Semaine du 1 au 7 Avril 2009

 

Incidences sur l’économie algérienne

La réponse par les réformes

Investissements étrangers en Algérie

Trop beau pour durer

L’Etat rentier consolidé

Algérie 1929-1936

Une crise durable

Crise économique

Pourquoi pas un comité de sauvegarde ?

Conséquences sociales de la crise de 1929 en Algérie

La colonie oubliée

 

 
 
 Economie 

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 Incidences sur l’économie algérienne

La réponse par les réformes

La crise mondiale, sous sa forme financière et économique, est avant tout le résultat d’une mondialisation rampante qui a jeté ses tentacules sur les pays et les continents indépendamment de leurs identités, de leurs langues ou de leurs religions. Comme dans le domaine de la santé, il ne peut y avoir de septicémie que dans un corps où tous les organes sont mis en relation et interagissent solidairement.

La forte expansion des échanges qui a touché les économies de plusieurs pays à la fin du XVIIIe et au début su XIXe siècle, sous la forme de commerce colonial et de commerce entre les nations, a préfiguré la forme de globalisation/mondialisation qui est en train de se dérouler sous nos yeux. Ce phénomène, dont la genèse remonte à plus d’un siècle, a conduit les économistes à dépasser le point de vue mercantiliste de la contradiction des intérêts, et à établir la règle des “avantages comparatifs” promise à une belle fortune sémantique et axiologique.

À partir des dernières décennies du XXe siècle, pour plusieurs catégories de produits industrialisés, «les exportations mondiales de composantes croissent plus vite que les exportations de biens finals», souligne Bernard Lassudrie-Duchene dans sa préface à l’ouvrage intitulé Économie internationale des deux auteurs américains H. Lindert et Ch. P. Kindleberger. Il ajoute : «La multinationalisation des firmes peut être considérée, sous cet aspect, comme la résultante d’une logique puissante qui conduit à mobiliser les capacités différentes de plusieurs groupes nationaux pour obtenir des chaînes d’avantages comparatifs, plus ou moins inégalement répartis entre les firmes et les nations.» L’auteur établit de forts parallèles entre la “croissance des interdépendances productives” et l’unification du marché mondial du crédit et des capitaux.

A.Cotta écrit dans ce sillage : «L’ouverture croissante de toutes les économies, quels que soient leur niveau de développement et leur organisation économique et sociale, commence à apparaître, plus que la rapidité de la croissance elle-même, comme le fait majeur d’un après-guerre qui, à cet égard, n’a pas pris fin.» (in La France et l’impératif mondial-éditions PUF-1978).

Il y a 80 ans

Le krach boursier d’octobre  1929 est inscrit dans les pages les plus noires de l’économie mondiale du XXe siècle. Ses répercussions ont duré une dizaine d’années, et certains historiens sont allés dans leurs diagnostics des conflits mondiaux jusqu’à faire incomber une part importante de responsabilité à cette crise dans la montée en puissance des extrémismes nazi et fasciste à partir des années 1930. La chute brutale des cours des actions à Wall Street a fait que les gains antérieurs furent neutralisés. Les emprunteurs sont mis en difficulté entraînant la chute de certains établissements bancaires. En l’espace de trois ans, 9000 banques ont mis la clef sous le paillasson. La production industrielle aux Etats-Unis baissa alors de 50%, la PIB de un tiers et le chômage monta à 25% de la population active. Le recul du pouvoir d’achat a fait des stocks de produits, surtout agricoles, se sont constitués. On parla alors de “crise de surproduction”. Les marchandises invendues s’accumulent et les usines qui les produisent s’arrêtent les aunes après les autres, faute de débouchés. De nombreuses entreprises font faillite. Les agriculteurs n’arrivent plus à commercialiser leurs produits et les prix baissent continuellement. Des millions d’hommes et de femmes rejoignent le camp des chômeurs. La misère s’installe, alors que la surproduction conduit à la destruction des biens invendus.

L’ampleur et surtout la durée de la crise rendent l’intervention de l’État inévitable. Jusqu’alors, les industriels, les commerçants, les banquiers organisent librement leurs activités économiques. L’intervention de l’État a visé d’abord à réduire la production là où est enregistrée une surproduction. Le rôle de social de l’État s’accroît ; il intervient pour réduire la violence des affrontements sociaux.

Amender le capitalisme ?

Pour la première fois depuis la révolution industrielle, le système capitaliste s’expose d’une façon franche et argumentée à la critique la plus virulente de la part des populations, des syndicats et des partis de gauche. L’espoir socialiste prend de nouvelles couleurs et s’alimente en arguments puissants issus de la crise mondiale. D’autres alternatives invoquent la nécessité d’un chef tout-puissant qui épargnerait à la collectivité une révolution. Cette option conduira à la montée de l’hitlérisme et du fascisme en Europe, ainsi que du nationalisme au Japon. Ces mouvements cherchaient dans l’armement, puis dans l’expansion territoriale et la guerre, des solutions à la crise.

L’intervention de l’État telle qu’elle était mise en branle par le président Roosevelt sous le nom de “New Deal” consiste non seulement à enrayer la crise, mais surtout à éviter d’y retomber une nouvelle fois. «Notre tâche est remettre notre peuple au travail (…) Elle peut s’accomplir par embauche directe par le gouvernement, comme en cas de guerre, mais en même temps, en réalisant les travaux les plus nécessaires pour réorganiser l’usage de nos ressources naturelles», avait déclaré le président Roosevelt dans un discours en mars 1933.

L’action de l’État pour relancer l’économie par la relance de la consommation et par la politique des investissements publics – quitte à supporter un seuil d’inflation et un déficit budgétaire “tolérable” – rejoint largement la théorie keynésienne mise en circulation au premier tiers du XXe siècle.

