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L'enfance algérienne ciblée par les avatars de la régression
sociale
Miroir insolent
d'une société désaxée
La crise
économique algérienne, qui arrive difficilement à se donner les
perspectives d’une sereine transition, et la régression sociale, qui
en est le pendant obligé, ont mis sens dessus dessous les valeurs
culturelles et les repères sociaux à telle enseigne que les franges
les plus vulnérables de la société- à savoir les femmes, les
personnes de troisième âge et les enfants- voient peser sur eux de
multiples dangers (déchéance physique et morale, agressions,…)
charriés par une historique anomie du corps social.
Les premiers
effets, visibles par exemple au sein de la frange juvénile, du recul
des ‘’acquis sociaux’’ hérités de l’ère socialiste sont
principalement une déscolarisation assez marquée dans les zones
rurales. Les parents ne pouvant plus assurer les fournitures
scolaires, la cantine et le transport vers le collège situé à
quelques kilomètres de là, se résolvent à retirer l’enfant de
l’école. La justification se trouve renforcée par le besoin de
main-d’œuvre dans le foyer familial, dans l’exploitation agricole ou
un quelconque atelier où le père ne peut pas embaucher un ouvrier en
bonne et due forme. Le phénomène prit de l’ampleur dans les zones
insécurisées au milieu des années 1990 et prit une autre tournure
lorsque des ateliers de fabrication de chaussures, chaussettes ou
autre lingerie, des chantiers de construction,…etc. se mirent à
recruter à tour de bras des enfants de 12 à 16 ans, y compris des
filles pour les travaux de couture et de ménage. Bien entendu, ces
adolescents ne peuvent pas être déclarés aux assurances sociales. Ce
que les télévisions nous montraient il y a quelques années comme un
phénomène habituel dans les pays du sud-est asiatiques, et que les
organisations internationales de la protection de l’enfance ont
toujours condamné, commence à s’installer chez nous sous le règne de
l’économie de bazar. Les considérations d’ordre ergonomique, moral
ou social n’ont presque plus court chez la faune des entrepreneurs
ou patrons qui ont recours à ce genre d’embauche. L’appât du gain,
la cupidité, le silence presque complaisant des parents ont fait une
fatale jonction qui fait perdurer la déchéance de l’enfance dans le
monde mercantile égoïste et sordide des adultes.
Sorcellerie et
autres pistes occultes
Si l’exemple du
sud-est asiatique a trouvé depuis longtemps un grave prolongement
dans ce qui est nommé le ‘’tourisme sexuel’’ qui touche une grande
partie des enfants des deux sexes, la dérive algérienne dans le
traitement de l’enfance s’est plutôt nourrie d’autres facteurs liés
à des archaïsmes sociaux, à des perversions dues à frustration
sexuelles ou à une nouvelle forme de chantage exercé par les réseaux
terroristes ou par d’autres bandes de truands.
Ainsi, depuis une
dizaine d’années, de jeunes enfants, parfois des bébés, habitant
certaines bourgades rurales se trouvent la cible de femmes
organisées en réseau et qui viennent les enlever pour des buts que
l’on dit de sorcellerie ou de trafic d’organe. Ici, la prudence
s’impose. Si les actes de rapt sont réels, la destination ou
l’utilisation du corps n’est jamais complètement élucidée. La
tradition, relayée par la légende du milieu hermétique de la
sorcellerie, rapporte que des organes, y compris le sang, de bébés
ou d’enfants d’un certain âge seraient utilisés pour envoûter ou
désenvoûter un mari, un amant ou un fils qui ne répond plus aux
attentes du partenaire ou du proche. Quels que soient les macabres
desseins des kidnappeuses, les faits gravissimes sont là,
inqualifiables.
« S’agissant de la
probabilité de trafic d’organe, le Dr. Bekkat, président du Conseil
national de déontologie médicale a démenti les informations qui ont
circulé dans la rue prétendant l’existence d’un rapport de causalité
entre le kidnapping des enfants et le vol des organes humains. Il a
qualifié cette opération de techniquement impossible.
L’hypothèse du vol
des organes humains qui a accompagné la série de kidnappings des
enfants en Algérie, et qui a semé panique et terreur auprès des
familles algériennes n’est qu’intox dans la mesure où il est
impossible de la mettre en pratique », soutient-il. Il a ajouté que
la transplantation nécessite des conditions et des facteurs d’une
extrême précision et sensibilité. « Il ne s’agit pas d’une question
de pièces de rechanges de véhicules que l’on pourrait utiliser
facilement » a-t-il ajouté.
Le Dr Bekkat a
expliqué que les organes d’enfants, tels que le foie et le cœur et
autres organes, qui ont été volés dans certaines régions, sont
utilisés pour la sorcellerie. Il était convaincu que la majorité des
enfants ont été kidnappés pour des questions de règlements de
comptes. Il est vrai que les réseaux algériens ne disposent pas
encore des techniques permettant la ‘’mise à disposition’’ et le
transfert d’organes pour les laboratoires situés à l’étranger. On
est en tout cas loin de la situation ayant prévalu en Amérique
latine au cours des années 1980 où des enfants, souvent vivants,
étaient transférés dans des laboratoires clandestins de l’Amérique
du Nord. Ce fut un marché florissant qui a maintenant fortement
décliné à la suite des bouleversements politiques dans les pays
‘’exportateurs’’ d’organes et du resserrement du contrôle sur les
laboratoires utilisateurs.
