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Le CCG résiste, l’UMA cède à l’usure du temps
Lors de leur
dernière réunion régulière les ministres des Finances des pays
membres du Conseil de coopération du Golfe (CCG) ont insisté sur la
nécessité pour leurs pays respectifs de diversifier leurs économies
pour diminuer l’intensité de leur dépendance à l’endroit de leurs
exportations d’hydrocarbures liquides et gazeux. C’est ce même
discours que tient l’Algérie depuis le milieu des années 1970, alors
même que sa dépendance n’a cessé jusqu’à présent de s’aggraver à
l’égard de ses propres exportations d’hydrocarbures. Depuis trente
ans ce discours est récurrent mais il ne produit malheureusement
aucun sursaut s’agissant de s’engager dans une politique qui irait
précisément dans le sens de cette diversification de l’économie que
les pays du Golfe appellent de leurs vœux maintenant… Les pays
arabes membres du CCG ne perdent jamais le nord lorsqu’il arrive
souvent qu’une conjoncture favorable propulse les prix des
hydrocarbures vers des sommets et lorsque l’argent ainsi récolté
dépasse les capacités d’absorption de leurs pays respectifs, les
masse excédentaires sont dirigées vers des investissements plus ou
moins risqués ou des placement moins aventureux comme celui par
exemple de l’achat de bons du Trésor américain. Cette façon de
vouloir rentabiliser l’argent dont on n’a pas l’usage immédiat
participe évidemment de cette diversification de l’économie puisque
cela permet à ces pays d’avoir d’autres revenus que ceux procurés
par la vente des hydrocarbures et le recouvrement des produits
fiscaux liés à ces ventes. Il s’agit d’intérêts fixes des placements
effectués ou de bénéfices réalisés par des investissements engagés
dans des secteurs concurrentiels de pays extérieurs. Ce qui fait que
depuis le début des années 1980 ces pays ont pris l’heureuse
habitude de financer une partie de leurs budgets par les revenus de
leurs placements extérieurs ceci leur a été particulièrement utile
durant les années de vaches maigres liées ou les prix des
hydrocarbures avaient fortement chuté ? Ce que l’Algérie n’avait pu
faire faute d’avoir suivi la même politique, ce qui l’a conduite à
demander l‘aide des Institutions internationales qui lui ont imposé
un plan d’ajustement structurel de quatre ans période durant
laquelle ces institutions ont conduit l’économie du pays. Les pays
du Golfe membres du CCG n’ont pas connu la même mésaventure, bien
plus, il est arrivé même que les revenus dus aux placements
effectués à l’extérieur dépassent le produit de la vente des
hydrocarbures et cela a été vérifié durant les années 1987 à 1991
pour le Koweït qui avait enregistré, en moyenne annuelle, des
rentrées de l’ordre 7 milliards pour la vente de ses produits
pétroliers alors qu’il recevait au cours de chacune de ces années-là
plus de 8 milliards de dollars provenant de ses placements
extérieurs principalement de ses investissements dans des
Entreprises industrielles occidentales. Durant la même période,
l’Arabie Saoudite en étant plus prudente, recevait de ses placements
extérieurs, essentiellement des bons du Trésor américain, plus de 12
milliards de dollars par an. Là nous parlons d’une période où la
totalité des investissements et placements arabes aux Etats-Unis ne
dépassait pas les quatre cents milliards de dollars. Ce chiffre est
actuellement de 1 500 milliards de dollars, dont 750 uniquement pour
l’Arabie Saoudite. Cet argent procurerait aux pays membres du CCG
un revenu annuel que l’on peut raisonnablement évaluer à un chiffre
qui serait de l’ordre de 60 à 80 milliards de dollars soit presque
le quart de la valeur de leurs exportations actuelles. Sachant que
le volume global de leurs dépenses annuelles ne devraient pas
dépasser les 90 milliards de dollars, dont la moitié pour la seule
Arabie Saoudite, tous ces pays seraient en situation de pouvoir
assurer leurs dépenses publiques par leurs seuls revenus hors
hydrocarbures pour les trente à quarante prochaines années et ce,
quelle que soit la direction que prendraient les prix auxquels ils
céderaient leurs produits pétroliers et gaziers dans le futur.
