Semaine du 5 au 11 Août 2009

 

  Jalons

Maugréons…sur un péril

 

 
 
 Chronique  

Accueil

Maugréons…sur un péril

Salvateur, plus que salvateur serait le geste qui sortirait une bonne partie de nos responsables du doux cocon de la tour d'ivoire dans laquelle ils se sont enfermés de leur propre chef. Juste une petite virée hors de cette citadelle opaque et hermétique aux flux et reflux d'informations réelles, non tamisées par des staffs zélés ni vernies par et pour les besoins de la cause propagandiste, leur ferait voir et percevoir les pulsations d'une Algérie qui continue vaille que vaille à vibrer et à bouillonner loin de l'amnésie dans laquelle ils l'ont embastillée, de leur propre chef également. Ils apprendraient ce qu'ils ne savent pas et qu'ils devraient pourtant savoir, comme le prix du citron, métamorphosé en perle rare au pays des agrumes, qui est à 250 DA, soit un échauffement de trois semaines avant de tripler avec l'arrivée de Ramadhan. S'ils se hasardent un jour, un jour seulement, loin de leur résidence très surveillée et s'ils condescendent à descendre de leur limousine, ces responsables centraux mais aussi locaux (eh oui, la parade n'est pas un monopole du haut lieu), palperaient l'odeur âcre des bouchons qui ne finissent pas et feraient connaissance avec des spécimens du racket béni par les pouvoirs publics, les "parckingueurs" comme ils se font appeler. A leur décharge, sans jeu de mots, aussi nombreux et pullulants soient-ils, ces petits caïds du stationnement qui ne connaissent du mot "garer" que "gare à vous" si vous ne payez pas, ne sont pas les seuls échantillons du parasitisme érigé en substitut de la valeur travail, surtout chez les jeunes, sous le protectorat bienveillant des autorités. Lors d'une escapade souhaitée hors des tours d'ivoire, leurs locataires pour un bail décisionnel, communément appelé " mandat " (honni soit qui mal y pense) vérifieraient de visu que ce qui est proclamé officiellement, haut et fort, sur tous les toits et tous les tons depuis le début de la saison estivale, à savoir que l'accès aux plages est gratuit, est faux, archi-faux. Comme c'est l'Etat qui est coupable, pardon responsable, on ne dit pas que c'est un mensonge, loin de là, mais c'est seulement le contraire de la vérité. D'ailleurs, l'accès est bel et bien gratuit, mais il faut juste payer le parking (200 DA à Tipasa, 50 DA à pied, même pour les petits vendeurs de thé) ou débourser 600 DA à Zéralda pour le parasol avec table et chaises. Bien entendu, si vous avez votre parasol, personne ne vous interdit de l'installer un peu plus haut que l'espace " réservé ", mais contre 100 DA au profit du plagiste loueur de parasol, parce que l'endroit est… nettoyé ! On ne va quand même pas vous ennuyer avec une citation exhaustive et complète de tous ces porteurs de mentalité parasitaire (on vous a épargné les trabendistes, mais ce n'est pas plus reluisant), qui ont profité, pour proliférer à une inquiétante allure, de la mansuétude d'un Etat soumis à une crise d'une ampleur telle qu'elle lui a fait perdre de vue ce danger réel qu'est l'ancrage d'une culture d'assisté et d'une mentalité du moindre effort chez la jeune génération. Comme l'avancée du désert, la raréfaction de l'eau et, à terme, celle du pétrole, la germination d'abord, l'éclosion ensuite en attendant le plein et sinistre épanouissement du parasitisme comme mode de vie " professionnel " et son corollaire, la perte de la valeur travail, ne bénéficient pas de l'attention méritée de la part des pouvoirs publics et de l'ensemble des partis politiques. Et pourtant, c'est plus qu'un risque pour l'avenir, c'est un danger social et économique. Mais rouspéter, maugréer et alerter sur ce danger ne répond ni ne correspond à aucun dividende politicien. Alors, sans espoir ni illusion, ne nous privons quand même pas du plaisir et du devoir de maugréer. Loin de la tour d'ivoire, il y a péril en la demeure.

Par Nadjib Stambouli

 

 e-mail :contact@lesdebats.com

 

Copyright © 2001-2002 - MAHMOUDI INFO Sarl - Tous droits réservés.

Conception M.Merkouche