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Des excuses ou une faveur ?
Lorsque le
président Bouteflika a pour la première fois parlé d’excuses que la
France devait présenter à l’Algérie pour les crimes commis durant la
période coloniale, les deux pays s’acheminaient vers la signature
d’un traité d’amitié – à l’image, disait-on, de celui conclu entre
la France et l’Allemagne. Depuis, plus question de traité, la
France d’aujourd’hui, par la bouche de son président, ayant
clairement fait savoir qu’il ne fallait pas attendre d’elle qu’elle
s’abaisse à demander pardon pour des fautes, si faute il y a,
commises par des Français d’un autre temps.
Dans le pays même,
il faut dire qu’à l’exception de rares voix qui se sont élevées
des rangs de «la famille révolutionnaire», qui ont abondé dans le
même sens que le président, le sentiment général était au
scepticisme et à l’attentisme. L’idée qui alors dominait largement,
c’était que Bouteflika voulait arracher des excuses à la France
moins pour elles-mêmes que pour obtenir plus facilement la révision
de la Constitution et s’assurer ainsi d’un troisième mandat. Tous
ceux à qui cette perspective ne souriait guère se sont réfugiés dans
un silence aussi éloquent qu’embarrassé. Ils espéraient bien que
Nicolas Sarkozy reste sur sa position de niet catégorique, mais ils
ne pouvaient rien en dire sans prêter le flanc à l’accusation
d’appartenir à hizb frança. Et sans paraître détester plus
Bouteflika que l’«œuvre civilisatrice de la France».
Dès ce moment
donc, on pouvait sentir tout ce qu’il y a de gênant, de malsain
même, dans cette histoire d’excuses. On les demandait en fait comme
s’il s’agissait d’une faveur. Le président algérien qui saurait
amener la France à reconnaître ses fautes non seulement
consoliderait ses positions sur l’échiquier interne, en même temps
que celles de sa famille politique, mais se couvrirait d’une gloire
sans fin. Il resterait dans l’histoire celui auprès duquel la France
a fait acte de repentance. De sorte qu’après cela, il y aurait deux
grandes dates dans l’histoire du pays : le jour de l’indépendance et
le jour où la France, portant le cilice, a fait pénitence.
Du côté français,
il est clair qu’on sait l’impact interne des excuses demandées. Il
est hors de question de prendre exemple sur l’Italie, dont on se
demande d’ailleurs si ce n’est pas seulement pour créer un précédent
qu’elle s’est empressée d’implorer le pardon de la Libye.
Il faut cesser
d’être naïf en cette matière. La France n’exprimerait jamais
d’excuses, en tout cas au sens où l’entendent les Algériens, sans
une substantielle contrepartie, matérielle ou politique.
Il semble
d’ailleurs que les autorités algériennes aient fini par comprendre
que tout cela n’est pas aussi simple qu’elles l’avaient cru d’abord,
et que dans tous les cas ce serait à elles de faire les frais de
l’opération. Il leur sera demandé quelque chose en retour qu’elles
ne pourraient accorder sans que soit ouverte une nouvelle page de
l’histoire des relations entre les deux pays.
Une fois les
excuses faites en effet, et le traité d’amitié signé, ce serait
comme si les Algériens seraient enfin disposés à regarder la période
coloniale dans le miroir français. Chaque fois que l’un ou l’autre
d’entre eux évoquerait «la longue nuit coloniale», une voix,
plusieurs même, s’élèveraient pour rappeler que des excuses ont été
faites qui ont été acceptées, et que dès lors on est mal venu d’
agiter des sentiments négatifs que les deux pays ont d’un commun
accord décidé de dépasser.
Est-ce en
prévision de cette situation que des députés algériens voudraient
dès maintenant criminaliser le colonialisme ? Si c’était le cas, ils
agiraient en visionnaires. Le plus probable toutefois est qu’ils
font de la surenchère, comme le pense Daho Ouled Kablia, ministre
dans l’actuel gouvernement et néanmoins malgache. Car il est bien
évident que ce n’est pas en criminalisant dès maintenant le
colonialisme qu’on accroîtrait ses chances de voir la France
demander pardon.
Le président
français invoque des questions de principe pour récuser la
repentance. C’est bien à ce niveau-là qu’il faut situer le problème
en effet. Le colonialisme s’est produit, il relève maintenant du
passé, encore que nombre de ses effets fassent partie du présent,
rien ne pourra faire qu’il n’ait pas établi sur l’Algérie une main
de fer pendant plus de 130 ans. Il s’est achevé en juillet 1962. Un
point c’est tout. Il n’y a ni excuses à demander, ni excuses à
faire, pour le faire passer.
Il importe
beaucoup pour la santé morale des deux peuples que les choses
continuent de se présenter exactement comme elles se sont produites.
Par Mohamed
Habili
e-mail :contact@lesdebats.com
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