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Semaine du 3 au 9 mars 2010

 

  Abolition de la peine de mort en Algérie

Un autre round  de débat ?

L’Algérie se dote d’un nouveau code de la route

Le tout-répressif après le tout-sécuritaire

L’état des lieux s’impose

Comment devenir tous égaux devant la loi ?

Un secteur structurant, dites-vous ?

Idéologies

Nationalistes et islamistes, alliés ou adversaires ?

L’Algérie et ses Cassandres

 

 

 

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Abolition de la peine de mort en Algérie

Un autre round  de débat ?

C'est Farouk Ksentini, avocat mais également président la commission consultative des droits de l'Homme, qui a représenté l'Algérie au quatrième Congrès mondial contre la peine de mort. Celui-ci s'est tenu à  Genève, en Suisse du 24 au 26 février.

Ce congrès était organisé sous l’égide des Nations unies. Ksentini n’a pas caché que l’Algérie soutient l’action des abolitionnistes. Autrement dit, du point de vue du principe, il n y a pas de problème. Le problème réside dans la résistance des hommes de religion et des acteurs sociaux et politiques de la mouvance religieuse – le parti hamas ou encore l’association des oulémas – qui obstruent toute démarche tendant vers une abolition pure et simple de la peine capitale dans le code pénal algérien.

L’explication réside dans un fait tout simple : la peine de mort est édictée par le saint Coran. Pourtant, en tout état de cause, le jugement est prononcé en Algérie par des juges ordinaires et non par des juges religieux. Et si tant est que d’autres recommandations sont effectivement inscrites dans le Coran, sont-elles pour autant toutes en application en Algérie ? L’Algérie, pays musulman jusqu’aux atomes qui le constituent, n’applique pas tous les principes, mieux il en sanctionne quelques-uns. L’esclavage qui existe effectivement dans le Saint Livre et qui constitue en partie une manière de s’exonérer de certaines contraintes religieuses – par l’affranchissement – est tout de même interdit par toutes les lois algériennes. Mieux, ceux qui seraient tentés de pratiquer l’esclavage seraient condamnés par le même code pénal qui, lorsqu’il permet de prononcer la peine capitale, se trouve en conformité avec les préceptes coraniques.

Le débat sur l’abolition de la peine de mort n’est pas nouveau en Algérie. Et la société algérienne est loin de se considérer comme exclusive quant au débat qui la secoue concernant l’application de la peine capitale. Mais ce débat aurait dû avoir lieu depuis longtemps et permettre à tous d’exposer leurs arguments.

Rendez-vous raté

En 2004, l’Algérie aurait pu être le premier pays à abolir la peine de mort en Afrique. Mais les amendements au code pénal n’ont pas été votés alors que  le ministre de la Justice, Tayeb Belaïz avait clairement affiché la volonté du gouvernement d’abolir la peine capitale. Le Sénégal l’a fait  et s’est inscrit dans l’avant-garde du respect des droits de l’homme en Afrique, du moins sur ce point

En 2004, l’abolition ne concernait pas le terrorisme, l’atteinte à la sécurité de l’Etat, la trahison et les crimes d’infanticide et de parricide. Mais cette nouvelle disposition allait dans le sens du moratoire sur les exécutions des peines capitales prononcées en vigueur depuis 1993. La dernière exécution en Algérie remonte à 1993. Il s’agissait de celle du pilote d’Air Algérie et d’un de ses complices impliqués dans l’attentat à la bombe de l’aéroport d’Alger une année auparavant.

De plus, l’Algérie est signataire depuis 1993 des conventions internationales abolitionnistes. Il reste qu’une telle avancée au plan judiciaire aurait dû passer par un débat de société qui n’a pas eu lieu. Le ministre de la Justice avait indiqué en annonçant cette éventualité devant une réunion régionale des magistrats que «la peine capitale a été abolie dans l’écrasante majorité des pays. Et comme nous devons adapter notre législation dans le cadre de la mondialisation, il est nécessaire d’en faire autant».

Par ailleurs, l’Algérie  est confrontée au problème des extraditions de certains criminels que les pays hôtes refusent de lui remettre justement en raison de l’existence de la peine capitale. On lisait alors en filigrane l’extradition probable de Moumene Khalifa vers l’Algérie.

Par ailleurs, le ministre de la Justice avouait que «de toutes les manières, nous n’avons pas d’autre choix que de la supprimer de notre propre gré avant qu’on ne nous l’impose».

Et le ministre se prononçait à ce sujet à juste titre. Comment évaluer réellement les avancées dans le domaines du respect des droits de l’Homme ?

Le débat de 2004 était-il étonnant alors ? Mais celui-ci s’est achevé au moment même où  les députés ont adopté la loi modifiant et complétant l’ordonnance numéro 66-155 portant loi du code de procédure pénale ainsi que la loi modifiant et complétant l’ordonnance numéro 66-156 portant Code pénal. Ces deux textes maintiennent la peine capitale comme sanction pour certains crimes.

Pourtant, l’abolition effective en Algérie allait et va toujours dans le sens du moratoire sur les exécutions des peines capitales prononcées.

A quoi servirait le moratoire ?

