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Dans une évaluation de la politique économique de l’Algérie
Le FMI au
secours des opérateurs étrangers
Le FMI reste égal
à ses idéaux libéraux pour dire au gouvernement algérien que les
programmes d'investissements publics ne suffisent pas à protéger une
économie mono-exportatrice, mais qu'il doit opérer des réformes
structurelles encourageant le secteur privé.
Les consultations
du Conseil d’administration du Fonds monétaire international (FMI)
au titre de l’article IV avec l’Algérie ont été conclues en janvier
et leurs conclusions rendues publiques en février dernier.
Globalement, le
FMI constate que l’Algérie opère une bonne gestion de ses recettes
en hydrocarbures, mais note qu’il n’y a encore aucun changement
structurel dans l’économie algérienne, qui reste tributaire de ses
exportations de pétrole et de gaz, alors que le chômage des jeunes
reste élevé. «L’Algérie a connu plusieurs années de fortes
performances économiques tirées par les dépenses publiques, mais
elle reste confrontée à des défis importants. La croissance hors
hydrocarbures a été vigoureuse, l’inflation est restée faible et
l’État a accumulé une épargne considérable dans le Fonds de
régulation des recettes (FRR) pour financer un vaste programme
d’investissement public (PIP) tout en ramenant les dettes publique
et extérieure à de très bas niveaux», écrit le rapport du FMI, dans
le chapitre des bons points. Du reste, le rapport ajoute que «la
politique de taux de change de l’Algérie est compatible avec la
stabilité extérieure à moyen terme» et souscrit à l’évaluation des
services du FMI selon laquelle le taux de change correspond dans
l’ensemble aux paramètres économiques fondamentaux. Néanmoins, «les
administrateurs encouragent vivement les autorités à accélérer les
réformes structurelles pour améliorer la compétitivité extérieure».
Ils encouragent les autorités à «accélérer la réforme du secteur
financier pour renforcer et améliorer l’efficience des institutions
financières». Sur un autre versant, il est aussi relevé que «la
baisse de la demande mondiale d’hydrocarbures a mis en avant les
vulnérabilités de l’Algérie : en dépit du redressement récent des
cours du pétrole et de l’amélioration des perspectives financières à
moyen terme, l’économie reste trop tributaire des exportations
d’hydrocarbures, le chômage, bien qu’en baisse, reste relativement
élevé, et la productivité ainsi que le climat des affaires accusent
du retard par rapport aux principaux partenaires commerciaux». Il
est vrai que la croissance hors hydrocarbures et la création
d’emplois sont soutenues dans une large mesure par les dépenses
publiques, avec le plan présidentiel de soutien à la croissance,
doté de 200 milliards de dollars sur 5 ans. Le FMI continue, lui, de
soutenir qu’il y a urgence à accélérer les réformes structurelles
pour diversifier l’économie et permettre l’émergence d’un secteur
privé compétitif et orienté vers l’extérieur.
Ses experts
arrivent à cette conclusion dans l’étude de la réaction de l’Algérie
face au ralentissement de l’économie mondiale. Certes, le pays,
constate le FMI, démarre à partir d’une position relativement
solide. Selon les chiffres présentés par le gouvernement, la
croissance dans le secteur des hydrocarbures atteindra probablement
9% en 2009, grâce à une excellente récolte de céréales et à la
vigueur persistante des secteurs des services et de la construction
portés par le PIP. Cela dit, la production d’hydrocarbures
continuera de diminuer cette année (de 6 à 7%) en raison du
fléchissement de la demande mondiale, ce qui ramènera la croissance
globale aux alentours de 2%.
Mais le pire,
c’est cette inflation en glissement, qui a atteint 5,8% sur un an en
septembre 2009 en raison d’une hausse de 25% des prix des produits
alimentaires frais. Une inflation qui aurait été causée par «des
défaillances structurelles dans la chaîne de l’offre». Ce qui est,
visiblement, une autre façon de parler des spéculateurs sur lesquels
le gouvernement n’a aucune emprise.
Selon le FMI,
l’inflation devrait s’établir au-dessous de 5% si les prix des
produits alimentaires frais se stabilisent. Mais rien ne le dit,
hélas ! puisque le gouvernement tarde à prendre les mesures
énergiques qui s’imposent depuis quelques années déjà.
