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et hydrocabure
Faut-il
changer Sonatrch ?
Parler de
Sonatrach c’est aborder un sujet tabou car depuis plus de
trente-cinq ans, les gouvernements qui se sont succédé ont habitué
l’opinion publique algérienne à ne recevoir que des messages
positifs que ces derniers prennent soin d’élaborer et par lesquels
ils voudraient la rassurer, elle qui serait tentée de se poser des
questions lorsque les prix du pétrole et du gaz sont en baisse
importante. Lorsque les chose vont mal, l’explication est alors que
la faute en incombe invariablement au marché et aux forces hostiles
qui le contrôlent, entendez par là les multinationales et à
l’arrière-plan les grandes puissances occidentales avec a leur tête
les États-Unis que beaucoup considèrent comme étant la cause ultime
de tout qui se produit de mal dans le monde. Par contre, lorsque les
choses vont bien, c’est-à-dire lorsque ces mêmes prix augmentent de
manière importante et que le pays devient riche comme il l’est
redevenu depuis quatre à cinq ans (tout comme il l’a été pour un
temps dans le passé à deux reprises, en 1973 et en 1980) tout le
mérite en revient à la gestion éclairée des dirigeants du pays , non
pas à celle des gestionnaires de cette société choisis de plus en
plus, l’on ne sait pourquoi, dans la catégorie des gens de plus en
plus anonymes, alors que l’importance de Sonatrach impose
précisément qu’ils le soient parmi les plus fortes personnalités du
pays, si ce n’est la plus forte…
Cette
entreprise est trop importante pour le pays pour continuer à être
traitée de la sorte ; on lui doit au moins cela au moment où elle
assure 75% du budget de fonctionnement et d’équipement de l’État, en
plus d’assurer la totalité du financement des opérations hors
budget, tels que les programmes de développement régionaux.
Devenir plus
riche pour le pays ne signifie pas aller mieux. Le dernier rapport
du PNUD 2007 passe en revue les éléments sociaux, économiques,
culturels et sanitaires de chaque pays. Pour l’année 2005, l’on y
constate un recul de notre pays à la 104e place par
rapport à son classement en 2004 (102e)… Il est certain
encore une fois que cette situation montre que l’Algérie,
contrairement à ce que l’on pourrait croire à la suite de cet
enrichissement important, se porte mal, contrairement à d’autres
pays qui avec moins d’argent font mieux.
Les
problèmes posés par la gestion de Sonatrach
On oublie
souvent que Sonatrach est une entreprise et qu’à ce titre, elle peut
être bien ou mal gérée. Sur ce plan, il faut reconnaître qu’aucun
jugement n’a été jusqu'à présent porté ; il faut s’y essayer au
risque de choquer certains.
Sonatrach est
un géant économique, son chiffre d’affaires a été, en 2006, selon le
magazine Jeune Afrique, de 61,3 milliards de dollars, soit plus de
50% du PIB réalisé cette année-là (124,1 milliards de dollars). Ce
chiffre d’affaires est par ailleurs supérieur de plus de 12
milliards de dollars à la somme des dépenses budgétaires prévues
par l’Algérie pour cette même année.
Le chiffre
d’affaires de Sonatrach pour l’année 2007 ne sera pas loin des 70
milliards de dollars grâce à la flambée des prix du pétrole et du
gaz, bien que les quantités exportées (pétrole surtout) soient en
baisse rapportées a celles qui l’ont été en 2006. Les bénéfices
réalisés ont été, selon le même magazine, de près de 8 milliards de
dollars Ce qui n’est pas énorme comparé aux résultats affichées par
les entreprises concurrentes de même taille, dont la francaise
Total-Elf Fina : plus de 30 milliards de dollars et une production
en équivalent pétrole de 2,4 millions de barils jour, la Sonatrach
ayant produit 3 à 3,1 millions de barils jour d’équivalent pétrole,
dont plus de 1,6 million de barils/jour de pétrole, selon des
statistiques du gouvernement américain. Des quantités produites et
des bénéfices de ces deux sociétés, une déduction simple s’impose :
Sonatrach rentabilise mal ses moyens. En terme de patrimoine,
Sonatrach est réellement un géant, ce qui accentue le caractère
médiocre de sa performance économique de 2006 comparativement a des
sociétés qui pèsent le même poids qu’elle dans le domaine de la
production, ce seul fait constituant en quelque sorte un indice qui
montrerait sa grande fragilité face à des concurrents plus agiles
car moins «encombrés» de charges.