En 1993, l’année de mise en place du moratoire, 231 condamnés à mort ont vu leurs peines commuées en emprisonnement à perpétuité ou à des peines de 20 ans de réclusion, et à cette époque, le ministère de la Justice était même sur le point de présenter au gouvernement un projet d’abolition «graduelle» de la peine de mort. Une mesure dans un contexte où l’Algérie était mise au ban des nations parce qu’elle subissait une guerre sans nom et que l’on s’ingéniait justement à mettre en exergue tous les dépassements et toutes les atteintes aux droits de l’Homme dans le pays.

Mais ensuite, alors que la paix est rétablie, l’empressement légitime des défenseurs des droits de l’homme et le pressing de quelques juristes avant-gardistes n’expliquent pas tout. L’Algérie, selon les termes du débat de 2004, a aussi l’obligation d’adapter son cadre législatif aux conventions internationales sur le droit humanitaire auxquelles elle a adhéré.

A ce moment-là, le président du Conseil consultatif sur les droits de l’homme, Maître Farouk Ksentini, s’était pleinement distingué lors de ce débat et avait insisté sur la nécessité de supprimer, d’une manière officielle, la peine capitale. Qualifiant la peine de mort de «totalement absurde» et sans aucun effet dissuasif sur le phénomène de la criminalité, il ne trouvait aucune raison valable justifiant encore le maintien de cette sanction «cruelle». 

A l’époque, on indiquait aussi sans ambages qu’un projet était prêt pour une abolition de la peine de mort et que des blocages retardaient sa présentation.

Les mêmes blocages que l’on constate aujourd’hui. C’était d’autant plus important que Farouk Ksentini ne s’exprimait plus en tant que juriste, mais en tant que représentant d’une instance consultative des droits de l’homme mise sur le compte du pouvoir politique.

Finalement, cette sourde confrontation qui perdure entre abolitionnistes et non-abolitionnistes n’est-elle que l’expression des tiraillements entre les différentes tendances qui façonnent la société algérienne? La confrontation n’est pas toujours publique et c’est un tort. A chaque fois qu’est  évoquée l’abolition, seuls les abolitionnistes montent  au créneau.

Le maintien de la peine capitale dans le Code pénal algérien indique bien que ce sont les défenseurs des droits de l’Homme qui ont perdu la bataille et probablement que la bataille n’a été perdue jusque-là  que par absence de débat public.

Par Amine Esseghir

 

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L’Algérie se dote d’un nouveau code de la route

Le tout-répressif après le tout-sécuritaire

Un nouveau code de la route est entré en vigueur au début du mois de février 2010. Les nouvelles dispositions alourdissent les sanctions contre les conducteurs fautifs, parfois présentés comme des criminels.

La révision du code de la route en Algérie vise à ralentir le rythme de l’hécatombe qui fauche automobilistes et piétons. Les routes algériennes sont considérées parmi les plus dangereuses au monde. Selon les chiffres officiels, elles causent chaque année la mort de plus 4000 personnes, dont plus du tiers (1/3) est âgé entre 15 et 30 ans, sans oublier les quelque 60 000 blessés, certains handicapés à vie. Dans la majorité des accidents de la circulation, c’est toujours l’élément humain qui est mis en cause, pour notamment non-respect des vitesses autorisées ou bien incivisme.

Le nouveau code, version modifiée et complétée par l’ordonnance n°09-03 du 19 août 2009,  a fait l’objet d’un Conseil des ministres et intègre le permis à points, le permis probatoire (de 2 ans) à la place de l’attestation provisoire de conduite, ainsi que les brevets professionnels pour les transports publics de voyageurs et de marchandises. Pour endiguer le nombre croissant de morts sur les routes, le législateur verse dans le tout-répressif et cible encore les conducteurs et, cette fois, les piétons. Preuve en est, le nouveau code de la route comporte de nouvelles sanctions. Dures et coûteuses. 

Le code de la route prévoit 60 infractions. Ces infractions sont classées en 4 catégories, avec le risque d’une peine de prison de 2 à 10 ans et une amende pouvant atteindre les 100 millions de centimes. A signaler qu’en cas de contravention, le permis sera retiré pour une durée de 10 jours. Passé ce délai, si l’amende forfaitaire n’est pas payée, elle sera majorée et le permis suspendu pour 2 mois.

Critiques d’une approche unilatérale

On notera que les sanctions sont déterminées par le degré des contraventions. Les contraventions classées 1er degré coûteront au chauffard fautif entre 2000 à 2500 DA. Ces amendes concernent le défaut d’éclairage, de signalisation et de freinage des cycles, l’usage d’un dispositif ou d’un équipement de véhicule non conforme ou une non-présentation des documents de bord du véhicule ainsi que le permis de conduire et/ou le brevet professionnel.  Quant aux contraventions du 2e degré, elles sont soumises à des amendes forfaitaires de 2000 à 3000 DA. Elles portent sur la réduction anormale de la vitesse sans raison nécessaire, de nature à diminuer la fluidité du trafic, le non-respect des règles de l’emploi des dispositifs sonores, le non-respect des règles relatives aux plaques d’immatriculation, des équipements et la signalisation des transports exceptionnels, ainsi que les indicateurs de vitesse. Le non-respect des règles de circulation sur les chaussées, voies, pistes, bandes, trottoirs ou accotement réservés à la circulation des véhicules de transport en commun et autres véhicules spécialement autorisés et à la circulation des piétons ou l’empiètement d’une ligne continue y figurent également. Pour ce qui est des contraventions du 3e degré, elles sont soumises aux amendes forfaitaires de 2000 à 4000 DA et coûtent au conducteur le retrait du permis de conduire. Elles s’appliquent en cas d’arrêt ou stationnement dangereux, circulation sur les voies ouvertes à la circulation d’un véhicule à moteur ou remorqué sans que ce véhicule soit muni des plaques d’immatriculation, non-respect de la distance légale entre les véhicules en mouvement, l’émission de fumées, de gaz toxiques et de bruits au-delà des seuils fixés, transport des enfants ayant moins de 10 ans aux places avant, véhicule en défaut d’équipements permettant un champ de visibilité. L’automobiliste risque aussi de se voir retirer le permis de conduire pour une durée de 3 mois s’il ne respecte pas les règles de limitation de vitesse des véhicules à moteur avec ou sans remorque ou semi-remorque, se rapportant à certaines sections de routes et à chaque catégorie de véhicule, ou s’il viole l’interdiction relative à la traversée des voies ferrées établies sur une route. Par ailleurs, l’usage manuel du téléphone portable ou l’écoute par les deux oreilles durant la conduite lui fera suspendre son permis.