Toujours au plan
macro-économique, il est noté que grâce à un léger excédent des
transactions courantes, les réserves officielles ont augmenté de 3
milliards de dollars depuis fin 2008, pour atteindre 146 milliards
de dollars fin septembre 2009 (soit trois années d’importations). Du
fait de la diminution des recettes tirées des hydrocarbures,
l’Algérie affichera un déficit budgétaire de 8% du PIB en 2009,
après un excédent de 8 % en 2008. Ce déficit devrait être financé
dans une large mesure par des ressources non bancaires intérieures.
Par ailleurs, le taux de change effectif réel est resté proche de
son niveau d’équilibre.
Dans sa lecture de
ce tableau de bord, le FMI annonce que «les perspectives restent
favorables à court terme, mais à moyen terme, elles sont sensibles
aux cours futurs du pétrole». Il est soutenu, en effet, que la
croissance restera soutenue à court terme par des dépenses publiques
élevées et l’accélération du programme d’investissement de la
compagnie nationale d’hydrocarbures. Entendre par là que c’est
encore et toujours grâce au pétrole que l’économie du pays sera en
mesure de tourner.
En revanche, la
production d’hydrocarbures devrait s’accroître du fait du
redressement de l’économie mondiale, contribuant à une croissance
globale qui devrait avoisiner 4,5%, tandis que le PIB hors
hydrocarbures pourrait progresser de 5,5% en 2010
Durant cette
année, la hausse attendue des cours mondiaux du pétrole entraînera,
selon les prévisions, une amélioration des soldes extérieurs et
budgétaires, même si ces derniers resteraient bien en deçà des
excédents enregistrés ces dernières années. Mais le FMI avertit
surtout qu’un ralentissement de l’économie mondiale et une nouvelle
baisse sensible des prix de l’énergie représenteraient des risques
de dégradation importants à moyen terme et à tous les niveaux :
affaiblissement de la position financière (risque d’érosion des
réserves de change et diminution des recettes budgétaires),
réduction des programmes d’investissement publics, sans compter un
fléchissement de la croissance et, en bout de course, une hausse du
chômage.
Se faisant
l’avocat du privé, le FMI appelle, pour prévenir les mauvais
scénarios, à des mesures visant à encourager le développement du
secteur privé et la diversification de l’économie. En plus clair, le
Fonds monétaire international pense que «les dépenses publiques à
elles seules ne peuvent assurer une croissance à long terme».
Et le FMI de dire
que «les réformes structurelles ont été timides et le climat des
affaires doit être amélioré», s’agissant sans doute de la décennie
passée, lors de laquelle les réformes libérales avaient été menées,
dans un sens nouveau, mais avec le même rythme que celui enregistré
du temps des conditionnalités du FMI (1994-1998).
D’ailleurs, le
rapport reconnaît que «les autorités ont pris diverses mesures pour
accroître la capacité de prêt du système bancaire et l’efficience
des dépenses publiques, y compris le relèvement du capital minimum
des banques, la réduction du niveau des créances non performantes au
moyen d’une restructuration financière des entreprises publiques, et
l’amélioration de la gestion et du système budgétaires». Cela dit,
et au vu du retard pris dans l’adhésion de l’Algérie à l’OMC et le
gel de certains volets de l’Accord d’association avec l’Union
européenne, le FMI souhaite que les dernières barrières contre le
libre-échange soient définitivement levées.
«la nouvelle
réglementation relative à l’investissement direct étranger et la
lenteur des négociations commerciales régionales et multilatérales
pourraient contraindre les efforts de l’Algérie visant à réaliser
une croissance diversifiée, durable et axée sur les exportations»,
note le rapport de consultation du FMI. Il n’a pas tort de dire que
«la perception du climat des affaires ne s’est pas améliorée et
reste classée en deçà de celle de la plupart des concurrents
régionaux».
Mais tout dépend,
n’est-ce pas, de quel point de vue on se place et le FMI a l’air de
ne porter que l’opinion du capital étranger devant lequel la saison
de la chasse aux bonnes affaires est terminée dans le marché
algérien.
