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Semaine du 3 au 9 février 2010

 

  Relations algéro-françaises

L’éternel désaccord

Première exigence

Mettre les pendules à l’heure

Un mois après la tenue de la tripartite

Le monde du travail en ébullition

Sommet de la Ligue arabe

Une force militaire commune ?

Des lois et des débats sur un voile qui n’a rien révélé des menaces qu’il suppose

Qu’est-ce qui se cache derrière la burqa ?

 

 

 

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Relations algéro-françaises

L’éternel désaccord

A la veille de la visite du ministre des Affaires étrangères français, Bernard Kouchner, en Algérie, Paris accumule les provocations avec l'inscription de l'Algérie dans la liste des pays à risque dont les ressortissants seront soumis à des mesures de vérifications spécifiques au niveau des aéroports. 

Alger  n’a pas caché sa colère face à cette attitude de Paris à travers la convocation de l’ambassadeur français à Alger par le ministère des Affaires étrangères le 5 décembre dernier et depuis, Paris a choisi le silence au moment ou les Etats-Unis qui avaient aussi inscrit l’Algérie dans la liste noire, ont au moins essayé de comprendre la protestation et le refus de l’Algérie de cette décision à travers l’appel téléphonique de la secrétaire d’Etat américaine chargée des affaires étrangères Hillary Clinton qui a téléphoné à son homologue algérien. Mme Clinton a aussi dépêché Janet Anderson qui a eu des entretiens avec les responsables algériens et a laissé entendre qu’il y a une possibilité de réviser la liste noire. 

Cependant, Paris continue de tourner le dos à Alger sur cette question de la liste noire au moment où Alger a continué d’exprimer sa protestation.

Dans ce cadre, l’ambassadeur d’Algérie en France a été reçu la semaine dernière à sa demande par le secrétaire général du ministère français des Affaires étrangères et européennes, Pierre Sellal.

Dans un communiqué du ministère des Affaires étrangères rendu public jeudi dernier,  il a été indiqué que «l’entretien a porté sur la décision du gouvernement français d’inscrire l’Algérie sur une liste de pays dits à risque induisant un renforcement du contrôle des passagers en provenance des aéroports algériens».

L’ambassadeur d’Algérie a souligné «le caractère discriminatoire de cette mesure intervenue unilatéralement sans consultation ni information préalable de la partie algérienne».

Dans ce contexte, il  n’a pas manqué de réitérer la position déjà exprimée par notre pays à l’intention des autorités françaises sur le caractère inopportun et injustifié de cette mesure qui porte préjudice aux relations algéro-françaises.

La visite de Kouchner «juste reportée»

En essayant de calmer le jeu, le ministère français  des Affaires étrangères a précisé le week-end dernier que les mesures sécuritaires prises ne sont pas adressées contre les Algériens, annonçant que la visite de Bernard Kouchner est toujours au programme et que sa date sera fixée plus tard.

Dans une conférence de presse tenue par Bernard Vallero, porte-parole du MAE français,  tenue mercredi dernier, il a déclaré que les mesures sécuritaires qu’a décidées la France au niveau de ses aéroports ne sont pas destinées contre un peuple ou des ressortissants d’un pays spécialement.

Interrogé sur la crise entre l’Algérie et la France à cause de  la fameuse liste noire, il a indiqué que Bernard Kouchner et son homologue algérien, Mourad Medelci, sont toujours en contact sur cette question et également autour des différentes questions algéro-francaises.

Il faut dire que  les dossiers qui fâchent entre les deux pays ne manquent pas et portent notamment sur l’indemnisation des victimes des essais nucléaires français dans le Sahara, en plus de l’attitude négative des entreprises françaises dans notre pays. Dans ce cadre, le chef de la diplomatie algérienne, Mourad Medelci, avait déclaré lors d’une émission de Canal Algérie : «Beaucoup de questions liées notamment à l’investissement français en Algérie et les essais nucléaires français dans le Sahara algérien font l’objet de groupes  de travail conjoints, espérant que ces groupes de travail puissent réaliser des avancées avant  la visite du ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner à Alger dans les semaines à venir». Ainsi, même si Medelci tient à chaque fois à préciser qu’il y a toujours des relations entre les deux pays et qu’il n’y a ni divorce ni refroidissement, on peut dire que ces relations ne sont pas chaleureuses.

Paris parle d’une fondation à la mémoire de la guerre d’Algérie

Par ailleurs, dans une interview à l’hebdomadaire l’Express à paraître jeudi, rapporté par le site «tout sur l’Algérie», le secrétaire d’Etat français à la Défense et aux anciens combattants Hubert Falco annonce la création en juin d’une fondation à la mémoire de la guerre d’Algérie présidée par l’ancien PDG d’AXA Claude Bébéar.

Dans ce cadre, il a souligné : «Cette fondation était prévue par la loi du 23 février 2005 portant reconnaissance de la nation et contribution nationale en faveur des rapatriés».  Il annonce que «le gouvernement vient de valider les statuts qui vont être transmis au Conseil d’Etat» et que la fondation sera «opérationnelle en juin».

Selon M. Falco, la fondation «ne sera pas chargée d’écrire, encore moins de réécrire l’histoire de la guerre d’Algérie». Ladite fondation aura la mission «de collecter, d’authentifier, de conserver, de mettre à disposition des historiens mais aussi des enseignants, des jeunes, du grand public, tous les témoignages, ouvrages, documents sur ce conflit » . Il a ajouté : «Elle devra le faire avec rigueur et objectivité, sans rien occulter des événements, ni de la façon dont tous les protagonistes les ont vécus». D’après ce responsable,  «l’apaisement passe par la mémoire et la vérité, non par le silence ou l’oubli».