Une suspension qui durera 6 mois, lorsque le chauffard s’avère coupable de conduite en sens opposé à la circulation ou de non-respect des règles relatives aux poids des véhicules, à la nature, la forme, l’état des pneumatiques des véhicules à moteur. La même sanction est appliquée en cas de non-respect des dispositions relatives aux intersections de routes et à la priorité de passage, non-respect des règles relatives aux freins des véhicules à moteur et à l’attelage des remorques et des semi-remorques ou lors de manœuvres interdites sur autoroutes et routes express. La circulation ou le stationnement sur la chaussée, la nuit ou par temps de brouillard, en un lieu dépourvu d’éclairage public, d’un véhicule sans éclairage ni signalisation et le franchissement d’une ligne continue sont passibles en outre d’un retrait de 6 mois du permis de conduire. Enfin, pour les nouveaux conducteurs, ils seront sous contrôle pendant 24 mois (2 ans) avant l’obtention du permis de conduire définitif : à la moindre infraction au code de la route, pendant la période probatoire, le permis sera annulé.

Pour nous résumer, rappelons que le code de la route prévoit 60 infractions. Le contrevenant sera puni selon le degré de gravité de l’infraction commise. Un retrait de permis pour une période de 3 mois sera appliqué dans 10 infractions.

La même sanction pour une durée de 6 mois est appliquée dans 17 infractions et pour une période d’une année dans 13 cas de violation. Le nouveau texte revoit également à la hausse le montant des amendes imposées.

L’autre nouveauté du texte réside dans le fait que le traitement des dossiers se fera désormais au niveau du tribunal au lieu de la commission de wilaya. Pourquoi les autorités concernées ont-elles jugé plus utile de transférer ces prérogatives à la justice, en faisant l’impasse sur les autorités locales? La question est loin d’être d’ordre organisationnel. Sur un autre plan, les piétons font aussi les frais de la révision du code. Ainsi, il est prévu une contravention de 2000 DA en cas de non-respect par les piétons des passages protégés.

S’il est vrai que le facteur humain entre en compte lors de nombreux accidents de la circulation, d’autres éléments, tout aussi déterminants, poussent les automobilistes (et même les piétons) à la faute. Il y a le mauvais état des réseaux routiers, mal entretenus, fissurés et recouverts de nids-de-poule. De plus, les bouchons et les encombrements y participent. Le conducteur, pressé, appuie sur le champignon et accélère après avoir été retardé dans un embouteillage, souvent dans des barrages de police et de gendarmerie. La mauvaise signalisation routière induit également bon  nombre de conducteurs en erreur : un stop caché par des arbres ou un panneau provoquera le retrait de permis.

Ces nouvelles dispositions, qualifiées d’impopulaires, soulèvent d’ores et déjà le tollé. Beaucoup de citoyens s’interrogent sur les vraies raisons de la nouvelle.

Certains se demandent si le but recherché n’est pas d’accroître «le conditionnement» des Algériens, exposés déjà, depuis près de deux décennies, à l’état d’urgence et à la politique du tout-sécuritaire. D’autres pensent dur comme fer que l’objectif visé est de réduire le nombre de voitures dans la circulation, après avoir mis un terme aux crédits pour l’achat d’une voiture, et que, par conséquent, «la gestion des routes est assimilée à la gestion d’épicerie».

Mais tous conviennent que la solution préconisée par les pouvoirs publics pour mettre fin à l’hécatombe est une mauvaise réponse au problème posé.

Par Z’hor Chérief

 

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L’état des lieux s’impose

Comment devenir tous égaux devant la loi ?

Le code de la route de 2005, comme celui d'aujourd'hui, était basé sur une logique répressive. Il n'avait pas pour autant combattu les situations de passe-droits, la corruption pour récupérer le permis de conduire ou pour gommer toute trace de contravention. 

Bien au contraire ! L’ancien code ne s’appliquait pas à tous les Algériens, mais visait ceux d’en bas, pas ceux classés dans la liste des «intouchables». Malgré l’échec de l’ancien code de la route, aucune véritable concertation ni réflexion sensée n’ont été entamées, comme si la sécurité routière allait se régler, par magie, grâce à l’usage archaïque du bâton. Sans penser aux conséquences économiques ni à celles relatives à l’accès aux soins, dans la durée, pour les victimes des accidents de la route. De plus, en l’espace de quelques années, les institutions en charge du dossier, à l’exemple du ministère des Transports, du ministère des Travaux publics, des compagnies d’assurances et du Parlement, ont démissionné. Le ministère des Transports semble même avoir abandonné l’idée du permis à points, pourtant annoncé pour le début  de l’année en cours.