Des faux
arguments contre la LFC 2009
Si le FMI a
octroyé de bonnes notes au gouvernement algérien sur plusieurs
aspects, il a néanmoins critiqué plusieurs des orientations de
celui-ci, les moins libérales bien sûr. Ainsi en est-il de la
décision du gouvernement algérien d’obliger tout investisseur
étranger à se trouver un associé algérien, à l’égard de laquelle le
FMI se montre parfaitement opposé. «Bien que les administrateurs
félicitent les autorités pour les efforts déployés afin d’améliorer
les infrastructures, ils soulignent que ces efforts ne suffisent pas
pour améliorer le climat d’investissement», lit-on dans le rapport
du FMI. Et ce dernier de dire, on ne peut plus clairement que «la
nouvelle réglementation relative aux projets d’investissements
directs étrangers pourrait décourager les investisseurs étrangers
d’ouvrir des filiales en Algérie, ce qui empêcherait un transfert de
technologie dont le pays a tant besoin».
A ce titre, le
Conseil d’administration du FMI n’a visiblement pas pris pas le
temps d’évaluer l’évolution de l’investissement étranger en Algérie,
un point sur lequel la partie algérienne a certainement du insister
lors du séjour de la délégation d’experts du FMI à Alger. C’est
qu’en 15 ans de libéralisation au pas de charge, le pays n’a vu se
multiplier que des représentations commerciales et des comptoirs
destinés à importer des produits finis et des biens de consommation
en provenance de l’étranger. Dans des secteurs comme le médicament,
l’agroalimentaire, la mécanique, l’électroménager, et d’autres, on
ne voit pas encore par où est passé ce transfert technologique que
continue de promettre le FMI. Pourquoi des firmes étrangères
vendraient-elles leurs brevets et leurs licences à des sociétés
algériennes, alors qu’elles n’ont rien de plus pressé que de les
voir fermer boutique et de pouvoir écouler paisiblement leurs
produits dans le marché algérien ? Cet argument du FMI, liant
l’investissement étranger au transfert technologique est non
seulement faux, mais il prête surtout le gouvernement algérien une
naïveté qu’il na certainement pas.
On peut développer
le même propos s’agissant de la politique du crédit. Le FMI
critique, on le sait, la suppression du crédit à la consommation et
voit en cette décision «un obstacle potentiel au développement du
secteur financier». Le FMI suggère d’ailleurs la levée de cette
interdiction», une fois la centrale des risques liés aux crédits aux
particuliers deviendra opérationnelle.
Là aussi, le FMI
ferme les yeux sur les raisons qui ont amené le gouvernement à
interdire aux banques de pratique le crédit à la consommation. Le
but du gouvernement n’est pas de protéger les établissements ni de
sécuriser la place financière, mais tout simplement de limiter les
importations superflues, en raison de la réduction des recettes
budgétaires dont le menaçait la crise mondiale. C’est un peu comme
si le FMI s’intéressait à la défense des intérêts des banquiers au
bénéfice de qui, non seulement il souhaite le rétablissement du
juteux crédit à la consommation, mais aussi que l’Etat les protège
et puise dans le Trésor public en cas d’impayés ! Et, dans le même
document, le FMI ne se soucie même pas de l’avenir du crédit
immobilier, alors que c’est là que se joue le bien être des
Algériens et qu’il est question de dépenser pour soutenir des
entreprises algériennes. Le fait est que l’approche du FMI, qu’on
pensait avoir été influencée, ne serait-ce qu’un peu, par la crise
mondiale, reste hermétique à tout ce qui n’est pas d’obédience
ultralibéral, monétariste pour ainsi dire. On peut étendre le même
raisonnement, s’il fallait encore une preuve, dans son analyse du
problème de surliquidités au niveau du secteur bancaire. Le FMI, qui
salue «la politique monétaire prudente des autorités qui a permis de
contenir les tensions inflationnistes», note en revanche que «la
liquidité abondante liée au secteur des hydrocarbures et aux
dépenses publiques requiert une vigilance continue». Il invite les
autorités à «resserrer la politique monétaire si les tensions
inflationnistes liées à cet excès de liquidité se matérialisaient».
Là- dessus, le FMI se fait avare de son expertise et s’abstient de
recommander une nouvelle politique du crédit qui soit de nature à
traiter les tensions inflationnistes dues aux surliquidités dans le
circuit bancaire et, dans le même temps, à distribuer du revenu aux
Algériens, à agir sur la demande et à favoriser l’investissement
local.
