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Semaine du 5 au 11 septembre 2007

 

Camp politique303

Agitation chez les islamistes 

Aux grands maux les grands remèdes

Une bipartite et trois questions

Rentrée sociale

Des patates contre la paix sociale

Rentrée scolaire

Finies les vacances

La réforme du dispositif en vigueur est annoncée

Sur les chemins sinueux de l’emploi…

Alliance présidentielle

Le MSP pour succéder au FLN ?

 

 

 

 Nation


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Camp politique303

Agitation chez les islamistes         

L’attentat contre Mustapha Kartali, un émir de l’AIS passé au GIA avant de se rendre en 1999 et de s’inscrire dans le processus dit de réconciliation nationale, a levé un coin de voile sur l’agitation qui se déroulait à l’intérieur du Salafisme, et s’y poursuit sans doute. Sans cette tentative d’assassinat, nous n’aurions peut-être pas su que d’anciens dirigeants du FIS, le parti dissous, s’apprêtaient à prendre une initiative politique, dont ils se sont gardés, au vu de la tournure prise par les événements, de préciser la nature. A s’en tenir cependant à ce que deux ou trois d’entre eux ont pu révéler à la presse, dans la foulée de cet attentat, il semble qu’ils discutaient entre eux dans la perspective soit d’un appel à l’arrêt des violences, en direction des « frères restés dans la montagne », soit d’une déclaration abordant les grandes questions du moment et annonçant leur intention de s’organiser politiquement. Les deux messages n’étant pas exclusifs l’un de l’autre, se trouvant au contraire dans un rapport d’étroite dépendance, il n’est pas interdit de penser que ces conciliabules, apparemment soutenus, devaient déboucher sur une initiative nécessitant une véritable mobilisation de leur mouvement, ou de ce qui en reste, avec pour objectif de fonder dans les meilleurs délais une nouvelle organisation politique.

La direction d’Al-Qaïda au Maghreb a revendiqué l’attentat en question, tout en le désavouant, ce qui n’est tout de même pas banal. Du coup, pour toute initiative politique, il n’y eut que l’appel de Madani Merzag, rédigé en son nom personnel, à l’arrêt de la violence, qui ne sera bien entendu d’aucun effet. S’il y avait bien eu une concertation auparavant, comme tout semble l’indiquer, on peut dire, rien qu’en prenant connaissance de cet appel, que le processus a avorté. Il n’est en effet pas concevable  que Madani Mezrag puisse à lui tout seul se substituer à tous les ténors du parti interdit et obtenir le même effet que celui vers lequel ils se seraient tendus tous ensemble. On n’aurait peut-être même pas tort de supposer qu’ils ont refusé en réalité de s’associer à l’initiative que l’ex-émir de l’AIS s’est finalement résolu à prendre tout seul. Quel que soit leur sentiment vis-à-vis de celui-ci, pour autant qu’il soit le même chez tous, ils n’accepteraient selon toute vraisemblance de s’inscrire dans une démarche de ce genre que si préalablement ils avaient acquis la conviction d’une part que leur principale revendication serait satisfaite, et de l’autre qu’ils seraient écoutés par les « frères de la montagne ». S’ils pensaient que cette double condition était réalisable dans l’immédiat, ils peuvent se rendre compte aujourd’hui qu’il n’en est rien.

Cette principale revendication porte  évidemment sur le droit de s’organiser politiquement. Sous la forme d’un seul parti ou de plusieurs, cela est une autre question. Comme c’en est autre de savoir si la famille salafiste a gardé la même influence dans la société, ou si même il reste le courant majoritaire au sein de l’islamisme. Il va de soi que les anciens dirigeants croient pour leur part que la société est dans le même état d’esprit que lorsque leur parti gagnait les élections et régentait la vie dans les quartiers populaires et dans les villages, ou que plus tard, quand la violence éclatait  pour monter en puissance, dans un processus qui semblait irréversible.

 La nature paradoxale de la  politique de réconciliation leur interdit explicitement de revenir sur la scène légale dans le même temps où elle leur fait espérer le retour sur la scène politique légale. Le fait qu’ils ne lui aient pas tous apporté leur soutien, n’empêche personne d’entre eux de l’invoquer en faveur de leur cause commune. Au style près, ils sont tous d’accord pour exiger d’être rétablis dans leurs droits politiques. Ils divergent sans doute sur les moyens d’y parvenir, mais il est clair qu’ils considèrent tous que le moment n’est pas encore venu de focaliser sur leurs dissentiments ou leurs rivalités. Cette tendance est d’autant moins marquée que la question du leadership ne se pose pas entre plusieurs, mais seulement entre deux ou trois personnes, parmi lesquelles ne figure sans doute pas celui qui attire tant l’attention sur lui aujourd’hui, c’est-à-dire Madani Mezrag. La partie se joue en fait entre Ali Benhadj, Rabah Kébir et Annouar Haddam, ce dernier ayant déjà annoncé la création de son propre parti depuis les Etats-Unis. Evidemment, les deux premiers sont en bien meilleure position pour l’emporter dans cette course, d’autant qu’ils sont sur place et que le troisième ne l’est pas. Il ne serait d’ailleurs pas étonnant que R. Kébir et A. Benhadj fassent équipe, diminuant plus encore les chances du premier de prendre la tête du mouvement devant culminer dans la renaissance politique de ce qu’on appelle dans le pays l’islamisme radical, par opposition à l’islamisme modéré, représenté quant à lui par plusieurs formations toutes légales. Ce qui tend à accréditer cette hypothèse, c’est la discrétion dont fait désormais preuve R. Kébir, dont on se souvient que dès son retour dans le pays, au lendemain du référendum sur la Charte pour la paix et la réconciliation, il s’est engagé dans des consultations en vue de la création d’un parti. On ne peut en effet que relever combien cette discrétion détonne par rapport à l’activisme incessant d’A. Benhadj, qui vient encore de faire parler de lui en s’en prenant au général Smaïn Lamari, celui-ci à peine mis en terre, et à travers lui, à tous les chefs de l’armée, dont il fait le réquisitoire sur le même ton virulent que celui qui a assis sa réputation. C’est au cours de l’émission télévisée où il saluait ainsi le décès du patron du contre-espionnage que l’ancien numéro 2 du FIS a révélé qu’une tentative d’assassinat a été fomentée contre R Kébir du temps où ce dernier était en Allemagne, ce qui n’est certainement pas l’effet d’une association d’idées purement fortuite. A. Benhadj s’est souvenu de cet épisode (peu importe ici la question de sa véracité), et pas d’un autre, comme  s’il tenait à dire à qui aujourd’hui allait ses sympathies parmi ses pairs, ou comme s’il commettait un lapsus, ce qui est aussi, sinon plus, significatif de ses dispositions actuelles. Est-ce à dire, pour autant, que ces deux-là sont sur la même ligne, du moins pour l’essentiel, et que leur entente d’ores et déjà scellée fera en sorte que ce seront leurs idées qui l’emporteront dans leur camp ? Tirer  pareille conclusion dès aujourd’hui serait peut-être hâtive, il reste que ces chefs de file n’ont pas beaucoup de choix devant eux, et que chacun d’entre eux a autant d’intérêt à se déterminer vite qu’à ne pas s’engager dans une voie menant à l’impasse. Comme, de plus, ils ne sont pas particulièrement portés à faire étalage de leurs opinions ou de  leurs sentiments, sauf à déclarer leur haine à leur adversaires politiques, et même là il faut dire qu’ils présentent des nuances, qui veut deviner ce qu’ils mijotent n’a d’autre choix que de s’en remettre à des sorties médiatiques en apparence isolées les unes des autres, et autres rares faits, qui ne parlent pas nécessairement d’eux-mêmes, qu’il faut savoir au contraire interroger.