Cependant, les
enlèvements d’enfants pour des buts de sorcellerie ont tendance à
être plus ou moins vérifiés dans certaines régions du pays. Il en
est ainsi à Ahnif, dans la wilaya de Bouira, où, au cours du mois de
novembre 2008, des femmes étrangères à la région, femmes qu’on dit
être des nomades, et qui se sont présentées en tant que mendiantes
ont tenté de kidnapper un enfant de 12 ans et un bébé de 14 mois,
comme elles avaient tenté de prendre des bijoux dans les foyers
qu’elles ont sollcités. L’affaire est passée le 16 mai dernier
devant la cour de Bouira Les deux principales accusées ainsi que
leurs quatre autres acolytes ont été condamnées à trois ans de
prison avec sursis. Ce genre d’actes se sont multipliés depuis le
début des années 2000 dans certaines zones de montagne et des Hauts
Plateaux. Les investigations et les enquêtes, aussi bien des
services de sécurité que des sociologues, n’ont jamais pu élucider
de façon déterminante les objectifs réels et pratiques qui motivent
de tels comportements. Le sociologue Ali El Kenz écrit dans le
journal El Watan du 1er novembre 2008 à propos d’un reportage
réalisé sur l’affaire d’Ahnif : « Au-delà de la scène décrite
admirablement bien par le reporter, j’ai dû faire effort sur moi,
pour – effaçant l’image de ces femmes nomades se glissant dans les
maisons – discipliner mon esprit et comprendre que derrière elles
étaient tapis des monstres bien plus redoutables ».
Monnaie
d’échange et traumatisme profond
Un nouveau
phénomène est apparu dans notre pays à la faveur de la jonction du
terrorisme finissant et du banditisme montant, deux hydres que les
intérêts matériels et le monde des affaires interlopes réunissent
dans un entreprise macabre qui terrorise la société. Il s’agit du
chantage exercé sur les entrepreneurs en s’en prenant à leurs
enfants, parfois en bas âge. Dans plusieurs wilayas,
particulièrement en Kabylie, pour sauver leurs enfants lesdits
entrepreneurs sont presque toujours amenés à verser de fortes
rançons. Ces dernières sont ‘’négociables’’ depuis le plafond fixé
par les ravisseurs par le moyen du téléphone portable jusqu’à la
somme ‘’raisonnable’’ que finira par consentir l’homme d’affaire en
la déposant dans un buisson, une grotte ou autre lieu conclu d’un
commun accord.
Le traumatisme
vécu par les enfants suite à cette mésaventure n’a sans doute pas
été mesuré dans toute son ampleur, y compris par les parents, qui
ont pourtant les moyens financiers d’agir dans ce sens.
Des enfants ont
été portés disparus suite à des kidnappings constatés par des
témoins ou suite à une sortie sans retour. Parmi ces disparus, les
services de sécurité, et parfois de simples citoyens partis à leur
recherche, finissent par découvrir la barbarie indicible. Certains
ont été mutilés après des abus sexuels. D’autres ont été jetés dans
un puits ou une décharge publique. En tous cas, des images
choquantes et insoutenables qui contraignent parfois ceux qui les
découvrent à des traitements psychologiques de longue durée. Au
moment de la grande offensive terroriste sur les populations civiles
désarmées, de telles images se multipliées à l’échelle du pays. Les
assassins y ont même mis un funeste ‘’génie’’ pour mettre à mort
d’innocents enfants et bébés. N’y en avaient-t-ils pas qui sont
passés par le four et le tournebroche comme de vulgaires poulets ou
autres gibiers ? Le traumatisme pour l’ensemble de la société a
été profond même s’il ne se montre pas toujours en surface d’autant
que, à la même occasion, de jeunes filles âgées d’à peine 12 ou 14
ans sont été enlevées et présentées comme des trophées de guerre aux
émirs des maquis. Les viols dont elle firent l’objet de la part de
ces sanguinaires ont abouti à la naissance des enfants dans les
maquis. Pendant des années, des familles clandestines s’étaient
constituées dans les grottes des Babors à Jijel. Lors de trêve
signée avec l’armée, des processions de femmes et d’enfants
descendirent de la montagne sans papiers d’état civil et sans livret
de famille. Pour les inscrire à l’école, et même pour recevoir un
vaccin dans un dispensaire, fallait régulariser leur situation. Dans
le même contexte des années quatre-vingt-dix du siècle dernier, des
femmes violées par les terroristes ont donné naissance à des enfants
que l’État a fini par prendre en charge sans que leur filiation soit
établie. Ainsi, une génération entière d’enfants que l’Algérie est
censée intégrer dans la société vivent le traumatisme, sans doute
permanent, de ces origines problématiques liées à un épisode noir de
l’histoire de l’Algérie contemporaine.
