Semaine du 5 au 11 décembre  2007

Gouvernance et hydrocabure

Faut-il changer Sonatrch ?

Mauritanie  

Le rêve d’un développement rapide  s’évapore

 

 
 
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 Gouvernance et hydrocabure

Faut-il changer Sonatrch ?

Parler de Sonatrach c’est aborder un sujet tabou car depuis plus de trente-cinq ans, les gouvernements qui se sont succédé ont habitué l’opinion publique algérienne à ne recevoir que des messages positifs que ces derniers prennent soin d’élaborer et par lesquels ils voudraient la rassurer, elle qui serait tentée de se poser des questions lorsque les prix du pétrole et du gaz sont en baisse importante. Lorsque  les chose vont mal, l’explication est alors que la faute en incombe  invariablement au marché et aux forces hostiles qui le contrôlent, entendez par là  les multinationales et à l’arrière-plan les grandes puissances occidentales avec a leur tête les États-Unis que beaucoup considèrent comme étant la cause ultime de tout qui se produit de mal dans le monde. Par contre, lorsque les choses vont bien, c’est-à-dire lorsque ces mêmes prix augmentent de manière importante et que le pays devient riche comme il l’est redevenu depuis quatre à cinq ans (tout comme il l’a été pour un temps dans le passé à deux reprises, en 1973 et en 1980) tout le mérite en revient à la gestion éclairée des dirigeants du pays , non pas à celle des gestionnaires de cette société choisis de plus en plus, l’on ne sait pourquoi, dans la catégorie des gens de plus en plus anonymes, alors que l’importance de Sonatrach impose précisément qu’ils le soient parmi les plus fortes personnalités du pays, si ce n’est la plus forte…

Cette entreprise est trop importante pour le pays pour continuer à être traitée de la sorte ; on lui doit au moins cela au moment où elle assure 75% du budget de fonctionnement et d’équipement de l’État, en plus d’assurer la totalité du financement des opérations hors budget, tels que les programmes de développement régionaux.

Devenir plus riche pour le pays ne signifie pas aller mieux. Le dernier rapport du PNUD 2007 passe en revue les éléments sociaux, économiques, culturels et sanitaires de chaque pays. Pour l’année 2005, l’on y constate un recul de notre pays à la 104e place par rapport à son classement en 2004 (102e)… Il est certain encore une fois que cette situation montre que l’Algérie, contrairement à ce que l’on pourrait croire à la suite de cet enrichissement important,  se porte mal, contrairement à d’autres pays qui avec moins d’argent font mieux.

Les problèmes posés par la gestion de Sonatrach

On oublie souvent que Sonatrach est une entreprise et qu’à ce titre, elle peut être bien ou mal gérée. Sur ce plan, il faut reconnaître qu’aucun jugement n’a été jusqu'à présent porté ; il faut s’y essayer  au risque  de choquer certains.

Sonatrach est un géant économique, son chiffre d’affaires a été, en 2006, selon le magazine  Jeune Afrique, de 61,3 milliards de dollars, soit plus de 50% du PIB réalisé cette année-là (124,1  milliards de dollars). Ce chiffre d’affaires est par ailleurs supérieur de plus de 12 milliards de dollars à la somme des dépenses budgétaires  prévues par l’Algérie pour cette même année.

Le chiffre d’affaires de Sonatrach pour l’année 2007 ne sera pas loin des 70  milliards de dollars grâce à la flambée des prix du pétrole et du gaz, bien que les quantités exportées (pétrole surtout) soient en baisse rapportées a celles qui l’ont été en 2006. Les bénéfices réalisés ont été, selon le même magazine, de près de 8 milliards de dollars Ce qui n’est pas énorme comparé aux résultats affichées par les entreprises concurrentes de même taille, dont la francaise Total-Elf Fina : plus de 30 milliards de dollars et une production en équivalent pétrole de 2,4 millions de barils jour, la Sonatrach ayant produit 3  à 3,1 millions de barils jour d’équivalent pétrole, dont plus de 1,6 million de barils/jour de pétrole, selon des statistiques du gouvernement américain. Des quantités produites et des bénéfices de ces deux sociétés,  une déduction simple s’impose : Sonatrach rentabilise mal ses moyens. En terme de patrimoine, Sonatrach est réellement un géant, ce qui accentue le caractère médiocre de sa performance économique de 2006 comparativement a des sociétés qui pèsent le même poids qu’elle dans le domaine de la production, ce seul fait constituant en quelque sorte un indice qui montrerait  sa grande fragilité face à des concurrents plus agiles car moins «encombrés» de charges.