La Sonatrach,
du reste, n’est pas la seule compagnie à souffrir d’inconvénients
pondéraux, cette maladie semble frapper surtout les compagnies
arabes et celles du monde latino-américain. C’est ce qui ressort
d’ailleurs du classement effectué par le Financial Times et le
cabinet conseil McKinsey, qui ont dressé la liste des 150 groupes
non cotés en bourse où la Sonatrach arrive en sixième position avec
une valorisation du patrimoine de 224 milliards de dollars, occupant
la troisième place parmi les grands groupes arabes derrière le
saoudien Saoudi Aramco avec 781 milliards de dollars et le groupe
Kuwait Petroleum Corporation avec 378 milliards de dollars. Elle
devance par ailleurs la compagnie publique iranienne, la National
Iranian Oil Company, qui totalise 220 milliards de dollars, la
nigériane Nigerian National Petroleum Corporation (120 milliards de
dollars), la Abu Dhabi Oil Company (103 milliards de dollars) et la
Libya National Oil Company (99 milliards de dollars). Toutes les
autres compagnies pétrolières publiques, qu’elles soient africaines
ou arabes, à l’exception de l’irakienne, se situent au delà de la
place occupée par la compagnie libyenne, à l’exemple de la
compagnie publique égyptienne Egyptian General Petroleum Company, 46e
de ce classement avec un patrimoine évalué à 33 milliards de
dollars.
En prenant en
considération le classement donné par le Financial Times et le
bureau de consulting McKinsey et les statistiques de production
élaborées par le gouvernement américain pour l’année 2006 on peut,
sur la base du ratio qui lie la valeur du patrimoine de chaque
groupe pétrolier à sa production journalière exprimée en équivalent
baril de pétrole/jour, dans le monde du pétrole arabe, Sonatrach
occupe la troisième plus mauvaise place en terme d’efficacité
économique juste derrière l’Arabie saoudite et le Koweït ; toutes
les autres compagnies publiques arabes de pétrole réalisent un
meilleur ratio. Les ratios sur lesquels s’appuie cette conclusion
sont que pour produire 1 million de barils de pétrole ou
d’équivalent pétrole/jour l’Arabie saoudite (qui produit 10
millions de barils/jour) a mis en oeuvre un patrimoine de 78
milliards de dollars, ce qui donne donc un ratio de 78. Les
résultats pour les autres pays sont, pour les plus mauvais ratios
qui correspondent aux chiffres les plus élevés, le Koweït avec 150
points avec une production de 2,5 millions de barils/jour, le
Venezuela avec 127 et une production de 3 millions de barils/jour,
l’Algérie avec 72 et une production de 3 millions d’équivalent
pétrole par jour et la Libye avec un ratio de 70 et une production
de 1,4 million de barils/jour. Parmi les moins mauvais, il y a
l’Iran avec un ratio de 55 et quatre millions de barils/jour, le
Nigeria avec 50 et 2,5 millions de barils/jour, les Émirats arabes
unis avec 40 et 2,5 millions de barils jour…
Préserver
Sonatrach
Compte tenu de
sa fragilité masquée par l’abondance du moment, il serait urgent
d’établir des règles qui viseraient à sauvegarder cette entreprise
contre toute atteinte qui aggraverait sa situation actuelle. Il est
surtout urgent de mettre en place l’équipe en charge d’améliorer les
ratios de gestion et de structure de cette entreprise en vue de la
rendre plus agile et plus compétitive sur le marché mondial où elle
n’occupe pas une bonne position.
Le pays se
doit de protéger son unique source de revenus contre tout ce qui
pourrait lui nuire car il y va de sa survie. Placer cette société
dans une ambiance de travail sereine devrait être la priorité du
gouvernement avant d’envisager les autres mesures visant à la rendre
compétitive au plan mondial. Pour ce faire, il serait nécessaire que
l’État fixe des objectifs à Sonatrach et laisse les dirigeants qu’il
aura choisis pour la diriger conduire les actions qui viseraient à
les atteindre. Par l’établissement de cette ligne rouge, il s’agit
de défendre non seulement le pain de la génération actuelle mais
aussi celui de celles qui vont suivre. Aussi, pas d’Imposition de
décision d’embauche en dehors des règles que cette société devra
elle-même respecter, pas de charges qui ne soient en liaison directe
avec son activité, particulièrement les charges venant d’autres
secteurs...