Non, loin de ces
solutions conformes à la réalité nationale, le FMI pense surtout que
le moment est venu de «relancer le processus de privatisation des
grandes banques publiques». Un conseil qui fait mine d’oublier que
l’ouverture du capital CPA a été abandonnée à cause de la crise
financière, en ce qu’elle pouvait drainer des actifs toxiques dans
le marché local, mais aussi parce que dans cette conjoncture, cela
n’aurait rapporté que des clopinettes. On ne comprend pas pourquoi
le FMI ne voit pas que ces conditions défavorables sont toujours là
et que le gouvernement a toutes les raisons de prendre son temps.
Par Nabil
Benali
Haut
Contre la hausse des salaires
Le Fonds monétaire
international intervient dans le débat actuel sur la hausse des
salaires, en penchant pour la version du gouvernement Ouyahia qui
dit redouter que l’inflation ne dérape en conséquence d’une trop
forte augmentation des revenus dans la Fonction publique.
Commentant les
dépenses publiques, le dernier rapport du FMI affirme, en effet, que
si ses experts «notent avec satisfaction que les autorités sont
déterminées à établir un ordre de priorité dans l’exécution des
programmes d’investissement public», ils recommandent de «contenir
fermement les dépenses courantes, en particulier la masse salariale,
afin de dégager une marge de manœuvre pour les coûts d’entretien
additionnels liés aux nouvelles infrastructures».
Pour ainsi dire,
le FMI recommande d’utiliser les enveloppes dégagées par le
gouvernement en vue de relever les salaires non plus au profit des
salariés, mais dans des fonds destinés à l’entretien, dans l’avenir,
des infrastructures réalisées à travers le pays. Une recommandation
qui n’a pas été très médiatisée, puisque le débat s’est attardé sur
le crédit à la consommation, alors qu’on aurait bien voulu entendre
le gouvernement sur cette question. Cela, d’autant que l’actualité
du front social bouillonne de grèves où la question salariale est au
cœur d’un bras de fer entre le gouvernement et ses fonctionnaires,
essentiellement dans l’éducation et la santé. Depuis plusieurs
années, le FMI se prononce contre toute hausse des salaires, après
avoir recommandé, dans la foulée du Plan d’ajustement structurel
(1994-1998), de bloquer les salaires, lesquels ont vu le Smig
plafonné à 6000 dinars près de 10 ans durant, alors que l’inflation
avançait à une moyenne de 12% par an. Ce n’est que dans les années
2000 que 10 autres années ont été nécessaires pour doubler le SNMG
et, malgré cela, le FMI trouve que les salaires ne doivent pas être
relevés. Il épouse, à ce titre, les voix qui pensent que les
salaires doivent être liés à la rentabilité, faisant ainsi l’impasse
sur la nécessité d’un rattrapage des salaires sans lequel le pouvoir
d’achat restera à son bas niveau actuel.
Par Nabil
Benali
Haut
Le nouveau plan d’investissements publics
Les ressorts
d’une audace mesurée
La consolidation
et la formalisation du nouveau plan d'investissement public qui
couvrira la période 2010-2014 sont en bonne voie au niveau des
structures déconcentrées (directions de wilayas, communes,
établissements publics…), cela, après que le Commissariat général à
la planification et à la prospective (CGPP) eut pris en charge en
2009 la partie conceptuelle du Plan où ont été définis les objectifs
et les orientations générales devant présider à la formulation des
projets sur le terrain.
Ce plan
d’investissement qui s’appuierait sur une enveloppe financière
pouvant aller de 150 à 200 milliards de dollars est censé constituer
le prolongement des deux premiers plans initiés par M.Abdelaziz
Bouteflika depuis son accession à la présidence de la République en
1999. Ce sont le PSRE (plan de soutien à la relance économique
couvrant la période 1999-2005) et le PCSC (plan complémentaire de
soutien à la croissance couvrant la période 2005-2010).
Le plan
quinquennal qui débute donc cette année est basé essentiellement,
comme les deux premiers plans, sur les investissements publics liés
aux infrastructures et équipements. Le nouveau plan bénéficie
apparemment d’une attention particulière de la part du gouvernement
dès sa phase de conception. Même si les premières esquisses de ce
plan ont été suggérées bien avant la réélection de Abdelaziz
Bouteflika en avril 2009, le dossier en tant que tel a été confié au
Commissariat général à la planification et à la prospective, organe
dirigé par l’économiste Sidi Ali Boukrami.
