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Quarante coups de fouets pour port du pantalon
Louban coince la pudibonderie soudanaise
Pour avoir porté un pantalon, Louban Ahmed Al Hussein,
journaliste soudanaise, est passible de 40 coups de fouet. Sa tenue
a été jugée «indécente». Même si elle risque d’être condamnée à
l’issue de son procès, le fait d’accepter la sentence sonne comme
une gifle aux oreilles d’un régime qui s’est fait gardien de la
morale au nom de principes dits islamiques, complètement éculés.
Même devant ses juges, Loubna a porté ce pantalon «immoral»
objet de tous ses tourments. Elle a demandé que la procédure se
poursuive normalement, alors que des journalistes, des représentants
de la société civile et des responsables politiques étaient présents
dans la salle d’audience pour la soutenir. Dans le même temps,
d’autres journalistes se faisaient bastonner par la police devant le
palais de justice.
Louban Ahmed Al Hussein, qui collabore à la Mission des
Nations unies au Soudan (Unmis), aurait même pu bénéficier d’une
immunité accordée aux membres des instances internationales en vertu
d’accords signés entre ces organisations et le gouvernement
soudanais. Louban a annoncé devant les juges qu’elle était prête à
démissionner de sa fonction si cela ne permettait pas la poursuite
normale de l’action judiciaire.
Sacrée Loubna, elle satisfait ainsi à la demande du
procureur qui a rejeté tout bénéfice de cette immunité au risque
justement de mener ce procès moyenâgeux à son terme.
Indécence
Loubna Ahmed al Hussein porte un voile et une tunique qui
couvre amplement son corps, et se conforme ainsi au mode
vestimentaire de la société. Son seul tort a été de porter un
pantalon que beaucoup de femmes soudanaises portent également.
Elle avait été arrêtée le 3 juillet dernier avec 12 autres
femmes lors d’une soirée dans un restaurant de Khartoum. La police
avait fait irruption dans l’établissement et avait ordonné à 13
femmes trouvée dans cette tenue «indécente» de les suivre au poste.
Dix de ces femmes avaient été convoquées par la police deux jours
plus tard pour recevoir chacune dix coups de fouet, et ont été
libérées, selon ce qu’a déclaré Loubna. Les trois autres femmes
arrêtées ce soir-là, dont Loubna, encourent l’application stricte de
l’article relatif à l’atteinte aux bonne mœurs, c’est-à-dire 40
coups de fouet et l’équivalent de 100 dollars d’amende. Le plus
étrange dans cette affaire : le fait que les dix femmes libérées par
la police sont des «sudistes», des chrétiennes sur qui ne s’applique
pas ce qui est apparenté à une interprétation très restrictive de la
chari’a dans la loi positive soudanaise.
Ce qui a bloqué la procédure visant Loubna, c’est bien
l’immunité, mais qui finalement ne peut plus être invoquée pour
punir «la coupbale». Manque de bol pour les tenants du rigorisme
vestimentaire soudanais, cette fois, ils sont tombés sur un os.
Loubna n’a pas l’intention de se laisser faire et elle tient à
médiatiser l’affaire. Elle est devenue un symbole pour nombre de
femmes dans un pays qui renvoie par certaines dispositions de ses
lois aux pratiques obscurantistes.
En même temps, la société soudanaise voit les femmes
militer dans les partis politiques, jouer les premiers rôles dans la
société civile et exprimer de manière audacieuses leurs opinions.
Loubna fait partie de ces femmes actives. Sa chronique dans
le quotidien de gauche As Sahafa, intitulée «Paroles d’hommes» (kalam
ridjal) n’est tendre ni avec les idées rétrogrades ni avec le
pouvoir politique. Une de ses dernières attaques, un pamphlet qui
dénonçait la propagande du régime soudanais, véhiculée par les
médias publics, et qui tendait à faire croire à un grand projet de
production d’éthanol à partir de canne à sucre relevait du miracle.
Intimidation ?
Mais sommes-nous en train de parler chiffons ? En insistant
pour faire appliquer la loi, Loubna a effectivement mis ses juges
devant leurs responsabilités, d’autant qui si les autorités avaient
parié sur la propension de la journaliste à se cacher derrière son
immunité, ils en ont été pour leurs frais.
On en vient à se demander si l’accusée Loubna ayant deviné
cette volonté de l’intimider a voulu mettre le système devant ses
incohérences. Sa collègue Amel Habbani ne fait pas dans la dentelle.
