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Un spécialiste des relations internationales s’exprime sur le
Sahara occidental
«On n’a jamais
invoqué le chapitre 7 de la Charte de l’ONU dans ce conflit »
Yahia H. Zoubir
est professeur en relations internationales et en management
international à Euromed Marseille, école de management en France. Il
a déjà enseigné aux Etats-Unis, notamment à Washington et en
Arizona. Il est auteur de plusieurs ouvrages et articles, publiés
dans des revues spécialisées en Europe, aux USA et au Moyen-Orient.
Entretien
réalisé par Z’hor Chérief
Les Débats : En avril dernier, le Conseil de sécurité de l’ONU a
adopté une résolution sur le Sahara occidental. Quelle lecture
faites-vous de ce texte ?
Yahia H. Zoubir :
La résolution 1871 est une prolongation du statut quo pour une autre
année. Elle réitère ce qui avait été dit dans la résolution 1813 de
2008. Les mêmes contradictions ayant servi au blocage sont répétées.
La dernière résolution parle du droit à l´autodétermination du
peuple sahraoui, mais insiste sur une solution acceptable aux deux
parties…donc chacune a un droit de veto. En même temps, elle
félicite le Maroc pour les «efforts crédibles et sérieux» pour sa
proposition d´autonomie et ne fait que prendre note de la
proposition sahraouie, pourtant basée sur la légalité
internationale. Ce qui est illogique dans cette résolution et les
précédentes, c’est qu’on se félicite d´une proposition illégale du
point de vue du droit international… Le Maroc n´a pas le droit de
proposer quoi que ce soit aux Sahraouis, il n´a aucune souveraineté
sur le territoire sahraoui.
Comment se
fait-il que la France ait bloqué le dossier des droits de l’homme ?
La France, un des
5 membres au Conseil de Sécurité, a un droit de veto. Elle peut
bloquer toute résolution qu´elle n’approuve pas. Ceci dit, il y a eu
un semblant de compromis, puisque la résolution 1871 parle de
l´importance de «réaliser des progrès concernant la dimension
humaine».
Vous avez
déclaré récemment que l’évolution de la question sahraouie dépendra
du couple franco-américain… ?
Oui, soit il y a
alignement dans les positions des deux pays, soit les Etats-Unis
décident, sous le leadership de Barack Obama, d´exécuter une
politique qui serve uniquement leurs intérêts, sans tenir compte des
intérêts français. La question est de savoir si le président Obama
favorisera l´application du droit international ou s’il continuera à
favoriser une politique fondée sur le réalisme politique, donc sur
un soutien continu à la position marocaine.
Pourquoi
soutenez-vous alors que la solution au conflit se trouve dans
l’application du chapitre 7 de la Charte de l’ONU. N’y a-t-il pas
contradiction dans vos propos ?
Je serais le plus
grand des naïfs en relations internationales, si je faisais une
telle affirmation. Dans tous mes écrits… même dans mon dernier
article (*) avec Hakim Darbouche, j´ai toujours précisé qu´on
invoque le chapitre 7 dans certains conflits, par exemple la guerre
faite à l’Irak en 1991 après son invasion du Koweït, alors qu’on ne
l’a jamais invoqué concernant la question sahraouie. Les Etats-Unis
et la France avaient fait des efforts considérables pendant les
années 1970 pour que cela ne se produise pas. En 2003, on n’a même
pas voulu imposer le plan Baker II, pourtant favorable au Maroc…
Comment voulez-vous qu´on applique le chapitre 7 ? Cela relèverait
de la chimère… Mais, la question du chercheur est de comprendre
pourquoi le chapitre 7 est appliqué en Irak ou pourquoi un Etat
indépendant est créé au Kosovo, alors qu’on dénie le droit des
Sahraouis d´avoir leur propre Etat. D’ailleurs, je suis tout à fait
d’accord avec le Pr Mohand Issad, lorsqu´il dit que le Sahara
Occidental est déjà un Etat indépendant, étant donné que la
puissance colonisatrice, l´Espagne, s´en est retirée. Evidemment, la
question trouve sa réponse dans les enjeux géopolitiques et la
baisse intensité du conflit sahraoui.
Les USA ne
s’opposent pas à l’autodétermination des Sahraouis. Que gagnent-ils
alors à soutenir le statu quo ?
De part leur
histoire, les Etats-Unis ne sont pas opposés au principe du droit à
l´autodétermination. A l’exception d’une parenthèse faite à la fin
des années 1980, sous Bush/Baker, les administrations qui se sont
succédées ont favorisé le statut quo. Cela montre le soutien des USA
à leur allié marocain, sans pour autant gêner leurs relations avec
l´Algérie. Tant que cet équilibre dans les relations avec les deux
puissances régionales (Algérie et Maroc) est maintenu, le statut quo
reste la meilleure politique. L´argument toujours avancé à
Washington est que l’indépendance du Sahara déstabiliserait la
monarchie et qu´une annexion du territoire par le Maroc, avec la
bénédiction de l´ONU, aurait des effets graves dans la région et
risquerait de provoquer une guerre entre l´Algérie et le Maroc.