Il est possible à l’heure qu’il est de distinguer trois tendances à leur niveau. Celle qui est emmenée par Ali Benhadj, et dont il n’est pas à exclure qu’elle obtienne le soutien de Rabah Kébir, en dépit du fait que celui-ci paraisse bien moins intransigeant que celui-là, et qui n’entend émettre pas même la plus petite critique à l’encontre des groupes désireux de poursuivre ce qui, à leurs yeux, est une lutte armée, et qui n’est à ceux de leurs adversaires que du terrorisme. Pour elle, la violence  reste une réaction légitime aussi longtemps que les torts faits à leur mouvement, dont le premier est évidemment l’arrêt des élections en janvier en 1992, n’ont pas été redressés. Ce n’est pas cette tendance qui commettrait un appel à l’arrêt de la violence dans le style de celui que vient de  rendre public Madani Mezrag. Ceux qui s’y reconnaissent feraient attention à ne rien déclarer qui les ferait tomber  sous le coup de la loi pour apologie du terrorisme, mais ils ne diraient jamais rien non plus qui puisse être perçu ne serait-ce que comme une légère démarcation par rapport à ceux qu’ils considèrent encore comme des combattants de la foi, des jihadistes engagés dans une lutte légitime pour le triomphe tout ensemble de la vraie foi et de la vérité absolue qui est celle de la charia. Et quand il ne resterait plus qu’un seul sur cette position, Ali Benhadj serait celui-là. Il ne dirait jamais rien pour sa part qui donnerait à penser qu’il considère que le moment est venu pour le militaire de s’effacer devant le politique. Son attitude vis-à-vis d’Al Qaïda au Maghreb est la même que celle qu’il a eue envers le GIA finalement, faite de solidarité et d’admiration, mais aussi de désir d’inspirer des sentiments similaires pour lui. Il est un politique qui n’aurait pas mieux demandé que d’être doublé d’un chef militaire. Peu importe pour lui qu’Al Qaïda n’ait rien à faire en Algérie, qu’elle obéisse à un agenda qui n’a plus rien de national. Ce n’est pas lui qui tiendrait vis-à-vis de la section locale d’une organisation jihadiste  internationale les propos qu’a eus récemment depuis les Etats-Unis Annouar Haddam, qui lui prête la même sauvagerie qu’au GIA. Ce qui, soit dit en passant, ne laisse pas d’être étonnant,  car on ne se souvient pas que ce dernier ait tenu pareil discours dans le passé, notamment quand le GIA massacrait la population.

Mais les propos d’Ali Benhadj relatifs au défunt Smaïn Lamari et de l’armée en général valent peut-être moins en eux-mêmes que par rapport à ce qu’ils laissent entrevoir de la situation de celui-là même qui les a prononcés, c’est-à-dire de Benhadj en personne, ainsi que de la tendance qu’il représente. Ce qu’ils expriment ce n’est pas seulement la haine professée à l’endroit de ceux qu’on  a appelés les janviéristes, mais les sentiments rageurs de ceux qui ne voient aucune solution acceptable pour eux se profiler à l’horizon. Quelle que soit sa réputation d’intransigeance, Ali Benhadj se serait servi d’un autre langage s’il avait décelé en provenance des tenants du pouvoir une disposition plus ou moins favorable au retour sur la scène du courant auquel il appartient.

La deuxième tendance est représentée, ou plutôt, dans l’état actuel des choses, symbolisée par  Annouar Haddam, qui a annoncé la création d’un parti avant tout le monde, le Mouvement pour la Liberté et la Justice , alors qu’on s’attendait à ce que se soit Rabah Kébir qui le fasse en premier, d’autant qu’il a été autorisé à rentrer dans le pays, à la différence du premier. Certes, le parti d’Annouar Haddam peut très bien ne regrouper que quelques personnes, peut-être sans relais véritables à l’intérieur du pays, mais enfin, s’il s’en trouvait, ils n’iraient sans doute pas attirer l’attention sur eux, de sorte que l’on peut dire de ce parti qu’il est en fait bien plus un projet, ou une tendance susceptible de s’affirmer à l’avenir, que déjà une réalité. C’est un avatar du courant algérianiste et intellectuel à l’intérieur de l’islamisme qui professe un certain mépris pour les populistes dont le modèle est Ali Benhadj justement, qu’il n’est pas loin de tenir aujourd’hui pour le premier responsable de la débâcle par quoi s’est soldé l’un des mouvements islamistes révolutionnaires les plus prometteurs qui se soient  affirmés à la fin du siècle dernier. Maintenant qu’il a pris acte de la défaite d’une offensive dont il a été partie prenante, qu’il a même cherché à diriger, audace qu’il a chèrement payée, il veut n’avoir rien à faire avec des gens du genre d’Ali Benhadj, Madani  Mezrag, et moins encore avec des bouseux aux mains tachées de sang comme les Layada et compagnie.

La troisième tendance, c’est celle dont la tête d’affiche est Madani Mezrag, qui milite elle  aussi pour le droit à la création politique, et qui se reconnaît le plus nettement dans la politique de réconciliation nationale. Des trois, c’est elle qui est la plus présente dans les médias. Ainsi c’est son chef de file qui périodiquement remet la question du parti sur la table. Mais c’est elle aussi qui est la moins autonome des trois. Et donc la moins crédible.

M. Habili

 

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Aux grands maux les grands remèdes

Une bipartite et trois questions

L’idée est louable mais, en l’absence d’une politique salariale adéquate pouvant assurer une stabilité sociopolitique, on ne sait toujours pas si les nouvelles grilles de salaires de la Fonction publique apporteront un apaisement du front social. Cette course effrénée est inversement proportionnelle entre les salaires et le pouvoir d’achat, laminé par les augmentations des prix et autres taxes générées par chaque nouvelle loi de finances.
Pour beaucoup, la question est d’autant plus légitime que les piètres augmentations acquises en juin 2006 laissent penser que seule une politique salariale qui repose sur des normes scientifiques telles que suggérées par les experts-conseillers du partenaire syndical officiel, l’UGTA est à même de rattraper le déficit. Des normes qui récompensent l’effort individuel et collectif seraient à même de rétablir l’échelle des valeurs au sein d’une société en pleine mutation socioéconomique telle que la valeur ajoutée et la productivité l’exigent. La politique carriériste qui ne prime que la gestion des carrières appliquée à un secteur budgétivore qui emploie un million et demi de personnes et censé servir d’armature de la nouvelle politique économique du pays a montré ses limites. Une économie qui piétine par la faute de cette administration alors qu’elle devrait constituer la rampe de toute relance. Les indicateurs sont passés au rouge, alertant sur une déperdition déchaînée causant une saignée du personnel de l’administration migrant vers le secteur privé qui offre avantages et évolution de carrière. Car aussi aucune réforme économique n’est susceptible de s’imposer de façon durable sans une administration décentralisée, performante et ouverte sur les méthodes modernes de gestion et de fonctionnement.

