
répartition de la population par sexe, âge, niveau scolaire, zone du
territoire national, ville, bourgade, zone éparse, activité exercée,
revenu,…etc., sont devenus le pain quotidien qui permet d’établir
des diagnostics, de faire des analyses socioéconomiques, de prendre
des décisions et de réaliser des projections fondées sur des
chiffres supposés justes. Indispensable instrument de planification
pour les gestionnaires du pays, le recensement de la population et
de l’habitat, tel celui effectué en 2008, a pour vocation de
compléter, d’affiner et, à l’occasion, de corriger les statistiques
provenant des administrations (mairies, directions exécutives de
wilaya) ou de simples estimations des organismes spécialisés tel
l’Office national des statistiques.
Une chose paraît
certaine : la rigueur des statistiques sociales en Algérie ne semble
pas la vertu principale de ceux – décideurs, gestionnaires ou
journalistes – qui se piquent le plus à en user dans leur travail
quotidien. Les raisons en sont nombreuses. Outre les imprécisions et
les approximations dues souvent à un déficit en formation
spécialisée et à un sens peu élevé de l’art de la communication,
l’imbroglio et les «maquis» statistiques tirent également leur
origine d’un mode de gestion opaque, autocratique et excessivement
centralisé. Un journaliste enquêtant sur une maladie au sein d’un
hôpital ne peut accéder aux statistiques qu’après l’accord de la
direction de la santé et de la population de la wilaya. Que dire
d’un directeur des services agricoles sur le front de la lutte
anti-acridienne dans une zone des Hauts Plateaux, pressé par les
journalistes sous les ailes d’un avion affrété pour épandre un
insecticide sur les parcelles de blé de donner la superficie
dévastée par les criquets, et qui se débine en renvoyant les hommes
de presse aux services du ministère sis au boulevard Amirouche de la
capitale !?
La rétention de
l’information statistique participe sans aucun doute d’un déficit
des valeurs démocratiques dans nos institutions et dans la société.
Elle fait partie des attributs du monopole politique.
Comment obtenir
une information statistique fiable et exploitable ? De quels
instruments disposent les journalistes pour meubler leurs articles
de façon à garder leur crédibilité auprès des lecteurs ? Et, enfin,
de quelle formation sont dotés ces mêmes journalistes pour pénétrer
l’intelligibilité des chiffres, diagrammes, histogrammes et
graphes ? Quand nous rencontrons des chiffres, en milliards, qui ne
sont pas suivis de l’unité de mesures (dinars, centimes, dollars,
euros,…), il y a lieu de se poser des questions sur l’attention et
la valeur accordées aux chiffres énoncés.
Efficacité
économique et veille stratégique
Il y a lieu de
rappeler que, dans un de ses rapports annuels, le Conseil national
économique et social (CNES) avait pertinemment soulevé une question
stratégique, celle du système national d’information économique et
social. La lourdeur et la fragilité de ce système obèrent en premier
lieu la qualité et la validité du travail effectué par cet organisme
consultatif, censé pourtant recueillir les vraies statistiques pour
lui servir de base de travail dans ses rapports et analyses qu’il
produit régulièrement. Le CNES se plaint du fait qu’«il s’est
toujours heurté à la faible disponibilité et à l’insuffisante
fiabilité des informations relevant du champ économique et social».
Ces matériaux de
travail, matière première indispensable pour poser le véritable
diagnostic de l’économie nationale et en élaborer un tableau de bord
fiable et pratique, baignent dans un système «archaïque, désintégré,
sous-encadré, faiblement performant et d’une médiocre fiabilité»,
selon le CNES. Si le Conseil économique et social, composé de
spécialistes et de gens de grande compétence – à commencer par les
deux présidents qu’ils a connus jusqu’à ce jour, Mohamed-Salah
Mentouri et Mohamed-Seghir Babès –, vit une telle situation, que
dira-t-on alors de jeunes universitaires ou de journalistes appelés
à manipuler des chiffres statistiques, à les exploiter pour une
thèse ou un article et a en communiquer la signification et la
substance à de profanes lecteurs ? C’est une véritable aventure dont
on ne mesure probablement pas encore la portée et la responsabilité.
