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Législatives
2007
L’APN en quête
de vraies prérogatives
La corruption
politique s’est-elle emparée de l’APN ? A en croire les leaders de
partis politiques, la réponse est oui ! La manière dont s’est
déroulée la course vers le Sénat, puis celle qui est en cours vers
l’Assemblée populaire, marquant une étape charnière entre la 5e et
la 6e législature, renseignent sur le fait que tous les chemins
mènent à l’hémicycle et tous les moyens sont permis, aux
apolitiques et autres politicards, pour y accéder !
L’institution
législative du pays, qui se cherche entre deux systèmes en débat,
risque de se perdre dans une reconfiguration de la carte politique.
Elle risque, à l’optique de ce qui se trame à l’occasion des
législatives 2007, de faire sombrer le pays, de par sa future
composante hétéroclite, dans des situations chimériques, avertissent
les observateurs. L’opacité s’amplifie sur le vrai rôle que l’APN
aura à jouer ultérieurement.
Les législatives
de 2007 ont suscité un engouement sans pareil pour le prestigieux
siège de député qui ouvre les portes de la notoriété et de bien
d’autres privilèges. La députation n’est plus l’apanage des seuls
partis, qui ne sont d’ailleurs plus les seuls cadres de l’exercice
politique. Mais, aussi paradoxal que cela puisse paraître, c’est que
d’après la Constitution, tout citoyen jouissant de ses droits
civiques et politiques a le droit de postuler à la fonction d’élu du
peuple ; or les élections de 2002 et encore celles de 2007, sont
devenues un refuge pour se prémunir des poursuites judiciaires.
Preuve en est ce foisonnement de listes indépendantes d’une part, et
d’autre part les batailles rangées que mènent les politiques au sein
de leurs partis, pris au piège de cet essor du multipartisme qui
s’apparente plutôt, dans l’état actuel des choses, à une démocratie
de façade.
De nouveaux
aventuriers se découvrent, soudainement, des talents de politiques
et courent après le siège à l’Assemblée non seulement pour
bénéficier du fameux mandat, mais aussi pour se hisser dans la caste
des intouchables à la faveur d’une immunité qui protège les
personnalités qui se recrutent davantage comme dans un club.
L’immunité parlementaire est ce paravent qui protège théoriquement
le député de dépassements verbaux, d’outrage à corps constitués ou
d’erreurs d’appréciation occasionnées par des rapports d’enquête
erronées menés par la force de la loi au profit de la communauté, de
la cité et de la citoyenneté. Ce n’est pas ce parapluie qui permet
tous les dépassements passibles de poursuites judiciaires relevant
du droit commun pour ainsi se permettre d’être illusoirement au
dessus de la loi.
Le FLN et le PT se
sont exprimés pour dénoncer des pratiques avilissantes qui
consistent à corrompre certaines personnes ou groupes de personnes
pour gagner une place au palais du boulevard Zighoud-Youcef. On
évoque même des mafiosi qui tentent d’investir l’Assemblée nationale
pour assurer une couverture politique et une immunité parlementaire
à leurs petites et grandes affaires. Le procédé n’est plus un secret
et se pratique à découvert, sans scrupule même. On achète des
signatures ou des voix pour figurer sur telle ou telle liste
électorale. On peut même emprunter des raccourcis en achetant
carrément la tête de liste à coups de milliards pour ensuite
repartir, toute honte bue, à la vie des ducs et autres princes
insouciants.
On ne parle plus
de programme politique, de projet de société ou de visions
futuristes pour le pays. Mieux, la classe politique parle de dérives
scandaleuses sans bouger le petit doigt pour apporter le changement
et les remèdes souhaités et suggérer des alternatives appropriées.
Le rôle de l’APN est ainsi tourné en dérision et ce comportement
fait planer le spectre de la déqualification des prochaines joutes
électorales aux yeux des citoyens et, partant, discréditer
l’Assemblée qui en découlera. Si autrefois, les Assemblées
s’érigeaient en conglomérats pour défendre les droits de la
bourgeoisie occidentale, la démocratie a donné droit à la naissance
d’institutions qui régulent la vie publique et protègent les droits
des démunis et des minorités. Les élections législatives dans
l’Algérie d’aujourd’hui attisent, a contrario, les convoitises d’une
classe sociale nouvellement constituée, à savoir celle des
néo-bourgeois.
Quel intérêt
peuvent exprimer les milliardaires algériens, sinon celui de
s’octroyer un statut et une couverture politique ? Ce n’est a priori
pas le pouvoir qui les fascine tant qu’ils n’hésitent pas à dépenser
des sommes colossales pour se frayer une place parmi les 388 heureux
élus. Les partis politiques ont l’entière responsabilité en
tolérant, voire en encourageant les gens aisés, de surcroît
apolitiques, leur permettant ainsi de faire irruption dans
l’hémicycle. Des milliardaires peuvent s’adjuger le statut de
sénateur, tenter de briguer un mandat, tenez-vous bien au Parti des
travailleurs. Le cas de ce richissime homme d’affaires de Mila qui a
fièrement versé un milliard pour se voir offrir la tête de liste au
RND renseigne bien sur l’état de déliquescence avancé des mœurs
politiques en Algérie. A telle enseigne que le siège à l’APN devient
de plus en plus cher et la députation est en passe de devenir un
pont menant aux hautes sphères. Ce ne sera plus le temple où se font
et se défont les lois de la République algérienne, mais une bourse
aux affaires où les véreux élus, voire les indus élus, couleraient
des jours dorés. Les alliances et autres coalitions aggravent cet
état de fait en constituant la rampe de lancement de la bourgeoisie
vers le cercle de décision qu’est l’APN.
Ces amendements
qui tardent à venir
Le référendum de
la Constitution est plus pressant en ce sens de freiner l’ascension
de cette nouvelle culture : devenir à tout prix député. A ce rythme,
le mandat de député est devenu le meilleur exercice politique en
Algérie. Non Messieurs, être député n’est pas un métier et le mandat
est loin d’être un quinquennat sabbatique. Le mandat de député, il
faut le mériter, d’abord, ensuite servir les siens et non se servir.
D’aucuns croient en l’immense faille dans la législation algérienne.