Une nouvelle provocation de la part de la France au moment où l’Assemblée populaire algérienne s’apprête à avaliser un projet de loi relatif à l’incrimination de la période coloniale française en Algérie. Ce projet de loi proposé par le groupe parlementaire du FLN a été examiné la semaine dernière par le bureau de l’APN qui l’a renvoyé pour plus de conformité avec les lois afin de le présenter à l’Assemblée.

En dehors des questions liées à l’histoire, les intérêts économiques deviennent l’enjeu classé numéro «un», surtout avec les  mesures prises par le gouvernement algérien dans le cadre de la  loi de finances complémentaire 2009,  entrée en vigueur le 26 juillet dernier, notamment  les dispositions liées à la réduction de la facture des importations qui pénalisent la balance des paiements de l’Algérie.

D’ailleurs, Mourad Medelci avait déclaré  qu’entre l’Algérie et la France, il s’agit  de relations d’intérêts avant d’expliquer : «Nous avons des intérêts économiques dans différents domaines avec la France et il y a aussi notre communauté qui a besoin d’améliorer encore plus les conditions d’existence qui sont siennes dans ce pays».

Il faut rappeler que la France est le premier partenaire de l’Algérie en matière d’échanges, notamment les importations.  Toutefois, jusqu’à présent, les opérations des entreprises françaises en Algérie  restent limitées au commercial, c’est-à-dire vendre la marchandise française. Le gouvernement algérien a décidé de mettre de l’ordre dans l’investissement étranger en l’orientant vers des secteurs dont l’Algérie a besoin et sortir du fait qu’elle est  juste un marché pour la production des autres. Il faut savoir que les mesures de la LFC  2009 ont eu des conséquences négatives sur le port maritime de Marseille, dont le trafic de matériel d’occasion est une des composantes essentielles. Près de 45% des activités sont orientées vers l’Algérie. Toutefois, les représentants du Marseille et ceux du MEDEF qui ont tenu des visites en Algérie dernièrement se sont bien dit prêts à se soumettre aux mesures prises par le gouvernement algérien, mais depuis, rien n’est encore prouvé sur le terrain.

Par Nacera Chenafi

 

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Première exigence

Mettre les pendules à l’heure

Des élections se dérouleraient maintenant, et non pas au courant du premier semestre de 2012 comme le veut le calendrier électoral, il est quasi certain qu'elles donneraient lieu à des résultats du même ordre que ceux enregistrés aux législatives de mai 2007.

Ce qui veut dire que le FLN viendrait en tête, assez loin devant le RND, qui lui-même distancerait nettement la troisième formation de ce qu’on appelle, non sans exagération, l’alliance présidentielle, qui, de la sorte, détiendrait une majorité absolue à l’Assemblée. Il en découlerait tout naturellement un gouvernement tripartite dont la composition ne serait pas, à l’exemple  de celui qui est aujourd’hui en fonction, l’exact reflet du poids respectif de ses parties constituantes. C’est ainsi qu’il ne serait pas autrement étonnant que le poste de Premier ministre ne  revienne pas à la formation majoritaire, le FLN, comme il serait logique, mais au RND, comme c’est précisément le cas aujourd’hui. C’est  sur ce point  seul que les pronostics peuvent être démentis par le cours réel des événements.  C’est là la seule inconnue tant de ces élections hypothétiques que de celles qui se tiendront en temps voulu. On sait en effet que le FLN ayant imposé à nouveau sa primauté, ses victoires électorales, immanquablement contestées par le RND, de même d’ailleurs que par les autres partis, continueront d’avoir un goût d’inachevé tant que le président préfèrera choisir comme Premier ministre un membre, toujours le même, du parti rival, le RND, et pas une personnalité issue de ses rangs.

Les similitudes entre les dernières législatives et les prochaines, qu’elles se tiennent en temps et lieu ou non,  ne s’arrêteront sans doute pas là. C’est ainsi qu’il serait surprenant si le FFS y participait et si l’abstention n’atteignait pas un nouveau record.

Enfin, quelque chose ne manquerait pas non plus d’être de la partie du début de la campagne jusqu’à l’annonce des résultats par le ministre de l’Intérieur : la dénonciation de la fraude «massive, «systématique», «généralisée», «scandaleuse», «éhontée»… Le fait est qu’on ne peut savoir à l’avance lequel de ses adjectifs sera le plus en vogue, ni quelle combinaison binaire d’entre eux  prévaudra finalement dans la bouche des dirigeants des partis qui se seront vus attribuer «injustement», «arbitrairement» les petits résultats par l’administration. Il ne fait pourtant pas de doute que comme lors des échéances passées, c’est le RCD qui sera le plus en pointe sur ce terrain-là. D’autant que le FFS, absent, disons par tradition des consultations nationales quelles qu’elles soient, d’être aussi aussi outrageusement volé et laminé.

Voilà donc pour le scénario le plus probable s’agissant des législatives à venir, qu’elles se déroulent en leur temps ou que le président décide de les anticiper. Ce qui le cas échéant passe évidemment par une dissolution,  que rien pour le moment ne laisse supposer, même s’il est arrivé à Louisa Hanoune d’appeler cette éventualité de ses vœux.

