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Semaine du 5 au 11 Août 2009

 

Loi de finances complémentaire 2009

Des mesures pour prévenir la crise

Non rétroactivité des mesures sur les sociétés d’importation

Le décret d’Ouyahia annulé

Réduction des importations

Des mesures en attendant une véritable politique économique

Réduire les importations à tout prix

Le gouvernement passe à l’action

Loi de finances complémentaire 2009

Ce qu’il faut savoir

Accord d’association Algérie/Union européenne

Le temps des révisions

Les voies incertaines des services publics algériens

Le socle prégnant de la bonne gouvernance

 

 

 

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Loi de finances complémentaire 2009

Des mesures pour prévenir la crise

Emplie de mesures visiblement impopulaires, la loi de finances complémentaire renseigne sur l’intention du gouvernement de ne pas se faire surprendre par les retombées de la crise mondiale. Le texte porte aussi la forte empreinte de la Banque d’Algérie qui fait ainsi son grand retour en matière de régulation et de décision.

Après la controverse sur le fait de savoir si la crise touchera ou non l’Algérie, nous voilà enfin revenus au réalisme à travers une loi de finances complémentaire inscrite dans la pure logique des vaches maigres. Comme son nom l’indique, elle se veut une loi corrective de celle promulguée au début de l’année, donnant ainsi une nouvelle orientation à la politique économique du gouvernement. Certes, le fait aurait gagné à passer par un débat public au Parlement, compte tenu des conséquences de certaines dispositions de la LFC, mais la Constitution algérienne est ainsi faite qu’elle autorise le président de la république à légiférer par ordonnance dans l’intersession parlementaire. La pratique a, elle aussi, fait en sorte que chaque année, au moins depuis 2001, le pays se dote d’une loi de finances complémentaire, dont on commence à parler dès la fin du premier trimestre de chaque année.

C’est ainsi que les choses sont faites et rien n’indique qu’il y aurait une quelconque alternative à court ou moyen terme.

Pour reste dans ce qui nous accapare, il ne faut pas perdre de vue que l’objectif de la LFC 2009 est simple et consiste à diminuer vaille que vaille la facture des importations, au vu du recul des revenus pétroliers dont dépend le pays et, là où c’est possible, de soutenir la production nationale. Ainsi, et alors que le taux de recouvrement de la fiscalité ordinaire reste en dessous des 20% par an (?), le produit de la fiscalité pétrolière, première ressource du budget de l’Etat, a subi cette année une baisse des plus inquiétantes, passant de plus de 1000 milliards de dinars au 1er trimestre 2008 à 695 milliards de dinars seulement pour la même période en cette année.

Ce défi, imposé par la crise mondiale, semble avoir poussé le gouvernement à des mesures radicales, extrêmes pour certaines, mais il est attendu que celles-ci n’aient pas une longévité supérieure à la crise elle-même, sachant que les différentes expertises tablent sur une reprise de l’économie mondiale dès 2010, alors que les dernières nouvelles de la principale économie du monde, les Etats-Unis, et notamment depuis les récents accords commerciaux avec la Chine, laissent prévoir une accélération de cette reprise.

Entretemps, le gouvernement prend les devants, malgré ses assurances que a crise ne touchera le pays que de manière légère, sinon pas du tout. C’est sans doute pour avoir trop insisté sur cela qu’aujourd’hui les mesures prises, aussi subites que draconiennes, semblent plutôt trahir une pensée contraire. Et c’est pour cela également qu’elles passent pour des dispositions peu consensuelles, voire improvisées. En réalité, le gouvernement semble s’être passé de toute manœuvre politique et a choisi d’agir directement sans préparer l’opinion, ni les catégories concernées par les changements brusques qu’impose aujourd’hui sa nouvelle politique.

Ce n’est peut-être pas une bonne chose, dans le contexte actuel, que des responsables au plus haut niveau interviennent, tour à tour, pour soutenir que «les capacités de financement du Trésor public sont bonnes», que «les performances financières de l’Algérie ont été historiques en 2008», ou encore que le pays est «un des rares pays émergents à «faible vulnérabilité externe». Cela fausse de beaucoup la lisibilité d’une politique, dont le bien- fondé est pourtant facilement défendable, pour peu que la communication soit cohérente à ce niveau.

Aussi, la controverse actuelle sur la LFC 2009 n’a donc rien de surprenant, et on peut ajouter qu’il n’est pas trop tard pour l’Exécutif de rectifier le tir, à condition de pouvoir démontrer que les mesures qu’il a décidées sont moins coûteuses que la crise elle-même dans un proche avenir !

La vraie question

Cela étant, la priorité donnée à la réduction des importations ne doit pas occulter que le véritable débat n’est pas dans ce domaine, mais dans celui de la production nationale et, plus loin encore, dans la compétitivité de nos entreprises et dans leur capacité à l’export. Cela, surtout quand on sait que le gouvernement n’a aucune intention de revenir sur les engagements internationaux pris dans le cadre de l’Accord d’association avec l’Union européenne, de son adhésion à l’OMC et de son intégration de la Zone arabe de libre-échange. Fermer le marché domestique ne représente alors qu’une façon de gagner un temps inutile, un expédient dont la portée s’avèrera rapidement des plus limitées.

Sur ce point, il est malheureux de voir une partie du patronat continuer d’exiger la protection, au lieu d’amener les autorités à s’investir dans plus de stimulation des entreprises. Le vieux débat sur la mise à niveau et sur l’investissement national n’en devient que plus urgent, et il est temps de l’aborder sous un œil nouveau. Là, au moins, toutes les parties peuvent trouver un accord et travailler en commun ; beaucoup mieux en tout cas que dans le cadre du défunt pacte économique et social à l’impact quasi nul sur l’économie du pays.

Si, depuis l’ouverture libérale opérée dans l’économie dans les années 1990, un véritable travail avait été fait pour donner à nos entreprises publiques, privées ou mixtes, les moyens de s’imposer, on n’en serait pas à surveiller le mouvement des capitaux vers l’extérieur, mais à faciliter leur rapatriement à partir des marchés extérieurs acquis.

