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Relations
algéro-françaises
L’éternel
désaccord
A la veille de la
visite du ministre des Affaires étrangères français, Bernard
Kouchner, en Algérie, Paris accumule les provocations avec
l'inscription de l'Algérie dans la liste des pays à risque dont les
ressortissants seront soumis à des mesures de vérifications
spécifiques au niveau des aéroports.
Alger n’a pas
caché sa colère face à cette attitude de Paris à travers la
convocation de l’ambassadeur français à Alger par le ministère des
Affaires étrangères le 5 décembre dernier et depuis, Paris a choisi
le silence au moment ou les Etats-Unis qui avaient aussi inscrit
l’Algérie dans la liste noire, ont au moins essayé de comprendre la
protestation et le refus de l’Algérie de cette décision à travers
l’appel téléphonique de la secrétaire d’Etat américaine chargée des
affaires étrangères Hillary Clinton qui a téléphoné à son homologue
algérien. Mme Clinton a aussi dépêché Janet Anderson qui a eu des
entretiens avec les responsables algériens et a laissé entendre
qu’il y a une possibilité de réviser la liste noire.
Cependant, Paris
continue de tourner le dos à Alger sur cette question de la liste
noire au moment où Alger a continué d’exprimer sa protestation.
Dans ce cadre,
l’ambassadeur d’Algérie en France a été reçu la semaine dernière à
sa demande par le secrétaire général du ministère français des
Affaires étrangères et européennes, Pierre Sellal.
Dans un communiqué
du ministère des Affaires étrangères rendu public jeudi dernier, il
a été indiqué que «l’entretien a porté sur la décision du
gouvernement français d’inscrire l’Algérie sur une liste de pays
dits à risque induisant un renforcement du contrôle des passagers en
provenance des aéroports algériens».
L’ambassadeur
d’Algérie a souligné «le caractère discriminatoire de cette mesure
intervenue unilatéralement sans consultation ni information
préalable de la partie algérienne».
Dans ce contexte,
il n’a pas manqué de réitérer la position déjà exprimée par notre
pays à l’intention des autorités françaises sur le caractère
inopportun et injustifié de cette mesure qui porte préjudice aux
relations algéro-françaises.
La visite de
Kouchner «juste reportée»
En essayant de
calmer le jeu, le ministère français des Affaires étrangères a
précisé le week-end dernier que les mesures sécuritaires prises ne
sont pas adressées contre les Algériens, annonçant que la visite de
Bernard Kouchner est toujours au programme et que sa date sera fixée
plus tard.
Dans une
conférence de presse tenue par Bernard Vallero, porte-parole du MAE
français, tenue mercredi dernier, il a déclaré que les mesures
sécuritaires qu’a décidées la France au niveau de ses aéroports ne
sont pas destinées contre un peuple ou des ressortissants d’un pays
spécialement.
Interrogé sur la
crise entre l’Algérie et la France à cause de la fameuse liste
noire, il a indiqué que Bernard Kouchner et son homologue algérien,
Mourad Medelci, sont toujours en contact sur cette question et
également autour des différentes questions algéro-francaises.
Il faut dire que
les dossiers qui fâchent entre les deux pays ne manquent pas et
portent notamment sur l’indemnisation des victimes des essais
nucléaires français dans le Sahara, en plus de l’attitude négative
des entreprises françaises dans notre pays. Dans ce cadre, le chef
de la diplomatie algérienne, Mourad Medelci, avait déclaré lors
d’une émission de Canal Algérie : «Beaucoup de questions liées
notamment à l’investissement français en Algérie et les essais
nucléaires français dans le Sahara algérien font l’objet de groupes
de travail conjoints, espérant que ces groupes de travail puissent
réaliser des avancées avant la visite du ministre français des
Affaires étrangères, Bernard Kouchner à Alger dans les semaines à
venir». Ainsi, même si Medelci tient à chaque fois à préciser qu’il
y a toujours des relations entre les deux pays et qu’il n’y a ni
divorce ni refroidissement, on peut dire que ces relations ne sont
pas chaleureuses.
Paris parle
d’une fondation à la mémoire de la guerre d’Algérie
Par ailleurs, dans
une interview à l’hebdomadaire l’Express à paraître jeudi, rapporté
par le site «tout sur l’Algérie», le secrétaire d’Etat français à la
Défense et aux anciens combattants Hubert Falco annonce la création
en juin d’une fondation à la mémoire de la guerre d’Algérie présidée
par l’ancien PDG d’AXA Claude Bébéar.
Dans ce cadre, il
a souligné : «Cette fondation était prévue par la loi du 23 février
2005 portant reconnaissance de la nation et contribution nationale
en faveur des rapatriés». Il annonce que «le gouvernement vient de
valider les statuts qui vont être transmis au Conseil d’Etat» et que
la fondation sera «opérationnelle en juin».
Selon M. Falco, la
fondation «ne sera pas chargée d’écrire, encore moins de réécrire
l’histoire de la guerre d’Algérie». Ladite fondation aura la mission
«de collecter, d’authentifier, de conserver, de mettre à disposition
des historiens mais aussi des enseignants, des jeunes, du grand
public, tous les témoignages, ouvrages, documents sur ce conflit » .
Il a ajouté : «Elle devra le faire avec rigueur et objectivité, sans
rien occulter des événements, ni de la façon dont tous les
protagonistes les ont vécus». D’après ce responsable, «l’apaisement
passe par la mémoire et la vérité, non par le silence ou l’oubli».
Une nouvelle
provocation de la part de la France au moment où l’Assemblée
populaire algérienne s’apprête à avaliser un projet de loi relatif à
l’incrimination de la période coloniale française en Algérie. Ce
projet de loi proposé par le groupe parlementaire du FLN a été
examiné la semaine dernière par le bureau de l’APN qui l’a renvoyé
pour plus de conformité avec les lois afin de le présenter à
l’Assemblée.