Objet de
convoitises perverses
Outre le mobile
mercantile et de règlements de compte politiques, l’enfant dans
l’Algérie de 2009 est aussi objet de sordides convoitises charnelles
de la part d’adultes pervers et dépravés. Le comble vient de cet
exemple d’instituteur de la ville de Bouira, père de cinq enfants,
qui s’en prenait à ses propres élèves et qui a été démasqué il y a
quelques mois. Le silence des enfants intimidés et l’omerta des
parents d’élèves ont sûrement donné logue vie à ce genre de
comportement qui s’est étalé sur plusieurs mois, voire plusieurs
années. La presse a aussi rapporté des exemples d’imams, oui
d’imams, qui commis des abus sexuels sur des enfants des deux sexes
aussi bien dans les mosquées que dans des medersas coraniques. En
tout état de cause, lorsqu’on observe le statut symbolique
honorable, voire sacré, que le société accorde à de tels professions
(enseignant, imam), il y a lieu de s’inquiéter davantage pour nos
enfants lorsqu’ils sont appelés à sortir seuls vers des lieux que
nous n’avons pas toujours le temps de vérifier.
Une affaire, se
passant dans une ville de l’Ouest algérien, rapportée par la presse
au début de l’année en cours est relative à un jeune garçon parti au
hammam avec un voisin adulte et qui a fini par être violé par ce
dernier. Devant les cris de détresse du garçon et dans le brouhaha
général qui s’en est suivi, des clients du hammam ont arrêté l’homme
pervers et l’ont présenté aux services de sécurité. Se sont des
scènes plus fréquentes qu’on a tendance à le croire. Même la presse
n’a pas accès à toutes les informations dans ce domaine, surtout
qu’il s’agit de l’honneur des familles à sauvegarder que coûte que
coûte. Cependant, ce silence ne rend service à personne si ce n’est
aux délinquants et criminels qui risquent de poursuivre
tranquillement leur macabre besogne.
Une étude menée
par le professeur Oussama Gherbi de l’Université de Médéa dans les
cybercafés et présentée dimanche dernier par le quotidien El Khabar
montre qu’une majorité de jeunes qui se rendent dans ces lieux
consultent des sites pornographiques. Il est même révélé que 65 %
d’entre eux restent trois heures devant l’écran pour regarder ces
sites. Il y est reproché aux parents d’élève de ne pas contrôler
l’usage d’Internet auxquels ont accès leurs enfants d’autant plus
que sous couvert de recherche de thèmes imposés par les enseignants
du lycée ou du collège, les élèves poussent plus loin leur curiosité
déjà attisée par des amis scolarisés.
Par Saâd
Taferka
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Méconnaissance du phénomène et de son ampleur
Les enfants
surdoués en Algérie
Combien
existe-t-il de Mountassir, cet enfant surdoué qui a réussi, à l’âge
de 10 ans, à décrocher le SAT1, l’équivalent du baccalauréat
américain, série mathématique avec une moyenne de 15,5/20 ? On n’en
sait rien. Aucune statistique officielle ou même
semi-officielle ne
fait état de l’existence d’enfants surdoués en Algérie. Il en existe
pourtant.Mais, en l’absence de cadres qui permettent le dépistage et
l’émergence de ces «génies», ils resteront ignorés.
Le petit
Mountassir Bensalem, dont l’existence avait été révélée par la
presse en juillet 2004, vivait aux Emirats Arabes Unis. Il est né en
Angleterre, où son père, Abdelmadjid, poursuivait des études
supérieures. A deux ans, l’enfant commençait déjà à montrer des
aptitudes hors du commun. A 5 ans, il entame sa scolarité en Ecosse.
Ses prédispositions dans le domaine des mathématiques ne passeront
pas inaperçues pour ses enseignants et son entourage. Selon sa
famille, l’enfant consacrait, dès les premières années de sa
scolarité, environ 45 minutes par jour à l’apprentissage des
mathématiques supérieures. Mais Mountassir garde le contact avec les
enfants de son âge avec qui il joue le plus normalement. Très jeune,
il avait exprimé le vœu de devenir médecin. Ses capacités mentales
lui permettent de faire beaucoup plus.
Un surdoué est
d’un niveau mental «très supérieur à la moyenne». Son quotient
intellectuel (QI) est supérieur à 170. A noter de pareilles
capacités ne sont pas un gage de réussite. En fait, tout dépend du
milieu (famille, société et institutions) dans lequel il évolue.