Car légiférer n’est pas une mince affaire, qui ne peut être le
loisir de la petite bourgeoisie montante. Il y a urgence d’asseoir
des balises qui réorientent le travail du député (et auxiliairement
du groupe parlementaire qui doit être un groupe de réflexion) et
asseoir, pourquoi pas, l’obligation de résultat. La classe politique
doit faire en sorte de sécuriser l’entrée à l’hémicycle pour éviter
que des apolitiques votent machinalement des lois au nom du peuple
qui les a, en principe, élus pour veiller à l’intérêt supérieur de
la nation. Il n’est pas étonnant de voir des sièges vides, ces
honteuses images qui renseignent sur l’abandon des députés algériens
qui ont la tête ailleurs au moment où se débattent des projets de
lois déterminants. La pédagogie de “la chaise parlementaire
inoccupée” a vidé quelque peu le rôle de la députation de son
essence et incite le citoyen à plus en plus de méfiance de la chose
politique. Au-delà des interrogations sur combien coûte un siège de
député ou le niveau d’instruction des élus, il y a lieu de se
demander, voire d’exiger quelle valeur ajoutée peut apporter un
député à sa nation ? Ou encore comment réhabiliter la confiance des
citoyens en leurs institutions ?
La classe
politique est unanime quant à l’idée d’une nouvelle Constitution qui
cadre bien avec les évolutions enregistrées dans la société. Ainsi,
pour pallier plusieurs carences constatées aux niveaux des rouages
de l’Etat, de l’évolution du pays et de la société, le chemin
indiqué passe nécessairement par une révision de la loi fondamentale
du pays. La mouture proposée par le parti de la majorité suggère,
dans ses axes généraux relatifs à la relation entre l’exécutif et le
législatif, de revoir de fond en comble les prérogatives de la
Chambre des représentants qui ont, en sus de la mission de légiférer
et de proposer des lois, celle de contrôler le pouvoir exécutif et
ce, à partir du président de la République jusqu’aux petits commis
de l’Etat que sont les chefs de daïras, les walis en passant par les
ministres qui peuvent être défiés et même démis de leurs postes.
Démettre tout un gouvernement, on n’en est pas encore là ! Il est
loin, très loin, cet idéal de donner ce pouvoir aux députés qui
auraient ce mérite qu’ont leurs homologues au Koweït, au Qatar et en
Mauritanie, pour ne citer que ceux-là. La priorité est surtout
d’empêcher les ambitieux qui ne sont pas dénués d’esprit bassement
et purement mercantile de se porter candidats. Des garde-fous
s’imposent dans les lois à amender et le règlement intérieur de la
première chambre parlementaire pour proscrire l’ignorance,
l’insouciance, l’indifférence et l’absentéisme. Facteurs qui
augurent en définitive du manque de respect que ces députés
manifestent à leur mandat, à leurs électeurs et à la nation. Notons
au passage que des projets de lois d’une importance capitale ont été
adoptés en présence de quelques députés seulement, en séances de
rattrapage, sans que cela ne soulève des interrogations. Et dire que
ces mêmes députés osent se représenter pour briguer un second,
parfois un troisième mandat pour certains (!). Il reste à dire que
les partis se doivent d’arrêter et de respecter les critères qui
assurent le droit d’éligibilité des plus aptes parmi leurs
personnels politiques respectifs. C’est aussi pourquoi il faut
redonner une place aux jeunes compétences, hommes et femmes,
injustement exclus de la course et qui se voient ainsi voués à
l’usure du temps. En fait, l’idéal serait que la discipline
partisane demandée lorsqu’il s’agit de voter une loi contre leurs
convictions soit aussi exigée afin qu’ils ne se contentent pas,
tout au long de la législature, de lever haut la main pour se faire
voir du chef de groupe parlementaire. Mais qu’au moment où le SG du
parti de la majorité, auteur de ladite mouture fasse aussi, avec ses
partenaires de l’Alliance et les autres partis de la classe
politique, œuvre utile de s’intéresser à redorer le blason d’une
institution “appelée à jouer le premier rôle dans le traitement de
dossiers décisifs impliquant l’avenir de la nation”, en instance
d’examen parlementaire. Encore faut-il leur donner le temps pour ce
faire. Il y va de la crédibilité de l’institution législative,
devenue otage de pratiques malsaines et d’“indus élus”. La deuxième
République peut bien aussi passer par là. A quant une révolution
constitutionnelle ?
Salah Bey
Haut
Fort engouement
S’il faut juger de
l’importance conjoncturelle d’une élection par le nombre des
candidats à la candidature et par le désir de chacun d’entre eux de
se faire élire, on peut dire que les législatives prochaines se
présentent dès maintenant comme une édition en mesure de soutenir la
comparaison avec toutes les échéances précédentes, qu’elles soient
du même ordre ou d’un ordre différent. Pour ce qui est des partis,
seul le FFS a fait le choix du boycott, encore que ce ne soit pas
celui d’être totalement en dehors du coup, puisqu’il a l’intention
de convaincre les électeurs de ne pas se rendre aux urnes le 17 mai
prochain, ce qui peut être considéré comme une forme de
participation. D’ailleurs, ce ne serait pas la première fois que le
plus vieux parti de l’opposition opte pour le boycott, qu’il a
toujours voulu actif. Ainsi, il y a cinq ans, il avait eu la même
attitude, mais il est vrai qu’il n’avait guère le choix, compte
tenu des troubles qui se déroulaient alors en Kabylie, et qui
avaient contraint le parti rival, le RCD, pourtant par principe
participationniste, à s’abstenir lui aussi —et auparavant à quitter
le gouvernement où il détenait deux portefeuilles.
Il faut dire que
l’attitude normale du FFS, c’est de boycotter, et pas seulement les
législatives, ou plus généralement les échéances nationales,
présidentielles ou autres. Comme il en appelle à une refondation de
l’Etat, à travers son mot d’ordre d’assemblée constituante, ou si
l’on préfère au changement de régime, participer à des élections, de
quelque nature qu’elles soient d’ailleurs, revient en effet pour lui
à se déjuger par les actes. S’il consent toutefois à concourir aux
élections locales, c’est sans doute que l’abstention est ressentie
comme une frustration par ses militants, qui voient des mandats
nationaux, pour ainsi dire acquis par avance, leur échapper au
profit de rivaux honnis, qu’ils estiment du reste moins bien
implantés dans la région, la Kabylie. La participation aux élections
communales et wilayales apparaît autant comme une concession à la
base, désireuse, au moins pour une partie d’elle, d’exercer des
responsabilités sans attendre le Grand Soir, que par la volonté du
parti d’affirmer, en la renouvelant par la sanction favorable des
urnes, sa suprématie dans son bastion. D’où la tension qui l’affecte
dans les périodes électorales. Il semble que ce soit une fois de
plus ce dilemme plutôt explosif impliquant participation et boycott,
dont on peut presque dire qu’il est constitutif du FFS, qui explique
sa dernière crise interne, d’autant qu’elle survient à l’approche
des élections tant législatives que communales, et que le président
du parti, Hocine Ait Ahmed, impute comme à son habitude à
l’hostilité constante de la « police politique ». Le groupe qui
voulait prendre d’assaut le siège du parti il y a de cela quelques
semaines serait le représentant de la tendance participationniste,
et ceux qui s’étaient dressés devant eux, dont des membres de la
direction, incarneraient quant à eux la tendance opposée, en quelque
sorte l’orthodoxie du parti.