La Sonatrach, du reste, n’est pas la seule compagnie à souffrir d’inconvénients pondéraux, cette maladie semble frapper surtout les compagnies arabes et celles du monde latino-américain. C’est ce qui ressort d’ailleurs du classement effectué par le Financial Times et le cabinet conseil McKinsey, qui ont dressé la liste des 150 groupes non cotés en bourse où  la Sonatrach arrive en sixième position avec une valorisation du patrimoine de 224 milliards de dollars, occupant la troisième place parmi les grands groupes arabes derrière  le saoudien Saoudi Aramco avec 781 milliards de dollars et le groupe Kuwait Petroleum Corporation avec 378 milliards de dollars. Elle devance par ailleurs  la compagnie publique iranienne, la  National Iranian Oil Company,  qui totalise 220 milliards de dollars, la nigériane Nigerian National Petroleum Corporation (120 milliards de dollars), la Abu Dhabi Oil Company (103 milliards de dollars) et la Libya National Oil Company (99 milliards de dollars).  Toutes les autres compagnies pétrolières publiques, qu’elles soient africaines ou arabes, à l’exception de l’irakienne,  se situent au delà de la place occupée par la compagnie libyenne,  à l’exemple de la compagnie publique égyptienne Egyptian General Petroleum Company, 46e de ce classement avec un patrimoine évalué à 33 milliards de dollars.

En prenant en considération le classement donné par le Financial Times et le bureau de consulting McKinsey  et les statistiques de production élaborées par le gouvernement américain pour l’année 2006 on peut, sur la base du ratio qui lie la valeur du patrimoine de chaque groupe pétrolier à sa production journalière exprimée en équivalent baril de pétrole/jour, dans le monde du pétrole arabe, Sonatrach occupe la troisième plus mauvaise place en terme d’efficacité économique juste derrière l’Arabie saoudite et le Koweït ; toutes les autres compagnies publiques arabes  de pétrole réalisent un meilleur ratio. Les ratios sur lesquels s’appuie cette conclusion sont que pour produire 1 million de barils de pétrole ou d’équivalent pétrole/jour  l’Arabie saoudite (qui produit 10 millions de barils/jour) a mis en oeuvre un patrimoine de 78 milliards de dollars, ce qui donne donc un ratio de 78. Les résultats pour les autres pays sont, pour les plus mauvais ratios qui correspondent aux chiffres les plus élevés, le Koweït avec 150 points avec une production de 2,5 millions de barils/jour,  le Venezuela avec 127 et une production de 3 millions de barils/jour, l’Algérie avec 72 et une production de 3 millions d’équivalent pétrole par jour et la Libye avec un ratio de 70 et une production de 1,4 million de barils/jour. Parmi les moins mauvais, il y a l’Iran avec un ratio de 55 et quatre millions de barils/jour, le Nigeria avec 50 et 2,5 millions de barils/jour, les Émirats arabes unis avec 40 et 2,5 millions de barils jour…

Préserver Sonatrach

Compte tenu de sa fragilité masquée par l’abondance du moment, il serait urgent d’établir des règles qui viseraient à sauvegarder cette entreprise contre toute atteinte qui aggraverait sa situation actuelle. Il est surtout urgent de mettre en place l’équipe en charge d’améliorer les ratios de gestion et de structure de cette entreprise en vue de la rendre plus agile et plus compétitive sur le marché mondial où elle n’occupe pas une bonne position.

Le pays se doit de protéger son unique source de revenus contre tout ce qui pourrait lui  nuire car il y va de sa survie. Placer cette société dans une ambiance de travail sereine devrait être la priorité du gouvernement avant d’envisager les autres mesures visant à la rendre compétitive au plan mondial. Pour ce faire, il serait nécessaire que l’État fixe des objectifs à Sonatrach et laisse les dirigeants qu’il aura choisis pour la diriger conduire les actions qui viseraient à les atteindre. Par l’établissement de cette ligne rouge, il s’agit de défendre non seulement le pain de la génération actuelle mais aussi celui de celles  qui vont suivre. Aussi, pas d’Imposition de décision d’embauche en dehors des règles que cette société devra elle-même respecter, pas de charges qui ne soient en liaison directe avec son activité, particulièrement les charges venant d’autres secteurs...