Un enfant surdoué
né dans un milieu social défavorisé peut-il montrer des aptitudes
hors normes sans moyens pédagogiques lui permettant de mettre en
valeur ses qualités ? Très peu probable. En d’autres termes, un
autre Mountassir, né dans un milieu social et familial qui ne
dispose pas des outils nécessaires à la mise en valeur des qualités
intellectuelles de l’enfant, a très peu de chances de percer. Car un
enfant surdoué, c’est avant tout un enfant qui montre de l’intérêt
pour des choses qui ne sont ni de son âge ni de ses capacités
supposées. C’est un enfant qui s’intéresse, très tôt, aux
encyclopédies des sciences, aux langues étrangères, aux
mathématiques, à l’astronomie, et à des disciplines réputées
difficilement accessibles à un certain âge. Mais lorsque, ni dans
son milieu familial ni à l’école (une fois l’enfant scolarisé), ces
outils didactiques font défaut, il y a de très fortes chances que le
surdoué «disparaisse» dans l’anonymat de la normalité.
Comme nous
l’explique, Noureddine Khaled, psychologue, maître de conférences à
l’Université d’Alger, et vice-président de la SARP (Association pour
l’aide psychologique, la recherche et la formation), en plus des
capacités intellectuelles «très élevées par rapport à la moyenne»,
l’enfant surdoué « fonctionne sur plusieurs registres».
Malheureusement, lorsque le «cursus scolaire n’est pas adapté»
(comme c’est le cas chez nous) l’enfant «peut être en situation
d’échec scolaire», précise notre interlocuteur. L’exemple le plus
célèbre est celui d’Albert Einstein qui a été longtemps incompris
dans son cursus scolaire.
Comment
reconnaître un surdoué ? «C’est déjà un enfant qui s’intéresse aux
questions des grands. Il pose énormément de questions, très en
avance par rapport à son âge. Généralement il cherche la compagnie
des plus âgés que lui. Et peut ressentir de la solitude et de
l’incompréhension », ajoute M. Khaled.
Selon le
vice-président de la SARP, détecter un enfant surdoué revient
d’abord aux parents puis aux enseignants. « Un bilan et des tests
psychologiques peuvent déterminer le degré d’intelligence de
l’enfant», affirme-t-il, tout en regrettant, par ailleurs,
l’inexistence d’étude dans le cas algérien. «Ailleurs, le taux
d’enfants surdoués est estimé à 3% de la population scolarisée. Mais
chez nous, aucun étude n’a été menée à ce jour», constate Noureddine
Khaled. Il précise, toutefois, que si la détection est possible en
Algérie (à travers le test psychologique), «la prise en charge n’est
malheureusement pas possible, faute d’écoles spécialisées pour
enfants surdoués». «Même en Europe, le phénomène n’a été pris en
charge qu’à partir de la précédente décennie».
A-t-on la
prédisposition d’être un surdoué lorsqu’on est issu d’un «milieu
intellectuel» (parents universitaires ou instruits) ? C’est un
« non» catégorique pour Noureddine Khaled : «Le milieu favorise le
développement intellectuel d’un enfant (surdoué ou pas), mais ne
créé pas l’intelligence. Dans un milieu intellectuel, on peut s’en
apercevoir rapidement et, au moins, tenter de prendre en charge.»
A propos du risque
d’échec scolaire chez les surdoués, notre interlocuteur estime que
cela est dû au faut que les enfants de cette catégorie «ne
s’alignent pas sur les logiques qu’on leur enseigne», ce qui
explique leurs difficultés dans le cadre d’un enseignement classique
fait pour une majorité et non pas pour des exceptions.
Dans la
littérature, les enfants surdoués sont classés dans la catégorie des
«enfants atypiques» qui peut comprendre aussi bien des élèves au
développement mental «perturbé», «très ralenti» ou
«exceptionnellement rapide». Mais dans tous les cas, la psychologie
recommande que ce genre d’élèves soient «éduqués dans des
institutions spécialisées».
La littérature
explique aussi que les performances scolaires des enfants surdoués
sont « particulièrement élevées dans les activités de compréhension,
d’abstraction et d’expression verbales » et sont, en revanche,
«généralement pas supérieurs aux autres écoliers pour les travaux
manuels, les exercices physiques et les arts». Il a été également
constaté que dans le cycle primaire «l’orientation de leurs lectures
(…) de leurs autres intérêts (…) a une tonalité nettement plus
intellectuelle que celle de leurs contemporains».
Sur le plan
émotionnel, ils sont qualifiés de «stables» et ont une «confiance en
soi». Les spécialistes souhaitent un «dépistage assez précoce» car
les capacités de ces enfants «risquent de se faner» s’ils ne sont
pas pris en charge, et si leurs aptitudes ne sont pas alimentés.
Faute d’écoles
spécialisées, les psychologues conseils aux instituteurs de prendre
l’initiative de donner à ces enfants des «exercices appropriés à
leurs capacités» et de leur permettre «d’employer le temps gagné
dans des activités éducatives» comme les exposés.
Faire sauter de
classe à un enfant surdoué n’est la meilleure des solutions. «Ce
procédé doit être employé avec circonspection», disent les
spécialistes.
Car,
expliquent-ils, «il faut qu’une certaine avance de la maturité
sociale corresponde à la supériorité intellectuelle» de l’enfant
surdoué.