Mais n’est-ce pas déjà le cas avec cette nouvelle taxe sur la domiciliation bancaire, élargie  aux prestations de services au même titre que les marchandises ? N’est-ce pas également le cas avec le gel du crédit à la consommation, qui n’est, en principe, qu’un banal produit bancaire devant représenter une partie marginale du portefeuille des banques ?

Certes, cette dernière mesure vise à mieux contrôler la circulation de l’argent des importations, vu que les revenus des particuliers sont généralement absorbés par les produits importés (véhicules, mobilier, électroménager…). Mais l’on doit relever qu’avec cette décision, c’est non seulement le propriétaire des banques de l’Etat qui revient au système des injonctions, mais c’est surtout la Banque d’Algérie qui revient au premier plan en imposant une restriction de l’activité et du chiffre d’affaires de toutes les banques. A ce titre, il faudra attendre les premiers bilans des établissements bancaires pour connaître la retombée d’une telle mesure et, plus important encore, il faut se poser la question de savoir si notre système financier est capable d’absorber l’épargne qui sera ainsi dégagée des ménages, la part du revenu qu’ils ne consommeront pas et de la transformer en investissement.

S’agissant des autres mesures édictées par la LFC 2009, rappelons, cursivement, qu’elles tournent autour du soutien à l’emploi par des exonérations aux entreprises, de l’encouragement de l’investissement, de la lutte contre la fraude fiscale et le marché noir, notamment à travers l’exclusion du bénéfice d’avantages fiscaux ou douaniers et autres facilitations à l’encontre de toute partie inscrite au registre des fraudeurs, d’encouragement aux agriculteurs et aux promoteurs de projets touristiques et d’une baisse de certains droits de douane pour certaines activités productives ou de services. Les capacités du Fonds national d’investissement ont été renforcées, de même que le confortement de la notion de partenariat entre opérateurs étrangers et nationaux, ainsi qu’une batterie de mesures pour hisser les PME à un meilleur niveau de performances.

Par Nabil Benali

 

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Non rétroactivité des mesures sur les sociétés d’importation

Le décret d’Ouyahia annulé

C’est une mauvaise image que donne l’Algérie en matière de politique économique. La promulgation de la loi de finances complémentaire (LFC 2009) en a donné la parfaite illustration. L’ordonnance portant LFC 2009 a annulé dans les faits, et dans un silence complet, une des principales dispositions d’un décret exécutif adopté deux mois auparavant.

En choisissant la voie de la promulgation par ordonnance de la LFC 2009, le législateur a évité au moins un débat sur la question. Non que l’APN aurait pu constituer un sérieux rempart aux dispositions de la nouvelle loi, étant donné que la majorité est acquise en faveur de l’exécutif, mais sa présentation à l’hémicycle aurait permis au moins d’en débattre publiquement avant son adoption. Mais voilà, c’est fait. Il n’est plus question de rétroactivité d’une des deux mesures d’encadrement des investissements étrangers relative aux sociétés étrangères d’importation.

Contrairement au décret exécutif n° 09-181 du 12 mai 2009, l’ordonnance n°09-01 du 22 juillet 2008 de la loi de finances complémentaire 2009, l’exigence d’une participation algérienne minimum de 30% n’est effective qu’à partir de la date de la promulgation de la LFC 2009. Il est clairement établi que pour «les sociétés constituées à partir de la promulgation de la loi de finances complémentaire pour 2009 en vue de l’exercice des activités de commerce extérieur, la participation algérienne minimum est fixée à 30%. Les sociétés nouvelles d’importation en vue de la revente en l’état ne peuvent donc, à partir de la promulgation de la LFC, détenir qu’un maximum de 70% dans le capital ».

Même s’il n’a pas été fait mention du décret 09-181, ce dernier est, de fait, nul et non avenu. Pour rappel, le décret, dans son article 5, chapitre III, stipulait que «les sociétés commerciales visées à l’article 1er ci-dessus (exerçant les activités d’importation de matières premières, produits et marchandises destinés à la revente en l’état par les sociétés commerciales de droit algérien dont les associés ou actionnaires sont des étrangers, ndlr), déjà inscrites au registre du commerce, sont tenues de procéder, avant le 31 décembre 2009, à la modification de leur statut et de leur registre du commerce, à l’effet de les mettre en conformité avec les dispositions du présent décret».

Dans son article 7, le même décret annonce que «passé le délai fixé à l’article 5 ci-dessus, les extraits du registre du commerce détenus par les sociétés commerciales, visées à l’article 1er ci-dessus, et non conformes aux dispositions du présent décret, sont sans effet pour l’exercice des activités d’importation de matières premières, produits et marchandises destinés à la revente en l’état».

Déjà, bien avant sa promulgation, ce décret, annoncé plusieurs mois à l’avance, avait suscité bien des remous. Une controverse avait d’abord pris place, par dépêches interposées, entre le ministre des Finances et celui du Commerce. Le premier avait déclaré, en mai dernier à partir de Washington, que la mesure n’était pas rétroactive, avant d’être démenti quelques jours plus tard par son collègue du Commerce. La publication, avec plusieurs mois de retard, du décret 09-181 est venue clôturer le débat sur cette question de rétroactivité.

S’en est alors suivie un autre débat, imposé cette fois par les partenaires commerciaux de l’Algérie. Des voix au sein de l’Union européenne et des Etats-Unis d’Amérique s’étaient élevées pour dénoncer la rétroactivité de la mesure. Pour l’UE, avec qui l’Algérie est liée par un accord d’association, les griefs paraissaient plus fondés. Un cours sur le respect des engagements nous a été donné par une responsable du Commerce au sein de l’UE. Affligeant ! Pourtant, tout le monde sait qu’on ne modifie pas les règles établies sur un coup de tête. Mais le Premier ministre, Ahmed Ouyahia, l’a fait. Tant que la décision était restée au stade des intentions et des rumeurs, «l’erreur» pouvait être commise, sans risques de se déjuger. Mais une fois adoptée, le recul fait encore plus mal. Il donne franchement une impression de légèreté dans la prise de décision dans ce pays.

