Semaine du 4 au 10 avril 2007

 L’ambassadeur de la RASD, Mohamed Bissat, aux  Débats

«Nous reprendrons les armes s’il le faut»  

 

 
 
 Entretien  

Accueil

 L’ambassadeur de la RASD, Mohamed Bissat, aux  Débats

«Nous reprendrons les armes s’il le faut»   

Avant la fin du mois en cours, le Conseil de sécurité des  Nations unies aura à se prononcer sur le plan d’autonomie présenté par le Maroc. Dans cet entretien, l’ambassadeur de la République arabe sahraouie démocratique (RASD) revient sur ce plan, qu’il considère voué à l’échec en dépit de la campagne menée en sa faveur par le palais royal. Certain que l’ONU ne saurait prendre position à l’encontre de a légalité internationale, il affirme néanmoins qu’en cas d’acceptation par le Conseil de sécurité de ce plan, le peuple sahraoui reprendra les armes et ce, jusqu’à la victoire finale.

 

Les Débats : Peut-on affirmer, aujourd’hui,  que la cause sahraouie est à un moment crucial ?

Mohamed Bissat : Effectivement. Les dernières évolutions  enregistrées par la cause sahraouiee tant au niveau interne au niveau des territoires libérés et des camps de réfugiés qu’au niveau international, avec cette campagne diplomatique et même l’attitude de l’ennemi, donnent à penser que la cause sahraouie est à un stade crucial, important et porteur d’espoirs qui aboutiront, grâce à Dieu, à l’indépendance.

 

 Justement, Monsieur l’ambassadeur, ce mois d’avril  verra la présentation par le Maroc au niveau du Conseil de sécurit son plan d’autonomie. En parallèle, il est enregistré un mouvement de soutien et de solidarité international manifesté à l’égard de votre combat.

Le problème du Maroc est qu’il a voulu lancer une campagne pour mobiliser l’opinion internationale pour soutenir sa thèse colonialiste. Il a été surpris de la réaction du monde est que ce dernier ait déclaré son attachement à l’autodétermination. Il s’est échappé de la cendre au feu. Il a voulu que le plan d’autonomie soit une occasion pour les pays de soutenir son plan. Mais les pays du monde ne sont pas prêts à se lancer dans une aventure aux conséquences inconnues. Au contraire, la majorité des pays ont saisi cette occasion pour rappeler leur position : leur soutien au peuple sahraoui et son droit à l’autodétermination. 

 

Comment expliquer ce soutien manifeste pour la cause sahraouie ?

Tout simplement car le Maroc a commis une erreur en croyant que le problème était nouveau et que les pays ne le connaissaient pas. Alors que la cause sahraouie est devenue un problème classique, lié au concept de la décolonisation. C’est lui qui a clarifié, au niveau du plan du droit international, beaucoup d’aspects liés à l’application de ce concept. Le Maroc pense que lorsqu’il se rend en Argentine, au Brésil, en Amérique latine ou en Asie, et qu’il parle du Sahara occidental, ces pays ne sont pas en mesure de comprendre. Au contraire, il a eu à faire à des gens qui connaissent l’origine du problème. Je crois que les pays auxquels s’est adressé le Maroc se divisent en trois catégories.  Des pays sérieux qui ont du respect pour les Nations unies, du respect pour le droit international et ont des diplomates compétents et qui savent que la cause sahraouie est un problème de décolonisation, que l’autodétermination est indispensable et que  l’article 6 stipule l’accord des deux parties en conflit et que la démarche marocaine n’a aucune chance d’aboutir. La deuxième catégorie de pays est composée de ceux qui hésitent, qui ont des intérêts avec toutes les parties. Ils tiennent des propos diplomatiques pour conforter le Maroc. La troisième catégorie est composée de pays minoritaires. Ce sont des pays qu n’ont aucun respect pour le droit à l’autodétermination, comme le Sénégal. Ces pays qui soutiennent, quoi qu’il arrive, le Maroc. Mais le soutien de ces pays n’apporte aucune chose de valeur ou nouvelle. Le Sénégal, la France sont connus pour leur soutien depuis le premier jour. Ils l’on soutenu lorsqu’il a déclaré que «le dossier est clos», lorsqu’il a déclaré référendum, ils l’on soutenu et lorsqu’il a déclaré autonomie. Et si le Maroc déclare l’indépendance, ils le soutiendront car ce sont des pays qui ne se respectent pas et qui ne respectent pas le droit international. Ils soutiennent le Maroc depuis 1975.