La dualité salaire-stabilité

En constituant un chapitre certes important pour ce secteur, les salaires ne sont qu’une traduction du mode de gestion des ressources humaines. “Ils ne doivent pas avoir pour vocation de cacher les travers de l’administration publique”, estiment des spécialistes. Une vision statistique ne risque-t-elle pas de toucher, cependant, aux véritables problèmes qui couvent dans le secteur de la Fonction publique ? A savoir les aspirations socioprofessionnelles de certaines catégories de fonctionnaires et autres corps communs. “Pire, cette vision risque même de les voiler face aux enjeux de l’ouverture économique et de la mondialisation”, juge-t-on encore.

La stabilité salariale souhaitée n’est-elle pas hypothéquée dès lors que l’on compartimente l’accord entériné par le gouvernement et son partenaire social qui ne soulève jusque-là pas la question des autres secteurs productifs d’une part et les intérêts des retraités de l’autre ? Quoique ces derniers espèrent, de leur côté, une augmentation de leurs pensions, ils doivent encore prendre leur mal en patience en attendant l’issue de l’étude de la situation financière des caisses concernées par ce chapitre au niveau du département du Travail, de l’Emploi et de la Protection sociale.

Le diagnostic à ce sujet n’est pas reluisant, faut-il souligner, en l’absence d’une loi de régulation budgétaire indispensable à l’assainissement du secteur public. Une loi promise mais non encore promulguée.

Par ailleurs, les secteurs publics industriel et des services restent également en stand by. Nombre d’entreprises en difficultés financière ou en cessation de payement ont été mises en vente souffrent d’acquéreurs refusant les conditionnalités exigées par les cahiers de charges afférents à la loi sur la privatisation. Le vivier de l’UGTA et des bases militantes affiliées aux syndicats autonomes sont donc sur le qui vive et s’impatiente d’obtenir gain de cause avant la fin de l’année.

Côté gouvernement, le tableau n’est pas très prometteur car les augmentations, dépendant d’un accord entre les deux parties,  ne sont pas pour demain. Pour la simple raison que les dossiers relatifs aux nouvelles grilles ne seront pas finalisés avant janvier 2008. Ce qui arrange peu les affaires des bénéficiaires qui revendiquent « promptitude dans la décision gouvernementale » pour libérer les nouveaux salaires de ces grilles en instance de finalisation.
Comme dans une spirale

La réaction des différentes branches du patronat (1) et des politiques sonnent, à la veille de la bipartite de lundi, d’autres sons de cloche. Se sentant marginalisés de ces concertations, ils se disent pas prêts à baisser les bras et envisagent d’ores et déjà une levée de boucliers. Les patrons se fâchent et menacent de répondre par ricochet à ce qu’ils qualifient de «harcèlement par le fait accompli» de l’accord tacite entre le gouvernement et l’UGTA. Ils s’organisent déjà pour riposter aux résultats de la bipartite. Peinés par la « nullité » de l’Accord d’association algéro-européen, ils recommandent une révision des clauses de cet accord visant en priorité le démantèlement tarifaire douanier dont l’Algérie n’a tiré, selon eux, deux ans après son entrée en vigueur, aucun profit. Une manière de tirer la sonnette d’alarme après tant d’efforts vains pour accéder à la compétitivité internationale (2) du produit algérien cloué aux ports européens par des barrières-subterfuges afin de le disqualifier à des desseins de refoulement.

« Un bilan est recommandé », annoncent, unanimes, MM. Hamiani, Merakèche, M’Henni et Youcefi qui demandent de réviser ses clauses.

Le MSP, accusé par ses pairs de l’alliance présidentielle de faire de l’oppositionnisme, est rejoint par le RND. Celui-ci se démarque, par la voix de son SG, en termes non voilés, des décisions découlant de cette bipartite adoptée par le gouvernement, dans lequel siègent les deux alliés du FLN, comme une issue de secours et non en tant que rencontre d’étape pour baliser objectivement, et pourquoi pas de façon stratégique, les écueils qui se dressent face à un gouvernement qui se comporte devant le vécu quotidien avec des semblants de solutions qui diffèrent l’explosion sociale sans  la déjouer.

M. Soltani voit en l’augmentation un début de rattrapage ; M. Ouyahia, lui, persiste et signe : «L’augmentation des salaires n’est pas une solution.» Comme si tout le monde regarde des problèmes virtuels.
Cette bipartite n’aura servi qu’à absorber la colère du front social essoufflé par la dégringolade du pouvoir d’achat qui touche un pan très important de la société. Face à ces contradictions, la société risque d’être entièrement démunie. Il y a urgence de recréer la couche moyenne pour éviter le péril de paupérisation de tous les Algériens. Une approche appuyée par le ministre de l’Emploi, Tayeb Louh, jeudi passé. Pour cela, il faut repenser la politique de résorption du chômage et la création de véritable richesse afin de panser l’injustice des disparités occasionnées par l’insouciance des uns et l’irresponsabilité des autres. Il est de triste mémoire le moment où l’Etat devrait préserver l’emploi et les revendications socioprofessionnelles, les gouvernements aidaient à la prolifération de nouveaux riches. Nous n’avions pas besoin de ces richissimes gold boys n’accomplissant pas leurs obligations fiscales mais de redonner goût au travail, dans un pays qui a pour richesse 75% de jeunes.

Il fut un temps où l’Occident encourageait l’immigration en offrant toit, emploi et regroupement familial. Les gouvernants algériens poussaient et poussent encore le capital au chômage, au vagabondage et à l’errance clandestine sur les barques de la mort en haute mer.
A une année des assises industrielles, à deux ans de l’Accord d’association avec l’Union européenne, à dix ans de la relance économique accompagnée de privatisations par holdings interposés, à quinze ans de la création du dispositif ANSEJ qui n’a pas profité à ses véritables destinataires (3), les Algériens tournent en rond après 14 bipartites et tripartites.

En conclusion, quelle est la place du tissu industriel du secteur public dans ces rounds de consultation ? Que devient la lancinante politique d’adéquation de la recherche avec le monde du travail et de l’industrie ? Encore faut-il se demander à quand la fin de la politique de l’emploi des jeunes qui voue des diplômés à l’informel, conséquence des réajustements structurels.(4)

Enfin la bipartite peut-elle régler le problème de la pomme de terre, cet autre aliment de base des Algériens qui devient une affaire d’Etat après s’être imposé en un légume royal sur la table du Conseil des ministres ?!

