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Proche-Orient
Les tensions
avec Riyad mettent Washington en difficulté
Les critiques
sévères de l'Arabie saoudite à l'encontre de la présence américaine
en Irak reflètent une évolution profonde des relations entre les
deux pays et mettent l'administration Bush en difficulté au
Proche-Orient, selon des analystes. Les propos du roi Abdallah, qui
avait dénoncé lors du sommet arabe de Ryad "l'occupation étrangère
illégitime" de l'Irak et accusé "des forces étrangères à la région"
de vouloir tracer l'avenir du Moyen-Orient, ont été mal accueillis
à Washington. La secrétaire d'Etat américaine, Condoleezza Rice, a
téléphoné à l'ambassadeur d'Arabie saoudite à Washington, Adel
Al-Jubeir, pour obtenir des éclaircissements après ces propos. Mais
elle a pris soin de ne pas appeler son homologue, le prince Saoud
al-Faygal, ce qui a été interprété comme un souci de ne pas
aggraver la tension.
Ce n'est pas la
première fois que le royaume saoudien se distancie de la politique
américaine en Irak. Fin novembre, un conseiller du royaume avait
prévenu que l'Arabie saoudite interviendrait en Irak pour protéger
les sunnites en cas de retrait américain précipité. Selon Joshua
Landis, un expert du Center of Peace Studies de l'université de
l'Oklahoma, en qualifiant d'"illégitime" la présence de troupes
américaines en Irak, le roi Abdallah s'est posé comme le champion
d'un nouveau panarabisme destiné à contenir la montée de
l'influence de l'Iran dans la région. Le roi est déjà parvenu à la
conclusion que le plan du président George W. Bush en Irak était
voué à l'échec et cherche à éloigner la Syrie de l'Iran pour
ramener le régime de Damas dans le giron arabe, explique cet
expert. "Le roi Abdallah a annoncé qu'il cherchait à adopter une
nouvelle politique irakienne, une politique destinée à une nouvelle
phase post-américaine en Irak et une politique qui doit être
coordonnée avec la Syrie", ajoute-t-il, rappelant que le souverain
saoudien a eu deux entretiens avec le président syrien Bachar
al-Assad en marge du sommet de Riyad.
Un avis partagé
par Juan Cole, de l'Université du Michigan, pour qui le roi
Abdallah "pense que Bush mène une politique irrationnelle, dont
l'effet est de déstabiliser le Proche-Orient". En outre, estime cet
expert, l'Arabie saoudite a été vexée par la réaction glaciale des
Etats-Unis à l'accord de La Mecque qui a mis fin aux violences
inter-palestiniennes et abouti à la constitution d'un gouvernement
palestinien d'union entre le Fatah et le Hamas.
Les Etats-Unis
n'ont pas reconnu le gouvernement d'union et exigé le maintien de
sanctions internationales qui le frappent depuis un an.
Dans une interview
à Newsweek, le prince Saoud a confirmé la volonté de l'Arabie
saoudite de redonner une "identité" arabe aux peuples de la région.
Les dirigeants saoudiens ont "le sentiment que dans le monde arabe,
il se passe des choses comme si aucun peuple de la région n'avait
sa propre volonté", a expliqué le chef de la diplomatie saoudienne
dans cette interview postée récemment sur le site de
l'hebdomadaire. Le sommet arabe "est un effort pour prendre des
décisions arabes", ajoute le prince Saoud, sans dissimuler son
impatience au sujet de la suggestion de Rice d'accélérer la
réconciliation entre Arabes et Israéliens.
Avant d'entamer
une nouvelle tournée au Proche-Orient, la secrétaire d’Etat
américaine avait appelé les pays arabes à "reconnaître que pour
parvenir à une solution au conflit israélo-palestinien, il faut
l'énergie et l'aide issues de progrès du côté israélo-arabe, non pas
à la fin du processus mais plus tôt au cours de ce processus".