A la mi-mai,
vous avez révélé que des personnalités comme Madeleine Albright et
David Welch, sont impliquées dans la rédaction du plan d’autonomie
marocain. Sur quelles preuves vous appuyez-vous ?
Il y a confusion
entre les choses. La première a un lien avec la question précédente…
Certes, j’ai affirmé qu´un lobby informel, constitué de Madeleine
Albright, le général Wesley Clarke, David Welch et des anciens
officiels et académiciens proches du Maroc, tentent d´influencer la
nouvelle administration US, en soutenant qu´il est de l´intérêt des
USA et du Maghreb de régler le conflit du Sahara occidental par
l’exécution du plan d´autonomie marocain, présenté comme la seule
solution possible… Je vous invite à lire « Why the Maghreb matters :
threats, opportunites and options for effective American engagement
in North Africa », publié conjointement par le Potomac Institute for
Policy Studies et le SAIS de l´Université Johns Hopkins. J´ai aussi
dit que l´existence de lobbies ou leur constitution est une action
légale et légitime aux Etats-Unis, et que donc les Sahraouis et les
pays qui les soutiennent peuvent faire la même chose. Le système
américain le permet. Mais, je n´ai pas dit que ces anciens officiels
sont impliqués dans la rédaction du plan marocain d´autonomie… Pour
l’autre remarque, je m’appuie sur ce que David Welch a lui-même
déclaré devant le Congrès, le 6 juin 2007. Il a en effet affirmé que
“we worked with them [Moroccans] on it [autonomy plan] »,
c’est-à-dire que “nous avons travaillé avec les Marocains sur le
plan d´autonomie ». Cela relève donc du domaine public. Je dis donc
et répète que c´est tout à l´honneur du Maroc d´avoir su construire
des relations très étroites avec les USA et même avec la France. La
monarchie marocaine a fait ce choix, il y a 2 siècles de cela…
En cas d’échec
du 5è round des négociations, ne craignez-vous pas le retour à la
guerre ?
Une reprise des
armes, sur le plan du droit, est légitime. Mais, le Maghreb a besoin
de développement et de stabilité. Une guerre pourrait avoir des
conséquences fâcheuses. Déjà, on constate une course à l´armement
dans la région. J´espère sincèrement que les pourparlers vont
aboutir. Je pense que si les Etats-Unis soutiennent Christopher Ross
dans sa mission, en tirant les leçons de l´échec de James Baker, et
surtout en appliquant la partie de la résolution qui insiste sur des
pourparlers sans conditions préalables, peut-être y aura-t-il une
avancée.
Selon vous,
quel rôle peut jouer l’Algérie aujourd’hui dans le règlement du
conflit ?
La position de
l´Algérie est consistante et respectable. Mais, répéter constamment
qu´elle s´en tient à la légalité internationale, alors que le
conflit est à sa porte, n’est pas une politique. Je pense que la
meilleure perspective est de faire revivre l´UMA, qui est d´une
importance capitale pour l´avenir de la région. Je pense qu´avec de
la bonne volonté entre les dirigeants maghrébins, des scénarios
peuvent être construits, qui permettraient de sortir de ce statut
quo qui ne peut perdurer sans risque d´explosion et dont les
conséquences ne favoriseraient certainement pas les peuples de la
région.
(*) Conflicting
International Policies and the Western Sahara Stalemate,
International Spectator, 43:1er mars 2008, pp. 91-105.
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Le leader Nord-coréen Kim Jong-il obsédé par la puissance
nucléaire
Après ma bombe,
le déluge
Alors que le monde
gesticulait encore cherchant la meilleure réponse à donner, la Corée
du Nord procédait à une autre salve de tirs de missiles de longue et
de courte portée menaçant directement l’intégrité territoriale du
Japon. Car c’est bien ce pays qui se sent aujourd’hui le plus menacé
par ce qu’il qualifie de provocation de son voisin d’outre-mer.
C’est une crise
qui vient chambouler l’agenda diplomatique du président des
Etats-Unis. Précis et avenant sur un grand nombre de questions
internationales, le moins que l’on puisse dire est que Barack Obama
ne s’attendait vraiment pas à une escalade aussi grave dans la
péninsule coréenne. Pris par le temps et par le tir inattendu du
missile nucléaire Nord-coréen, c’est toute l’administration
américaine qui a du agir dans la précipitation. Au moment ou le Kim
Jong-il savourait le succès de son nouveau bijou, les Occidentaux
tentaient de faire cause commune et de rallier à leur protestation
le tonitruant couple sino-russe.
L’administration Obama prise de court
Mais ce ne fut pas
difficile à obtenir. Furieux de ne pas avoir été consulté avant que
ce tir ne soit effectué, Moscou et Pékin se sont donc joints à la
communauté internationale qui s’est empressé de condamner le coup de
force Nord-coréen. Le Conseil de sécurité des Nations unies s’est
lui aussi réuni en un temps record pour pondre une résolution que
tout le monde sait inapplicable sur le théâtre des opérations.