«Pour ma part, je pense que le capitalisme aménagé peut être rendu probablement plus efficient pour atteindre des fins économiques de tout système alternatif envisagé pour l’instant ; mais je pense était, à bien des égards, extrêmement critiquable. Notre problème est d’établir une organisation sociale qui sera aussi efficiente que possible sans pour autant choquer nos notions concernant un mode de vie satisfaisant», écrivait Keynes dans son Essai de persuasion (1933).

La crise financière et économique qui, presque 80 ans après le krach boursier de 1929, frappera les établissements bancaires principalement en Amérique et en Europe en 2008, a eu son origine immédiate en 2007 dans la crise subprimes, crédits hypothécaires consentis aux ménages américains pour l’acquisition de logements. Devenus insolvables, les ménages n’ont d’autre choix que d’offrir leur logement à leur créancier. Or, il se trouve que les valeurs immobilières ont fortement chuté entre-temps, ce qui donne une valeur de “monnaie de singe” au gage que constitue le logement. Il est déclaré stérile sur le marché américain. Il s’ensuivit une chute en cascades de banques, d’abord en Amérique, ensuite en Europe et en Asie du fait que, aussi bien les acquéreurs de crédits hypothécaires que les établissements créanciers ont tissé une toile d’araignée à l’échelle planétaire en matière de demande, d’offre et de prestations.

L’État pour sauver… le privé

Le recul ininterrompu de la monnaie américaine face à l’euro depuis ces deux dernières années, la banqueroute de prestigieux établissements financiers en Amérique et en Europe depuis le mois de septembre 2008 et la chute subséquente des places boursières à l’échelle de la planète ont ébranlé le système financier international au point que le contribuable américain, via l’approbation par le Congrès du Plan Paulson, est appelé à secourir un des piliers de l’ordre capitalistique mondial. La première intervention du Trésor public US a porté sur la mobilisation  de 700 milliards de dollars et la tendance qui se dessine semble ne pas se limiter à ce premier jet. Le Congrès américain est prêt à consentir encore l’argent du contribuable pour sauver des établissements bancaires. Cependant, le président Barack Obama, tout en abondant dans le même sens, considère cependant que le système mondial a plus besoin de réformes profondes que d’interventions publiques conjoncturelles qui ne règlent pas le problème fondamental. Il a même stigmatisé publiquement l’usage qui est fait des deniers publics (primes servis pour les actionnaires), argent pourtant que lesquels l’administration a débloqué pour sauver ces institutions.

Certains analystes en économie ont vite rappelé les vertus d’“un socialisme spontané”, c’est-à-dire sans socialistes ni idéologie de gauche. Réellement, pour sonder ce paradoxe, les choses sont bien moins simples et les pouvoirs publics beaucoup moins altruistes qu’on ledit. C’est toute la mécanique du système financier international et d’une mondialisation rampante qu’il faut “démonter” pour saisir la logique interventionniste du gouvernement américain et des autorités européennes tentées par le même type de réponse. Même si des nuances sont apportées ça et là– à l’exemple des attitudes françaises et allemandes exprimées à Colombey-les-Deux-Églises par Nicolas Sarkozy et Angéla Merkel lors du sommet franco-allemand de novembre 2008 – les réponses envisagées pour juguler la crise financière, ou à tout le moins pour en atténuer les effets sur la croissance, l’emploi et le niveau de vie des populations, s’inspirent toutes d’une intervention plus forte de l’État. «L’idée que les marchés ont toujours raison est une idée folle», dira le président français dans son discours de Toulon le 25 septembre 2008. Il s’agit, estime-t-il, de “refonder” le capitalisme. Ainsi, «l’État garantira la sécurité et la continuité du système bancaire et financier (…). Il interviendrait par des cautions, par des garanties, par des apports en capital ou par une modification de la réglementation bancaire». Pour reconstruire un système financier viable, il importe, comme le dira explicitement Sarkozy, de “moraliser” la capitalisme financier en priorité.          

La réunion, au début de l’année en cours, des ministres des Finances de la planète autour des institutions internationales comme le FMI et la BIRD a apporté son lot d’incertitudes en confirmant la tendance à la réduction des liquidités et à la baisse de la croissance à l’échelle mondiale.

Dans l’étape actuelle de l’interdépendance des économies des pays du monde, cette chute en cascade de “citadelles” financières en Amérique et en Europe entraînera imparablement dans son sillage, d’après les spécialistes en finances internationales, le recul des prix du pétrole, un phénomène qui commence à se manifester dangereusement pour les pays exportateurs et qui a placé depuis plusieurs semaines le cours du baril au-dessous de 50 dollars malgré les dernières réductions de production décidées par l’OPEP au sommet de décembre dernier à Oran, soit 1,5 million de 3 à retirer du marché. Une nouvelle réduction était entrevue pour le dernier sommet de Genève de la mi-mars, mais, aucune décision de ce genre n’a été prise.

