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Semaine du 4 au 10 avril 2007

Proche-Orient

Les tensions avec Riyad mettent Washington en difficulté

 

 

 

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Les tensions avec Riyad mettent Washington en difficulté   

Les critiques sévères de l'Arabie saoudite à l'encontre de la présence américaine en Irak reflètent une évolution profonde  des relations entre les deux pays et mettent l'administration Bush en  difficulté au Proche-Orient, selon des analystes.  Les propos du roi Abdallah, qui avait dénoncé lors du sommet arabe de Ryad "l'occupation étrangère illégitime" de l'Irak et accusé "des forces étrangères  à la région" de vouloir tracer l'avenir du Moyen-Orient, ont été mal accueillis  à Washington. La secrétaire d'Etat américaine, Condoleezza Rice, a téléphoné à l'ambassadeur d'Arabie saoudite à Washington, Adel Al-Jubeir, pour obtenir des  éclaircissements après ces propos. Mais elle a pris soin de ne pas appeler son  homologue, le prince Saoud al-Faygal, ce qui a été interprété comme un souci de  ne pas aggraver la tension. 

Ce n'est pas la première fois que le royaume saoudien se distancie de la  politique américaine en Irak. Fin novembre, un conseiller du royaume avait  prévenu que l'Arabie saoudite interviendrait en Irak pour protéger les sunnites  en cas de retrait américain précipité. Selon Joshua Landis, un expert du Center of Peace Studies de l'université  de l'Oklahoma, en qualifiant d'"illégitime" la présence de troupes américaines  en Irak, le roi Abdallah s'est posé comme le champion d'un nouveau panarabisme  destiné à contenir la montée de l'influence de l'Iran dans la région.  Le roi est déjà parvenu à la conclusion que le plan du président George W. Bush en Irak était voué à l'échec et cherche à éloigner la Syrie de l'Iran pour  ramener le régime de Damas dans le giron arabe, explique cet expert.  "Le roi Abdallah a annoncé qu'il cherchait à adopter une nouvelle politique  irakienne, une politique destinée à une nouvelle phase post-américaine en Irak  et une politique qui doit être coordonnée avec la Syrie", ajoute-t-il,  rappelant que le souverain saoudien a eu deux entretiens avec le président  syrien Bachar al-Assad en marge du sommet de Riyad. 

Un avis partagé par Juan Cole, de l'Université du Michigan, pour qui le roi  Abdallah "pense que Bush mène une politique irrationnelle, dont l'effet est de  déstabiliser le Proche-Orient". En outre, estime cet expert, l'Arabie saoudite a été vexée par la réaction glaciale des Etats-Unis à l'accord de La Mecque qui a mis fin aux violences inter-palestiniennes et abouti à la constitution d'un gouvernement palestinien  d'union entre le Fatah et le Hamas.

Les Etats-Unis n'ont pas reconnu le gouvernement d'union et exigé le  maintien de sanctions internationales qui le frappent depuis un an.

Dans une interview à Newsweek, le prince Saoud a confirmé la volonté de  l'Arabie saoudite de redonner une "identité" arabe aux peuples de la région. Les dirigeants saoudiens ont "le sentiment que dans le monde arabe, il se  passe des choses comme si aucun peuple de la région n'avait sa propre volonté",  a expliqué le chef de la diplomatie saoudienne dans cette interview postée  récemment sur le site de l'hebdomadaire. Le sommet arabe "est un effort pour prendre des décisions arabes", ajoute le prince Saoud, sans dissimuler son impatience au sujet de la suggestion de  Rice d'accélérer la réconciliation entre Arabes et Israéliens.

Avant d'entamer une nouvelle tournée au Proche-Orient, la secrétaire d’Etat américaine avait  appelé les pays arabes à "reconnaître que pour parvenir à  une solution au conflit israélo-palestinien, il faut l'énergie et l'aide issues de progrès du côté israélo-arabe, non pas à la fin du processus mais plus tôt au cours de ce processus".

