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Les
Pasdarans passent à l’attaque
Compte tenu de la
disproportion des forces en présence, on pensait tout naturellement
que le premier acte d’hostilité qui déclencherait la énième guerre
du Golfe viendrait des Américains, ou des Anglais, ce qui revient au
même, et qu’il était si improbable que ce soit le pays en butte aux
sanctions du Conseil de sécurité qui prendrait cette initiative,
suicidaire dans ce cas de figure, que personne n’y avait songé.
Comme il est de règle, les événements ont pris la tournure la moins
attendue. Ce sont les Iraniens qui ont pris sur eux de forcer les
choses à accoucher de ce qu’elles sont grosses.
Certes, ils
savaient ce qu’ils faisaient. Leur coup était apparemment bien
calculé. Ils savaient que leurs ennemis n’avaient pas programmé
d’attaque dans l’immédiat, qu’ils en étaient encore aux
préparations, qu’avant de faire parler les armes, il leur fallait
épuiser les voies diplomatiques, en prenant soin, bien sûr, de les
faire avorter l’une après l’autre. Les Etats-Unis et l’Angleterre
sont des pays démocratiques, ce que pense leur opinion est décisif.
Pour faire quelque chose d’aussi sérieux qu’une guerre, il leur faut
l’autorisation de la majorité de leur peuple. Les grandes
démocraties sont en général agressives, contrairement aux fadaises
que l’on nous sort d’habitude. Il en était déjà ainsi de la
première d’entre elles, Athènes, il y a deux mille ans et demi. (Il
est toutefois vrai que les dictatures ne sont pas moins portées à
imposer leur domination.) Or, dans le cas du conflit en gestation,
le consentement de leur opinion était d’autant plus difficile à
obtenir qu’ils ne parviennent pas à pacifier le théâtre des
opérations où ils sont déjà engagés, l’Irak, où, au contraire, leurs
forces donnent le sentiment de se faire déborder chaque jour
davantage par la rébellion, si diverse qu’ils ressentent de la
difficulté à l’appeler par un nom la recouvrant dans sa
multiplicité. Si l’Irak était devenu une démocratie et un havre de
paix, comme ils avaient promis voilà quelques années, nul doute que
la crise nucléaire iranienne serait ou résolue ou en bonne voie de
l’être. La République islamique ne serait aujourd’hui qu’un
souvenir, en tout cas. Mais voilà, rien ne se passe comme prévu.
Et quand les
Pasdarans s’en mêlent, ce n’est sûrement pas pour rendre les choses
plus simples. C’est que pour les Gardiens de la Révolution, s’il est
une porte du paradis qui soit tout le temps ouverte pour eux et pour
tous ceux qui aspirent ardemment comme eux à la franchir, c’est bien
celle qui soit tapissée par les corps des soldats américains et
britanniques, cela de préférence, car s’ils avaient un gibier plus
modeste à se mettre sous la dent, eh bien ils s’en contenteraient.
Si les officiels iraniens ont pour mission d’empêcher la guerre, eux
s’appliqueraient plutôt à la faire advenir. Depuis le temps qu’ils
rêvent de voir les Américains passer le Golfe…
Il semble bien que
les marins britanniques qu’ils détiennent ont été attirés dans un
guet-apens. A des fins d’escalade, car les Pasdarans n’ont qu’une
seule envie, et qui les tourmentent non sans cruauté, c’est d’ouvrir
un deuxième front, c’est d’attirer l’ainsi nommée force
internationale dans d’autres sables que ceux où elle peine déjà
tellement et d’où elle ne demande qu’à s’extirper en sauvant les
apparences. Le mandat onusien et le bon droit dont se prévalent pour
le moment les Britanniques auraient plutôt pour effet d’indisposer
plus encore les Pasdarans, pour qui il est tout simplement
intolérable que les flottes étrangères croisent si près de leurs
côtes, pour les surveiller et les tenir en respect. Et surtout pour
les frustrer de la Bombe, ce bébé dont ils attendent si impatiemment
la venue.
Bref, pour amener
la guerre, il n’est nul besoin d’un mandat dûment délivré par le
Conseil de sécurité. Il suffit de concentrer ses forces dans les
eaux territoriales irakiennes, de friser certes les eaux iraniennes
mais sans traverser la frontière, et d’attendre que les Gardiens du
temple perdent patience devant tant de provocations.
M. Habili
e-mail :contact@lesdebats.com
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