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Tant va la cruche à l'eau…
Une lecture même
rapide, même paresseuse de la très insolite et autant déférente
«lettre ouverte à Messieurs les enquêteurs du DRS», parue sous le
titre de «Point de vue» dans «le quotidien indépendant» (laissez-moi
rire), El Watan du 30 janvier, suffit à vous confirmer dans vos
soupçons, à savoir que son auteur, Hocine Malti, ex-vice-président
de Sonatrach, ne sait absolument rien de l’affaire du moment, et
qu’il n’a juste pas su résister à l’envie de «hurler avec les
loups». À la différence de Louisa Hanoune qui, elle, s’est sagement
gardée de prêter sa voix à ce sinistre concert.
Hocine Malti n’est
pourtant pas un Abdelaziz Rahabi, un ténor de ce camp autoproclamé
«démocratique». Je ne le connais pas personnellement, mais je ne
pense pas qu’il soit du genre à s’imaginer qu’en 1830, c’était
Napoléon III qui était au pouvoir en France, et convoitait le Trésor
d’Alger.
Ce n’est pas sans
appréhension qu’il a écrit à El Watan. Ça le gênait quelque peu aux
entournures de s’exprimer dans un des rares journaux à avoir publié
les «révélations» concernant les procédures judiciaires engagées
contre une partie de la direction de Sonatrach. En fait, comme ne
s’en cachent pas ces mêmes feuilles, contre Chakib Khellil, dont ils
demandent la tête à cor et à cri. Que c’en est indécent, qu’on se
prend à s’interroger : est-il donc possible d’être à ce point plus
royaliste que le roi ? Quand, de plus, on ne sait de l’affaire que
ce qu’on a bien voulu vous en dire.
Mais il n’aurait
pas dû chercher à s’en excuser du moment que son motif était d’y
aller de ses propres «révélations», lui qui, forcément, connaît son
affaire, ayant longuement pratiqué la boîte.
Cet embarras, ce
restant de scrupule, qui d’ailleurs ne l’a pas empêché de sortir du
bois pour fondre sur la bête et participer ainsi à la curée, alléché
qu’il était par l’odeur du sang, est tout de même significatif. Il
était impensable dans le passé que quelqu’un écrive dans El Watan,
«Le Journal Indépendant» s’il vous plaît, et de s’autoriser en même
temps à se démarquer de lui, on dirait pour des motifs hygiéniques.
Et il faut dire que l’auteur de «La lettre ouverte…» y va plutôt
lourdement à cet égard : «Est-ce à dire que certains journalistes,
exerçant dans certains titres, ont de grandes capacités
d’investigation que leurs collègues n’ont pas ?» s’interroge-t-il
faussement ? Poser une question pareille, c’est en effet y répondre.
Notre homme est le
premier à avoir montré une gêne de ce type. Sans le savoir, il
inaugure du même coup une nouvelle étape dans la marche de la presse
vers l’indépendance réelle, à la fois des factions au pouvoir et des
puissances d’argent.
Quand Louisa
Hanoune, qui demande depuis longtemps le limogeage de Chakib Khellil,
dit ne pas vouloir présentement hurler avec les loups, à quels loups
fait-elle donc allusion ?
Tout le monde sait
bien qu’à l’exception de deux personnalités, Abdelaziz Rahabi et
Hocine Malti, l’une et l’autre extérieures à la presse, encore que
sous ce rapport leur situation soit différente, qui n’ont pas hésité
à se joindre à cette nouvelle charge, par presse interposée, contre
le «clan présidentiel», il n’y a que des journaux pour la porter et
l’entretenir. C’est donc eux les loups dont parle Louisa Hanoune,
dont l’appartenance au «clan présidentielle», il est vrai, n’est pas
à démontrer. Ce qui, soit dit en passant, n’autorise personne à
douter de sa sincérité en l’occurrence.
Les choses ne se
seraient pas passées ainsi il y a quelques années. Ce n’est pas deux
personnes qui auraient abondé dans le même sens que ces journaux,
mais toute une foule bigarrée qui se serait bousculée à leur
portillon, pour apporter leur obole à la cause, pour rallier un
combat dont ils n’ignoreraient pourtant pas qu’il est des plus
douteux.
En ce temps, les
choses étaient beaucoup plus simples qu’elles ne le sont
aujourd’hui.
Il y avait «le
camp démocratique», auquel étaient censés appartenir deux ou trois
partis, eux-mêmes ne s’entendant sur rien, une flopée
d’associations plus ou moins représentatives, des syndicats
autonomes, et au cœur du dispositif, ce qu’on appelait «la presse
indépendante», ou «la presse démocratique», qui bravement portait le
fer au cœur du camp adverse, qu’on s’imaginait aussi clairement
défini que le premier, et qui bien sûr, devant ce foudre de guerre,
était non seulement sur la défense, mais perdait pied.
Cette vison de la
réalité, pour sommaire qu’elle puisse être, beaucoup y croyaient dur
comme fer.
On parlait en ce
temps-là de révélations faites par la presse comme s’il s’agissait
de véritables enquêtes journalistiques, alors que tout le monde
savait bien qu’il n’en était rien.
Mais ce temps-là
est révolu. Aujourd’hui en effet, il suffit que quelqu’un soit
attaqué par ces mêmes journaux pour qu’un préjugé favorable
s’attache à sa personne.
Par Mohamed
Habili
e-mail :contact@lesdebats.com
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