Cette parenthèse fermée, il y a par ailleurs que l’abondance actuelle chez Sonatrach ne semble profiter qu’aux personnes qui y travaillent et voient leurs salaires régulièrement augmentés alors que partout ailleurs, les gens arrivent difficilement à toucher leurs maigres revenus bien qu’objectivement, ils travaillent mieux et plus que les travailleurs de Sonatrach parce qu’ils se trouvent dans des secteurs difficiles, face à une concurrence féroce…

Tout cela ne devrait pas échapper aux dirigeants politiques du pays parce que cette situation ne  contribue pas, loin s’en faut, à la paix sociale qui peut à tout moment être remise en cause car il y a injustice. Ce sont précisément ces secteurs exposés localement à la concurrence internationale qui perdent leurs meilleurs éléments parce que mal payés. Il y a un devoir de solidarité à faire respecter par tous. De plus, rien ne justifie que le personnel de Sonatrach soit mieux rétribué que les autres collectifs présents dans les autres secteurs économiques .La comparaison qualitative des capacités humaines mise en œuvre par Sonatrach aux capacités présentes dans les autres secteurs  de l’Économie nationale ne peut se faire directement.

Cependant il y a lieu de dire que si  les autres secteurs de l’économie nationale affrontent déjà depuis quelques années la concurrence étrangère sur le territoire national alors que Sonatrach s’y trouve sans concurrence aucune, leurs performances peuvent être estimées comme faibles ; elles résistent de plus en plus difficilement a la concurrence des firmes étrangères présentes en Algérie.

Pour sa part,  la Sonatrach subit la concurrence étrangère à l’extérieur du pays. Là aussi, force est de constater que Sonatrach, placée dans les mêmes conditions que les autres secteurs économiques nationaux, c’est-à-dire en confrontation directe avec la concurrence internationale,  elle ne fait pas mieux…. Cela nous offre l’opportunité de poser des questions que tout un chacun porte en lui à propos des investissements réalisés par cette société a l’étranger et de la manière dont ceux sont managés.

Une remarque s’impose : l’équipe dirigeante en place  ne semble pas en mesure d’influencer le cours des choses alors que sur beaucoup de dossiers, elle semble complètement dépassée. A titre d’illustration, il faut d’abord relever qu’elle a été absente (et continue de l’être) dans le conflit qui l’oppose aux entreprises espagnoles dans le dossier de Gassi Touil et dans celui du gazoduc Medgaz ; elle a ensuite gardé le silence face à la décision de la Commission européenne de fermer la porte aux entreprise étrangères qui voudraient distribuer du pétrole et du gaz par leurs propres moyens dans la zone UE.

Et alors même qu’il s’agissait d’une décision attendue, cette équipe ne s’est pas préparée pour envisager à temps des parades éventuelles et apparemment, elle ne semble pas encore avoir engagé une réflexion sur cette  question.

Cette équipe enfin ne donne aucune information ni à l’opinion publique ni à la représentation parlementaire s’agissant de l’état de ses investissements à l’extérieur. Par exemple, on ne sait toujours pas si l’unité de production de polyéthylène de Tarragone, en Espagne, réalisée en association avec l’allemand Basf, est entrée en production ; si oui, quels sont les premiers résultats ?

Autre investissement : sa participation dans le gazoduc qui doit acheminer du gaz péruvien aux Etats-Unis ; là aussi, rien de nouveau. On constate aussi peu ou pas du tout d’informations sur les investissements réalisés par Sonatrach au Mali, au Niger et en Libye.

Par ailleurs, les conditions d’octroi semblent très restrictives comparativement à ce qui s’est  fait avec les autres sociétés pétrolières étrangères engagées dans e pays. Les conditions de partage de production qui n’octroient à Sonatrach que 20% sont littéralement pénalisantes.  Sur ce contrat, personne ne sait s’il y a précisément discrimination ou non dans le traitement fait à Sonatrach en Libye.

