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Semaine du 3 au 9 mars 20109

 

Dans une évaluation de la politique économique de l’Algérie

Le FMI au secours des opérateurs étrangers

Contre la hausse des salaires

Le nouveau plan d’investissements publics

Les ressorts d’une audace mesurée

 

 

 

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Dans une évaluation de la politique économique de l’Algérie

Le FMI au secours des opérateurs étrangers

Le FMI reste égal à ses idéaux libéraux pour dire au gouvernement algérien que les programmes d'investissements publics ne suffisent pas à protéger une économie mono-exportatrice, mais qu'il doit opérer des réformes structurelles encourageant le secteur privé.

Les consultations du Conseil d’administration du Fonds monétaire international (FMI) au titre de l’article IV avec l’Algérie ont été conclues en janvier et leurs conclusions rendues publiques en février dernier.

Globalement, le FMI constate que l’Algérie opère une bonne gestion de ses recettes en hydrocarbures, mais note qu’il n’y a encore aucun changement structurel dans l’économie algérienne, qui reste tributaire de ses exportations de pétrole et de gaz, alors que le chômage des jeunes reste élevé. «L’Algérie a connu plusieurs années de fortes performances économiques tirées par les dépenses publiques, mais elle reste confrontée à des défis importants. La croissance hors hydrocarbures a été vigoureuse, l’inflation est restée faible et l’État a accumulé une épargne considérable dans le Fonds de régulation des recettes (FRR) pour financer un vaste programme d’investissement public (PIP) tout en ramenant les dettes publique et extérieure à de très bas niveaux», écrit le rapport du FMI, dans le chapitre des bons points. Du reste, le rapport ajoute que «la politique de taux de change de l’Algérie est compatible avec la stabilité extérieure à moyen terme» et souscrit à l’évaluation des services du FMI selon laquelle le taux de change correspond dans l’ensemble aux paramètres économiques fondamentaux. Néanmoins, «les administrateurs encouragent vivement les autorités à accélérer les réformes structurelles pour améliorer la compétitivité extérieure». Ils encouragent les autorités à «accélérer la réforme du secteur financier pour renforcer et améliorer l’efficience des institutions financières».  Sur un autre versant, il est aussi relevé que «la baisse de la demande mondiale d’hydrocarbures a mis en avant les vulnérabilités de l’Algérie : en dépit du redressement récent des cours du pétrole et de l’amélioration des perspectives financières à moyen terme, l’économie reste trop tributaire des exportations d’hydrocarbures, le chômage, bien qu’en baisse, reste relativement élevé, et la productivité ainsi que le climat des affaires accusent du retard par rapport aux principaux partenaires commerciaux». Il est vrai que la croissance hors hydrocarbures et la création d’emplois sont soutenues dans une large mesure par les dépenses publiques, avec le plan présidentiel de soutien à la croissance, doté de 200 milliards de dollars sur 5 ans. Le FMI continue, lui, de soutenir qu’il y a urgence à accélérer les réformes structurelles pour diversifier l’économie et permettre l’émergence d’un secteur privé compétitif et orienté vers l’extérieur.

Ses experts arrivent à cette conclusion dans l’étude de la réaction de l’Algérie face au ralentissement de l’économie mondiale. Certes, le pays, constate le FMI, démarre à partir d’une position relativement solide. Selon les chiffres présentés par le gouvernement, la croissance dans le secteur des hydrocarbures atteindra probablement 9% en 2009, grâce à une excellente récolte de céréales et à la vigueur persistante des secteurs des services et de la construction portés par le PIP. Cela dit, la production d’hydrocarbures continuera de diminuer cette année (de 6 à 7%) en raison du fléchissement de la demande mondiale, ce qui ramènera la croissance globale aux alentours de 2%.

Mais le pire, c’est cette inflation en glissement, qui a atteint 5,8% sur un an en septembre 2009 en raison d’une hausse de 25% des prix des produits alimentaires frais. Une inflation qui aurait été causée par «des défaillances structurelles dans la chaîne de l’offre». Ce qui est, visiblement, une autre façon de parler des spéculateurs sur lesquels le gouvernement n’a aucune emprise.