En dehors des
questions liées à l’histoire, les intérêts économiques deviennent
l’enjeu classé numéro «un», surtout avec les mesures prises par le
gouvernement algérien dans le cadre de la loi de finances
complémentaire 2009, entrée en vigueur le 26 juillet dernier,
notamment les dispositions liées à la réduction de la facture des
importations qui pénalisent la balance des paiements de l’Algérie.
D’ailleurs, Mourad
Medelci avait déclaré qu’entre l’Algérie et la France, il s’agit
de relations d’intérêts avant d’expliquer : «Nous avons des intérêts
économiques dans différents domaines avec la France et il y a aussi
notre communauté qui a besoin d’améliorer encore plus les conditions
d’existence qui sont siennes dans ce pays».
Il faut rappeler
que la France est le premier partenaire de l’Algérie en matière
d’échanges, notamment les importations. Toutefois, jusqu’à présent,
les opérations des entreprises françaises en Algérie restent
limitées au commercial, c’est-à-dire vendre la marchandise
française. Le gouvernement algérien a décidé de mettre de l’ordre
dans l’investissement étranger en l’orientant vers des secteurs dont
l’Algérie a besoin et sortir du fait qu’elle est juste un marché
pour la production des autres. Il faut savoir que les mesures de la
LFC 2009 ont eu des conséquences négatives sur le port maritime de
Marseille, dont le trafic de matériel d’occasion est une des
composantes essentielles. Près de 45% des activités sont orientées
vers l’Algérie. Toutefois, les représentants du Marseille et ceux du
MEDEF qui ont tenu des visites en Algérie dernièrement se sont bien
dit prêts à se soumettre aux mesures prises par le gouvernement
algérien, mais depuis, rien n’est encore prouvé sur le terrain.
Par Nacera
Chenafi
Haut
Première exigence
Mettre les
pendules à l’heure
Des élections se
dérouleraient maintenant, et non pas au courant du premier semestre
de 2012 comme le veut le calendrier électoral, il est quasi certain
qu'elles donneraient lieu à des résultats du même ordre que ceux
enregistrés aux législatives de mai 2007.
Ce qui veut dire
que le FLN viendrait en tête, assez loin devant le RND, qui lui-même
distancerait nettement la troisième formation de ce qu’on appelle,
non sans exagération, l’alliance présidentielle, qui, de la sorte,
détiendrait une majorité absolue à l’Assemblée. Il en découlerait
tout naturellement un gouvernement tripartite dont la composition ne
serait pas, à l’exemple de celui qui est aujourd’hui en fonction,
l’exact reflet du poids respectif de ses parties constituantes.
C’est ainsi qu’il ne serait pas autrement étonnant que le poste de
Premier ministre ne revienne pas à la formation majoritaire, le
FLN, comme il serait logique, mais au RND, comme c’est précisément
le cas aujourd’hui. C’est sur ce point seul que les pronostics
peuvent être démentis par le cours réel des événements. C’est là la
seule inconnue tant de ces élections hypothétiques que de celles qui
se tiendront en temps voulu. On sait en effet que le FLN ayant
imposé à nouveau sa primauté, ses victoires électorales,
immanquablement contestées par le RND, de même d’ailleurs que par
les autres partis, continueront d’avoir un goût d’inachevé tant que
le président préfèrera choisir comme Premier ministre un membre,
toujours le même, du parti rival, le RND, et pas une personnalité
issue de ses rangs.
Les similitudes
entre les dernières législatives et les prochaines, qu’elles se
tiennent en temps et lieu ou non, ne s’arrêteront sans doute pas
là. C’est ainsi qu’il serait surprenant si le FFS y participait et
si l’abstention n’atteignait pas un nouveau record.
Enfin, quelque
chose ne manquerait pas non plus d’être de la partie du début de la
campagne jusqu’à l’annonce des résultats par le ministre de
l’Intérieur : la dénonciation de la fraude «massive, «systématique»,
«généralisée», «scandaleuse», «éhontée»… Le fait est qu’on ne peut
savoir à l’avance lequel de ses adjectifs sera le plus en vogue, ni
quelle combinaison binaire d’entre eux prévaudra finalement dans la
bouche des dirigeants des partis qui se seront vus attribuer
«injustement», «arbitrairement» les petits résultats par
l’administration. Il ne fait pourtant pas de doute que comme lors
des échéances passées, c’est le RCD qui sera le plus en pointe sur
ce terrain-là. D’autant que le FFS, absent, disons par tradition des
consultations nationales quelles qu’elles soient, d’être aussi aussi
outrageusement volé et laminé.
Voilà donc pour le
scénario le plus probable s’agissant des législatives à venir,
qu’elles se déroulent en leur temps ou que le président décide de
les anticiper. Ce qui le cas échéant passe évidemment par une
dissolution, que rien pour le moment ne laisse supposer, même s’il
est arrivé à Louisa Hanoune d’appeler cette éventualité de ses vœux.
