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Benhadj remet ça
Croire qu’Ali Benhadj, ou qui que ce soit d’autre, va se conformer
aux dispositions de la Charte pour la paix et la réconciliation, qui
lui interdisent toute intervention publique, est ridicule. Il les
enfreindra, tout comme un autre, chaque fois que l’occasion lui en
sera donnée ou qu’il le jugera bon. Les propos qu’il a tenus sur le
général Smaïn Lamari, inspirés par le ressentiment et qui permettent
à nouveau de mesurer la charge de violence que l’intégrisme porte
encore en lui, sont d’un charognard. Quelqu’un qui a de la décence
attend que l’ennemi se refroidisse dans sa tombe pour donner libre
cours à sa haine, s’il en a. C’est là un minimum que l’on doit à
chaque homme, sans distinction de race ou de religion. Mais enfin,
ces propos visent moins le général défunt que le pouvoir algérien
dans son ensemble, et l’armée tout particulièrement.
Pour
autant, cet incident, car c’est bien qu’il est, bien qu’il ait
tendance à se répéter, est significatif au point de vue politique.
Il fait justice de cette fiction politique qu’est la réconciliation
nationale.
Souvenons-nous : quand on demandait à ses partisans pourquoi
prétendaient-ils œuvrer pour la réconciliation nationale alors que
les Algériens vivaient en paix entre eux, et qu’il n’existait qu’une
poignée de terroristes, qu’eux-mêmes estimaient à moins d’un demi
millier, qui cherchaient à renverser le régime pour instaurer l’Etat
théocratique, que répondaient-ils ? Que la réconciliation dont il
s’agissait était particulière, qu’elle visait à réconcilier chaque
algérien avec lui-même, que son but c’était de dissiper les haines
accumulées, dont certaines remontaient à bien plus loin qu’à janvier
1992.
Résultat après quelques années de ce régime-là : la haine du côté
des perdants est restée entière, pour autant qu’elle ne se soit pas
accrue. A la réflexion, il est assez étrange que la sortie d’Ali
Benhadj ait pris certains comme par surprise, leur faisant l’effet
d’un électrochoc alors même qu’ils connaissent parfaitement le
personnage. S’il en est ainsi, c’est sans doute que le discours
ambiant a fini par s’insinuer en eux et par engourdir leur
vigilance.
Bien
entendu, les anathèmes d’Ali Benhadj ne manqueront pas d’être
opposées aux paroles d’une toute autre teneur que Madani Mezrag a
eues dans les mêmes circonstances. Il se pourrait même qu’on s’en
serve pour apporter la contradiction à ceux qui seraient trop
contents d’exploiter les propos provocateurs d’Ali Benhadj pour
répandre le bruit malveillant qu’en tant que thérapie de groupe elle
n’a délivré personne de ses ressentiments.
Mais
justement, toute la question est de savoir si ces paroles ne sont
pas que de circonstances, encore qu’elles soient de bien meilleur
aloi que celles d’Ali Benhadj. Dans la mesure où les premières et
les secondes sont d’une nature si différente parce qu’elles sont
inspirées par des visions différentes, les personnes qui les ont
tenues sont appelées normalement à diverger politiquement à
l’avenir. Car jusqu’à présent, les deux appartiennent au même camp,
au point d’ailleurs qu’il est possible d’attribuer leurs dissonances
moins à des différents politiques qu’à une sorte de partage des
rôles. Autrement, on verrait Madani Mezrag, qui a eu des propos
élogieux à l’endroit de Smaïn Lamari, prendre prétexte du scandale
créé par Ali Benhadj pour s’en démarquer. Le plus probable est que
quelle que soit la sympathie qu’il semble avoir pour le général
décédé, il se gardera bien de faire le moindre reproche à Ali
Benhadj, qu’il compte bien gagner à son projet de création d’un
parti politique ayant vocation à s’implanter dans les terres
supposées intactes de l’ex-Fis.
De
toute façon, il n’y aura pas que lui, et ceux de son bord qui sont
sur la même ligne que lui, pour ne pas réagir à la provocation. Les
partisans de la réconciliation appartenant à d’autres bords se
tairont eux aussi. Sinon, ils risquent de donner le sentiment de se
démarquer de la politique officielle, ce qui peur entraîner des
effets indésirables.
Mais
d’une façon plus générale, une politique dont la finalité est de
faire régner la paix et la réconciliation ne peut pas se transformer
à la première occasion venue en dispositif répressif. Elle se
dénoncerait elle-même si c’était le cas.
Ali
Benhadj peut très bien l’avoir compris.
M. Habili
e-mail :contact@lesdebats.com
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