Semaine du 3 au 9 février 2010

 

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La logique des foules

 

 
 
 Chronique  

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La logique des foules

Il en est du football comme de l'amour : l'appétit vient en mangeant et la pénurie de prouesses  sécrète l'abstinence. Les succès de l'équipe nationale d'avant la Coupe d'Afrique ont induit chez les supporters un sentiment d'euphorie qui à son tour a engendré un triomphalisme démesuré, jusqu'à faire faire perdre au public toute rationalité. Les Algériens ont placé leur équipe sur une rampe de lancement sans frein, et l'ont propulsée dans un firmament si éloigné qu'ils n'ont pu la rattraper et où même les joueurs se sont égarés. Les récentes péripéties, avec une expression de joie comme on n'en a vu jamais vue, suivie de traumatismes vite oubliés, avec une réconciliation également aussitôt rangée dans l'amnésie, ont fait qu'il n'y avait pas matière à s'ennuyer lors de ces fameuses joutes continentales. Tout un chacun est partagé entre deux désirs, celui de tirer les leçons, de plonger dès maintenant dans la perspective du Mondial à venir, donc de faire les pronostics triomphalistes qui vont avec, d'une part, et de l'autre, passer à autre chose, s'extirper de l'atmosphère folle et endiablée du football, pour retourner dans le réel, avec ses aspects positifs et ceux qui le sont moins. Entre les deux, il y a une troisième voie, celle de tenter de voir ce qui a été le plus marquant durant toutes ces semaines de compagnonnage  avec l'équipe nationale, qui a prodigué, en matière de résultats, du bon et du… moins bon. De toute façon, le football compte dans ce pays tellement d'analystes et d'experts, autant dire un effectif de trente millions d'éléments, qui peuvent décortiquer un match sous ses coutures, avec ses tactiques, stratégies et tutti quanti, que l'humilité dicte de leur laisser la tâche du tirage de plans sur la comète. Pour notre part, humbles observateurs, on sort du stade pour voir la dynamique sociale engendrée par tous ces «évènements». Il va de soi que ce qui est à retenir et qui probablement va s'incruster dans le futur, c'est le déclic ressenti, comme entité réactive, avec une impressionnante capacité de communion, de partage émotionnel et surtout de faire bloc. Jamais, même en incluant tous les types et d'importance d'émeutes connues à travers le territoire ou d'autres manifestations publiques de joie, de peine ou de colère, on n'aura vu la logique de foule fonctionner avec une telle célérité, une telle efficacité et une telle ampleur. On a vu la foule, en majorité jeune, à l'image de l'Algérie, festoyer après les victoires bien sûr, mais aussi avant les rencontres, et surtout, là est l'originalité, après une défaite. Les Algériens ont injecté une overdose de soutien actif au principe «pour le meilleur et pour le pire». La logique des foules s'est révélée d'un tel impact collectif que personne n'a pu se prétendre comme étant immunisé contre cette fertile contamination par le virus du foot, et même les moins portés sur la balle ronde ont vu, même s'ils s'en défendent, leur cœur battre la chamade et leur esprit vibrer intégralement au rythme des heurs et malheurs des Verts. Toute la société algérienne, branchée sur le même diapason réactif, entonnant une chorale émotionnelle, à la seconde près dans la joie comme dans la déception, on n'a vu de pareils scénarios que lors des séismes. En somme, la société algérienne, longtemps amorphe et tétanisée, qui avait désappris et le sens de la fête et celui du chagrin sentimental, s'est enfin réconciliée avec sa nature de population qui communie et réagit au quart de tour. En réalité, cette jachère n'était pas faite pour s'inscrire dans une durée éternelle, et la société n'attendait qu'une occasion pour opérer la rupture avec cet état de sommeil. L'équipe a été au moins un prétexte, au plus un catalyseur. Aux politiques d'en tirer les conclusions. Mais ne l'ont-ils pas déjà fait ?

Par Nadjib Stambouli

 

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