Est-il utile de rappeler que la logique qui consiste à encourager seulement le côté répressif, au détriment des autres aspects, a fait des dégâts en Algérie et dans le monde ? En fait, la question qui nous intéresse est de savoir pourquoi une partie des automobilistes, bons ou mauvais, ne respecte pas le code de la route. Ne dit-on pas que la loi est au-dessus de tous ou encore que nous sommes tous égaux devant la loi ? Normalement, une loi est promulguée avant tout pour protéger le citoyen des injustices et autres abus du plus fort et du fauteur. Or, de plus en plus d’Algériens, très regardants sur l’application des lois, ne croient plus tellement à celles-ci ou ne croient plus en l’autorité. Ils sont convaincus, pour la plupart, que les lois sont destinées à  réprimer les plus faibles et les moins rusés, sinon à conforter les puissants qui, selon eux, n’ont de comptes à rendre à personne. Il suffit donc d’un simple coup de téléphone, d’un «pot-de-vin», de l’intervention d’un supérieur, d’un parent ou d’une connaissance, pour récupérer le permis de conduire en quelques minutes ou déchirer le PV transcrit par le policier ou le gendarme, quel que soit le degré de la faute commise. Il est évident que des permis ont été rendus avant même que le dossier ne soit étudié.

Pour revenir au code de la route 2010, des observateurs soutiennent qu’il durcit le ton vis-à-vis des automobilistes et des piétons, en gardant le silence sur tous les services défaillants de l’Etat, les défauts de signalisation routière compris. D’après eux, le problème en Algérie ne se trouve pas dans les textes de loi, mais dans leur application qui fait toujours défaut. Les exemples ne manquent pas.

En réalité, le problème est plus profond. En Algérie, les secteurs chargés de la sécurité routière travaillent séparément, alors que le règlement du dossier obéit à une logique intersectorielle, voire globale.  Cette vérité a d’ailleurs été énoncée publiquement, il y a quelques jours, par un haut cadre du ministère des Transports, Tahar Messaoud Abdelnasser, lors du forum d’El Moudjahid. «Les pays ayant pu combattre l’insécurité routière ont tous adopté une démarche qui a mis en place un organe ou un chef d’orchestre, lequel a pu travailler dans la synergie», a encore précisé le directeur du transport urbain. Plus encore, ce dernier  a rejeté la responsabilité du seul secteur des transports quant à l’insécurité routière, et appelé les autres secteurs à s’impliquer, principalement à coordonner entre eux. Sans toutefois citer ou suggérer un département, un organe ou une personne, habilité (e) à chapeauter toutes les actions entreprises ou à accomplir. La rencontre du Centre de presse d’El Moudjahid est précieuse à plus d’un titre, car elle a touché du doigt l’étendue des mutations rapides que traverse le pays, qui ne sont pas nécessairement maîtrisées par les hauts gestionnaires et commis de l’Etat. Elle a également montré que la lutte contre les accidents de la route ne peut se limiter à la seule démarche répressive ni au seul renforcement des radars et des autres dispositifs de contrôle. En plus clair, sans réduire la responsabilité du conducteur, toute stratégie et toute culture routière qui se respectent sont fondées sur un examen global de la question. Une question comprenant entre autres l’approche du parc automobile (5,6 millions de véhicules), celle de l’état du réseau routier (plus de 108 000 km de routes), qui assure à lui seul près de 85% du volume des échanges, la mobilisation des collectivités locales et l’organisation des lieux de stationnement, ainsi que la problématique de l’éclairage et des signalisations. Ceci pour dire que les questions de fond sont toujours en suspens et qu’un débat sur l’état des lieux s’impose plus que jamais. 

Z. C.

 

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Un secteur structurant, dites-vous ?

Contrairement à l’idée réductrice qu’on se fait, le secteur des transports ne concerne pas seulement les voitures/taxis, les camions et les bus/cars, mais comprend aussi trains, bateaux, avions et tramways. L’Algérie dispose en effet d’un vaste réseau routier, d’un réseau ferroviaire respectable et d’importantes infrastructures pour le transport aérien et maritime. Seulement, la qualité des infrastructures de transport reste insuffisante pour soutenir une économie en plein développement. A cela viennent s’ajouter les importants déficits en termes de capacité d’accueil, notamment dans le transport urbain. De plus, la capitale et les autres villes du pays sont confrontées à un problème sérieux, celui de la congestion. On remarque que les institutions chargées du secteur des transports ont encore du mal à gérer, voire même à anticiper sur les politiques mises en place.

