Semaine du 3 au 9 mars 2010

 

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Deux fleurs

 

 
 
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Deux fleurs

Deux femmes directrices de théâtres régionaux, Sonia à Skikda et Fawzia Aït El Hadj à Tizi (depuis quelques années déjà), voilà de quoi rabaisser le caquet aux machos qui ne voient l'actrice au mieux qu'en femme au foyer, au pire que comme décor humain. A bien regarder, cette remarque est totalement déplacée et anachronique, parce depuis très longtemps, la femme a été présente sur le terrain émancipateur des arts, et au-devant de la scène qui plus est. En musique, plus précisément dans le hawzi, les orchestres résonnent encore des voix de cheikha Yemna, cheikha Tetma, Meriem Fekkai et un peu plus proche de nous, de Fadéla Dziria, alors qu'en peinture, Baya s'est illustrée en illustrant ses approches naïves de la vie, dans les années quarante du siècle précédent. En théâtre, depuis le premier tiers du même siècle, Keltoum, toujours parmi nous à quatre-vingts ans passés, faisait déjà des tournées à travers l'Algérie, exemple qui sera suivi un peu tard par d'autres talentueuses comédiennes, les Nouria,  Khedidja, Fatma Zohra auxquelles succèdera la génération intermédiaire incarnée par Nadia Talbi et autres Doudja. La vague suivante aura pour figures de proue Sonia, Dalila Helilou (actuellement sénatrice), Fadéla Hachmaoui à Oran, Fatiha Soltane à Annaba, Fatiha Helilou à Constantine, et un bouquet d'autres talents féminins qui ont eu un passage sur les planches aussi fulgurant qu'éphémère. Tout cela pour dire que confier la direction de théâtres régionaux à des femmes, ce n'est pas le fruit du hasard, mais celui d'une lente maturation qui, après l'éclosion, a vu l'épanouissement de la gent féminine dans le milieu théâtral. En réalité, ce sont des itinéraires, entre Sonia et Fawzia, totalement différents, avec comme point commun la formation académique. Mais l'une à l'école d'art dramatique de Bordj El Kiffan, l'autre en Union soviétique. Fawzia avait été, dans une vie précédente, étudiante en agronomie et avait fait ses classes dans le théâtre amateur, au GAT d'Alger. A son retour au pays, elle avait d'abord monté une pièce de Miller puis, après des séjours en France, s'est installée en Algérie où elle a mis en scène de nombreuses pièces dans lesquelles elle a toujours injecté savoir-faire technique, maîtrise directionnelle et grande sensibilité artistique. Sonia pour sa part s'est toujours distinguée comme étant l'une des plus talentueuses dames du théâtre algérien, en qualité de comédienne et de réalisatrice, doublée d'une personnalité pétrie de culture. Par contre, son passage à la tête de l'Ecole d'art dramatique, ces dernières années, n'a pas été un choix très heureux, pour une salve de raisons diverses. L'idéal serait de multiplier ces options en faveur de la nomination des femmes à la tête d'institutions culturelles, sans verser évidemment dans la démagogie prétendument paritaire, qui consisterait à faire ce choix de manière systématique, sans tenir compte de la compétence du gestionnaire et du talent de l'artiste. Par ailleurs, cette option augure d'un avenir meilleur pour le théâtre à l'échelle locale et, partant, pour son enracinement, en espérant qu'il se relève. Parce qu'il en a bien besoin.

Par Nadjib Stambouli

 

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