Autre  question tout aussi importante : la situation des emprunts de Sonatrach et de manière générale son endettement ainsi que la gestion des comptes dont elle dispose a l’extérieur. Il s’agit là de questions qui devraient trouver à l’intérieur du Parlement algérien et spécialement devant la commission des finances le cadre adéquat pour leur exposition et leur discussion. Pour paraphraser ancien chef de gouvernement européen qui disait que «la guerre était une affaire trop importante pour être laissée aux militaires», on pourrait dire que la situation de Sonatrach est trop importante pour le pays pour être laissée à la seule discrétion de ses dirigeants ou des initiés, qu’ils soient bien ou mal intentionnés…

B. Hacheman

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 Mauritanie  

Le rêve d’un développement rapide  s’évapore  

La Mauritanie, membre de l’UMA et de la Ligue arabe, n’intéresse pas beaucoup la presse nationale. Il fut un temps où ce pays était en froid avec les autorités algériennes pour avoir participé au partage du Sahara occidental en compagnie du Maroc. Ce temps est loin et de ce fait, la Mauritanie n’a plus de litige avec ses voisins.

Si la Mauritanie est en paix avec ses voisins, ce n’est pas encore la bonne entente avec deux d’entre eux, la Libye et l’Algérie, car ayant, selon les dirigeants de ces derniers pays, franchi l’irréparable en reconnaissant l’existence d’Israël et en échangeant avec ce dernier pays des ambassadeurs. La Mauritanie est le troisième pays membre de la Ligue arabe à avoir reconnu Israël après l’Egypte et la Jordanie.

Ce pays, s’il est petit économiquement (moins de 300 dollars de revenu par habitant et par an), est grand par sa superficie plus d’un million de kilomètres carrés pour une population de 3,1 millions d’habitants. Il vient, cette année, d’organiser ses premières élections démocratiques qui ont vu l’arrivée a la tête de l’État un civil  démocratiquement élu.

Comment se présente la situation économique  de ce sympathique pays dont la particularité est d’être à la fois arabe et africain du fait de sa population composée d’Arabes au nord et d’Africains au sSud ?

Un article de Céline Curiol, paru au mois d’avril sur BBC Afrique, un journal en ligne diffusé par la BBC, rendait compte d’un rapport établi par la Commission économique pour l’Afrique, une  institution relevant des Nations unies, qui a été pendant longtemps présidée par Layachi Yaker, ancien ministre du Commerce algérien. Dans ce rapport, il est dit que sur l’ensemble du continent africain la croissance est forte, mais cependant menacée par le risque d’un ralentissement… Lacroissance générale prévue était de 5,8% pour l’année 2007, soit un taux supérieur à la moyenne mondiale de 5,1% réalisé en 2006 (le même que celui obtenu par l’Algérie). Ce taux mondial est en légère augmentation depuis plusieurs années.

Que dit  le rapport de la CEA ?

Le rapport cite le trio de tête devant réaliser la meilleure performance africaine pour 2007. On y trouve dans l’ordre la Mauritanie avec un taux de croissance de 19,8%, l’Angola avec 17,6% et le Mozambique avec 7,9%. Commentaire accompagnant ce classement : ces performances seraient dues à l’augmentation des prix des matières premières (en particulier le pétrole) pour la Mauritanie et l’Angola, alors que pour le Mozambique les causes seraient liées à une meilleure gestion de l’économie nationale.

Selon ce rapport, l’augmentation de la croissance aurait des fondations fragiles. Ce faisant elle ne pourra être soutenue que si les pays africains assouplissent leurs politiques financières, notamment en offrant de meilleurs taux d’emprunt.

Selon l’auteur de l’article, la Banque mondiale et le Fonds monétaire international prôneraient pour les pays africains la discipline fiscale et le calibrage des politiques monétaires. Il eut mieux valu parler de calibrage de la politique fiscale et de discipline s’agissant de la politique monétaire à promouvoir par les pays africains, mais enfin c’est le compte-rendu qui en a été fait par Céline Curel. Ces qualificatifs pourraient ne pas être appropriés pour décrire des politiques économiques à entreprendre dans les domaines fiscal et monétaire.

Parmi les autres éléments relevés dans ce rapport, après la première place occupée par la Mauritanie dans ce hit-parade africain, il y a la bonne prestation de l’Afrique australe, malgré le «flop» zimbabwéen. Des baisses sont enregistrées au Tchad en Guinée équatoriale et en RDC,  ce qui semble assez curieux ; le Tchad et la Guinée équatoriale produisent actuellement du pétrole ce qui devrait leur permettre de réaliser une croissance positive beaucoup plus importante. Pour résumer, ce rapport signale une chute importante du PNB en Afrique de l’Ouest.