Par Abdelkader
Djalil
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Enfants soldats
Le tribu de
l'innocence à la guerre
C’est probablement
une des pires ignominies que connaît l’humanité aujourd’hui. Malgré
une prise de conscience internationale quant à l’ampleur du
phénomène, les enfants soldats sont estimés aujourd’hui à quelque
300000 jeunes, enrôlés essentiellement en Afrique dans les rangs
d’armées régulières ou dans des groupes armés.
Ce sont des
enfants à qui finalement on enlève tout espoir d’une vie normale dès
lors qu’ils connaissent les affres de la mort au combat à un âge où
on devrait jouer et aller à l’école. Chairs à canon facile à
manipuler, démineurs, guetteurs, les enfants recrues sont même très
prisés dans certains conflits. Dans son dernier rapport, Amnesty
International (AI) met en évidence la question des enfants soldats
dans au moins six pays (lire encadré).
Cette propension à
recruter des enfants pour faire la guerre est systématiquement liée
aux conditions dans lesquelles vivent ces enfants. Pauvreté et
famine facilite le recrutement quand il suffit d’offrir vêtements et
repas chauds à des enfants ou quand tout simplement les familles en
pouvant plus subvenir aux besoins de leurs enfants préfèrent les
céder ou les abandonné aux mains de groupes rebelles ou d’armées
régulières qui en ont besoin.
Les enrôlements
volontaires sont expliqués aussi par la fascination de l’uniforme ou
un besoin de vengeance d’un proche ou de révolte explicable. Les
groupes Tchétchènes n’avaient aucune difficulté à recruter des
jeunes de 16 ans dès lors qu’en Tchétchénie, l’armée Russe aux
prises avec les rebelles tchétchène arrêtait souvent ces jeunes pour
les interroger.
Pour les
recruteurs les enfants sont une arme économique et souvent efficace.
Ils coûtent moins cher en nourriture, dociles et influençables ils
peuvent servir de kamikaze ou de «chair-à-canon» pour faire
diversion notamment. Des récits terribles d’anciens enfants soldats
au Mozambique indiquent les enfants-loups de la Résistance nationale
du Mozambique (RENAMO) étaient formés au massacre et à la torture.
En Colombie ou des
mouvements de guérilla révolutionnaires comme les FARC enrôlent des
enfants. Les Talibans en Afghanistan n’hésitaient plus à incorporer
de jeunes guerriers à partir de leur entrée en guerre contre les
moudjahidines en 1994 pour éviter de les voir basculer dans les
rangs de leurs adversaires. En 2001, on estimait la proportion
d’enfants soldats en Afghanistan à 20% de l’effectif total.
Les enfants sont
aussi d’excellents guetteurs ou des espions. Il n’est pas rare de
trouver dans les témoignages des anciens enfants soldats des récits
d’enfants servant de moyen d’infiltration ou de collecte de
renseignement, notamment les fillettes, qui servaient d’informateurs
en raison de leur exploitation sexuelle. Certes, il ya aujourd’hui
une prise de conscience effective même si la communauté
internationale a encore du mal à réagir de manière coordonnée. Si
des lois sont adoptées pour interdire cette exploitation ignoble des
enfants, on a cédé pas mal de terrain dans le cadre de compromis
avec les États permissifs. Des compromis qui se révèlent notamment
dans les textes adoptés.
Ces textes
désignent justement ces enfants enrôlés comme «civil ne participant
pas aux hostilités», «civil fragilisé par son jeune âge» parfois
aussi «combattant». En fait, plus que jamais les situations de
conflits armés interne, de déstabilisation permanente de certains
Etats, les guerres civils qui perdurent voit naitre à chaque fois
des conditions qui permettent, voire facilitent l’enrôlement
d’enfants soldats.
Les cas révélés
par Amnesty International
Au Tchad, les
Nations Unies ont considéré que 7000 à 10000 enfants servaient dans
les rangs de l’armée régulière et des groupes armés. Dans l’est du
pays, où sont installés des groupes armés soudanais (tels les Toro
Boro et le MJE, Mouvement pour la justice et l’égalité) les enfants
enrôlés ont été pris dans les camps de réfugiés. On indique aussi
que le Front uni pour le changement démocratique (FUCD) a pris des
mineurs qui se trouvaient dans des camps de réfugiés et de personnes
déplacées. En République Démocratique du Congo 3000 ou 4000 enfants
servaient encore sous les drapeaux en 2008. Il apparaît selon
Amnesty International que l’ONU et diverses ONG ne disposaient pas
de ressources suffisantes dans les programmes de réinsertion sociale
et de protection de l’enfance établis pour les anciens enfants
soldats.
