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Parti
communiste chinois
Un congrès
pour tenter d’atténuer les "dommages"
du libéralisme
Le Congrès du Parti
communiste chinois (PCC) se tiendra à partir du 15 octobre. Organisé
tous les cinq ans, il établit les grandes lignes de la politique du
parti et du pays. Il devrait donner lieu à un remaniement dans les
hautes sphères du parti unique, et sera un indicateur de l'autorité
réelle du numéro un chinois, mesurée par sa capacité à installer les
responsables de son choix et décider de la politique générale des
cinq ans à venir. Le congrès intervient alors que la Chine fait
l'objet d'une attention toute particulière sur la scène
internationale, à moins d'un an des Jeux olympiques de Pékin.
A l'approche de
cette échéance, le gouvernement a accentué ces derniers mois sa
lutte contre la corruption, qui sape la légitimité du PCC et de ses
dirigeants. Ce congrès est considéré comme un rendez-vous important,
où doivent être entérinés un nouveau mandat de cinq ans pour le
président Hu Jintao et son Premier ministre Wen Jiabao. S’il ne
s'annonce pas de nature à transformer la Chine, il devrait fournir
au premier responsable chinois les moyens de mettre le pays sur les
rails d'un développement plus égalitaire et empêcher ainsi une
explosion politique et sociale. En révélant récemment la date
d'ouverture de cette grand-messe quinquennale (15 octobre), mais pas
sa durée, le régime chinois, toujours aussi secret, n'a dévoilé que
l'une des inconnues d'un important rendez-vous pour la quatrième
économie mondiale, son 1,3 milliard d'habitants et, par ricochet,
pour le reste de la planète. D'ici là, tout aura été soigneusement
préparé pour que Hu Jintao soit réélu secrétaire général du PCC,
poste suprême en Chine et entame un deuxième mandat de cinq ans à
la tête du parti au pouvoir depuis 1949. A 65 ans, comme Hu Jintao,
le Premier ministre Wen Jiabao devrait lui aussi rempiler. Les
interrogations qui entourent ce congrès ne portent donc pas tant sur
qui dirigera le géant asiatique dans les prochaines années, mais
quels moyens Hu et Wen auront à leur disposition pour poursuivre
leur entreprise visant à crédibiliser le PCC auprès de l'opinion, en
Chine et à l'étranger, et à limiter les dégâts collatéraux du
libéralisme économique.
"L'ordre du jour en
politique intérieure est clair", estime David Zweig, sinologue et
universitaire basé à Hong Kong, en référence à la volonté affichée
des responsables chinois de résorber des fractures sociales de plus
en plus grandes. La construction d'une "société harmonieuse" est le
credo de Hu Jintao. Il se pourrait que le congrès lui donne
l'occasion de détailler enfin son programme politique et économique.
Mais cette harmonie excluant toute démocratisation majeure du
système politique, et une séparation des pouvoirs qui serait
pourtant salutaire à bien des égards, l'objectif immédiat du
patrondu PCC est de s'entourer d'une équipe solide et unie. "Ce
congrès est plus que tout une affaire de personnes", explique M.
Zweig. Jusqu'à présent, Hu a dû composer avec des factions rivales,
notamment celle dite de Shanghaï, de l'ancien président Jiang Zemin,
et celle des "princes rouges", les filles et fils de dignitaires,
de l'actuel vice-président Zeng Qinghong. Ces deux factions sont
tenues pour responsables, par la population, des dérapages
socio-économiques et de l'aggravation de la corruption.