On peut se
projeter plus loin encore dans l’avenir, et paradoxalement avec plus
d’assurance qu’à l’horizon relativement proche de 2012, et dire que
toutes choses égales par ailleurs (en clair, si la santé du
président ne pose pas problème) un quatrième mandat pour celui-ci
semble d’ores et déjà chose acquise. Ce qui est susceptible de nous
mener jusqu’à 2019. A cette date, tout le personnel politique, et
notamment celui des partis d’opposition (on vieillit plus vite de ce
côté-ci de la barricade que de l’autre) aura vieilli d’une dizaine
d’années. Il se pourrait bien que pour eux aussi le temps soit alors
venu de passer la main, de laisser arriver la jeune garde aux postes
de direction. Ce qui aurait le même effet que si leur formation
renaissait une deuxième fois. Il faut savoir en effet qu’un parti,
ça ne commence vraiment à exister comme une organisation politique
digne de ce nom que dans la mesure où il survit à son ou à ses
fondateurs. C’est le retrait, volontaire ou involontaire de son ou
ses géniteurs, qui achève de le sortir de son enfance, quand
évidemment ce départ ne signe pas sa disparition, ce qui constitue
le cas général. Dans cet ordre d’idées, la question de savoir si le
FFS n’éclatera pas en plusieurs tendances quand Hocine Aït Ahmed,
dont l’âge est pour le moins respectable, se sera trouvé dans
l’incapacité physique d’en assumer la direction, se posera
dorénavant avec une acuité accrue.
En vue d’une
nouvelle période
Ainsi donc, le
fait pour chacune des composantes de la classe politique de camper
sur ses positions actuelles n’empêchera pas celles-ci de s’éroder
avec le temps, à moins d’un complet renversement de tendance, que
rien ne laisse présager pour l’heure. Sauf à vouloir mourir de sa
belle mort, sous l’effet des outrages du temps, qui sont déjà assez
visibles, compte tenu de l’âge avancé des partis toutes tendances
confondues, où qu’ils se situent, au pouvoir ou dans l’opposition,
tout le monde aurait intérêt à travailler non plus seulement en vue
des échéances de court terme, mais dans une perspective un peu plus
lointaine, à l’horizon de 2020 par exemple. Ce qui, pour peu qu’on y
pense, n’est pas aussi éloigné qu’il y paraît d’abord.
Au vrai, la
nouvelle ère est déjà là, même si d’un certain point de vue, qui est
en général celui de la classe politique, rien n’a changé et rien
n’est en train de changer. C’est que pour les uns, à savoir les
partis formant la coalition tripartite, le changement, au sens où ce
terme est entendu ordinairement, c’est-à-dire en tant que
bouleversement du rapport de forces tel qu’il se présente
aujourd’hui, dont évidemment ils veulent pour rien au monde, n’a de
sens que dans la mesure où ils se voient forcés de passer dans
l’opposition. Ce qu’ils ne voient pas du tout venir, ni dans le
court ni dans le moyen terme. Au contraire, ils sont assurés dès
maintenant de tenir leurs positions aux législatives de 2012, et
vraisemblablement au-delà. Et pour les autres, c’est-à-dire pour les
partis de l’opposition, le futur ne se présente pas sous les
meilleurs auspices, tout au contraire.
Pourtant nous ne
sommes pas dans la même situation que celle qui pendant des années
s’est caractérisée par une menace intégriste impossible à
sous-estimer. Le paysage politique actuel est différent de celui
des années 1990, même si, à l’exception du FIS, forcé de quitter la
scène dans les conditions que l’on sait, ce sont les mêmes
formations qui existent alors et aujourd’hui. Il n’est pas le même
parce qu’une classe politique forme système, en ce sens que toutes
ses parties constituantes tiennent ensemble, que chacune des
organisations dont elle se monnaye doit son identité propre aussi
bien à son parcours qu’à la présence des autres aux projets
desquelles elle s’inscrit en faux, ou dont elle partage certains
aspects pour s’opposer à d’autres.
Dès lors, il est
facile de comprendre que la disparition de l’islamisme radical, qui,
contrairement à la dissolution du FIS, mesure quant à elle
prononcée une bonne fois pour toutes, s’est étalée dans le temps,
constitue un chamboulement de la classe politique. Tout a changé
dans celle-ci, et pourtant toutes ses composantes sont encore là,
hormis le FIS, dont les lambeaux, qu’ils soient encore dans les
maquis ou qu’ils aient réintégré la société dans le cadre de la
politique de Réconciliation, ne se réclament même plus de lui.
Voilà donc un
changement profond dont les premiers intéressés, les partis, au
pouvoir ou dans l’opposition, semblent ne pas tenir compte
puisqu’ils tiennent à peu de choses près les mêmes positions que
par le passé alors même que le champ de bataille aussi bien que le
conflit ont changé de nature.
Les partis sont un
peu comme des personnages dans une pièce de théâtre. Etant tous
impliqués dans un même drame, le rôle et le destin de chacun est
tributaire de celui des autres. Chaque fois que l’un deux évolue
dans l’espace où ils sont affectés à une place et d’un poids
différent, c’est l’ensemble qui se reconfigure. A plus forte raison
si le plus important d’entre eux à un certain moment est exclu de
la scène pour ne plus y revenir. Ainsi en a-t-il été du FIS, la
seule formation qui depuis 1954 a pris le dessus, et nettement, sur
le FLN. Il est impossible d’ignorer la sortie, dans la réalité
toutefois elle ne s’est pas faite d’un coup, du principal
protagoniste du drame épouvantable qui alors se jouait.
Une histoire
non écrite d’avance
Le paysage
politique d’aujourd’hui ne peut être le même que celui qui avait
pris forme dans la foulée de l’explosion d’octobre 1988, même si la
classe politique est restée dans une large mesure inchangée d’une
période à l’autre. Les qualités, comme les défauts, qu’il faut avoir
dans la première pour mener sa barque à travers les écueils,
pourraient s’avérer un handicap aujourd’hui. Ce que l’opinion
attendait d’un parti dans la première diffère de ce qu’elle en
attend dans la seconde, dont nous avons déjà dit qu’elle a commencé
d’une certaine façon, encore qu’elle ne puisse se cristalliser
vraiment que lorsque la phase de transition que nous vivons se sera
close avec la fin de la présidence de Bouteflika, que celle-ci
survienne au bout du mandat courant ou du suivant, plus
vraisemblablement d’ailleurs au terme de celui-ci que de celui-là.