L’Algérie et la zone cyclonique

Le débat sur la crise financière et économique mondiale dans les médias algériens ne peut avoir évidemment de pertinence que lorsqu’il arrive à insérer – pour un décryptage serein et rationnel – la part ou le degré d’incidence de ces chamboulements planétaires sur l’Algérie. Or, les questionnements sur la relation de l’économie algérienne avec l’espace mondial n’ont pas attendu la crise actuelle pour se manifester. Chez certains spécialistes algériens, elles ont constitué presque un axe de recherche. Le fait est que la tension mondiale actuelle n’est pas la première épreuve que met l’économie de notre pays face à un “destin” mondialisé. La mini-crise de la fin des années 1990, due à chute brutale de certains établissements financiers au Sud-est asiatique, principalement l’Indonésie,  du fait de certains investissements douteux qui ont jeté un “froid” dans les mécanismes du crédit, avait entraîné une réduction de consommation de pétrole au point où son prix de cession, moins de 10 dollars le baril, avait failli équivaloir à son coût d’extraction des champs sahariens d’Algérie. L’administration du président Liamine Zeroual était sur une corde raide d’autant plus que l’offensive terroriste était à son pinacle et le plan d’ajustement structurel (PAS), issu du rééchelonnement de la dette extérieure, avait déjà installé misère, chômage et pauvreté par la libéralisation des prix à la consommation et la mise à exécution des plans sociaux dans les entreprises publiques. Si la situation de la faiblesse du prix du pétrole avait duré plus d’un semestre avec le niveau qui était le sien, moins de 10 dollars le baril, ce serait indubitablement la sécurité et la pérennité de l’État national qui auraient été mises en jeu. Le chef de mission du FMI, M.Joël Toujas Bernaté, lors d’une visite au début de l’année en cours dans notre pays,  a émis certaines appréhensions quant aux incidences directes ou retardées de la crise mondiale actuelle sur la machine économique et le front social algériens ; cela, contrairement à certains responsables ou gestionnaires algériens qui pensent à l’ “immunité” de l’économie algérienne face aux turbulences charriées par la dérégulation générale du système financier international. Hormis la faiblesse de la relation directe et automatique entre le système financier international et l’économie algérienne, le responsable du FMI n’a pas exclu les contrecoups de la grande bourrasque mondiale sur le futur immédiat de notre économie. Il rappelle, dans la foulée, la dépendance dangereuse du pays  vis-à-vis du pétrole et les conséquences qui pourraient en découler. «Au cas où les prix chutent, on va se poser des questions concernant les ressources qui permettent à l’Algérie de poursuivre ses programmes d’investissement. C’est pour cela qu’il est recommandé aux autorités algériennes de se préparer à prendre des mesures préventives concernant les priorités dans les investissements publics et le soutien à la croissance», a-t-il affirmé. On comprend ici que ce sont tous les programmes et grands ouvrages conçus dans le cadre du Plan complémentaire de soutien à la croissance (PCSC), le programme des Hauts Plateaux et le programme Grand Sud qui sont menacés dans leur réalisation à moyen terme.

Auparavant, c’était le Premier ministre, Ahmed Ouyahia, qui, tout en se montrant serein quant aux effets directs de la crise financière internationale sur l’Algérie, n’a pas manqué d’appeler à la vigilance en prônant plus que jamais la revivification de l’économie par la diversification  des exportations. Il est temps, suggérait-il, d’aller vers les vraies réformes, de les mener par le moyen d’une politique nationale cohérente et concertée, au lieu d’avoir à les subir de l’extérieur par la pire des méthodes, celle qui n’agréerait ni aux populations ni aux intérêts stratégiques du pays. Il est vrai qu’au milieu du brouhaha accompagnant la crise financière mondiale, il difficile de raison garder et la voie s’ouvre plutôt vers toutes sortes de supputations et de procès en sorcellerie.

Une fragilité due à la mono-exportation

Les effets à moyen terme escomptés des entrées libres de marchandises de l’Union européenne suite à l’Accord d’association entré en vigueur en 2005 sont le “réveil” des secteurs algériens touchés par une concurrence féroce et une mise à niveau susceptible de contrebalancer les effets pervers d’une ouverture somme toute dictée par une mondialisation irrésistible des économies. Des “secousses” similaires ou sans doute plus complexes sont aussi prévues dans le cas où notre pays accède à l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Ce genre de difficultés n’a pas échappé aux décideurs algériens qui sont en train de négocier, au mieux des intérêts du pays, les étapes et les procédures inhérentes à cette accession dont on dit qu’elle va prendre du temps. De même, le Plan complémentaire de soutien à la croissance économique doté de 150 milliards de dollars et initié par le président de la République porte en lui les objectifs d’améliorer les conditions de l’investissement privé par l’installation des projets structurants de l’économie à l’exemple de l’autoroute, des grands barrages hydrauliques, de l’électrification, du chemin de fer, du développement des équipements publics et des soutiens aux secteurs en difficulté comme l’agriculture.

Après avoir franchi le seuil “psychologique” de 100 dollars le baril à la fin de l’année 2007, le prix du baril n’a fait que se conforter au point de caracoler à 150 dollars en juillet 2008. Ces chiffres ont donné du tournis même à nos décideurs. Mais, voilà ; depuis la rentrée 2008, deux événements sont venus “brouiller” cette lecture par trop triomphaliste d’une économie algérienne engoncée dans ses certitudes. D’abord le changement qui a lieu à la tête du gouvernement. En plaçant Ahmed Ouyahia à la tête de l’Exécutif, le président de la République semble vouloir apporter la réponse à une situation presque énigmatique de l’économie algérienne où se multiplient les paradoxes entre richesse potentielle ou virtuelle et pauvreté réelle, ainsi qu’entre la volonté politique de mener les réformes dans les secteurs sensibles de l’économie et de l’administration et les résistances légendaires des cercles d’intérêt, des coteries et de la “médiocratie”.

Ouyahia n’a pas joué à la cachotterie en annonçant publiquement que, même si la loi de Finances était basée sur un prix-étalon du baril de pétrole de 19 dollars jusqu’à  fin 2007 et de 37 dollars à partir de la loi de finances complémentaire (LFC) de 2008, la réalité du budget algérien fait que le vrai prix du baril tel qu’il y est intégré dépasse 60 dollars. C’est pourquoi, il dit appréhender fortement la baisse du prix du baril de pétrole au-dessous de 70 dollars, ce qui remettrait en cause les projets d’investissements publics engagés par le gouvernement depuis 2005. A Dieu ne plaise, le recul du prix de l’or noir pourrait, dans un cas extrêmes, une partie des transferts sociaux décidés par les pouvoirs publics dans le cadre du soutien des prix de certains produits alimentaires et autres bonifications fiscales tendues vers l’encouragement de certains créneaux d’investissement.

Pour certains aspects de la crise financière internationale, le Premier ministre nous rassure en expliquant que l’Algérie avait raison de payer ses dettes par anticipation (depuis 2005), comme elle a bien agi en ne cédant pas à l’idée en vogue d’investir son argent dans des fonds souverains, idée défendue mordicus par certains cercles politico-médiatiques en 2008.