Mise à niveau
des infrastructures publiques
Les deux premiers
plans initiés par Bouteflika étaient basés sur le constat
irréfutable que le pays avait enregistré des retards considérables
dans les grandes infrastructures publiques et les équipements
sociaux, situation qui, en pénalisant dans l’immédiat les Algériens
dans leur vie la plus ordinaire, ne donnait au pays aucune chance
d’attirer des investissements privés (nationaux ou étrangers)
créateurs d’emplois et de richesses. Des zones industrielles
abandonnées à leur triste sort (parfois de simples terrains vagues
sans eau ni électricité), un réseau routier, autoroutier et ferré
saturé depuis des années et générant d’énormes surcoûts économiques,
des ports étouffés par le volume des flux à l’importation, des
centaines de millions de mètres cubes d’eaux pluviales perdues dans
la mer au moment où les populations criaient dans l’émeute leur soif
et les périmètres irrigués se réduisaient en peau de chagrin… et la
liste des insuffisances est longue à dresser pour un pays auquel la
décennie du terrorisme a valu aussi la perte de plusieurs
infrastructures publiques (ponts détruits, écoles et bureaux
incendiés, poteaux électriques et pylônes sciés, lignes
téléphoniques coupées et câbles subtilisés …).
La vision qui a
donc prédominé dans le lancement des deux premiers plans était celle
tendant à la réhabilitation des infrastructures publiques pour
l’intérêt de la collectivité nationale d’une part, et leur mise à
niveau qualitative et quantitative pour donner au pays les
qualifications et les prédispositions à recevoir les capitaux
d’investissements particulièrement dans le cadre de la petite et
moyenne entreprise.
Ce sont
généralement des ouvrages et des équipements que, partout dans le
monde, seule la collectivité est en mesure de consentir via les
investissements publics.
Il est vrai que
les économies modernes, qu’elles soient celles des pays développés
ou celles des pays dits émergents, sont basées essentiellement sur
la gestion de l’entreprise. Les autres secteurs, consommateurs
d’argent, font partie de la politique générale de l’État consistant
à réaliser les grands ouvrages hydrauliques, les routes, les ports,
les chemins de fer ; à organiser son administration, son armée et
son école, et aussi à orienter les flux des transferts sociaux
(soutiens publics à des secteurs fragiles, aide à certaines franges
de la population…). Cette politique de l’État matérialisée par la
confection d’un budget repose justement sur la fiscalité issue de
l’activité des entreprises. C’est cette plus-value sociale qui est
redistribuée à la nation sous forme de services et de différentes
prestations.
Pour sortir de la
logique rentière mortelle dans laquelle elle évolue depuis quatre
décennies, l’Algérie est appelée à s’engager de plus en plus
hardiment dans une vraie politique d’entreprise, génératrice de
richesses, d’emplois et de revenus fiscaux.
Défaut de la
cuirasse : la maîtrise des projets
La mise en œuvre
des deux premiers plans d’investissements publics a donné lieu à un
certain nombre d’observations et d’enseignements que certains
analystes ont révélés à temps, c’est-à-dire avant la phase
d’exécution. Pour le prochain plan, les autorités du pays tiennent à
s’entourer d’un maximum de précautions avant la mise en œuvre sur le
terrain.
Au milieu des
années 2000, des spécialistes en économie et management ont reproché
au gouvernement une forme de précipitation dans la mise en œuvre de
ces deux premiers plans. En effet, comme le note le docteur Abdelhak
Amiri, PDG de l’INSIM, un plan de développement de cette envergure
réclame un minimum d’études, de formation du personnel et de mise à
niveau des entreprises, quitte, pour cela, à retarder d’une année le
lancement des chantiers. De son côté, Abdellatif Benachenhou, alors
ministre des Finances, déplora devant les députés que les
entreprises algériennes de réalisation n’aient pas les capacités et
le background nécessaires pour se déployer dans le cadre des
gigantesques plans de développement mis en œuvre au titre des
investissements publics orientés vers la réhabilitation et la
promotion des infrastructures de base et des équipements publics.