La CEA recommande, dans son rapport, la diversification des économies des pays africains,  ce  qui n’est pas nouveau ni en Afrique noire, ni en Afrique du Nord, ni dans les pays arabes. Tous ces pays souffrent d’un manque de diversification de leurs économies, ce dont elles ne cessent de se plaindre à l’image de l’Algérie, qui présente la particularité d’être maintenant le pays dont l’économie est la moins diversifiée au monde. Ce rapport note enfin le rôle joué par certains pays émergents comme la Chine, dont les importations de matières premières africaines ont augmenté de 50% au premier semestre 2006 et son engagement dans les grands projets d’infrastructures en RDC et au Soudan. Dans ce contexte il faut rappeler la performance de la Mauritanie pour l’année 2006 a été la remarquable puisque sa croissance économique a dépassé les 14% après avoir été longtemps estimée a 27%.

De nouvelles réalités économiques

Il y a d’abord ce coup de tonnerre qui a touché les pays africains qui comptaient beaucoup sur la manne pétrolière et qui viennent de se réveiller a cette triste réalité : leurs espérances initiales sur des ressources importantes de pétrole avec leurs incidences heureuses sur l’économie de leurs pays semblent maintenant remises en cause. C’est ce qui est advenu à la Mauritanie au cours de cette fatidique année 2007. On ne sait pas ce que sera 2008, mais ce qui est sûr maintenant, c’est que la croissance à deux chiffres pour cette année semble être un objectif non réaliste. Le gouvernement mauritanien attend maintenant, anxieux, les rapports de Total Elf qui ne communique pas beaucoup s’agissant de ses concessions en Mauritanie.

Finalement, de quoi s’agit-il ? Il y a que ce pays a peut-être de la chance et que chez lui pourrait se vérifier le vieil adage francais qui dit «à quelque chose malheur est bon». Le malheur étant que ce pays se mette à dépendre du pétrole, la drogue des gouvernements arabes qui ne survivent que par lui.

Selon l’AFP, les autorités mauritaniennes avaient, dès le mois de novembre 2006, revu graduellement à la baisse la production de pétrole de 75 000 barils/jour à 20 000 aujourd’hui ; la raison invoquée serait un mauvais positionnement des forages. La Mauritanie semble s’être bien sortie de ce mauvais pas puisqu’une délégation du Fonds monétaire international, en visite du 4 au 18 septembre, a noté que la baisse de la production de pétrole a été compensée par les autres secteurs de production pour soutenir la croissance pour 2007 ; les secteurs agricole et de la construction ont connu une relance susceptible de «permettre à la croissance du PIB hors pétrole d’atteindre 5,7% en 2007,  soit plus qu’en 2006 où elle avait atteint moins de 4%». Selon le communiqué conjoint qui a sanctionné la visite de la délégation du FMI, les évolutions macro-économiques seraient en ligne avec les prévisions de programme, le déficit public et la masse monétaire seraient maintenues dans les limites fixées, l’inflation continuant à baisser et les réserves extérieures auraient même dépassé les objectifs fixés.

De son côté, le ministre de l’Économie et des Finances, M.Ould Hamza Veraz, s’exprimant au cours de la conférence de presse commune qui a clôturé la visite de la délégation du FMI, a rappelé que les priorités du gouvernement.

La Mauritanie connaît déjà une année 2007 difficile après les grands espoirs fondés sur l’exploitation de ses richesses  pétrolières. Pour l’instant, Total ne publie rien sur les réserves pétrolières déjà mises en évidence et celles qui seraient en cours d’exploitation ou de développement  ni sur les perspectives s’agissant d’en découvrir d’autres. Il faut rappeler que plus d’une vingtaine de sociétés pétrolières étrangères sont présentes, que les recherches se déroulent principalement en off shore, c’est-à-dire en haute mer et que les Mauritaniens espèrent de grandes découvertes. En attendant, la décision de Total de réduire sa production a jeté un froid là ou il y avait beaucoup d’espoir…