Dans la région du
Nord-Kivu des enfants sont toujours recrutés par des groupes armés
et d’autres forcés de s’enrôler. L’armée régulière a utilisé quant à
elle des mineurs comme porteurs pendant les combats qui se
déroulaient dans le Nord-Kivu en septembre et en octobre 2008. AI
rapporte qu’un ancien enfant soldat avait indiqué que deux jeunes
qui avaient tenté d’échapper à un groupe armé opérant dans le
Nord-Kivu au début 2008 ont été battus à mort devant d’autres jeunes
recrues pour faire un exemple. Ils ont été découverts cachés dans un
trou et le commandant a donné l’ordre de les frapper. Deux soldats
et un capitaine les ont fait tomber dans la boue et les ont roués de
coups de pied et de coups de bâton jusqu’à ce qu’ils succombent.
Au Sri Lanka le
pouvoir est aux prises avec les rebelles tamoul du LTTE. Ce
mouvement a eu recours au recrutement forcé d’enfants soldats, mais
aussi au meurtres, aux prises d’otages (dont la libération était
monnayée contre rançon) et aux disparitions forcées.
Les LTTE se sont
distinguées par l’utilisation de fillettes comme kamikazes qui
menaient contre l’armée. Des dizaines de jeunes filles âgées entre 9
et 17 ans ont été ainsi exploitées et il en est de même pour de
jeunes garçons.
Au Nepal on compte
au moins 2500 enfants soldats dans les zones militaires après
l’Accord de paix global intervenu entre le pouvoir et le mouvement
maoïste PCN. Les enfants qui ont fait partie du mouvement maoïste
sont toujours mobilisés alors que la représentante spéciale du
secrétaire général des Nations unies pour les enfants et les
conflits armés, a demandé au gouvernement népalais et le PCN maoïste
de libérer immédiatement tous les mineurs qui ont fait partie des
forces maoïstes.
Au Myanmar la
révélation de l’existence d’enfants soldats était due à U Thet Wai,
président de la NLD pour Yangon qui avait indiqué à l’Organisation
internationale du travail (OIT) l’existence du travail forcé au
Myanmar et le recrutement d’enfants soldats. Ce militant
syndicaliste a été condamné à deux années d’emprisonnement avec
travaux forcés.
Le Tribunal
spécial pour la Sierra Leone qui a rouvert le procès de Charles
Taylor à La Haye en janvier poursuit justement l’ancien chef d’Etat
de11 chefs d’inculpation pour crimes contre l’humanité et crimes de
guerre dont des exécutions illégales, des viols et le recours à des
enfants soldats dans l’armée de son pays.
Par Amine
Esseghir
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L’enfant en Afrique
Des coups et
des coups
Presque partout
dans le monde, les enfants subissent quotidiennement des coups ou
d’autres punitions corporelles, dans leur famille et à l’école. Ils
vivent constamment sous la menace de ces coups, y compris ceux qui
parviennent à leur échapper, cela dès leurs premières années et
parfois jusqu’à leur majorité et au-delà. Dans la plupart des pays,
le fait de battre les enfants est admis, quand il n’est pas
conseillé ou même enjoint aux parents par leur religion, leurs
coutumes ou des proverbes ancestraux. Les services sociaux
n’interviennent en général (quand quelqu’un les alerte et quand ils
interviennent !) que lorsque les coups ont laissé des traces très
visibles, des lésions, des blessures, ou ont tué l’enfant. Les
châtiments corporels, surtout ceux qui sont infligés dans les
familles, sont soumis à un tabou encore plus rigoureux que l’inceste
ou les abus sexuels. Les premiers rapports des Etats qui ont été
soumis au Comité des droits de l’enfant de l’ONU traitaient en
général de l’inceste, mais « oubliaient » souvent les punitions
corporelles.
Quelques
généralités d’abord. Dans un livre collectif sur la maltraitance
psychologique, Ferdinand Ezembé, psychologue togolais, situe la
violence éducative dans son contexte culturel : « Concernant
l’éducation de l’enfant, dans les sociétés africaines il existe la
croyance assez répandue qu’il faut préparer l’enfant à vivre dans un
environnement qui sera hostile physiquement et psychologiquement
[...]. Les châtiments corporels font donc partie de l’éducation
normale des enfants, ils sont repris et légitimés par les autorités
administratives, judiciaires et scolaires. Les parents qui ne le
font pas sont considérés comme laxistes, voire démissionnaires.
Selon un proverbe des Bassas du Cameroun, “si tu veux bien éduquer
ton enfant, traite-le comme un esclave”. Les Africains considèrent
que les punitions physiques ont une vertu pédagogique. [...] Chez
les Wolofs du Sénégal les mots éducation et bâton sont désignés par
le même substantif : Yar. Pour ne pas éprouver de sentiments envers
leurs enfants, les Wolofs confiaient leur éducation à un oncle ou à
un marabout, car, selon un de leurs proverbes, “l’étranger n’a pas
pitié” [...]. Les pratiques de violence sur les enfants prennent des
formes plus graves, en particulier pour les jeunes délinquants. Au
Sénégal, les enfants de la rue sont appelés “encombrements humains”.