Il faut rappeler
que le CCG a été fondé en 1981 au cours d’une rencontre au sommet
ayant regroupé six monarchies du Golfe et qui sont l’Arabie
Saoudite, le Koweït, les Emirats arabes unis, Oman, le Qatar et
Bahreïn. Depuis quatre ans, le Yémen a été admis en tant que membre
observateur. Le siège du CCG est situé à Riyad. Le CCG, à son début,
avait un rôle limité, celui d’être une institution consultative ;
celui-ci a évolué peu à peu avec la complexité des problèmes
auxquels ces pays étaient confrontés et des menaces qui pesaient sur
certain de ses membres. Les menaces les plus pesantes étaient celles
que faisaient planer sur eux des Etats comme l’Irak de Sadam et
l’Iran. Ces menaces demeurent toujours s’agissant de l’Iran, qui ne
cache pas ses ambitions d’être la puissance dominante dans la
région. Ces six pays, avec une population globale ne dépassant pas
pour l’instant plus de 33 millions d’habitants (l’équivalent de la
population algérienne) détiendraient dans leurs sous-sols on shore
(sur terre) et off shore (en mer) presque 50% des réserves de
pétrole mondiales et près de 20% des réserves de gaz contre 1% pour
l’Algérie s’agissant de pétrole et 3% pour le gaz. C’est dire donc
la formidable richesse de ces pays. Ces pays, qui ont mis en place
un conseil de défense commune qui n’est pas pour le moment
opérationnel, continuent à acheter en rangs dispersés de grandes
quantités d’armement qu’ils ne peuvent rentabiliser compte tenu de
leurs organisations sociales où l’élément tribal continue de dominer
les relations sociales. La cooptation aux postes de responsabilité y
est la règle ; celle-ci se fait toujours à l’avantage des proches de
la famille régnante, ce qui exclut donc la possibilité de voir une
armée s’organiser sur des bases plus compétitives où les meilleurs
dirigeraient les instituions sensibles comme l’armée et les services
de sécurité, entre autres. Malgré la formidable dépense qu’ils
engagent pour acquérir les armes les plus sophistiqués, ces pays ne
pourront jamais assurer leur sécurité seuls face à des pays comme
l’Iran ou l’Irak ; aussi pour se mettre à l’abri de ces menaces, les
membres du CCG ont tous souscrit des accords militaires avec les
Etats-Unis.
A l’instar de ce
qui se déroulait au Moyen-Orient avec la mise en place du CCG, les
pays du Maghreb se sont lancés dans l’aventure du regroupement
régional en mettant en place, en 1989, L’Union du Maghreb arabe (UMA).
Celle-ci, dès son apparition, avait comme objectif de ressembler
davantage à une organisation comme l’UE plutôt de ressembler au CCG
qui n’avançait pas beaucoup dans le domaine de l’intégration
économique et dans celui de l’unification des institutions des pays
membres. Ce nouvel ensemble s’est caractérisé par la production
d’une inflation de textes communs qui visaient précisément à
réaliser cette intégration, ignorant les difficultés de leur mise en
place et sous-estimant l’importance des litiges qui opposaient
certains de ses membres sur des questions politiques et sur les
difficultés de nature psychologique opposant les dirigeants des pays
membres. On a produit, au cours des premières années d’existence de
l’UMA, un nombre considérable de textes communautaires sans en
mesurer les conséquences sur les situations nationales des pays
membres.
Par ailleurs, des
questions jugées au départ non contraignantes, se sont au fil du
temps aggravées, provoquant l’arrêt complet du processus
d’intégration, lequel n’a jamais vraiment commencé.
Ce qui est
déplorable c’est que ce projet, bien que mort, continue à produire
des dépenses que les cinq pays membres de l’UMA continuent à
assumer, aucun des Etats concernés ne voulant prendre à sa charge la
responsabilité de délivrer l’acte de décès de cette institution qui
n’existerait que par ces dépenses qui coûtent aux budgets nationaux.
Ce qui expliquerait les difficultés du CCG, comme celles de l’UMA, à
aller vers davantage d’intégration, c’est qu’il s’agit de pays
arabes et que, d’une manière générale, les pays arabes ne sont pas
susceptibles d’aller à des concessions de souveraineté, fussent
elles les plus minces ; le compromis y est chez exclu. Le blocage
psychologique expliquerait en grande partie les difficultés auxquels
tous ces pays sont confrontés, et si les membres du CCG continuent à
entretenir leur organisation c’est surtout en raison de la peur
qu’ils ressentent vis-à-vis de leurs deux voisins irakien et iranien
qu’ils soupçonnent de visées hégémoniques, lesquelles, au fil du
temps se sont révélées être vraies : invasion du Koweït par l’Irak
en 1990, occupation depuis une quinzaine d’années par l’Iran de
trois îlots revendiqués par les Emirats arabes unis. Sans les
menaces représentées par ces deux pays, le CCG aurait subi le même
sort que l’UMA.
Les pays de l’UMA
ne sont pas dans ce type de scénario, aussi il leur a été plus
facile de mettre un terme à ce processus d’intégration que les
dirigeants politiques de chacun considèrent comme une charge plutôt
qu’un plus susceptible de les aider dans leurs négociations
internationales. On a tenté de mettre en place une organisation
régionale davantage pour répondre à un effet de mode qu’à une
nécessité ressentie comme telle par les Etats ayant souscrit à ce
projet. Cette menace que feraient planer l’Irak et l’Iran, bien que
pour l’instant l’Irak soit neutralisé par son conflit interne (mais
ceci n’exclut pas que ce pays reviendra sur la scène régionale avec
des prétentions hégémoniques et ce, quel que soit son régime
politique, tout comme le fait actuellement l’Iran), pousse les pays
du CCG à aller vers davantage d’intégration en recherchant des
accords qui consolideraient leur sécurité sur le long terme. Cela
les conduit aussi à régler à l’amiable des différends qu’en d’autres
temps il eut été difficile de régler. Ainsi par exemple, pour une
dispute à propos d’une île située dans les eaux territoriales du
Qatar et que revendiquait ce dernier Etat, le jugement rendu par la
Cour de La Haye sollicitée par les deux pays a confié cette île à
Bahreïn en raison de liens historiques. L’accord rendu en faveur de
Bahreïn n’a pas été contesté par le Qatar, qui l’a donc accepté et
entériné. Ce qui a été possible dans ce cas ne peut être envisagé
pour la question du Sahara Occidental sur laquelle s’opposent le
Maroc et l’Algérie car ces deux pays ne sont pas dans le schéma
d’une alliance pour la survie qui lie le Qatar et Bahreïn, soumis
aux mêmes menaces.
