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Emprunts obligataires auprès du FMI
Une offre
intéressante, mais prématurée
L'Algérie est
visiblement appelée à faire une entrée par la grande porte dans la
finance internationale. De pays fortement endetté à celui de bon
épargnant, le pays s'oriente, à la faveur de la crise mondiale, vers
le statut de prêteur international. Pour quel bénéfice ?
Le Fonds monétaire
international a sollicité le gouvernement algérien pour contacter
des emprunts obligataires auprès de cette institution. La démarche
du FMI est dictée par sa propre situation qui ne lui permet pas,
dans l’actuel état de ses ressources, de répondre favorablement aux
sollicitations de plusieurs pays en difficulté financière. Des
difficultés nées de la crise mondiale et qui frappent aussi bien les
pays développés, les pays émergents que ceux d’entre les plus
pauvres, ainsi privés de ressources externes habituellement
disponibles chez leurs pourvoyeurs.
L’annonce de cette
proposition a été faite, ce jeudi, sur les ondes de la chaîne 3 de
la radio nationale par le ministre des Finances. Karim Djoudi a
déclaré, en effet, que le Fonds monétaire international a sollicité
l’Algérie pour souscrire à des emprunts obligataires. M. Djoudi a
révélé, également, que l’Algérie n’a pas encore donné sa réponse et
que la question est à l’étude au niveau du gouvernement. «Le FMI a
identifié un certain nombre de pays ayant un excédent des réserves
de change et qui, grâce à des politiques prudentes ont pu dégager
des ressources externes. C’est dans ce cadre que l’Algérie a été
sollicitée, a déclaré M. Djoudi, voyant cela comme «un satisfeci t»
par rapport à la politique monétaire et budgétaire de l’Algérie,
d’autant que «nous avions eu à vivre un moment donné certaines
difficultés, loin des facilités présentes». Le gouvernement algérien
compte donc étudier cette demande et y répondre dans les semaines à
venir.
D’ores et déjà, la
probabilité d’une acceptation de l’Algérie de contracter des
emprunts obligataires auprès du FMI ne manquera pas de nourrir le
débat sur l’usage des réserves de change, évaluées jusqu’à la fin de
l’année 2008 à près de 140 milliards de dollars. D’autant que le
débat s’est vite focalisé, par le passé, sur la partie de ce matelas
de devises placées auprès du Trésor américain.
Si les différentes
responsables, entre Premier ministre, ministre des Finances et
Gouverneur de la Banque d’Algérie n’ont eu de cesse de démontrer «la
sagesse» d’une telle décision, justifiant le faible loyer de cet
argent par la prise d’un risque minimal, plusieurs intervenants ont
développé un point de vue contraire au principe même du placement de
réserves de change à l’extérieur et prônant plutôt leur utilisation
pour des projets de développement national. Sur ce point, non
tranché, car étant surtout un débat de spécialistes, aucune des deux
parties n’a réussi à emporter la persuasion de l’opinion, alors
qu’une troisième voie préconise l’investissement de cet argent dans
les marchés extérieurs, entre autre s, par le biais d’un fonds
souverain.
Pourtant, deux
arguments forts plaident en faveur de la décision du gouvernement.
La première a trait aux faibles capacités d’absorption par les
structures de l’Etat, et notamment les collectivités locales, des
ressources allouées. Ainsi en fut-il des 7 milliards de dollars
injectés dans le plan de soutien à la relance économie (PSRE,
2001-2004), qui s’est soldé par de multiples réalisations, mais
aussi par certains retards. Tel fut le cas, également, pour le plan
de soutien à la croissance économique (PSCE, 2004-2009, doté de près
de 200 milliards de dollars, si l’on inclut les programmes du Grand
Sud et des Hauts-Plateaux), et dont la consommation des crédits
allouées est loin d’être bouclée. A cela, s’ajoute la perspective
des 150 milliards de dollars que le gou vernement est appelé à
consentir sur le budget de l’Etat dans les cinq ans à venir et dont
la répartition n’est pas encore définie.
