Semaine du  5 au 11 septembre 2007

 

Groupes régionaux arabes

Le CCG résiste, l’UMA cède à l’usure du temps 

 

 
 
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Le CCG résiste, l’UMA cède à l’usure du temps 

Lors de leur dernière réunion régulière les ministres des Finances des pays membres du Conseil de coopération du Golfe (CCG) ont insisté sur la nécessité pour leurs pays respectifs de diversifier leurs économies pour diminuer l’intensité  de leur dépendance à l’endroit de leurs exportations d’hydrocarbures liquides et gazeux. C’est ce même discours que tient l’Algérie depuis le milieu des années 1970, alors même que sa dépendance n’a cessé jusqu’à présent de s’aggraver à l’égard de ses propres exportations d’hydrocarbures. Depuis trente ans ce discours est récurrent mais il ne produit malheureusement aucun sursaut s’agissant de s’engager dans une politique qui irait précisément dans le sens de cette diversification de l’économie que les pays du Golfe appellent de leurs vœux maintenant… Les pays arabes membres du CCG ne perdent jamais le nord lorsqu’il arrive souvent qu’une conjoncture favorable propulse les prix des hydrocarbures vers des sommets  et lorsque  l’argent ainsi récolté dépasse les capacités d’absorption de leurs  pays respectifs, les masse excédentaires sont dirigées vers des investissements plus ou moins risqués ou des placement moins aventureux comme celui par exemple de l’achat de bons du Trésor américain. Cette façon de vouloir rentabiliser l’argent dont on n’a pas l’usage immédiat  participe évidemment de cette diversification de l’économie puisque cela permet à ces pays d’avoir d’autres revenus que ceux procurés par la vente des hydrocarbures et le recouvrement des produits fiscaux liés à ces ventes. Il s’agit d’intérêts fixes des placements effectués ou de  bénéfices réalisés par des investissements engagés dans des secteurs concurrentiels de pays extérieurs. Ce qui fait que depuis le début des années 1980 ces pays ont pris l’heureuse habitude de financer une partie de  leurs budgets par les revenus de leurs placements extérieurs ceci leur a été particulièrement utile  durant les années de vaches maigres liées ou les prix des hydrocarbures avaient fortement chuté ? Ce que l’Algérie n’avait pu faire faute d’avoir suivi la même politique, ce qui l’a conduite à demander l‘aide des Institutions internationales qui lui ont imposé un plan d’ajustement structurel de quatre ans période durant laquelle ces institutions ont conduit l’économie du pays. Les pays du Golfe membres du CCG n’ont pas connu la même mésaventure, bien plus, il est arrivé même que les revenus dus aux placements effectués à l’extérieur dépassent le produit de la vente des hydrocarbures et cela a été vérifié durant les années 1987 à 1991 pour le Koweït qui avait enregistré, en moyenne annuelle, des rentrées de l’ordre 7 milliards pour la  vente de  ses produits pétroliers alors qu’il recevait au cours de chacune de ces années-là plus de 8 milliards de dollars provenant de ses placements extérieurs principalement de ses investissements dans des Entreprises industrielles occidentales. Durant la même période, l’Arabie Saoudite en étant plus prudente, recevait de ses placements extérieurs, essentiellement des bons du Trésor américain, plus de 12 milliards de dollars par an. Là nous parlons d’une période où la totalité des investissements et placements arabes  aux Etats-Unis ne dépassait pas les quatre cents milliards de dollars. Ce chiffre est actuellement de 1 500 milliards de dollars, dont 750 uniquement pour l’Arabie Saoudite. Cet argent procurerait  aux pays membres du CCG un revenu annuel que l’on peut raisonnablement évaluer à un chiffre qui serait de l’ordre de 60 à 80 milliards de dollars soit presque le quart de la valeur de leurs exportations actuelles. Sachant que  le volume global de leurs dépenses annuelles ne devraient pas dépasser les 90 milliards de dollars, dont la moitié pour la seule Arabie Saoudite, tous ces pays seraient en situation de pouvoir assurer leurs dépenses publiques par leurs seuls revenus hors hydrocarbures pour les trente à quarante prochaines années et ce, quelle que soit la direction que prendraient les prix auxquels ils céderaient leurs produits pétroliers et gaziers dans le futur.