Trêve armée
entre Bush et le Congrès démocrate
L'administration
Bush et le Congrès, dominé par ses adversaires démocrates, affûtent
leurs armes en vue d'un rude affrontement sur le financement de la
guerre en Irak et le retrait des troupes en 2008.
Le clash est
attendu dans quelques semaines, à l'issue de congés
parlementaires : le Congrès devrait alors adopter définitivement un
projet de loi liant le financement de la guerre à un calendrier
pour le retrait des troupes en 2008 et Bush devrait immédiatement
dégainer un veto promis avec constance.
Au-delà de cette
échéance, nul ne sait quelle issue sera trouvée. Pour l'instant,
chacun accuse ses adversaires de faire payer son entêtement aux
militaires, qui seraient promis à des conditions de plus en plus
difficiles.
Le chef
d'état-major interarmées, le général Peter Pace, a prévenu les
parlementaires qu'il fallait s'attendre à un "réaction en chaîne"
pour les militaires au cas où les fonds ne seraient pas débloqués
au 15 avril (une échéance déjà impossible à tenir) ou au 15 mai, ou
même encore plus tard. A cause des difficultés d'entraînement, cela
pourrait bien avoir potentiellement un impact sur la capacité à
déployer de nouvelles forces, et il faudrait prolonger la rotation
des troupes qui sont déjà déployées à l'étranger", a expliqué le
général Pace lors d'une audition parlementaire la semaine dernière.
"Les Américains
sauront qui tenir pour responsable", assure Bush, tandis que sa
porte-parole Dana Perino reprochait aux démocrates de partir en
congé comme prévu plutôt que de finaliser le projet de loi
budgétaire pour l'Irak.
Mais le chef de la
majorité démocrate au Sénat, Harry Reid, a brandi un rapport
d'experts du Congrès ; à l'en croire, les fonds restant disponibles
permettraient à l'armée de terre d'assurer les opérations de guerre
"largement jusqu'à juillet 2007". "Cette étude confirme que le
Président essaie une fois de plus d'induire en erreur l'opinion et
de créer un climat d'angoisse artificiel", a accusé Reid, appelant
le Président à "baisser d'un ton, arrêter ses menaces de veto (...)
et s'asseoir avec les responsables du Congrès" pour trouver une
solution. La veille, Reid avait estimé qu'un veto ferait de Bush le
président le plus défavorable aux militaires de toute l'histoire
américaine. Le président George W. Bush est fermement opposé à tout
calendrier de retrait qui, selon lui, permettrait aux insurgés
d'attendre tranquillement le départ des Américains avant de revenir
en force en Irak.
Chaque camp
s'affiche prêt à négocier pour élaborer un texte de compromis, sans
pour autant qu'aucun ne semble décidé à céder d'un pouce. Pour
Justin Logan, expert à l'institut libéral Cato, à Washington, il
est envisageable que les démocrates, qui disposent de majorités
trop minces pour passer outre le veto, "renoncent à un calendrier de
retrait et proposent d'accorder des enveloppes budgétaires sur une
base trimestrielle, forçant le président à revenir tous les trois
mois demander plus d'argent". "L'idée, ce serait que la guerre va
devenir de plus en plus impopulaire. S'assurer qu'elle reste
constamment dans l'actualité, en forçant Bush à revenir plus
souvent quémander au Congrès, va faire ressortir les échecs de
l'administration", estime Logan, qui lui-même estime qu'il est
temps de préparer la sortie d'Irak.
L'idée a déjà été
avancée par deux démocrates centristes, cités dans une édition du
Washington Post, à défaut d'avoir été endossée par l'état-major
démocrate, soucieux de ne pas abattre ses cartes trop tôt. "Tous
les trois mois, le Congrès devrait évaluer où on en est et en tirer
des conclusions – les fonds seraient débloqués sans restriction,
pour une période courte", a expliqué le porte-parole d’un
représentant démocrate, soulignant que, "que ça plaise au Président
ou non, le Congrès a un rôle à jouer là-dedans, reconnu par la
Constitution".
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