Pourtant, ce secteur joue un rôle important dans une économie moderne : il facilite les échanges entre les agents économiques, améliore la circulation des personnes et des biens, des idées et des services, et intervient dans la consolidation des liens entre les citoyens (cohésion sociale). Le transport est également capital pour l’intégration régionale ainsi que pour l’amélioration de la qualité de la vie. Ce qui veut dire, en d’autres termes, que l’amélioration de l’infrastructure de transport a un impact positif sur le développement du commerce, la croissance économique et la création d’emplois. Sur un autre plan, avec la transformation de l’économie et les profonds changements sociaux qui se font jour actuellement, la plupart des villes ont connu une croissance rapide de la demande de transport urbain et de mécanisation. Aujourd’hui, il est capital de développer les transports urbains, en particulier les transports publics, pour couvrir une demande croissante et réduire le recours excessif aux voitures personnelles. Il est également crucial de rénover les services du transport urbain en réservant la priorité au transport en commun, sans négliger cependant l’accès du transport en milieu rural. Car, le réseau routier a un effet structurant sur l’environnement et contribue à fixer la population, notamment rurale, lorsque sa mission est bien menée. La recherche de la sécurité routière passe donc par l’intervention sur plusieurs fronts : veiller sur l’entretien du réseau routier urbain et interurbain en relation avec la maîtrise du phénomène d’urbanisation et d’industrialisation, moderniser les cadres institutionnels et juridiques, veiller à l’application du code de la route et de la réglementation du transport, et renforcer l’information et l’éducation sur les règles de sécurité. Par ailleurs, il devient urgent d’améliorer les autres modes de transport pour désengorger les mégapoles. Si l’on en croit certains experts, dans un territoire aussi vaste que celui de l’Algérie, la complémentarité route/ rail au sein du réseau routier et ferroviaire a pour principal effet de raccourcir la distance entre différents points de l’espace territorial, d’encourager l’accroissement des échanges entre les régions et, dans le même temps, de réduire l’exclusion. Mais, l’approche de la sécurité routière serait plus complète si elle intégrait la recherche et ce, pour prévoir notamment des systèmes de transport plus durables, incluant le contrôle de la sécurité/performance des véhicules et les impacts sur les infrastructures, ainsi que l’obtention de meilleurs résultats en matière d’environnement.

Z. C.

 

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Idéologies

Nationalistes et islamistes, alliés ou adversaires ?

Si les principaux partis algériens, le FLN et le RND, étaient tenus de nous expliquer ce que cela signifie être nationaliste aujourd'hui, le plus probable est qu'ils montreraient un grand embarras, et que tout ce qu'ils diraient d'eux-mêmes prendraient une forme négative. Ils ne diraient pas : voilà ce que nous sommes, mais plutôt : voilà ce que nous ne sommes pas.

Néanmoins, d’autres partis pourraient connaître la même difficulté à se définir positivement. La raison en est qu’en politique, c’est l’opposition, le clivage qui est premier. On peut même dire qu’avant de prendre réellement conscience de ce qu’on est, et donc d’exprimer son identité en elle-même, on sait du moins de quel projet politique on ne veut absolument pas. Il n’en reste pas moins vrai que se définir nationaliste aujourd’hui n’est pas sans poser un vrai problème d’identité, car cela fait plus d’une cinquantaine d’années que le mouvement national a réalisé l’objectif qu’il s’était assigné : la libération du pays du joug colonial. Or un mouvement politique commence à être dépassé dès lors qu’il a accompli les tâches historiques pour lesquelles il s’est créé. Notons d’ailleurs que ce terme de nationaliste n’est pas à prendre dans le sens qui lui est ordinairement prêté de nos jours dans le reste du monde. Ce n’est en l’occurrence que la traduction du terme arabe «watani», qui peut aussi bien signifier «patriotique» que «nationaliste», deux acceptions très différentes, mais que la langue arabe désigne par  un seul vocable. Il convient aussi de faire remarquer que c’est au sens de patriotique qu’il faut prendre le mot s’agissant du FLN comme du RND. Ni l’un ni l’autre n’ont en effet une culture politique dont la marque serait une forme d’hostilité dirigée contre une quelconque partie étrangère. Pas même à l’égard de l’ancienne puissance coloniale, même s’ils affectent, pour des considérations politiciennes, qui ne trompent du reste que ceux qui veulent bien l’être, de lui prêter de temps à autre des intentions mâtinées de néocolonialisme, encore que ce dernier terme  ne soit plus guère employé. Il faut  préciser que le procédé est une spécialité du seul FLN, le RND n’étant pas enclin à s’adonner à ce genre de surenchère. De plus, quand le FLN colle l’étiquette, que ce soit à des individus ou à groupes, portant la mention de hizb frança (le parti de la France), ce n’est pas qu’il veuille s’attaquer à l’ancienne puissance coloniale, ou déclencher une polémique avec elle, c’est juste qu’il cherche à entacher la réputation d’adversaires plus ou moins virulents à son égard, ou dont il commence à craindre les succès au regard d’enjeux purement internes. On le voit donc, le FLN et le RND ne sont pas nationalistes par référence à des questions de politique externe, mais par opposition à des adversaires internes. Le problème cependant, qui est de savoir quelle identité politique est la leur, bien loin de s’être simplifié, s’est au contraire compliqué. Il se serait simplifié au contraire s’il avait été possible de réduire le paysage politique algérien à deux composantes essentielles : il y aurait le FLN et le RND d’une part, et de l’autre tous les autres partis, voués chacun de leur côté à la défense d’intérêts étrangers particuliers. En fait, les partis se disant nationalistes eux-mêmes seraient choqués par cette présentation, même si elle est la seule à les justifier pleinement.