Le pari de Hu cette
année est de réduire les influences de ces clans et de renforcer le
sien, celui de la Ligue de la jeunesse communiste dont il fut le
patron. De nouvelles personnalités, quinquagénaires, devraient donc
faire leur entrée dans le premier cercle du pouvoir à l'issue du
congrès. Parmi eux, peut-être celui qui prendra les commandes du
pays quand Hu passera la main, théoriquement en 2012. "Le fait que
la date du congrès soit annoncée plus d'un mois à l'avance signifie
que l'essentiel a été réglé", estimait dernièrement le Ta Kung Pao,
l'un des journaux de Hong Kong proche de Pékin. Mais Hu Jintao est
conscient que renforcer le pouvoir du PCC et sa propre base – en
convainquant la société civile que c'est la meilleure solution pour
le pays – est un vœu pieux si le gouvernement n'éteint pas les
incendies sociaux qui ravagent des régions entières. Il ne se passe
pas un jour sans que des exclus de la croissance économique et des
révoltés des injustices ne manifestent, souvent violemment. Une
marmite bouillante qui laisse planer le spectre de l'explosion de ce
qu'à l'étranger beaucoup appellent, non sans inquiétude, "la bombe à
retardement chinoise".
Il faut dire que
jusqu’à ce jour les congrès du PCC n’ont concédé aucune ouverture
politique. 18 années après les événements de la place Tiananmen, la
Chine, seul grand pays à demeurer communiste, continue de s’acharner
à concilier autoritarisme politique et libéralisme économique. Pékin
et toujours tiraillé entre le souci d’orthodoxie communiste à une
nuance prés, et sa volonté de consolider davantage l’ouverture de
son économie à des mécanismes de marché. Un processus qui a
grandement favorisé l’enrichissement personnel. Et ce n’est pas l’un
des moindres paradoxes de cet immense territoire : alors que des
pans entiers de son économie et de sa société se sont largement
intégrés dans les circuits capitalistes, le système politique
demeure paralysée. Le pragmatisme n’est pourtant pas absent des
hautes sphères pékinoises, comme l’atteste le renouvellement de la
classe dirigeante décidé par le dernier congrès du parti, mais il ne
touche que la sphère économique et aucune évolution ne se dessine
vers davantage de démocratie. Depuis que les chars de l’armée ont
écrasé, le 4 juin 1989, le gigantesque mouvement démocratique qui
l’avait fait trembler, la Chine s’est développée de manière
spectaculaire et peut se targuer aujourd’hui de posséder l’une une
plus forte croissance économique mondiale. Le niveau de vie de la
population a incontestablement augmenté et les Chinois jouissent
maintenant d’une liberté quasi-totale d’entreprendre. Mais ces
bouleversements ne se sont accompagnés d’aucune réforme politique et
le PCC continue de monopoliser le pouvoir tant bien que mal, en
s’appuyant sur un système répressif. En gros et pour résumer une
analyse de la société chinoise, les dirigeants disent aux Chinois :
“Consommez et enrichissez-vous, mais ne vous occupez pas de
politique et tout ira bien.”
La Chine compte
150 000 super-riches
La Chine compte
150.000 "super-riches" nantis d'une fortune personnelle d'au moins
cinq millions de dollars, estime le chercheur Rupert Hoogewerf. Ce
spécialiste de la richesse en Chine, qui publie chaque année une
liste des personnes les plus riches du pays, constate que les rangs
des grandes fortunes grossissent toujours plus vite avec le boom
économique et soutiennent une hausse rapide des prix des loisirs et
produits de luxe. Son indice du luxe en Chine, qui regroupe 32
produits qui vont de la Rolls-Royce au sac Vuitton, affiche un bond
de 8,7% sur l'année à février, contre 3,5% pour les produits de
consommation courante. Les hausses les plus importantes sont
observées dans les tarifs d'adhésion aux clubs de golf ou
l'immobilier de luxe. Selon Hoogewerf, cinquante personnes en Chine
possèdent une fortune d'au moins un milliard de dollars, 2 000 ont
plus de 100 millions de dollars et 35 000 plus de 10 millions. Cette
clientèle aiguise l'appétit des grands groupes de luxe. Cartier,
filiale du Suisse Richemont, a annoncé le mois dernier son intention
d'ouvrir 25 nouvelles boutiques en Chine continentale d'ici mars
2008. En juin, Hermès a déclaré viser 25 boutiques en Chine d'ici
2012, soit le triple du nombre de magasins actuellement gérés par le
groupe.
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