Semaine du 5 au 11 septembre 2007

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Benhadj remet ça

 

 
 
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Benhadj remet ça

Croire qu’Ali Benhadj, ou qui que ce soit d’autre, va se conformer aux dispositions de la Charte pour la paix et la réconciliation, qui lui interdisent toute intervention publique, est ridicule. Il les enfreindra, tout comme un autre, chaque fois que l’occasion lui en sera donnée ou qu’il le jugera bon. Les propos qu’il a tenus sur le général Smaïn Lamari, inspirés par le ressentiment et qui permettent à nouveau de  mesurer la charge de violence que l’intégrisme porte encore en lui, sont d’un charognard. Quelqu’un qui a de la décence attend que l’ennemi se refroidisse dans sa tombe pour donner libre cours à sa haine, s’il en a. C’est là un minimum que l’on doit à chaque homme, sans distinction de race ou de religion.  Mais enfin, ces propos visent moins le général défunt que le pouvoir algérien dans son ensemble, et l’armée tout particulièrement.

Pour autant, cet incident, car c’est bien qu’il est, bien qu’il ait tendance à se répéter, est significatif au point de vue politique. Il fait justice de cette fiction politique qu’est la réconciliation nationale.

Souvenons-nous : quand on demandait à ses partisans pourquoi prétendaient-ils œuvrer pour la réconciliation nationale alors que les Algériens vivaient en paix entre eux, et qu’il n’existait qu’une poignée de terroristes, qu’eux-mêmes estimaient à moins d’un demi millier, qui cherchaient à renverser le régime pour instaurer l’Etat théocratique, que répondaient-ils ? Que la réconciliation dont il s’agissait était particulière, qu’elle visait à réconcilier chaque algérien avec lui-même, que son but c’était de dissiper les haines accumulées, dont certaines remontaient à bien plus loin qu’à janvier 1992.

Résultat après quelques années de ce régime-là : la haine du côté des perdants est restée entière, pour autant qu’elle ne se soit pas accrue. A la réflexion, il est assez étrange que la sortie d’Ali Benhadj ait pris certains comme par surprise, leur faisant l’effet d’un électrochoc alors même qu’ils connaissent parfaitement le personnage. S’il en est ainsi, c’est sans doute que le discours ambiant a fini par s’insinuer en eux et par engourdir leur vigilance.

Bien entendu, les anathèmes d’Ali Benhadj ne manqueront pas d’être opposées aux paroles d’une toute autre teneur que Madani Mezrag a eues dans les mêmes circonstances. Il se pourrait même qu’on s’en serve pour apporter la contradiction à ceux qui seraient trop contents d’exploiter les propos provocateurs d’Ali  Benhadj  pour répandre le bruit malveillant qu’en tant que thérapie de groupe elle n’a délivré personne de ses ressentiments.

Mais justement, toute la question est de savoir si ces paroles ne sont pas que de circonstances, encore qu’elles soient de bien meilleur aloi que celles d’Ali Benhadj. Dans la mesure où les premières et les secondes sont d’une nature si différente parce qu’elles sont inspirées par des visions différentes, les personnes qui les ont tenues sont appelées normalement à diverger politiquement à l’avenir. Car jusqu’à présent, les deux appartiennent au même camp, au point d’ailleurs qu’il est possible d’attribuer leurs dissonances moins à des différents politiques qu’à une sorte de partage des rôles. Autrement, on verrait Madani Mezrag, qui a eu des propos élogieux à l’endroit de Smaïn Lamari, prendre prétexte du scandale créé par Ali Benhadj pour s’en démarquer. Le plus probable est que quelle que soit la sympathie qu’il semble avoir pour le général décédé, il se gardera bien de faire le moindre reproche à Ali Benhadj, qu’il compte bien gagner à son projet de création d’un parti politique ayant vocation à s’implanter dans les terres supposées intactes de l’ex-Fis.

De toute façon, il n’y aura pas que lui, et ceux de son bord qui sont sur la même ligne que lui, pour ne pas réagir à la provocation. Les partisans de la réconciliation appartenant à d’autres bords se tairont eux aussi. Sinon, ils risquent de donner le sentiment de se démarquer de la politique officielle, ce qui peur entraîner des effets indésirables.

Mais d’une façon plus générale, une politique dont la finalité est de faire régner la paix et la réconciliation ne peut pas se transformer à la première occasion venue en dispositif répressif. Elle se dénoncerait elle-même si c’était le cas.

Ali Benhadj peut très bien l’avoir compris.

M. Habili

 

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