Il demeure évident que toutes ces “règles prudentielles” ne nous prémunissent pas ad vitam aeternam contre les répercussions de la crise mondiale, une crise que des analystes n’hésitent pas à comparer à celle de 1929.

Résistances, archaïsmes et impératif de renouveau

Les griefs adressés, particulièrement ces trois dernières années, à l’Algérie par les organismes financiers internationaux dans le domaine de l’action économique sont relatifs à la lenteur dans le processus de privatisation, l’immobilisme des établissements bancaires au sein desquels des surliquidités inquiétantes ont été enregistrées (elles ont atteint en décembre  2008 le montant de 1 400 milliards de dinars) et certaines procédures bureaucratiques liées à la gestion du foncier industriel.

Les spécialistes des questions financières pensent que les derniers scandales qui ont éclaboussé certains établissements bancaires publics (détournements, crédits douteux…) et d’autres établissements privés sont la preuve que les règles administratives et managériales régissant ces institutions sont faussées à la base. Les règles prudentielles – qui ne doivent pas signifier réticence des banques à financer l’économie – doivent être accompagnées d’ingénierie financière et de procédures d’audits réguliers. Les prises de participation ou la privatisation partielle de certains établissements sont une partie de la solution pour leur mise à niveau. Mais, la remise en cause de la privatisation du CPA – processus engagé pourtant depuis 2005 – constitue assurément un handicap pour la crédibilité des autorités financières du pays, même si des voix semi-officielles parlent d’une relance de l’opération.

Certains indices de l’économie algérienne poussent à un optimisme qu’il convient de relativiser par le contexte de leur réalisation. Il en est ainsi des chiffres fluctuants, parfois insaisissables, de l’emploi, selon qu’ils sont présentés par le gouvernement, maniés par le CNES ou triturés par l’ONS. Actuellement, le taux de chômage serait réduit, selon le directeur de l’ANEM, à environ 11,8% de la population active.  Ould Abbès a, semble-t-il a trop poussé son optimisme primesautier en parlant de 10% de chômage, chiffre que l’ONS s’est empressé de démentir. Quoi qu’il en soit, l’utilisateur de ce chiffre voudrait savoir si les emplois saisonniers crées par les chantiers du bâtiment, de l’agriculture, des TUP-Himo, ainsi que les universitaires pré-emploi… sont comptabilisés dans ce pourcentage. Le taux d’inflation, quant à lui, a commencé à grimper les échelons à partir de 2007 et il se situe officiellement aujourd’hui à 4,8%, un taux que certains analystes mettent en cause – en suggérant qu’il est sous-évalué – au vu de l’inflation généralisée des produits alimentaires.

Entre déception et légitime vœu de promotion sociale

L’Algérie a engrangé au cours des dernières années des recettes conséquentes issues de l’exportation des hydrocarbures. La dette extérieure, moins de 5 milliards de dollars, ne représente plus une charge pour l’économie du pays après les payements anticipés commencés en 2005. Les autorités ne dramatisent pas l’inflation bien qu’elle ne soit pas loin de 5%. Mais, au lieu des 6 ou 7%  de croissance attendue pour l’ensemble de l’économie, le FMI n’escompte pas plus de 3%. Il faut dire, à ce propos, que la plus grande partie des investissements réalisés au cours de ces dernières années et ceux qui sont programmés pour les cinq prochaines années sont des investissements publics conçus dans le cadre du Plan de soutien à la croissance. Ils soutiendront la croissance dans la mesure où ils sont des projets structurants, susceptibles, à terme, d’attirer les véritables investissements via les entreprises industrielles, manufacturières, agroalimentaires, de prestations de services, etc. En quoi ces chiffres secs et ces prévisions, qui relèvent pour l’instant presque du virtuel – d’autant plus que des facteurs de blocage, comme le système financier suranné et les lenteurs bureaucratiques, se mettent au travers des plus énergiques initiatives – peuvent-ils influer sur la vie des citoyens ? L’ancien premier ministre, Ahmed Benbitour, parle carrément du risque d’une explosion sociale. Même Farouk Ksentini, président de l’organisme chargé des droits de l’Homme, y va, dans son rapport présenté au président de la République, de ses griefs et de ses avertissements  concernant la situation sociale des populations. En effet, à l’ombre d’un baril fort valorisé, le chômage, la faiblesse du pouvoir d’achat et la situation socioéconomique générale de la population ne poussent pas à l’optimisme.

Beaucoup d’encre a coulé au sujet des augmentations des salaires des travailleurs. Après la signature du fameux Pacte social et économique en 2006, une première augmentation a suivi. Le SMIG est monté à 12 000 dinars. Entre-temps, hormis la Fonction publique financée sur le budget de l’État, les entreprises publiques et privées ont eu d’immenses difficultés à concrétiser la décision du gouvernement. Parfois, cela s’est fait au détriment de la santé financière de l’entreprise et même de l’emploi, sachant que des employeurs ont procédé à des compressions, à l’encouragement de la retraite anticipée et au recrutement très sélectif (évitant les pères de familles et augmentant le nombre de non-déclarés sociaux). Et voilà qu’une nouvelle augmentation prend effet à partir du printemps dernier. Le bon sens populaire avait déjà donné son verdict : «Les futures augmentation sont déjà éliminées et consommées par les augmentations des prix que l’on vit depuis la rentrée sociale 2007.»  Bouteflika et Ouyahia ont, au début 2006, refusé d’augmenter les salaires “nominaux” qui ne serviraient qu’à alimenter l’inflation. Seuls la productivité et le marché du travail – que sont censés commander la formation et la compétence- pourront induire le rehaussement du pouvoir d’achat sans passer nécessairement par l’augmentation des salaires. Les voies impénétrables du sérail a, quelques mois plus tard, porté à la Chefferie du gouvernement Abdelaziz Belkhadem, et ce qui devait arriver arriva. Première mesure économique : augmentation des salaires.