La Mauritanie n’est pas le seul pays inquiet de ce soudain revirement de conjoncture s’agissant des espoirs liés a la découverte de grandes réserves de pétrole ; la plupart des pays d’Afrique de l’Ouest qui se sont lancés dans l’aventure du pétrole se trouvent  dans cette situation, presque tous révisent à la baisse leurs prévisions de production à partir des ressources déjà en exploitation et qui le sont malheureusement de manière intensive. C’est le cas de l’Angola et du Congo Brazzaville, du Gabon et de la Guinée équatoriale pour ce qui est de la recherche de nouveaux gisements. Dans cinq à six ans, la plupart de ces pays vont se retrouver sans pétrole à exploiter et la Mauritanie semble faire partie du lot. Il faut espérer qu’il n’en soit rien pour ce pays qui vient de se lancer dans l’aventure démocratique et toute crise économique débordera fatalement sur des questions sociales et surtout ethniques ouvrant des fronts propices aux coups d’État militaires dont ce pays a été si souvent victime dans un passé encore proche.

Quelles perspectives?

Il faut signaler d’abord que la Mauritanie a abandonné, en 1999, la Communauté économique pour le développement de l’Afrique de l’Ouest (CDEAO), qu’elle fait partie de l’UMA (dont les activités sont actuellement gelées) dont elle est membre fondateur. Ce qui veut dire qu’elle serait quasiment seule à assurer son développement, alors qu’il est maintenant admis qu’aucun pays ne peut le faire s’il n’est pas intégré à un groupe régional, contrairement à ses trois associés dans l’UMA que sont la Tunisie, l’Algérie et le Maroc qui le sont à l’UE.

Par ailleurs, bien que la question du pétrole ne soit pas close, Total Elf et les autres compagnies peuvent encore trouver du pétrole. Auquel cas le pouvoir actuel aura un répit plus long qu’il pourrait mettre à profit pour régler un certain nombre de questions qui hypothèquent son avenir. La première hypothèque à lever  serait celle là même qui constituerait l’obstacle numéro un  au développement des pays arabes : la croissance démentielle de leur démographie. Sur ce plan, la Mauritanie est un champion puisqu’elle a, avec la Palestine, le taux de croissance démographique le plus élevé dans le monde avec plus de 40 pour mille. Avec un tel taux, la population double tous les 17 ans à peu près. Cela veut dire que la Mauritanie, qui compte aujourd’hui 3,1 millions d’habitants, pourrait en compter dans trente ans plus de douze millions. C’est ce chiffre que devraient méditer les dirigeants de ce pays pour engager une politique visant à ralentir sa croissance démographique avant qu’il ne soit trop tard.

La Mauritanie est un pays quasi désertique qui ne possède que trois à quatre richesses essentielles qui ne peuvent lui garantir un développement sur une longue période : le fer, le cuivre, des ressources halieutiques importantes et enfin ce pétrole qui a fait rêver les Mauritaniens.

Le développement du tourisme, à l’instar de ce qui se passe dans des régions proches et de même climat (Sud marocain, îles Canaries) qui connaissent un succès certain, lui est interdit en raison d’«une fatalité climatique». Les eaux du littoral sont trop fraîches tout au long de l’année, ce qui empêche la baignade. Le courant froid qui vient les balayer (Kouro Chivo) est exactement le contraire du Gulf Stream qui réchauffe les eaux du littoral des pays plus chanceux. La Mauritanie a vu cependant son tourisme d’aventure ou d’exploration croître dans des proportions intéressantes. Mais ce tourisme est limité à une catégorie limitée (moins de 5%) de la population touristique. Là aussi, il y aurait comme une porte fermée aux espoirs mauritaniens.

La seconde difficulté, relevée d’ailleurs par le FMI, est cette absence de main-d’œuvre qualifiée. De plus, le niveau de scolarisation  des garçons et des filles est l’un des plus bas au monde avec moins de 60%. Les filles subissant davantage cette contrainte puisqu’elles ne représentent que 21% des étudiants inscrits a l’université alors que dans presque tous les pays arabes, le nombre des étudiantes dépasse celui des étudiants.

Cependant il n’y a pas le feu en Mauritanie. La situation politique y est bonne ce qui expliquerait cette présence en force des banques étrangères, surtout françaises. Il faut seulement espérer que les investissements étrangers encore peu importants touchent les autres secteurs de l’économie mauritanienne afin d’amorcer cette fameuse diversification qui semble pour l’instant considérée comme la panacée devant apporter le développement que les pays arabes en général. Pour la Mauritanie, il serai plus juste de parler de rêve plutôt que d’espoir tant ses moyens paraissent dérisoires face au défi du développement.

B. Hachemane

 

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