 

Dernièrement, le Président sahraoui a effectué une visite à l’ONU, où il a rencontre le secrétaire général de cette institution. Quelle appréciation faites vous de cette visite ?                     

Cette visite  a démontré une différence entre la démarche marocaine et la démarche sahraouie. 

Si le Maroc est parti à paris, Dakar, Tunis, Buenos-Aires, cela démontre qu’il n’a aucun respect pour l’ONU. La démarche sahraouie commence au niveau de l’ONU. Notre démarche s’inscrit en parfaite ligne avec la nature du problème, qui relève de l’ONU, et il faut se référer à l’ONU. Nous avons commencé par New York et par le secrétaire général de l’ONU, concerné en premier ressort pat le problème. Après, nous avons rencontré des membres du conseil qui doit examiner le dossier. Des diplomates, à New York, ont apprécié cette méthode de travail. Ils ont écouté nos arguments et ont tous ont admis qu’ils étaient solides. L’ONU est instrument de décolonisation ; la raison principale de sa création, en 1945, est d’assumer ses responsabilités concernant la décolonisation des territoires des  pays colonisés. Les traditions, ses chartes et ses membres ne peuvent ignorer un tel principe.

 

Peut-on dire que vous êtes optimistes ?

Nous le sommes depuis le premier jour. Pour nous, la seule issue au conflit est l’indépendance du Sahara occidental et le parachèvement du recouvrement de la souveraineté de la RASD. C’est vrai qu’il y aura des difficultés, il y aura des manœuvres sur la voie, mais on y parviendra.

 

Le ministre algérien des Affaires étrangères a mis en garde l’ONU contre l’éventualité de l’acceptation du plan d’autonomie proposé par le Maroc… 

M. Bedjaoui, qui est un homme exceptionnel et une référence en matière de droit international, a dit est vrai. Toute solution unilatérale, toute solution en dehors de la légalité internationale – et l’humanité a  essayé des solutions en dehors de la légalité internationale, dans différents endroits du monde – n’ont apporté que des problèmes. Toute solution en dehors de la légalité, qui n’associe pas les Sahraouis dans le cadre d’un référendum transparent pour leur autodétermination, ne fera que des catastrophes. Nous avons l’expérience de  197,5 lorsque le Maroc a signé avec l’Espagne l’accord de division de nos terres en annonçant que ce serait une solution définitive. Nous voilà, 30 ans après, toujours dans le même problème. La raison est simple : les Sahraouis n’ont pas été associés à cette solution. Je pense que reproduire les erreurs de 1975 va occasionner beaucoup de problèmes, de l’instabilité et va faire perdurer les souffrances des peuples sahraoui et marocain, et ceux  de la région. Je pense qu’il est temps de retenir les vraies  solutions, celles liées au droit.

 

Ne pensez-vous pas que les positions ambiguës et parfois contradictoires des USA, de l’Espagne, de la France encouragent le Maroc à s’accrocher à sa position ?

Effectivement ; les messages flous et faibles envoyés par Washington, Madrid et Paris nourrissent l’intransigeance marocaine. On affirme que la seule solution au Kosovo est l’indépendance sous l’égide de l’ONU. Alors que le Kosovo est une partie de la Slovaquie, ce ne sont pas des frontières héritées du colonialisme. Nous avons vu comment les USA ont  participé aux accords qui ont donné au Soudan le droit à l’autodétermination alors que le sud du Soudan se trouve sur les territoires du Soudan. Pour nous, c’est le contraire. Le droit international nous donne le droit à l’autodétermination et à l’indépendance et certaines puissances occidentales tentent de nous en priver.

 

Comment expliquer cette politique de deux poids deux mesures ?

Il existe une fausse théorie qui affirme que la stabilité du Maroc dépend de l’annexion des territoires des autres.

 

Cette  théorie est alimentée par le Maroc ?

C’est faux. Car on disait aussi que Hitler devait annexer la Pologne pour assurer sa stabilité et son croissance économique. Mais après la Pologne, il a annexé la Tchécoslovaque. Ensuite, il a envahi la France. Qu’on explique à un régime, à un roi ou un zaïm que celui qui doit assurer sa stabilité et assurer sa croissance économique doit pour cela envahir un autre territoire est une théorie dangereuse, qui exprime le mépris de la légalité. C’est une théorie dangereuse. Nous disons le contraire. L’intérêt du Maroc et  sa stabilité ne peuvent être assurés que par la paix, la démocratie et notre entraide pour faire face aux défis du développement, du terrorisme et de la mondialisation. Nous pensons que les véritables amis du Maroc sont les Sahraouis, les Mauritaniens, les Algériens et les Tunisiens. Nous tous, nous devons œuvrer, dans le cadre du Maghreb arabe, pour faire face aux défis. Les solutions aux problèmes du Maroc ne viendront pas de Paris ni de Madrid ou Washington. Elles viendront de l’entraide avec ses voisins, ses amis et ses frères, dans le cadre du respect de la légalité internationale.

