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Deux fleurs
Deux femmes
directrices de théâtres régionaux, Sonia à Skikda et Fawzia Aït El
Hadj à Tizi (depuis quelques années déjà), voilà de quoi rabaisser
le caquet aux machos qui ne voient l'actrice au mieux qu'en femme au
foyer, au pire que comme décor humain. A bien regarder, cette
remarque est totalement déplacée et anachronique, parce depuis très
longtemps, la femme a été présente sur le terrain émancipateur des
arts, et au-devant de la scène qui plus est. En musique, plus
précisément dans le hawzi, les orchestres résonnent encore des voix
de cheikha Yemna, cheikha Tetma, Meriem Fekkai et un peu plus proche
de nous, de Fadéla Dziria, alors qu'en peinture, Baya s'est
illustrée en illustrant ses approches naïves de la vie, dans les
années quarante du siècle précédent. En théâtre, depuis le premier
tiers du même siècle, Keltoum, toujours parmi nous à quatre-vingts
ans passés, faisait déjà des tournées à travers l'Algérie, exemple
qui sera suivi un peu tard par d'autres talentueuses comédiennes,
les Nouria, Khedidja, Fatma Zohra auxquelles succèdera la
génération intermédiaire incarnée par Nadia Talbi et autres Doudja.
La vague suivante aura pour figures de proue Sonia, Dalila Helilou
(actuellement sénatrice), Fadéla Hachmaoui à Oran, Fatiha Soltane à
Annaba, Fatiha Helilou à Constantine, et un bouquet d'autres talents
féminins qui ont eu un passage sur les planches aussi fulgurant
qu'éphémère. Tout cela pour dire que confier la direction de
théâtres régionaux à des femmes, ce n'est pas le fruit du hasard,
mais celui d'une lente maturation qui, après l'éclosion, a vu
l'épanouissement de la gent féminine dans le milieu théâtral. En
réalité, ce sont des itinéraires, entre Sonia et Fawzia, totalement
différents, avec comme point commun la formation académique. Mais
l'une à l'école d'art dramatique de Bordj El Kiffan, l'autre en
Union soviétique. Fawzia avait été, dans une vie précédente,
étudiante en agronomie et avait fait ses classes dans le théâtre
amateur, au GAT d'Alger. A son retour au pays, elle avait d'abord
monté une pièce de Miller puis, après des séjours en France, s'est
installée en Algérie où elle a mis en scène de nombreuses pièces
dans lesquelles elle a toujours injecté savoir-faire technique,
maîtrise directionnelle et grande sensibilité artistique. Sonia pour
sa part s'est toujours distinguée comme étant l'une des plus
talentueuses dames du théâtre algérien, en qualité de comédienne et
de réalisatrice, doublée d'une personnalité pétrie de culture. Par
contre, son passage à la tête de l'Ecole d'art dramatique, ces
dernières années, n'a pas été un choix très heureux, pour une salve
de raisons diverses. L'idéal serait de multiplier ces options en
faveur de la nomination des femmes à la tête d'institutions
culturelles, sans verser évidemment dans la démagogie prétendument
paritaire, qui consisterait à faire ce choix de manière
systématique, sans tenir compte de la compétence du gestionnaire et
du talent de l'artiste. Par ailleurs, cette option augure d'un
avenir meilleur pour le théâtre à l'échelle locale et, partant, pour
son enracinement, en espérant qu'il se relève. Parce qu'il en a bien
besoin.
Par Nadjib
Stambouli
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