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L’ambassadeur
de la RASD, Mohamed Bissat, aux Débats
«Nous
reprendrons les armes s’il le faut»
Avant la fin du
mois en cours, le Conseil de sécurité des Nations unies aura à se
prononcer sur le plan d’autonomie présenté par le Maroc. Dans cet
entretien, l’ambassadeur de la République arabe sahraouie
démocratique (RASD) revient sur ce plan, qu’il considère voué à
l’échec en dépit de la campagne menée en sa faveur par le palais
royal. Certain que l’ONU ne saurait prendre position à l’encontre de
a légalité internationale, il affirme néanmoins qu’en cas
d’acceptation par le Conseil de sécurité de ce plan, le peuple
sahraoui reprendra les armes et ce, jusqu’à la victoire finale.
Les Débats :
Peut-on affirmer, aujourd’hui, que la cause sahraouie est à un
moment crucial ?
Mohamed Bissat :
Effectivement. Les dernières évolutions enregistrées par la cause
sahraouiee tant au niveau interne au niveau des territoires libérés
et des camps de réfugiés qu’au niveau international, avec cette
campagne diplomatique et même l’attitude de l’ennemi, donnent à
penser que la cause sahraouie est à un stade crucial, important et
porteur d’espoirs qui aboutiront, grâce à Dieu, à l’indépendance.
Justement,
Monsieur l’ambassadeur, ce mois d’avril verra la présentation par
le Maroc au niveau du Conseil de sécurit son plan d’autonomie. En
parallèle, il est enregistré un mouvement de soutien et de
solidarité international manifesté à l’égard de votre combat.
Le problème du
Maroc est qu’il a voulu lancer une campagne pour mobiliser l’opinion
internationale pour soutenir sa thèse colonialiste. Il a été surpris
de la réaction du monde est que ce dernier ait déclaré son
attachement à l’autodétermination. Il s’est échappé de la cendre au
feu. Il a voulu que le plan d’autonomie soit une occasion pour les
pays de soutenir son plan. Mais les pays du monde ne sont pas prêts
à se lancer dans une aventure aux conséquences inconnues. Au
contraire, la majorité des pays ont saisi cette occasion pour
rappeler leur position : leur soutien au peuple sahraoui et son
droit à l’autodétermination.
Comment
expliquer ce soutien manifeste pour la cause sahraouie ?
Tout simplement
car le Maroc a commis une erreur en croyant que le problème était
nouveau et que les pays ne le connaissaient pas. Alors que la cause
sahraouie est devenue un problème classique, lié au concept de la
décolonisation. C’est lui qui a clarifié, au niveau du plan du droit
international, beaucoup d’aspects liés à l’application de ce
concept. Le Maroc pense que lorsqu’il se rend en Argentine, au
Brésil, en Amérique latine ou en Asie, et qu’il parle du Sahara
occidental, ces pays ne sont pas en mesure de comprendre. Au
contraire, il a eu à faire à des gens qui connaissent l’origine du
problème. Je crois que les pays auxquels s’est adressé le Maroc se
divisent en trois catégories. Des pays sérieux qui ont du respect
pour les Nations unies, du respect pour le droit international et
ont des diplomates compétents et qui savent que la cause sahraouie
est un problème de décolonisation, que l’autodétermination est
indispensable et que l’article 6 stipule l’accord des deux parties
en conflit et que la démarche marocaine n’a aucune chance d’aboutir.
La deuxième catégorie de pays est composée de ceux qui hésitent, qui
ont des intérêts avec toutes les parties. Ils tiennent des propos
diplomatiques pour conforter le Maroc. La troisième catégorie est
composée de pays minoritaires. Ce sont des pays qu n’ont aucun
respect pour le droit à l’autodétermination, comme le Sénégal. Ces
pays qui soutiennent, quoi qu’il arrive, le Maroc. Mais le soutien
de ces pays n’apporte aucune chose de valeur ou nouvelle. Le
Sénégal, la France sont connus pour leur soutien depuis le premier
jour. Ils l’on soutenu lorsqu’il a déclaré que «le dossier est
clos», lorsqu’il a déclaré référendum, ils l’on soutenu et lorsqu’il
a déclaré autonomie. Et si le Maroc déclare l’indépendance, ils le
soutiendront car ce sont des pays qui ne se respectent pas et qui ne
respectent pas le droit international. Ils soutiennent le Maroc
depuis 1975.
Dernièrement,
le Président sahraoui a effectué une visite à l’ONU, où il a
rencontre le secrétaire général de cette institution. Quelle
appréciation faites vous de cette visite ?