Par Abdelkader Djalil

 

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Réduction des importations

Des mesures en attendant une véritable politique économique

Parmi les mesures introduites par la loi de finances complémentaire pour l’année en cours (LFC 2009), plusieurs ont pour but de réduire les importations. La plus importante reste l’interdiction des crédits de consommation, sauf pour l’immobilier (art. 75) et d’autres décisions allant dans le sens du contrôle des échappées de devises. Et pour cause, la réduction de moitié de nos recettes pétrolières est une menace pour les finances du pays. Ainsi, il a été décidé (art. 13) d’imposer une nouvelle taxe, allant de 200 000 à 300 000 DA sur les véhicules de cylindrée supérieure à 2500 cc, et de 340 000 à 500 000 DA sur les camions et engins de travaux publics.

Les articles 66, 67, 68 et 69 encadrent sévèrement les opérations de change pour les importations. L’art.66 interdit le recours à la «procuration» dans les opérations d’importation. Désormais, c’est «la présence du titulaire de l’extrait du registre du commerce ou du gérant de la société importatrice» qui est exigée «pour l’accomplissement des formalités bancaires» liées à ces activités. L’art. 67 stipule que désormais «l’accomplissement de la formalité de domiciliation bancaire des opérations d’importation doit être préalable à la réalisation de celles-ci, à leur règlement financier ainsi qu’à leur dédouanement». L’article 69 fait du crédit documentaire le seul moyen de paiement des importations. Quant à l’article 68, il introduit la mesure de réciprocité pour les exportateurs étrangers. «Les procédures et formalités auxquelles sont soumis les exportateurs algériens dans les autres pays peuvent être mises en application en Algérie, à titre de réciprocité, à l’égard des exportateurs de ces pays». D’un autre côté, la loi de finances complémentaire 2009 attribue des avantages à certains volets de la production nationale en accordant des baisses, voire des suppressions de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA), pour l’achat d’équipements fabriqués localement, et pour des investissements dans le secteur du tourisme. L’article 60 introduit une importante mesure relative à la «préférence (accordée, ndlr) aux produits et services d’origine algérienne». Ainsi, «l’octroi des avantages du régime général est subordonné à l’engagement écrit du bénéficiaire à accorder la préférence aux produits et services d’origine algérienne». Seules les acquisitions «d’origine algérienne» bénéficient de la franchise de la TVA. «Toutefois, cet avantage peut être consenti lorsqu’il est dûment établi l’absence d’une production locale similaire», lit-on dans le même article. Par contre, la LFC 2009 ne prend aucune mesure pour lutter contre le secteur informel qui est très souvent pointé du doigt comme source d’une importante fuite de capitaux.      

A. D.

 

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Réduire les importations à tout prix

Le gouvernement passe à l’action

Réduire les importations à tout prix, c’est l’une des phrases clés qu’avait prononcées le Premier ministre Ahmed Ouyahia lorsqu’il a présenté son plan d’action relatif à l’application du programme du Président de la République au Parlement.

Et avec la publication  de la loi de finances complémentaire de 2009, il est clair que les pouvoirs publics sont conscients que le prix sera payé certes par les importateurs,  mais, d’une manière ou d’une autre, le citoyen alourdi déjà par la dégradation  du pouvoir d’achat et les règles imposées par les rois de la spéculation,  sera pénalisé par ces nouvelles mesures, notamment la suppression du crédit de consommation concernant l’automobile introduite dans la LFC entré en vigueur, le 26 juillet dernier. 

Le gouvernement algérien a définitivement pris la décision de mettre de l’ordre dans les  investissements étrangers même s’il a fait machine arrière sur la rétroactivité. D’autres mesures plus importantes pour l’équilibre budgétaire, sont également prises. Il s’agit des  «mesures d’assainissement et de régulation de l’activité du commerce extérieur». Il est question de préserver l’équilibre budgétaire affecté par la chute des recettes pétrolières et de limiter les importations  qui ont atteint les 40 milliards de dollars en 2008. A savoir que celles-ci n’ont pas arrêté d’augmenter pour cette année. L’Algérie a revu à la hausse le coût de ses importations pour cette année qui s’élèveront à 37,5 milliards de dollars avec des réserves de change estimées à 144 milliards de dollars fin juin dernier. Il faut dire que pour atteindre l’objectif de réduire le parc automobile, le gouvernement a procédé  à la première taxe sur les véhicules neufs introduits dans la loi des finances complémentaire de 2008 qui a pu dégrader  l’importation des véhicules de plus de 10% et a rapporté 7 milliards de dinars durant les six premiers mois  de 2009.  Une nouvelle augmentation de cette taxe vient d’être  introduite mais cette fois-ci pour les grosses cylindrées. A savoir que le gouvernement prévoit une recette de 500 millions de dinars avec cette augmentation de la taxe. 

D’autre part, l’exécutif  a  interdit aux banques d’accorder des crédits à la consommation et des crédits automobiles. Seuls les crédits immobiliers sont autorisés. Selon l’article 75 de ladite loi, «les banques ne sont autorisées à accorder des crédits aux particuliers que dans le cadre des crédits immobiliers ».

Désormais, les particuliers algériens n’auront plus le droit de formuler des demandes de crédit à la consommation et de crédits automobiles et pourtant plus de 50% de l’achat des véhicules passe par les crédits. Cette nouvelle disposition a été introduite dans l’ordonnance portant loi de finances complémentaire 2009, adoptée le 22 juillet dernier et publiée au Journal Officiel le 26 juillet dernier. Toutefois, interdire d’acheter des voitures à crédit auprès des banquiers va freiner l’expansion du parc automobile et faire flamber les prix de l’occasion. A savoir que ce marché n’est pas  totalement contrôlé par l’Etat. C’est ainsi que  le marché informel de l’automobile d’occasion sera plus libre et exercera un forcing sur les citoyens à revenus moyens.