Quoi qu’il en soit
des causes de cet affrontement, qui a failli mal tourner, il reste
que c’est le refus de la participation qui l’a emporté, et qu’il
était possible d’aboutir par avance à cette conclusion du débat
interne au FFS, dès lors qu’aucun congrès n’était programmé avant
l’échéance électorale. En effet, la participation est tributaire de
la tenue d’un congrès pour autant que le dernier en date remonte à
une période plus longue que celle dont font états les statuts du
parti, devant séparer deux congrès ordinaires, selon la règle
imposée par le ministère de l’Intérieur. C’était le cas du FFS, qui
ne prévoyait pourtant pas des assises dans la perspective des
législatives. C’est que donc le choix du boycott avait déjà prévalu
à son niveau.
Il faut dire que
le FFS est peut-être aujourd’hui la seule formation politique qui
peut se permettre d’opter pour un boycott tout en préservant son
unité. Toute autre que lui encourrait le risque d’une crise dont
elle aurait du mal à se relever. Chez les autres partis, notamment
les plus importants, le FLN et le RND, c’est plutôt la pléthore de
candidatures qui poserait problème. Il y aurait même eu en leur sein
des adhérents qui, mécontents de ne pas être retenus ou de l’être à
des rangs qui leur laissent peu de chance d’être élus, étant donné
le mode scrutin, qui se seraient portés sur des listes
indépendantes, quand ce n’est pas sur des listes rivales, tant ils
tiennent à la députation. Mais ce ne sont pas seulement les grands
partis (si toutefois ce qualificatif n’est pas excessif s’agissant
de partis qui obtiennent moins de trois millions de voix à eux deux)
qui connaissent ce genre d’indiscipline. Même dans les partis
assurés de ne récolter que quelques sièges, la confection des listes
a été une opération risquée, menée dans la plus grande discrétion,
et qui pouvait à tout moment provoquer la dissension voire des
ruptures fracassantes.
Mais le véritable
enjeu de ces législatives, comme c’est désormais le cas à chaque
consultation, c’est le taux de participation. Déjà celles d’il y a
cinq ans n’avait enregistré qu’une participation de 48%.
L’engouement des électeurs ne s’est guère accru depuis, bien au
contraire. Les partielles de Kabylie, malgré la participation du FFS
et celle du RCD, et la non opposition à leur tenue de la part des
Arouchs, se sont caractérisées par une large abstention. Or, il
n’existe aujourd’hui aucune raison de penser que cette tendance
s’est inversée. Le plus probable au contraire est que l’échéance à
venir ne ferait que la confirmer.
D’aucuns avancent
déjà, mais il est vrai sans hausser la voix, que l’abstention n’est
pas spécifique au pays, que c’est un phénomène assez répandu dans le
monde. Quand l’enjeu politique d’une consultation n’est pas assez
marqué, et ce serait plutôt le cas pour ces législatives, il n’y
aurait pas lieu de s’étonner beaucoup que les électeurs ne débordent
pas de passion pour elle, et ne ressentent pas par conséquent le
besoin d’aller donner leur avis.
Ainsi donc, le
spectre de l’abstention massive est si présent qu’on se fait un
scrupule d’anticiper, avant même que la campagne ne commence, sa
matérialisation le jour j. Or, c’est l’atmosphère même d’une
campagne, à défaut de sondages plus ou moins fiables, qui donne une
idée de ce que sera la participation. Sans doute la morosité
ambiante incite à parier sans plus attendre sur une abstention
record, plus importante que celle d’il y a quelques mois, lors des
partielles de Kabylie, qui avait renoué avec l’immense désintérêt
qui marquaient les consultations au temps du parti unique.
Mais on peut tout
aussi bien considérer que l’abstention sera importante parce que le
jeu est joué d’avance. Ainsi, le FLN sortira une nouvelle fois
vainqueur de la partie, et il sera talonné par le RND, lequel
devancera le MSP, dans la mesure où ce dernier ne sera pas coiffé au
poteau par l’autre parti islamiste, celui-là même dont A. Djaballah
vient de perdre le contrôle. De sorte que le véritable intérêt de la
compétition sera de savoir de combien le FLN distancera le RND, et
si celui-ci, qui est à l’origine une scission du premier, n’a pas
pour seul horizon de se refondre dans la formation dont il est issu.
Quant à savoir lequel du MSP ou du MRN, les deux partis islamistes
légaux, est appelé à l’emporter sur l’autre, c’est là une question
assez secondaire, et qui a d’ailleurs commencé à connaître un début
de réponse à un niveau purement administratif, avec les déboires
que l’on sait de Djaballah et de son pré carré. Il semble bien, en
effet, que ce soit sur le parti fondé par Mahfoud Nahnah que le
choix s’est porté de représenter sans consurrent à l’avenir le
courant islamiste modéré. Encore qu’il ne faille jurer de rien à cet
égard.
Il n’est pas non
plus dit que dans le courant conservateur ce soit le FLN qui se
trouve être le mieux placé sur le long terme pour absorber le RND,
même s’il est difficilement envisageable qu’il soit vaincu le 17
mai.
Le fait est que
pour faire figure de vaincu, le FLN n’a pas besoin d’être laminé
comme l’a été son rival aux législatives de 2002. Il lui suffit de
céder beaucoup de terrain au RND, tout en conservant momentanément
le titre de première force politique.
M. Habili
Haut
On prend les mêmes et on recommence !
Quel sera le
profil de l’Assemblée populaire nationale (APN) issue des prochaines
élections législatives qui auront lieu dans moins de six semaines ?
En fait, il n’est pas besoin d’être un devin ou un analyste
chevronné de la scène politique algérienne pour prévoir que c’est
l’actuelle “alliance présidentielle” qui sera aux “commandes” de la
législature 2007-2012. Il est quasi certain, sans même se baser sur
un sondage, que le trio FLN-RND-MSP aura la majorité absolue de la
prochaine APN. Comme il est archi sûr que le prochain mandat des
députés ne sera pas mieux conduit que ne l’a été l’actuel. Les “élus
du peuple” ne dérogeront pas à la règle. Ils voteront les lois qu’on
leur proposera ; ils se déjugeront sans problème si on leur propose
d’adopter des modifications fondamentales à des textes qu’ils ont
déjà voté, et le président de la République continuera à légiférer
par ordonnance lorsque cela s’avèrera nécessaire.
