Semaine du 4 au 10 avril 2007

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Les Pasdarans passent à l’attaque

 

 
 
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 Les Pasdarans passent à l’attaque

Compte tenu de la disproportion des forces en présence, on pensait tout naturellement que le premier acte d’hostilité qui déclencherait la énième guerre du Golfe viendrait des Américains, ou des Anglais, ce qui revient au même, et qu’il était si improbable que ce soit le pays en butte aux sanctions du Conseil de sécurité qui prendrait cette initiative, suicidaire dans ce cas de figure, que personne n’y avait songé. Comme il est de règle, les événements ont pris la tournure la moins attendue. Ce sont les Iraniens qui ont pris sur eux de forcer les choses à accoucher de ce qu’elles sont grosses.

Certes, ils savaient ce qu’ils faisaient. Leur coup était apparemment bien calculé. Ils savaient que leurs ennemis n’avaient pas programmé d’attaque dans l’immédiat, qu’ils en étaient encore aux préparations, qu’avant de faire parler les armes, il leur fallait épuiser les voies diplomatiques, en prenant soin, bien sûr, de les faire  avorter l’une après l’autre. Les Etats-Unis et l’Angleterre sont des pays démocratiques, ce que pense leur opinion est décisif. Pour faire quelque chose d’aussi sérieux qu’une guerre, il leur faut l’autorisation de la majorité de leur peuple. Les grandes démocraties sont en général agressives, contrairement aux fadaises que l’on nous sort d’habitude. Il en était déjà ainsi  de la première d’entre elles, Athènes, il y a deux mille ans et demi. (Il est toutefois vrai que les dictatures ne sont pas moins portées à imposer leur domination.) Or, dans le cas du conflit en gestation, le consentement de leur opinion était d’autant plus difficile à obtenir qu’ils ne parviennent pas à pacifier le théâtre des opérations où ils sont déjà engagés, l’Irak, où, au contraire, leurs forces donnent le sentiment de se faire déborder chaque jour davantage par la rébellion, si diverse qu’ils ressentent de la difficulté à l’appeler par un nom la recouvrant dans sa multiplicité. Si l’Irak était devenu une démocratie et un havre de paix, comme ils avaient promis voilà quelques années, nul doute que la crise nucléaire iranienne serait ou résolue ou en bonne voie de l’être. La République islamique ne serait aujourd’hui qu’un souvenir, en tout cas. Mais voilà, rien ne se passe comme prévu.

Et quand les Pasdarans s’en mêlent, ce n’est sûrement pas pour rendre les choses plus simples. C’est que pour les Gardiens de la Révolution, s’il est une porte du paradis qui soit tout le temps ouverte pour eux et pour tous ceux qui aspirent ardemment comme eux à la franchir, c’est bien celle qui soit tapissée par les corps des soldats américains et britanniques, cela de préférence, car s’ils avaient un gibier plus modeste à se mettre sous la dent, eh bien ils s’en contenteraient. Si les officiels iraniens ont pour mission d’empêcher la guerre, eux s’appliqueraient plutôt à la faire advenir. Depuis le temps qu’ils rêvent de voir les Américains passer le Golfe…

Il semble bien que les marins britanniques qu’ils détiennent ont été attirés dans un guet-apens. A des fins d’escalade, car les Pasdarans  n’ont qu’une seule envie, et qui les tourmentent non sans cruauté, c’est d’ouvrir un deuxième front, c’est d’attirer l’ainsi nommée force internationale dans d’autres sables que ceux où elle peine déjà tellement et d’où elle ne demande qu’à s’extirper en sauvant les apparences. Le mandat onusien et le bon droit dont se prévalent pour le moment les Britanniques auraient plutôt pour effet d’indisposer plus encore les Pasdarans, pour qui il est tout simplement intolérable que les flottes étrangères croisent si près de leurs côtes, pour les surveiller et les tenir en respect. Et surtout pour les frustrer de la Bombe, ce bébé dont ils attendent si impatiemment la venue.

Bref, pour amener la guerre, il n’est nul besoin d’un mandat dûment délivré par le Conseil de sécurité. Il suffit de concentrer ses forces dans les eaux territoriales irakiennes, de friser certes les eaux iraniennes mais sans traverser la frontière, et d’attendre que les Gardiens du temple perdent patience devant tant de provocations.

M. Habili

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