Par ailleurs, la loi de finances complémentaire stipule que  «le paiement des importations s’effectue obligatoirement au moyen du seul crédit documentaire». A noter que cette mesure fait craindre quelques importateurs. Car, les sociétés qui importent des services ou d’autres produits devront immobiliser dans leurs banques au minimum 25% du montant de la marchandise durant la période allant de la commande à la réception de la marchandise. A souligner que cette période peut s’étaler sur plusieurs mois.

Un économiste nous expliquera que le crédit documentaire est en effet l’opération par laquelle la banque doit s’engager pour son client importateur à régler le montant de la transaction dans un délai déterminé via une banque intermédiaire.

Dans une déclaration à un site Internet, le PDG des Nouvelles conserveries algériennes (NCA), Slim Othmani dira que «cette mesure obligerait les sociétés à disposer d’une trésorerie importante pour importer les produits dont elles ont besoin pour leur fonctionnement».

En outre, la loi de finances complémentaire stipule que  «la réalisation d’opérations d’importation ne peut être effectuée au moyen de procuration». A cet effet,  le titulaire du registre du commerce et le gérant de la société sont les seuls autorisés à effectuer ces opérations. Selon la LFC «il est exigé, pour l’accomplissement des formalités bancaires afférentes à l’activité d’importation et de contrôle aux frontières de la conformité des produits importés, la présence du titulaire de l’extrait du registre du commerce ou du gérant de la société importatrice », donc, les patrons seront tenus de faire la queue devant les guichets des douanes et du ministère du Commerce pour dédouaner leurs marchandises.

Il y a lieu de souligner que dans cette LFC, la politique de protectionnisme économique est déclarée de manière officielle et les pouvoirs publics ne cachent pas son acharnement à booster la production nationale. D’ailleurs un protocole d’accord portant un partenariat industriel  entre groupements algériens, allemands et émiratis consistera en la création des sociétés mixtes.

Par Nacéra Chenafi

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Loi de finances complémentaire 2009

Ce qu’il faut savoir

La Loi de finances complémentaire pour 2009, vient d’être adoptée. Les principales mesures de cette loi sont les suivantes :

Le Trésor est autorisé à accorder des prêts aux fonctionnaires pour leur permettre l’acquisition, la construction ou l’extension d’un logement. Le bénéficiaire du prêt supportera un taux d’intérêt de 1% par an.

Les investissements étrangers ne peuvent plus se réaliser désormais qu’en partenariat de 51% de part d’action, sur le montant global du capital d’action, avec un ou plusieurs Algériens résidents.

Les activités de commerce extérieur ne peuvent être exercées par des personnes physiques ou morales étrangères, sauf dans le cadre d’un partenariat avec des Algériens résidents d’au moins à 30% du capital social.

Dorénavant, la présence du titulaire de l’extrait de registre du commerce est requise lors de la réalisation de toute opération d’importation, qu’il s’agisse des formalités bancaires ou de contrôle aux frontières de la conformité des produits importés. L’importation ne peut plus être effectuée par procuration.

Une taxe de domiciliation bancaire au tarif de 10 000 DA, pour toute demande de domiciliation, est instituée sur les opérations d’importation de biens ou services. Le tarif de la taxe lui est fixé à 3% du montant de la domiciliation pour les importations de services, à l’exception des biens d’équipements et matières premières qui ne sont pas destinés à la revente en l’état. Le paiement des importations s’effectue obligatoirement au moyen du seul crédit documentaire.

Une mesure de réciprocité est prise à l’égard des procédures et formalités auxquelles sont soumis les exportateurs algériens dans les autres pays.

L’exportation des déchets de métaux non-ferreux est interdite. L’exportation de déchets de métaux ferreux, le cuir et le liège est soumise à un cahier des charges-type préalable.

Il est institué une taxe de 5% applicable aux chargements prépayés de la téléphonie mobile. Chaque mois les opérateurs devront s’en acquitter, quel que soit le mode de rechargement.

Un fichier national des fraudeurs est institué auprès de la Direction générale des impôts. Il concerne les auteurs de délits graves, coupables d’infraction aux législations et aux réglementations fiscales, douanières, bancaires ou commerciales.

Les investissements dans les projets touristiques bénéficient d’une bonification de 3% pour les régions du Nord et de 4,50% du taux d’intérêt applicable aux prêts bancaires pour les wilayas du Sud. Le «Plan qualité tourisme» prévoit de soutenir les actions de modernisation des établissements touristiques et hôteliers à réaliser dans les wilayas du Nord et celles du Sud, par des bonus respectivement du même ordre par rapport taux d’intérêt applicable aux prêts bancaires. A titre transitoire et jusqu’au 31 décembre 2014, les acquisitions d’équipements et d’ameublements non produits localement selon les standards hôteliers, rentrant dans le cadre d’opérations de modernisation et de mise à niveau en application du «Plan qualité tourisme Algérie», bénéficient du taux réduit de droit de douane.  

Redouane B.

 

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Accord d’association Algérie/Union européenne

Le temps des révisions

La nouvelle réglementation relative à l’investissement étranger en Algérie contrevient-elle de façon évidente aux articles de l’Accord d’association ?

Assez bizarrement, cette question n’est guère soulevée dans le pays même, où l’on focalise bien plus sur la suppression du crédit à la consommation, énoncée dans la loi de Finances complémentaire, et dont on sait qu’elle concerne tous les domaines à l’exclusion de l’immobilier. On ne saurait pourtant sous-estimer l’importance de cette question car de la réponse qu’il lui sera donnée dans la suite des événements dépendra dans une large mesure la nature des relations du pays avec l’Union européenne, dans le présent comme pour les années à venir. Le lien entre la suppression du crédit à la consommation et le désaccord déjà ancien sur la façon d’appliquer les clauses de l’Accord, entré en vigueur en 2005 et censé mener à une zone de libre-échange en l’espace de sept ans, n’est en fait même pas clairement établi dans les médias algériens, qui mettent bien plus l’accent sur la crainte du gouvernement de voir s’épuiser rapidement les réserves de change, dans une conjoncture marquée à la fois par la baisse des recettes pétrolières et par la hausse incessante des dépenses au titre des importations.

