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Union Africaine
Quand le NEPAD
tarde à décoller
Lancé en grande
pompe en 2002, le Nouveau Partenariat pour le développement de
l'Afrique (NEPAD) tarde à prendre son envol. Et pourtant, ce ne sont
pas les programmes et les ambitions qui manquent.
Les dirigeants du
continent ne cessent d’organiser réunion après réunion pour donner
de la consistance à une idée, certes généreuse, mais dont la
concrétisation relève certainement d’autres facteurs que celui,
souvent évoqué, du manque de financement.
Le coup de gueule
du président sénégalais, Abdoulaye Wade, à l’ouverture de la 22e
réunion du Comité de mise en œuvre du Nepad qui s’est tenue à Addis
Abeba en Ethiopie, explique largement le manque d’efficacité, pour
ne pas dire la déconfiture, dans laquelle s’enlise la mise en œuvre
du projet du millénaire. M. Wade n’a pas hésité à dénoncer
publiquement l’attitude de certains chefs d’Etat, membres du Comité
des chefs d’Etat et de gouvernement pour la mise en œuvre du NEPAD
qui ne s’acquittent pas des missions qui leur sont attribuées. «Nous
avions décidé de nous répartir les secteurs-clés du NEPAD mais je
suis désolé de dire que certains de mes collègues n’ont rien fait du
travail qui leur avait été confié», a osé déclarer M. Wade le
premier jour de cette rencontre. Il va même jusqu’à qualifier le
secrétariat du NEPAD de «belle Mercedes conduite par un mauvais
chauffeur». Pour le président sénégalais, il est hors de question
que prennent part à ces réunions ceux qui n’accomplissement pas leur
rôle. «Seuls les chefs d’Etat qui auront le temps de faire le
travail demandé devront prendre des responsabilités», a-t-il ajouté
à propos de la prochaine réunion du Comité qui verra la répartition
de nouvelles tâches au sein du NEPAD. Il espère qu’avec la
nomination du Nigérien Ibrahim Assane Myaki au poste de secrétaire
exécutif du Nepad, les choses vont s’accélérer, contrairement au
rythme de ses prédécesseurs qui «ne faisaient qu’additionner les
résultats obtenus par les différents Etats membres de l’UA dans les
domaines des Infrastructures, de la Santé, de l’Education, notamment
pour s’en approprier ce qui est une simple escroquerie
intellectuelle», affirme M. Wade.
Si beaucoup sont
conscients que le continent africain ne peut pas avancer au rythme
des autres grands ensembles politico-économiques, compte tenu
justement de pesanteurs quasi «culturelles» et d’interférences
«post-coloniales», rien n’explique que des projets qui peuvent être
rentables et à l’Afrique et aux fournisseurs étrangers qui ont
beaucoup à y gagner en matière de contrats, ne se mettent pas
rapidement en place. Le financement n’est pas, à en croire les
officiels de l’UA, le véritable empêchement. En effet, selon Elham
Mahmoud Ahmed Ibrahim, la Commissaire chargée des Infrastructures et
de l’Energie au sein de la Commission de l’Union africaine (CUA), il
y a vraisemblablement un problème d’efficacité. «Les investisseurs
sont prêts à s’engager massivement dans le financement des
infrastructures en Afrique, mais il leur faut des projets avec une
réelle visibilité», a déclaré récemment Mme Mahmoud Ahmed Ibrahim
qui avoue qu’il y a, à la base, «une faible capacité (des Etats
africains) à monter des projets bancables». «Très souvent, nos
projets s’arrêtent au stade d’études de faisabilité», ajoute la CUA.
L’autre grand
problème dont souffre le continent, c’est bien évidemment la
corruption qui fait perdre à l’Afrique au moins 10% de ses
ressources. «Des études en notre possession montrent que les
circuits de la corruption font perdre à l’Afrique 10% de ses
ressources. Outre les administrations publiques qui sont souvent
touchées au plus haut niveau, cette corruption se traduit par le
trafic de drogue et le blanchissement d’argent», a déclaré le
vice-président de la Commission de l’Union africaine (UA), Erastus
Mwencha, qui a annoncé la création d’une Commission spéciale de
lutte contre la corruption. La mission de cette instance, a-t-il
également expliqué, sera d’aider les Etats africains à «mettre en
place des mécanismes anti-corruption» afin de se «débarrasser de
cette gangrène». Il a donc fallu huit ans après le lancement du
Nepad pour que le sujet de la corruption soit mis sur le tapis.
Encore faut-il qu’il soit véritablement pris en charge. Car, dans ce
genre de dossier, l’expérience a montré un net décalage entre les
discours et la pratique.
Et ce décalage qui
fait que le continent africain n’est pas encore arrivé à arracher
des avantages lors des négociations commerciales du Cycle de Doha.
L’Afrique ne peut se contenter d’arguer que les subventions
accordées par les puissances occidentales, à l’image des Etats-Unis
et de la France, à leurs agriculteurs, sont les seules à empêcher le
développement de l’agriculture africaine. Lorsqu’il s’étale sur la
place publique que les instances de l’Union Africaine sont
incapables de présenter des projets ficelés, qu’ils ne luttent pas,
ou insuffisamment, contre la corruption, et qu’ils peinent à avoir
une vision d’ensemble des objectifs de développement, il est
difficile de convaincre les autres de céder sur leurs avantages en
éliminant partiellement des barrières protectionnistes au profit des
pays les moins développés.
Il reste à
souhaiter que le 14e Sommet de l’Union africaine (UA), qui fait
suite à la 22e réunion du Comité de mise en œuvre du Nepad, va
déboucher sur des actions concrètes et, surtout, mesurables dans un
proche avenir. Il est déjà question, dit-on, de la mise en place
d’une «agence de coordination et de planification» et du lancement
d’une quarantaine projets sur les 80 prévus dans le plan de
développement pour la période 2010-2015. Selon Ibrahim Assane Mayaki,
secrétaire exécutif du Nepad, cette agence devrait aider à assurer
une «harmonisation managériale et technique» de ce plan qui est le
«fruit d’une large concertation associant toutes les parties
prenantes aux questions de développement en Afrique».
Parmi d’autres
chantiers de ce 14e sommet, la concrétisation du projet de monnaie
unique et la création d’une Commission africaine de l’Energie
nucléaire. Pour la monnaie unique, il est d’abord question de passer
par des monnaies communes au sein des ensembles sous-régionaux comme
étape intermédiaire avant la monnaie africaine commune. Le chemin
sera encore très long quand on sait que les échanges interafricains
sont bien en deçà des possibilités, et que des pays, comme
l’Algérie, s’approvisionnent en cacao ou en bananes sur le marché…
européen. «Le volume des échanges interafricains se caractérise
actuellement par sa faiblesse extrême. Il nous faut donc inverser
cette tendance, notamment en facilitant la libre circulation des
personnes et des biens. A cet égard, il y a des organisations
sous-régionales qui ont obtenu de bons résultats. Il faut donc s’en
inspirer», explique encore Mayaki. L’autre grand problème à régler
en urgence, c’est d’instaurer une industrie africaine de la
transformation pour valoriser des produits comme le café, le thé, le
cacao et les ressources minières. Si l’Afrique veut démontrer son
sérieux, il est impératif qu’elle concrétise ses propres plans.
Par Abdelkader
Djalil
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