Personne n’osera
mettre en doute les propos de Ahmed Ouyahia, secrétaire général du
RND, qui prédit un remake de l’actuelle majorité lors des
législatives du 17 mai 2007. “Une majorité en dehors de l’alliance
(présidentielle, ndlr) est difficile à imaginer”, déclarait-il lors
de son récent passage à l’émission “Fil Wadjiha” de la Chaîne I. Des
déclarations tout aussi triomphalistes émanant de Abdelaziz
Belkhadem (SG du FLN) et de Abou Djerra Soltani viennent confirmer
les “prévisions” du patron du RND. Le premier annonce un
raz-de-marée du FLN, le second ne prévoit pas moins de 100 députés
(30% de l’Assemblée) pour le MSP. Et pour conclure le tout, les
trois formations politiques vouent une admiration sans bornes au
programme du président de la République, qu’ils comptent appuyer et
appliquer sur le terrain. Voilà en quoi se résume la vie politique
algérienne.
Ces prévisions
électorales paraissent tellement évidentes que l’on est en droit de
s’interroger sur l’utilité même des prochaines législatives. En
effet, au regard du mode de scrutin, des partis en lice, de
l’environnement politique, du degré de liberté qui est permis
(l’Algérie vit depuis 15 ans sous état d’urgence), du bouclage des
médias lourds, sans oublier également l’omniprésence de
l’administration dans les opérations électorales, il semble quasi
impossible que le paysage de l’APN puisse fondamentalement changer.
Par conséquent, il faut s’attendre à une Assemblée dominée par le
FLN, le RND, et le MSP. La complicité de ces partis peut continuer
au moins cinq années supplémentaires. Le Parlement produira des
lois, beaucoup de lois. Mais les problèmes essentiels resteront
entiers. La pauvreté, la faiblesse du pouvoir d’achat, l’accès au
logement, la réforme de l’école, l’université et la recherche
scientifique, la relance économique par l’industrialisation, le
soutien au secteur productif (public et privé), la lutte contre la
corruption et son corollaire la bureaucratie, la démocratisation de
la vie publique et politique…, autant de chantiers qui seront soumis
aux aléas des termes de l’Alliance.
L’idée n’est pas
de suggérer que le FLN, le RND ou le MSP soient incapables de régler
ces problèmes, mais l’expérience des deux précédentes mandatures
montre la limite d’une configuration politique qui n’a pas (ou ne
veux pas avoir) de prise sur la réalité.
Le seul intérêt
d’une telle configuration est de montrer un visage stable de
l’Algérie. Une Algérie qui “inspire la confiance” et qui attire les
investissements. C’est, du moins, ce que avancent les concepteurs de
cette démarche. Ce n’est pas le parti unique, et ce n’est pas non
plus l’aventure de la démocratisation à outrance qui peut avoir des
répercussions sur la stabilité du pays, pense-t-on. Alors, on
n’hésite pas à se contenter d’une coalition dont on sait que
l’émergence est due essentiellement à l’environnement politique fait
de limites drastiques aux champs politique et médiatique, mais
également aux libertés démocratiques en général.
Bien sûr, cette
conception de la vie politique s’accommode aisément de “coups
d’Etats scientifiques” pour évincer les leaders des partis qui
rechignent à s’aligner sur le droit chemin. Entre deux boulahya
(barbus) d’El-Islah, l’administration a préféré celui qui a
l’intention d’être sage ; celui qui dit vouloir présenter le visage
d'un parti islamiste “qui ne fait pas peur”. Comme si Abdallah
Djaballah (qui est victime d’un deuxième “coup d’Etat” en huit ans)
attisait la frayeur au sein de la population. Pourtant, l’expérience
a montré que l’électorat de cette tendance de l’islamisme ne vote
que pour Djaballah. Il n’y a qu’à voir l’état dans lequel se trouve
le parti En-Nahda après l’éviction de son fondateur. L’électorat d’En-Nahda
s’est systématiquement dirigé vers El-Islah. C’est pour cela que,
cette fois, la recette semble bien étudiée. Djaballah n’aura pas le
temps de créer un nouveau parti avant les prochaines législatives ni
de présenter des listes électorales en nombre suffisant pour espérer
décrocher un taux de représentativité en rapport avec son poids sur
la scène politique islamiste. Abdallah Djaballah pourrait même ne
plus être autorisé à créer un autre parti politique pour éviter à
El-Islah un sort semblable à celui d’En-Nahda. Dans sa nouvelle
version, El-Islah pourrait soutenir ou faire partie de la coalition
tripartite (FLN-RND-MSP), voire même obtenir un poste ministériel.
Mais cela ne changera en rien l’image d’un pouvoir figé que
renvoient les institutions élues.
Et ce n’est pas la
participation du RCD et de la coalition ANR-UDR-MDS qui changeront
quelque chose dans cette configuration de la prochaine Assemblée
populaire. L’APN de 2007-2012 sera certes plus composite (malgré
l’absence du FFS), mais elle sera essentiellement formée de
“tendances lourdes” dont a besoin un pouvoir pour se pérenniser,
pour donner l’impression du changement et de la pluralité sans un
véritable changement.
La coalition fera
campagne pour la révision de la Constitution si le projet est
relancé ; les députés de l’Alliance adopteront des lois, mais ils
n’iront pas au-delà de ce que permettra le système algérien dans la
conduite de la vie politique. Il est inimaginable, dans le système
politique actuel, de voir un groupe de députés constituer une
commission d’enquête, une commission d’écoute ou une commission
d’évaluation pour s’enquérir d’un dossier important. Leur mission
n’étant que de gérer et d’entretenir une supposée “stabilité
politique”, les députés ne sortiront pas du cadre qui leur a été
tracé par leurs états-majors politiques. Il n’est venu à aucun de
nos députés l’idée d’évaluer la réforme de l’éducation nationale,
d’enquêter sur les problèmes de la distribution du livre scolaire,
voire de se pencher sur le trafic à grande échelle dont fait l’objet
le foncier agricole ou les exportations frauduleuses des métaux
ferreux et non ferreux. Les députés des deux Chambres n’ont pas, non
plus, essayé de faire leur propre évaluation de l’exécution du
premier Plan spécial de relance économique (PSRE) ni de s’interroger
sur les conditions de signature de contrats publics s’élevant à
plusieurs centaines de millions d’euros. Bref, les députés n’ont pas
joué leur véritable rôle de contrôle et se sont contentés
d’accompagner l’Exécutif. C’est pour cela qu’il paraît
invraisemblable que la prochaine Assemblée puisse révolutionner
l’action parlementaire.
Au bout de cinq
autres années de législature, le pays se dotera certainement de
quelques dizaines de nouvelles lois qui viendront s’ajouter aux
centaines de textes qui existent déjà, mais n’aura pas
nécessairement avancé dans la construction de l’Etat de droit et
d’institutions fortes, dans la promotion d’une véritable démocratie
et le respect des libertés. Au bout de cinq autres années, nous
serons confrontés aux mêmes problèmes dont on ne règlera que si peu
malgré des moyens financiers colossaux.
Abdelkader
Djalil
Haut
Kabylie : De la place pour tout le monde ?
