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L’indispensable rappel à l’ordre
Pour qui connaît
l’homme et sa tendance outrancière à la provocation, alimentée par
une crainte morbide de n’être qu’un ex-acteur d’une scène
nationale en ébullition permanente, sur la voie de la déchéance
politique, la toute dernière sortie de Ali Benhadj n’a rien de
surprenant. Bien au contraire, c’est l’inverse qui aurait surpris.
En effet, on imagine mal cet ancien numéro deux du FIS dissous qui,
au fil des ans, a vu son aura s’étioler pour ne plus être qu’un
simple ex-dirigeant d’un parti qui n’existe que dans le souvenir de
certains nostalgiques d’une république islamique, ne pas réagir à
la mort d’un général-major, et de surcroît lorsque ce dernier a eu à
diriger un service des plus sensibles dans l’institution militaire,
qui grâce à son travail inlassable, a réduit à néant tous les espoir
de l’instauration d’un Etat islamique en Algérie. Et c’est justement
cet esprit revanchard qui prend à chaque fois le dessus chez Ali
Benhadj, lorsqu’il s’agit d’évoquer la situation politique actuelle
du pays. A telle enseigne qu’il n’hésite pas à violer, à chaque
fois, cette interdiction qui lui a été signifiée à sa libération de
ne plus s’exprimer dans la presse ou de faire des déclarations ou
des interventions politiques.
Mais l’homme,
qui refuse de se rendre à l’évidence et d’accepter la nouvelle
donne induite par l’incapacité de l’islamisme politique à être le
courant dominant sur l’échiquier politique national, tente par tous
les moyens d’entretenir cette illusion qu’il est un acteur influent,
et notamment au sein de la mouvance islamiste disloquée. L’ancien
imam de Kouba est tellement obnubilé par ce passé révolu qu’il ne
craint pas plus de pousser le bouchon à l’extrême. Il est vrai qu’il
en est à souhaiter être arrêté par les services de sécurité pour
soigner son image de marque et donner l’impression au GSPC, dont les
rangs ont été renforcé par la montée au maquis de son fils, qu’il
est peut-être ce relais politique dont Mossâab Abdelouadoud s’est
toujours passé puisqu’il a préféré faire allégeance à Oussama Ben
Laden pour devenir la filiale maghrébine d’El-Qaîda. Mais Ali
Benhadj ne désespère pas de recevoir la bénédiction du chef
terroriste. Un appui qui ne manquera pas de s’avérer décisif au
moment où les «anciens» ne font plus mystère de leur vœu de revenir
à la politique.
La guerre est déjà
ouverte dans la perspective de la création d’un nouveau parti. Et
assurément les dernières déclarations faites sur le sujet par le
ministre de l’Intérieur, qui a affirmé qu’il examinerait la demande
que déposera en ce sens Madani Mezrag, ne sont pas pour rassurer un
Ali Benhadj qui se réclame comme le principal héritier du FIS
dissous. Et partant, comme étant le seul à mériter de récupérer la
mise.
A la faveur de ce
qui pourrait sembler comme une évolution dans le discours officiel,
on comprend mieux le risque pris par l’ancien numéro 2 de la
formation fissiste de s’attaquer avec une virulence inouïe à la
mémoire du général-major Smain Lamari. Cette démarche obéit à cette
volonté de s’exhiber et de se faire accepter en tant que chef
politique potentiel de ce qui reste des troupes, partant de la
croyanceque le discours radical qu’il n’a eu cesse de développer est
toujours payant. Mais assurément, mal lui en prit.Car si les
pouvoirs publics sont disposés à s’accommoder de la présence
d’islamistes ayant définitivement abandonné le projet de recourir à
la violence aux fins d’accéder au pouvoir, il reste tout aussi vrai
que la société est dans le même état d’esprit. Et c’est cette
symbiose entre les uns et les autres qui constituera un rempart
contre toute velléité d’un retour à la situation des années 1990.
Car faut-il le rappeler, si Ali Behadj a proféré de graves insultes
contre le défunt général-major, ce n’est pas personnel. C’est juste
pare que Smail Lamari et toute l’institution militaire à laquelle il
appartenait ont été justement ce rempart infranchissable contre
lequel sont venus se briser les assauts répétés de la déferlante
islamiste. Cette rancœur qui transparaissait dans chaque propos est
du reste révélatrice du fait que Ali Benhadj et consorts savent que
tant qu’il en sera ainsi, ils ne pourront pas mener à terme le
moindre de leur projet antirépublicain. Et c’est cette réalité qui
fait que l’institution militaire est leur cible privilégiée. En
tentant de la discréditer à tout prix et de porter atteinte à ses
chefs, notamment sur les chaînes satellitaires, l’objectif recherché
est de créer un sentiment de culpabilité et de cultiver un complexe
que pourrait éprouver tout responsable (ou institution) qui aurait
agi en dehors de la légalité constitutionnelle. Or présentement, ce
n’est pas le cas. L’armée et ses hommes ont agi au mieux de
l’intérêt suprême du pays et de la nation. Et il en sera toujours
ainsi. N’en déplaise à Ali Benhadj qui, cette fois, a outrepassé le
seuil de ce qui est permis à tout «opposant » d’un régime politique.
L’annonce par le ministre délégué à la Défense de prise de mesures à
son encontre n’est en définitive qu’une juste remise en ordre des
choses.
Nadia Kerraz
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