Michel Galy (1995) rapporte qu’au Zaïre certains passants n’hésitent
pas à écraser leurs cigarettes sur le corps des enfants de la rue
endormis pour, disent-ils, “leur apprendre à vivre”. Ces enfants
sont souvent chicottés [battus] par les policiers avec science et
cruauté comme un rituel pour exorciser leurs mauvais penchants. »
Un autre Africain,
le journaliste Ousmane Thiény, déplore quant à lui qu’« un enfant
[puisse] être l’objet de corrections corporelles de n’importe quel
villageois ou voisin proche si cette personne estime qu’il a commis
un manquement grave aux coutumes. Cela peut être le refus ou
l’omission de saluer, le refus de faire une commission, une insulte
grossière devant des personnes âgées, etc. » De son côté, Boubacar
lssa Camara, ancien enseignant, ancien responsable de l’enseignement
et de la santé au ministère nigérian de la Santé publique, décrit
ainsi la situation générale en Afrique (Cahiers de la
Réconciliation, n° 4, 2000). Il reconnaît d’abord que « la pratique
de la violence dans l’éducation en Afrique est [...] un grand
préjudice fait à la jeunesse. A l’étape de l’école coranique,
l’enfant, à partir de trois, quatre ans, a été plus ou moins victime
de châtiments corporels, sans gravité, certes. Le “marabout”,
l’éducateur, fait très souvent le tour du cercle que constituent les
élèves avec une cravache à la main ; gare à celui qui n’arrive pas à
réciter sa sourate.
La peur du maître,
le stress que vit l’élève au passage de l’enseignant est tel que
certains peuvent perdre le contrôle de leurs sphincters.
Heureusement que les choses s’améliorent avec l’avènement de jeunes
professeurs sortis des medersas, plus modernes, plus instruits,
mieux formés pédagogiquement. Ainsi, cette situation n’est de plus
en plus qu’un lointain souvenir. » Mais il est probablement
significatif du seuil de tolérance très élevé à l’égard des
châtiments corporels en Afrique que Boubacar Issa Camara considère
comme « sans gravité » des coups de cravache dont la peur fait
uriner ou déféquer les enfants sur eux ! Quant aux jeunes
professeurs sortis des medersas, des informations plus récentes
concernant le Tchad nous ont appris que certains font subir aux
enfants des traitements d’une extrême violence.
Il poursuit :
« L’école moderne européenne n’est pas mieux lotie que l’école
coranique pour ce qui est du comportement de l’enseignant. La
pratique de la violence, qu’elle soit verbale ou physique, est un
phénomène connu, quoique de moins en moins présent. Il existe
encore, hélas, des maîtres qui n’hésitent pas à asséner des coups à
des élèves n’ayant pas appris leurs leçons. Il arrive que la
réaction du maître ne soit que verbale, mais elle n’en est pas moins
néfaste. L’enseignant traite ses élèves de “tarés” et se moque
ostensiblement de ceux qui éprouvent des difficultés
d’apprentissage. Des élèves sont battus, insultés, renvoyés chez eux
pour la journée, parce qu’ils n’ont pas balayé la cour avant la
rentrée des classes. » Boubacar Issa Camara donne ensuite quelques
exemples de violences : «L’enfant est mis à genoux pendant une heure
au pied du tableau noir parce qu’il n’a pas appris sa leçon. Cette
position est tellement douloureuse que l’élève, tremblant de tout
son corps, couvert de sueur, les larmes coulant de ses yeux devenus
tout rouges, est prêt à crier “au secours”. L’élève est tenu de
rester debout face au soleil, en fixant l’astre les yeux grand
ouverts. Quand on sait la vivacité des rayons solaires en Afrique,
on comprend le mal que cette position peut provoquer à l’enfant. Non
seulement pour son moral, mais surtout pour sa santé physique.
Autres punitions : l’enfant est accroupi, passe les deux bras sous
ses genoux et tient ses deux oreilles. Il n’est pas question que ses
fesses touchent le sol. » Dans son livre L’Enfant noir, l’écrivain
africain Camara Laye raconte le traitement qu’il a subi de la part
d’élèves plus âgés que lui chargés par le directeur de l’école de
faire ramasser par les élèves plus jeunes
les feuilles qui
encombraient la cour de l’école : « Voyant que le travail n’avançait
pas comme le directeur l’attendait, les grands, plutôt que de s’y
atteler avec nous, trouvaient plus commode d’arracher des branches
aux arbres et de nous en fouetter. Ce bois de goyavier était plus
flexible que nous ne l’eussions souhaité; bien manié, il sifflait
aigrement, et c’était du feu qui nous tombait sur les reins. La peau
cuisait cruellement ; les larmes nous jaillissaient dans les yeux et
tombaient sur l’amas de feuilles pourrissantes. » Une ethnologue,
Mme Ortigues, appartenant à une association qui se consacre aux
enfants des rues en Afrique, raconte sur le site de son association
ce que subissent les élèves de certaines écoles coraniques : « Si
l’enfant ne ramène pas d’argent, il est très violemment battu ; cela
peut aller jusqu’à cent coups de fils électriques. Nous avons connu
le cas d’un enfant de huit ans qui en était mort. [...] Bien des
enfants en consultation m’ont dit avec fierté : “Mon père me frappe
bien.” » Quelques proverbes africains sont d’ailleurs
significatifs : quand les parents confient leur enfant comme
apprenti à un maître, ils lui disent parfois : « La chair est à vous
et les os à nous », propos qui constituent une autorisation de le
frapper jusqu’à un certain point. Au maître d’une école coranique,
il arrive que des parents disent : «Toi tu le tues, moi je
l’enterre.» D’ailleurs : « La chèvre ne marche pas sans bâton. » On
comprend le cri d’Ousmane Thiény qui, dans un vibrant appel à
renoncer aux châtiments corporels, «crime contre l’enfance», écrit :
«A l’adage “Qui aime bien châtie bien”, il faudrait opposer “Qui
aime bien protège mieux.”»