Outre la
problématique de la capacité d’absorption de ce flux financier qui
bat tous les records, et que l’on doit aux retards identifiés dans
le fonctionnement des rouages de l’Etat, il convient aussi de
relever que la dépense publique demeure axée sur les programmes
d’équipement et d’infrastructures, destinés à répondre à une forte
demande sociale. Dans cette optique, le gouvernement n’inclut pas de
financer l’investissement ou de créer une nouvelle économie, sinon
par les mécanismes du crédit, tel que mené jusque là par les
banques, voire tel qu’il sera appelé à se diversifier au rythme de
la réforme financière. C’est dire que l’opinion selon laquelle les
réserves de change doivent être injectées dans le march& eacute;
domestique et non à l’extérieur mérite, sinon plus d’arguments et de
précisions, de meilleures propositions quant à leur allocation. En
plus clair, la véritable relance économique, créant richesses et
emplois, n’a pas besoin de l’argent de l’Etat autant qu’elle
nécessite de sérieuses réformes qui doivent être conçues et menées
autour de l’entreprise.
Quant à l’idée de
créer un fonds souverain, elle demeure une piste aléatoire qui
nécessite un très haut niveau d’expertise et qui ne saurait, cela
dit, prémunir des échecs que promet la crise un peu partout dans le
monde. On comprend, à ce titre, que l’idée ait été rejetée par le
président Bouteflika.
Le pour et le
contre
Pour rester dans
le sujet qui nous préoccupe, la question de savoir si l’Algérie doit
ou non accepter l’offre du FMI tient plutôt de l’intérêt qu’il y a à
le faire ou pas.
Pour rappel, les
emprunts obligataires du FMI sont une initiative récente de cette
institution, prise dans la foulée de la riposte à la crise
financière mondiale. Le Fonds dispose de 250 milliards de dollars,
mais a besoin de doubler ses capacités pour «restaurer la
confiance».
Cette initiative a
été évoquée par le DG du FMI lors du Forum de Davos de février
dernier, alors que le Fonds n’a jamais eu recours à cet instrument.
A chaque fois que pareille proposition a été avancée, notamment par
des pays du Sud, les Etats-Unis et des pays européens l’ont
catégoriquement refusée, ne laissant aux pays en difficultés que le
chemin du le Club de Londres ou celui du Club de Paris et s’offrant
ainsi une influence politique grandissante dans les cinq continents.
Mais la crise
étant à une ampleur historique, le G20, réuni en avril à Londres,
s’était engagé à fournir pas moins de 500 milliards de dollars au
Fonds pour l’aider à stabiliser la situation de plusieurs pays dans
le monde et a, enfin, donné son autorisation au FMI pour recourir à
l’instrument des emprunts obligataires.
Premier pays, et
unique sur la liste pour l’heure, la Russie a exprimé, à la fin du
mois de mai dernier, son intérêt pour ces obligations, à un volume
de 10 milliards de dollars. En février dernier, la Chine avait déjà
signifié son enthousiasme pour l’idée, mais sans aller plus loin.
Il existe plus de
50 formes d’obligations qu’un Etat peut théoriquement contracter
auprès du FMI. Ceux qui pourraient concerner des pays comme
l’Algérie tourneraient autour de diverses sortes : obligation à
coupons, à intérêts précomptés, à intérêts réduits, à taux d’intérêt
réduit en début de période, à taux fixe, classique, de maintien de
la valeur, d’État, du Trésor (à moyen ou à long terme),
internationale, privilégiée, etc.
Le choix de telle
ou telle catégorie d’obligations, de sa durée et de sa rémunération
se fait à l’intersection des possibilités de l’emprunteur, de la
conjoncture mondiale, de la valeur des monnaies et d’autres
dispositions négociables ou non négociables. Il s’agit de ce qu’on
appelle les «obligations souveraines», qui sont des emprunts fait
par un Etat avec une monnaie qui n’est pas la sienne, (puisque
dans le cas de l’Algérie, cela se ferait avec le dollar américain) -
à l’opposé des «emprunts d’Etat» qui se font dans la monnaie propre.
Le mécanisme de
ces emprunts obligataires au niveau du FMI fonctionne par l’émission
de Droits de tirage spéciaux (DTS), qui offrent l’avantage de
minimiser les risques de change, ce qui est nécessaire dans la
conjoncture actuelle marquée par le glissement du dollar.