Du côté des Européens, par contre, il ne fait pas de doute que les dernières mesures adoptées par le gouvernement algérien sont contraires à l’esprit comme à la lettre de l’Accord d’association, même si pour le dire ils évitent de recourir à des déclarations abruptes Leur mécontentement est évident, mais comme ils ignorent encore jusqu’où les Algériens sont susceptibles d’aller dans la remise en cause, ils préfèrent user d’un langage empreint de prudence, exprimer des inquiétudes plutôt que des certitudes ou des sentences. Parfois, on se demande même s’ils n’ajoutent pas foi aux commentaires d’une bonne partie des journaux algériens, qui n’ont pas l’air de croire pour leur part que la nouvelle réglementation en matière d’investissement étranger réponde à une quelconque logique de la part du gouvernement.

A la suite de l’annonce des nouvelles mesures, Catherine Ashton, la commissaire européenne au Commerce, a saisi le ministre algérien du Commerce pour demander leur annulation pure et simple, arguant de leur incompatibilité avec l’Accord d’association, notamment en les articles 32.1 (6), 37.1, et 39. Les deux premiers interdisent d’accorder des faveurs à ses propres entreprises au détriment de celles de l’autre partie, et le dernier a trait à la libre circulation des capitaux au titre des investissements directs en Algérie, étant supposé que les capitaux algériens qui viennent à s’investir en Europe sont pour leur part assurés de ne connaître aucune espèce d’entrave.

On ignore quelle a été la réponse du ministre algérien, El-Hachemi Djaâboub, et si même il a répondu, mais le fait est qu’au nom de son gouvernement, il est tout aussi fondé que la commissaire européenne pour pointer les manquements européens à la lettre comme à l’esprit de ces trois articles. Avant en effet que l’Algérie n’en vienne à prendre des mesures limitant la part des étrangers dans les investissements, elle a fait bien des concessions à ses partenaires européens sans bénéficier de la réciprocité à laquelle elle aspirait et qui la motivait. On peut même se demander si l’accord tout en entier la liant à l’Union européenne n’est pas, en quelque sorte dans son principe même, fondé sur des non-dits, ou ce qui jusqu’à un certain point revient au même, sur des espoirs ou des attentes qui se révèlent maintenant bien plus difficiles à concrétiser qu’il n’y semblait d’abord.

Les vaines tentatives de Sonatrach

Avant même qu’un nouveau code pétrolier ne voie le jour, en 2005, Sonatrach avait passé des contrats avec des compagnies espagnoles, Repsol et Gas Natural, dans le cadre du projet Gassi-Touil, qui faisait la part belle à ses partenaires, en ce sens qu’elles totalisaient la majorité des parts, ce qui était en contradiction avec la législation en vigueur. En vain, puisque l’autorité espagnole en matière d’énergie allait s’inscrire en faux contre sa visée du moment : augmenter sa participation dans le gazoduc en construction, Medgaz, ce qui lui aurait permis d’augmenter à terme sa part du marché gazier espagnol. On se souvient quelle a été la réponse des autorités algériennes à ce qu’elles considéraient comme un retournement brutal : la résiliation pure et simple du contrat Gassi-Touil par Sonatrach, qui s’est engagée à le réaliser par ses seuls moyens.

D’une façon plus générale, c’est bien parce qu’elle a buté sur des obstacles qu’elle avait eu tendance auparavant à sous-estimer que l’Algérie s’est finalement résolue à faire réviser la toute nouvelle loi sur les hydrocarbures, ce qui a été vite interprété par les Européens comme un coup d’arrêt à la libéralisation de son marché pétrolier, sous l’effet, en quelque sorte, de son vieux démon étatiste. Celui-ci ne l’empêchera pas cependant de sacrifier quelque temps plus tard la sacro-sainte clause de destination, qui interdit à un client de Sonatrach de rien revendre de la quantité de gaz à lui livrée, car l’Europe lui a permis de prendre pied dans deux terminaux de regazéification (en France et en Espagne.)

Ce que l’Algérie voulait depuis le début en réalité, c’est intervenir dans ce qu’on appelle en termes pudiques l’aval pétrolier ; en clair : faire en sorte que Sonatrach ait accès au consommateur final en Europe. De son point de vue, créer une zone de libre-échange avec l’Europe n’a vraiment d’intérêt que si Sonatrach n’est pas confinée dans son rôle de fournisseur d’énergie, que si elle est autorisée à pénétrer le marché européen de l’énergie, exactement comme les compagnies européennes, pétrolières ou non, ont la possibilité d’investir directement en Algérie, d’avoir affaire directement au consommateur algérien.

Or, au bout de quatre années de mise en œuvre de l’accord d’Association, force lui est de constater qu’elle est encore loin d’avoir réalisé cet objectif. A chaque pas qu’elle fait en ce sens, ce sont d’autres obstacles que la Commission européenne, occupée pour le moment à élaborer une politique énergétique commune, se plait à lui susciter. Le dernier en date a pris la forme de la recommandation de séparer les deux activités, à savoir la production et la distribution du gaz, sous prétexte d’empêcher que se constituent à l’avenir de nouveaux monopoles, alors que, argue-t-elle, l’Europe s’applique en ce moment même à démonter ceux qui existent déjà chez elle.

L’argument est spécieux, car Sonatrach, bien qu’elle cumule les deux fonctions de production et de distribution, n’est absolument pas en situation de devenir à terme un monopole énergétique dans les limites de l’Union européenne. Dans son propre pays du reste, elle ne jouit pas des privilèges de monopole, puisqu’il n’existe pas de segment du marché des hydrocarbures qui soit sa chasse gardée. C’est une chose en effet de bénéficier de la majorité des parts dans chaque contrat passé avec une compagnie étrangère, c’en est une autre de les détenir toutes.

On parle d’une évaluation de l’Accord d’association qui se tiendra l’année prochaine. On peut donc penser que les nouvelles mesures en matière d’investissement étranger, qui ont fort mécontenté les Européens, n’ont d’autre but que de renforcer les Algériens dans les négociations à venir. Certains des Européens reconnaissent d’ailleurs volontiers que, tel qu’il est appliqué, ou tel qu’il est formulé, l’Accord n’apporte pas grand-chose aux Algériens. Ils seraient donc d’avis pour une renégociation de certains de ses termes.