Salah Bey

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1 - Le FCE, la CAP, la CGEA et la CIPA.

2 - La normalisation via le standard ISO est un devenu un rituel des entreprises industrielles nationales. Elle permet l’accès des produits algériens (aux normes du label international) au marché mondial où ils sont donc considérés comme compétitifs Des pratiques arbitraires de partenaires étrangers exercent un embargo non avoué sur les produits algériens qu’il refoulent au profit des marocains ou tunisiens de moindre qualité.

3 -L’ANSEJ est un dispositif permettant l’octroi de crédits pour la création de micro-entreprises. Mais il fut détourné de sa vocation première d’aider à l’émergence de ce qui pouvait être la pépinière d’un tissu de PME/PMI étoffé en versant uniquement dans le secteur des services comme le transport et les kiosques multiservices. De plus, les jeunes subissent des entraves administratives et bancaires.

4 -L’Etat emploie des jeunes diplômés, dans un cadre transitoire, sans perspectives, selon des normes surhumaines et surréalistes. Un licencié est payé à 3 000 ou 5 000 DA et un médecin est payé à 8 000 DA/mois, loin du SMIG fixé désormais à 12 000 DA.

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Rentrée sociale

Des patates contre la paix sociale

Que les pouvoirs publics se rassurent, la révolte populaire n’aura pas lieu. Les Algériens savent depuis longtemps qu’il n’y a rien à attendre . Ils  ont pris l’habitude des hausses des prix. Ils contourneront, chacun à sa manière, la baisse vertigineuse du pouvoir d’achat. Par contre, ce qui devrait inquiéter davantage les pouvoirs publics, et à leur tête le trio de partis de la coalition gouvernementale, c’est ce sombre tableau que donne l’Algérie en matière de “bonne gouvernance”.

Il a fallu l’intervention de la plus instance de l’Etat algérien pour tenter de désamorcer la “bombe” de la pomme de terre, à travers un décret présidentiel exemptant les importateurs des taxes et droits de douane afin d’en réduire le prix sur le marché du détail. A ce rythme, le président de la République sera sollicité pour atténuer la hausse des prix d’autres produits alimentaires aussi sensibles que la pomme de terre, comme la farine, le sucre et l’huile de table, et peut-être même de réduire les taxes d’importation des matériaux de construction qui connaissent eux aussi une hausse sensible.

Voilà à quoi est réduit un pays riche en apparence (les réserves de changes qui atteindront probablement la barre 100 milliards de dollars d’ici la fin de cette année), mais en même temps incapable de créer de la richesse ni de la distribuer équitablement. Bien sûr, la hausse des cours sur les marchés mondiaux a bon dos. C’est l’explication qu’on entend souvent. Mais personne n’osera nous dire pourquoi l’on doit se mettre pieds et poings liés à la merci de ces marchés alors que le pays a les capacités de produire ce dont il a besoin. Le ministre de l’Agriculture se garde bien de nous expliquer pourquoi sont département a négligé la culture céréalière sous prétexte qu’il n’y a pas assez d’eau et qu’il fallait donc se diriger vers des cultures plus résistantes au manque d’eau comme la viticulture. Finalement, l’Algérie importe du blé plus cher et n’a pas amélioré, pour autant, ses exportations de vins. Mieux, elle élargit de plus en plus la liste de ses importations, renforçant l’image d’un pays qui compte uniquement sur ses recettes pétrolières. L’Algérie achète des milliers de génisses par an mais elle reste capable de produire plus de lait. Et à la moindre hausse du prix de la poudre de lait sur le marché mondial, c’est la panique générale.

Devant tous ces problèmes, il est illusoire d’attendre des réponses satisfaisantes. Pas même un mea-culpa sur la responsabilité de l’Etat dans l’absence d’un système de régulation et de contrôle dans le secteur de l’agriculture. On fait comme si l’on venait de découvrir cette situation de débandade dans un secteur livré à la spéculation et à l’appât du gain facile, et on annonce des mesures qui seront prises par un groupe de travail interministériel qui devra se pencher sur les différentes filières.

La hausse des prix des produits de large consommation enregistrée durant l’été 2007 s’est également accompagnée d’un lot de problèmes qui ont renforcé l’image d’un pays fragile et au bord de la crise sociale. Des retards dans l’exécution des logements AADL, des problèmes de disponibilité de l’eau potable, une mystérieuse épidémie dans la wilaya de Sidi Bel-Abbes, en passant par une situation sécuritaire très inquiétante en Kabylie qui a donné lieu à une révision à la hausse du travel warning (mise en garde) britannique en particulier dans cette région du pays. Le tout couronné par une déclaration de Ahmed Mahsas concernant l’impossibilité de lutter efficacement contre la corruption en Algérie “à moins de mettre en danger tout le système politique algérien”. Sacré dilemme !

“Préoccupante” est la situation selon Abdelaziz Belkhadem, mais pas au point de parler de “phénomène inflationniste général”, disait-il lors de son point de presse de mardi dernier. Une série de hausses des prix de plusieurs produits de première nécessité en l’espace de quelques semaines ce n’est donc pas de l’inflation, selon le chef du gouvernement. Etrange raisonnement quand on connaît le niveau des salaires en Algérie et quand on sait qu’une majorité des ménages en souffre terriblement, en particulier à l’approche de la rentrée scolaire et du mois de ramadan. Et quand on sait aussi que la hausse des salaires promise tarde à voire le jour.

Les Algériens vont continuer à subir en silence. Il ne faut pas s’attendre à une révolution sociale, pas plus qu’à des émeutes ici et là. Ceux qui ont déjà essayé ce genre de procédés savent que ça ne mène nulle part. Bien au contraire, la société continuera à fonctionner en parallèle des mécanismes officiels créés par une élite pour son propre service. Certains parmi les Algériens continueront à faire semblant de travailler tant qu’on fera semblant de les payer. Fonctionnaires le matin et chauffeurs de taxi clandestins l’après-midi. Enseignants durant l’année scolaire et trabendistes pendant les vacances. Ces Algériens continueront à tricher sur leur consommation d’électricité, à chercher par tous les moyens d’obtenir illégalement ce qui leur a été refusé dans la légalité. Ils continueront d’occuper des terrains et d’y construire des baraques faute de logements qu’on leur promet depuis des lustres et qu’on est incapable de réaliser même dans l’aisance financière. D’autres citoyens penseront à quitter le pays, même au péril de leur vie, alors que certains parents ne verront aucun inconvénient moral à retirer leurs enfants de l’école pour les injecter malgré eux dans le marché du travail informel.

C’est cette incapacité des dirigeants à diriger, prévoir, organiser et coordonner qui pousse la société à s’organiser en parallèle, à se construire un autre monde, voire à défier la réglementation. Toutes les lois de la République ne viendront pas à bout du secteur informel tant que les règles du jeu ne sont pas les mêmes pour tout le monde. D’ailleurs, le secteur informel n’est-il pas alimenté par ceux-là même qui souhaitent écouler sans facturation le maximum de leur marchandise importée (ou produite) ? N’est-il donc pas soutenu par ceux qui bénéficient d’un accès facile aux portes du commerce extérieur ?

