Semaine du 3 au 9 mars 2010

L'éditorial

Laisser passer le Mali

 

 
 
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 Laisser passer le Mali

Il n'y a pas de raisons que l'Algérie proteste et s'engage à passer aux actes contre les gestes inamicaux en provenance de France ou des Etats-Unis, qu'elle rende publique son intention d'appliquer la réciprocité concernant la liste noire par exemple, et qu'elle se taise face au Mali dont le président vient, sur pression française ou pas, de tourner en ridicule l'ensemble des relations qui lient ce pays voisin au nôtre. Que signifient désormais les accords d'extradition qui ont été signés, la coopération bilatérale, la lutte commune contre le terrorisme dans la région, la médiation algérienne sur le conflit qui oppose Bamako à la rébellion touarègue (et dont on vient d'apprendre que l'Algérie envisage de se retirer), et ainsi de suite ? Le président ATT les a bafoués de la manière la plus claire qui soit, comme si l'Algérie était un adversaire du Mali plutôt que son partenaire. En décidant de libérer des ressortissants algériens reconnus comme terroristes pour satisfaire à on ne sait quelle exigence extra régionale, et en faisant fi des conséquences que cela engendrerait sur les rapports avec l'Algérie, le premier responsable malien, qui a tenu à gérer personnellement cette affaire, ne se soucie ni de l'Etat algérien, ni de la coopération sécuritaire dans laquelle ces deux pays étaient censés être engagés, et encore moins des conséquences que cela ne manquerait d'avoir sur de nombreux plans. En fait, il n'accorde aucun sérieux à ses propres engagements et se prive désormais de toute crédibilité internationale. Il fallait s'y attendre d'une certaine façon. Il existe dans certains milieux maliens comme un ressentiment à l'égard de l'Algérie. Cette dernière est accusée d'avoir exporté «son» terrorisme dans la région, délibérément, par des manipulations dont on a de la peine à comprendre la nature, les acteurs et les motivations. Des médias maliens utilisent un vocabulaire et des raisonnements sur Alger qui relèvent de l'insulte et de la caricature tout à la fois. L'attitude de ATT, sa vision stérile et de courte vue, vient de là, de ce climat où l'hostilité constitue la caractéristique dominante. Il vient aussi d'une perception des enjeux régionaux très discutable. Où le Maroc et la France joueraient le rôle d'alliés contre l'Algérie. ATT n'a pas de perception géopolitique et ne se rend pas compte de la réalité des enjeux. Il fait de la petite politique, avec des petits coups. L'avenir est pour lui un horizon sombre et sans formes. Au fond, l'Algérie n'a pas besoin de se venger de quoi que ce soit. Il suffit qu'elle se détourne de lui et le laisse faire. En attendant qu'il passe.

Par Aïssa Khelladi

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