On peut se projeter plus loin encore dans l’avenir, et paradoxalement avec plus d’assurance qu’à l’horizon relativement proche de 2012, et dire que toutes choses égales par ailleurs (en clair, si la santé du président ne pose pas problème) un quatrième mandat pour celui-ci semble d’ores et déjà chose acquise. Ce qui est susceptible de nous mener jusqu’à 2019. A cette date, tout le personnel politique, et notamment celui des partis d’opposition (on vieillit plus vite de ce côté-ci de la barricade que de l’autre) aura vieilli d’une dizaine d’années. Il se pourrait bien que pour eux aussi le temps soit alors venu de passer la main, de laisser arriver la jeune garde aux postes de direction. Ce qui aurait le même effet que si leur formation renaissait une deuxième fois. Il faut savoir en effet qu’un parti, ça ne commence vraiment à exister comme une organisation politique digne de ce nom que dans la mesure où il survit à son ou à ses fondateurs. C’est le retrait, volontaire ou involontaire de son ou ses géniteurs, qui achève de le sortir de son enfance, quand évidemment ce départ  ne signe pas sa disparition, ce qui constitue le cas général. Dans cet ordre d’idées, la question de savoir si le FFS n’éclatera pas en plusieurs tendances quand Hocine Aït Ahmed, dont l’âge est pour le moins respectable, se sera trouvé dans l’incapacité physique d’en assumer la direction, se posera dorénavant avec une acuité accrue.

En vue d’une nouvelle période

Ainsi donc, le fait pour chacune des composantes de la classe politique de camper sur ses positions actuelles n’empêchera pas celles-ci de s’éroder avec le temps, à moins d’un complet renversement de tendance, que rien ne laisse présager pour l’heure. Sauf à vouloir mourir de sa belle mort,  sous l’effet des outrages du temps, qui sont déjà assez visibles,  compte tenu de l’âge avancé des partis  toutes tendances confondues, où qu’ils se situent, au pouvoir ou dans l’opposition, tout le monde aurait intérêt à travailler non plus seulement en vue des échéances de court terme, mais dans une perspective un peu plus lointaine, à l’horizon de 2020 par exemple. Ce qui, pour peu qu’on y pense, n’est pas aussi éloigné qu’il y paraît d’abord.

Au vrai, la nouvelle ère est déjà là, même si d’un certain point de vue, qui est en général celui de la classe politique, rien n’a changé et rien n’est en train de changer. C’est que pour les uns, à savoir les partis formant la coalition tripartite, le changement, au sens où ce terme est entendu ordinairement, c’est-à-dire en tant que bouleversement du rapport de forces tel qu’il se présente aujourd’hui,  dont évidemment ils veulent pour rien au monde, n’a de sens que dans la mesure où ils se voient forcés de passer dans l’opposition.  Ce qu’ils ne voient pas du tout venir, ni dans le court ni dans le moyen terme. Au contraire, ils sont assurés dès maintenant de tenir leurs positions aux législatives de 2012, et vraisemblablement au-delà. Et pour les autres, c’est-à-dire pour les partis de l’opposition, le futur ne se présente pas sous les meilleurs auspices, tout au contraire. 

Pourtant nous ne sommes pas dans la même situation que celle qui pendant des années s’est caractérisée par une menace intégriste impossible à sous-estimer. Le paysage politique  actuel  est différent de celui des années 1990, même si, à l’exception du FIS, forcé de quitter la scène dans les conditions que l’on sait, ce sont les mêmes formations qui existent alors et aujourd’hui. Il n’est pas le même parce qu’une classe politique forme système, en ce sens que toutes ses parties constituantes tiennent ensemble, que chacune des organisations dont elle se monnaye doit son identité propre aussi bien à son parcours qu’à la présence des autres aux projets desquelles elle s’inscrit en faux, ou dont elle partage certains aspects pour s’opposer à d’autres.

Dès lors, il est facile de comprendre que la disparition de l’islamisme radical, qui, contrairement à la dissolution du FIS, mesure quant à elle  prononcée une bonne fois pour toutes, s’est étalée dans le temps, constitue un chamboulement de la classe politique. Tout a changé dans celle-ci, et pourtant toutes ses composantes sont encore là, hormis le FIS, dont les  lambeaux, qu’ils soient encore dans les maquis ou qu’ils aient réintégré la société dans le cadre de la politique de Réconciliation, ne se réclament même plus de lui.

Voilà donc un changement  profond dont les premiers intéressés, les partis, au pouvoir ou dans l’opposition, semblent ne pas tenir compte puisqu’ils  tiennent à peu de choses près  les mêmes positions que par le passé alors même que le champ de bataille aussi bien que le conflit ont changé de nature.

Les partis sont un peu comme des personnages dans une pièce de théâtre. Etant tous impliqués dans un même drame, le rôle et le destin de chacun est tributaire de celui des autres. Chaque fois que l’un deux évolue dans l’espace  où ils sont affectés à une place et  d’un poids différent, c’est l’ensemble qui se reconfigure. A plus forte raison si le plus important d’entre eux à un certain moment  est exclu de la scène pour ne plus y revenir. Ainsi en a-t-il été du FIS, la seule formation qui depuis 1954 a pris le dessus, et nettement, sur le FLN. Il est impossible d’ignorer la  sortie, dans la réalité toutefois elle ne s’est pas  faite d’un coup, du principal protagoniste du drame épouvantable qui alors se jouait.