Dans cette ambiance de corruption généralisée, l’émeute paraît moins grave que l’existence de deux mondes parallèles. Une société officielle qui sait profiter et qui a accès aux largesses de la rente pétrolière et une seconde société de laissés-pour-compte qui, pour survivre, doit contourner toutes les lois faites par la classe dirigeante. L’une qui organise des élections et l’autre qui les boycotte. A des niveaux (et des montants) différents, les deux “sociétés” acceptent la corruption et le vol comme des sources supplémentaires de revenus. Le pire, c’est que ça devient de plus en plus accepté socialement.

Voilà vers quoi nous mène le défaut de cohérence des politiques actuelles des pouvoirs publics pour qui l’absence de manifestations visibles au sein de la société est synonyme de “paix sociale”.

Abdelkader Djalil

 

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Rentrée scolaire

Finies les vacances

L’été tire à sa fin et les vacances ne seront, dans quelques jours, qu’un souvenir parmi tant d’autres. Une autre rentrée scolaire s’annonce pour pas moins de 7 670 000 élèves et 606 000 nouveaux inscrits. Après la farniente de l’été, ce seront des journées bien remplies et des préoccupations plus studieuses qui meubleront le quotidien de nos bambins.

Le nombre des élèves scolarisés augmente chaque année. Pour cette rentrée, il a été enregistré des hausses de 1,48 % et de 4,5 % pour les nouveaux inscrits. Cela renvoie, encore une fois, au souci des classes surchargées et les conséquences qui en découlent sur l’apprentissage des élèves.

24 449 établissements scolaires sont aménagés au niveau national et sont prêts à accueillir tous ces élèves. Cette année, le nombre des élèves par classe est fixé à 31. Il était de 32 l’année dernière. L’idéal, d’après les objectifs fixés par le gouvernement, serait d’atteindre un taux de 30 élèves par classe.

Ce chiffre est plus ou moins controversé, car cette mesure ne peut être appliquée dans tous les établissements et dans toutes les wilayas ; il est plus que certain qu’elle le sera dans les établissements où le nombre des élèves est raisonnable et dans les wilayas et les communes où les écoles existent en nombre suffisant.

Aborder le volet de la rentrée scolaire nous renvoie inévitablement vers les dépenses qui s’imposent aux parents pour l’achat des fournitures scolaires. C’est loin d’être une partie de plaisir quand on sait, à titre d’exemple, que les prix des cartables varient 450 et 1 500 DA et que ceux des tabliers oscillent entre 400 et 600 DA. Alors quand on a plus d’un enfant scolarisé, c’est carrément une petite fortune qu’il faut dépenser.

La cherté de la vie et la dégradation du pouvoir d’achat aidant, les choses se présentent plutôt difficilement pour de nombreuses familles, et c’est pour les aider qu’une opération de distribution de 500 000 trousseaux scolaires a été lancée vers la mi-août par le ministère de la Solidarité nationale. Déjà 174 000 trousseaux scolaires ont été donnés aux enfants des familles nécessiteuses. Cette opération a coûté la somme de 320 millions de dinars. Ces trousseaux qui contiennent des cartables, des tabliers et des articles scolaires d’une valeur de 1 200 DA. Cette aide touche les élèves du cycle primaire et du cycle moyen, elle s’étend aux 48 wilayas, mais touche plus spécialement les enfants du Grand Sud et des Hauts Plateaux. C’est grâce à l’Enaditex, qui a signé une convention avec le ministère de la Solidarité nationale, que cette opération a été rendue possible. Il faut savoir aussi que 10.000 trousseaux scolaires ont été distribués aux enfants démunis établis dans plusieurs pays : Tunisie, Maroc, Egypte, Mali, Liban, Syrie, Niger et Burkina Faso.

Ces opérations de solidarité qui ont commencé dès la rentrée 2000-2001, n’ont qu’un seul but : permettre aux enfants démunis de suivre leur scolarité normalement. C’est pour cette raison aussi qu’une prime de 2 000 DA est accordée chaque année à 3 millions d’élèves. Le problème des manuels scolaires se posera-t-il cette année encore ? Si l’on croit ce qu’avait dit le ministre de l’Education nationale en septembre 2006, l’anarchie qui a accompagné la distribution du livre scolaire à cette époque-là, ne se reproduira plus jamais. A l’ouverture de la session d’automne du Parlement il a affirmé que le manuel scolaire sera disponible  Déjà, l’Entreprise nationale des arts graphiques s’est vu confier l’impression de huit millions de livres. 35 ouvrages seront édités, dont 9 seront destinés aux élèves de cinquième année primaire.

Dès le mois de juin passé, ces manuels étaient déjà prêts et disponibles. Ce qui évitera aux parents de faire toute une gymnastique pour dénicher les ouvrages indispensables à leurs enfants. Il ne sera plus question de se tourner vers le marché parallèle, toujours florissant, et que l’anarchie du secteur de l’Education a enrichi encore plus.

La rentrée scolaire c’est aussi la poursuite des réformes déjà commencées dans le système éducatif. Ainsi, 39 nouveaux arrêtés concernant la cinquième année primaire et la troisième année secondaire seront appliqués. L’enseignement secondaire sera, pour sa part, complètement réorganisé. Avec la structuration de la troisième année secondaire, il ne restera, en juin 2008, que six filières au lieux des quinze précédentes. Ceci dit, l’ancien système sera maintenu encore une année.

Mais il faut savoir que ces réformes ne font pas l’unanimité, puisque les syndicats de l’éducation affirment qu’elles visent à démanteler les lycées techniques qui sont la base essentielle dans la formation des ingénieurs et des techniciens. Cet avis est partagé par des mouvements associatifs, plusieurs formations politiques, ainsi que par des personnalités indépendantes.

Il y a un point dans ces réformes qui ne peut que satisfaire tout le monde. Il s’agit de l’intégration des technologies de l’information à l’école. Beaucoup d’établissements scolaires sont déjà équipés de l’outil informatique. A cette rentrée scolaire, plus de 4 000 collèges bénéficieront de cette nouvelle technologie. Mais plus que l’informatique pour les élèves, le ministère de l’Education nationale veut mettre en place un système global qui assure la connectivité de toutes ses structures. Il s’agit d’un projet important qui touchera la gestion académique, c’est-à-dire la carte scolaire, les dossiers des élèves et l’évaluation des établissements et des examens. Autrement dit, la gestion du personnel, des finances et l’archivage pour toutes les institutions du secteur.