L’Algérie dispose
pourtant d’une structure, l’ONS, chargé de recueillir et de traiter,
selon les méthodes scientifiques les plus modernes et avec les
instruments informatiques les plus éprouvés, les statistiques de la
nation. De même, au niveau des wilayas, les directions de la
planification et de l’aménagement du territoire sont chargées du
même travail à l’échelon local en plus de la responsabilité de
l’inscription des projets de développement basés sur ces
informations. Cependant, la maîtrise de l’information statistique
semble être encore un vœu pieux aussi bien pour les chiffres de
l’emploi et du chômage que pour tous les autres domaines de la vie
économique et sociale où ces chiffres se révèlent d’un indéniable
intérêt.
Pour ce qui est du
monde de la presse, les journalistes font souvent face à une stupide
rétention de l’information par les structures publiques – et même
privées – sollicitées. A cela, s’ajoute la formation générale et
universitaire du journaliste qui, le plus souvent, ne le prédispose
pas à traiter efficacement et d’une manière intelligible et
pédagogique l’information statistique. Dans la plupart des cas,
cette dernière n’est pas donnée en chiffres absolus (information
brute), mais translatée en moyenne pondérée, ratios, graphes en
courbes, taux de corrélation,…etc. Pour pouvoir décrypter ces outils
et surtout pour leur donner un sens pratique qui sera matérialisé,
dans l’article de presse, par des mots ou d’autres chiffres plus
simplifiés ou plus accessibles au lecteur, il faut, avouons-le, un
minimum de formation en la matière. Il faut dire aussi que les
publications périodiques et les journaux spécialisés dans le
domaine, capables de vulgariser des concepts et des outils
statistiques, commencent à peine à connaître les faveurs des
lecteurs. Certains quotidiens nationaux ont même créé leur
supplément économique pour combler un tant soit peu le déficit en
information économique. Il va sans dire que les statistiques,
inventaires et recensements ne suffisent pas, à eux seuls, à
instaurer la cohérence et l’appréhension globale du sujet traité. La
connaissance de la géographie humaine, du droit commercial, du droit
des entreprises, du code des investissements et d’autres
législations spécifiques s’avère parfois d’un précieux secours.
En somme, beaucoup
de facteurs concourent pour rendre l’information économique et
sociale inaccessible, non fiable et non exploitable, pour reprendre
les termes du CNES. Le problème réside aussi bien dans les services
«producteurs» de chiffres que chez les instances et personnes
chargées de l’exploitation des données. Sur ce chapitre bien
épineux, le CNES a tiré la sonnette d’alarme et parle de la
nécessité d’établir «une véritable économie de l’information,
sous-tendue par des préoccupations d’efficacité économique et de
veille stratégique et technologique».
C’est pourquoi il
propose la reconnaissance de l’information comme «ressource de
valeur» et appelle les pouvoirs publics à procéder à un bilan
exhaustif de ce secteur stratégique pour en améliorer la gestion et
les performances.