Comme seule
réponse au sursaut militaire et patriotique de Pyongyang, le Conseil
a comme à l’accoutumée menacé d’accroitre ses sanctions économiques
et commerciales. Pays ruiné et acculé par la misère, la Corée du
Nord ne souffrira pas davantage d’un probable renforcement des
sanctions à son encontre, et ne mettra pas fin pour autant à ces
tirs de missiles, bien au contraire. Alors que le monde gesticulait
encore cherchant la meilleure réponse à donner, la Corée du Nord
procédait à une autre salve de tirs de missiles de longue et de
courte portée menaçant directement l’intégrité territoriale du
Japon. Car c’est bien ce pays qui se sent aujourd’hui le plus menacé
par ce qu’il qualifie de provocation de son voisin d’outre-mer. La
majorité des missiles que lance l’armée Nord-coréenne survolent le
territoire nippon pour tomber dans l’Océan Pacifique. Le
gouvernement de Taro Aso a d’ailleurs été le premier à réagir et à
réclamer une réaction ferme de la communauté internationale, mais
sans effets jusque là. Pays ayant souffert des méfaits de la bombe
atomique (Hiroshima le 6 août 1945, et Nagasaki le 9 août 1945), le
Japon a tenté par tous les moyens de rallier à sa cause les Etats
membres de l’Asean (Association des nations d’Asie du Sud-est).
Réunis dimanche dernier en sommet sur l’île sud-coréenne de Jeju,
les dix Etats membres de l’Asean (Indonésie, Malaisie, Philippines,
Singapour, Thaïlande, Brunei, Vietnam, Laos, Birmanie et Cambodge)
et la Corée du Sud ont planché sur la nouvelle menace Nord-coréenne
et sur l’impact qu’elle pourrait avoir dans toute la région.
La réunion a beau
être organisée dans la ville sud-coréenne la plus éloignée de la
Corée du Nord, à Seogwipo, sur la côte sud de l’île de Jeju,
elle-même située à la pointe sud du pays, le dispositif de sécurité
est impressionnant. Environ 5.000 policiers, dont quelque 200
commandos, ont été déployés autour du palais des congrès à
l’architecture de verre et d’acier, tandis que la marine, les forces
spéciales et des patrouilles aériennes surveillent la zone. Des
laboratoires ambulants d’analyse chimique sont également sur place.
Moscou et Pékin
partagent l’émoi de l’Occident
Une énorme
psychose s’est donc emparée de la péninsule coréenne, quelques mois
après que la Corée du Nord ait promis d’abandonner son arsenal
nucléaire et de respecter tous ses engagements internationaux. Une
volte-face en grande partie causé par l’attitude de l’administration
Bush qui avait refusé de retirer la Corée du Nord de sa liste d’Etat
soutenant le terrorisme dans le monde. Aujourd’hui, c’est donc une
nouvelle administration qui est aux affaires, et qui tente par tous
les moyens de prouver sa capacité à venir à bout de cette crise.
Hillary Clinton, la Secrétaire d’Etat américaine a trouvé l’astuce
en réclamant une réaction unifiée, allusion faite à la Russe et à la
Chine.
En dépit de ce
double soutien, les Nord-coréens persistent dans leur volonté de
puissance. La Corée du Nord est bel et bien devenue lundi dernier la
neuvième puissance nucléaire au monde.
Par Mohamed
Khaled Drareni
L’arsenal de
missiles de la Corée du Nord
Taepodong-2
Avance : en développement.
Portée de 8.000 kilomètres, mettant la côte ouest des Etats-Unis,
Hawaï, l’Australie et l’est de l’Europe à distance de tir.
Taepodong-2
: roquette à trois étages ayant une portée potentielle de plus de
6.700 kilomètres, ce qui met l’Alaska à distance de tir. Selon
Séoul, le lancement d’une roquette de ce type a échoué peu après son
décollage en juillet 2006.
Taepodong-1
: portée estimée à 2.500 kilomètres. Lors d’un essai en août 1998,
une roquette a survolé le Japon et a choqué la communauté
internationale parce qu’elle a été bien au-delà de la capacité
connue de la Corée du Nord à l’époque.
Nouveau missile
au nom inconnu : la Corée du
Nord a mis au point un nouveau missile balistique à portée
intermédiaire. Avec une portée de 3.000 kilomètres, il pourrait
atteindre Guam, le nord de l’Australie, une grande partie de la
Russie et certaines régions de l’Inde.
Rodong :
le Japon est la cible probable de ce missile à courte portée. Il est
presque identique au Shahab-3 iranien et au Ghauri II (Hatf V)
pakistanais, ce qui laisse penser à une collaboration avec ces pays,
en échange d’une vente de technologie et d’équipement de missile de
la Corée du Nord.
Scud :
un seul étage, avec une portée maximum de 800 kilomètres. Connus en
Corée du Nord sous le nom de Hwasong, le Scud B et le Scud C ne
peuvent atteindre que la Corée du Sud, mais le Scud D peut atteindre
le Japon. La précision est très faible. Les programmes de missiles
balistiques au Pakistan et en Iran ont été construits avec de la
technologie Scud.
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