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Salut
l'ami !
Un grand ami de la révolution algérienne, autant dire de
l'Algérie simplement, vient de s'éteindre à l'âge de 87 ans. Il
s'appelle Francis Jeanson. Son parcours est trop riche pour être
résumé en quelques mots. Il nous suffira de dire que son engagement
pour l'indépendance de notre pays était total, extraordinaire et
exemplaire tout à la fois. Il ne s'est pas contenté, lui le
philosophe, à soutenir l'Algérie par ses écrits, comme Jean Paul
Sartre par exemple, mais concrètement, par l'action. Malade, sachant
sa mort proche, Frantz Fanon, un autre grand ami de l'Algérie,
voulait prendre le maquis pour y mourir les armes à la main. Il ne
réalisera pas son vœu, le FLN a décidé de l'envoyer se faire soigner
dans un hôpital américain. Mais il sera tout de même enterré avec
tous les honneurs par ses compagnons d'armes, au grand complet, dans
le territoire national, près des frontières tunisiennes. Jeanson,
lui, sera arrêté et jeté en prison. Une mort prématurée lui fut
épargnée malgré ses activités à très haut risque. Il ne connaîtra
pas le sort de Maurice Audin, encore un autre grand ami de
l'Algérie, torturé méthodiquement et mis à mort dans la fleur de la
jeunesse. Jeanson était un Français qui soutenait l'Algérie en sa
qualité de Français. L'extraordinaire fut qu'il la soutenait sans
réserve ni limite. On lui reprocha durement d'avoir ainsi mis en
péril la vie de ses compatriotes. Ces moudjahidine qu'il hébergeait,
cet argent qu'il transportait pour financer l'armement du FLN,
toutes ces aides qu'il prodiguait, n'avaient-elles pas pour
équivalent la mort de Français, militaires ou policiers peu importe
? Autrement dit, Francis Jeanson n'était-il pas un traître à sa
patrie ? Dans les ouvrages qu'il publia aux éditions de Minuit, il
répondait à ses détracteurs que, non seulement il n'était pas
traître à la France mais que, bien au contraire, il lui était le
plus fidèle. Il s'agissait seulement de savoir de quelle France on
parlait. Celle qui colonisait un autre pays et opprimait son peuple,
dans cette France là, Jeanson ne se reconnaissait pas. Ou bien celle
dont la révolution de 1789 porta les idéaux de liberté et d'égalité
au sommet, et à cette France là, Jeanson voulait absolument être
loyal jusqu'au bout. C'est donc par engagement pour la France que
Jeanson s'est engagé pour l'Algérie. Il n'y avait là de
contradiction que pour les esprits ignorants et paresseux. Lorsque,
enfin, l'Algérie arracha son indépendance, Jeanson n'avait plus rien
à dire, ou à faire, sur le sujet. Si l'Algérie l'avait oublié, comme
elle avait oublié tant de ses amis, ce n'était pas son problème,
mais celui de l'Algérie. Ce n'était pas son problème très
logiquement, parce qu'il s'était engagé en faveur de la France, à
travers l'Algérie, et non pour l'Algérie elle-même en tant que
telle, puisqu'il était Français et entendait le rester. Pourtant, il
sera tenté de revenir en Algérie, lorsque celle-ci s'ouvrit
politiquement après octobre 1988. Il réalisera, comme simple
journaliste, une enquête sur cette Algérie dont il suivait malgré
tout, et depuis des années, l'évolution. La situation caractérisée
par l'émergence de l'islamisme, l'intriguait beaucoup, mais il évita
toute réflexion définitive sur la question. C'était une sorte de
pèlerinage, voilà tout. Une façon à lui de souhaiter bonne chance à
un pays pour lequel, on ne saurait le dire autrement, il risqua tous
les jours sa vie. Une grande conscience humaine, salut à toi,
Francis !
Par Aïssa Khelladi
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