Et dans la période
dans laquelle nous sommes déjà entrés, un parti, ou plus exactement
un courant, une mouvance au pouvoir conserve un avantage par rapport
à ceux qui se sont toujours situés à l’extérieur de ce dernier. Cet
avantage ne tient d’ailleurs pas à ceci que justement ce courant est
en possession des rênes du pouvoir (car le pouvoir n’est pas
seulement une chose, une sorte de matérialité, mais un rapport à la
société), mais dans le fait qu’il représente un ordre ; qui plus
est, un ordre connu, vécu, un ordre qui donc, indépendamment de ce
qu’il est intrinsèquement, a fait ses preuves.
Cet aspect n’a
rien à voir avec la question de légitimité, mais renvoie plutôt à
une espèce de bon sens et de pragmatisme dont une société ne se
déprend tout à fait que dans les périodes révolutionnaires, ou face
à des régimes franchement répressifs, ce qui n’est pas le cas du
régime algérien, reconnaissons-le. Une société qui n’est pas
entraînée dans un mouvement révolutionnaire préférera toujours un
ordre en quelque sorte garanti à un désordre seulement possible. Il
ne suffit donc pas de se bombarder opposition pour être considéré
comme une alternative crédible au pouvoir en place aux yeux de la
majorité du peuple. De plus, il n’existe pas de règles permettant de
passer d’un statut à l’autre, auxquelles il suffirait de se
conformer pour ce faire. Dans une large mesure c’est la marche des
événements, c’est l’histoire elle-même, ce procès sans sujet comme
disent certains, qui retient le bon grain et rejette l’ivraie. Mais
il est toutefois des signes qui ne trompent pas, qui, sans doute ne
disent pas qui va réussir l’examen de passage, et qui ne surmontera
jamais cet obstacle, mais qui a des chances d’obtenir un jour la
reconnaissance de l’opinion pour la véracité de sa vocation et qui
n’est là qu’à des fins de tromperie. Car un parti, c’est avant tout
une affaire de vocation ; ou bien elle est réelle, ou bien elle est
seulement feinte. Tout indique qu’elle est réelle chez un parti qui
accepte son statut de minoritaire des années durant sans autre
viatique, ou réconfort, que la solidité de ses convictions et la
force de son envie de servir ses compatriotes, sans certitude d’être
un jour majoritaire et de se trouver donc à même d’appliquer son
programme, de concrétiser son projet politique. Car il est beaucoup
d’appelés mais peu d’élus. Il est tant de vocations proclamées qui
en réalité sont creuses, des contrefaçons plus ou moins réussies. La
moindre des choses pour un parti d’opposition, c’est d’être porteur
d’un programme alternatif à celui que le pouvoir en place est
occupé à réaliser. Sinon que ferait -il donc au pouvoir si par
hasard il y accédait ? Aurait-il l’intention de faire dans le fond
la même chose que le gouvernement actuel, qui lui-même a continué le
travail entamé par celui qui l’a précédé, et ainsi de suite, car le
programme d’un parti ce n’est pas seulement un catalogue d’actions
qu’il mettrait en œuvre dès qu’il prendrait le pouvoir, c’est aussi
une vision de la société à un moment donné de son histoire. Les
libéraux de l’opposition ne feraient rien d’autre que ce que font
les libéraux pour le moment au pouvoir. C’est qu’il n’y a pas deux
façons mais seulement une d’être libéral dans une période historique
donnée. Le programme d’un parti c’est une ambition pour la société
fondée sur une analyse de fond.
Par Mohamed
Habili
Haut
Un mois après la tenue de la tripartite
Le monde du
travail en ébullition
Les grèves
annoncées et les actions de protestation initiées jusque-là sont
loin de constituer un signe avant-coureur de paix sociale. Bien au
contraire, elles démontrent le manque d'impact de la tripartite.
Malgré une
actualité sportive prenante, les contestations sociales sont
toujours au menu. Les mouvements de grèves se succèdent en effet au
fil des jours et le malaise que connaît le monde du travail n’a pas
épargné, en ce début d’année 2010, les deux grands pôles
industriels, que sont la Société nationale des véhicules industriels
(SNVI) et le Complexe Arcelor Mittal (ex-Sider).
Aujourd’hui, ce
sont les syndicats des secteurs de l’éducation nationale et de la
santé qui grondent, après l’échec des négociations entamées avec la
tutelle ou parce qu’ils se retrouvent devant l’impasse de leur
mouvement de débrayage. C’est particulièrement le cas des
praticiens et praticiens spécialistes de la santé publique qui ont
récemment décidé de durcir leur protesta. Après une grève de 5
semaines pour les praticiens généralistes et de 4 semaines pour les
praticiens spécialistes, ils comptent à présent investir la rue, en
raison de «la politique de la sourde oreille empruntée par la
tutelle».
En fait, les
praticiens généralistes et spécialistes de la santé publique ont
appelé à l’organisation de 4 «marches de la colère», dont la
première débutera ce mercredi 3 février et se dirigera vers le
ministère de la Santé, de la Population et de la Réforme
hospitalière.
Cette action sera
suivie par 3 autres marches, dont la dernière mènera les blouses
blanches, le mercredi 24 février, vers la présidence de la
République. Selon les porte-parole des syndicats, ces actions seront
appuyées par la mobilisation des praticiens généralistes et
spécialistes de la santé publique des autres wilayas, en particulier
Oran, Annaba, Constantine et Ouargla.