La résolution
graduelle de la crise en Kabylie, née à la faveur du printemps noir
d’avril 2001, ne pouvait en toute logique que réhabiliter
progressivement l’influence des partis politiques au détriment des
ârouch. Les prochaines législatives finiront assurément par rendre
irréversible ce revirement de situation. Mais quel sens cela
aura-t-il pour la population ?
Le scrutin du 17
mai prochain sonnera-t-il la fin du mouvement citoyen pour que se
normalise enfin la compétition partisane ? Jusque-là, tout concorde
à dire – dans la mesure où la participation de plusieurs de ses
délégués sous la forme de listes indépendantes, comme c’est le cas
de M. Maazouzi à Tizi Ouzou, ou sous la bannière de partis
politiques, comme Ali Gherbi par exemple qui est tête de liste PNSD
à Béjäia – que la CADC et la CCIB s’acheminent de plus en plus vers
l’hémorragie puisque les délégués ne peuvent prétendre à des mandats
électoraux qu’en se retirant définitivement du mouvement citoyen,
comme le stipule leur code d’honneur. Encore que cet amoindrissement
des troupes n’est pas nouveau. Au pic de la crise, soit de 2001 à
2003, celui-ci était enregistré pratiquement à chaque conclave,
l’aile radicale excluant systématiquement les délégués dont les
positions étaient jugées favorables au pouvoir politique par le
simple fait de suggérer un débat sur l’offre du dialogue du
gouvernement. Le groupe de Alliouche, qualifié, n’est-ce pas, de
“délégués Taïwan” pour avoir été reçu par Ali Benflis, en étaient la
parfaite illustration. Après l’entame de ce dialogue avec Ahmed
Ouyahia, la grande lessive s’est poursuivie pour des motifs
contraires, divisant le mouvement citoyen et créant une cassure
irréparable entre la CADC et la CCIB, entre dialoguistes et
anti-dialoguistes. Pleinement absorbées par ce jeu d’exclusion
mutuelle, les deux ailes n’ont pas pris en considération l’état de
l’opinion locale, sérieusement préoccupée par la dégradation de la
situation économique et sociale dans la région ainsi que par la
hausse de l’insécurité imputée au départ des unités de la
gendarmerie nationale. On ne peut pas dire, d’ailleurs, que la
participation aux élections partielles de 2005 a enregistré des
records en matière de participation de l’électorat à Tizi Ouzou,
Béjaïa et Bouira, attitude synonyme de mécontentement généralisé. Et
si cette relative abstention ciblait surtout les partis politiques,
déjà disqualifiés à l’occasion de la crise du printemps noir, elle
ne fut pas sans impact sur le mouvement citoyen qui a fait les frais
de ses contradictions. On ne peut, en effet, se proclamer
représentatif d’une population et s’absenter le jour où celle-ci est
appelée à élire les personnes devant présider à ses affaires
locales. Surtout pas lorsqu’on a fait des pieds et des mains pour
que ces élections aient lieu. En fin de compte, ce sont les partis
politiques qui s’en sont trouvés revigorés, y compris ceux qui
n’avaient que peu d’emprise sur la région, comme le FLN ou le RND.
Le coup
d’assommoir donné aux ârouch a été, enfin, le départ d’Ahmed Ouyahia
et le refus de son successeur, Abdelaziz Belkhadem, de poursuivre le
dialogue, voire de reconnaître les ârouch en tant qu’interlocuteur.
Cette impasse politique a été pour beaucoup dans la décision des
délégués d’aller la mort dans l’âme aux législatives, lesquelles
pourraient peut-être sauver les carrières de quelques uns d’entre
eux, mais certainement pas redonner vie au mouvement citoyen dont
l’existence ne tenait plus qu’à sa reconnaissance par le
gouvernement ou non.
Dans ce contexte
marqué par le recul de la CADC et de la CCIB, c’est un champ à
nouveau ouvert qui se dessine devant les partis politiques. Le
premier à en profiter sera certainement le RCD, comme l’ont démontré
d’ailleurs les élections partielles d’APC et d’APW. Le parti de Saïd
Sadi ne pouvait, à son tour, que continuer sur cette lancée de
reconquête du terrain perdu, d’autant qu’entre temps, le FFS
demeurait l’ennemi n°1 des ârouch, et c’est en toute cohérence qu’on
le voit présentement jeter toutes ses forces dans la bataille qui
devra, en toute attente, lui conférer quelques sièges à l’APN dont
il fera un autre tremplin pour encore plus d’espaces qu’il souhaite
investir à l’avenir. La tâche sera, toutefois, très rude pour RCD
qui n’a plus donc ni le monopole de la revendication amazighe depuis
l’amendement de la Constitution en 2002 et la reprise du flambeau
par les promoteurs de la plate-forme d’El-Kseur, ni celui de la
revendication démocratique depuis l’entrée en jeu de l’alliance
ANR-MDS-UDR, le parti de Amara Benyounès ayant enfin trouvé le moyen
par lequel – si d’aventure il parvenait à hisser ses candidats vers
des strapontins à l’APN – dire au monde entier toute l’injustice que
Yazid Zerhouni commet désormais en continuant de lui refuser son
agrément. Reste le FFS, qui a choisi de ne pas aller aux
législatives, faisant montre d’une grande assurance envers l’avenir,
démontrant que l’actuelle direction du tandem Laskri-Tabou tient
bien la boutique malgré les assauts d’une dissidence avide de
participation.
Cette bataille
pour la Kabylie ne se fait cependant pas sur des critères
programmatiques. Elle constitue, il faut bien le reconnaître, une
lutte d’appareils qui se déroulera dans une tiédeur indéniable,
tandis que la mobilisation de l’électorat sera une tâche des plus
ardues. Seul parmi tous les thèmes abordés, celui du statut
politique de la Kabylie pourrait peut-être captiver les votants et
les décider à choisir entre ceux qui leur garantiront la fin d’un
isolement insidieusement entretenu et ceux qui n’ont d’autre moyen
de subsistance que de le perpétuer.
Nabil Benali
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La grande offensive des indépendants
Les listes
indépendantes aux élections législatives sont-elles l’expression la
plus évidente de l’évolution positive de la pratique démocratique en
Algérie ? Peut-être, mais leur nombre impressionnant peut être aussi
vu comme une sanction, voire un danger pour les partis politiques,
même si dans le même temps on pourrait supposer que la conscience
citoyenne ne passe pas forcément par les structures organiques d’un
parti politique.