Une histoire non écrite d’avance

Le paysage politique d’aujourd’hui ne peut être le même que celui qui avait pris forme dans la foulée de l’explosion d’octobre 1988, même si la classe politique est restée dans une large mesure inchangée d’une période à l’autre. Les qualités, comme les défauts, qu’il faut avoir dans la première pour mener sa barque à travers les écueils, pourraient s’avérer un handicap aujourd’hui. Ce que l’opinion attendait d’un parti dans la première diffère de ce qu’elle en attend dans la seconde, dont nous avons déjà dit qu’elle a commencé d’une certaine façon, encore qu’elle ne puisse  se cristalliser vraiment que lorsque la phase de transition que nous vivons se sera close avec la fin de la présidence de Bouteflika,  que celle-ci survienne au bout du mandat courant ou du suivant, plus vraisemblablement d’ailleurs au terme de celui-ci que de celui-là.

Et dans la période dans laquelle nous sommes déjà entrés, un parti, ou plus exactement un courant, une mouvance au pouvoir conserve un avantage par rapport à ceux qui se sont toujours situés à l’extérieur de ce dernier. Cet avantage ne tient d’ailleurs pas à ceci que justement ce courant est en possession des rênes du pouvoir (car le pouvoir  n’est  pas seulement une chose, une sorte de matérialité, mais un rapport à la société), mais dans le fait qu’il représente un ordre ; qui plus est, un ordre connu, vécu, un ordre  qui donc, indépendamment de ce qu’il est intrinsèquement, a fait ses preuves.

Cet aspect n’a rien à voir avec la question de légitimité, mais renvoie  plutôt à une espèce de bon sens et de pragmatisme dont une société ne se déprend tout à fait que dans les périodes révolutionnaires, ou face à des régimes franchement répressifs, ce qui n’est pas le cas du régime algérien, reconnaissons-le. Une société qui n’est pas entraînée dans un mouvement révolutionnaire préférera toujours un ordre en quelque sorte garanti à un désordre seulement possible. Il ne suffit donc pas de se bombarder opposition pour être considéré comme une alternative crédible au pouvoir en place aux yeux de la majorité du peuple. De plus, il n’existe pas de règles permettant de passer d’un statut à l’autre, auxquelles il suffirait de se conformer pour ce faire. Dans une large mesure c’est la marche des événements, c’est l’histoire elle-même, ce procès sans sujet comme disent certains, qui retient le bon grain et rejette l’ivraie. Mais il est toutefois des signes qui ne trompent pas, qui, sans doute ne disent pas qui va réussir l’examen de passage, et qui ne surmontera jamais cet obstacle, mais qui a des chances d’obtenir un jour la reconnaissance de l’opinion pour la véracité de sa vocation et qui n’est là qu’à des fins de tromperie. Car un parti, c’est avant tout une affaire de vocation ; ou bien elle est réelle, ou bien elle est seulement feinte. Tout indique qu’elle est réelle chez un parti qui accepte son statut de minoritaire des années durant sans autre viatique, ou réconfort, que la solidité de ses convictions et la force de son envie de servir ses compatriotes, sans certitude d’être un jour majoritaire et de se trouver donc à même d’appliquer son programme, de concrétiser son projet politique. Car il est beaucoup d’appelés mais peu d’élus. Il est tant de vocations proclamées qui en réalité sont creuses, des contrefaçons plus ou moins réussies. La moindre des choses pour un parti d’opposition, c’est d’être porteur d’un programme alternatif à celui que le pouvoir en place  est occupé à réaliser. Sinon que ferait -il donc au pouvoir si par hasard il y accédait ? Aurait-il l’intention de faire dans le fond la même chose que le gouvernement actuel, qui lui-même a continué le travail entamé par celui qui l’a précédé, et ainsi de suite, car le programme d’un parti ce n’est pas seulement un catalogue d’actions qu’il mettrait en œuvre dès qu’il prendrait le pouvoir, c’est aussi une vision de la société à un moment donné de son histoire. Les libéraux de l’opposition ne feraient rien d’autre que ce que font les libéraux pour le moment au pouvoir. C’est qu’il n’y a pas deux façons mais seulement une d’être libéral dans une période historique donnée. Le programme d’un parti c’est une ambition pour la société fondée sur une analyse de fond.

Par Mohamed Habili

 

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Un mois après la tenue de la tripartite

Le monde du travail en ébullition

Les grèves annoncées et les actions de protestation initiées jusque-là sont loin de constituer un signe avant-coureur de paix sociale. Bien au contraire, elles démontrent le manque d'impact de la tripartite.

Malgré une actualité sportive prenante, les contestations sociales sont toujours au menu. Les mouvements de grèves se succèdent en effet au fil des jours et le malaise que connaît le monde du travail n’a pas épargné, en ce début d’année 2010, les deux grands pôles industriels, que sont la Société nationale des véhicules industriels (SNVI) et le Complexe Arcelor Mittal (ex-Sider).

Aujourd’hui, ce sont les syndicats des secteurs de l’éducation nationale et de la santé qui grondent, après l’échec des négociations entamées avec la tutelle ou parce qu’ils se retrouvent devant l’impasse de leur mouvement de débrayage.  C’est particulièrement le cas des praticiens et praticiens spécialistes de la santé publique qui ont récemment décidé de durcir leur protesta. Après une grève de 5 semaines pour les praticiens généralistes et de 4 semaines pour les praticiens spécialistes, ils comptent à présent investir la rue, en raison de «la politique de la sourde oreille empruntée par la tutelle».

En fait, les praticiens généralistes et spécialistes de la santé publique ont appelé à l’organisation de 4 «marches de la colère», dont la première débutera ce mercredi 3 février et se dirigera vers le ministère de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière.

Cette action sera suivie par 3 autres marches, dont la dernière mènera les blouses blanches, le mercredi 24 février, vers la présidence de la République. Selon les porte-parole des syndicats, ces actions seront appuyées par la mobilisation des praticiens généralistes et spécialistes de la santé publique des autres wilayas, en particulier Oran, Annaba, Constantine et Ouargla.