Toujours selon la
même source, l’Assemblée populaire nationale (APN) ou plus
précisément sa commission de la santé a réaffirmé «la légitimité» de
leurs revendications et s’est engagée à «agir rapidement pour
interpeller la tutelle, ainsi que le Premier ministre par le biais
du président de l’APN», en vue du règlement des problèmes.
A cela, il faut
ajouter les derniers rapports 2008-2009 de la Commission nationale
consultative de promotion et de protection des droits de l’Homme (CNCPPDH),
qui viennent confirmer l’état inquiétant des établissements publics
hospitaliers, la condition du personnel médical et surtout les
«conditions lamentables» dans lesquelles exercent les médecins.
Une colère sociale
toujours présente
Le front social
est en ébullition. Plusieurs syndicats ont choisi la période
précédant la tenue de la tripartite pour réitérer leurs
revendications et renouveler leurs mots d’ordre de grève. Les grèves
annoncées et les actions de protestation engagées jusque-là sont
loin de constituer un signe avant-coureur de paix sociale. Bien au
contraire, elles démontrent l’échec de la dernière tripartite
(gouvernement, patronat, UGTA) dans l’absorption de la colère
sociale. En d’autres termes, l’augmentation du salaire minimum
garanti (SNMG) de 3 000 dinars et son relèvement de 12 000 à 15 000
dinars n’a pas apaisé les esprits. Le recours à la grève par les
travailleurs, représentés aussi bien par l’UGTA ou les autres
syndicats dits autonomes, pour revendiquer principalement un salaire
décent, relance le débat sur la composante actuelle de la
tripartite, ainsi que sur la nécessité d’élaborer un régime
salarial, à même de réduire les disparités existantes et surtout de
répondre à la problématique de mérite et de reconnaissance des
compétences et d’un travail bien fait. Cela doit impliquer
évidemment la conciliation entre le niveau des salaires et le
pouvoir d’achat.
Interrogé
dernièrement sur la question de l’augmentation des salaires qui
secoue le monde du travail, le Premier ministre Ahmed Ouyahia a
soutenu que l’Etat travaillait pour améliorer le pouvoir d’achat par
les salaires, les subventions et les prêts au logement à faibles
taux d’intérêt. Or, sur le terrain, les travailleurs salariés et
leurs familles sont confrontés à une flambée des prix inimaginable,
qui touche même les produits de base. Il aurait fallu que le SNMG
soit situé entre 35 000 et 38 000 DA, pour arriver au régime
salarial préconisé par les syndicats autonomes. Mais, un tel cas de
figure est-il réaliste actuellement, avec une économie dépendante du
prix du brut de pétrole et un secteur informel qui dicte ses lois ?
Par ailleurs, le caractère «rentier» de l’économie nationale, pour
reprendre les termes des observateurs avertis, vient compliquer les
choses. Cela veut dire que les revenus engendrés par les
hydrocarbures vont subventionner les hausses de salaires et les
autres besoins urgents, tout en continuant à fausser les calculs,
liés à la fois au niveau des salaires et à la
productivité/croissance économique. Pourtant, la situation de
malaise social, renforcée par les incertitudes entourant les coûts
des hydrocarbures (pétrole et gaz), ainsi que les carences en
matière de gestion moderne et d’anticipation, nous renvoie, encore
une fois, à nous interroger sur les raisons de l’existence de la
tripartite, qui marginalise d’autres partenaires souvent
représentatifs de leur base.
Soucis des uns,
préoccupations des autres…
En plus clair, le
dialogue lancé dans ce cadre censé apporter des réponses concrètes à
la crise, sinon susciter la mobilisation et l’émergence d’une
nouvelle dynamique nationale, semble être déconnecté des réalités de
l’économie algérienne et du monde du travail. Aussi, ce cadre de
concertation est devenu de plus en plus une formalité, appuyant des
décisions prises en haut lieu, concernant la revalorisation des
salaires, au détriment d’autres questions de fond. Après cela, il ne
faut pas s’étonner de la montée au créneau du front social… Et, dans
ce contexte de revendications salariales et pour l’amélioration des
conditions de vie et de travail, le ministre des Moudjahidine,
Mohamed-Chérif Abbas, a annoncé l’augmentation des pensions des
anciens combattants. Une augmentation qui, selon lui, sera
conséquente (25% du montant perçu actuellement) et qui prendra effet
à compter du 1er janvier 2010, conformément aux orientations du chef
de l’Etat pour «garantir une vie digne» à la catégorie des
moudjahidine, des veuves de chouhada, des ayants droit et des
invalides de guerre, et pour «l’amélioration des prestations
offertes à tous les niveaux». Ce n’est pas la hausse des pensions
des combattants de la guerre de Libération nationale qui semble
poser problème, car la majorité d’entre eux sont loin de vivre dans
l’aisance, qui serait réservée à une petite minorité. Mais, là n’est
pas la question, parce que l’Algérie indépendante restera redevable
au droit à une vie descente et digne de cette catégorie. Seulement,
dans les conditions actuelles de tension liée à la question
salariale, l’opinion publique en général et le monde du travail en
particulier, risquent d’y voir une politique de deux poids deux
mesures du gouvernement. Après que celui-ci, sous l’argument de
l’austérité, a fait savoir que l’Etat ne peut pas satisfaire les
revendications salariales des travailleurs, laissant ainsi entendre
que les actions de protestation ne changeront rien à sa décision.
Même si l’augmentation des pensions des moudjahidine était
prévisible, d’aucuns voient déjà, dans le moment choisi pour
l’annoncer, une certaine «provocation devant l’insignifiant et
humiliant Smig». En revanche, d’autres estiment que la sortie de
Chérif Abbas ne fait que confirmer un constat connu de tous, à
savoir que «les préoccupations des pouvoirs publics sont ailleurs».