Selon le FMI, l’inflation devrait s’établir au-dessous de 5% si les prix des produits alimentaires frais se stabilisent. Mais rien ne le dit, hélas ! puisque le gouvernement tarde à prendre les mesures énergiques qui s’imposent depuis quelques années déjà.

Toujours au plan macro-économique, il est noté que grâce à un léger excédent des transactions courantes, les réserves officielles ont augmenté de 3 milliards de dollars depuis fin 2008, pour atteindre 146 milliards de dollars fin septembre 2009 (soit trois années d’importations). Du fait de la diminution des recettes tirées des hydrocarbures, l’Algérie affichera un déficit budgétaire de 8% du PIB en 2009, après un excédent de 8 % en 2008. Ce déficit devrait être financé dans une large mesure par des ressources non bancaires intérieures. Par ailleurs, le taux de change effectif réel est resté proche de son niveau d’équilibre.

Dans sa lecture de ce tableau de bord, le FMI annonce que «les perspectives restent favorables à court terme, mais à moyen terme, elles sont sensibles aux cours futurs du pétrole». Il est soutenu, en effet, que la croissance restera soutenue à court terme par des dépenses publiques élevées et l’accélération du programme d’investissement de la compagnie nationale d’hydrocarbures. Entendre par là que c’est encore et toujours grâce au pétrole que l’économie du pays sera en mesure de tourner.

En revanche, la production d’hydrocarbures devrait s’accroître du fait du redressement de l’économie mondiale, contribuant à une croissance globale qui devrait avoisiner 4,5%, tandis que le PIB hors hydrocarbures pourrait progresser de 5,5% en 2010

Durant cette année, la hausse attendue des cours mondiaux du pétrole entraînera, selon les prévisions, une amélioration des soldes extérieurs et budgétaires, même si ces derniers resteraient bien en deçà des excédents enregistrés ces dernières années. Mais le FMI avertit surtout qu’un ralentissement de l’économie mondiale et une nouvelle baisse sensible des prix de l’énergie représenteraient des risques de dégradation importants à moyen terme et à tous les niveaux : affaiblissement de la position financière (risque d’érosion des réserves de change et diminution des recettes budgétaires), réduction des programmes d’investissement publics, sans compter un fléchissement de la croissance et, en bout de course, une hausse du chômage.

Se faisant l’avocat du privé, le FMI appelle, pour prévenir les mauvais scénarios, à des mesures visant à encourager le développement du secteur privé et la diversification de l’économie. En plus clair, le Fonds monétaire international pense que «les dépenses publiques à elles seules ne peuvent assurer une croissance à long terme».

Et le FMI de dire que «les réformes structurelles ont été timides et le climat des affaires doit être amélioré», s’agissant sans doute de la décennie passée, lors de laquelle les réformes libérales avaient été menées, dans un sens nouveau, mais avec le même rythme que celui enregistré du temps des conditionnalités du FMI (1994-1998).

D’ailleurs, le rapport reconnaît que «les autorités ont pris diverses mesures pour accroître la capacité de prêt du système bancaire et l’efficience des dépenses publiques, y compris le relèvement du capital minimum des banques, la réduction du niveau des créances non performantes au moyen d’une restructuration financière des entreprises publiques, et l’amélioration de la gestion et du système budgétaires». Cela dit, et au vu du retard pris dans l’adhésion de l’Algérie à l’OMC et le gel de certains volets de l’Accord d’association avec l’Union européenne, le FMI souhaite que les dernières barrières contre le libre-échange soient définitivement levées.

«la nouvelle réglementation relative à l’investissement direct étranger et la lenteur des négociations commerciales régionales et multilatérales pourraient contraindre les efforts de l’Algérie visant à réaliser une croissance diversifiée, durable et axée sur les exportations», note le rapport de consultation du FMI. Il n’a pas tort de dire que «la perception du climat des affaires ne s’est pas améliorée et reste classée en deçà de celle de la plupart des concurrents régionaux».

Mais tout dépend, n’est-ce pas, de quel point de vue on se place et le FMI a l’air de ne porter que l’opinion du capital étranger devant lequel la saison de la chasse aux bonnes affaires est terminée dans le marché algérien.