Il faut donc  admettre que la seule façon d’approcher un parti se définissant comme nationaliste est par la négation de ce qu’il n’est pas, par opposition à ce qu’il n’est pas. Et c’est d’ailleurs ainsi que ce type de parti se définirait lui-même s’il avait à décliner son identité. Qu’on se souvienne qu’il y a peu, Ahmed Ouyahia, le secrétaire général du RND, à la question de savoir si son parti était de gauche ou de droite, avait répondu, lors d’un passage à la télévision, qu’il ne pouvait être ni de gauche ni de droite,  du moment qu’il  était nationaliste. Le journaliste qui lui posait la question n’avait pas pensé à lui demander ce que cela signifiait que d’être nationaliste. S’il l’avait fait, on aurait sans doute entendu Ahmed Ouyahia expliquer avec plus ou de moins concision qu’être nationaliste c’est justement n’être ni de gauche ni de droite. 

La mythique fraternité islamo-nationaliste

Si les nationalistes récusent l’opposition classique gauche/droite, ce n’est pas qu’elle n’existe pas, ou qu’ils en nient l’existence, c’est parce qu’elle ne leur semble pas correspondre  aux forces dominantes qui aujourd’hui occupent la scène politique et se partagent les suffrages de l’opinion nationale. Le seul courant politique constituant une véritable menace pour eux, c’est l’islamisme, qui, comme eux, ou plutôt plus qu’eux, ne se reconnaît pas dans le clivage gauche/droite. Et pour cause, il estime en être le dépassement. Cette bipolarité, réelle ou supposée, n’est pas propre à l’Algérie. Dans à peu près  tous les pays arabes, le paysage politique se présente sous la forme d’une opposition entre deux grandes familles, nationaliste et islamiste, chacune étant elle-même divisée en deux ou plusieurs formations. Pourtant les deux appartiennent au passé, à des titres différents cependant. C’est du moins le cas dans notre pays. Le nationalisme a en effet accompli sa tâche historique, qui est la libération du pays ; de révolutionnaire qu’il était à ses débuts, il est devenu depuis longtemps le parti de la conservation et de l’immobilisme. Le nom que se donnent certaines de ses franges, celui de «famille révolutionnaire» est pathétique, car il n’est pas d’appellation plus en contradiction avec l’objectif visé, qui est de garder le pouvoir au sein de la même famille politique.

 Quant à l’islamisme, il n’a pu accomplir la révolution à laquelle il tendait depuis le début, car c’est un courant d’essence révolutionnaire (en ce sens qu’il visait à changer non seulement de régime mais d’Etat, mais contre-révolutionnaire si on prend en compte non pas la forme mais le contenu de son projet politique). Il n’est pas évident que la marche des événements puisse lui redonner, dans un horizon plus ou moins rapproché, la même chance que celle qu’il avait eue dans les années 1990, et qu’il n’avait pas su transformer en prise du pouvoir.

Bien qu’en déclin tous les deux, ils diffèrent cependant en ce que n’étant pas nés à la même époque, ils n’ont pas aujourd’hui le même âge. Le plus vieux des deux, c’est le nationalisme, ce n’est pas l’islamisme, dont les racines pourtant  plongent dans l’histoire bien plus profondément. Mais l’âge dont il s’agit ici, et qui pratiquement est le seul  à avoir compté, se mesure  en référence à  la période du passé au cours de laquelle  l’un ou l’autre a dominé la scène politique. C’est à cette aune, et à elle seulement, que le nationalisme est l’aîné de l’islamisme.

Au plus fort de la crise  des années 1990, une analyse de la crise s’est fait jour, dont Belaïd Abdeslam, alors chef du gouvernement, a été à ma connaissance le seul parmi le personnel dirigeant à l’avoir assumée publiquement, mais qui, quand on y pense, a prévalu au sein du FLN, dirigé à cette époque par  Abdelhamid Mehri.  Selon cette analyse, la crise politique que connaissait le pays s’explique par la cassure survenue au sein du bloc constitué par les nationalistes et les islamistes.

Qu’est-ce qui peut bien avoir causé le divorce des deux grandes familles dont l’union  aurait d’abord triomphé de la domination coloniale, et qui aurait ensuite assuré la stabilité politique jusqu’à l’éclatement du bloc et de la crise par là même ? Ce serait, d’après les tenants de cette thèse, la montée en puissance de la revendication laïque, dont on s’en va pourtant répétant qu’elle est portée par une minorité insignifiante. C’est cette même minorité que quelque temps plus tard les islamistes, dont A. Djaballah,  vont se moquer  en l’appelant «la minorité éternelle», voulant sans doute dire par là que la force qu’elle représente est à ce point faible que l’éternité elle-même ne lui suffirait pas pour rattraper le retard  qui est le sien vis-à-vis des véritables  forces politiques que comptent le pays.                                 

Donner une analyse d’une crise, c’est aussi indiquer comment la résoudre. Si en effet la crise résulte d’une fracture du bloc historique composé par l’islamisme et le nationalisme, la surmonter consiste à ressouder l’une à l’autre les deux parties qui se sont séparées – montées l’une contre l’autre, à en croire du moins Belaïd Abdeslam et tous ceux qui pensent comme lui, par la zizanie des laïco-assimilationnistes. Car pour cet ancien chef du gouvernement, être laïc et appartenir à hizb frança, c’est du pareil au même.