Toujours selon la même source, l’Assemblée populaire nationale (APN) ou plus précisément sa commission de la santé a réaffirmé «la légitimité» de leurs revendications et s’est engagée à «agir rapidement pour interpeller la tutelle, ainsi que le Premier ministre par le biais du président de l’APN», en vue du règlement des problèmes.

A cela, il faut ajouter les derniers rapports 2008-2009 de la Commission nationale consultative de promotion et de protection des droits de l’Homme (CNCPPDH), qui viennent confirmer l’état inquiétant des établissements publics hospitaliers, la condition du personnel médical et surtout les «conditions lamentables» dans lesquelles exercent les médecins.

Une colère sociale toujours présente

Le front social est en ébullition. Plusieurs syndicats ont choisi la période précédant la tenue de la tripartite pour réitérer leurs revendications et renouveler leurs mots d’ordre de grève. Les grèves annoncées et les actions de protestation engagées jusque-là sont loin de constituer un signe avant-coureur de paix sociale. Bien au contraire, elles démontrent l’échec de la  dernière tripartite (gouvernement, patronat, UGTA) dans l’absorption de la colère sociale. En d’autres termes, l’augmentation du  salaire minimum garanti (SNMG) de 3 000 dinars et son relèvement de 12 000  à 15 000 dinars n’a pas apaisé les esprits. Le recours à la grève par les travailleurs, représentés aussi bien par l’UGTA ou les autres syndicats dits autonomes, pour revendiquer principalement un salaire décent, relance le débat sur la composante actuelle de la tripartite, ainsi que sur la nécessité d’élaborer un régime salarial, à même de réduire les disparités existantes et surtout de répondre à la problématique de mérite et de reconnaissance des compétences et d’un travail bien fait. Cela doit impliquer évidemment la conciliation entre le niveau des salaires et le pouvoir d’achat.

Interrogé dernièrement sur la question de l’augmentation des salaires qui secoue le monde du travail, le Premier ministre Ahmed Ouyahia a soutenu que l’Etat travaillait pour améliorer le pouvoir d’achat par les salaires, les subventions et les prêts au logement à faibles taux d’intérêt. Or, sur le terrain, les travailleurs salariés et leurs familles sont confrontés à une flambée des prix inimaginable, qui touche même les produits de base. Il aurait fallu que le SNMG soit situé entre 35 000 et 38 000 DA, pour arriver au régime salarial préconisé par les syndicats autonomes. Mais, un tel cas de figure est-il réaliste actuellement, avec une économie dépendante du prix du brut de pétrole et un secteur informel qui dicte ses lois ? Par ailleurs, le caractère «rentier» de l’économie nationale, pour reprendre les termes des observateurs avertis, vient compliquer les choses. Cela veut dire que les revenus engendrés par les hydrocarbures vont subventionner les hausses de salaires et les autres besoins urgents, tout en continuant à fausser les calculs, liés à la fois au niveau des salaires et à la productivité/croissance économique. Pourtant, la situation de malaise social, renforcée par les incertitudes entourant les coûts des hydrocarbures (pétrole et gaz), ainsi que les carences en matière de gestion moderne et d’anticipation, nous renvoie, encore une fois, à nous interroger sur les raisons de l’existence de la tripartite, qui marginalise d’autres partenaires souvent représentatifs de leur base.

Soucis des uns, préoccupations des autres…

En plus clair, le dialogue lancé dans ce cadre censé apporter des réponses concrètes à la crise, sinon susciter la mobilisation et l’émergence d’une nouvelle dynamique nationale, semble être déconnecté des réalités de l’économie algérienne et du monde du travail. Aussi, ce cadre de concertation est devenu de plus en plus une formalité, appuyant des décisions prises en haut lieu, concernant la revalorisation des salaires, au détriment d’autres questions de fond. Après cela, il ne faut pas s’étonner de la montée au créneau du front social… Et, dans ce contexte de revendications salariales et pour l’amélioration des conditions de vie et de travail, le ministre des Moudjahidine, Mohamed-Chérif Abbas, a annoncé l’augmentation des pensions des anciens combattants. Une augmentation qui, selon lui, sera conséquente (25% du montant perçu actuellement) et qui prendra effet à compter du 1er janvier 2010, conformément aux orientations du chef de l’Etat pour «garantir une vie digne» à la catégorie des moudjahidine, des veuves de chouhada, des ayants droit et des invalides de guerre, et pour «l’amélioration des prestations offertes à tous les niveaux». Ce n’est pas la hausse des pensions des combattants de la guerre de Libération nationale qui semble poser problème, car  la majorité d’entre eux sont loin de vivre dans l’aisance, qui serait réservée à une petite minorité. Mais, là n’est pas la question, parce que l’Algérie indépendante restera redevable au droit à une vie descente et digne de cette catégorie. Seulement, dans les conditions actuelles de tension liée à la question salariale, l’opinion publique en général et le monde du travail en particulier, risquent d’y voir une politique de deux poids deux mesures du gouvernement. Après que celui-ci, sous l’argument de l’austérité, a fait savoir que l’Etat ne peut pas satisfaire les revendications salariales des travailleurs, laissant ainsi entendre que les actions de protestation ne changeront rien à sa décision. Même si l’augmentation des pensions des moudjahidine était prévisible, d’aucuns voient déjà, dans le moment choisi pour l’annoncer, une certaine «provocation devant l’insignifiant et humiliant Smig». En revanche, d’autres estiment que la sortie de Chérif Abbas ne fait que confirmer un constat connu de tous, à savoir que «les préoccupations des pouvoirs publics sont ailleurs».