Des faux arguments contre la LFC 2009

Si le FMI a octroyé de bonnes notes au gouvernement algérien sur plusieurs aspects, il a néanmoins critiqué plusieurs des orientations de celui-ci, les moins libérales bien sûr. Ainsi en est-il de la décision du gouvernement algérien d’obliger tout investisseur étranger à se trouver un associé algérien, à l’égard de laquelle le FMI se montre parfaitement opposé. «Bien que les administrateurs félicitent les autorités pour les efforts déployés afin d’améliorer les infrastructures, ils soulignent que ces efforts ne suffisent pas pour améliorer le climat d’investissement», lit-on dans le rapport du FMI. Et ce dernier de dire, on ne peut plus clairement que «la nouvelle réglementation relative aux projets d’investissements directs étrangers pourrait décourager les investisseurs étrangers d’ouvrir des filiales en Algérie, ce qui empêcherait un transfert de technologie dont le pays a tant besoin».

A ce titre, le Conseil d’administration du FMI n’a visiblement pas pris pas le temps d’évaluer l’évolution de l’investissement étranger en Algérie, un point sur lequel la partie algérienne a certainement du insister lors du séjour de la délégation d’experts du FMI à Alger. C’est qu’en 15 ans de libéralisation au pas de charge, le pays n’a vu se multiplier que des représentations commerciales et des comptoirs destinés à importer des produits finis et des biens de consommation en provenance de l’étranger. Dans des secteurs comme le médicament, l’agroalimentaire, la mécanique, l’électroménager, et d’autres, on ne voit pas encore par où est passé ce transfert technologique que continue de promettre le FMI. Pourquoi des firmes étrangères vendraient-elles leurs brevets et leurs licences à des sociétés algériennes, alors qu’elles n’ont rien de plus pressé que de les voir fermer boutique et de pouvoir écouler paisiblement leurs produits dans le marché algérien ? Cet argument du FMI, liant l’investissement étranger au transfert technologique est non seulement faux, mais il prête surtout le gouvernement algérien une naïveté qu’il na certainement pas.

On peut développer le même propos s’agissant de la politique du crédit. Le FMI critique, on le sait, la suppression du crédit à la consommation et voit en cette décision «un obstacle potentiel au développement du secteur financier». Le FMI suggère d’ailleurs la levée de cette interdiction», une fois la centrale des risques liés aux crédits aux particuliers deviendra opérationnelle.

Là aussi, le FMI ferme les yeux sur les raisons qui ont amené le gouvernement à interdire aux banques de pratique le crédit à la consommation. Le but du gouvernement n’est pas de protéger les établissements ni de sécuriser la place financière, mais tout simplement de limiter les importations superflues, en raison de la réduction des recettes budgétaires dont le menaçait la crise mondiale. C’est un peu comme si le FMI s’intéressait à la défense des intérêts des banquiers au bénéfice de qui, non seulement il souhaite le rétablissement du juteux crédit à la consommation, mais aussi que l’Etat les protège et puise dans le Trésor public en cas d’impayés ! Et, dans le même document, le FMI ne se soucie même pas de l’avenir du crédit immobilier, alors que c’est là que se joue le bien être des Algériens et qu’il est question de dépenser pour soutenir des entreprises algériennes. Le fait est que l’approche du FMI, qu’on pensait avoir été influencée, ne serait-ce qu’un peu, par la crise mondiale, reste hermétique à tout ce qui n’est pas d’obédience ultralibéral, monétariste pour ainsi dire. On peut étendre le même raisonnement, s’il fallait encore une preuve, dans son analyse du problème de surliquidités au niveau du secteur bancaire. Le FMI, qui salue «la politique monétaire prudente des autorités qui a permis de contenir les tensions inflationnistes», note en revanche que «la liquidité abondante liée au secteur des hydrocarbures et aux dépenses publiques requiert une vigilance continue». Il invite les autorités à «resserrer la politique monétaire si les tensions inflationnistes liées à cet excès de liquidité se matérialisaient». Là- dessus, le FMI se fait avare de son expertise et s’abstient de recommander une nouvelle politique du crédit qui soit de nature à traiter les tensions inflationnistes dues aux surliquidités dans le circuit bancaire et, dans le même temps, à distribuer du revenu aux Algériens, à agir sur la demande et à favoriser l’investissement local.