Par Olivier Maurel
La Fessée,
questions sur la violence éducative réédition La Plage, 2004.
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Et l’Afrique du Nord ?
Les rapports des
Etats au Comité des droits de l’enfant se caractérisent par un
optimisme qui frise l’angélisme. «La famille n’use jamais de
sévices», «les enfants s’épanouissent dans un climat d’affection»,
«les abus sont très rares». Mais la réalité semble assez différente.
En Egypte, le
gouvernement égyptien annonce son intention d’insister sur
l’interdiction des châtiments corporels à l’école décembre 2008
suite à la mort d’un écolier, détaillé dans «Le décès fin octobre à
Alexandrie du collégien Islam Amr».
Le rapport du
Maroc, par exemple, assure que « le problème [des châtiments
corporels] est lié au niveau de développement économique et social
ainsi qu’aux facteurs régionaux ». Mais, dans La Prisonnière de
Malika Oufkir (Livre de poche), on apprend que le roi lui-même, dont
on peut difficilement incriminer « le niveau de développement
économique et social », l’a soumise de sa propre main, pour une
broutille, au supplice de la falakha, qui consistait à lui frapper
la plante des pieds à coups de bâton pendant qu’un esclave la tenait
sur son dos. Le roi Hassan II, lui-même, dans ses Mémoires, écrit :
« Jusqu’à l’âge de dix, douze ans, j’ai reçu des coups de bâton et
j’étais heureux que ce soit mon père qui me les donne plutôt qu’un
autre [...]. Vous savez, aujourd’hui encore dans les écoles
coraniques, le fquih [maître d’école traditionnel] possède toujours
un bâton. On l’applique de préférence sur les poignets. J’ai fait
preuve de la même sévérité parentale envers mes propres enfants et,
grâce à Dieu, je n’ai pas eu avec eux de problèmes d’éducation. Il
ne faut jamais prêcher la logique avec un enfant car vous exigez de
sa part un raisonnement trop fort pour son esprit et dont il ne
perçoit pas toujours la finalité. Lorsque vous argumentez avec lui,
il pense que vous tentez de négocier. En somme, à cet âge, il faut,
comme disait Pascal, ployer la machine, l’abêtir. Ce n’est que plus
tard, qu’il pourra vous comprendre et qu’il n’interprétera plus
cette discussion comme une preuve de faiblesse. »
Le châtiment de la
falakha était infligé à l’école, au début des années 1980
(témoignage d’un étudiant marocain). Un système de tourrniquet
servait à bloquer sur une barre de bois les chevilles des élèves
punis dont le maître pouvait frapper la plante des pieds à son aise.
Pratiqué par un père sur son fils dans le film tunisien Halfaouine,
l’enfant des terrasses, il est probablement commun à tout le
Maghreb. Appliqué aux prisonniers, il a été justement dénoncé.
Pourquoi personne n’en parle-t-il lorsqu’on l’applique aux enfants ?
Le 30 juin 2002, le journal Libération de Casablanca a révélé les
résultats d’une étude effectuée par une ONG et publiée par l’UNICEF
auprès d’enfants de 3 à 15 ans. Il en ressortait que 72 % des élèves
marocains subissaient des punitions corporelles. Un autre
pourcentage résultant probablement de questions posées aux enfants
était de 85 %, et ce malgré l’interdiction formelle des punitions
corporelles dans les écoles. Après avoir présenté ce rapport, le
représentant de l’UNICEF a souhaité l’instauration d’une école
« amie des enfants ».
En Tunisie, une
enquête réalisée par des pédiatres auprès de 70 parents
représentatifs de la population de culture traditionnelle dans la
région de Sousse a montré que 80 % d’entre eux avaient été battus
dans leur enfance. 64 % d’entre eux pensaient que cela avait été bon
pour leur éducation. Les auteurs de l’enquête ajoutaient : « Battre
l’enfant comme battre la femme est considéré comme allant de soi »,
et disaient avoir recueilli quantité de proverbes vantant les
bienfaits du bâton. La falakha était aussi pratiquée, de façon très
ritualisée dans les familles juives de Tunisie, souvent par le père
et le rabbin simultanément, chacun sur un pied de l’enfant.
O. M.
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