Pour elle, l’arrestation n’est «pas une question de mode, mais une
tactique politique pour intimider et terroriser les opposants». Elle
en sera quitte pour un procès en diffamation sur plainte de la
police.
Le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, a
réagi à ce procès en indiquant que «l’usage du fouet est contraire
aux normes internationales». Question donc : Loubna mérite-t-elle la
prison ou une amende pour avoir porté un pantalon qui n’a rien de
l’attirail de la parfaite exhibitionniste ? Au-delà de dénoncer le
mode de sanction anachronique dans une république, Loubna veut aussi
dénoncer la discrimination que subissent les femmes au Soudan.
Le régime politique au Soudan à la tête duquel se trouve le
président Omar el-Béchir depuis le coup d’État militaire du 30 juin
1989 a fait de l’application de la chari’a le fondement des lois,
même si le pays majoritairement musulman est également peuplé de
chrétiens et d’animistes dans le sud.
La Soudan est aussi le pays de Hassan Tourabi. Cette
ancienne éminence grise du président Omar el Béchir avait été
soupçonné de soutenir les pires mouvements intégristes dans le monde
et des groupes terroristes. Considéré comme un proche de Ben Laden à
une époque où il n’était pas recherché par les américains, il a
depuis 2006 notamment pris à contre- courant toutes les idées reçues
pour un islamiste de son genre. Il faut dire que Tourabi est entré
en dissidence contre Béchir et a même tenté de le renverser.
A propos d’accoutrement, lors d’une conférence organisée
par le mouvement de Tourabi, al Ouma à Khartoum, l’ancien conseiller
du président soudanais avait rappelé la question du hidjab. Pour ce
penseur qui refuse que ses avis soient interprétés comme des fetwas,
il avait indiqué que le hidjab est un élément vestimentaire destiné
à cacher la poitrine, se référent en la matière au verset du Coran
qui évoque le voile, le khimar. «Le hidjab signifie le rideau qui
dissimule et il a été imposé aux femmes du Prophète afin que les
nombreux visiteurs ne les voient pas», avait-il dit.
Il a aussi critiqué l’obligation pour une femme d’avoir un
tuteur pour contracter un mariage et a même rejeté la règle qui
stipule que deux témoignages de femmes égalent un témoignage
d’homme. «La femme doit être l’égale de l’homme», avait-il asséné.
Egale de l’homme, elle peut bien s’habiller comme lui, alors !
Par Amine Esseghir
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Il a publié un sondage sur la popularité
du roi Mohamed VI
L’hebdomadaire TelQuel saisi
L’hebdomadaire indépendant «TelQuel» connu pour sa ligne
éditoriale très critique a été saisi samedi dernier suite à la
publication d’un sondage consacré à la popularité du roi Mohamed VI.
TelQuel a pris le risque lorsque l’on sait que la monarchie
ne tolère aucune critique à l’égard du roi. Pour l’hebdomadaire, le
dixième anniversaire de l’arrivée au pouvoir de Mohamed VI est une
opportunité à saisir pour établir un bilan. Pour ce faire, TelQuel
commande un sondage à l’échelle nationale pour savoir ce que pensent
les Marocains de leur roi. C’est inédit, une première. C’est
vraisemblablement tester la raction du pouvoir et par conséquent
donner à voir la véritable situation de la liberté de la presse au
Maroc tant il est évident que les responsable de TelQuel savaient à
quoi ils s’exposaient. Cependant, il se pourrait que le fait que le
sondage en question soit exceptionnellement favorable à Mohamed VI,
s’est offert pour eux comme un filet de secours, sachant si l’on
prend en considération que les mœurs politico-médiatiques du royaume
n’autorisent aucun dépassement de la ligne rouge et le roi justement
est présenté en tant que personne sacrée. Le journal français Le
Monde qui rapporte l’information note que le ministre marocain de
l’Intérieur, Chakib Benmoussa, a fait saisir le dernier numéro de
TelQuel et sa version arabophone à l’imprimerie et les a fait
détruire. C’est le porte-parole du gouvernement, le ministre de la
Communication, Khalid Naciri, qui s’est chargé de fournir le motif
de la saisie des deux hebdomadaires. «La monarchie ne peut-être mise
en équation même par la voie d’un sondage.»
Le sondage est dans sa globalité favorable et le seul point
noir mentionné par les Marocains a trait au fléau de la pauvreté et
à l’incapacité du pouvoir d’éradiquer cette véritable plaie du
Maroc. Il est à rappeler que la presse indépendante a fait état
récemment de la fortune de Mohamed VI. Son bilan est loin de
répondre aux attentes des Marocains.
Par Aziz Temame
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