Non, loin de ces solutions conformes à la réalité nationale, le FMI pense surtout que le moment est venu de «relancer le processus de privatisation des grandes banques publiques». Un conseil qui fait mine d’oublier que l’ouverture du capital CPA a été abandonnée à cause de la crise financière, en ce qu’elle pouvait drainer des actifs toxiques dans le marché local, mais aussi parce que dans cette conjoncture, cela n’aurait rapporté que des clopinettes. On ne comprend pas pourquoi le FMI ne voit pas que ces conditions défavorables sont toujours là et que le gouvernement a toutes les raisons de prendre son temps. 

Par Nabil Benali

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Contre la hausse des salaires

Le Fonds monétaire international intervient dans le débat actuel sur la hausse des salaires, en penchant pour la version du gouvernement Ouyahia qui dit redouter que l’inflation ne dérape en conséquence d’une trop forte augmentation des revenus dans la Fonction publique.

Commentant les dépenses publiques, le dernier rapport du FMI affirme, en effet, que si ses experts «notent avec satisfaction que les autorités sont déterminées à établir un ordre de priorité dans l’exécution des programmes d’investissement public», ils recommandent de «contenir fermement les dépenses courantes, en particulier la masse salariale, afin de dégager une marge de manœuvre pour les coûts d’entretien additionnels liés aux nouvelles infrastructures».

Pour ainsi dire, le FMI recommande d’utiliser les enveloppes dégagées par le gouvernement en vue de relever les salaires non plus au profit des salariés, mais dans des fonds destinés à l’entretien, dans l’avenir, des infrastructures réalisées à travers le pays. Une recommandation qui n’a pas été très médiatisée, puisque le débat s’est attardé sur le crédit à la consommation, alors qu’on aurait bien voulu entendre le gouvernement sur cette question. Cela, d’autant que l’actualité du front social bouillonne de grèves où la question salariale est au cœur d’un bras de fer entre le gouvernement et ses fonctionnaires, essentiellement dans l’éducation et la santé. Depuis plusieurs années, le FMI se prononce contre toute hausse des salaires, après avoir recommandé, dans la foulée du Plan d’ajustement structurel (1994-1998), de bloquer les salaires, lesquels ont vu le Smig plafonné à 6000 dinars près de 10 ans durant, alors que l’inflation avançait à une moyenne de 12% par an. Ce n’est que dans les années 2000 que 10 autres années ont été nécessaires pour doubler le SNMG et, malgré cela, le FMI trouve que les salaires ne doivent pas être relevés. Il épouse, à ce titre, les voix qui pensent que les salaires doivent être liés à la rentabilité, faisant ainsi l’impasse sur la nécessité d’un rattrapage des salaires sans lequel le pouvoir d’achat restera à son bas niveau actuel.

Par Nabil Benali

 

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Le nouveau plan d’investissements publics

Les ressorts d’une audace mesurée

La consolidation et la formalisation du nouveau plan d'investissement public qui couvrira la période 2010-2014 sont en bonne voie au niveau des structures déconcentrées (directions de wilayas, communes, établissements publics…), cela, après que le Commissariat général à la planification et à la prospective (CGPP) eut pris en charge en 2009 la partie conceptuelle du Plan où ont été définis les objectifs et les orientations générales devant présider à la formulation des projets sur le terrain.

Ce plan d’investissement qui s’appuierait sur une enveloppe financière pouvant aller de 150 à 200 milliards de dollars est censé constituer le prolongement des deux premiers plans initiés par M.Abdelaziz Bouteflika depuis son accession à la présidence de la République en 1999. Ce sont le PSRE (plan de soutien à la relance économique couvrant la période 1999-2005) et le PCSC (plan complémentaire de soutien à la croissance couvrant la période 2005-2010).