Il faut rappeler que le CCG a été fondé en 1981 au cours d’une rencontre au sommet ayant regroupé six monarchies du Golfe et qui sont l’Arabie Saoudite, le Koweït, les Emirats arabes unis, Oman, le Qatar et Bahreïn. Depuis quatre ans, le Yémen a été admis en tant que membre observateur. Le siège du CCG est situé à Riyad. Le CCG, à son début, avait un rôle limité, celui d’être une institution consultative ; celui-ci a évolué peu à peu avec la complexité des problèmes auxquels ces pays étaient confrontés et des menaces qui pesaient sur certain de ses membres. Les menaces les plus pesantes étaient celles que faisaient  planer sur eux des Etats comme l’Irak de Sadam  et l’Iran. Ces menaces demeurent toujours s’agissant de l’Iran, qui ne cache pas ses ambitions d’être la puissance dominante dans la région. Ces six pays, avec une population globale ne dépassant pas pour l’instant plus de 33 millions d’habitants (l’équivalent de la population algérienne) détiendraient dans leurs sous-sols on shore (sur terre) et off shore (en mer) presque 50% des réserves de pétrole mondiales et près de 20% des réserves de gaz contre 1% pour l’Algérie s’agissant de pétrole et 3% pour le gaz. C’est dire donc la formidable  richesse de ces pays. Ces pays, qui ont mis en place un conseil de défense commune qui n’est pas pour le moment opérationnel, continuent  à acheter en rangs dispersés de grandes quantités d’armement qu’ils ne peuvent rentabiliser compte tenu de leurs organisations sociales où l’élément tribal continue de dominer les relations sociales. La cooptation aux postes de responsabilité y est la règle ; celle-ci se fait toujours à l’avantage des proches de la famille régnante, ce qui exclut donc la possibilité de voir une armée s’organiser sur des bases plus compétitives où les meilleurs dirigeraient les instituions sensibles comme l’armée et les services de sécurité, entre autres. Malgré la formidable dépense qu’ils engagent pour acquérir les armes les plus sophistiqués, ces pays ne pourront jamais assurer leur sécurité seuls face à des pays comme l’Iran ou l’Irak ; aussi pour se mettre à l’abri de ces menaces, les membres du CCG ont tous souscrit des accords militaires avec les Etats-Unis.

A l’instar de ce qui se déroulait au Moyen-Orient avec la mise en place du CCG, les pays du Maghreb se sont lancés dans l’aventure du regroupement régional en mettant en place, en 1989, L’Union du Maghreb arabe (UMA). Celle-ci, dès son apparition, avait comme objectif de ressembler davantage à une organisation comme l’UE plutôt de ressembler au CCG qui n’avançait pas beaucoup dans le domaine de l’intégration économique et dans celui de l’unification des institutions des pays membres. Ce nouvel ensemble s’est caractérisé par la production d’une inflation de textes communs qui visaient précisément à réaliser cette intégration, ignorant les difficultés de leur mise en place et sous-estimant l’importance des litiges qui opposaient certains de ses membres sur des questions politiques et sur les difficultés de nature psychologique opposant les dirigeants des pays membres. On a produit, au cours des premières années d’existence de l’UMA, un nombre considérable de textes communautaires sans en mesurer les conséquences sur les situations nationales des pays membres.

Par ailleurs, des questions jugées au départ non contraignantes, se sont au fil du temps aggravées, provoquant l’arrêt complet du processus d’intégration, lequel n’a jamais vraiment commencé.

Ce qui est déplorable c’est que ce projet, bien que mort,  continue à produire des dépenses que les cinq pays membres de l’UMA continuent à assumer, aucun des Etats concernés ne voulant prendre à sa charge la responsabilité de délivrer l’acte de décès de cette institution qui n’existerait que par ces dépenses qui coûtent aux budgets nationaux. Ce qui expliquerait les difficultés du CCG, comme celles de l’UMA, à aller vers davantage d’intégration, c’est qu’il s’agit de pays arabes et que, d’une manière générale, les pays arabes ne sont pas susceptibles d’aller à des concessions de souveraineté, fussent elles les plus minces ; le compromis y est chez exclu. Le blocage psychologique expliquerait en grande partie les difficultés auxquels tous ces pays sont confrontés, et si les membres du CCG continuent à entretenir leur organisation c’est surtout en raison de la peur qu’ils ressentent vis-à-vis de leurs deux voisins irakien et iranien qu’ils soupçonnent de visées hégémoniques, lesquelles, au fil du temps se sont révélées être vraies : invasion du Koweït par l’Irak en 1990, occupation depuis une quinzaine d’années par l’Iran de trois îlots revendiqués par les Emirats arabes unis. Sans les menaces représentées par ces deux pays, le CCG aurait subi le même sort que l’UMA.

Les pays de l’UMA ne sont pas dans ce type de scénario, aussi il leur a été plus facile de mettre un terme à ce processus d’intégration que les dirigeants politiques de chacun  considèrent comme une charge plutôt qu’un plus susceptible de les aider dans leurs négociations internationales. On a tenté de mettre en place une organisation régionale davantage pour répondre à un effet de  mode qu’à une nécessité ressentie comme telle par les Etats ayant souscrit à ce projet. Cette menace que feraient planer l’Irak et l’Iran, bien que pour l’instant l’Irak soit neutralisé par son conflit interne (mais ceci n’exclut pas que ce pays reviendra sur la scène régionale avec des prétentions hégémoniques et ce, quel que soit son régime politique, tout comme le fait actuellement l’Iran), pousse les pays du CCG à aller vers davantage d’intégration en recherchant des accords qui consolideraient leur sécurité sur le long terme. Cela les conduit aussi à régler à l’amiable des différends qu’en d’autres temps il eut été difficile de régler. Ainsi par exemple, pour une dispute à propos d’une île située dans les eaux territoriales du Qatar et que revendiquait ce dernier Etat, le jugement rendu par la Cour de La Haye sollicitée par les deux pays a confié cette île à Bahreïn en raison de liens historiques. L’accord rendu en faveur de Bahreïn n’a pas été contesté par le Qatar, qui l’a donc accepté et entériné. Ce qui a été possible dans ce cas ne peut être envisagé pour la question du Sahara  Occidental sur laquelle s’opposent le Maroc et l’Algérie car ces deux pays ne sont pas dans le schéma d’une alliance pour la survie qui lie le Qatar et Bahreïn, soumis aux mêmes menaces.