On peut douter cependant que les mieux disposés d’entre les Européens à l’égard d’une révision corrigeant les inégalités apparues dans l’application de l’Accord soient par là même tout à fait disposés à concéder aux Algériens ce que désormais ils réclament ouvertement : une vraie libéralisation du marché européen de l’énergie.

Par Mohamed Habili

 

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Les voies incertaines des services publics algériens

Le socle prégnant de la bonne gouvernance

Par-delà le contrat social qui, politiquement, est censé lier gouvernants et gouvernés par l'intermédiaires d'institutions élues ou administratives, les rapports des citoyens à leur administration sont surtout visibles et évaluables dans la manière avec laquelle sont réalisées les prestations de service public en direction des individus, des ménages et de la collectivité.

Depuis le recul de l’ «excès d’idéologie» de la dernière décennie, la relation administration-administrés tend à se focaliser sur les «choses concrètes» dont dépend en fait la vie quotidienne des citoyens.

Le moins averti des observateurs de la scène nationale aura noté la dichotomie de plus en plus visible entre l’Algérie qui veut avancer et se mettre au diapason des grandes nations – ce que son histoire et ses potentialités ne lui contestent nullement – et l’Algérie des archaïsmes, de la bureaucratie et de la rente que les errements et les compromissions populistes voudraient renvoyer vers un passé révolu.

La stabilité macroéconomique (endiguement de l’inflation, redressement de la balance des payements, réduction importante de l’encours de la dette, croissance positive du PIB, baisse du chômage) jointe à la volonté affichée par le  président de la République de mettre en œuvre des réformes susceptibles de pérenniser et de renforcer la tendance à l’amélioration de l’appareil économique, susceptibles également de réhabiliter l’État, l’administration, la justice et l’école, tous ces éléments, disons-nous, ont insufflé un espoir légitime aux Algériens de se réconcilier un jour avec le travail, les institutions de l’État et leurs concitoyens.

C’est alors avec une amertume et une déception à peine contenues que les Algériens découvrent que les appareils politiques et les structures censés asseoir la bonne gouvernance ne sont pas encore pénétrés de cette nouvelle culture qui consiste à travailler d’abord pour l’intérêt général et à dépasser les divergences formelles du moment.

En tout cas, le contraste est suffisamment prononcé entre les horizons et opportunités économiques qui s’offrent à l’Algérie et les pratiques en vigueur au niveau des structures, services et institutions censées servir le citoyen et l’affranchir des lourdeurs inhérentes à l’ancien système de gestion.

Contestation du désordre établi

La caricature qui montre un agent d’administration en train de convaincre un citoyen venu régler un problème de patienter jusqu’après les élections n’a, en fait, rien de caricatural. Il aurait pu lui fixer l’échéance d’après Ramadan ou de la semaine qui suit l’aïd pour bouter hors du bureau des ronds-de-cuir les indésirables demandeurs d’audience ou de simples personnes cherchant à se faire établir une banale attestation. 

C’étaient là des comportements qui étaient, pendant des années, presque acceptés, voire intériorisés par la population en raison d’abord du climat politique autoritariste sous le parti unique, puis pour des raisons sécuritaires lors de la «décennie rouge». Cependant, depuis quelques années, les dérives de l’administration, les défaillances des compagnies de distribution d’eau et d’électricité, les retard des services de nettoyage, l’anarchie dans les hôpitaux, l’insouciance des Ponts et chaussées, bref, tous les travers propres aux structures et services censés travailler à la satisfaction des besoins primordiaux des populations financés sur le budget de l’État sont de moins en moins tolérés. Mieux, des protestations parfois violentes ont accompagné, depuis le début de la saison estivale, les coupures de courant électrique, que cela provienne d’une panne accidentelle, d’une insuffisance avérée d’énergie ou d’un délestage planifié. Il en est de même pour les coupures prolongées d’eau potable en pleine canicule. La RN 26 a été coupée à la circulation pendant plusieurs heures au début du mois dernier par des villageois furieux de ne pas recevoir l’eau dans les robinets à quelques brassées du grand barrage de Tichi-Haf, en face de la ville d’Akbou.

Qui pouvait imaginer qu’un réaménagement d’un plan de circulation en ville, comme celui mis en œuvre en avril dernier à Mostaganem, puisse déclencher de graves émeutes. Les «meneurs», une vingtaine de jeunes, ont été présentés à la justice la semaine passée et le nouveau plan de circulation continue à faire grincer bien des dents.

Les revendications des populations dans certaines régions du pays constituent de véritables plateformes de propositions d’amélioration des services publics tels qu’ils sont perçus par les citoyens. El Tarf, Ssikh Oumadour, Tamda, Aflou, Ouargla… sont les quelques exemples qui ne peuvent pas épuiser la liste des villes et bourgades qui réclament un nouveau mode de gouvernance bâti sur la justice, la qualité performante et diligente des prestations de l’administration et  des autres structures relevant des services publics.

Les «sévices» des services publics

Les désagréments et les souffrances que subissent dans leur vie quotidienne les citoyens du fait des négligences, laisser-aller et autres travers liés à l’incompétence ou à la défaillance des gestionnaires des services publics sont difficiles à sérier tant ils sont nombreux et variés. Les coupures d’électricité sont devenues monnaie courante. En hiver comme en été, ce ne sont pas les explications qui font défaut : délestages suite à de supposées surconsommations, mauvais temps qui endommage les câbles… etc. Sachant que cette précieuse énergie conditionne la marche du matériel informatique dont sont dotés tous les services, une panne électrique non réparée dans l’immédiat suppose la paralysie de larges secteurs de la vie publique, sans parler des dommages que peuvent subir les appareils électroménagers, les médicaments sensibles et les vaccins. Les systèmes de communication et d’informations se sont largement modernisés particulièrement par l’introduction du moyen de transmission par Internet. La déconnexion des services de la Toile provoque incontestablement des retards, des manques à gagner, voire parfois des pertes fatales pour les entreprises et les particuliers qui ont adapté définitivement leur gestion à ce mode de communication qui s’est popularisé à travers le monde entier.Lors des quatre derniers hivers rigoureux que nous avons passés dans la neige et le froid glacial, la distribution du gaz butane a été vécue comme un calvaire qui a pénalisé lourdement les foyers de la montagne non encore branchés au réseau de gaz de ville. Les attroupements de bambins poussant et roulant par terre la bouteille de gaz butane ou poussant laborieusement une brouette chargée de deux bonbonnes vides devant les stations Naftal ou devant le camion desservant le hameau sont des spectacles édifiants du sous-développement de nos services publics en ce début du 21e siècle.