Par Z’hor
Chérief
Haut
Sommet de la Ligue arabe
Une force
militaire commune ?
Plusieurs agences
de presse arabes ont rapporté que le secrétaire général de la Ligue
arabe, Amr Moussa, compte soumettre au Sommet de Tripoli, en mars
prochain, la proposition de création d'une force arabe commune de
maintien de la paix.
La vision de Amr
Moussa, son exposé des motifs en quelque sorte pour la création
d’une force arabe de maintien de la paix ne sont pas encore
précisées. Mais selon les mêmes sources, le projet en question est
contenu dans un document qui laisse ouvertes plusieurs options
relatives à la structure et au fonctionnement de cette force
militaire commune. Une force dont la mission serait, aux dires de
sources au niveau de la Ligue arabe des missions de préservation de
la paix et un rôle d’interposition dans les situations de conflit
que connaît le monde arabe. Les statuts de la Ligue arabe le
permettent et la gestion d’une telle force serait, en toute logique,
du ressort du Conseil arabe de la sécurité et de la paix.
A ce stade, des
informations parlent de la probabilité de la constitution d’un
groupe de travail, formé de représentants de huit pays arabes, afin
d’affiner le document final devant être examiné en dernier ressort
par les chefs d’Etats arabes. Il est difficile, a priori, de dire si
la proposition de Amr Moussa sera adoptée ou ajournée.
Parce que limité à
un concept flou, le projet d’une force de maintien de la paix n’a
pas encore suscité de réaction officielle de la part des Etats
arabes, et notamment de la part de ceux les mieux placés pour
fournir des moyens humains et matériels pour la naissance de cette
force arabe commune qui, à coup sûr, sera la première du genre.
Les armées arabes
ont déjà eu, par le passé, à composer leurs forces dans la longue et
sombre histoire des guerres arabo-israéliennes, comme en 1948, en
1967, puis en 1973. Rien de tel aujourd’hui, cependant, car il n’est
pas question, ni dans le discours, et certainement pas dans
l’intention, de lever une armée vouée à libérer la Palestine et à en
chasser l’occupant sioniste.
Le terme même de
«force arabe de maintien de la paix», emprunté par Amr Moussa,
souligne à lui seul la vocation de cette force qui, d’abord, ne
devrait pas étendre son champ d’action en dehors des limites
territoriales de ses 22 membres, et ensuite se consacrer uniquement
à des actions de maintien de la paix, c’est-à-dire à agir comme une
force d’interposition entre deux ou plusieurs forces en conflit et
s’interdire, par-là, de se poser en protagoniste
Autre rappel
nécessaire, ce n’est pas la première fois que l’idée d’une force
militaire arabe commune est posée dans le cadre de la Ligue arabe,
mais jamais une proposition claire n’a bénéficié de l’impulsion de
son secrétaire général, et surtout pas pour être introduite dans
l’ordre du jour d’un Sommet de la Ligue arabe. Sous diverses
formules, divers chefs d’Etat arabes ont, au fil des sommets,
proposé l’envoi d’une force arabe commune, généralement pour des
crises majeures. Ce fut le cas, entre autres, pour la guerre civile
au Liban (dès 1975), pour l’annexion du Koweït par l’Irak (1990), du
conflit du Darfour (2003), lors desquels l’idée de l’envoi d’une
force commune devait permettre d’éviter les ingérences de forces
extra-régionales. Mais faute de consensus sur l’analyse et, parfois
aussi, sur les intérêts des uns et des autres d’entre les Etats,
aucune option pour une telle force n’a jamais émergé. Dans les
faits, seuls quelques pays arabes ont eu à envoyer des troupes, mais
uniquement sous la bannière bleue de l’ONU et le plus souvent en
terre africaine.
En attendant de
voir quelle évolution connaîtra le projet inédit que soumettra Amr
Moussa aux dirigeants arabes, beaucoup d’interrogations s’élèvent,
compte tenu de la situation dans plusieurs pays arabes, la nature
des conflits et la nécessité, alors, d’une force d’interposition,
ainsi que du degré de cohésion interne à la Ligue arabe. A cela,
s’ajoute le regard que peut porter la communauté internationale et,
dans un second degré, l’Iran.
Il se trouve,
justement, que le monde arabe est une zone riche en conflits
internes. Qu’il s’agisse du Soudan (crise du Darfour), de la Somalie
(en guerre civile et avec un gouvernement sous la menace de la
puissante guérilla islamiste) et du Yémen (avec ses séparatistes au
Sud et la rébellion houtie au Nord). Dans cette optique, l’Irak au
bord de la guerre interconfessionnelle et le Liban sont des cas à
part, car ils relèvent de situations en voie de résolution par les
gouvernements internes, malgré la précarité de la situation
politique et la présence de forces étrangères (Etats-Unis en Irak et
force européenne d’interposition au Sud pour le Liban).
L’essentiel est
que dans les pays cités plus haut, la situation a connu une
dégradation telle que leur dossier est une préoccupation constante
de la communauté internationale. Le Soudan, dont le président, Omar
El Bechir, est sous le coup d’un mandat d’arrêt international, est
pratiquement sous embargo international, et son armée considérée
comme protagoniste peut difficilement jouer le rempart de la
réconciliation nationale. En Somalie, l’absence d’une armée
régulière suffisamment puissante prive le gouvernement de la moindre
initiative politique et le contraint à subir le chantage de ses
voisins et la pression de la rébellion islamiste. De même, le Yémen,
complètement marginalisé par ses riches voisins du Golfe, se
réveille sur la menace d’une intervention étrangère qui ne doit son
report que par peur de voir fondre sur ce pays toutes les
organisations pro-Al Qaïda de la région.