Par Z’hor Chérief

 

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Sommet de la Ligue arabe

Une force militaire commune ?

Plusieurs agences de presse arabes ont rapporté que le secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, compte soumettre au Sommet de Tripoli, en mars prochain, la proposition de création d'une force arabe commune de maintien de la paix.

La vision de Amr Moussa, son exposé des motifs en quelque sorte pour la création d’une force arabe de maintien de la paix ne sont pas encore précisées. Mais selon les mêmes sources, le projet en question est contenu dans un document qui laisse ouvertes plusieurs options relatives à la structure et au fonctionnement de cette force militaire commune. Une force dont la mission serait, aux dires de sources au niveau de la Ligue arabe des missions de préservation de la paix et un rôle d’interposition dans les situations de conflit que connaît le monde arabe. Les statuts de la Ligue arabe le permettent et la gestion d’une telle force serait, en toute logique, du ressort du Conseil arabe de la sécurité et de la paix.

A ce stade, des informations parlent de la probabilité de la constitution d’un groupe de travail, formé de représentants de huit pays arabes, afin d’affiner le document final devant être examiné en dernier ressort par les chefs d’Etats arabes. Il est difficile, a priori, de dire si la proposition de Amr Moussa sera adoptée ou ajournée.

Parce que limité à un concept flou, le projet d’une force de maintien de la paix n’a pas encore suscité de réaction officielle de la part des Etats arabes, et notamment de la part de ceux les mieux placés pour fournir des moyens humains et matériels pour la naissance de cette force arabe commune qui, à coup sûr, sera la première du genre.

Les armées arabes ont déjà eu, par le passé, à composer leurs forces dans la longue et sombre histoire des guerres arabo-israéliennes, comme en 1948, en 1967, puis en 1973. Rien de tel aujourd’hui, cependant, car il n’est pas question, ni dans le discours, et certainement pas dans l’intention, de lever une armée vouée à libérer la Palestine et à en chasser l’occupant sioniste.

Le terme même de «force arabe de maintien de la paix», emprunté par Amr Moussa, souligne à lui seul la vocation de cette force qui, d’abord, ne devrait pas étendre son champ d’action en dehors des limites territoriales de ses 22 membres, et ensuite se consacrer uniquement à des actions de maintien de la paix, c’est-à-dire à agir comme une force d’interposition entre deux ou plusieurs forces en conflit et s’interdire, par-là, de se poser en protagoniste

Autre rappel nécessaire, ce n’est pas la première fois que l’idée d’une force militaire arabe commune est posée dans le cadre de la Ligue arabe, mais jamais une proposition claire n’a bénéficié de l’impulsion de son secrétaire général, et surtout pas pour être introduite dans l’ordre du jour d’un Sommet de la Ligue arabe. Sous diverses formules, divers chefs d’Etat arabes ont, au fil des sommets, proposé l’envoi d’une force arabe commune, généralement pour des crises majeures. Ce fut le cas, entre autres, pour la guerre civile au Liban (dès 1975), pour l’annexion du Koweït par l’Irak (1990), du conflit du Darfour (2003), lors desquels l’idée de l’envoi d’une force commune devait permettre d’éviter les ingérences de forces extra-régionales. Mais faute de consensus sur l’analyse et, parfois aussi, sur les intérêts des uns et des autres d’entre les Etats, aucune option pour une telle force n’a jamais émergé. Dans les faits, seuls quelques pays arabes ont eu à envoyer des troupes, mais uniquement sous la bannière bleue de l’ONU et le plus souvent en terre africaine.

En attendant de voir quelle évolution connaîtra le projet inédit que soumettra Amr Moussa aux dirigeants arabes, beaucoup d’interrogations s’élèvent, compte tenu de la situation dans plusieurs pays arabes, la nature des conflits et la nécessité, alors, d’une force d’interposition, ainsi que du degré de cohésion interne à la Ligue arabe. A cela, s’ajoute le regard que peut porter la communauté internationale et, dans un second degré, l’Iran.

Il se trouve, justement, que le monde arabe est une zone riche en conflits internes. Qu’il s’agisse du Soudan (crise du Darfour), de la Somalie (en guerre civile et avec un gouvernement sous la menace de la puissante guérilla islamiste) et du Yémen (avec ses séparatistes au Sud et la rébellion houtie au Nord). Dans cette optique, l’Irak au bord de la guerre interconfessionnelle et le Liban sont des cas à part, car ils relèvent de situations en voie de résolution par les gouvernements internes, malgré la précarité de la situation politique et la présence de forces étrangères (Etats-Unis en Irak et force européenne d’interposition au Sud pour le Liban).

L’essentiel est que dans les pays cités plus haut, la situation a connu une dégradation telle que leur dossier est une préoccupation constante de la communauté internationale. Le Soudan, dont le président, Omar El Bechir, est sous le coup d’un mandat d’arrêt international, est pratiquement sous embargo international, et son armée considérée comme protagoniste peut difficilement jouer le rempart de la réconciliation nationale. En Somalie, l’absence d’une armée régulière suffisamment puissante prive le gouvernement de la moindre initiative politique et le contraint à subir le chantage de ses voisins et la pression de la rébellion islamiste. De même, le Yémen, complètement marginalisé par ses riches voisins du Golfe, se réveille sur la menace d’une intervention étrangère qui ne doit son report que par peur de voir fondre sur ce pays toutes les organisations pro-Al Qaïda de la région.