Dans les grandes villes comme Alger et Oran, l’indisponibilité de certains produits alimentaires, particulièrement le pain, juste après les fêtes de l’Aïd, est entrée dans les mœurs. Les boulangers libèrent les ouvriers qui sont pour la plupart originaires de l’arrière-pays. Cela peut durer une semaine à dix jours. Cependant, outre l’inconscience du commerçant qui ne suit même pas les recommandations de son Union professionnelle à l’exemple de l’UGCA, l’administration chargée du suivi du service public est portée aux abonnés absents.

La gravité des carences des services publics est, sans conteste, celle qui affecte les services de la santé publique. Hormis les urgences qui accueillent les cas très graves de malades ou d’accidentés –  même ces patients doivent se résigner à la patience devant des cas présentés comme étant «prioritaires» – les autres consultations sont renvoyées sine die. Les citoyens s’interrogent sur l’absence de médecins de garde du secteur privé. Pourquoi l’administration, à travers les directions de la santé des wilayas, n’a pas réfléchi à astreindre ce corps de métier à des gardes pendant les week-ends et les jours fériés au même titre que les pharmaciens ? La responsabilité des sections ordinales des médecins en la matière demeure également entière. La notion de service public est gravement occultée dans tous les débats hormis dans les articles de proximité publiés régulièrement dans les journaux qui font état de graves déficiences de certains services dans les villages et bourgades de l’Algérie profonde.

Dilution des responsabilités

Même en période électorale, le sujet ne paraît pas emballer outre mesure les candidats à la députation obnubilés qu’ils sont par des sujets plus généraux qui ne les engagent pratiquement en rien. Or, la conception de l’État à travers l’administration publique et à travers aussi les mandats confiés aux élus ne peut être ni cohérente ni complète si la relation administration-administrés et gouvernants-gouvernés ne se fonde pas sur une qualité des services publics qui soit à la mesure de l’argent que le contribuable y met.

L’on peut se faire déjà une idée assez nette de l’esprit de responsabilité et du sens du service public lorsqu’on sait qu’à l’administration de la wilaya, seul le service «permis d’inhumer» fonctionne pendant les week-ends. Le citoyen et le client qui payent leurs impôts (à la source ou ex -post) sont en droit de recevoir l’eau dans leur robinet lorsque le château qui sert leur quartier ou leur village est ouvert. Il se trouve que 40% du volume d’eau lâché dans les conduites (moyenne nationale) se perd dans les fuites. Certaines de ces fuites sont localisées dans les centres-villes, parfois à proximité des antennes de l’ADE (l’Algérienne des Eaux). Et que dire des petits bambins de l’école primaire dont le dos se trouve arqué faute de tables démunies de dossiers ? Pire, certaines tables ont perdu leurs planches et les écoliers posent leurs fesses directement sur les tubes en fer. Dans de telles situations, nous avons assisté à des scènes où la mairie et la direction de l’Éducation se renvoient la balle, et le grand perdant c’est toujours l’écolier qui subit aussi parfois les rigueurs du froid, lorsque le chauffage n’est pas assuré en classe, et les désagréments d’une nourriture sur le pouce lorsque le domicile familial se trouve loin de l’établissement et que ce dernier n’est pas doté d’une cantine scolaire. Les approvisionnements des cantines est un autre chapitre où viennent se heurter la cupidité immonde de certains fournisseurs sans scrupule, les intérêts opaques et délictueux des agents chargés des contrats de fourniture et…la santé des écoliers qui semble être le dernier des soucis de tout ce beau monde. En matière d’environnement et de salubrité publique, les villes et villages d’Algérie sont écrasés par le poids des saletés et des décharges sauvages qui élisent domicile parfois à proximité des hôpitaux. Et pourtant, ce ne sont ni l’argent ni les moyens matériels qui font défaut.

Réhabiliter les notions d’usager et de prestation

Il s’agit essentiellement d’une dilution des responsabilités. Ce déficit de coordination entre les communes et les daïras pour créer des décharges intercommunales, et surtout ce manque d’imagination de certains élus ou fonctionnaires habitués à des solutions de facilité par l’ancien mode de gestion assuré par l’État-providence créent une situation de responsabilités diluées. Un flou artistique qui ne profite à personne, sinon à quelques «affairistes» intermédiaires des prestations de services. Quant au volet de la vie quotidienne, on peut citer l’exemple de la plus banale des opérations (nécessité d’ouvrir une piste, établissement d’un permis de construire, raccordement au réseau de téléphone fixe ou au réseau de gaz de ville…), où les services publics sont loin des aspirations des populations et à mille lieues des normes internationales en la matière. «Le monde du service public n’est plus un monde à part, coupé des contingences de la vie civile et étranger aux exigences de la vie économique. Bien au contraire, l’impératif économique et son corollaire, l’appréciation des coûts des actions engagées, sont au cœur des réflexions contemporaines sur le service public», note le spécialiste en droit administratif Michel Lévy. Le service public est, par définition, «une activité d’intérêt général pour laquelle des prérogatives de puissance publique sont mises en œuvre, laquelle prérogative est exercée sous le contrôle de l’administration. L’usager est le bénéficiaire des prestations de service. Il est placé dans une situation légale et réglementaire et bénéficie des droits opposables à l’administration et du droit au fonctionnement du service. Les services industriels et commerciaux combinent des éléments du droit privé, en raison du caractère commercial de l’activité, et des règles du droit public justifiées par l’idée du service public», ajoute-t-il.

