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Semaine du 3 au 9 juin 2009

 

Quand publier devient une fin en soi

D’une littérature de l’urgence à l’urgence d’une littérature

 

 

 Culture


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Quand publier devient une fin en soi

D’une littérature de l’urgence à l’urgence d’une littérature

Dans un contexte il est vrai tout à fait exceptionnel et sur lequel  il n’est pas lieu de revenir ici, l’Algérie a vu éclore une profusion de publications à caractère réputé littéraire et poétique.

C’était, l’on s’en souvient certainement, à partir des tous débuts de la dernière décennie du siècle passé. Au moment même où les premiers lendemains de l’ouverture démocratique commençaient à autoriser l’espoir d’un renouveau autant pour ce qui est de la littérature proprement dite que de la culture d’une façon plus générale. Les préalables universels de stabilité et de sécurité ayant été rapidement sapés par une sédition armée qui ne fut que le prolongement d’une action politique aux forts accents de régression et de fermeture sur soi, ce fut toute une génération de jeunes algériens qui fit les frais de la déstabilisation et de la perte de repères induites par la problématique dite alors de « projet de société ». Parallèlement, le laminage des couches moyennes à la défaveur de la crise économique et des mesures drastiques qu’il fallu accepter, provenant essentiellement des institutions de Bretton Wood, parachèvera l’avènement d’un crise existentielle et sociale aux relents de fuite et d’exode rapidement interprétés comme des exigences absolues : l’urgence était née.

L’on commença alors à faire des livres comme l’on fait sa valise un jour de grande lassitude ; dans la précipitation totale, en une sorte de mauvaise griserie qui vous laisse tout juste le temps de vous souvenir de votre nom. Votre adresse ayant été depuis quelques temps déjà jetée aux oubliettes par vos multiples changements de résidence à seule fin de tenter de sauver ce qui restait de votre peau. C’est à un philosophe français d’origine russe, Jankélévitch, que nous devons ce concept de littérature de l’urgence forgé dans le courant de la décennie 1950/ 1960 et appliqué à tous ceux qui fuyaient, outre les retombées du poststalinisme, l’extrême rigidité des pays de l’ex rideau de fer. Ce concept s’applique donc à toute situation identifiable par l’absence  d’institutions culturelles mais aussi politiques à même de soutenir et d’encadrer les efforts des créateurs et uniquement préoccupées  -ces institutions-, par  leur propre sauvegarde en tant que vecteurs de survie de cohortes de bureaucrates, vigiles de la pensée et autres apprentis technocrates. Ce concept s’applique aussi à toute situation individuelle marquée d’abord et avant tout par le besoin pressant et incompressible de témoigner ; pour soi et pour les autres. Fondamentalement littérature de témoignage, les écrits datant de cette décennie là se feront donc d’abord remarquer par leur caractère « pressé », non travaillé ; des ébauches dirait-on, au propre comme au figuré. Ici, le fond prime la forme. Le dire prime le « comment le dire ». Tout ce qui fait le propre de la littérature «  en temps normal », est relégué au second plan : on l’imagine aisément, la peur est la donne fondamentale sur laquelle repose ce besoin d’écriture. Peur pour soi et peur pour les autres. Ce furent ainsi des dizaines d’ouvrages, réputés romans ou recueils de nouvelles, qui émergèrent et occupèrent les étals des librairies comme autant de preuves que « tout n’était pas foutu ». Et ce fut là leur plus grand mérite ; par delà lacunes et faiblesses.

Première caractéristique de cette littérature : elle ne se préoccupe plus que de l’espace ville.

Contrairement à ce que l’on a coutume d’appeler « la grande littérature algérienne », concentrée elle, sur l’arrière-pays, sur les campagnes et la paysannerie, cette dernière n’a que la cité pour point de repère ; elle ne se préoccupe que ce qui concerne la ville. Ce qui permettait l’usage d’un temps et d’un espace certes différents, mais aussi beaucoup plus restreints. Dans la mesure d’abord où l’on n’y a pas à se préoccuper de la description des causes en profondeur, autant historique qu’humaine, mais de ce qui affleure…  « à fleur de peau ».

Un certain nombre d’éléments au  tant économiques que sociologiques sont bien évidemment à mettre à l’appui de cette mutation. Mais il ne sont pas les seuls : Exprimés essentiellement en langue française, ces ouvrages ne pouvaient qu’être le fait de citadins davantage familiarisés avec l’usage de cette langue que cela soit de par le champ social ou encore celui familial. Rares en effet, extrêmement rares les ouvrages de cette époque là, transcrits en langue arabe ou encore amazighe.

