Semaine du 3 au 9 février 2010

 

  Réflexion Faite

Tant va la cruche à l'eau…

 

 
 
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Tant va la cruche à l'eau…

Une lecture même rapide, même paresseuse de la très insolite et autant déférente «lettre ouverte à Messieurs les enquêteurs du DRS», parue sous le titre de «Point de vue» dans «le quotidien indépendant» (laissez-moi rire), El Watan du 30 janvier, suffit à vous confirmer dans vos soupçons, à savoir que son auteur, Hocine Malti, ex-vice-président de Sonatrach, ne sait absolument rien de l’affaire du  moment, et qu’il n’a juste pas su résister à l’envie de «hurler avec les loups». À la différence de Louisa Hanoune qui, elle, s’est sagement gardée de prêter sa voix à ce sinistre concert.

Hocine Malti n’est pourtant pas un Abdelaziz Rahabi, un ténor de ce camp autoproclamé «démocratique». Je ne le connais pas personnellement, mais je ne pense pas qu’il soit du genre à s’imaginer qu’en 1830, c’était Napoléon III qui était au pouvoir en France, et convoitait le Trésor d’Alger.

Ce n’est pas sans appréhension qu’il a écrit à El Watan. Ça le gênait quelque peu aux entournures de s’exprimer dans un des rares journaux à avoir publié les «révélations» concernant les procédures judiciaires engagées contre une partie de la direction de Sonatrach. En fait, comme ne s’en cachent pas ces mêmes feuilles, contre Chakib Khellil, dont ils demandent la tête à cor et à cri. Que c’en est indécent, qu’on se prend à s’interroger : est-il donc possible d’être à ce point plus royaliste que le roi ? Quand, de plus, on ne sait de l’affaire que ce qu’on a bien voulu vous en dire.

Mais il n’aurait pas dû chercher à s’en excuser du moment que son motif  était d’y aller de ses propres «révélations», lui qui, forcément, connaît son affaire, ayant longuement pratiqué la boîte.

Cet embarras, ce restant de scrupule, qui d’ailleurs ne l’a pas empêché de sortir du bois pour fondre sur la bête et participer ainsi à la curée, alléché qu’il était par l’odeur du sang, est tout de même significatif. Il était impensable dans le passé que quelqu’un écrive dans El Watan, «Le Journal Indépendant» s’il vous plaît, et de s’autoriser en même temps à se démarquer de lui, on dirait pour des motifs hygiéniques. Et il faut dire que l’auteur de «La lettre ouverte…» y va plutôt lourdement à cet égard : «Est-ce à dire que certains journalistes, exerçant dans certains titres, ont de grandes capacités d’investigation que leurs collègues n’ont pas ?» s’interroge-t-il faussement ? Poser une question pareille, c’est en effet y répondre.

Notre homme est le premier à avoir montré une gêne de ce type. Sans le savoir, il inaugure du même coup une nouvelle étape dans la marche de la presse vers l’indépendance réelle, à la fois des factions au pouvoir et des puissances d’argent.

Quand Louisa Hanoune, qui demande depuis longtemps le limogeage de Chakib Khellil, dit ne pas vouloir présentement hurler avec les loups, à quels loups fait-elle donc allusion ?

Tout le monde sait bien qu’à l’exception de deux personnalités, Abdelaziz Rahabi et Hocine Malti, l’une et l’autre extérieures à la presse, encore que sous ce rapport leur situation soit différente, qui n’ont pas hésité à se joindre à cette nouvelle charge, par presse interposée, contre le «clan présidentiel», il n’y a que des journaux pour la porter et l’entretenir. C’est donc eux les loups dont parle Louisa Hanoune, dont l’appartenance au «clan présidentielle», il est vrai, n’est pas à démontrer. Ce qui, soit dit en passant,  n’autorise  personne à douter de sa sincérité en l’occurrence.

Les choses ne se seraient pas passées ainsi il y a quelques années. Ce n’est pas deux personnes qui auraient abondé dans le même sens que ces journaux, mais toute une foule bigarrée qui se serait bousculée à leur portillon, pour apporter leur obole à la  cause, pour rallier un combat dont ils n’ignoreraient  pourtant pas qu’il est des plus douteux.

En ce temps, les choses étaient beaucoup plus simples qu’elles ne le sont aujourd’hui.

Il y avait «le camp démocratique», auquel étaient censés appartenir deux ou trois partis, eux-mêmes ne s’entendant sur rien,  une flopée d’associations plus ou moins représentatives, des syndicats autonomes, et au cœur du dispositif, ce qu’on appelait «la presse indépendante», ou «la presse démocratique», qui bravement portait le fer au cœur du camp adverse, qu’on s’imaginait aussi clairement défini que le premier, et qui bien sûr, devant ce foudre de guerre, était non seulement sur la défense, mais perdait pied.

Cette vison de la réalité, pour sommaire qu’elle puisse être, beaucoup y croyaient dur comme fer.

On parlait en ce temps-là de révélations faites par la presse comme s’il s’agissait de véritables enquêtes journalistiques, alors que tout le monde savait bien qu’il n’en était rien.

Mais ce temps-là est révolu. Aujourd’hui en effet, il suffit que quelqu’un soit attaqué par ces mêmes journaux  pour qu’un préjugé favorable s’attache à sa personne.

Par Mohamed Habili

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