Les DTS existent
depuis les années 70, et ont été créés par le FMI pour mettre à
l’abri les capitaux qu’il gère à l’abri de la spéculation sur les
monnaies : les DTS sont effectivement une sorte de monnaie qui est
définie par une parité en or. Ceci étant pour les avantages,
l’inconvénient avec les obligations du FMI, selon une explication
simplifiée, c’est que leur taux d’intérêt est indexé sur celui
pratiqué par le pays dont la monnaie est utilisée.
De la sorte, si
l’Algérie décide de souscrire en dollar à des obligations FMI, la
rémunération attendue sera la même, ou presque, que celle que
dispense le Trésor américain. C’est dire si, à moins de bien
négocier le type d’obligations à contracter, prêter au FMI ou
poursuivre le placement auprès du Trésor américain reviendrait au
même.
On l’aura compris,
la réponse à donner à l’offre du FMI nécessite une maîtrise sans
faille des dédales de la finance mondiale. Et même dans ce cas, il
faut s’assurer que la décision de l’Algérie d’emprunter à l’échelle
mondiale lui garantisse une place plus importante dans la décision,
sinon dans les grands dossiers de l’économie mondiale, au moins dans
la réforme du système financier international. Or, on ne voit pas
beaucoup de disponibilité de la part du G20 à écouter d’autres voix
que celles des membres de son club fermé.
On s’interroge, à
ce titre, sur ce qu’est devenue l’idée formulée par l’Algérie et
adoptée par le sommet mondial sur le financement du développement
(Doha, fév rier 2009), pour la création d’un comité de liaison entre
le G24 et le G20. Un G20 qui, aujourd’hui, ne voit pas d’un bon œil
que de nouveaux pays gagnent en influence politique en raison de
dettes détenues à l’échelle internationale et qui demande à ces
nouveaux arrivants de déposer leur argent au FMI et de ne pas
chercher plus qu’à récupérer, plus tard, leur argent et le loyer qui
va avec. Ce contexte et ces enjeux, qui sont loin d’être
exclusivement économiques, sont tout sauf un cadre politique
multilatéral propice à une participation hâtive de l’Algérie dans ce
qui est une dynamique à deux vitesses. Surtout pas pour des
mécanismes comme les obligations du FMI, qui sont utilisés pour la
première fois, dans l’urgence, et dont aucune expérience antérieure
ne contribue à s’en faire une opinion définitive.
Par Nabil
Benali
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Retombées de la crise mondiale
L'Algérie, un
refuge pour les firmes étrangères
La crise mondiale
force les entreprises à aller vers de nouveaux marchés. L'Algérie
peut faire valoir, dans ce cadre, une attractivité exceptionnelle et
des avantages comparatifs qui la nuancent des autres marchés
émergents.
Le constat de la
domination chinoise lors de cette 42eme édition de la Foire
internationale d’Alger et le recul de la présence française, a
escamoté la rude concurrence que se livrent les firmes étrangères
pour s’installer dans le marché algérien qui, comme ceux des pays
émergents, peut comporter des débouchées salutaires par ces temps de
crise.
La nouvelle
édition de la FIA a été l’occasion de tester, encore une fois, de
l’attractivité du marché algérien et de la capacité des réformes
libérales à agir sur sa compétitivité régionale et ses avantages
comparatifs. Certes, cela est insuffisant pour donner une vue
exhaustive sur la question, d’autant qu’une foire, internationale
fut-elle, n’est rien d’autre qu’une répartition en mètres carrés des
surfaces d’exposition. Conclure, par exemple, à un recul des
investissements de tel ou tel pays sur la base du nombre de stands
ouverts aux Pins maritimes serait donc un acte hâtif et de peu
d’efficacité. Ainsi en est-il des entreprises françaises, dominées
en nombre par leurs concurrentes chinoises, alors que l’ambassadeur
de France vient de déclarer, il y a quelques semaines à peine, que
le nombre des sociétés françaises, présentes en Algérie, a doublé en
quelques années. A cela, il y a une explication simple qui veut,
d’abord, que les relations d’affaires n’ont pas toujours besoin
d’une foire, d’un forum ou d’un colloque pour se nouer durablement
et, ensuite, que les entreprises n’ont pas toutes besoin de
s’installer ici en Algérie et d’ouvrir des filiales de droit
algérien pour y activer. Ce qui compte, en effet, c’est l’activité
et le chiffre d’affaires réalisé dans le marché algérien sur une
période donnée.