Cette
parenthèse fermée, il y a par ailleurs que l’abondance actuelle chez
Sonatrach ne semble profiter qu’aux personnes qui y travaillent et
voient leurs salaires régulièrement augmentés alors que partout
ailleurs, les gens arrivent difficilement à toucher leurs maigres
revenus bien qu’objectivement, ils travaillent mieux et plus que les
travailleurs de Sonatrach parce qu’ils se trouvent dans des secteurs
difficiles, face à une concurrence féroce…
Tout cela ne
devrait pas échapper aux dirigeants politiques du pays parce que
cette situation ne contribue pas, loin s’en faut, à la paix sociale
qui peut à tout moment être remise en cause car il y a injustice. Ce
sont précisément ces secteurs exposés localement à la concurrence
internationale qui perdent leurs meilleurs éléments parce que mal
payés. Il y a un devoir de solidarité à faire respecter par tous. De
plus, rien ne justifie que le personnel de Sonatrach soit mieux
rétribué que les autres collectifs présents dans les autres secteurs
économiques .La comparaison qualitative des capacités humaines mise
en œuvre par Sonatrach aux capacités présentes dans les autres
secteurs de l’Économie nationale ne peut se faire directement.
Cependant il y
a lieu de dire que si les autres secteurs de l’économie nationale
affrontent déjà depuis quelques années la concurrence étrangère sur
le territoire national alors que Sonatrach s’y trouve sans
concurrence aucune, leurs performances peuvent être estimées comme
faibles ; elles résistent de plus en plus difficilement a la
concurrence des firmes étrangères présentes en Algérie.
Pour sa part,
la Sonatrach subit la concurrence étrangère à l’extérieur du pays.
Là aussi, force est de constater que Sonatrach, placée dans les
mêmes conditions que les autres secteurs économiques nationaux,
c’est-à-dire en confrontation directe avec la concurrence
internationale, elle ne fait pas mieux…. Cela nous offre
l’opportunité de poser des questions que tout un chacun porte en lui
à propos des investissements réalisés par cette société a l’étranger
et de la manière dont ceux sont managés.
Une remarque
s’impose : l’équipe dirigeante en place ne semble pas en mesure
d’influencer le cours des choses alors que sur beaucoup de dossiers,
elle semble complètement dépassée. A titre d’illustration, il faut
d’abord relever qu’elle a été absente (et continue de l’être) dans
le conflit qui l’oppose aux entreprises espagnoles dans le dossier
de Gassi Touil et dans celui du gazoduc Medgaz ; elle a ensuite
gardé le silence face à la décision de la Commission européenne de
fermer la porte aux entreprise étrangères qui voudraient distribuer
du pétrole et du gaz par leurs propres moyens dans la zone UE.
Et alors même
qu’il s’agissait d’une décision attendue, cette équipe ne s’est pas
préparée pour envisager à temps des parades éventuelles et
apparemment, elle ne semble pas encore avoir engagé une réflexion
sur cette question.
Cette équipe
enfin ne donne aucune information ni à l’opinion publique ni à la
représentation parlementaire s’agissant de l’état de ses
investissements à l’extérieur. Par exemple, on ne sait toujours pas
si l’unité de production de polyéthylène de Tarragone, en Espagne,
réalisée en association avec l’allemand Basf, est entrée en
production ; si oui, quels sont les premiers résultats ?
Autre
investissement : sa participation dans le gazoduc qui doit acheminer
du gaz péruvien aux Etats-Unis ; là aussi, rien de nouveau. On
constate aussi peu ou pas du tout d’informations sur les
investissements réalisés par Sonatrach au Mali, au Niger et en
Libye.
Par ailleurs,
les conditions d’octroi semblent très restrictives comparativement à
ce qui s’est fait avec les autres sociétés pétrolières étrangères
engagées dans e pays. Les conditions de partage de production qui
n’octroient à Sonatrach que 20% sont littéralement pénalisantes.
Sur ce contrat, personne ne sait s’il y a précisément discrimination
ou non dans le traitement fait à Sonatrach en Libye.