Aux normes
internationales
Depuis le 1er
janvier dernier, l’Algérie a mis en pratique le nouveau plan
comptable basé sur des standards internationaux. Depuis trois ans,
les pouvoirs publics ont, pour améliorer, moderniser et promouvoir
aux normes mondiales le système comptable national, fourni des
efforts méritoires qui ont abouti, en 2007, à l’adoption par
l’Assemblée populaire nationale d’un nouveau système comptable
offrant plus de transparence et de lisibilité malgré les efforts
d’apprentissage et de mise à niveau qu’un tel système a exigés et
exige encore des entreprises et des personnels appelés à le mettre
en pratique. Ce système, initialement destiné à être appliqué à
partir de 2009, a été reporté d’une année suite à des retards dans
la formation et la vulgarisation. Ce nouveau plan «hissera la
comptabilité nationale aux normes de fonctionnement de l’économie
moderne et permettra de produire une information détaillée reflétant
une image fidèle de la situation financière des entreprises», a
souligné le ministre des Finances. C’est au début de l’année 2008
qu’un vrai travail de vulgarisation a été entamé à l’intention des
futurs utilisateurs de ce nouveau système. Des experts comptables
estiment que «le travail de vulgarisation fait jusqu’ici par le
Conseil national de la comptabilité n’est pas à même de rendre les
comptables algériens prêts à l’application du nouveau plan». Lors
d’un séminaire organisé en 2009 sur les modalités d’application du
nouveau système comptable et des normes IFRS (International
Financial Reporting Standards), M. Abci, consultant formateur, juge
qu’«il est aujourd’hui nécessaire que les structures ayant été à
l’origine de la conception du nouveau plan expliquent aux
professionnels ses modalités d’application. Cette importante
démarche constitue un instrument essentiel pour l’accompagnement du
processus de passage de l’ancien au nouveau système». Le nouveau
système remplace le plan comptable national datant de 1975. Ce
dernier ne répond plus aux exigences de la nouvelle économie ouverte
sur le monde et sur l’investissement privé. Le système comptable est
censé «permettre la production d’informations détaillées, fiables et
comparables reflétant notamment une image transparente et plus
précise de la situation financière des entreprises (…) Comme il
donne à la gestion de la comptabilité une nouvelle conception
dominée par l’aspect économique qui intéresse les investisseurs, au
lieu du juridique et fiscal qui intéresse beaucoup plus
l’administration fiscale», selon le ministre des Finances. Le
nouveau système, pour lequel des séminaires et journées d’études ont
été organisés pour être au rendez-vous de l’échéance de janvier
2010, sera l’instrument comptable légal des grandes entreprises
nationales, de quelque 200 000 PME privées et 711 PME publiques ;
mais son application est finalement différée à 2010 pour permettre
aux entreprises de se préparer convenablement.
Outre la maîtrise
et la modernisation des informations comptables et statistiques
propres à l’administration, aux entreprises et aux autres services,
l’Algérie est attendue sur le terrain de la mise en circulation des
ces informations de façon à mieux en démocratiser l’usage. A bien y
réfléchir, la mise à la disposition du large public (journalistes,
bureaux d’études, écoles spécialisées,…) des informations
statistiques fiables et exploitables participe inévitablement des
efforts pour asseoir la transparence de la gestion et la bonne
gouvernance.
L’importance d’un
système statistique fiable, performant et adapté à la nouvelle étape
de l’économie nationale – étape d’ouverture sur le marché et de
modernisation de l’outil de production – n’est plus à démontrer.
Plus qu’un accompagnement chiffré de la production économique
nationale et des mouvements et flux des biens et services
matérialisé par des tableaux ou des diagrammes, l’instrument
statistique est un moyen de travail qui fait appel aux outils
scientifiques d’évaluation et de prospective.
Dans l’objectif de
mieux valoriser les données statistiques nationales et de les mettre
aux standards internationaux, l’Algérie vient à intégrer en 2009 le
Système général de diffusion des données du Fonds monétaire
international (International Monetary Fund’s General Data
Dissemination System-GDDS) «marquant ainsi une étape majeure dans le
développement de son système statistique», selon les termes du FMI.
L’intégration à ce système de base de données permet désormais «la
publication d’informations complètes sur l’Algérie qui seront
diffusées dans le FMI Bulletin Board réservé aux pays ayant adhéré à
ce dispositif de statistiques», ajoute le Fonds. L’Algérie est
devenue, depuis 2009, le 95e participant au GDDS du FMI. A
l’occasion de cette mise à niveau, le gouverneur de la Banque
d’Algérie, Mohammed Laksaci, a considéré qu’en intégrant ce système,
«l’Algérie s’est engagée à se doter d’un système statistique
national conforme aux meilleures pratiques internationales» en la
matière.
«Contrairement à
l’idée selon laquelle, dans les pays en développement l’accès à
l’information est un luxe superflu du fait du manque d’éducation et
de la faiblesse des revenus des citoyens de base, dont il convient
en premier lieu d’assurer l’amélioration des conditions matérielles
d’existence (argument souvent invoqué par les régimes autoritaires
pour mettre l’accent sur la croissance économique et reporter à plus
tard la démocratisation), même dans un pays parmi les plus pauvres
de la planète, il existe un véritable besoin de savoir, et partant,
de participation, auquel la statistique publique se doit de
répondre», notent Mireille Azafindrakoto et François Roubaud dans
leur étude intitulée «La statistique au service du débat
démocratique en Afrique».