A bien étudier la question, il n’y a, en fait, qu’au Darfour qu’une force arabe commune pourrait avoir une quelconque efficacité, et pourrait jouer un rôle qui soit celui de l’interposition. Débarquerait-elle en Somalie ou au Yémen, qu’elle serait prise pour cible et impliqué dans une guerre que même les forces de l’Otan n’osent pas. Ne parlons pas du désir de certains pays arabes de lancer au large de la mer Rouge une force de dissuasion de la piraterie qui y règne…

En dehors de la complexité de savoir à quoi peut bien servir une force arabe de maintien de la paix, il serait intéressant de savoir, aujourd’hui, lesquelles d’entre les armées arabes, peu réputées pour leur modernité, sont à même de servir efficacement de pourvoyeur à une force arabe commune. Un débat de spécialistes et d’experts, il faut le dire, parmi ceux qui, en outre, ont l’avantage d’être dans le secret de tels dossiers.

Enfin, se pose le problème du schisme au sein de la Ligue arabe, entre ce qu’on appelle «les modérés» et «le front du refus», ceux qui se retrouvent dans la reconnaissance d’Israël, voire insistent sur l’initiative de paix, et les autres, ceux qui disent ne reconnaître Israël qu’au lendemain de la création de l’Etat palestinien, avec Al Quds pour capitale et le retour des réfugiés.

D’un bord à l’autre, les priorités dans les menaces qui pèsent sur le monde arabe ne sont pas les mêmes. Cela est notable aussi s’agissant du dossier iranien, avec les tensions que cela soulève dans le Golfe arabe (ou persique, c’est selon).

Par-delà ces considérations, il ne faut pas perdre de vue que le principe même d’une force arabe commune, quand bien même son appellation serait attelée à celle du «maintien de la paix», ne serait pas entrevue sans méfiance de la part de l’Occident et, pour être plus précis, du principal allié d’Israël, les Etats-Unis.

Le blocage du processus de paix par un gouvernement israélien intransigeant voit toutes les factions, y compris le Fatah, se radicaliser. Et le blocus de Ghaza ne cesse d’exacerber la position du Hamas, du Hezbollah et de l’Iran. Pour sûr, les risques de tensions vont s’élevant, et c’est pourquoi on parle depuis quelque temps d’une nouvelle et vaste offensive israélienne dans ses frontières immédiates. Sous la forme d’une incursion à Ghaza ou d’une autre agression du Liban, un nouveau conflit, de quelque étendue que ce soit, ne relèvera pas d’une même équation en cas d’existence d’une force arabe commune, mobilisable à tout moment.

Enfin, il va sans dire que la création d’une force d’interposition (avec, encore une fois, un siège en Egypte ?), sera à coup sûr un facteur supplémentaire des tensions entre les pays arabes et l’Iran. Avec la différence, cette fois, que Téhéran ne verra plus de différence entre ses adversaires et ses amis régionaux.

Par Nabil Benali

 

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Des lois et des débats sur un voile qui n’a rien révélé des menaces qu’il suppose

Qu’est-ce qui se cache derrière la burqa ?

La burqa(1), sujet de toutes les polémiques en France n'est malheureusement pas en train de lever le voile (les jeux de mots faciles sont irrépressibles) sur un débat beaucoup plus profond et plus utile. S'il était réellement mené, il permettrait de comprendre que l'Islam et les Musulmans sont au centre d'une extraordinaire guerre de leadership dont le voile n'est qu'un des éléments apparents. Les effets de cette même guerre, c'est ce que nous avons vécu en Algérie, un pays foncièrement musulman, qui a vu des coreligionnaires s'entretuer pour des conceptions diamétralement opposées d'une même foi.

C’est difficile. On ne veut pas du niqab en France, mais instaurer une loi pour l’interdire dans l’espace public est difficile. On évoque les risques de «cafouillage dans la mise en œuvre» et éventuellement une possible censure au nom des libertés publiques. Le calcul politique a donné lieu à une démarche particulièrement prudente des députés français de la droite majoritaire. Ils laissent le soin au président de l’Assemblée de soumettre le projet de loi au  Conseil d’Etat pour avis. Car plus que tout, ce qui est craint, ce serait une censure qui donnerait la victoire aux tenants de l’intégrisme.

Intégrisme, le mot est lâché, pourtant dans le débat qui a secoué la classe politique française, on a eu du mal à l’entendre, ce satané mot. C’est peut -être ânonner une évidence, mais le niqab en tant qu’effet vestimentaire ne vaut rien sans le symbole qu’il véhicule. Et puisqu’on y est dans le langage  des symboles, on tend aujourd’hui à faire voter «si possible à l’unanimité» par l’Assemblée et le Sénat, une déclaration qui condamne  «solennellement» le port du voile intégral en France. Politiquement, on insiste pour dire au sein de l’UMP (parti de droite mais également parti du président français Nicolas Sarkozy) que cette pratique est «contraire aux principes fondamentaux de notre identité nationale, au premier rang desquels l’égale dignité homme-femme et l’existence d’un espace public de dialogue (…). Il est important que ce soit la République dans son ensemble qui dise non à la burqa», souligne une députée.

Burqa, niqab, voile intégral, masque de Zorro, le problème serait presque le même si tant est que seule l’identification des individus est en jeu.

Mais la droite française n’est pas la première à avoir posé le problème du niqab.