Au printemps 2008, il se trouve que quelques réflexes anciens ont repris du poil de la bête suite à une véritable panique qui avait gagné le gouvernement Belkhadem. Ainsi, pour certains produits alimentaires jugés stratégiques et touchés par de fortes hausses des prix, le gouvernement a pris la mesure de les soutenir une nouvelle fois au niveau du segment “consommation”. Il faut espérer que ce ne sont là que des mesures transitoires, lesquelles ne pourront jamais remplacer la stratégie sectorielle basée sur le soutien à l’investissement. S’il y a quelque chose à déplorer, comme a eu à le faire l’ancien argentier du pays, Abdellatif Benachenhou c’est le ciblage aléatoire et la répartition inique des fonds de soutien et les inévitables “faux barrages” de corruption qui leur sont dressés en cours de route.

Les deux plus grands défis qui se poseront au rôle social de l’État dans les prochaines années sont, sans aucun doute, d’une part, la provenance même des fonds qu’il y a lieu de tirer d’une plus-value sociale hors hydrocarbures et, d’autre part, l’efficacité dans la gestion des ressources allouées de façon à les soustraire aux réseaux de corruption.

Investissements : comment sortir de l’ornière ?

Les pouvoirs publics se sont penchés sur l’identification des divers et nombreux blocages qui ont hypothéqué jusqu’ici les grands flux d’investissements que notre pays est en droit d’attendre dans une conjoncture exceptionnellement propice sur le plan des finances publiques et de l’équilibre des grands agrégats économiques. Le traitement des dossiers par l’ancienne APSI, devenue par la suite ANDI (Agence nationale du développement de l’investissement) ne semble pas donner tous les résultats escomptés. Et pour cause, le passage au crible de cette Agence des différents dossiers qui atterrissent sur son bureau se limitait à faire valoir les avantages (fiscaux, douaniers, taux d’intérêt des crédits…) accordés par l’État aux candidats à l’investissement. De nombreux projets validés par cette institution qui travaille pour le compte de l’État n’ont pas pu voir le jour des années après leur validation en raison des lenteurs, entraves et dysfonctionnements qui caractérisent les autres institutions chargées d’encadrer l’investissement (banques, caisses de garantie, services de la wilaya pour ce qui a trait au foncier industriel,…). En tout cas, face à tous ces aléas, le gouvernement a initié un nouveau code des investissements qui est à l’État de gestation, mais qui est censé casser les barrières qui s’opposent aux investissements nationaux et étrangers massifs.

Le rapport 2009 Doing Business de la Banque mondiale portant sur le climat des affaires dans 181 pays étudiés situe notre pays dans la peu flatteuse 132e place. A titre de comparaison, l’Arabie Saoudite est positionnée 16e.  Le rapport en question informe l’opinion que, entre juin 2007 et juin 2008, l’Algérie “n’a enregistré aucune réforme majeure”. En matière de création d’entreprises, notre pays occupe la 141e place. Pour l’embauche des travailleurs, l’Algérie occupe la 118e place. Le reste des critères utilisés par la Banque mondiale ne donnent pas une bonne image du climat d’investissement et des affaires de notre pays.

Pourtant, au niveau des orientations politiques officielles,  des signaux forts et des mesures incitatives de façon à drainer plus efficacement et plus diligemment les investissements hors hydrocarbures, n’ont pas manqué. Dans les rangs de l’Assemblée populaire nationale, seuls quelques députés remettent en cause la politique nationale de privatisation ou la font accompagner de propositions sociales dissuasives.

Le président de la République mettra en exergue «les réformes en cours qui ont permis une meilleure bancarisation de l’économie, la réduction de la pression fiscale, la libéralisation du commerce extérieur, la convertibilité commerciale de la monnaie nationale, la simplification des formalités douanières». Ce sont des facteurs, assure Bouteflika, «qui doivent concourir à l’assèchement des activités dans la sphère informelle». En tout cas, avec le nombre de personnes qu’il emploie – environ 1,3 million – et l’éventail des activités qu’il embrasse, le secteur de l’informel ne peut laisser indifférents ni les pouvoirs publics, ni les vrais acteurs de la vie économique légalement installés, ni les services des Impôts et Caisses sociales pour lesquelles le manque à gagner se chiffre en centaines de milliards de dinars (évasion fiscale) ni, à plus forte raison, l’opposition politique et les monde syndical.

C’est ce de grisaille économique et d’espoirs de réformes profondes que l’Algérie offre en cette période de crise mondiale qui ne fait peut-être que commencer. La limitation des incidences négatives de cette crise sur la marche générale du pays, le niveau de vie des populations et les ressources naturelles et humaines qu’elles possèdent ne peut s’opérer que par la mise à niveau de l’appareil économique du pays et la réforme institutionnelle dans les domaines. Seul ce mouvement salutaire pourra faire acquérir à l’Algérie d’autres sources de recettes autres qu’énergétiques. Car la situation actuelle de la mono-exportation a figé tous autres mécanismes économiques et c’est le facteur le plus grave qui expose crûment l’Algérie à la crise mondiale. Qu’une vérité soit connue : le docteur Abdelmadjid Bouzidi soutient (magazine Le Cap, 1er janvier 2009) que «l’économie algérienne est, en cette décennie 2000, encore plus dépendante des hydrocarbures qu’elle ne l’était au cours de la décennie 1970. De 30%, la part des hydrocarbures dans le PIB est aujourd’hui passée à 50%».

Par Saâd Taferka

 

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Investissements étrangers en Algérie

Trop beau pour durer

Les investisseurs étrangers disent ne pas comprendre les nouvelles exigences du gouvernement et oublient tout ce que le pays leur a concédé dans ses moments de faiblesse.