 

Justement, le Maroc affirme que le principal obstacle à l’édification de l’UMA est la présence du problème sahraoui et le soutien de principe de l’Algérie à la cause sahraouie…

On doit examiner l’expérience européenne et en tirer profit. l’Europen’ a réussi à assurer sa croissance et sa stabilité et à prospérer que lorsque l’Allemagne, la géante,s’est assise aux côtés du petit et faible Luxembourg, lorsque  l’Italie à l’histoire incontestée a respecté les frontières du petit état de San Marino, un tout petit état. Si nous voulons également prospérer et nous développer, il faut se respecter mutuellement. Que le plus fort grand respecte le plus petit et que le plus fort respecte le plus faible, dans la limite des frontières héritées du colonialisme et du droit international. Si nous restons dans la mentalité que le plus grand veuille manger le plus petit et que le Maroc veuille annexer le Sahara occidental, que l’Algérie annexe la Tunisie, que la Libye annexe le Tchad et le Mali la Mauritanie, nous allons vivre des guerres qui ne finiront pas. Mais lorsqu’on se départira de la mentalité d’annexer les territoires des autres, nous entretiendrons des relations dans le cadre de la légalité et du droit, nous réussirons à édifier un groupe, car nous sommes unis par la langue, la religion, l’appartenance. Nous sommes séparés par les mauvaises intentions d’annexer les territoires des autres et de voler ce qui n’est pas à nous. Ce qui est dangereux. Toute construction édifiée sur de mauvaises bases finira par s’effondrer. Les pays arabes ont édifié de  nombreuses entreprises sur des bases fausses et ils se sont effondrés. C’est pourquoi on ne peut pas édifier l’UMA à l’encontre de la légalité internationale. Si les Maghrébins  arabes veulent s’unir, il faut qu’ils respectent le droit international. Sinon, ils porteront préjudice à leurs intérêts et à ceux de leurs peuples. Nous ne sommes pas sur un continent en dehors de la planète ; nous faisons partie de ce monde, de l’ONU, et nous devons  tenir compte de ses résolutions. Dans le cas contraire, on porte préjudice. Ce qui veut dire que le principal obstacle à l édification de l’UMA est la mauvaise foi du Maroc et son intention d’annexer le Sahara occidental. Et qui aura confiance après cela ? Qui dit qu’il ne va pas annexer la Mauritanie ? Et les Tunisiens n’auront plus confiance en les Libyens. Les Algériens n’aurons plus confiance… Sans une déclaration où chacun consignera sa décision de respecter l’autre dans le cadre de la légalité internationale, on n’ira pas loin. C’est le vrai test de la volonté politique et des véritables intentions.

 

Le sommet arabe s’est tenu récemment. Aviez-vous des attentes particulières ?

Le problème du sommet arabe est que les participants avaient beaucoup de problème à examiner. Nous souhaitons que nos frères arabes nous apportent leur soutien au niveau de des Nations unies, qu’ils arrêtent d’adopter des positions doubles ett demandent l’application des décisions de l’ONU relatives au Sahara occidental. Car la légitimité internationale est une et indivisible.

 

Dans le cas de l’acceptation du plan d’autonomie  marocain ou d’un stand by, quelle sera votre réaction ?

C’est une faible probabilité que l’ONU penche en faveur du Maroc.

 

Sur quelle base faites-vous cette estimation ?

Sur le fait que les Nations unies ne peuvent pas se contredire et être en porte-à-faux avec leurs propres résolutions. Le problème sahraoui est examiné dans le cadre de l’article 6 qui donne à chacun des membres le droit au veto. Le plan Baker, rédigé par les USA et par Negro Ponté n’est pas passé à cause de l’article 6. Mais si les Nations unies penchent du côté du Maroc, cela voudrait dire qu’ils deviennent partie prenante dans le cadre du conflit, qu’ils reconnaissent la souveraineté du Maroc sur le territoires du Sahara occidental. Et cela signifierait pour nous un retour immédiat à la guerre. Car nous n’acceptons pas moins d’une solution démocratique qui associe le peuple sahraoui dans la détermination de son sort à travers un référendum, sous l’égide des Nations unies et en présence d’observateurs étrangers.

