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Semaine du 3 au 9 février 2010

 

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Quand le NEPAD tarde à décoller

 

 

 

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Quand le NEPAD tarde à décoller

Lancé en grande pompe en 2002, le Nouveau Partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD) tarde à prendre son envol. Et pourtant, ce ne sont pas les programmes et les ambitions qui manquent.

Les dirigeants du continent ne cessent d’organiser réunion après réunion pour donner de la consistance à une idée, certes généreuse, mais dont la concrétisation relève certainement d’autres facteurs que celui, souvent évoqué, du manque de financement.

Le coup de gueule du président sénégalais, Abdoulaye Wade, à l’ouverture de la 22e réunion du Comité de mise en œuvre du Nepad qui s’est tenue à Addis Abeba en Ethiopie, explique largement le manque d’efficacité, pour ne pas dire la déconfiture, dans laquelle s’enlise la mise en œuvre du projet du millénaire. M. Wade n’a pas hésité à dénoncer publiquement l’attitude de certains chefs d’Etat, membres du Comité des chefs d’Etat et de gouvernement pour la mise en œuvre du NEPAD qui ne s’acquittent pas des missions qui leur sont attribuées. «Nous avions décidé de nous répartir les secteurs-clés du NEPAD mais je suis désolé de dire que certains de mes collègues n’ont rien fait du travail qui leur avait été confié», a osé déclarer M. Wade le premier jour de cette rencontre. Il va même jusqu’à qualifier le secrétariat du NEPAD de «belle Mercedes conduite par un mauvais chauffeur». Pour le président sénégalais, il est hors de question que prennent part à ces réunions ceux qui n’accomplissement pas leur rôle. «Seuls les chefs d’Etat qui auront le temps de faire le travail demandé devront prendre des responsabilités», a-t-il ajouté à propos de la prochaine réunion du Comité qui verra la répartition de nouvelles tâches au sein du NEPAD. Il espère qu’avec la nomination du Nigérien Ibrahim Assane Myaki au poste de secrétaire exécutif du Nepad, les choses vont s’accélérer, contrairement au rythme de ses prédécesseurs qui «ne faisaient qu’additionner les résultats obtenus par les différents Etats membres de l’UA dans les domaines des Infrastructures, de la Santé, de l’Education, notamment pour s’en approprier ce qui est une simple escroquerie intellectuelle», affirme M. Wade.

Si beaucoup sont conscients que le continent africain ne peut pas avancer au rythme des autres grands ensembles politico-économiques, compte tenu justement de pesanteurs quasi «culturelles» et d’interférences «post-coloniales», rien n’explique que des projets qui peuvent être rentables et à l’Afrique et aux fournisseurs étrangers qui ont beaucoup à y gagner en matière de contrats, ne se mettent pas rapidement en place. Le financement n’est pas, à en croire les officiels de l’UA, le véritable empêchement. En effet, selon Elham Mahmoud Ahmed Ibrahim, la Commissaire chargée des Infrastructures et de l’Energie au sein de la Commission de l’Union africaine (CUA), il y a vraisemblablement un problème d’efficacité. «Les investisseurs sont prêts à s’engager massivement dans le financement des infrastructures en Afrique, mais il leur faut des projets avec une réelle visibilité», a déclaré récemment Mme Mahmoud Ahmed Ibrahim qui avoue qu’il y a, à la base, «une faible capacité (des Etats africains) à monter des projets bancables». «Très souvent, nos projets s’arrêtent au stade d’études de faisabilité», ajoute la CUA.

L’autre grand problème dont souffre le continent, c’est bien évidemment la corruption qui fait perdre à l’Afrique au moins 10% de ses ressources. «Des études en notre possession montrent que les circuits de la corruption font perdre à l’Afrique 10% de ses ressources. Outre les administrations publiques qui sont souvent touchées au plus haut niveau, cette corruption se traduit par le trafic de drogue et le blanchissement d’argent», a déclaré le vice-président de la Commission de l’Union africaine (UA), Erastus Mwencha, qui a annoncé la création d’une Commission spéciale de lutte contre la corruption. La mission de cette instance, a-t-il également expliqué, sera d’aider les Etats africains à «mettre en place des mécanismes anti-corruption» afin de se «débarrasser de cette gangrène». Il a donc fallu huit ans après le lancement du Nepad pour que le sujet de la corruption soit mis sur le tapis. Encore faut-il qu’il soit véritablement pris en charge. Car, dans ce genre de dossier, l’expérience a montré un net décalage entre les discours et la pratique.

Et ce décalage qui fait que le continent africain n’est pas encore arrivé à arracher des avantages lors des négociations commerciales du Cycle de Doha. L’Afrique ne peut se contenter d’arguer que les subventions accordées par les puissances occidentales, à l’image des Etats-Unis et de la France, à leurs agriculteurs, sont les seules à empêcher le développement de l’agriculture africaine. Lorsqu’il s’étale sur la place publique que les instances de l’Union Africaine sont incapables de présenter des projets ficelés, qu’ils ne luttent pas, ou insuffisamment, contre la corruption, et qu’ils peinent à avoir une vision d’ensemble des objectifs de développement, il est difficile de convaincre les autres de céder sur leurs avantages en éliminant partiellement des barrières protectionnistes au profit des pays les moins développés.

Il reste à souhaiter que le 14e Sommet de l’Union africaine (UA), qui fait suite à la 22e réunion du Comité de mise en œuvre du Nepad, va déboucher sur des actions concrètes et, surtout, mesurables dans un proche avenir. Il est déjà question, dit-on, de la mise en place d’une «agence de coordination et de planification» et du lancement d’une quarantaine projets sur les 80 prévus dans le plan de développement pour la période 2010-2015. Selon Ibrahim Assane Mayaki, secrétaire exécutif du Nepad, cette agence devrait aider à assurer une «harmonisation managériale et technique» de ce plan qui est le «fruit d’une large concertation associant toutes les parties prenantes aux questions de développement en Afrique».

Parmi d’autres chantiers de ce 14e sommet, la concrétisation du projet de monnaie unique et la création d’une Commission africaine de l’Energie nucléaire. Pour la monnaie unique, il est d’abord question de passer par des monnaies communes au sein des ensembles sous-régionaux comme étape intermédiaire avant la monnaie africaine commune. Le chemin sera encore très long quand on sait que les échanges interafricains sont bien en deçà des possibilités, et que des pays, comme l’Algérie, s’approvisionnent en cacao ou en bananes sur le marché… européen. «Le volume des échanges interafricains se caractérise actuellement par sa faiblesse extrême. Il nous faut donc inverser cette tendance, notamment en facilitant la libre circulation des personnes et des biens. A cet égard, il y a des organisations sous-régionales qui ont obtenu de bons résultats. Il faut donc s’en inspirer», explique encore Mayaki. L’autre grand problème à régler en urgence, c’est d’instaurer une industrie africaine de la transformation pour valoriser des produits comme le café, le thé, le cacao et les ressources minières. Si l’Afrique veut démontrer son sérieux, il est impératif qu’elle concrétise ses propres plans.

Par Abdelkader Djalil

 

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