Par Saâd
Taferka
Haut
Sofiane Berhouni, responsable à l’agence Algex
L’agriculture
comme fer de lance
L'Agence
algérienne de promotion du commerce extérieur, Algex, est un
organisme chargé de mettre en œuvre la politique nationale de
promotion du commerce étranger en encourageant la diversification
des exportations hors hydrocarbures. M. Sofiane Berhouni,
responsable au service du commerce extérieur à l'agence nous parle
des actions menées par cet organisme afin d'atteindre ses objectifs.
Propos
recueillis
par Ahmed
Gasmia
Les Débats :
Que pouvez-vous nous dire, aujourd’hui, sur les exportations hors
hydrocarbures en Algérie ? Quels sont les secteurs où les sociétés
exportent le plus ?
- M. Sofiane
Berhouni : De nombreuses sociétés opérant dans le secteur de
l’agroalimentaire exportent leurs produits depuis quelques années
déjà. Il s’agit essentiellement de sociétés produisant des jus et
des eaux gazéifiées. Nous pensons que le secteur de
l’agroalimentaire est très prometteur en termes d’exportation, même
s’il y a des sociétés opérant dans d’autres secteurs susceptibles de
proposer leurs produits sur le marché international. Les produits
algériens peuvent être exportés également dans le cadre des accords
de partenariat avec l’Union européenne. L’Algérie dispose d’un
potentiel intéressant dans différents secteurs, mais il est
important que des efforts soient fournis par les opérateurs
eux-mêmes afin que leurs produits soient aux normes
internationales. Algex fait des efforts de son côté pour développer
le potentiel des entreprises algériennes afin de leur permettre
d’exporter leurs productions.
De quelle
manière Algex apporte-t-elle son soutien aux entreprises
algériennes ?
- Nous assurons
notre aide aux entreprises intéressées par l’exportation de
différentes manières. Nous organisons des manifestations à
l’étranger et accompagnons les entrepreneurs algériens à
l’occasion de leur participation à des rencontres internationales.
D’un autre côté, nous mettons les entreprises algériennes en
contact avec des opérateurs étrangers dans le cadre de rencontres
d’affaires, en plus de la mise en relation d’affaires entre les
entrepreneurs. Nous mettons également à la disposition des
entreprises algériennes des informations relatives au marché
international afin de les aider dans leur stratégie de
développement.
La priorité d’Algex,
aujourd’hui, est d’expliquer aux opérateurs algériens l’importance
de se placer sur le marché international. Il est important que les
produits algériens soient disponibles à l’étranger même en petites
quantités car cela représente déjà une ouverture intéressante pour
l’exportation de plus grands volumes de produits hors hydrocarbures.
Est-ce que les
procédures sont simplifiées pour les entreprises intéressées par
l’accompagnement d’Algex ?
- Toute entreprise
disposant d’un registre du commerce en règle peut bénéficier de
notre appui. Il suffit juste de nous contacter. Nous sommes à même
de fournir à ces entreprises toutes les statistiques relatives au
marché international et même au marché local.
Il faut avoir un
enregistre du commerce, et qu’on nous contacte ; on l’oriente et on
lui donne des infos et des statistiques sur le marché extérieur et
même sur le marché local. Notre agence prend en charge toutes les
demandes exprimées au niveau national quelle que soit la région où
se trouve l’entreprise intéressée.
Pouvez-vous
nous donner une idée sur les actions à mener par l’agence Algex dans
un avenir proche ?
Nous avons pour
priorité de poursuivre nos actions de promotion de l’exportation
hors hydrocarbures. Nous envisageons d’organiser un certain nombre
de séminaires et différentes autres actions de sensibilisation en
direction des opérateurs économiques. Nous avons également pour
priorité de former davantage notre personnel afin d’être plus
performants.
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