Le dernier point est de type purement pédagogique, puisqu’il permet aux enseignants et aux élèves en même temps de connaître enfin l’enseignement à distance, connu sous le nom de e-learning. En un mot, le secteur de l’éducation voudrait se mettre au diapason et cela ne serait que pour le bénéfice des élèves. Car il est temps que l’école publique cesse de devenir un lieu où les élèves passent du temps. Il faudrait qu’elle arrive à concurrencer les 126 écoles privées qui accueilleront pas moins de 16 500 élèves. Reste le statut de l’enseignement qui sera, peut-être, débattu par une commission mixte syndicat-ministère.

Khadidja Mohamed Bouziane

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La réforme du dispositif en vigueur est annoncée

Sur les chemins sinueux de l’emploi…

Avec la libéralisation, le marché algérien de l’emploi a subi d’importants changements ces dernières années, légitimés par le vaste programme de relance. Pourtant, cette mutation suscite le désarroi chez une partie de la population.

L’annonce faite dernièrement par le ministre du Travail sur la réhabilitation des métiers traditionnels, à travers la micro-entreprise, a contribué à semer davantage le doute dans les esprits. La démarche de Tayeb Louh, même si elle vise à résorber le chômage, demeure déconnectée de la réalité. L’Algérie est en effet un pays qui enregistre annuellement quelque 500 000 victimes du système scolaire, nécessitant une prise en charge et une formation professionnelle. Or celle-ci connaît des limites et mérite d’être redressée, pour faire face notamment aux besoins de plus en plus pressants du secteur du bâtiment et des travaux publics (BTP). Même si l’on relève que ce secteur pourvoyeur d’emplois ne fait travailler que 15% de la population active en Algérie. Nous sommes, par conséquent, en présence d’une situation des plus paradoxales : des dizaines de milliers de jeunes sont au chômage, alors que les entreprises du BTP souffrent d’une pénurie de main-d’œuvre, particulièrement d’ouvriers qualifiés. Les réformes dites libérales, engagées ouvertement depuis plusieurs années, n’ont pas encore eu les résultats escomptés, d’où le déficit d’entreprises de réalisation en raison surtout du manque de personnel qualifié. Résultat : parmi des entreprises de ce secteur alimentant leurs chantiers en ouvriers affectés aux tâches de manutention, certaines se voient parfois obligées d’arrêter faute de compétences. D’autres sont, en revanche, à la recherche (ou emploient déjà) des travailleurs étrangers.

Doutes sur les chiffres du chômage

Le gouvernement, par la voix du ministre du Travail, s’est fixé comme objectif la création de deux millions d’emplois d’ici à 2009. S’agit-il d’un projet ambitieux ? Non, d’après les dirigeants. De plus, si l’on s’en tient aux données officielles, plus de deux millions de postes d’emploi ont déjà été créés depuis 1999. Ces emplois, ayant coûté à l’Etat 92 milliards de dinars, ne sont cependant pas durables, pour la plupart.

Plus grave est la situation du secteur informel qui est devenu performant sur le registre de l’emploi, y compris l’emploi des compétences. Selon certaines sources, le secteur informel aurait créé, en l’espace de 7 années, autant d’emplois, sinon plus, que toutes les structures de l’Etat réunies. Et il semblerait que ce secteur, notamment celui versé dans le commerce des produits et biens d’importation, reste pour les jeunes plus attractif que le travail, à la fois pénible et précaire, offert par le bâtiment et les travaux publics. Ceux parmi les jeunes, qualifiés ou non, qui ne trouvent pas d’emploi tentent alors de fuir le pays, souvent au prix de leur vie.

Il y a quelques semaines, le ministre de l'Intérieur et néanmoins numéro deux de l’Exécutif, Nouredine Yazid Zerhouni, a fait part de ses doutes concernant la fiabilité des méthodes de calcul du taux de chômage en Algérie, fixé à 12% selon les estimations officielles. “Il suffit de faire un tour en ville pour constater que le chômage dans notre pays est beaucoup plus important que cela. Les chiffres du chômage ne sont pas fiables”, a-t-il alors déclaré à Oran. Ce n’est pas la première fois que des membres du gouvernement étalent publiquement leurs divergences sur la problématique du chômage. Des ministres ou de hauts responsables contredisent, en fait, constamment le chef du gouvernement sur la réalité des chiffres avancés, pas seulement ceux relatifs au nombre de chômeurs. En mai 2006, un directeur de l’insertion au ministère de la Solidarité nationale, Saïd Anan, avait estimé le taux de chômage à 15,3%, rappelant que celui-ci était un résultat approuvé par l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Alors que d’autres analystes fixent ce taux à plus de 20%. M. Anan a également annoncé l’“importation” de main-d’œuvre étrangère, sous le prétexte de la relance de l’économie nationale et de l’achèvement des grands projets en chantier dans les délais fixés.

Actuellement, l’Algérie figure parmi les pays les plus recherchés pour l’emploi. Elle accueille une main-d’oeuvre étrangère dont le nombre est estimé officiellement à 32 000 personnes représentant 105 nationalités et travaillant dans plusieurs secteurs, en particulier le bâtiment, les travaux publics, le secteur des hydrocarbures et celui de la téléphonie mobile. Certaines sources font cependant état de près de 100 000 travailleurs étrangers dans notre pays, présents dans la quasi-totalité des wilayas, sans compter les dizaines de milliers d’immigrés clandestins.

Immigration et fuite des cerveaux

L’annonce du recours à la main-d’œuvre étrangère a été rapidement suivie par la mise en place d’une série de textes relatifs à l’organisation du travail et du séjour des étrangers en Algérie. Des textes qui demandent aujourd’hui à être plus étoffés, à la lumière de la réalité du marché du travail national actuel et des bouleversements subis par le monde du travail depuis près d’une décennie. En plus clair, l’Algérie traverse une phase de transition, productrice de l’informel, de prétextes pour contourner les lois en vigueur et de groupes d’intérêts puissants, qui ne pardonne pas l’absence de stratégie en matière d’emploi.

L’immigration n’est pas un danger pour l’Algérie, surtout si elle est régulée : le recours aux travailleurs étrangers est parfois nécessaire pour les besoins d’une économie. Pourtant, ce sujet provoque encore des polémiques, en raison de la situation de nombreux jeunes sans emploi et sans espoir.

L’examen de la question de l’emploi ne peut également négliger les cadres nationaux établis à l’étranger. L’Algérie est l’un des pays qui souffre le plus de la fuite des cerveaux. Pendant la décennie noire, soit entre 1992 et 1996, celle-ci s'est élevée à 40 milliards de dollars. Selon l’association des compétences algériennes (ACA), ils seraient entre 30.000 et 100.000 Algériens installés à l’étranger, dont près de 80% sont des chercheurs et des professeurs universitaires. En France par exemple, plus de 7.000 médecins étrangers immigrés seraient des Algériens, dont 2.000 travaillant à Paris. Les Etats-Unis accueillent de leur côté quelques 18.000 Algériens, dont 3.000 chercheurs et scientifiques, tandis qu'au Canada, la communauté algérienne est devenue la plus importante communauté étrangère parmi les pays maghrébins. Cette situation a fait réagir certaines voix, qui appellent aujourd’hui au renforcement de la coopération entre les compétences nationales et les cadres établis à l'étranger, pour permettre à ces derniers d’apporter une contribution plus conséquente au développement de l’économie algérienne. Selon l’ACA qui compte 1000 cadres établis à l’étranger, les premières tâches consistent à identifier toutes les compétences algériennes à l'étranger, garder le contacts avec les autorités algériennes et mener une campagne de sensibilisation en vue de nouvelles adhésion, cela en prévision de sa deuxième conférence annuelle, prévue à Alger en 2008.