Le plan quinquennal qui débute donc cette année est basé essentiellement, comme les deux premiers plans, sur les investissements publics liés aux infrastructures et équipements. Le nouveau plan bénéficie apparemment d’une attention particulière de la part du gouvernement dès sa phase de conception. Même si les premières esquisses de ce plan ont été suggérées bien avant la réélection de Abdelaziz Bouteflika en avril 2009, le dossier en tant que tel a été confié au Commissariat général à la planification et à la prospective, organe dirigé par l’économiste Sidi Ali Boukrami.

Mise à niveau des infrastructures publiques

Les deux premiers plans initiés par Bouteflika étaient basés sur le constat irréfutable que le pays avait enregistré des retards considérables dans les grandes infrastructures publiques et les équipements sociaux, situation qui, en pénalisant dans l’immédiat les Algériens dans leur vie la plus ordinaire, ne donnait au pays aucune chance d’attirer des investissements privés (nationaux ou étrangers) créateurs d’emplois et de richesses. Des zones industrielles abandonnées à leur triste sort (parfois de simples terrains vagues sans eau ni électricité), un réseau routier, autoroutier et ferré saturé depuis des années et générant d’énormes surcoûts économiques, des ports étouffés par le volume des flux à l’importation, des centaines de millions de mètres cubes d’eaux pluviales perdues dans la mer au moment où les populations criaient dans l’émeute leur soif et les périmètres irrigués se réduisaient en peau de chagrin… et la liste des insuffisances est longue à dresser pour un pays auquel la décennie du terrorisme a valu aussi la perte de plusieurs infrastructures publiques (ponts détruits, écoles et bureaux incendiés, poteaux électriques et pylônes sciés, lignes téléphoniques coupées et câbles subtilisés …).

La vision qui a donc prédominé dans le lancement des deux premiers plans était celle tendant à la réhabilitation des infrastructures publiques pour l’intérêt de la collectivité nationale d’une part, et leur mise à niveau qualitative et quantitative pour donner au pays les qualifications et les prédispositions à recevoir les capitaux d’investissements particulièrement dans le cadre de la petite et moyenne entreprise.

Ce sont généralement des ouvrages et des équipements que, partout dans le monde, seule la collectivité est en mesure de consentir via les investissements publics.

Il est vrai que les économies modernes, qu’elles soient celles des pays développés ou celles des pays dits émergents, sont basées essentiellement sur la gestion de l’entreprise. Les autres secteurs, consommateurs d’argent, font partie de la politique générale de l’État consistant à réaliser les grands ouvrages hydrauliques, les routes, les ports, les chemins de fer ; à organiser son administration, son armée et son école, et aussi à orienter les flux des transferts sociaux (soutiens publics à des secteurs fragiles, aide à certaines franges de la population…). Cette politique de l’État matérialisée par la confection d’un budget repose justement sur la fiscalité issue de l’activité des entreprises. C’est cette plus-value sociale qui est redistribuée à la nation sous forme de services et de différentes prestations.

Pour sortir de la logique rentière mortelle dans laquelle elle évolue depuis quatre décennies, l’Algérie est appelée à s’engager de plus en plus hardiment dans une vraie politique d’entreprise, génératrice de richesses, d’emplois et de revenus fiscaux.

Défaut de la cuirasse : la maîtrise des projets

La mise en œuvre des deux premiers plans d’investissements publics a donné lieu à un certain nombre d’observations et d’enseignements que certains analystes ont révélés à temps, c’est-à-dire avant la phase d’exécution. Pour le prochain plan, les autorités du pays tiennent à s’entourer d’un maximum de précautions avant la mise en œuvre sur le terrain.

Au milieu des années 2000, des spécialistes en économie et management ont reproché au gouvernement une forme de précipitation dans la mise en œuvre de ces deux premiers plans. En effet, comme le note le docteur Abdelhak Amiri, PDG de l’INSIM, un plan de développement de cette envergure réclame un minimum d’études, de formation du personnel et de mise à niveau des entreprises, quitte, pour cela, à retarder d’une année le lancement des chantiers. De son côté, Abdellatif Benachenhou, alors ministre des Finances, déplora devant les députés que les entreprises algériennes de réalisation n’aient pas les capacités et le background nécessaires pour se déployer dans le cadre des gigantesques plans de développement mis en œuvre au titre des investissements publics  orientés vers la réhabilitation et la promotion des infrastructures de base et des équipements publics.