Cette visite a
démontré une différence entre la démarche marocaine et la démarche
sahraouie.
Si le Maroc est
parti à paris, Dakar, Tunis, Buenos-Aires, cela démontre qu’il n’a
aucun respect pour l’ONU. La démarche sahraouie commence au niveau
de l’ONU. Notre démarche s’inscrit en parfaite ligne avec la nature
du problème, qui relève de l’ONU, et il faut se référer à l’ONU.
Nous avons commencé par New York et par le secrétaire général de
l’ONU, concerné en premier ressort pat le problème. Après, nous
avons rencontré des membres du conseil qui doit examiner le dossier.
Des diplomates, à New York, ont apprécié cette méthode de travail.
Ils ont écouté nos arguments et ont tous ont admis qu’ils étaient
solides. L’ONU est instrument de décolonisation ; la raison
principale de sa création, en 1945, est d’assumer ses
responsabilités concernant la décolonisation des territoires des
pays colonisés. Les traditions, ses chartes et ses membres ne
peuvent ignorer un tel principe.
Peut-on dire
que vous êtes optimistes ?
Nous le sommes
depuis le premier jour. Pour nous, la seule issue au conflit est
l’indépendance du Sahara occidental et le parachèvement du
recouvrement de la souveraineté de la RASD. C’est vrai qu’il y aura
des difficultés, il y aura des manœuvres sur la voie, mais on y
parviendra.
Le ministre
algérien des Affaires étrangères a mis en garde l’ONU contre
l’éventualité de l’acceptation du plan d’autonomie proposé par le
Maroc…
M. Bedjaoui, qui
est un homme exceptionnel et une référence en matière de droit
international, a dit est vrai. Toute solution unilatérale, toute
solution en dehors de la légalité internationale – et l’humanité a
essayé des solutions en dehors de la légalité internationale, dans
différents endroits du monde – n’ont apporté que des problèmes.
Toute solution en dehors de la légalité, qui n’associe pas les
Sahraouis dans le cadre d’un référendum transparent pour leur
autodétermination, ne fera que des catastrophes. Nous avons
l’expérience de 197,5 lorsque le Maroc a signé avec l’Espagne
l’accord de division de nos terres en annonçant que ce serait une
solution définitive. Nous voilà, 30 ans après, toujours dans le même
problème. La raison est simple : les Sahraouis n’ont pas été
associés à cette solution. Je pense que reproduire les erreurs de
1975 va occasionner beaucoup de problèmes, de l’instabilité et va
faire perdurer les souffrances des peuples sahraoui et marocain, et
ceux de la région. Je pense qu’il est temps de retenir les vraies
solutions, celles liées au droit.
Ne pensez-vous
pas que les positions ambiguës et parfois contradictoires des USA,
de l’Espagne, de la France encouragent le Maroc à s’accrocher à sa
position ?
Effectivement ;
les messages flous et faibles envoyés par Washington, Madrid et
Paris nourrissent l’intransigeance marocaine. On affirme que la
seule solution au Kosovo est l’indépendance sous l’égide de l’ONU.
Alors que le Kosovo est une partie de la Slovaquie, ce ne sont pas
des frontières héritées du colonialisme. Nous avons vu comment les
USA ont participé aux accords qui ont donné au Soudan le droit à
l’autodétermination alors que le sud du Soudan se trouve sur les
territoires du Soudan. Pour nous, c’est le contraire. Le droit
international nous donne le droit à l’autodétermination et à
l’indépendance et certaines puissances occidentales tentent de nous
en priver.
Comment
expliquer cette politique de deux poids deux mesures ?
Il existe une
fausse théorie qui affirme que la stabilité du Maroc dépend de
l’annexion des territoires des autres.
Cette théorie
est alimentée par le Maroc ?
C’est faux. Car on
disait aussi que Hitler devait annexer la Pologne pour assurer sa
stabilité et son croissance économique. Mais après la Pologne, il a
annexé la Tchécoslovaque. Ensuite, il a envahi la France. Qu’on
explique à un régime, à un roi ou un zaïm que celui qui doit assurer
sa stabilité et assurer sa croissance économique doit pour cela
envahir un autre territoire est une théorie dangereuse, qui exprime
le mépris de la légalité. C’est une théorie dangereuse. Nous disons
le contraire. L’intérêt du Maroc et sa stabilité ne peuvent être
assurés que par la paix, la démocratie et notre entraide pour faire
face aux défis du développement, du terrorisme et de la
mondialisation. Nous pensons que les véritables amis du Maroc sont
les Sahraouis, les Mauritaniens, les Algériens et les Tunisiens.