Ce qui distingue un ensemble comme le CCG (où les pays membres sont contraints à résoudre leurs différends rapidement et au moindre coût politique) de l’ensemble représenté par l’UMA (où le Maroc et Algérie en n’étant sous la menace d’aucun autre pays)  c’est cette psychologie du blocage propre aux Arabes à s’enfermer chacun dans sa bulle et à attendre que le pays avec lequel on serait en conflit capitule. De plus et circonstance aggravante pour l’avenir de la région, ces deux pays sont conduits, de par leur position géographique et de ce qu’ils considèrent comme étant leurs intérêts stratégiques, à avoir des relations difficiles, même si la question du Sahara occidental n’existait pas.

Tant que la menace iranienne existera, avec la menace irakienne qui reviendra à n’en pas douter, les pays membres du CCG pourront accomplir des petits progrès sur le chemin non pas de l’intégration économique, mais bien sur le chemin politique avec un rapprochement des différentes Constitutions nationales. Sur le plan économique, des progrès seront certainement réalisés relativement à la circulation des marchandises qui sera facilitée par deux évènements : la promulgation par les Etats membres de l’Union douanière en 2003  et surtout l’adhésion de l’Arabie  Saoudite à l’OMC en 2005 (tous les autres Etats membres faisaient déjà partie de cette organisation). Cet ensemble a souscrit, en 1991, un accord commercial assez large avec l’UE avec laquelle il a mis en place un comité de consultation conjoint qui se réunit chaque année depuis lors ce comité s’est réuni à quinze reprises alternativement à Bruxelles et à Riyad. Jusqu’à présent, cet équilibre a parfaitement fonctionné ; des négociations sont cours pour souscrire un accord d’association collectif avec l’UE qui pourrait intervenir en 2008.

Retombée inattendue de la mise en place du CCG : couplée aux menaces qui pèsent sur la région, c’est la femme arabe qui semble avoir tiré le plus de bénéfices de l’existence de cette institution communautaire ; ses droits politiques, sociaux et culturels se sont accrus d’une manière considérable dans des pays qui ont de la peine à s’inscrire dans l’histoire contemporaine. Cette ouverture dont elles ont bénéficié n’aurait pu se produire sans la menace conjointe que font  planer sur leurs pays l’Irak (avec ou sans Sadam) et surtout l’Iran avec ses nouvelles ambitions nucléaires.

L’UMA, dans sa configuration initiale, ne pouvait aller loin, aucun des régimes en place n’étant en mesure de céder une parcelle de sa souveraineté à cet ensemble régional qui ne fait rêver plus personne. Trois pays sont membres de l’OMC (Maroc, Tunisie et Mauritanie) ; trois pays ont des accords d’association avec l’UE (Tunisie, Maroc et Algérie). Le Maroc a constitué une zone de libre-échange avec les Etats-Unis ; il est dans une autre configuration arabe du même type qui le lie à l’Egypte, la Jordanie et la Tunisie. Tout ceci ne contribue pas à l’approfondissement d’un ensemble à cinq où chacun des pays est engagé ailleurs, dans des schémas qui sont en compétition avec la thématique intégrationniste de l’UMA.

De manière générale, il est difficile de croire qu’un jour, des pays arabes puissent s’associer dans des constructions qui  impliquent que les pouvoirs nationaux confient une partie de leurs prérogatives à des institutions transnationales arabes. Ce qu’il faudrait retenir c’est que ces transferts de pouvoirs  produisent deux choses importantes, d’une part ils donnent aux citoyens des pays engagés dans une structure régionale ou mondiale davantage de droits, et d’autre part mettent à la charge des pouvoirs nationaux des obligations nouvelles représentées par des obligations à l’endroit des citoyens nationaux et internationaux. C’est peut aussi là que se situe la difficulté de mettre en place ces ensembles régionaux arabes parce qu’ils obligeraient les dirigeants locaux à plus de considération pour leurs citoyens et pour ceux  des autres pays. Et il est certain que chez les Arabes et à l’Ouest beaucoup plus qu’à l’Est,   la règle restera longtemps la suivante : que l’on s’associe c’est bien, mais que chacun reste chez soi serait  mieux.

B. Hachemane

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