Autre
question tout aussi importante : la situation des emprunts de
Sonatrach et de manière générale son endettement ainsi que la
gestion des comptes dont elle dispose a l’extérieur. Il s’agit là de
questions qui devraient trouver à l’intérieur du Parlement algérien
et spécialement devant la commission des finances le cadre adéquat
pour leur exposition et leur discussion. Pour paraphraser ancien
chef de gouvernement européen qui disait que «la guerre était une
affaire trop importante pour être laissée aux militaires», on
pourrait dire que la situation de Sonatrach est trop importante pour
le pays pour être laissée à la seule discrétion de ses dirigeants ou
des initiés, qu’ils soient bien ou mal intentionnés…
B. Hacheman
Haut
Mauritanie
Le rêve
d’un développement rapide s’évapore
La Mauritanie,
membre de l’UMA et de la Ligue arabe, n’intéresse pas beaucoup la
presse nationale. Il fut un temps où ce pays était en froid avec les
autorités algériennes pour avoir participé au partage du Sahara
occidental en compagnie du Maroc. Ce temps est loin et de ce fait,
la Mauritanie n’a plus de litige avec ses voisins.
Si la
Mauritanie est en paix avec ses voisins, ce n’est pas encore la
bonne entente avec deux d’entre eux, la Libye et l’Algérie, car
ayant, selon les dirigeants de ces derniers pays, franchi
l’irréparable en reconnaissant l’existence d’Israël et en échangeant
avec ce dernier pays des ambassadeurs. La Mauritanie est le
troisième pays membre de la Ligue arabe à avoir reconnu Israël après
l’Egypte et la Jordanie.
Ce pays, s’il
est petit économiquement (moins de 300 dollars de revenu par
habitant et par an), est grand par sa superficie plus d’un million
de kilomètres carrés pour une population de 3,1 millions
d’habitants. Il vient, cette année, d’organiser ses premières
élections démocratiques qui ont vu l’arrivée a la tête de l’État un
civil démocratiquement élu.
Comment se
présente la situation économique de ce sympathique pays dont la
particularité est d’être à la fois arabe et africain du fait de sa
population composée d’Arabes au nord et d’Africains au sSud ?
Un article de
Céline Curiol, paru au mois d’avril sur BBC Afrique, un journal en
ligne diffusé par la BBC, rendait compte d’un rapport établi par la
Commission économique pour l’Afrique, une institution relevant des
Nations unies, qui a été pendant longtemps présidée par Layachi
Yaker, ancien ministre du Commerce algérien. Dans ce rapport, il est
dit que sur l’ensemble du continent africain la croissance est
forte, mais cependant menacée par le risque d’un ralentissement…
Lacroissance générale prévue était de 5,8% pour l’année 2007, soit
un taux supérieur à la moyenne mondiale de 5,1% réalisé en 2006 (le
même que celui obtenu par l’Algérie). Ce taux mondial est en légère
augmentation depuis plusieurs années.
Que dit le rapport de la CEA ?
Le rapport cite le trio de tête devant réaliser la meilleure
performance africaine pour 2007. On y trouve dans l’ordre la
Mauritanie avec un taux de croissance de 19,8%, l’Angola avec 17,6%
et le Mozambique avec 7,9%. Commentaire accompagnant ce classement :
ces performances seraient dues à l’augmentation des prix des
matières premières (en particulier le pétrole) pour la Mauritanie et
l’Angola, alors que pour le Mozambique les causes seraient liées à
une meilleure gestion de l’économie nationale.
Selon ce rapport, l’augmentation de la croissance aurait des
fondations fragiles. Ce faisant elle ne pourra être soutenue que si
les pays africains assouplissent leurs politiques financières,
notamment en offrant de meilleurs taux d’emprunt.
Selon l’auteur de l’article, la Banque mondiale et le Fonds
monétaire international prôneraient pour les pays africains la
discipline fiscale et le calibrage des politiques monétaires. Il eut
mieux valu parler de calibrage de la politique fiscale et de
discipline s’agissant de la politique monétaire à promouvoir par les
pays africains, mais enfin c’est le compte-rendu qui en a été fait
par Céline Curel. Ces qualificatifs pourraient ne pas être
appropriés pour décrire des politiques économiques à entreprendre
dans les domaines fiscal et monétaire.
Parmi les autres éléments relevés dans ce rapport, après la première
place occupée par la Mauritanie dans ce hit-parade africain, il y a
la bonne prestation de l’Afrique australe, malgré le «flop»
zimbabwéen. Des baisses sont enregistrées au Tchad en Guinée
équatoriale et en RDC, ce qui semble assez curieux ; le Tchad et la
Guinée équatoriale produisent actuellement du pétrole ce qui devrait
leur permettre de réaliser une croissance positive beaucoup plus
importante. Pour résumer, ce rapport signale une chute importante du
PNB en Afrique de l’Ouest.