Tel que présenté par le Commissariat général à la planification et à la prospective dans son ‘’aide méthodologique’’, le programme public d’investissement pour 2010-2014 paraît bénéficier dès sa conception du regard et de l’expertise de cette nouvelle institution. Ce n’est, en fin de compte, qu’une juste appréhension des enjeux et une leçon tirée des deux premiers plans lancés depuis 1999. L’importance d’une telle démarche apparaît au grand jour lorsqu’on connaît le contexte dans lequel un tel programme est esquissé.

Le spectre de la crise mondiale qui, insidieusement depuis 2007 et ouvertement depuis l’été 2008, a ébranlé le monde de la finance et des affaires, n’a pas manqué de montrer ses ‘’crocs’’ et de menacer les pays en développement. L’économie algérienne se montre, dans cette situation de recul de la consommation mondiale d’énergie et de récession  des places financières mondiales, plus fragile que jamais du fait que sa mono-exportation, le pétrole, subit fortement les aléas des marchés mondiaux. Les chiffres de l’année 2009 sont, à ce titre, éloquents quant au recul des recettes pétrolières évaluées à la moitié des recettes de l’année 2008. Même si les réserves de change sont assez conséquentes du fait de l’embellie financière générée par le fort prix du baril pendant plus de cinq années successives, leur utilisation est censée obéir à une logique de ‘’guerre’’ économique d’autant plus qu’aucun responsable ou expert de la finance internationale ne peut se hasarder sur un pronostic de l’évolution immédiate de la crise ni sur sa durée. À l’automne dernier, le  Premier ministre, Ahmed Ouyahia, explique l’inquiétude des autorités algériennes en ces termes : «Le système bancaire national, du fait de son retard, est relativement épargné. L’économie nationale cependant risque d’en pâtir à cause du ralentissement de la croissance mondiale engendré par cette crise, notamment la baisse de la demande sur le pétrole, dont les exportations constituant la quasi-totalité des ressources en devises de l’Algérie. L’Algérie fonctionne à un baril de 67 dollars».

En tout cas, les vertus du ‘’miracle’’ pétrolier montrent de plus en plus leurs limites.

Une «aide méthodologique» pour l’élaboration des projets

L’économie algérienne s’appuyant d’une façon dominante sur les ressources énergétiques, elle se trouve par conséquent sommée de se remettre en cause et d’imaginer une stratégie efficace de diversification de ses recettes budgétaires. Il serait sans doute intéressant de rappeler que cette préoccupation n’a pas échappé aux autorités politiques du pays. Pour preuve, le gouvernement Ouyahia avait fixé, en 1998 déjà, un seuil minimal d’exportation hors hydrocarbures équivalent à 2 milliards de dollars. Ironie de l’histoire – une histoire faite d’instabilité, d’insécurité et de chamboulements de priorités –, ce n’est que dix années plus tard que l’on s’est rapproché de ce chiffre. On est vraiment loin des potentialités économiques du pays qui peuvent et doivent être mobilisées dans les secteurs de l’agriculture, du tourisme, de l’agroalimentaire et de l’artisanat. À titre d’illustration, lors de la dernière réunion, en 2009, des Chambres de l’artisanat et des métiers, les responsables de ce secteurs ont parié sur la possibilité de le développer – si les conditions d’une stratégie nationale sont mises en place – de façon à ce que ce créneau puisse, à l’horizon 2025, générer 2 millions d’emplois.

 Des officiels et des experts indépendants ont, en tout cas, exprimé leurs appréhensions dans le cas où la crise financière mondiale s’étendait sur un intervalle de temps assez long. Ses effets  ne seront pas circonscrits seulement au niveau de l’économie ‘’domestique’’ faite d’importation de produits alimentaires, médicaments, semi-produits industriels et pièces de rechange, mais s’étendront aux grands investissements publics.

Au regard de la conjoncture mondiale peu favorable, les autorités économiques du pays, tout en tenant à poursuivre l’effort dans la mise en place d’investissements publics destinés à renforcer les infrastructures et les équipements, tiennent également à baliser le chemin et à mieux encadrer le plan de ces investissements.