De plus en plus, des informations faisant état d’«inquiétudes» parmi les milieux d’affaires étrangers sont publiées, entretenant une sorte de pression sur le gouvernement afin de l’amener à assouplir ce qu’on qualifie de «tour de vis» sur l’investissement étranger. La question est abordée sous l’angle de l’incompréhension à l’égard d’un pays qui admet avoir un besoin crucial en IDE, mais qui se permet paradoxalement de durcir les conditions d’entrée à son marché domestique. Le problème est même parfois traité comme s’il s’agissait d’une question exclusivement politique, liée à tel ou tel responsable de l’Exécutif, voire doctrinaire ou dogmatique, émanant du courant nationaliste dominant au pouvoir. Des comparaisons, sans rime ni raison, sont toute de suite installées avec la Russie de Poutine ou le Venezuela de Chavez, ou d’autres encore.

Il est de bonne guerre, dira-t-on, que les investisseurs étrangers défendent leur pain et la campagne médiatique de dénigrement menée contre les mesures prises par le gouvernement Ouyahia et politiquement assumées par le président Bouteflika, ne devrait étonner personne, en ce qu’elle ressemble, dans ses objectifs, à d’autres campagnes qui visent des pays opposés à l’ouverture tous azimuts de leur marché, en Afrique, en Amérique latine ou en Asie. Partout dans le monde, le capital ne tolère tout simplement plus l’Etat à qui il demande, en effet, de ne se mêler de l’économie que pour préserver le libre-échange et, si possible aussi, de ne réguler que sa monnaie.

Dans le cas de l’Algérie, il subsiste pourtant une différence. Ce qui irrite le plus les milieux d’affaires étrangers ce n’est pas tant les contraintes aux investissements futurs que le recul qu’elles expriment par rapport à l’option libérale consacrée. Et en d’autres termes, les appréhensions ont trait non pas à ce que nos «partenaires» ne gagneront pas à l’avenir, mais à ce qu’ils perdent déjà dans une Algérie où le business était trop facile. Ce n’est donc pas du découragement que certains ressentent, mais du dépit !

Après avoir été conduite à multiplier les concessions pour briser son isolement diplomatique et relancer la machine économique, Alger enregistre depuis quelques années une inversion du rapport de forces, grâce à une meilleure situation interne et à l’explosion de ses revenus pétroliers. Et, malgré les craintes sur le marché pétrolier, sa solidité financière actuelle l’éloigne de plus en plus de la position de faiblesse qu’elle a dû affronter pendant les années 1990. Rien de comparable, n’est-ce pas, avec les difficultés économiques et le lourd endettement qui ont vite amené le pays à une ouverture qu’il n’était plus en mesure de maîtriser.

La fin du paradis fiscal

Cette politique libérale, qui fut par certains aspects, imposée au pays, a vite mené à la levée du monopole de l’Etat sur le commerce extérieur, au démantèlement du secteur public, à la désindustrialisation, au désinvestissement dans l’agriculture, à la sous-qualification de la main d’œuvre, etc., privant ainsi le pays des leviers de son développement.

Pour renouer avec la croissance, l’Algérie s’est donc retrouvée obligée de recourir aux IDE et, donc, à mettre en place un des dispositifs d’attraction parmi les plus permissifs au monde. Ainsi en est-il du cadre réglementaire de soutien à l’investissement, porté par l’APSI, puis par l’ANDI, très vite considéré par les institutions financières internationales, FMI en tête, comme une sorte de paradis fiscal auquel l’Algérie devait mettre fin au plus vite. Avec un régime général d’imposition quasi nulle sur 3 ans, de 5 à 10 ans dans le cadre du régime spécifique ou dit dérogatoire, les investisseurs nationaux ou étrangers pouvaient ainsi escompter un retour sur investissement inespéré sous d’autres cieux et cela, moyennant de légères taxes et quelques droits de timbres seulement.

Sachant que les entreprises qui ont lancé des projets dans ce cadre s’acquittaient de leurs déclarations fiscales mensuelles et annuelles, même si elles ne payaient presque rien, il serait très intéressant de savoir à quel montant correspond l’imposition exonérée grâce aux circuits ANDI et ex-APSI, pour estimer le manque à gagner pour les caisses de l’Etat. Sur plus d’une décennie, cela se chiffre assurément en dizaines de milliards de dinars. Jusque-là, il n’y a pas de quoi incriminer les investisseurs étrangers qui, après tout, ne sont pas responsables des règles du jeu, mais juste tenus de les respecter. Cela démontre, néanmoins, que l’Algérie n’a pas toujours été un bastion de l’antilibéralisme et que si l’Etat se montre aujourd’hui plus exigent envers le capital étranger, c’est tout simplement parce qu’une première expérience d’ouverture libérale vient de s’achever et que ses leçons ont été tirées.

Une expérience qui, outre les exonérations fiscales et parafiscales concédées, a vu beaucoup d’enseignes étrangères apporter avec elles leurs staffs d’encadrement (dans les industries et la finances, par exemple), leurs agents d’exécution (bâtiment), souvent aussi leurs matière première (agroalimentaire, autres transformations) et, même pour certains cas, une partie de la nourriture de ses effectifs dans les bases de vie (hydrocarbures, travaux publics).

Sans avoir à critiquer les stratégies propres à chaque firme étrangère, qui est en droit de ne pas trouver des réponses locales à ses besoins, on ne peut nier qu’une bonne partie des ces entreprises ne contribuent pas, en réalité, à la mise à niveau des managers algériens, à la formation de la main d’œuvre locale, au transfert technologique, à la consommation de la production interne ou à la croissance des PME.

C’est cette situation qu’a longtemps essayé de dénoncer le patronat algérien, sous diverses façons, et il y a de quoi comprendre la rage de certains de ses représentants quand, pendant ce temps, le gouvernement osait encore parler d’accélérer l’ouverture des zones franches ! C’est également à ces conditions, source de déséquilibre favorable aux firmes étrangères, que le gouvernement entend mettre fin.

