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Une foire et des Chinois
La foire ouvre ses
portes sur un afflux des Chinois et par conséquent un retrait des
Français, parce qu'il faut que l'avancée des uns se fasse sur le
recul des autres, un peu comme une vague qui prend son essor au
moment où la précédente est en train de refluer. La comparaison est
osée, parce que la France est toujours le premier partenaire
commercial de notre pays et aucune logique politique ou économique
ne peut expliquer qu'il en sera autrement dans un proche avenir. La
visite récente à Paris de Ziari, le président de l'Assemblée, ainsi
que ses déclarations relativisant le problème de la repentance que
l'on est en droit d'attendre d'une ancienne puissance coloniale, ne
présage pas du pire mais du meilleur dans la relation entre les deux
pays. Vu d'Alger, le temps de la sérénité est arrivé. On attendra le
voyage de Bouteflika chez son homologue Sarkosy pour s'en rendre
bien compte. S'il y a recul de la présence française à la foire
international d'Alger, il faut donc d'abord le relativiser : c'est
parce que la Chine a décidé de renforcer la sienne. Il faut ensuite
bien considérer la profondeur avec laquelle la crise mondiale frappe
actuellement les pays européens (dont la France) alors même que les
Américains s'en sortent mieux et que les Chinois continuent de
connaître une croissance impressionnante de l'ordre de 7%. Le plan
d'action présentée récemment aux députés par le premier ministre
Ouyahia prévoit des restrictions sur les " largesses " tolérées
jusqu'ici à l'égard des investisseurs qui pensent tirer des profits
conséquents de leurs bonnes intentions plutôt que leurs bons
investissements. Certaines entreprises françaises, ou d'autres
d'ailleurs, peuvent dès lors estimer qu'il est inutile de venir nous
présenter leurs produits puisque désormais nous ne nous contenterons
pas de les importer avec des maquillages d'investissements. C'est
tout à fait normal. L'équation au fond est simple : ces entreprises
manquent de liquidités pour financer des projets qui ne seront
profitables que dans le moyen ou le long terme. Elles veulent vendre
leurs marchandises, qui se vend de plus en plus mal (pour cause de
récession), à des clients connus pour disposer d'un budget de 150
milliards de dollars. Sauf que ces clients entendent gérer leur
argent, cet argent qui se fait rare partout, avec plus d'austérité
et d'entendement. Alors, la foire, ça devient un peu superflu. Elle
est d'ailleurs, avec raison, raccourcie d'une semaine au lieu des
quinze jours prévus initialement. Les Chinois sont par contre dans
une vision différente dans sa nature et à plus longue portée. Ils
sont capables tout à la fois de compter sur le succès de leurs
produits, de moins bonne qualité peut-être mais de meilleur prix, et
d'envisager des partenariats sérieux, c'est-à-dire des projets
d'investissements avec rentabilité sur le long terme. Rien ne dit
qu'ils comptent le faire avec notre pays. Ils ont une logique, des
besoins (en matière première plus qu'en argent), du temps pour
observer et comprendre, ainsi que de la patience qui va avec le
temps. Pour l'instant, ils se contentent d'occuper la première place
d'une foire qui se tient dans un pays sur ses gardes. Ce n'est déjà
pas si mal. Mais on verra par la suite.
Par Aïssa
Khelladi
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