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Maugréons…sur un péril
Salvateur, plus que salvateur serait le geste qui sortirait
une bonne partie de nos responsables du doux cocon de la tour
d'ivoire dans laquelle ils se sont enfermés de leur propre chef.
Juste une petite virée hors de cette citadelle opaque et hermétique
aux flux et reflux d'informations réelles, non tamisées par des
staffs zélés ni vernies par et pour les besoins de la cause
propagandiste, leur ferait voir et percevoir les pulsations d'une
Algérie qui continue vaille que vaille à vibrer et à bouillonner
loin de l'amnésie dans laquelle ils l'ont embastillée, de leur
propre chef également. Ils apprendraient ce qu'ils ne savent pas et
qu'ils devraient pourtant savoir, comme le prix du citron,
métamorphosé en perle rare au pays des agrumes, qui est à 250 DA,
soit un échauffement de trois semaines avant de tripler avec
l'arrivée de Ramadhan. S'ils se hasardent un jour, un jour
seulement, loin de leur résidence très surveillée et s'ils
condescendent à descendre de leur limousine, ces responsables
centraux mais aussi locaux (eh oui, la parade n'est pas un monopole
du haut lieu), palperaient l'odeur âcre des bouchons qui ne
finissent pas et feraient connaissance avec des spécimens du racket
béni par les pouvoirs publics, les "parckingueurs" comme ils se font
appeler. A leur décharge, sans jeu de mots, aussi nombreux et
pullulants soient-ils, ces petits caïds du stationnement qui ne
connaissent du mot "garer" que "gare à vous" si vous ne payez pas,
ne sont pas les seuls échantillons du parasitisme érigé en substitut
de la valeur travail, surtout chez les jeunes, sous le protectorat
bienveillant des autorités. Lors d'une escapade souhaitée hors des
tours d'ivoire, leurs locataires pour un bail décisionnel,
communément appelé " mandat " (honni soit qui mal y pense)
vérifieraient de visu que ce qui est proclamé officiellement, haut
et fort, sur tous les toits et tous les tons depuis le début de la
saison estivale, à savoir que l'accès aux plages est gratuit, est
faux, archi-faux. Comme c'est l'Etat qui est coupable, pardon
responsable, on ne dit pas que c'est un mensonge, loin de là, mais
c'est seulement le contraire de la vérité. D'ailleurs, l'accès est
bel et bien gratuit, mais il faut juste payer le parking (200 DA à
Tipasa, 50 DA à pied, même pour les petits vendeurs de thé) ou
débourser 600 DA à Zéralda pour le parasol avec table et chaises.
Bien entendu, si vous avez votre parasol, personne ne vous interdit
de l'installer un peu plus haut que l'espace " réservé ", mais
contre 100 DA au profit du plagiste loueur de parasol, parce que
l'endroit est… nettoyé ! On ne va quand même pas vous ennuyer avec
une citation exhaustive et complète de tous ces porteurs de
mentalité parasitaire (on vous a épargné les trabendistes, mais ce
n'est pas plus reluisant), qui ont profité, pour proliférer à une
inquiétante allure, de la mansuétude d'un Etat soumis à une crise
d'une ampleur telle qu'elle lui a fait perdre de vue ce danger réel
qu'est l'ancrage d'une culture d'assisté et d'une mentalité du
moindre effort chez la jeune génération. Comme l'avancée du désert,
la raréfaction de l'eau et, à terme, celle du pétrole, la
germination d'abord, l'éclosion ensuite en attendant le plein et
sinistre épanouissement du parasitisme comme mode de vie "
professionnel " et son corollaire, la perte de la valeur travail, ne
bénéficient pas de l'attention méritée de la part des pouvoirs
publics et de l'ensemble des partis politiques. Et pourtant, c'est
plus qu'un risque pour l'avenir, c'est un danger social et
économique. Mais rouspéter, maugréer et alerter sur ce danger ne
répond ni ne correspond à aucun dividende politicien. Alors, sans
espoir ni illusion, ne nous privons quand même pas du plaisir et du
devoir de maugréer. Loin de la tour d'ivoire, il y a péril en la
demeure.
Par Nadjib Stambouli
e-mail :contact@lesdebats.com
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