Nous tous, nous devons œuvrer, dans le cadre du Maghreb arabe, pour
faire face aux défis. Les solutions aux problèmes du Maroc ne
viendront pas de Paris ni de Madrid ou Washington. Elles viendront
de l’entraide avec ses voisins, ses amis et ses frères, dans le
cadre du respect de la légalité internationale.
Justement, le
Maroc affirme que le principal obstacle à l’édification de l’UMA est
la présence du problème sahraoui et le soutien de principe de
l’Algérie à la cause sahraouie…
On doit examiner
l’expérience européenne et en tirer profit. l’Europen’ a réussi à
assurer sa croissance et sa stabilité et à prospérer que lorsque
l’Allemagne, la géante,s’est assise aux côtés du petit et faible
Luxembourg, lorsque l’Italie à l’histoire incontestée a respecté
les frontières du petit état de San Marino, un tout petit état. Si
nous voulons également prospérer et nous développer, il faut se
respecter mutuellement. Que le plus fort grand respecte le plus
petit et que le plus fort respecte le plus faible, dans la limite
des frontières héritées du colonialisme et du droit international.
Si nous restons dans la mentalité que le plus grand veuille manger
le plus petit et que le Maroc veuille annexer le Sahara occidental,
que l’Algérie annexe la Tunisie, que la Libye annexe le Tchad et le
Mali la Mauritanie, nous allons vivre des guerres qui ne finiront
pas. Mais lorsqu’on se départira de la mentalité d’annexer les
territoires des autres, nous entretiendrons des relations dans le
cadre de la légalité et du droit, nous réussirons à édifier un
groupe, car nous sommes unis par la langue, la religion,
l’appartenance. Nous sommes séparés par les mauvaises intentions
d’annexer les territoires des autres et de voler ce qui n’est pas à
nous. Ce qui est dangereux. Toute construction édifiée sur de
mauvaises bases finira par s’effondrer. Les pays arabes ont édifié
de nombreuses entreprises sur des bases fausses et ils se sont
effondrés. C’est pourquoi on ne peut pas édifier l’UMA à l’encontre
de la légalité internationale. Si les Maghrébins arabes veulent
s’unir, il faut qu’ils respectent le droit international. Sinon, ils
porteront préjudice à leurs intérêts et à ceux de leurs peuples.
Nous ne sommes pas sur un continent en dehors de la planète ; nous
faisons partie de ce monde, de l’ONU, et nous devons tenir compte
de ses résolutions. Dans le cas contraire, on porte préjudice. Ce
qui veut dire que le principal obstacle à l édification de l’UMA est
la mauvaise foi du Maroc et son intention d’annexer le Sahara
occidental. Et qui aura confiance après cela ? Qui dit qu’il ne va
pas annexer la Mauritanie ? Et les Tunisiens n’auront plus confiance
en les Libyens. Les Algériens n’aurons plus confiance… Sans une
déclaration où chacun consignera sa décision de respecter l’autre
dans le cadre de la légalité internationale, on n’ira pas loin.
C’est le vrai test de la volonté politique et des véritables
intentions.
Le sommet arabe
s’est tenu récemment. Aviez-vous des attentes particulières ?
Le problème du
sommet arabe est que les participants avaient beaucoup de problème à
examiner. Nous souhaitons que nos frères arabes nous apportent leur
soutien au niveau de des Nations unies, qu’ils arrêtent d’adopter
des positions doubles ett demandent l’application des décisions de
l’ONU relatives au Sahara occidental. Car la légitimité
internationale est une et indivisible.
Dans le cas de
l’acceptation du plan d’autonomie marocain ou d’un stand by, quelle
sera votre réaction ?
C’est une faible
probabilité que l’ONU penche en faveur du Maroc.
Sur quelle base
faites-vous cette estimation ?
Sur le fait que
les Nations unies ne peuvent pas se contredire et être en
porte-à-faux avec leurs propres résolutions. Le problème sahraoui
est examiné dans le cadre de l’article 6 qui donne à chacun des
membres le droit au veto. Le plan Baker, rédigé par les USA et par
Negro Ponté n’est pas passé à cause de l’article 6. Mais si les
Nations unies penchent du côté du Maroc, cela voudrait dire qu’ils
deviennent partie prenante dans le cadre du conflit, qu’ils
reconnaissent la souveraineté du Maroc sur le territoires du Sahara
occidental. Et cela signifierait pour nous un retour immédiat à la
guerre. Car nous n’acceptons pas moins d’une solution démocratique
qui associe le peuple sahraoui dans la détermination de son sort à
travers un référendum, sous l’égide des Nations unies et en présence
d’observateurs étrangers.