Trêve armée entre Bush et le Congrès démocrate

L'administration Bush et le Congrès,  dominé par ses adversaires démocrates, affûtent leurs armes en vue d'un rude  affrontement sur le financement de la guerre en Irak et le retrait des troupes  en 2008.

Le clash est attendu dans quelques semaines, à l'issue de congés  parlementaires : le Congrès devrait alors adopter définitivement un projet de  loi liant le financement de la guerre à un calendrier pour le retrait des  troupes en 2008 et  Bush devrait immédiatement dégainer un veto promis avec  constance.

Au-delà de cette échéance, nul ne sait quelle issue sera trouvée. Pour  l'instant, chacun accuse ses adversaires de faire payer son entêtement aux  militaires, qui seraient promis à des conditions de plus en plus difficiles.

Le chef d'état-major interarmées, le général Peter Pace, a prévenu les  parlementaires qu'il fallait s'attendre à un "réaction en chaîne" pour les  militaires au cas où les fonds ne seraient pas débloqués au 15 avril (une  échéance déjà impossible à tenir) ou au 15 mai, ou même encore plus tard. A cause des difficultés d'entraînement, cela pourrait bien avoir  potentiellement un impact sur la capacité à déployer de nouvelles forces, et il faudrait prolonger la rotation des troupes qui sont déjà  déployées à l'étranger", a expliqué le général Pace lors d'une audition  parlementaire la semaine dernière.

"Les Américains sauront qui tenir pour responsable", assure Bush, tandis  que  sa porte-parole Dana Perino reprochait aux démocrates de partir en congé comme prévu plutôt que de finaliser le projet de loi  budgétaire pour l'Irak.

Mais le chef de la majorité démocrate au Sénat, Harry Reid, a brandi un rapport d'experts du Congrès ; à l'en croire, les fonds restant  disponibles permettraient à l'armée de terre d'assurer les opérations de guerre  "largement jusqu'à juillet 2007". "Cette étude confirme que le Président essaie une fois de plus d'induire en  erreur l'opinion et de créer un climat d'angoisse artificiel", a accusé Reid, appelant le Président à "baisser d'un ton, arrêter ses menaces de veto  (...) et s'asseoir avec les responsables du Congrès" pour trouver une  solution. La veille, Reid avait estimé qu'un veto ferait de Bush le président le plus défavorable aux militaires de toute l'histoire américaine. Le président George W. Bush est fermement opposé à tout calendrier de retrait qui, selon lui, permettrait aux insurgés d'attendre tranquillement le  départ des Américains avant de revenir en force en Irak.

 Chaque camp s'affiche prêt à négocier pour élaborer un texte de compromis,  sans pour autant qu'aucun ne semble décidé à céder d'un pouce.  Pour Justin Logan, expert à l'institut libéral Cato, à Washington, il est  envisageable que les démocrates, qui disposent de majorités trop minces pour passer outre le veto, "renoncent à un calendrier de retrait et proposent  d'accorder des enveloppes budgétaires sur une base trimestrielle, forçant le  président à revenir tous les trois mois demander plus d'argent".  "L'idée, ce serait que la guerre va devenir de plus en plus impopulaire.  S'assurer qu'elle reste constamment dans l'actualité, en forçant Bush à revenir  plus souvent quémander au Congrès, va faire ressortir les échecs de  l'administration", estime  Logan, qui lui-même estime qu'il est temps de  préparer la sortie d'Irak.

L'idée a déjà été avancée par deux démocrates centristes, cités dans une édition du Washington Post, à défaut d'avoir été endossée par l'état-major  démocrate, soucieux de ne pas abattre ses cartes trop tôt.  "Tous les trois mois, le Congrès devrait évaluer où on en est et en tirer  des conclusions – les fonds seraient débloqués sans restriction, pour une  période courte", a expliqué le porte-parole  d’un représentant  démocrate, soulignant que, "que ça plaise au Président ou non, le Congrès a un  rôle à jouer là-dedans, reconnu par la Constitution".

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