Semaine du 24 février au 2 mars 2010
 

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Des excuses ou une faveur ?

 

 
 
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Des excuses ou une faveur ?

Lorsque le président Bouteflika a pour la première fois parlé d’excuses que la France devait présenter à l’Algérie pour les crimes commis durant la période coloniale, les deux pays s’acheminaient  vers la signature d’un traité d’amitié – à l’image, disait-on, de celui conclu entre la France et l’Allemagne. Depuis, plus  question de traité, la France d’aujourd’hui, par la bouche de son président, ayant clairement fait savoir qu’il ne fallait pas attendre d’elle qu’elle s’abaisse à demander pardon  pour des fautes, si faute il y a, commises par des Français d’un autre temps.

Dans le pays même, il faut dire qu’à l’exception de rares voix  qui se sont  élevées  des rangs de «la famille révolutionnaire», qui ont abondé dans le même sens que le président, le sentiment général était au scepticisme et à l’attentisme. L’idée qui alors dominait largement, c’était que Bouteflika voulait  arracher des excuses à la France moins pour elles-mêmes que pour obtenir plus facilement la révision de la Constitution et s’assurer ainsi d’un troisième mandat. Tous ceux à qui cette perspective ne souriait guère se sont réfugiés dans un silence  aussi éloquent qu’embarrassé. Ils espéraient bien que Nicolas Sarkozy reste sur sa position de niet catégorique, mais ils ne pouvaient rien en dire sans prêter le flanc à l’accusation d’appartenir à hizb frança. Et sans paraître détester plus Bouteflika que l’«œuvre civilisatrice de la France».

Dès ce moment donc, on pouvait sentir tout ce qu’il y a de gênant, de malsain même, dans cette histoire d’excuses. On les demandait en fait comme s’il s’agissait d’une faveur. Le président algérien qui saurait  amener la France à reconnaître ses fautes non seulement consoliderait ses positions sur l’échiquier interne, en même temps que celles de sa famille politique, mais se couvrirait d’une gloire sans fin. Il resterait dans l’histoire celui auprès duquel la France a fait acte de repentance. De sorte qu’après cela, il y aurait deux grandes dates dans l’histoire du pays : le jour de l’indépendance et le jour où la France, portant le cilice, a fait pénitence.

Du côté français, il est clair qu’on sait l’impact interne des excuses demandées. Il est hors de question de prendre exemple sur l’Italie, dont on se demande d’ailleurs si ce n’est pas seulement pour créer un précédent qu’elle s’est empressée d’implorer le pardon de la Libye.

Il faut cesser d’être naïf en cette matière. La France n’exprimerait jamais d’excuses, en tout cas au sens où l’entendent les Algériens, sans une substantielle contrepartie, matérielle ou politique.

Il semble d’ailleurs que les autorités algériennes aient fini par comprendre que tout cela n’est pas aussi simple qu’elles l’avaient cru d’abord, et que dans tous les cas  ce serait à elles de faire les frais de l’opération. Il leur sera demandé quelque chose en retour qu’elles ne pourraient accorder sans que soit ouverte une nouvelle page de l’histoire des relations entre les  deux pays.

Une fois les excuses faites en effet, et le traité d’amitié signé, ce serait comme si les Algériens seraient enfin disposés à regarder la période coloniale dans le miroir français. Chaque fois que l’un ou l’autre d’entre eux évoquerait «la longue nuit coloniale», une voix, plusieurs même, s’élèveraient pour rappeler que des excuses ont été faites qui ont été acceptées, et que dès lors on est mal venu d’ agiter des sentiments négatifs  que les deux pays ont d’un commun accord décidé de dépasser.

Est-ce en prévision de cette situation que des députés algériens voudraient dès maintenant criminaliser le colonialisme ? Si c’était le cas, ils agiraient en visionnaires. Le plus probable toutefois est qu’ils font de la surenchère, comme le pense Daho Ouled Kablia, ministre dans l’actuel gouvernement et néanmoins malgache. Car il est bien évident que ce n’est pas en criminalisant dès maintenant le colonialisme qu’on  accroîtrait  ses chances de voir la France demander pardon.

Le président français invoque des questions de principe pour récuser la repentance. C’est bien à ce niveau-là qu’il faut situer le problème en effet. Le colonialisme s’est produit, il relève maintenant du passé, encore que nombre de ses effets fassent  partie du présent, rien ne pourra faire qu’il n’ait pas établi sur l’Algérie une main de fer pendant plus de 130 ans. Il s’est achevé en juillet 1962. Un point c’est tout. Il n’y a ni excuses à demander, ni excuses à faire, pour le faire passer.

Il importe beaucoup pour la santé morale des deux peuples que les choses continuent de se présenter exactement comme elles se sont produites.

Par Mohamed Habili

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