Ne
craignez-vous pas la fraude ?
Nous n’avons pas
peur de notre peuple. Sans cette solution, il n’y aura ni paix ni
stabilité. Car seules les solutions démocratiques sont viables. On
ne peut pas aller à l’encontre de la volonté du peuple.
Existe-t-il une
solution intermédiaire ?
Pour nous, une
solution intermédiaire donnerait au peuple sahraoui le choix :
choisir entre l’autonomie, l’adhésion et l’indépendance. Qu’ils
laissent les Sahraouis en décider. Si à l’issue d’une opération
transparente, le peuple a opté pour l’autonomie, on l’acceptera.
Mais que les sahraouis n’y soient pas associés, on ne l’acceptera
jamais.
Le Maroc dénie
au peuple sahraoui l’existence et déclare que c’est juste des
tribus…
C’est ce qu’il
déclare aujourd’hui. Mais le Maroc en 1997 a signé avec nous les
accords de Houston qui font état de l’existence du peuple sahraoui.
Le Maroc, en 1991 et 1992, a accepté les plans de décolonisation qui
affirment l’existence du peuple sahraoui et son droit à
l’autodétermination. Le Maroc, par la voix de son roi, en 1983, a
reconnu le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination. Ce sont
des manœuvres conjoncturelles dues à des illusions dans les esprits
de certains politiques au Maroc. Nous sommes persuadés qu’ils
finiront par admettre la réalité.
Pensez-vous que
l’indépendance du Sahara occidental aura des conséquences négatives
sur la région ? Le Maroc assimile les Sahraouis à des terroristes…
C’est de la
propagande de bas niveau. Au Sahara occidental, il existe de
fonctionnaires issus de 35 pays. Le Front Polisario est un mouvement
qui date de 40 ans et dont le parcours est connu de tous. Que le
Maroc tente de reconstruire l’image du Polisario, c’est impossible
car le Front a construit son image dans les esprits des décideurs il
y a déjà 40 ans. C’est une tentative lamentable qui portera
préjudice au Maroc plus qu’il ne le servira. Les Sahraouis sont un
peuple respectable qui a de bonnes relations avec ses voisins et
avec des pays décideurs. Le peuple sahraoui n’a rien à voir avec le
terrorisme et l’intégrisme. Ses camps de réfugiés sont ouverts aux
visiteurs étrangers. Que le Maroc tente de falsifier cette image
avec une dépêche de la MAP, il ne réussira pas à le faire.
Quelle est la
situation dans les camps des réfugiés ?
Les camps vivent
toujours sous la répression marocaine. Ils vivent dans la précarité
mais font preuve de patience. Le Maroc utilise les aides
humanitaires à des fins d’instrumentalisation politique.
Le congrès de
la femme sahraouie se tient début avril. Est-ce un hommage rendu au
rôle de la femme dans le combat mené ?
La dimension prise
par le Polisario est due à la participation de la femme sahraouie.
En 1974, le Polisario était un petit mouvement, mais lorsqu’il a
organisé les manifestations de décembre 1974 et juin 1975, les
femmes y ont massivement participé. Des milliers de femmes sont
sorties, portant le drapeau sahraoui. Pour cette raison, on peut
dire que la femme a arraché sa place dans la société sahraouie.
C’est aussi la nature de la société qui accorde une grande place à
la femme.
Ces
manifestations contribuent-elles à soutenir la cause sahraouie ?
Oui, c’est aussi
la preuve de l’adhésion des femmes d’autres pays. Plus de 300
invitées venues d’Afrique et d’Europe sont attendues à ce
rendez-vous. Il permettra de passer à une nouvelle phase et donnera
un rayonnement à la cause sahraouie.
Au niveau du
Conseil de sécurité, pour quelle date le rendez-vous est-il pris ?
Le 20 avril sera
présenté le rapport du secrétaire général. S’ensuivront des débats
et des consultations. Avant le 31 avril sera prise une nouvelle
résolution de prolonger ou non le mandat de la Minurso.
Vous êtes prêt
à toute éventualité ?
Si en 1975, on
disait que le peuple sahraoui ne résisterait pas un ou deux ans,
nous avons prouvé que 37 ans après, nous sommes encore là. C’est la
preuve que c’est un peuple combattant, qui pourrait résister 30ans
de plus. Sans le respect des droits du peuple à l’autodétermination,
nous continuerons à nous battre jusqu’à l’obtention de ce droit.
Entretien
réalisé par Nadia Kerraz
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