Tel que présenté
par le Commissariat général à la planification et à la prospective
dans son ‘’aide méthodologique’’, le programme public
d’investissement pour 2010-2014 paraît bénéficier dès sa conception
du regard et de l’expertise de cette nouvelle institution. Ce n’est,
en fin de compte, qu’une juste appréhension des enjeux et une leçon
tirée des deux premiers plans lancés depuis 1999. L’importance d’une
telle démarche apparaît au grand jour lorsqu’on connaît le contexte
dans lequel un tel programme est esquissé.
Le spectre de la
crise mondiale qui, insidieusement depuis 2007 et ouvertement depuis
l’été 2008, a ébranlé le monde de la finance et des affaires, n’a
pas manqué de montrer ses ‘’crocs’’ et de menacer les pays en
développement. L’économie algérienne se montre, dans cette situation
de recul de la consommation mondiale d’énergie et de récession des
places financières mondiales, plus fragile que jamais du fait que sa
mono-exportation, le pétrole, subit fortement les aléas des marchés
mondiaux. Les chiffres de l’année 2009 sont, à ce titre, éloquents
quant au recul des recettes pétrolières évaluées à la moitié des
recettes de l’année 2008. Même si les réserves de change sont assez
conséquentes du fait de l’embellie financière générée par le fort
prix du baril pendant plus de cinq années successives, leur
utilisation est censée obéir à une logique de ‘’guerre’’ économique
d’autant plus qu’aucun responsable ou expert de la finance
internationale ne peut se hasarder sur un pronostic de l’évolution
immédiate de la crise ni sur sa durée. À l’automne dernier, le
Premier ministre, Ahmed Ouyahia, explique l’inquiétude des autorités
algériennes en ces termes : «Le système bancaire national, du fait
de son retard, est relativement épargné. L’économie nationale
cependant risque d’en pâtir à cause du ralentissement de la
croissance mondiale engendré par cette crise, notamment la baisse de
la demande sur le pétrole, dont les exportations constituant la
quasi-totalité des ressources en devises de l’Algérie. L’Algérie
fonctionne à un baril de 67 dollars».
En tout cas, les
vertus du ‘’miracle’’ pétrolier montrent de plus en plus leurs
limites.
Une «aide
méthodologique» pour l’élaboration des projets
L’économie
algérienne s’appuyant d’une façon dominante sur les ressources
énergétiques, elle se trouve par conséquent sommée de se remettre en
cause et d’imaginer une stratégie efficace de diversification de ses
recettes budgétaires. Il serait sans doute intéressant de rappeler
que cette préoccupation n’a pas échappé aux autorités politiques du
pays. Pour preuve, le gouvernement Ouyahia avait fixé, en 1998 déjà,
un seuil minimal d’exportation hors hydrocarbures équivalent à 2
milliards de dollars. Ironie de l’histoire – une histoire faite
d’instabilité, d’insécurité et de chamboulements de priorités –, ce
n’est que dix années plus tard que l’on s’est rapproché de ce
chiffre. On est vraiment loin des potentialités économiques du pays
qui peuvent et doivent être mobilisées dans les secteurs de
l’agriculture, du tourisme, de l’agroalimentaire et de l’artisanat.
À titre d’illustration, lors de la dernière réunion, en 2009, des
Chambres de l’artisanat et des métiers, les responsables de ce
secteurs ont parié sur la possibilité de le développer – si les
conditions d’une stratégie nationale sont mises en place – de façon
à ce que ce créneau puisse, à l’horizon 2025, générer 2 millions
d’emplois.
Des officiels et
des experts indépendants ont, en tout cas, exprimé leurs
appréhensions dans le cas où la crise financière mondiale s’étendait
sur un intervalle de temps assez long. Ses effets ne seront pas
circonscrits seulement au niveau de l’économie ‘’domestique’’ faite
d’importation de produits alimentaires, médicaments, semi-produits
industriels et pièces de rechange, mais s’étendront aux grands
investissements publics.
Au regard de la
conjoncture mondiale peu favorable, les autorités économiques du
pays, tout en tenant à poursuivre l’effort dans la mise en place
d’investissements publics destinés à renforcer les infrastructures
et les équipements, tiennent également à baliser le chemin et à
mieux encadrer le plan de ces investissements.