Littérature de témoignage sur un présent devenu tout autant insoutenable qu’impossible à admettre, contre lequel il fallait lutter par tous les moyens possibles, ici la littérature et la poésie, cette littérature demeurera comme un témoignage dont la valeur ira grandissant à mesure que le temps nous éloignera, justement, du « terreau » temporel qui aura présidé à son avènement.

L’impératif d’un environnement professionnel

Bien sur qu’il ne faille pas prendre au pied de la lettre la deuxième partie du titre du présent papier. D’autant pour ce qui nous concerne ici, on voit mal en effet comment parler d’urgence d’une littérature.

Nous sommes ici, et par excellence et définition, dans un domaine dont l’existence, la vitalité ou encore l’inexistence, ne se décrètent pas plus qu’elles ne se provoquent. Nous avons vu que le concept de littérature de l’urgence tel que forgé par son créateur s’applique aux situations de vide institutionnels, et fait donc référence à l’entour global sur lequel telle ou telle production littéraire(mais aussi artistique ou plus franchement culturelle), va s’appuyer pour patiemment et rigoureusement, ériger règles et normes, critères et valeurs, tous indispensables pour peu que l’on se préoccupât d’aller dans le sens de la qualité.

C’est donc ici, tout l’environnement dont aucune littérature ne peut se passer qui est tout à la fois en jeu et en question. Commençons par un rappel sommaire : la lbéralisation de la fonction (ou de la profession, c’est selon) d’éditeur, a permis l’éclosion d’un certain nombre de petites et moyennes maisons d’édition, autant à Alger que dans d’autres villes du pays, qui, plus ou moins soutenues par une politique nationale du livre, publient bon an mal an autour d’une douzaine d’ouvrages chacune.

Certaines beaucoup plus. Les écrivains, confirmés ou non, disposent donc désormais d’un champ éditorial à priori favorable à la publication de leurs écrits. Il reste que tout cela s’opère dans la clandestinité et l’anarchie les plus totales, c’est-à-dire sans contrats, sans engagements de part et d’autre, sans indemnités financières ou encore marketing digne de ce nom.

Heureusement ici que nos libraires ont pour ainsi dire, prit le relais et tentent de combler ce vide par l’organisation hebdomadaire d’après-midi dites de vente-dédicace au cours desquelles les auteurs, jeunes et moins jeunes, peuvent se faire une idée, même approximative, de la façon dont leurs travaux sont perçus ; reçus. Hors ces exceptions, davantage fruits d’engagements et volonté individuels, c’est le vide, ou presque.

Le livre, au moins autant que son auteur, sont seuls. Aucune revue littéraire pour soutenir et encadrer, analyser et commenter les uns comme les autres de chacun de tous ces nouveaux ouvrages régulièrement sur le marché. Aucune page culturelle dans la pratiquement la totalité de la presse algérienne. Hormis deux ou trois journaux, tous les autres se désintéressent totalement de la chose culturelle, supposée exiger des efforts de recrutement et donc financiers aujourd’hui inutiles.

Quoi de plus simple en effet que de «bourrer» son canard de pages entières «piquées» sur Internet, la gratuité en plus ?! Autre élément et non des moindres : l’abandon par les éditeurs de presse de la fameuse spécialisation journalistique, indispensable pour qui se soucie de livrer un produit de qualité. Est-il exagéré d’affirmer qu’hormis quelques « anciens » toujours en activité, il n’existe aujourd’hui pratiquement pas de journalistes spécialisés dans la chose culturelle dans notre

pays ?... Idem pour ce qui est de la critique littéraire, spécialisée ou non ; les deux s’ajoutant et se complétant. Bref tous les ingrédients pour que l’on ne soit que face à l’impression d’un champ à l’abandon, sans balises ni repères ; où chacun fait ce qu’il veut, où chacun baptise son dernier livre comme il veut…ici roman, là recueil de nouvelles, plus loin essai…

Toujours et encore cette sale manie des algériens à continuer à croire que tout ce qui ne relève pas du figuratif est expressément classable comme abstrait. Nous parlons peinture, bien sur. Mais le fait vaut élargissement.

Par Malik-Amestan  B.

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