 

Ne craignez-vous pas la fraude ?

Nous n’avons pas peur de notre peuple. Sans cette solution, il n’y aura ni paix ni stabilité. Car seules les solutions démocratiques sont viables. On ne peut pas aller à l’encontre de la  volonté du peuple.

 

Existe-t-il une solution intermédiaire ?

Pour nous, une solution intermédiaire donnerait au peuple sahraoui le choix : choisir entre l’autonomie, l’adhésion  et l’indépendance. Qu’ils laissent les Sahraouis en décider. Si à l’issue d’une opération transparente, le peuple a opté pour l’autonomie, on l’acceptera. Mais que les sahraouis n’y soient pas associés, on ne l’acceptera jamais.

 

Le Maroc dénie au peuple sahraoui l’existence et déclare que c’est juste des tribus…

C’est ce qu’il déclare aujourd’hui. Mais le Maroc en 1997 a signé avec nous les accords de Houston qui font état de l’existence du peuple sahraoui. Le Maroc, en 1991 et 1992, a accepté les plans de décolonisation qui affirment l’existence du peuple sahraoui et son droit à l’autodétermination. Le Maroc, par la voix de son roi, en  1983, a reconnu  le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination. Ce sont des manœuvres conjoncturelles dues à des illusions dans les esprits de certains politiques au Maroc. Nous sommes persuadés qu’ils finiront par admettre la réalité.

 

Pensez-vous que l’indépendance du Sahara occidental aura des conséquences négatives sur la région ? Le Maroc assimile les Sahraouis à des terroristes…

C’est de la propagande de bas niveau.  Au  Sahara occidental, il existe de fonctionnaires issus de 35 pays. Le Front Polisario est un mouvement qui date de  40 ans et dont le parcours est connu de tous. Que le Maroc tente de reconstruire l’image du Polisario, c’est impossible car le Front a construit son image dans les esprits des décideurs il y a déjà 40 ans. C’est une tentative lamentable qui portera préjudice au Maroc plus qu’il ne le servira. Les Sahraouis sont un peuple respectable qui a de bonnes relations avec ses voisins et avec des pays décideurs. Le peuple sahraoui n’a rien à voir avec le terrorisme et l’intégrisme. Ses camps de réfugiés sont ouverts aux visiteurs étrangers. Que le Maroc tente de falsifier cette image avec une dépêche de la MAP, il ne réussira pas à le faire.

 

Quelle est la situation dans les camps des réfugiés ?

Les camps vivent toujours sous la répression  marocaine. Ils vivent dans la précarité mais font preuve de patience. Le Maroc utilise les aides humanitaires à des fins d’instrumentalisation politique.

 

Le congrès de la femme sahraouie se tient début avril. Est-ce un hommage rendu au rôle de la femme dans le combat mené ?

La dimension prise par le Polisario est due à la participation de la femme sahraouie. En 1974, le Polisario était un petit mouvement, mais lorsqu’il a organisé les manifestations de décembre 1974 et juin 1975, les femmes y ont massivement participé. Des milliers de femmes sont sorties, portant le drapeau sahraoui. Pour cette raison, on peut dire que la femme a arraché sa place dans la société sahraouie. C’est aussi la nature de la société qui accorde une grande place à la femme.

 

Ces manifestations contribuent-elles  à soutenir la cause sahraouie ?

Oui, c’est aussi la preuve de l’adhésion des femmes d’autres pays. Plus de 300 invitées  venues d’Afrique et d’Europe sont attendues à ce rendez-vous. Il permettra de passer à une nouvelle phase et donnera un rayonnement à la cause sahraouie.

 

Au niveau du Conseil de sécurité, pour quelle date le rendez-vous est-il pris ?

Le 20 avril sera présenté le rapport du secrétaire général. S’ensuivront des débats et des consultations. Avant le 31 avril sera prise une nouvelle résolution de prolonger ou non le mandat de la Minurso.

 

Vous êtes prêt à toute éventualité ?

Si en 1975, on disait que le peuple sahraoui ne résisterait pas un ou deux ans, nous avons prouvé que 37 ans après, nous sommes encore là. C’est la preuve que c’est un peuple  combattant, qui pourrait résister 30ans de plus. Sans le respect des droits du peuple à l’autodétermination, nous continuerons à nous battre jusqu’à l’obtention de ce droit.

 

Entretien réalisé par Nadia Kerraz

Haut

e-mail :contact@lesdebats.com

 

Copyright © 2001-2002 - MAHMOUDI INFO Sarl - Tous droits réservés.

Conception M.Merkouche