Dans la pratique, le raffermissement du contrôle fiscale et sur les transferts de fonds vers l’étranger (qui ne devrait pas inquiéter les opérateurs honnêtes), l’obligation de s’associer à un opérateur algérien majoritaire et celle portant réinvestissement d’une partie des bénéfices, ne sont pas des conditions propre au marché algérien. Elles existent dans d’autres pays, comme ceux du Golfe ou en Chine, ce qui ne décourage absolument pas les investisseurs étrangers de s’y installer et même d’y délocaliser.

Quant à leur esprit, notamment par dans le contexte de la crise mondiale, ces mesures ne divergent pas de ce qui se décide dans l’Amérique d’Obama, ou dans l’Europe de Brown, de Sarkozy et de Berlusconi, où l’on ne jure que par le patriotisme économique. Ce qui est d’ailleurs à l’ordre du jour du sommet du G20 à Londres, à propos duquel la chancelière allemande Angela Merkel a dit «ne pas s’attendre à une solution commune», alors que le DG de l’OMC, Pascal Lamy, parle de «néoprotectionnisme» pour dénoncer ces mesures implicitement prises par les gouvernements dans les plans de relance pour protéger leurs marchés et leurs entreprises.

Par Nabil Benali

 

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L’Etat rentier consolidé

Pendant la crise économique mondiale des années trente, les caractéristiques rentières de l’Algérie sont renforcées.

Comme pour le reste du Tiers Monde, les évolutions liées à la crise économique mondiale des années trente bloquent la transition de l’Algérie vers le capitalisme. La crise des années trente a  des répercussions dans les domaines suivants :

- Sur le plan économique, elle mène à une baisse considérable du niveau socio-économique de pratiquement tous les agents économiques qui sont en rapport avec le marché, même s’ils produisent encore largement pour l’autoconsommation. Cette crise est interprétée comme administrant la preuve de l’incapacité du capitalisme à promouvoir la croissance et à maintenir l’équilibre social par l’emploi.

- Sur le plan politique, cette crise mène au renforcement des mouvements anticolonialistes en Asie et en Afrique. Le marché ne suffit plus. Il faut le compléter par l’intervention étatique. Cette intervention, par définition, n’est plus soumise au contrôle du marché et ne peut donc pas tirer sa légitimité du plébiscite anonyme des transactions entre des particuliers qui s’affrontent sur le marché. Il lui faut une autre légitimité, qui ne peut être politique.

- Sur le plan international, la crise engendre le fascisme, mais seulement dans une minorité de pays qui se trouvent insatisfaits par les règlements de 1919. Ces puissances introduisent dans le système international un discours à la fois culturaliste et raciste. Par son racisme, le contenu culturaliste de ce discours ne passe guère dans les milieux du Tiers Monde qui se trouvent en opposition politique avec les puissances occidentales, notamment avec les puissances coloniales. Si les fascistes se prévalent de la diversité des cultures, ils ne peuvent créer, sur la base de ces convictions culturalistes, une internationale des mouvements anticolonialistes à leur service. Le discours culturaliste dans le Tiers Monde rejette le racisme fasciste et doit – pour gagner – s’allier avec le libéralisme en Occident. Dans les larges coalitions qui mènent le combat pour l’indépendance dans les colonies, ceux qui savent se rapprocher du discours universaliste en Occident se voient renforcés parce qu’ils constituent des interlocuteurs plus «valables» que les extrémistes proches du discours culturaliste. A cause de l’association entre anti-occidentalisme et fascisme dans les pays industriels, les libéraux dans les pays d’Occident se voient confrontés dans les colonies à des mouvements qui pratiquent un discours qui se réfère à 1776 et 1789 et parfois, mais rarement, à 1917.

Au plan international, c’est un universalisme qui l’emporte. Celui-ci veut marier certains éléments du socialisme au libéralisme. L’audience des mouvements en Asie et en Afrique qui se prévalent de la volonté d’affirmer leurs «nations» s’accroît d’autant qu’ils se rapprochent de ce consensus universaliste.

Des erreurs sur les vraies orientations de ces mouvements anticolonialistes sont dues aux structures du système international qui émerge de la crise des années trente. La crise économique mondiale met fin au modèle de croissance par exportation de matières premières qui avait conduit à l’intégration de larges zones de l’Afrique, de l’Asie et de l’Amérique latine dans l’économie capitaliste mondiale. Pourtant, ces économies n’ont pas réussi de transition vers le capitalisme, ce qui avait été le cas lors de l’intégration de l’Europe continentale et de l’Amérique du Nord dans l’économie capitaliste mondiale. La crise des années trente rend l’échec d’intégration évident, mais elle n’en est pas la cause. Les surcapacités de production se manifestaient dès 1925. Elles déclenchent un mouvement de baisse des termes de l’échange, qui devient le cheval de bataille des revendications du Tiers Monde. Le Tiers Monde s’est constitué sur le plan économique à partir de la dénonciation des inégalités et des injustices de l’échange international. La crise démontre que les matières premières ne sont pas une machine à engendrer le capitalisme par l’exportation, puisque la consommation par PIB de matières premières destinées à l’industrie diminue à cause de la compétition, tandis que l’élasticité-revenu des matières premières destinées à la consommation des ménages est inférieure à zéro par rapport au PIB dans les pays industriels. L’exportation de matières premières n’a engendré la transition vers le capitalisme que dans des économies qui ont combiné l’égalité de la distribution des revenus avec cette exportation des matières premières, donc favorisé le développement des marchés intérieurs de masse. Rares sont les pays d’Afrique et d’Asie qui se sont déjà suffisamment développés dans l’industrie pour bénéficier de l’avantage comparatif dans le secteur manufacturier, en raison aussi de leur pauvreté en matières premières. Le Japon est le premier pays qui a pu réussir cette forme de transition.