A y regarder de
près, on constate que certains indépendants sont là depuis
longtemps. Dans le M’zab, à Ghardaïa ou ailleurs, l’organisation
sociale ancienne est omniprésente et rythme la vie des gens. Elle
est la première structuration citoyenne. Son influence est loin
d’être négligeable et même si les membres des djemaâ ou azaba* se
défendent de vouloir remplacer les structures légales et
constitutionnelles, ils se refusent aussi à être qualifiés de partis
politiques. Mais ce n’est un secret pour personne, on a toutes les
chances de perdre une élection locale ou nationale (hormis la
présidence la République) dans cette région sans la caution, voire
la consigne de vote des azaba. Il est vrai aussi que cette
organisation ancestrale de la vie en communauté est là depuis des
siècles et, dès lors, son immixtion dans la vie politique, de
manière indirecte certes, ne pouvait être éludée.
A l’image du M’zab,
la Kabylie s’est aussi distinguée récemment en mettant à plat les
organisations politiques “traditionnelles”. Dans une région
entièrement structurée politiquement. Alors que partis au pouvoir et
opposition sont largement représentés, les habitants de cette région
ont décidé de dénoncer, souvent violemment, le contexte
socio-politique dans lequel ils vivent en remettant en question
l’utilité même des partis politiques. Mieux, on a vu des formations
accourir pour essayer de “piloter” le mouvement des ârouch tant il
était bénéfique d’avoir le soutien de cette “organisation
horizontale” s’il en est, car si on voulait capitaliser sa longue
présence en Kabylie, cela passait par la caution des ârouch. Il
n’est donc pas étrange de voir aujourd’hui des listes indépendantes
émerger à Tizi Ouzou ou à Béjaïa notamment, menées par certains
leaders locaux qui ont émergé à l’occasion de la fronde du Printemps
noir, même si le nombre de listes illustre surtout les ambitions,
certes légitimes, de quelques individus et non un mouvement
d’ensemble**. Mais dans ce cas bien précis, sommes nous vraiment en
face de listes indépendantes. Les ârouch ne sont-ils pas une forme
d’organisation politique, qui rompt certes avec les canons du
fonctionnement des partis politiques classiques, mais qui demeure un
regroupement fondé autour d’idéaux et de projets, comme devraient le
faire tous les partis politiques. Le seul objectif non inscrit chez
les ârouch serait bien sûr la prise du pouvoir. Aspirer à se faire
représenter à l’APN maintenant, plus tard aux APC et APW, serait une
évolution tout à fait naturelle de cette organisation.
Du côté des
partis
Reste à se
demander si cette option sera encore possible une fois la nouvelle
Assemblée nationale installée. A entendre certains chefs de partis
politiques, il semblerait que les indépendants gênent énormément le
fonctionnement des partis politiques, notamment dans leur stratégie
de prise de la majorité et le jeu des alliances possibles ou
imaginables.
Ahmed Ouyahia,
secrétaire général du RND, ne voit pas d’un bon œil cette propension
de listes indépendantes en notant particulièrement les pratiques de
certaines têtes de liste pour arracher les 400 signatures
nécessaires pour déposer leur candidature. Le SG du FLN, Abdelaziz
Belkhadem, a mis en évidence le défaut originel des candidats
indépendants qui est de ne pas rendre de comptes durant ou à la fin
de leur mandant devant les instances d’un parti. Louisa Hanoune,
porte-parole du Parti des travailleurs, n’y voit rien d’autre
qu’une menace pour le multipartisme. Les commentaires et analyses de
ténors politiques à la tête des partis qui vont de toute évidence
dessiner les forces en présence au sein de la future Assemblée,
annoncent-ils les changements qu’ils apporteront au futur code
électoral ?
Si on peut
effectivement voir la possibilité de se présenter en candidat
indépendant comme une brèche dans le système pour l’expression
citoyenne en dehors des sentiers battus des partis politiques, cette
même brèche est utilisée par les “déçus” de ces partis, exclus de la
candidature, qui aujourd’hui menacent les instances organiques de
leur partis en se présentant en indépendants. On peut imaginer
ensuite comment certains monnayeraient leur présence au sein de l’APN,
si tant est que leur soutien ou leur influence locale peut être
utile, sinon déterminante pour l’action d’un parti politique ou
d’une majorité au sein de l’hémicycle.
Mais tout cela
serait très intéressant si nous n’étions pas dans un pays – à l’ère
de la démocratie directe et d’Internet – où un parti politique
transforme ses locaux en atelier de confection de hidjabs pour
glaner des voix. Il y a effectivement comme un anachronisme qui ne
permet plus d’apprécier cette montée en puissance des indépendants
comme un signe de bonne santé de la démocratie.
Amine Esseghir
* Dans le M'zab,
les cités étaient administrées (le sont-elles toujours ?) à la fois
par la djemaâ laïque, permettant à chaque lignage (personnes
s’apparentant à un ancêtre commun) d’être représenté au sein de
cette institution. A la tête de cette assemblée, un chef qui
appartient à l'un des çaff (ensemble de lignages) qui gouverne la
cité. Il s’agit d’un poste effectivement politique.
La halaka des
azzaba (Iazzaben au pluriel) est une instance religieuse. Elle se
compose de douze membres recrutés par cooptation après que le
postulant ait fait l'objet d'une enquête de moralité qui peut durer
une année. A la tête de la halaka, le cheikh de la mosquée, censé
être le plus compétent en matière religieuse.
Lawmna
est un groupe d'individus qui maîtrisent le droit coutumier.
Reconnus pour leurs qualités de médiation, ils jouent le rôle
d’arbitres et veillent au respect notamment des normes de
construction.
Au niveau de la
région, deux assemblées “confédérales” : Ammi Saïd et El-Kourthi. La
première statue sur les questions religieuses soumises par les cité
du M'zab.
A l’intérieur de
ces structures, plus particulièrement la djemaâ, on retrouve des
rivalités quasiment d’ordre idéologique (entre conservateurs et
réformistes plus particulièrement) qui rythment effectivement la vie
politique dans cette région.
** Il faut dire
que le mouvement des ârouch souffre d’une “tare” de naissance :
alors que le risque de manipulation politique était grand, les
délégués avaient opté pour un code d’honneur qui interdit la
participation à des élections ou d’utiliser le mouvement à des fins
partisanes jusqu’à la satisfaction des revendications de la
plate-forme d’El-Kseur. Ces revendications n’étant pas satisfaite,
aux yeux de certains irréductibles, la participation des membres des
ârouch à des élections est exclue.
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Les femmes victimes du système électoral
En Algérie, les
femmes représentent plus de la moitié de la population globale. Pour
l’ensemble des partis politiques existants, qu’ils soient
démocrates, nationalo-républicains, islamistes et
nationalo-islamistes, la femme demeure un des principaux enjeux
électoraux. Pourtant, l’Etat et la classe politique réagissent
autrement quand il s’agit de se prononcer sur la participation des
femmes aux élections et surtout sur leur apport incontestable au
sein des assemblées populaires. Poids des traditions ou conséquences
du patriarcat ? Manque de courage politique ou absence de pratique
démocratique ?