Le document
portant sur l’ «Aide méthodologique pour la conception du programme
public d’investissement pour 2010-2014» élaboré par le Commissariat
général à la planification et à la prospective se décline en 16
pages où se retrouvent les orientations méthodologiques et les
tableaux les accompagnant. Il a été transmis, en avril 2009, pour
‘’évaluation et propositions’’, aux 48 walis par les services du
ministère de l’Intérieur et des Collectivités locales.
Le Premier
ministre, Ahmed Ouyahia, a déjà transmis en 2008 et en 2009 deux
instructions aux ministres et aux walis en vue de bien encadrer la
préparation du programme public d’investissement 2010-2014. Et c’est
dans cet esprit que Karim Djoudi, ministre des Finances, a saisi
l’année dernière le ministère de l’Intérieur en expliquant dans sa
correspondance que «dans sa conception, le prochain programme devra
s’attacher à assainir la situation des projets inscrits et non
encore achevés dans le cadre du PSRE et du PCSC».
Le prochain
programme mettra également l’accent, d’après les termes du ministre
des Finances, sur «la valorisation du patrimoine existant, sans
négliger d’accroître le parc des infrastructures publiques pour
répondre aux besoins socioéconomiques».
Le document
d’orientation élaboré par le Commissariat à la planification et à la
prospective se donne pour objectif de fournir à l’ensemble des
administrations centrales et locales «les indications jugées
nécessaires à la préparation du programme d’investissement public
pour la période 2010-2014». Ces orientations, sous forme de
directives méthodologiques, «tiennent compte des expériences des
programmes antérieurs exécutés pendant la période 2001-2004 (PSRE)
et 2005-2009 (PCSC)». Ces indications permettront, d’ «homogénéiser
les approches de l’ensemble des ministères et administrations des
wilayas pour la conception de leurs programmes d’investissement». Il
s’agit, d’après les concepteurs de la méthodologie, de ‘’contribuer
à l’amélioration du processus décisionnel’’ relatif à ce Plan et,
également, d’ ‘’identifier les effets attendus sur l’emploi direct
et indirect, sur les revenus salariaux et non salariaux et, enfin,
sur la croissance’’.
Eviter les
surcoûts et les gaspillages
Le Commissariat à
la planification et à la prospective juge que « la situation
actuelle des finances publiques ainsi que les perspectives pour les
prochaines années permettent d’envisager encore un programme
pluriannuel d’investissement public relativement consistant. La
réalisation des projets du PSRE et du PCSC a permis d’établir des
constats et de relever les forces et les faiblesses de notre système
de préparation et d’exécution du budget d’équipement de l’État et
des collectivités locales».
Si le CGPP fait
état d’une certaine ‘’expérience’’ que l’administration algérienne
aurait acquise en matière de procédures dans la mise en œuvre des
deux premiers plans, il relève néanmoins des faiblesses et des
lacunes dont les principales citées sont : la prédominance de la
vision de projet sur celle de programme, la multiplicité des
objectifs, la maturation insuffisante des projets, l’appréciation
souvent erronée des capacités de réalisation et la non prise en
compte des dépenses récurrentes dans l’évaluation. Ces incohérences
se traduisent, ajoute le Commissariat général à la planification et
à la prospective, par des «surcoûts et un gaspillage des deniers de
l’État». Cette conclusion rejoint l’observation qu’Ahmed Ouyahia a
faite l’année dernière lorsqu’il expliqua que «les structures de
l’État n’ont jamais eu à gérer autant d’argent. Ceci a engendré du
gaspillage, un comportement, je dirai, d’enfant gâté, en plus de
l’existence de la corruption et de détournements, conjugués aux
effets de la crise nationale que l’Algérie a subie, qui a fait que
des groupes d’intérêts se sont renforcés et ont engrangé des gains
illicites».
Pour lui assurer
rationalité, cohérence et efficacité, le programme projeté pour le
prochain quinquennat devra tenir compte, selon la feuille de route
tracée par le Commissariat à la planification et à la prospective,
de quelques paramètres importants, à savoir entre autres :
l’importance des programmes en cours, la capacité d’absorption des
investissements publics du secteur ou de la wilaya, des objectifs à
atteindre en matière de développement économique et social, la
capacité à gérer les risques et éventuelles contraintes, les
conditions préalables à la réalisation et la viabilité économique et
financière des projets.