C’est précisément cette solution que les signataires du Contrat de Rome s’employaient à mettre en œuvre. Car il ne faut pas se leurrer, le fait que soient aussi  présents à la rencontre de Rome le PT et le FFS, tous deux idéologiquement laïcs, encore qu’ils n’en fassent pas grand étalage,  ne veut pas dire que le but recherché n’était pas de réconcilier nationalistes et islamistes, les deux grandes familles dont l’union, ou la concorde, aurait assuré la stabilité politique du pays, après qu’elle eut réussi à fonder l’Etat. Il est bien évident que cette analyse découle d’une invention de circonstance. On ne peut même pas dire qu’elle repose sur un mythe, tellement elle jure avec les réalités historiques les plus élémentaires. D’ailleurs, si la solution romaine avait prévalu, ce n’est pas le retour à l’ordre perdu qui se serait produit, mais la prise du pouvoir par les islamistes et l’instauration de leur Etat sur les ruines de l’Etat né de la Révolution nationale. La meilleure preuve en est que le Contrat de Rome prévoit en toutes lettres l’application de la chari’a.

Ce qui sépare réellement islamistes et nationalistes

Cette pseudo fraternité entre islamistes et nationalistes, qu’il suffirait de restaurer pour que du même coup le pays dépasse son déchirement, revient en fait à nier la crise. En effet, qu’est-ce qui rendrait celle-ci possible si non seulement la stabilité de l’Etat, mais jusqu’à son existence, ont toujours dépendu d’une alliance politique forte contractée depuis le début par les nationalistes et les islamistes? Si en face de ces deux grands courants politiques, il n’ y a rien, rien sinon une minorité si famélique de laïcs que l’éternité elle-même échouerait à l’envelopper d’un peu de chair, d’où a donc pu venir la secousse qui a fracturé la concorde originelle, comment donc  a pu s’insinuer la fitna ?

La crise n’ayant pu se produire si le bloc en question avait réellement existé, il faut convenir que c’est bien l’analyse en entier qui est fausse, c’est-à-dire que les islamistes et les nationalistes non seulement n’ont jamais formé une alliance, mais qu’ils s’opposent sur une question à ce point crucial qu’ils n’auraient jamais pu fonder ensemble un même Etat.

Du reste, si les islamistes étaient cofondateurs de l’Etat algérien, pourquoi chercheraient-ils à abattre celui-ci pour bâtir sur ses décombres le leur, la daoula islamia ? Le FIS n’avait pas plus tôt remporté les APC qu’il avait commencé en effet à remplacer les symboles de l’Etat par les siens propres, dans la certitude où il était que son accession était irrésistible. Et il est vrai que tout alors l’entretenait dans cette conviction.

Bien que le nationalisme à l’algérienne de révolutionnaire qu’il était à l’origine soit devenu un courant conservateur, et sur la défensive par là même, il n’en reste pas moins  que sa conception de la République se démarque nettement de celle que professe l’islamisme, qui, entre autres pour cette raison, n’a jamais été son allié, et moins encore son seul allié.

Ni le FLN ni le RND ne se donnent pour des partis laïques. Et sans doute ne le sont-ils pas au sens où pourraient l’être d’autres partis, comme le RCD, ou d’autres encore. La séparation de l’Etat et de la Religion n’est pas un de leurs objectifs. Mais ce ne sont pas pour autant des partis islamistes modérés, ou engagés dans un processus qui, à terme, les rendraient pas moins islamistes que les partis islamistes.

Le fait est que le courant nationaliste  diffère nettement du courant islamiste. Les deux existent indépendamment l’un de l’autre. De plus, ils n’ont   jamais formé un bloc historique. Par rapport au clivage fondamental qui a fait que l’Etat et la Religion sont deux réalités différentes, même si l’islam est religion d’Etat, les nationalistes se situent sur un côté de la ligne de démarcation, et les islamistes sur l’autre.

C’est même ce clivage qui les a séparés dès le début qui a fait qu’ils ont deux conceptions inconciliables  de l’Etat.

Par Mohamed Habili

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L’Algérie et ses Cassandres

L'Algérie n'est pas un pays comme les autres, on ne la traite alors pas comme les autres. L'Algérie est un pays qui aurait dû s'effondrer et qui doit s'effondrer, parce qu'on le veut et on n'en parle pas autrement.

On ne sait pas comment et avec quel moyen, mais elle doit le faire. Un clandestin algérien, une émeute ou une grève algérienne  n’ont qu’un seul contenu, fuir le pays ou le casser, rien d’autre. Les analyses qui lui conviennent doivent tenir dans 26 ou 52 minutes pas plus, ou beaucoup moins si possible. Il n’y a pas besoin d’en dire plus. L’Algérie est une caricature et une caricature ça parle toute seule, pas besoin de concepts, d’arguments et de trop compliquer les choses. Le cliché est tout prêt et l’émission ou la surface rédactionnelle trop précieuse pour les rallonges savantes.