Quelque soient les
raisons évoquées, il est impossible d’établir un bilan de la
participation de la femme à l’APN ni évaluer le travail qu’elle y
accomplit sans parler des droits bafoués des femmes d’une manière
générale.
A quelques
semaines du rendez-vous électoral, seul le Parti des travailleurs
(PT) reste conséquent avec les discours qu’il développe, puisqu’il
vient d’ouvrir une nouvelle ère pour la représentation féminine au
Parlement. Le 25 mars dernier, Mme Louisa Hanoune, sa
secrétaire générale et porte-parole, a annoncé qu'au moins 14 femmes
sont en tête des listes du PT. Elle a en outre ajouté que dans les
autres listes électorales, les femmes sont présentes. Ce qui
représentera, selon elle, plus de 42% de candidatures féminines à
l’échelle de toutes les wilayas. «Le Parti des travailleurs prendra
part aux législatives, car il croit pouvoir faire changer les choses
sur le plan économique pour vaincre cette politique de bradage et de
pillage», a affirmé Mme Hanoune, en reconnaissant que la
volonté politique dans le commandement de sa formation et la
position du PT pour l’égalité entre les sexes ont été déterminants
dans la problématique d’encouragement de la participation féminine
aux législatives. Et c’est sous le mot d’ordre d’«intérêt de la
nation et de l’économie nationale» que le PT compte investir l’APN.
Lors de ses
sorties, Mme Hanoune a soulevé certaines questions de
fond qui interpellent non seulement le PT en tant que formation
politique mais également les autres formations. On retiendra
notamment la culture de l’égalité entre les militants au sein d’un
parti politique, l’obligation de résultats faite aux députés quel
que soit leur sexe et la définition de règles politiques pour éviter
la corruption politique ou tout autre dérapage. Mais les diverses
facettes de la réalité (sociale, culturelle, économique,
professionnelle, etc.) et la pratique politique, encore empreinte
d’autoritarisme et de sectarisme, sont là pour nous rappeler combien
il est dur d’être à la fois femme et citoyenne en Algérie. Outre le
poids de la tradition, des tabous et des préjugés, de même que leur
instrumentalisation politique, la persistance du phénomène de la
violence à l’égard des femmes (violences conjugales et familiales,
violences sexuelles, harcèlement moral et sexuel en milieu du
travail) et le maintien de l’état de siège qui rétrécit
considérablement les espaces de liberté, on constate que l’Etat
algérien n’est pas encore prêt à jouer le jeu de l’égalité entre ses
gouvernés, de façon transparente. Il tarde aussi à entamer la
séparation des pouvoirs et à engager les négociations ou les
médiations nécessaires dans la société. Il n’y a qu’à se remémorer
l’attitude de nos dirigeants face au problème des femmes violées de
Hassi Messaoud, finalement réduites au silence, ou encore leurs
hésitations face au Code de la famille, qui viole non seulement la
Constitution mais aussi les conventions internationales signées et
ratifiées par notre pays.
Aujourd’hui
encore, le Code de la famille continue de servir d’enjeu pour les
batailles électorales.
Le mouvement
Ennahda, empruntant le pas, trois ans après, aux islamistes du MSP,
fait à présent campagne contre l’amendement du Code, estimant que
les revendications des femmes «sont contraires aux lois religieuses
(charia) (…), à notre patrimoine culturel et à notre civilisation».
Tandis que le parti du FLN qualifie les modifications du Code de la
famille d’insuffisantes, en demandant l’introduction de nouvelles
révisions. «Nous ne pouvons pas aller à contresens de l’intérêt des
familles. Le Code de la famille est appelé à être modifié. Il doit
être modifié», a indiqué récemment Me Chelouch, cadre de
ce parti. C’est pourtant en 1984, du temps de l’ex-parti unique, que
celui-ci a introduit dans le Code de la famille des dispositions du
Coran qui entachent le droit des femmes à l'égalité. Et c’est le
même parti FLN qui s’est distingué, il y a deux ans, en critiquant
la révision de la loi de 1984.
Qu’en est-il de la
représentation féminine à l’APN ? En 1977, seulement 5% de femmes
étaient représentées au Parlement. En 1982, ce taux est descendu
jusqu’à 4,60%. L’année 1987 a connu une nette amélioration, puisque
la participation féminine au sein de l’hémicycle était de 7,10%.
Mais celle-ci va encore baisser en 1997 pour atteindre 4,20%, avant
de remonter en 2002, avec un taux de 6,90%.
Le système
électoral en Algérie n’a pas entraîné, finalement, une notable
progression des pourcentages féminins au sein de l’APN et des
assemblées locales (communales et de wilayas). Le scrutin de liste à
la proportionnelle n’est pas favorable aux femmes, sauf si nous
avons affaire à une représentation conséquente des candidatures
féminines sur les listes des partis ayant notamment des chances de
remporter des sièges.
L’Algérie n’a
adopté, jusqu’à présent, ni la technique du quota ni la parité. Il
faut savoir que la technique des quotas a été récusée par des
juridictions au nom du principe de non-discrimination, mais elle est
adoptée par des pays, par la voie des réformes constitutionnelles et
législatives. Les quotas varient entre 20 et 30%, dépassant rarement
le seuil des 30% fixé par le Conseil économique et social de l’ONU.
Les adeptes du quota mettent en avant la nette progression de la
représentation féminine dans les pays l’ayant adoptée. Ses opposants
estiment qu’elle peut freiner le processus d’évolution des
conditions propices à la participation féminine sous le coup des
mesures volontaristes. Quant à la parité, elle constitue une mesure
qui dépasse le système des quotas et n’a été adoptée en réalité que
par une minorité de pays.
Bien que tous les
quotas ne se valent pas, les meilleurs résultats sont obtenus
lorsque plusieurs facteurs sont combinés de façon harmonieuse. A
travers la volonté politique, le soutien au mouvement féminin, le
développement chez les femmes des capacités de candidates et les
efforts déployés par la communauté internationale pour instaurer
l’égalité entre les sexes.
Cette situation ne
doit pas, par conséquent, nous éloigner du nouveau contexte mondial
où l’opposition entre le droit international et les lois internes
est résolue. En d’autres termes, la prédominance revient désormais
aux conventions internationales, obligeant les dispositions
législatives ou réglementaires nationales à se conformer aux
instruments internationaux par la révision ou l’abrogation. Pour les
Etats réfractaires, qui se comptent le plus dans les rangs des pays
en voie de développement, ils sont sommés d’entrer dans le processus
d’uniformisation afin de combler leurs retards.