Le document portant sur l’ «Aide méthodologique pour la conception du programme public d’investissement pour 2010-2014» élaboré par le Commissariat général à la planification et à la prospective se décline en 16 pages où se retrouvent les orientations méthodologiques et les tableaux les accompagnant. Il a été transmis, en avril 2009, pour ‘’évaluation et propositions’’, aux 48 walis par les services du ministère de l’Intérieur et des Collectivités locales.

Le Premier ministre, Ahmed Ouyahia, a déjà transmis en 2008 et en 2009 deux instructions aux ministres et aux walis en vue de bien encadrer la préparation du programme public d’investissement 2010-2014. Et c’est dans cet esprit que Karim Djoudi, ministre des Finances, a saisi l’année dernière le ministère de l’Intérieur en expliquant dans sa correspondance que «dans sa conception, le prochain programme devra s’attacher à assainir la situation des projets inscrits et non encore achevés dans le cadre du PSRE et du PCSC».

Le prochain programme mettra également l’accent, d’après les termes du ministre des Finances, sur «la valorisation du patrimoine existant, sans négliger d’accroître le parc des infrastructures publiques pour répondre aux besoins socioéconomiques».

Le document d’orientation élaboré par le Commissariat à la planification et à la prospective se donne pour objectif de fournir à l’ensemble des administrations centrales et locales «les indications jugées nécessaires à la préparation du programme d’investissement public pour la période 2010-2014». Ces orientations, sous forme de directives méthodologiques, «tiennent compte des expériences des programmes antérieurs exécutés pendant la période 2001-2004 (PSRE) et 2005-2009 (PCSC)». Ces indications permettront, d’ «homogénéiser les approches de l’ensemble des ministères et administrations des wilayas pour la conception de leurs programmes d’investissement». Il s’agit, d’après les concepteurs de la méthodologie, de  ‘’contribuer à l’amélioration du processus décisionnel’’ relatif à ce Plan et, également, d’ ‘’identifier les effets attendus sur l’emploi direct et indirect, sur les revenus salariaux et non salariaux et, enfin, sur la croissance’’.

Eviter les surcoûts et les gaspillages

Le Commissariat à la planification et à la prospective juge que « la situation actuelle des finances publiques ainsi que les perspectives pour les prochaines années permettent d’envisager encore un programme pluriannuel d’investissement public relativement consistant. La réalisation des projets du PSRE et du PCSC a permis d’établir des constats et de relever les forces et les faiblesses de notre système de préparation et d’exécution du budget d’équipement de l’État et des collectivités locales».

Si le CGPP fait état d’une certaine ‘’expérience’’ que l’administration algérienne aurait acquise en matière de procédures dans la mise en œuvre des deux premiers plans, il relève néanmoins des faiblesses et des lacunes dont les principales citées sont : la prédominance de la vision de projet sur celle de programme, la multiplicité des objectifs, la maturation insuffisante des projets, l’appréciation souvent erronée des capacités de réalisation et la non prise en compte des dépenses récurrentes dans l’évaluation. Ces incohérences se traduisent, ajoute le Commissariat général à la planification et à la prospective, par des «surcoûts et un gaspillage des deniers de l’État». Cette conclusion rejoint l’observation qu’Ahmed Ouyahia a faite l’année dernière lorsqu’il expliqua que «les structures de l’État n’ont jamais eu à gérer autant d’argent. Ceci a engendré du gaspillage, un comportement, je dirai, d’enfant gâté, en plus de l’existence de la corruption et de détournements, conjugués aux effets de la crise nationale que l’Algérie a subie, qui a fait que des groupes d’intérêts se sont renforcés et ont engrangé des gains illicites».

Pour lui assurer rationalité, cohérence et efficacité, le  programme projeté pour le prochain quinquennat devra tenir compte, selon la feuille de route tracée par le Commissariat à la planification et à la prospective,  de quelques paramètres importants, à savoir entre autres : l’importance des programmes en cours, la capacité d’absorption des investissements publics du secteur ou de la wilaya, des objectifs à atteindre en matière de développement économique et social, la capacité à gérer les risques et éventuelles contraintes, les conditions préalables à la réalisation et la viabilité économique et financière des projets.