Ce qui distingue
un ensemble comme le CCG (où les pays membres sont contraints à
résoudre leurs différends rapidement et au moindre coût politique)
de l’ensemble représenté par l’UMA (où le Maroc et Algérie en
n’étant sous la menace d’aucun autre pays) c’est cette psychologie
du blocage propre aux Arabes à s’enfermer chacun dans sa bulle et à
attendre que le pays avec lequel on serait en conflit capitule. De
plus et circonstance aggravante pour l’avenir de la région, ces deux
pays sont conduits, de par leur position géographique et de ce
qu’ils considèrent comme étant leurs intérêts stratégiques, à avoir
des relations difficiles, même si la question du Sahara occidental
n’existait pas.
Tant que la menace
iranienne existera, avec la menace irakienne qui reviendra à n’en
pas douter, les pays membres du CCG pourront accomplir des petits
progrès sur le chemin non pas de l’intégration économique, mais bien
sur le chemin politique avec un rapprochement des différentes
Constitutions nationales. Sur le plan économique, des progrès seront
certainement réalisés relativement à la circulation des marchandises
qui sera facilitée par deux évènements : la promulgation par les
Etats membres de l’Union douanière en 2003 et surtout l’adhésion de
l’Arabie Saoudite à l’OMC en 2005 (tous les autres Etats membres
faisaient déjà partie de cette organisation). Cet ensemble a
souscrit, en 1991, un accord commercial assez large avec l’UE avec
laquelle il a mis en place un comité de consultation conjoint qui se
réunit chaque année depuis lors ce comité s’est réuni à quinze
reprises alternativement à Bruxelles et à Riyad. Jusqu’à présent,
cet équilibre a parfaitement fonctionné ; des négociations sont
cours pour souscrire un accord d’association collectif avec l’UE qui
pourrait intervenir en 2008.
Retombée
inattendue de la mise en place du CCG : couplée aux menaces qui
pèsent sur la région, c’est la femme arabe qui semble avoir tiré le
plus de bénéfices de l’existence de cette institution
communautaire ; ses droits politiques, sociaux et culturels se sont
accrus d’une manière considérable dans des pays qui ont de la peine
à s’inscrire dans l’histoire contemporaine. Cette ouverture dont
elles ont bénéficié n’aurait pu se produire sans la menace conjointe
que font planer sur leurs pays l’Irak (avec ou sans Sadam) et
surtout l’Iran avec ses nouvelles ambitions nucléaires.
L’UMA, dans sa
configuration initiale, ne pouvait aller loin, aucun des régimes en
place n’étant en mesure de céder une parcelle de sa souveraineté à
cet ensemble régional qui ne fait rêver plus personne. Trois pays
sont membres de l’OMC (Maroc, Tunisie et Mauritanie) ; trois pays
ont des accords d’association avec l’UE (Tunisie, Maroc et Algérie).
Le Maroc a constitué une zone de libre-échange avec les Etats-Unis ;
il est dans une autre configuration arabe du même type qui le lie à
l’Egypte, la Jordanie et la Tunisie. Tout ceci ne contribue pas à
l’approfondissement d’un ensemble à cinq où chacun des pays est
engagé ailleurs, dans des schémas qui sont en compétition avec la
thématique intégrationniste de l’UMA.
De manière
générale, il est difficile de croire qu’un jour, des pays arabes
puissent s’associer dans des constructions qui impliquent que les
pouvoirs nationaux confient une partie de leurs prérogatives à des
institutions transnationales arabes. Ce qu’il faudrait retenir c’est
que ces transferts de pouvoirs produisent deux choses importantes,
d’une part ils donnent aux citoyens des pays engagés dans une
structure régionale ou mondiale davantage de droits, et d’autre part
mettent à la charge des pouvoirs nationaux des obligations nouvelles
représentées par des obligations à l’endroit des citoyens nationaux
et internationaux. C’est peut aussi là que se situe la difficulté de
mettre en place ces ensembles régionaux arabes parce qu’ils
obligeraient les dirigeants locaux à plus de considération pour
leurs citoyens et pour ceux des autres pays. Et il est certain que
chez les Arabes et à l’Ouest beaucoup plus qu’à l’Est, la règle
restera longtemps la suivante : que l’on s’associe c’est bien, mais
que chacun reste chez soi serait mieux.
B. Hachemane
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