Mais même à ce
titre, c’est le Centre national du Registre de Commerce qui vient
nous édifier, chiffre à l’appui, dans un document repris par
l’agence APS.
Ainsi, «le nombre
global des sociétés et commerçants étrangers exerçant en Algérie a
atteint 6.454 opérateurs en 2008 contre 5.386 en 2007», dont «1.468
personnes physiques et 4.986 personnes morales, dont 127
succursales». Répartis par nationalités, «les personnes physiques
sont essentiellement tunisiennes (35,08%), marocaines (27,04%),
syriennes (12,13%) et chinoises (6,88%)», sur un total de 36
nationalités, activant majoritairement dans le commerce de détail.
Les près de 5.000 autres sociétés étrangères sont répartis entre pas
moins de 74 nationalités et activent notamment dans la production
industrielle et le BTPH, les services et l’import-export. Tout cela
s’étant réalisé en un exercice (2008), on peut donc déduire que le
marché algérien et tout de même d’une ouverture indéniable.
Ce sont ces
chiffres là qui sont le véritable baromètre de l’investissement en
Algérie, et non ceux de la Foire qui ne peuvent servir que d’indice
conjoncturel, en annonçant un total de 1.300 exposants, dont 870
étrangers représentant une quarantaine de pays occupant près de la
moitié de la surface réservée à l’exposition. Cela, d’autant que la
Foire internationale d’Alger, fortement politisée dans les années
1970, avec la priorité donnée aux pays arabes et ceux de l’ex-bloc
soviétique, est depuis longtemps écartée du langage diplomatique des
relations de l’Algérie avec ses partenaires, d’autant que les
entreprises décident d’y participer ou non suivant leurs stratégies
internationales et les différentes conjonctures. Il est donc tout à
fait normal que l’on assiste, outre à un grand nombre d’entreprises
présentes, à une domination chinoise, deuxième économie du monde,
certes, mais l’une des moins affectée parla crise financière
mondiale et qui a encore les capacités de porter ses ambitions vers
de nouveaux marchés. Ce n’est pas le cas des firmes européennes qui
sachant l’impératif de la conquête de nouveaux marchés dans le
Tiers-monde, n’ont plus, cependant, les mêmes ressources de
financement que par le passé. Auparavant, la décision d’entreprendre
à l’international ne reposait que sur la fiabilité de l’étude du
marché.
Dans le cas de
l’Algérie, l’attractivité reste, cependant, trop forte et cela pour
plusieurs facteurs. En premier chef, celui des capacités de paiement
de l’Etat, quand il s’agit de marchés publics. Secundo, l’Etat
maintient ses dépenses publiques vers la hausse, avec les 150
milliards de dollars prévus par le programme du président Bouteflika
et cela, sur des projets d’infrastructures et d’équipement dans
lequel les entreprises algériennes ont encore beaucoup de mal à
s’insérer, en raison de leurs retards à tous les niveaux.
Troisièmement, le marché algérien est très peu exportateur de
produits hors hydrocarbures, mais grand importateur du reste des
produits. Au contraire du marché asiatique, om s’y implanter revient
vite à confronter une concurrence sur le terrain de l’exportation
vers les marchés américain et européen, le marché algérien est
destiné à la consommation locale et où, ou presque, est encore à
faire. De plus, le marché financier algérien est fait de sorte qu’il
demeure à l’abri des fluctuations financières et de l’instabilité
des principales bouses dans le monde. Enfin, au contraire des
marchés asiatiques, pays émergents par excellence, le marché
algérien ne dépend pas du niveau des importations américaines et
c’est sans doute là un facteur qui donne au domestique une sorte de
parapluie que beaucoup d’autres n’ont pas.
Par contraste,
bien entendu, avec les pays développés, où la croissance était au
ralenti sur la dernière décennie et qui sont désormais en récession,
un matché comme celui de l’Algérie est fortement rentable, permet
installation et expansion, sinon sur le court terme, sur le moyen
terme. Celan d’autant que les mesures publiques encadrant
l’investissement privé s’orientent de plus en plus la réduction des
importations.
N.B
Haut
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