Le but assigné à
cette démarche, par la combinaison de ces éléments, est que «le
calibrage des programmes sectoriels et locaux fasse de ces éléments
des ensembles de projets cohérents, réalistes et réalisables dans
des délais raisonnables et à des coûts acceptables. Il ne s’agit, ni
plus ni moins, que de tenir compte des expériences récentes vécues
lors de la conception et de la réalisation du PSRE, du PCSC ainsi
que du programme d’investissement courant de l’État dans ses
composantes centralisée, déconcentrée et des plans communaux de
développement».
Quelle part
pour les entreprises algériennes ?
Dans le schéma de
préparation du Plan, il est demandé aux administrations d’
«encourager et de privilégier l’intervention des entreprises
nationales, en conformité et dans le cadre des marchés publics (à
hauteur de 15 %)», ainsi que de mobiliser, pour chaque projet, les
moyens budgétaires consacrés à la formation (jusqu’à 5 %). Ce sont
là deux visions novatrices majeures tirées des leçons des deux
premiers plans, lesquels se sont heurtés d’une façon frontale aux
problèmes d’impréparation – sur le plan technique et matériel – des
entreprises de réalisation algériennes, qu’elles soient publiques ou
privées, et de formation du personnel. Le déficit de formation se
retrouve aussi bien dans le corps technique des entreprises que des
administrations maîtres de l’ouvrage chargées du suivi et du
contrôle des travaux.
«Les ressources
humaines de qualité et expérimentées, capables de manager de tels
projets, ont diminué. La question se pose alors de savoir comment
gérer tous ces projets de manière efficace et coordonnée tant au
plan technique qu’au plan financier. Les projets décentralisés, et
ils sont les plus nombreux, sont les plus complexes à gérer, les
Algériens connaissant le sous-encadrement qui caractérise nos
collectivités locales. De leur côté, les entreprises algériennes de
réalisation n’ont pas une réputation de performance et de
compétitivité et l’immense marché qui est offert par l’État à
l’occasion de ce Plan risque de leur échapper. Le multiplicateur
jouera à l’extérieur. À moins que toutes nos entrepreneurs prennent
conscience qu’il y a là, pour eux, une occasion qui ne se répétera
probablement pas, de lancer, pour chacune d’entre elles, des
programmes de mise à niveau et de redressement interne» (…)
«Maturation des
projets, mise en réalisation, suivi de chantiers, réception des
ouvrages, toutes ces opérations exigent une grande compétence et une
grande mobilisation des autorités locales. Pilotage central, vision
globale et opérations de correction nécessitent une structure
centrale performante du suivi et de l’exécution. Ces conditions de
bonne exécution des différents programmes ne sont, hélas, pas
réunies aujourd’hui», déplorait l’économiste Abdelmadjid Bouzidi en
2005.
D’autres analystes
avaient émis la proposition de consacrer une partie de l’enveloppe
financière à la formation de la ressource humaine (université,
centre de formation,…) de façon à assurer des prestations de
qualité. Une autre partie du montant global serait consacrée à la
qualification des entreprises de réalisation et à la création d’un
tissu de PME-PMI capables de prendre en charge un grand nombre de
projets au lieu de les attribuer à des entreprises étrangères chez
lesquelles les entreprises algériennes iraient quémander des miettes
de sous-traitance sans aucun transfert technologique.
Il est évident
que, sur le plan réglementaire, la donne a changé par rapport à 1999
et à 2005 du fait du recentrage opéré par le gouvernement depuis le
début de l’année 2009 dans le domaine de l’intervention des
partenaires étrangers (participation algérienne au capital des
entreprises candidates au partenariat, soumission aux impôts des
dividendes rapatriés, soumission à l’IRG des salaires des ouvriers
étrangers exerçant en Algérie, préférence nationale de plus en plus
assumée dans la passation des marchés publics …etc.).
Néanmoins, cela
suffira-t-il face à un déficit de formation et de management qui
grève une grande partie des entreprises algériennes et face aussi au
manque d’études qui caractérise certains secteurs de l’économie
algérienne appelés pourtant à bénéficier de grands budgets dans le
cadre de ce plan d’investissement ?
Par Saâd
Taferka
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