Les principes universels du service public peuvent être résumés dans les notions suivantes : la continuité du service, car la satisfaction d’un besoin collectif impose que l’activité fonctionne de manière ininterrompue. L’adaptation du service à l’évolution des besoins d’intérêt général. L’égalité des administrés devant le service public. Et, enfin, la neutralité qui garantit l’universalité du service et la prééminence de l’intérêt général sut tout intérêt particulier. Il prohibe toute action de corruption, de concussion ou de trafic d’influence.

Les modes de gestion des services publics les plus usités sont : la régie (transports communaux et scolaires, par exemple), de moins en moins en moins tolérée par les pouvoirs publics, la concession (à l’exemple des marchés hebdomadaires, marchés de bestiaux, marchés de voitures, gestion de certaines aires de stationnement, gares routières) et les établissements publics (ADE, OPGI, Sonelgaz,…). La combinaison public-privé par le moyen d’organismes intermédiaires répond souvent au souci d’une plus grande souplesse d’action et à celui de la neutralité, comme il permet aussi à la rigidité de certaines règles financières et comptables. Cette tendance lourde de gestion qui est en vigueur dans la plupart des pays développés commence à s’imposer également dans certaines économies émergentes. L’Algérie, qui a engagé des réformes sur plusieurs fronts, ne peut pas échapper à cette règle. L’État, les collectivités locales et les établissement ne peuvent pas, à eux seuls, assurer toutes les tâches et les missions inhérentes aux services publics. Le transport scolaire, les œuvres sociales universitaires, la distribution de l’eau et de l’énergie, le ramassage des ordures ménagères…relèveront de plus en plus d’organismes privés qui seront liés à l’administration par des cahiers des charges spécifiques aux actions qui leur seront confiées.

Le «baromètre» des services effectués

Certaines activités commencent déjà, dans le cadre de la libéralisation économique, à être prises en charge par des fournisseurs ou prestataires de services privés. En tant qu’impératif de l’économie moderne et en tant qu’orientation politique, cette tendance ne souffre pas d’une opposition particulière si on exclut une certaine véhémence de l’extrême gauche qui s’en prend à ce qu’elle appelle «la politique de bradage de l’économie nationale par le moyen de la privatisation des services publics». Dans ce domaine, le seul baromètre demeure les usagers de ces services qui, dans leur écrasante majorité, se montrent souvent satisfaits lorsqu’ils comparent la qualité des prestations fournies par rapport au monopôle étatique d’antan  caractérisé par une pesante bureaucratie et criante incompétence.

Néanmoins, cette nouvelle configuration des services publics n’exclut pas la possibilité d’abus, de dérapages ou de corruption. Étant soumis à la réglementation du Code des marchés publics, les contrats de fourniture, de prestation de service ou de concession peuvent faire l’objet de manipulations et autres manœuvres frauduleuses que ne peut empêcher le Code des marchés publics de juillet 2002 qui a subi des amendements en septembre 2003 et octobre 2008.

Après un sévère diagnostic de la situation de l’administration algérienne qui n’arrive pas à s’adapter aux enjeux de la gestion moderne des territoires, des communautés et des ressources humaines, la Commission des réformes des missions de l’État a  fait de précieuses propositions en matière de décentralisation, de délégation de pouvoirs, d’exercice de la puissance publique et de gestion des collectivités locales. On ne veut surtout pas céder à la fatalité de croire que, comme jadis sous la férule du parti unique, lorsqu’on veut noyer un problème on lui crée une commission. Le contexte a changé. La nécessité et l’impératif de moderniser l’administration et les autres services publics ne sont plus dictés par de simples récriminations ou pressions de citoyens outrés par le retard dans la délivrance d’un acte de naissance ou d’une fiche familiale ; ils vont bien au-delà pour embrasser la sphère économique dans ses segments les plus sensibles : investissements privés nationaux, investissements étrangers, relations entretenues par nos universités et nos entreprises avec les institutions étrangères…etc. Dans un contexte de mondialisation qui s’accélère un peu plus chaque jour, les organismes spécialisés ne pourront pas, par exemple, se permettre de mettre des mois pour délivrer des certificats phytosanitaires pour certains produits agricoles ou semences importés, des autorisations de distribution pour les médicaments…

Les réformes du secteur de la justice devraient aller aussi dans ce sens. Une coopération étrangère – financière et pédagogique – est mobilisée pour mettre à niveau les prestations judiciaires de façon à les adapter à l’économie de marché qui suppose la maîtrise de plusieurs dossiers autrefois négligés : foncier, impôts, propriété intellectuelle et industrielle, droit des affaires.

À défaut de pouvoir enfanter le changement au sein même de ses rouages et structures – le pouvait-elle après les saignées du personnel qualifié qui l’a désertée et la masse de cadres expérimentés poussés à la retraite anticipée ? – l’administration algérienne est appelée aujourd’hui à subir ex abrupto la cadence, les impératifs, les procédés et les remous du monde moderne auquel elle n’est pas préparée.

Comme on peut le deviner, les résultats ne peuvent être ni forcément cohérents ni obligatoirement porteurs d’une dynamique auto-entretenue. C’est fatidiquement le sort d’une administration .sustentée par la rente et distributrice de rente.

Le spécialiste Michel Lévy note que «le service public est aujourd’hui au centre des réflexions sur l’État moderne et la démocratie, sur l’économie dirigée et le marché, sur le citoyen et les solidarités collectives».

Les nouveaux mode de gestion des services publics, qui font intervenir d’autres acteurs et partenaires,  sont principalement justifiés par le souci d’efficacité et de productivité, vu que le citoyen est en attente légitime d’une prestation à la hauteur de ses cotisations (impôts), de ses assurances (risques matériels et corporels) et des fonds mobilisés par l’État dans le chapitre des transferts sociaux.

Par Saâd Taferka

 

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