La CEA recommande, dans son rapport, la diversification des
économies des pays africains, ce qui n’est pas nouveau ni en
Afrique noire, ni en Afrique du Nord, ni dans les pays arabes. Tous
ces pays souffrent d’un manque de diversification de leurs
économies, ce dont elles ne cessent de se plaindre à l’image de
l’Algérie, qui présente la particularité d’être maintenant le pays
dont l’économie est la moins diversifiée au monde. Ce rapport note
enfin le rôle joué par certains pays émergents comme la Chine, dont
les importations de matières premières africaines ont augmenté de
50% au premier semestre 2006 et son engagement dans les grands
projets d’infrastructures en RDC et au Soudan. Dans ce contexte il
faut rappeler la performance de la Mauritanie pour l’année 2006 a
été la remarquable puisque sa croissance économique a dépassé les
14% après avoir été longtemps estimée a 27%.
De nouvelles réalités
économiques
Il y a d’abord ce coup de tonnerre qui a touché les pays africains
qui comptaient beaucoup sur la manne pétrolière et qui viennent de
se réveiller a cette triste réalité : leurs espérances initiales sur
des ressources importantes de pétrole avec leurs incidences
heureuses sur l’économie de leurs pays semblent maintenant remises
en cause. C’est ce qui est advenu à la Mauritanie au cours de cette
fatidique année 2007. On ne sait pas ce que sera 2008, mais ce qui
est sûr maintenant, c’est que la croissance à deux chiffres pour
cette année semble être un objectif non réaliste. Le gouvernement
mauritanien attend maintenant, anxieux, les rapports de Total Elf
qui ne communique pas beaucoup s’agissant de ses concessions en
Mauritanie.
Finalement, de quoi s’agit-il ? Il y a que ce pays a peut-être de la
chance et que chez lui pourrait se vérifier le vieil adage francais
qui dit «à quelque chose malheur est bon». Le malheur étant que ce
pays se mette à dépendre du pétrole, la drogue des gouvernements
arabes qui ne survivent que par lui.
Selon l’AFP, les autorités mauritaniennes avaient, dès le mois de
novembre 2006, revu graduellement à la baisse la production de
pétrole de 75 000 barils/jour à 20 000 aujourd’hui ; la raison
invoquée serait un mauvais positionnement des forages. La Mauritanie
semble s’être bien sortie de ce mauvais pas puisqu’une délégation du
Fonds monétaire international, en visite du 4 au 18 septembre, a
noté que la baisse de la production de pétrole a été compensée par
les autres secteurs de production pour soutenir la croissance pour
2007 ; les secteurs agricole et de la construction ont connu une
relance susceptible de «permettre à la croissance du PIB hors
pétrole d’atteindre 5,7% en 2007, soit plus qu’en 2006 où elle
avait atteint moins de 4%». Selon le communiqué conjoint qui a
sanctionné la visite de la délégation du FMI, les évolutions
macro-économiques seraient en ligne avec les prévisions de
programme, le déficit public et la masse monétaire seraient
maintenues dans les limites fixées, l’inflation continuant à baisser
et les réserves extérieures auraient même dépassé les objectifs
fixés.
De son côté, le ministre de l’Économie et des Finances, M.Ould Hamza
Veraz, s’exprimant au cours de la conférence de presse commune qui a
clôturé la visite de la délégation du FMI, a rappelé que les
priorités du gouvernement.
La Mauritanie connaît déjà une année 2007 difficile après les grands
espoirs fondés sur l’exploitation de ses richesses pétrolières.
Pour l’instant, Total ne publie rien sur les réserves pétrolières
déjà mises en évidence et celles qui seraient en cours
d’exploitation ou de développement ni sur les perspectives
s’agissant d’en découvrir d’autres. Il faut rappeler que plus d’une
vingtaine de sociétés pétrolières étrangères sont présentes, que les
recherches se déroulent principalement en off shore, c’est-à-dire en
haute mer et que les Mauritaniens espèrent de grandes découvertes.
En attendant, la décision de Total de réduire sa production a jeté
un froid là ou il y avait beaucoup d’espoir…
La Mauritanie n’est pas le seul pays inquiet de ce soudain
revirement de conjoncture s’agissant des espoirs liés a la
découverte de grandes réserves de pétrole ; la plupart des pays
d’Afrique de l’Ouest qui se sont lancés dans l’aventure du pétrole
se trouvent dans cette situation, presque tous révisent à la baisse
leurs prévisions de production à partir des ressources déjà en
exploitation et qui le sont malheureusement de manière intensive.