Le but assigné à cette démarche, par la combinaison de ces éléments, est que «le calibrage des programmes sectoriels et locaux fasse de ces éléments des ensembles de projets cohérents, réalistes et réalisables dans des délais raisonnables et à des coûts acceptables. Il ne s’agit, ni plus ni moins, que de tenir compte des expériences récentes vécues lors de la conception et de la réalisation du PSRE, du PCSC ainsi que du programme d’investissement courant de l’État dans ses composantes centralisée, déconcentrée et des plans communaux de développement».

Quelle part pour les entreprises algériennes ?

Dans le schéma de préparation du Plan, il est demandé aux administrations d’ «encourager et de privilégier l’intervention des entreprises nationales, en conformité et dans le cadre des marchés publics (à hauteur de 15 %)», ainsi que de mobiliser, pour chaque projet, les moyens budgétaires consacrés à la formation (jusqu’à 5 %). Ce sont là deux visions novatrices majeures tirées des leçons des deux premiers plans, lesquels se sont heurtés d’une façon frontale aux problèmes d’impréparation – sur le plan technique et matériel – des entreprises de réalisation algériennes, qu’elles soient publiques ou privées, et de formation du personnel. Le déficit de formation se retrouve aussi bien dans le corps technique des entreprises que des administrations maîtres de l’ouvrage chargées du suivi et du contrôle des travaux.

«Les ressources humaines de qualité et expérimentées, capables de manager de tels projets, ont diminué. La question se pose alors de savoir comment gérer tous ces projets de manière efficace et coordonnée tant au plan technique qu’au plan financier. Les projets décentralisés, et ils sont les plus nombreux, sont les plus complexes à gérer, les Algériens connaissant le sous-encadrement qui caractérise nos collectivités locales. De leur côté, les entreprises algériennes de réalisation n’ont pas une réputation de performance et de compétitivité et l’immense marché qui est offert par l’État à l’occasion de ce Plan risque de leur échapper. Le multiplicateur jouera à l’extérieur. À moins que toutes nos entrepreneurs prennent conscience qu’il y a là, pour eux, une occasion qui ne se répétera probablement pas, de lancer, pour chacune d’entre elles, des programmes de mise à niveau et de redressement interne» (…)

«Maturation des projets, mise en réalisation, suivi de chantiers, réception des ouvrages, toutes ces opérations exigent une grande compétence et une grande mobilisation des autorités locales. Pilotage central, vision globale et opérations de correction nécessitent une structure centrale performante du suivi et de l’exécution. Ces conditions de bonne exécution des différents programmes ne sont, hélas, pas réunies aujourd’hui», déplorait l’économiste Abdelmadjid Bouzidi en 2005.

D’autres analystes avaient émis la proposition de consacrer une partie de l’enveloppe financière à la formation de la ressource humaine (université, centre de formation,…) de façon à assurer des prestations de qualité. Une autre partie du montant global serait consacrée à la qualification des entreprises de réalisation et à la création d’un tissu de PME-PMI capables de prendre en charge un grand nombre de projets au lieu de les attribuer à des entreprises étrangères chez lesquelles les entreprises algériennes iraient quémander des miettes de sous-traitance sans aucun transfert technologique.

Il est évident que, sur le plan réglementaire, la donne a changé par rapport à 1999 et à 2005 du fait du recentrage opéré par le gouvernement depuis le début de l’année 2009 dans le domaine de l’intervention des partenaires étrangers (participation algérienne au capital des entreprises candidates au partenariat, soumission aux impôts des dividendes rapatriés, soumission à l’IRG des salaires des ouvriers étrangers exerçant en Algérie, préférence nationale de plus en plus assumée dans la passation des marchés publics …etc.). 

 Néanmoins, cela suffira-t-il face à un déficit de formation et de management qui grève une grande partie des entreprises algériennes et face aussi au manque d’études qui caractérise certains secteurs de l’économie algérienne appelés pourtant à bénéficier de grands budgets dans le cadre de ce plan d’investissement ?

Par Saâd Taferka

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