A bien étudier la
question, il n’y a, en fait, qu’au Darfour qu’une force arabe
commune pourrait avoir une quelconque efficacité, et pourrait jouer
un rôle qui soit celui de l’interposition. Débarquerait-elle en
Somalie ou au Yémen, qu’elle serait prise pour cible et impliqué
dans une guerre que même les forces de l’Otan n’osent pas. Ne
parlons pas du désir de certains pays arabes de lancer au large de
la mer Rouge une force de dissuasion de la piraterie qui y règne…
En dehors de la
complexité de savoir à quoi peut bien servir une force arabe de
maintien de la paix, il serait intéressant de savoir, aujourd’hui,
lesquelles d’entre les armées arabes, peu réputées pour leur
modernité, sont à même de servir efficacement de pourvoyeur à une
force arabe commune. Un débat de spécialistes et d’experts, il faut
le dire, parmi ceux qui, en outre, ont l’avantage d’être dans le
secret de tels dossiers.
Enfin, se pose le
problème du schisme au sein de la Ligue arabe, entre ce qu’on
appelle «les modérés» et «le front du refus», ceux qui se retrouvent
dans la reconnaissance d’Israël, voire insistent sur l’initiative de
paix, et les autres, ceux qui disent ne reconnaître Israël qu’au
lendemain de la création de l’Etat palestinien, avec Al Quds pour
capitale et le retour des réfugiés.
D’un bord à
l’autre, les priorités dans les menaces qui pèsent sur le monde
arabe ne sont pas les mêmes. Cela est notable aussi s’agissant du
dossier iranien, avec les tensions que cela soulève dans le Golfe
arabe (ou persique, c’est selon).
Par-delà ces
considérations, il ne faut pas perdre de vue que le principe même
d’une force arabe commune, quand bien même son appellation serait
attelée à celle du «maintien de la paix», ne serait pas entrevue
sans méfiance de la part de l’Occident et, pour être plus précis, du
principal allié d’Israël, les Etats-Unis.
Le blocage du
processus de paix par un gouvernement israélien intransigeant voit
toutes les factions, y compris le Fatah, se radicaliser. Et le
blocus de Ghaza ne cesse d’exacerber la position du Hamas, du
Hezbollah et de l’Iran. Pour sûr, les risques de tensions vont
s’élevant, et c’est pourquoi on parle depuis quelque temps d’une
nouvelle et vaste offensive israélienne dans ses frontières
immédiates. Sous la forme d’une incursion à Ghaza ou d’une autre
agression du Liban, un nouveau conflit, de quelque étendue que ce
soit, ne relèvera pas d’une même équation en cas d’existence d’une
force arabe commune, mobilisable à tout moment.
Enfin, il va sans
dire que la création d’une force d’interposition (avec, encore une
fois, un siège en Egypte ?), sera à coup sûr un facteur
supplémentaire des tensions entre les pays arabes et l’Iran. Avec la
différence, cette fois, que Téhéran ne verra plus de différence
entre ses adversaires et ses amis régionaux.
Par Nabil
Benali
Haut
Des lois et des débats sur un voile qui n’a rien révélé des
menaces qu’il suppose
Qu’est-ce qui
se cache derrière la burqa ?
La burqa(1), sujet
de toutes les polémiques en France n'est malheureusement pas en
train de lever le voile (les jeux de mots faciles sont
irrépressibles) sur un débat beaucoup plus profond et plus utile.
S'il était réellement mené, il permettrait de comprendre que l'Islam
et les Musulmans sont au centre d'une extraordinaire guerre de
leadership dont le voile n'est qu'un des éléments apparents. Les
effets de cette même guerre, c'est ce que nous avons vécu en
Algérie, un pays foncièrement musulman, qui a vu des
coreligionnaires s'entretuer pour des conceptions diamétralement
opposées d'une même foi.
C’est difficile.
On ne veut pas du niqab en France, mais instaurer une loi pour
l’interdire dans l’espace public est difficile. On évoque les
risques de «cafouillage dans la mise en œuvre» et éventuellement une
possible censure au nom des libertés publiques. Le calcul politique
a donné lieu à une démarche particulièrement prudente des députés
français de la droite majoritaire. Ils laissent le soin au président
de l’Assemblée de soumettre le projet de loi au Conseil d’Etat pour
avis. Car plus que tout, ce qui est craint, ce serait une censure
qui donnerait la victoire aux tenants de l’intégrisme.
Intégrisme, le mot
est lâché, pourtant dans le débat qui a secoué la classe politique
française, on a eu du mal à l’entendre, ce satané mot. C’est peut
-être ânonner une évidence, mais le niqab en tant qu’effet
vestimentaire ne vaut rien sans le symbole qu’il véhicule. Et
puisqu’on y est dans le langage des symboles, on tend aujourd’hui à
faire voter «si possible à l’unanimité» par l’Assemblée et le Sénat,
une déclaration qui condamne «solennellement» le port du voile
intégral en France. Politiquement, on insiste pour dire au sein de
l’UMP (parti de droite mais également parti du président français
Nicolas Sarkozy) que cette pratique est «contraire aux principes
fondamentaux de notre identité nationale, au premier rang desquels
l’égale dignité homme-femme et l’existence d’un espace public de
dialogue (…). Il est important que ce soit la République dans son
ensemble qui dise non à la burqa», souligne une députée.
Burqa, niqab,
voile intégral, masque de Zorro, le problème serait presque le même
si tant est que seule l’identification des individus est en jeu.
Mais la droite
française n’est pas la première à avoir posé le problème du niqab.