Reste enfin la question de fond, celle de la politique d’investissement. La démarche actuelle du gouvernement en la matière est loin de satisfaire la création des richesses et des emplois. Pour preuve, le crédit à l’investissement aux nationaux, le privé notamment, est inférieur à 2 milliards de dollars alors que le volume des Investissements directs étrangers (IDE) est de 20 milliards de dollars. Sur qui l’Algérie et les chômeurs algériens devraient-ils compter ?

Z’hor Chérief

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Alliance présidentielle

Le MSP pour succéder au FLN ?

Plus que jamais, les trois formations de l’Alliance présidentielle affichent leurs capacités à jouer durablement le rôle d’un bloc politique à même de conserver le pouvoir et de repousser toute perspective de constitution d’une alternance politique. A mesure que l’on avance au gré des conjonctures, il devient de plus en plus évident que plus l’assurance en leur force incontestable est acquise, plus se pose avec insistance la question de savoir au bénéfice duquel des ses membres œuvre en réalité cette coalition.

Le prochain sommet de l’Alliance présidentielle, prévu pour lundi prochain sera à n’en pas douter comme tous ceux qui l’ont précédé. Une comédie parfaitement bien réglée pendant laquelle les trois leaders que sont Belkhadem, Ouyahia et Soltani, n’auront que des amabilités à formuler l’un envers l’autre et une somme de phrases toutes faites à l’adresse des journalistes, toujours aussi nombreux à faire le pied de grue dans l’espoir de glaner une phrase inattendue ou une annonce fracassante. Bien entendu, on commence à s’y faire, et aussi à s’en lasser,  il n’en sera rien, puisqu’en tant qu’Alliance, cette entité continuera à remplir loyalement son rôle de soutien envers celui qui fait l’objet même de sa constitution, soit le président Bouteflika et tant que ce dernier sera au pouvoir. Le FLN, le RND et le MSP se sont constitués en février 2004, en une Alliance, dans le but de la mise en œuvre du programme du Président. Il n’était, en réalité, question que de formaliser une entente convenue depuis le retour au processus électoral du terme de Liamine Zeroual, et notamment depuis les législatives de 1997, dont la particularité avait été, du point de vue de cet ensemble, de replacer le FLN dans le camp de l’opposition à l’insurrection islamiste et non plus du coté du Contrat national de Sant’Egidio. Le changement à la tête de ce parti ainsi opérée, par le départ de Abdelhamid Mehri et ses fidèles, a nécessité néanmoins que celui-ci soit désormais attelé à deux balises politiques fortes, ce qui a été l’objet même de son alliance avec le RND et le MSP. Le premier est une menace permanente pour le FLN, garantissant la continuité dans le champ politique de l’aile nationaliste mais opposée à l’islamisme radical et pour parler plus clairement à tout retour à l’activité politique de ce dernier. Le second tend justement à empêcher le FLN de tout recentrage islamiste trop marqué, en occupant le champ d’un islamisme modéré qui, à son tour, constituerait la ligne de touche entre un islamisme acceptant la légalité républicaine et l’autre, la réfutant et donc exclu du jeu politique. Idéologiquement, elle constitue la preuve d’une réconciliation avant l’heure de deux courant que tout séparait déjà, les nationalistes et les islamistes. C’est à partir de cette configuration qui trouve encore ses prolongements dans la conjoncture actuelle, et avec laquelle l’opposition  a mis beaucoup de temps à s’adapter, que s’est dessinée aux yeux du régime une voie de sortie de crise et de stabilisation des institutions qui a fini par donner son caractère indispensable à ce qui est devenu aujourd’hui l’Alliance présidentielle. Et si elle donne parfois l’impression de subir quelques fissures, qui peuvent être parfois plus réelles qu’on ne l’imagine, elle reste toutefois soudée autour d’un point commun ; elle ne peut avoir en réalité qu’un seul et unique candidat à la seule élection qui compte, la présidentielle.

Le RND, l’alliance dans la crise

Cette démarche commune, si elle a été opérée avec plus de pudeur par le FLN de Benhamouda et le MSP de Nahnah du temps où le RND se permettait l’hégémonie au sein des institutions, est, depuis l’avènement de Abdelaziz Bouteflika, totalement assumée en tant que soutien au programme du président de la République, appuyé sans réserve aucune dans les faits. Son appellation d’Alliance présidentielle n’est donc pas du tout un vain mot. Quant à son avenir, voilà n’est-ce pas ce qui doit être en tête des préoccupations des états-majors politiques, puisque la conjoncture qui lui donné naissance, à l’ombre d’une crise particulière, a beaucoup changé, du moins dans ses éléments essentiels. Il ne s’agit pas seulement de s’arrêter au fait que l’esprit des trois partis de l’Alliance soit passé de l’option participationniste à celle du partage du pouvoir. Considérons d’abord les facteurs internes de la situation politique en Algérie. Le recul du RND, ce bébé moustachu, n’est pas seulement le fait qu’une ancienne figure du FLN, en la personne de Abdelaziz Bouteflika, ait remplacé un général dont la mission première était la lutte antiterroriste, soit Liamine Zeroual, à la tête de l’Etat. Ce reflux provient du fait que sa puissance d’antan était tirée de son rôle de ciment des forces aux prises sur le terrain avec le terrorisme islamiste. Recul – pas nécessairement proportionnel – de la menace terroriste, mais qui a eu son corollaire politique au niveau des institutions et des assemblées élues.

Les limites du FLN

L’ère du retour du FLN, non plus en tant que parti unique, mais en tant que parti hégémonique à l’heure du pluralisme, a été aussi celle d’une tentative de réconciliation nationale qui a connu les résultats que l’on constate. Ceux-ci prêtent à débat sur les différents aspects que les uns et les autres n’on de cesse d’évoquer, mais une chose est sûre, c’est que la situation actuelle, si elle n’est pas qualifiable de «crise», recèle au moins deux particularités qu’il serait vain, sinon dangereux d’occulter. La première se rattache à la persistance du terrorisme et, plus encore, à l’émergence d’un terrorisme nouveau qui se revendique d’Al-Qaîda, si l’on peut se permettre de douter d’une telle appartenance, idéologique soit-elle ou organique. L’acharnement, le changement de mode opératoire, la professionnalisation et, en bout de course, le maintien en tant que donne politique durable du terrorisme islamiste en fait un réel sujet de tourment pour la classe politique, autant pour sa partie qui reste résolue à le combattre que celle qui a toujours su en exploiter le caractère endémique. Mais si nul ne reconnaît aux groupes terroristes une revendication précise, du moins de portée nationale, on ne peut dire que du coté de l’ex-Fis, où l’on se pose encore, en quelque sorte, en précurseur en ce domaine, il n’y a pas de volonté de profiter de la situation pour expliquer le terrorisme précisément par le refus des autorités de réintégrer dans le jeu les figures politiques de la mouvance islamiste radicale.

