Semaine du 3 au 9 juin 2009

 

L'éditorial

Une foire et des Chinois

 

 
 
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 Une foire et des Chinois

La foire ouvre ses portes sur un afflux des Chinois et par conséquent un retrait des Français, parce qu'il faut que l'avancée des uns se fasse sur le recul des autres, un peu comme une vague qui prend son essor au moment où la précédente est en train de refluer. La comparaison est osée, parce que la France est toujours le premier partenaire commercial de notre pays et aucune logique politique ou économique ne peut expliquer qu'il en sera autrement dans un proche avenir. La visite récente à Paris de Ziari, le président de l'Assemblée, ainsi que ses déclarations relativisant le problème de la repentance que l'on est en droit d'attendre d'une ancienne puissance coloniale, ne présage pas du pire mais du meilleur dans la relation entre les deux pays. Vu d'Alger, le temps de la sérénité est arrivé. On attendra le voyage de Bouteflika chez son homologue Sarkosy pour s'en rendre bien compte. S'il y a recul de la présence française à la foire international d'Alger, il faut donc d'abord le relativiser : c'est parce que la Chine a décidé de renforcer la sienne. Il faut ensuite bien considérer la profondeur avec laquelle la crise mondiale frappe actuellement les pays européens (dont la France) alors même que les Américains s'en sortent mieux et que les Chinois continuent de connaître une croissance impressionnante de l'ordre de 7%. Le plan d'action présentée récemment aux députés par le premier ministre Ouyahia prévoit des restrictions sur les " largesses " tolérées jusqu'ici à l'égard des investisseurs qui pensent tirer des profits conséquents de leurs bonnes intentions plutôt que leurs bons investissements. Certaines entreprises françaises, ou d'autres d'ailleurs, peuvent dès lors estimer qu'il est inutile de venir nous présenter leurs produits puisque désormais nous ne nous contenterons pas de les importer avec des maquillages d'investissements. C'est tout à fait normal. L'équation au fond est simple : ces entreprises manquent de liquidités pour financer des projets qui ne seront profitables que dans le moyen ou le long terme. Elles veulent vendre leurs marchandises, qui se vend de plus en plus mal (pour cause de récession), à des clients connus pour disposer d'un budget de 150 milliards de dollars. Sauf que ces clients entendent gérer leur argent, cet argent qui se fait rare partout, avec plus d'austérité et d'entendement. Alors, la foire, ça devient un peu superflu. Elle est d'ailleurs, avec raison, raccourcie d'une semaine au lieu des quinze jours prévus initialement. Les Chinois sont par contre dans une vision différente dans sa nature et à plus longue portée. Ils sont capables tout à la fois de compter sur le succès de leurs produits, de moins bonne qualité peut-être mais de meilleur prix, et d'envisager des partenariats sérieux, c'est-à-dire des projets d'investissements avec rentabilité sur le long terme. Rien ne dit qu'ils comptent le faire avec notre pays. Ils ont une logique, des besoins (en matière première plus qu'en argent), du temps pour observer et comprendre, ainsi que de la patience qui va avec le temps. Pour l'instant, ils se contentent d'occuper la première place d'une foire qui se tient dans un pays sur ses gardes. Ce n'est déjà pas si mal. Mais on verra par la suite.

Par Aïssa Khelladi

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