Une Algérienne
privée de ses droits peut-elle, en fin de compte, faire de la
politique dans l’Algérie de 2007 ? Avec un Code de la famille qui la
considère toujours comme une citoyenne du deuxième collège, il est
hélas difficile d’en faire un membre influent dans le domaine
politique…
Z’hor Chérief
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L’UGTA verse dans le politique
Tout le monde
aura, sans doute, remarqué que l’Union générale des travailleurs
algériens, UGTA, qui a toujours pris à cœur les problèmes des
travailleurs, n’est plus que l’ombre de ce qu’elle était. La
Centrale syndicale, qui a toujours fait contrepoids à toutes les
décisions du gouvernement afin de préserver les intérêts de la masse
ouvrière, celle qui constitue la majorité du peuple, a dévié
finalement de son chemin et s’est, peu à peu, vidée de sa substance
première. Délaissant leur mission initiale, les syndicalistes
n’éprouvent aucun scrupule à verser dans la politique. Pour preuve,
des structures de l’UGTA à Annaba, Tlemcen et bien d’autres wilayas,
servent de permanence aux membres du RND, au vu et au su de tout le
monde, dans la perspective aux prochaines législatives.
Qui aurait cru que
la plus ancienne organisation syndicale, celle qui fut témoin des
péripéties qu’a connu le pays, oublierait un jour ce pourquoi elle a
vu le jour. C’est-à-dire défendre les revendications des
travailleurs et préserver leurs intérêts. Présente dans toutes les
entreprises publiques, l’UGTA était un élément incontournable et un
contrepoids important qui équilibrait les décisions du gouvernement
et avait toujours une marge de manœuvre pour défendre sérieusement
les revendications des travailleurs.
Ainsi, la réunion
de la tripartite qui est devenue, par les temps qui courent, une
simple formalité, était, à une époque pas très lointaine, redoutée
par le gouvernement. Car les revendications des travailleurs y
étaient âprement défendues et l’issue de la réunion presque toujours
favorable à la masse ouvrière. Les choses ont bien changé
maintenant, et la centrale syndicale n’est plus la force qu’elle
était il y a quelques années. Au fil du temps, la Centrale syndicale
s’est vidée de sa substance pour ne devenir qu’une coquille vide.
Elle n’est plus que l’ombre d’elle-même. Ce désengagement de la plus
vieille organisation syndicale, les syndicalistes l’expriment par
des démissions, comme celles enregistrées dès le début de l’année
2006, des travailleurs de l’éducation à Constantine. Car, ont-ils
affirmé, ce syndicat est devenu un appareil sans âme, coupé de la
réalité de la base. Ce qui est quelque part justifié, car l’UGTA
brille souvent par son absence aux grands rendez-vous que lui
donnent les travailleurs. Plusieurs mouvements de protestation ont
été enregistrés, tout au long de l’année 2006, dans plusieurs
secteurs, à savoir : l’éducation, la santé, la Fonction publique,
l’enseignement supérieur, sans que la Centrale syndicale ne lève le
petit doigt.
Plus encore que
son absence, l’UGTA prône depuis quelque temps la carte de
l’apaisement, ce qui se répercute sur sa crédibilité et lui fait
perdre du terrain quotidiennement. Ce qui est très logique, car tout
un chacun sait que la reconnaissance ne peut être acquise que sur le
terrain des luttes. Or, on l’aura bien vu, l’UGTA est absente et ne
parraine presque plus de mouvement de protestation, depuis des
années.
En même temps, et
parce que la Centrale syndicale n’est plus ce qu’elle était ;
d’autres syndicats autonomes ont vu le jour et arrivent à fédérer de
nombreux syndicalistes. Mieux encore, ces syndicats ont très bien
compris la logique des intersyndicales et sont, très souvent,
arrivés à mobiliser plus de monde que ne le fait l’UGTA. Sont-ce les
prémices d’une nouvelle reconfiguration du monde du travail ? Un
monde où l’UGTA n’aura qu’une toute petite place ?
Cette thèse n’est
pas à écarter, il faut même la considérer avec beaucoup de sérieux,
car la Centrale syndicale confirme de plus en plus le rôle qui est
devenu le sien : un relais des pouvoirs publics. Des pouvoirs
publics avec qui elle s’entend de mieux en mieux, au point qu’elle
verse dans la vie politique du pays avec une grande application.
Pourtant, tout le monde sait qu’une organisation syndicale ne doit
en principe avoir aucune prétention politique. Ce qui n’est pas le
cas de l’UGTA, qui semble avoir oublié sa vocation première qui est
de défendre les droits des travailleurs. A Annaba et Tlemcen, les
structures de l’UGTA servent de permanence pour le parti du RND et
plusieurs syndicalistes d’Algérie Télécom activent au profit de ce
parti ; peut-être ne font-ils même plus la différence entre le parti
politique qu’ils soutiennent avec ferveur et la structure syndicale
à laquelle ils appartiennent. C’est dire que l’UGTA a peut-être
changé de vocation et réorienté ses actions vers le soutien aux
pouvoirs publics.
Avait-elle
vraiment besoin de ce revirement, elle qui, dans ses temps forts,
négociait avec le gouvernement, sûre de son poids et des résultats
qu’elle voulait obtenir ? Elle qui détenait une force de
mobilisation que personne ne pouvait égaler, car les travailleurs de
tous les secteurs y étaient affiliés, au point qu’elle pouvait sans
peine changer le paysage politique du pays ? Pourquoi, quand on est
détenteur d’une telle force et d’un tel pouvoir, accepter de
s’allier aux pouvoirs publics et renier ainsi sa vocation première ?
Depuis sa création, l’UGTA a toujours eu pour mission d’être du côté
des travailleurs, qui étaient sûrs d’obtenir des augmentations de
salaires et d’être à l’abri de licenciements abusifs. Rôle qu’elle a
toujours accompli comme il se doit. Et c’est de ce dévouement envers
les travailleurs qu’elle puisait sa force pour obtenir des
concessions des pouvoirs publics. Comment donc expliquer ce
retournement des choses ?
Des observateurs
du monde syndical affirment que les changements qui touchent le
monde du travail étaient prévisibles, car l’économie de l’Algérie a
évolué dans le même sens que le multipartisme. Ce qu’ils n’arrivent
pas à nous expliquer, c’est cette volonté de l’UGTA de se
désintéresser totalement du monde du travail qui a fait sa force
pendant de longues années, et d’afficher des tendances politiques,
ce qui est un peu inhabituel.
Du coup, l’idée
d’une Centrale syndicale vidée de son sens fait son chemin
doucement, mais sûrement, sans que les responsables de cette
organisation tentent de redresser la barre et présenter enfin un
syndical aussi fort qu’avant.
Enfin, on peut se
poser une question : y a-t-il une force occulte qui veut briser l’UGTA,
elle qui était un partenaire incontournable pour toutes les
décisions importantes du pays ?
avanne
Khadidja
Mohamed Bouziane
Haut
e-mail :contact@lesdebats.com |