Les radicaux en embuscade

L’on peut énumérer quatre initiatives, peu différentes dans le fond, et qui ont exprimé, chacune à sa manière, le vœu d’être autorisée à la création d’un parti politique. Elles portent chacune l’empreinte de leurs chefs de file qui entendent chacun de son coté damer le pion à ses rivaux. Il s’agit des initiatives portées localement par Ali Benhadj et Madani Mezrag et, depuis l’étranger, par Anouar Haddam et Rabah Kébir. Les quatre hommes n’ont pas le même profil ni les mêmes idées s’agissant aussi bien de la manière d’assumer le passif du mouvement que de la manière de lui donner un nouveau départ vers une perspective possible.

Cet élément de «perspective possible» nous semble être un point capital, du moins dans le court terme. Les dirigeants de l’islamisme radical, notons bien qu’ils ont tous pour point de départ que la base de l’ex-Fis de 1991 est toujours la même, c’est-à-dire aussi importante, sinon plus (et en cela il reste presque impossible de les convaincre du contraire), se livrent à une surenchère qui pourrait au final à dégager un seul et unique leader que le mouvement reconnaîtrait comme tel. Rabah Kebir a tenté, par une virée qui n’a pas livré tous ses secrets en 2006, de faire jouer une pseudo-entente, un accord secret qu’il aurait laborieusement tissé avec les plus hautes autorités du pays. Son départ précipité et sa quasi-disparition de la scène depuis laissent déduire qu’il n’en était rien, ou alors qu’il n’était question dans son cas que de la promesse d’une cessation des poursuites moyennant un retour sans trop de vagues au pays. Anouar Haddam a donc créé son Mouvement pour la liberté et la justice, n’est-ce pas aussi que c’est dans l’air du temps, mais ne semble pas non plus s’être épargné la rigueur de certaines clauses de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale qui l’empêchent encore et toujours de rentrer au pays. Lui, on peut le dire, a su tirer les leçons du fiasco de Kébir. Car quel sort serait destiné à Anouar Haddam si d’aventure il foulait à nouveau le sol algérien ? A priori, on peut être sûr qu’il serait parfaitement libre de ses mouvements et de ses propos, mais on peut affirmer aussi avec autant de certitude qu’il n’aura pas plus de succès que son camarade exilé en Allemagne. Restent les locaux. Ceux qui jouent leur liberté et leur vie chaque jour, sans pouvoir deviner d’avance d’où pourraient venir les coups. Madani Mezrag tente de faire valoir un atout dont, en fait, il ne semble pas disposer autant qu’il le prétend, c’est-à-dire d’un certain accord de réhabilitation politique qui aurait été derrière sa décision de la trêve unilatérale de l’AIS en 1997 et de l’autodissolution de l’AIS en 2000. On le voit présentement ruer dans les brancards et devoir s’expliquer à lui-même pourquoi des terroristes de son camp se voient-ils obligés de s’attaquer à ses adjoints. Enfin, Ali Benhadj, qui aura attendu d’être le dernier pour agir, et dont le propre fils serait, sous réserve de vérification, parmi les troupes du GPSC, développe désormais le plus radical des discours. La virulence et l’indécence de ses propos, par exemple au sujet de la disparition du général Smaîn Lamari, n’ont rien d’une vengeance personnelle ou d’un règlement de compte auquel se livrerait un ancien prisonnier aigri. Elles ne traduisent rien de moins qu’une prédisposition à la surenchère, celle-là même propre à satisfaire ce qu’il vise comme base de l’ex-Fis et les groupes armés en activités et, peut être aussi, l’organisation d’Al-Qaîda dont on peut deviner qu’il ne serait pas contre son soutien. Cette guerre tactique et pas seulement médiatique à laquelle se livrent les présents chefs de file de l’islamisme radical est également encouragée par le taux d’abstention aux législatives du 17 mai qui a beau avoir de multiples raisons, mais qui est présenté par ces derniers comme le résultat d’une interdiction de participation de leur courant.

Une brèche pour le MSP ?

A l’heure où nous mettons sous presse, Ali Benhadj, malgré le tollé qu’il devait déclencher après sa dernière sortie médiatique, ne serait-ce que parce qu’elle n’a été condamnée par aucun officiel, semble déterminé à s’adonner à davantage de provocation. Cela ouvre ainsi un front dans lequel l’alliance présidentielle, porteuse de la politique de réconciliation nationale autant du principe de la poursuite de la lutte contre le terrorisme, ne manquerait pas de s’engager. Pour l’aile islamiste de l’alliance, le MSP en l’occurrence, c’est là un écart qu’il sera tôt ou tard appelé à combler comme il a toujours été amené à le faire, en prônant une participation islamiste qui ne sort jamais de la ligne de respect des lois de la République. Un islamisme qui est là pour défendre les valeurs de l’islam qu’il entend conjuguer à la modernité et qui, en même temps, ne ressent jamais aucune nécessité tactique d’entrer en conflit direct avec l’aile nationaliste. C’est d’ailleurs ce qui particularise l’ex-Hamas dans le champ et au sein du mouvement islamiste et au sein du champ politique dans son ensemble. Ses critiques récurrentes adressées au autorités, lorsqu’elles ne visent pas directement le gouvernement, ne sont cependant pas pour autant accompagnées de rupture et constituent généralement un discours de campagne, voire de consommation interne à l’adresse de la base du parti.

Quand au contexte international, il est lui-même porteur d’une redistribution des cartes dans le camp islamiste à l’échelle internationale. Sur fond d’enlisement de la guerre en Irak et du prolongement sans vainqueur final de la guerre mondiale contre le terrorisme, l’on assiste à l’impasse du Hamas en Palestine, à l’isolement dans son propre pays du Hezbollah, à la défaite de Fatah el-Islam et au renforcement de la pression internationale sur l’Iran. Pendant ce temps, presque sans commettre de faux-pas, l’AKP, à l’ombre de la laïcité, prend le pouvoir en Turquie et promet de changer la donne. A l’exemple des Ben Laden et Zarqaoui qui nourrissaient les fantasmes des djihadistes de toutes parts, l’AKP viendrait démontrer que la voie de la légalité et de l’assimilation au sein par l’idéologie islamiste du modèle démocratique est sans doute la voie la plus sure et la moins coûteuse. De quoi donner du grain à moudre au MSP en Algérie, lui dont le président promettait de prendre le pouvoir en 2012. La voit-il se réaliser à travers une hégémonie qu’il s’arrogerait pour n’en partager que quelques parties avec le FLN et le RND ? On ne peut exclure qu’au niveau du parti du défunt Nahnah, rien de ce raisonnement n’ait effleuré les pensées des uns et des autres…

Nabil Benali

 

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