Nul niqab en
religion
En Egypte, c’est
le conseil supérieur d’Al Azhar, institution religieuse de référence
mais qui a aussi ses bourdes (2) qui est allée interdire le port du
niqab dans l’enceinte de l’université. Certes, ce qui était
interdit, c’est le port du voile lorsque des femmes étaient entre
elles, car cela induisait un comportement extrémiste que l’Islam
rejette. Il a fallu que le tribunal administratif du Caire déclare
la décision inapplicable. C’est finalement le droit positif qui
permet le port du niqab contre l’avis religieux.
La décision du
conseil supérieur d’Al Azhar était venue suite à la demande du
recteur de l’Université à une adolescente de 13 ans de retirer son
voile en présence de femmes et de filles comme elles, tout en
indiquant que le niqab n’a rien d’une obligation, mais qu’il s’agit
d’une tradition. La même tradition qui fait qu’au Yémen ou en Arabie
saoudite, les femmes sont voilées intégralement alors qu’elles ne le
sont pas ailleurs. Imaginons donc des femmes yéménites ou plus
encore saoudiennes en visite à Paris en tant que riches touristes.
Seraient-elles soumises à la loi sur la burqa ?
Il reste que cette
tradition est aujourd’hui véhiculée par les porteurs de l’idéologie
la plus extrême en Islam. Au bout du compte, c’est bien cette frange
qui est visée, mais rien ne le dit dans les textes officiels
occidentaux si ce n’est que ces mêmes textes ne font que stigmatiser
l’ensemble des musulmans et musulmanes dès lors que c’est le seul
effet de l’action psychologique et d’encadrement politique des
extrémistes qui est pointé du doigt.
A Drancy, près de
Paris, Hassen Chelghoumi, imam, s’est dit menacé de mort et a dû
quitter sa mosquée vendredi sous les invectives et les insultes de
centaines de fidèles. Hassan Chelghoumi est hostile à la burqa,
enfin au niqab. Hassen Chalghoumi, en évoquant ses propos sur la
burqa et son accord avec la loi interdisant cette pratique, accuse
la presse d’avoir déformé ses propos. Selon des fidèles du lieu, on
voulait demander à Chelghoumi de ne pas s’exprimer au nom des
musulmans de Drancy, car tous n’ont pas la même opinion sur le port
du niqab. On le comprend bien, les politiques français se sont
apparemment occupés d’un débat sur la pratique religieuse sans le
savoir.
Des savants de la
foi se sont exprimés également pour dire que les musulmanes de
France et d’Occident en général devraient éviter de porter ce niqab,
d’autant qu’il n’est pas une obligation.
Elles éviteraient
ainsi toute atteinte à leur intégrité ou tous risques de gêne dans
leur vie quotidienne et éventuellement des poursuites judiciaires.
Le Dr Mohamed Aboulila, enseignant de langue anglaise à l’université
d’Al Azhar, a indiqué que la question du voile pourrait dans le
même temps être un préalable à d’autres lois contraignantes pour les
musulmans en Occident.
Accorder les
violons
D’autres musulmans
occidentaux, à l’exemple du Congrès musulman canadien (CMC),
soutiennent l’interdiction du voile intégral islamique dans les
endroits publics.
Pour le Congrès
musulman canadien, le multiculturalisme canadien va trop loin,
permettant les traditions islamiques extrêmes d’autant que le CMC
avait appelé en octobre pour que le gouvernement canadien interdise
la burqa.
Dans le discours
canadien, les propos sont plus clairs. La porte-parole du CMC,
Farzana Hassan a indiqué qu’on ne peut justifier l’oppression des
femmes au nom du multiculturalisme tout en estimant qu’un interdit
comme celui envisagé par la France est nécessaire au Canada,
puisque le terrorisme est devenu une menace réelle. Terrorisme et
burqa, même combat, serait-on tenté de dire. Mais le pragmatisme
nord-américain ne laissera pas passer une loi d’interdiction de la
burqa.
Il reste que la
France n’a rien inventé. Le gouvernement danois a décidé ce 28
janvier de limiter l’usage de la burqa et du niqab dans les lieux
publics. Il n’y a pas d’interdit mais les institutions publiques
sont encouragées à tout faire pour en limiter l’utilisation et à
appliquer strictement les règles existantes. Les Danois pensent à
une loi pour punir jusqu’à quatre ans de prison les personnes qui
imposeraient le port de la burqa et du niqab. Il reste que les
statistiques sont tout à fait éloquentes à ce sujet. On estime à
trois (bien lire 3) le nombre de femmes qui porteraient la burqa et
de 150 à 200 le niqab. Au moins un tiers sont des Danoises
converties à l’islam. Le nombre de voilées intégrales n’est pas non
plus très important en France, mais combien sont les gourous de
l’extrémisme islamiste ? Cela, personne en veut le dire.
A. E.
1- Il s’agit d’une
transcription d’un terme arabe qui fausse le terme original
puisqu’il s’agait de bourqou’ qui est le voile intégral que portent
les femmes en Afghanistan. La voilette qui masque le visage et
laisse voir les yeux, c’est le niqab.
2- Al Azhar, par
une fatwa (avis religieux) récente, a légitimé la construction par
le gouvernement égyptien d’un mur métallique séparant l’Égypte de
Ghaza, interdisant le creusement des tunnels et ce, à la demande
d’Israël. C’est toujours Al Azhar qui a demandé l’abattage de toutes
les chèvres parce que leur sexe est apparent et qu’il ressemble à
celui d’une femme. Enfin, le Dr Ezzat Attiya vient d’être réintégré
au sein de l’université après en avoir été licencié. C’est ce même
docteur de la foi qui avait émis une fetwa en 2007 approuvant
l’allaitement symbolique d’hommes adultes par leur collègues femmes
lorsqu’ils travaillent dans le même bureau.
Par Amine
Esseghir
Haut
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