C’est le cas de l’Angola et du Congo Brazzaville, du Gabon et de la
Guinée équatoriale pour ce qui est de la recherche de nouveaux
gisements. Dans cinq à six ans, la plupart de ces pays vont se
retrouver sans pétrole à exploiter et la Mauritanie semble faire
partie du lot. Il faut espérer qu’il n’en soit rien pour ce pays qui
vient de se lancer dans l’aventure démocratique et toute crise
économique débordera fatalement sur des questions sociales et
surtout ethniques ouvrant des fronts propices aux coups d’État
militaires dont ce pays a été si souvent victime dans un passé
encore proche.
Quelles perspectives?
Il faut signaler d’abord que la Mauritanie a abandonné, en 1999, la
Communauté économique pour le développement de l’Afrique de l’Ouest
(CDEAO), qu’elle fait partie de l’UMA (dont les activités sont
actuellement gelées) dont elle est membre fondateur. Ce qui veut
dire qu’elle serait quasiment seule à assurer son développement,
alors qu’il est maintenant admis qu’aucun pays ne peut le faire s’il
n’est pas intégré à un groupe régional, contrairement à ses trois
associés dans l’UMA que sont la Tunisie, l’Algérie et le Maroc qui
le sont à l’UE.
Par ailleurs, bien que la question du pétrole ne soit pas close,
Total Elf et les autres compagnies peuvent encore trouver du
pétrole. Auquel cas le pouvoir actuel aura un répit plus long qu’il
pourrait mettre à profit pour régler un certain nombre de questions
qui hypothèquent son avenir. La première hypothèque à lever serait
celle là même qui constituerait l’obstacle numéro un au
développement des pays arabes : la croissance démentielle de leur
démographie. Sur ce plan, la Mauritanie est un champion puisqu’elle
a, avec la Palestine, le taux de croissance démographique le plus
élevé dans le monde avec plus de 40 pour mille. Avec un tel taux, la
population double tous les 17 ans à peu près. Cela veut dire que la
Mauritanie, qui compte aujourd’hui 3,1 millions d’habitants,
pourrait en compter dans trente ans plus de douze millions. C’est ce
chiffre que devraient méditer les dirigeants de ce pays pour engager
une politique visant à ralentir sa croissance démographique avant
qu’il ne soit trop tard.
La Mauritanie est un pays quasi désertique qui ne possède que trois
à quatre richesses essentielles qui ne peuvent lui garantir un
développement sur une longue période : le fer, le cuivre, des
ressources halieutiques importantes et enfin ce pétrole qui a fait
rêver les Mauritaniens.
Le développement du tourisme, à l’instar de ce qui se passe dans des
régions proches et de même climat (Sud marocain, îles Canaries) qui
connaissent un succès certain, lui est interdit en raison d’«une
fatalité climatique». Les eaux du littoral sont trop fraîches tout
au long de l’année, ce qui empêche la baignade. Le courant froid qui
vient les balayer (Kouro Chivo) est exactement le contraire du Gulf
Stream qui réchauffe les eaux du littoral des pays plus chanceux. La
Mauritanie a vu cependant son tourisme d’aventure ou d’exploration
croître dans des proportions intéressantes. Mais ce tourisme est
limité à une catégorie limitée (moins de 5%) de la population
touristique. Là aussi, il y aurait comme une porte fermée aux
espoirs mauritaniens.
La seconde difficulté, relevée d’ailleurs par le FMI, est cette
absence de main-d’œuvre qualifiée. De plus, le niveau de
scolarisation des garçons et des filles est l’un des plus bas au
monde avec moins de 60%. Les filles subissant davantage cette
contrainte puisqu’elles ne représentent que 21% des étudiants
inscrits a l’université alors que dans presque tous les pays arabes,
le nombre des étudiantes dépasse celui des étudiants.
Cependant il n’y a pas le feu en Mauritanie. La situation politique
y est bonne ce qui expliquerait cette présence en force des banques
étrangères, surtout françaises. Il faut seulement espérer que les
investissements étrangers encore peu importants touchent les autres
secteurs de l’économie mauritanienne afin d’amorcer cette fameuse
diversification qui semble pour l’instant considérée comme la
panacée devant apporter le développement que les pays arabes en
général. Pour la Mauritanie, il serai plus juste de parler de rêve
plutôt que d’espoir tant ses moyens paraissent dérisoires face au
défi du développement.
B. Hachemane
Haut
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