Nul niqab en religion

En Egypte, c’est le conseil supérieur d’Al Azhar, institution religieuse de référence mais qui a aussi ses bourdes (2) qui est allée interdire le port du niqab dans l’enceinte de l’université. Certes, ce qui était interdit, c’est le port du voile lorsque des femmes étaient entre elles, car cela induisait un comportement extrémiste que l’Islam rejette. Il a fallu que le tribunal administratif du Caire déclare la décision inapplicable. C’est finalement le droit positif qui permet le port du niqab contre l’avis religieux.

La décision du conseil supérieur d’Al Azhar était venue suite à la demande du recteur de l’Université à une  adolescente de 13 ans de retirer son voile en présence de femmes et de filles comme elles, tout en indiquant que le niqab n’a rien d’une obligation, mais qu’il s’agit d’une tradition. La même tradition qui fait qu’au Yémen ou en Arabie saoudite, les femmes sont voilées intégralement alors qu’elles ne le sont pas ailleurs. Imaginons donc des femmes yéménites ou plus encore saoudiennes en visite à Paris en tant que riches touristes. Seraient-elles soumises à la loi sur la burqa ?

Il reste que cette tradition est aujourd’hui véhiculée par les porteurs de l’idéologie la plus extrême en Islam. Au bout du compte, c’est bien cette frange qui est visée, mais rien ne le dit dans les textes officiels occidentaux si ce n’est que ces mêmes textes ne font que stigmatiser l’ensemble des musulmans et musulmanes dès lors que c’est le seul effet de l’action psychologique et d’encadrement politique des extrémistes qui est pointé du doigt.

A Drancy, près de Paris, Hassen Chelghoumi, imam, s’est  dit menacé de mort et a dû quitter sa mosquée vendredi sous les invectives et les insultes de centaines de fidèles. Hassan Chelghoumi est hostile à la burqa, enfin au niqab.  Hassen Chalghoumi, en évoquant ses propos sur la burqa et son accord avec la loi interdisant cette pratique, accuse la presse d’avoir déformé ses propos. Selon des fidèles du lieu, on voulait  demander à Chelghoumi de ne pas s’exprimer au nom des musulmans de Drancy, car tous n’ont pas la même opinion sur le port du niqab. On le comprend bien, les politiques français se sont apparemment occupés d’un débat sur la pratique religieuse sans le savoir.

Des savants de la foi se sont exprimés également pour dire que les musulmanes de France et d’Occident en général devraient éviter de porter ce niqab, d’autant qu’il n’est pas une obligation.

Elles éviteraient ainsi toute atteinte à leur intégrité ou tous risques de gêne dans leur vie quotidienne et éventuellement des poursuites judiciaires. Le Dr Mohamed Aboulila, enseignant de langue anglaise à l’université d’Al Azhar, a  indiqué que la question du voile  pourrait dans le même temps être un préalable à d’autres lois contraignantes pour les musulmans en Occident.

Accorder les violons

D’autres musulmans occidentaux, à l’exemple du Congrès musulman canadien (CMC), soutiennent l’interdiction du voile intégral islamique dans les endroits publics.

Pour le Congrès musulman canadien, le multiculturalisme canadien va trop loin,  permettant les traditions islamiques extrêmes d’autant que le CMC avait appelé en octobre pour que le gouvernement canadien interdise la burqa.

Dans le discours canadien, les propos sont plus clairs. La porte-parole du CMC, Farzana Hassan a indiqué  qu’on ne peut justifier l’oppression des femmes au nom du multiculturalisme tout en estimant qu’un interdit comme celui envisagé par la France est nécessaire au Canada, puisque  le terrorisme est devenu une menace réelle. Terrorisme et burqa, même combat, serait-on tenté de dire. Mais le pragmatisme nord-américain ne laissera pas passer une loi d’interdiction de la burqa.

Il reste que la France n’a rien inventé. Le gouvernement danois a décidé ce 28 janvier de limiter l’usage de la burqa et du niqab dans les lieux publics. Il n’y a pas d’interdit  mais les institutions publiques sont encouragées à tout faire pour en limiter l’utilisation et à appliquer strictement les règles existantes. Les Danois pensent à une loi pour punir jusqu’à quatre ans de prison les personnes qui imposeraient  le port de la burqa et du niqab. Il reste que les statistiques sont tout à fait éloquentes à ce sujet. On estime à trois (bien lire 3) le nombre de femmes qui porteraient la burqa et de 150 à 200 le niqab. Au moins un tiers sont des Danoises converties à l’islam. Le nombre de voilées intégrales n’est pas non plus très important en France, mais combien sont les gourous de l’extrémisme islamiste ? Cela, personne en veut le dire.

A. E.

 

1- Il s’agit d’une transcription d’un terme arabe qui fausse le terme original puisqu’il s’agait de bourqou’ qui est le voile intégral que portent les femmes en Afghanistan. La voilette qui masque le visage et laisse voir les yeux, c’est le niqab.

 

2- Al Azhar, par une fatwa (avis religieux) récente, a légitimé la construction par le gouvernement égyptien d’un mur métallique séparant l’Égypte de Ghaza, interdisant le creusement des tunnels et ce, à la demande d’Israël. C’est toujours Al Azhar qui a demandé l’abattage de toutes les chèvres parce que leur sexe est apparent et qu’il ressemble à celui d’une femme. Enfin, le Dr Ezzat Attiya vient d’être réintégré au sein de l’université après en avoir été licencié. C’est ce même docteur de la foi qui  avait émis une fetwa en 2007 approuvant l’allaitement symbolique d’hommes adultes par leur collègues femmes lorsqu’ils travaillent dans le même bureau. 

Par Amine Esseghir

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