Pour le décor, l’Algérie est une sorte de grand camp de concentration, avec ses miradors et ses kapos, ses barbelés  et ses mitards, où on ne peut rien faire d’autre que survivre ou mourir. L’écrasante majorité des  plateaux télé, la presse, les sites et blogs d’Internet, ne parlent de l’Algérie que pour en faire le tableau le plus noir qui soit. Un pouvoir occulte et tout puissant en haut et un peuple qui souffre en bas. Entre les deux, ou plutôt à côté, une intelligentsia, choisie, souvent exilée qui semble n’en pouvoir mais. C’est elle qui est chargée de la parole. Celle qui n’en est pas est soit ignorée, soit mise au ban. C’est la règle. Si elle en fait trop, c’est qu’elle est à la solde des maîtres des lieux.  La promue : une intelligentsia qui campe à  merveille ce rôle de l’opprimé d’un pays en déshérence qui étale sa révolte le long d’un discours qui porte au bout la supplique du titre de séjour et un peu plus si possible.  Et l’écoute existe, sélective, tatillonne sur le déroulé et sur son contenu et sur le lexique qui va avec la gravité à donner au sujet. Il faut que le message soit le plus vrai possible et pour qu’il le soit, il faut que l’énoncé comporte les mots, les noms, les dates et les lieux prévus et le tout sous le prisme consacré. La redondance est si parfaite qu’elle offre ce confort intellectuel indicible de pouvoir déduire chaque partie du discours de la précédente. Il ne faut surtout pas débattre, si on est plusieurs. Il suffit de répéter ou de continuer les phrases des prédécesseurs. Ces phrases sont devenues des refrains et les mots qui les composent des référents universels, valables en tout temps et en tout lieu, à propos de tout et de rien.  Peut importe, l’objet reste l’Algérie et non le fait en lui-même. Parfois, pour faire bonne mesure ou pour faire varier la séquence, on s’étalera sur les bords, mais pas trop.   

Une grève en Europe ou en Amérique est une grève, c’est-à-dire un conflit entre salariés qui revendiquent de meilleures conditions de travail et patronat qui défend son taux de profit. En Algérie, c’est le signe annonciateur d’un séisme dévastateur, avec ses torrents de sang et de larmes, qui va bouleverser de fond en comble la société. Un émigré clandestin qui cherche à s’émanciper du sous-développement structurel de son pays vers les lumières de l’Occident  devient, en Algérie, le symbole du désespoir de toute la jeunesse. Une population qui exprime la joie de voir son équipe nationale gagner, comme toutes les populations de tous les pays, est une masse inculte et surtout  manipulée. Une équipe nationale qui gagne ses matches est un instrument aux mains du pouvoir en place. Elle doit plutôt susciter la défiance.  Des joueurs internationaux qui touchent des clopinettes par rapport à leurs pairs d’Europe sont présentés en mercenaires. Un festival qui se tient, comme se tiennent des milliers de festivals ailleurs, plus fréquents et plus nombreux, est décrit comme étant un gouffre financier.

L’Algérie qui vit, qui crée, qui chante, qui s’amuse, qui aime, qui espère, qui lutte n’existe pas et ne doit pas exister. Ses intellectuels, ses syndicats, ses partis, ses poètes, ses féministes, ses artistes, ses libres-penseurs, ses jeunes qui mordent le ciel et tout ce qui fait un pays n’existent pas. Ils ne font pas partie du spectacle. Ils doivent déranger énormément quand ils apparaissent. Ils ne doivent pas sortir de cette masse, désormais symbolique, compacte, gémissante sous le joug de dictateurs sans foi ni loi.  Car l’Algérie ne doit pas changer par elle-même, en tout cas, c’est ce qui transparaît. On a beau attendre et chercher les solutions proposées, il n’y a que les diatribes et rien au bout que le noir avenir d’un pays qui n’en est même pas un.  Parce que l’Algérie elle-même n’aurait pas dû être. De son indépendance, il n’y a que cette lutte pour le pouvoir qui fait l’événement et pas la libération de l’une des pires conditions que l’homme puisse vivre. Tous les glissements deviennent possibles, dont celui qui filtre le plus, le déni d’indépendance. Parce que ce déni d’indépendance,  c’est d’abord et avant tout le désir d’appropriation, sans retenue, des richesses nationales.

Derrière tout ça, il y a ceux qui font la farce, les dindons, comme il va de soi, n’y sont pas pour grand-chose. Et ceux qui font la farce sont ceux qui n’acceptent que la soumission à leur volonté d’hégémonie.  La démocratie et les libertés publiques des Algériens, ils s’en soucient comme ils s’en sont souciés dans les pays où, après les avoir détruits, ils ont installé des pouvoirs clés en main.  Le but caché est de créer un courant d’opinion suffisamment puissant qui déstabilise non pas seulement l’Etat mais qui fissure profondément la société, par l’amalgame qui est fait entre le fait de s’opposer politiquement au pouvoir et le fait de ne pas se reconnaître dans le pays tant qu’il est gouverné par ce pouvoir. D’où cette propension au catastrophisme, à la surenchère et à la diabolisation. Cela se fait par la simplification, parce qu’il n’est pas question de construire une alternative politique avisée et solide. La méthode suppose qu’il suffit de pousser au pourrissement de la situation et au blocage des initiatives. Conditions supposées suffirent à affaiblir les résistances locales aux initiatives étrangères.    

Pour en revenir aux instruments de la cabale, parmi ceux qui vont mal, quelques-uns vont là-bas se plaindre. Ou plutôt pour être bien là-bas, on doit se plaindre.

Les autres, tous les autres, les plus nombreux, ceux qui sont ignorés, qu’on ne voit ni n’entend devant les caméras, construisent chaque jour, pierre à pierre, la société de demain. 

«Seule la vérité est révolutionnaire», disent les marxistes et ils veulent dire, par là, que pour changer les choses, il faut d’abord savoir de quoi elles sont faites, sinon on ne pourra rien y faire. C’est dans le sens où on veut faire des sauts qualitativement supérieurs. Ce qui n’est, de toute évidence, pas le cas, et la vérité ne semble pas intéresser ceux-là qui ont fini dans le délire de se prendre pour des observateurs étrangers, tant le confort illusoire que leur procure une notoriété dérisoire les  enivre.

Par Ahmed Halfaoui

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