L’Algérie réunit les caractéristiques les plus désavantageuses : elle n’a pas de matières premières riches ni de marchés en expansion qui auraient des répercussions sur l’emploi. Pourtant, sa minorité européenne est suffisamment puissante pour obtenir des revenus à l’exportation qui la maintiennent sur le plan économique avec une certaine aisance. Cela permet aussi de maintenir l’union monétaire avec la France. Celle-ci rend le travail en Algérie suffisamment cher pour bloquer toute industrialisation et diversification de l’économie. L’Algérie ne peut donc pas procéder à la substitution des importations industrielles comme l’Amérique latine ou l’Inde. L’Algérie ne peut pas profiter de la crise pour se restructurer. L’Algérie subit seulement la baisse considérable du niveau de vie de la masse de la population, ce qui conduit au chômage et à la misère.

L’Algérie participe alors aux nouvelles incitations aux mouvements politiques anticolonialistes que la crise produit partout dans le Tiers Monde. Mais à la différence d’autres colonies sans peuplement européen, la coalition de forces politiques qui soutient ces mouvements est plus restreinte qu’ailleurs. En Algérie, comme ailleurs dans le Tiers Monde, ceux qui sont proches du pouvoir sont plus protégés des répercussions que le reste. Les planteurs dans les Indes néerlandaises reçoivent des prix supérieurs pour des produits identiques à ceux de la petite paysannerie. En Algérie, l’Etat français aide surtout les spéculations sous contrôle des gros propriétaires, qui sont en majorité européens. Mais c’est seulement en Algérie que cette protection s’étend à la majeure partie des classes moyennes à cause de sa division ethnique, donc à la «nation-classe» des Européens. De ce fait, en Algérie, la coalition des forces anticolonialistes ne comprend pas toutes les forces politiques qui souffrent de la crise, à la différence de l’Amérique latine ou des pays d’Asie qui s’orientent vers une politique de substitution des importations, dans le deuxième cas même si l’indépendance politique n’est pas encore atteinte. En Algérie, les gros propriétaires sont protégés par la puissance coloniale et ne doivent pas se muer en entrepreneurs capitalistes.

En France, la crise révèle le retard de la modernisation de l’appareil productif français. La France a peu participé aux innovations appelées «deuxième révolution industrielle» à partir de 1890, à la fois sur le plan technique et sur le plan organisationnel (création de grandes entreprises, etc.). S’étant spécialisée sur les produits de luxe depuis le XIXe siècle avec de très bons prix internationaux, si bien que sur le plan statistique, la productivité industrielle de la France est plus élevée que celle de la Grande-Bretagne, la France est moins exposée au mouvement de rationalisation qui se déclenche à partir des années vingt et qui constitue la source de l’augmentation de la productivité de cette période. Quand ce retard se révèle comme facteur de déclin militaire en 1940, la France opte pour l’intervention “étatique” non pas seulement pour maintenir un niveau élevé de la demande globale, mais pour lancer les nouvelles industries à technologies sophistiquées. La France se constitue un appareil bureaucratique de la promotion sectorielle d’industrie, processus appelé plus tard la planification.

Hartmut Elsenhans

Professeur d’histoire à l’université de Leipzig

 

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Algérie 1929-1936

Une crise durable

L’Algérie, peu intégrée dans les circuits de l’économie mondiale, subit la crise économique de 1929 avec un décalage de 18 mois environ. Mais tous les secteurs furent successivement touchés et durablement anémiés : l’économie algérienne tout entière vacilla en 1934-1935, avant la reprise, tardive, de 1936. Pourtant, l’intégration au marché métropolitain et l’intervention de la France amortirent considérablement l’ampleur de la crise.

Les effets de la crise

Pour les fellahs qui vendaient leurs blés et leurs orges presque après la récolte,c’est-à-dire au cours le plus bas et à  des prix inférieurs à ceux consentis par les minotiers près des ports d’exportation, aucune amélioration du pouvoir d’achat ne peut être décelée même en année de bonnes récoltes. Avec une récolte faible la misère était encore accrue et la disette s’installait. La Dépêche algérienne (23 janvier 1933) demandait des secours pour les populations indigènes des hautes plaines menacées de mourir de faim : «Ce qu’ils mangent ? Si vous saviez ce qu’ils mangent ! Ils déterrent les racines de talrouda dont ils font une espèce de farine, mélangée s’il se peut d’orge. Mais l’orge, ils la vendent moins cher qu’il n’a fallu la racheter. Quand le ramasseur d’impôts est passé, ils ont couru après l’acheteur. On nous a parlé de 90 francs pour le quintal de blé, de 50 francs pour l’orge. En fait, on leur a donné beaucoup moins (…) Il et des régions où l’on a saisi et vendu les trois chèvres et l’âne qui leur restaient pour régler le fisc.» L’administrateur de la commune mixte de La Calle écrivait en 1934 : «Depuis quatre ans les cultivateurs ne vendent plus leurs produits et sont écrasés par l’impôt foncier. Malgré leur attachement pour leur terre natale, ils vendent leurs parcelles une à une pour payer leurs dettes arriérées et, le cas est fréquent, pour payer leurs impôts annuels.»

Les éleveurs étaient plus atteints encore. Les troupeaux ovins, durement amoindris par la grande mortalité de 1931 et 1932 (hivers rigoureux, sécheresse d’été, manque de nourriture pour le bétail), ne se reconstituèrent qu’en 1934. Le fisc demeurait cependant inhumain. «Alors qu’il y avait des milliards (?) de pertes dans le troupeau, on a incarcéré pour non-paiement de l’impôt. Dans la commune mixte de La Calle notamment, on a confisqué les chèvres des contrevenants»,  écrivait Sadek Denden dans l’Ikdam, En 1935, la valeur de l’ensemble du cheptel vif appartenant aux Musulmans aurait subi, selon le fisc, une baisse de 25 % depuis 1927, or, la dépréciation aurait  été plus forte s’il avait pris pour référence toute autre année, ou une moyenne décennale.

Chez les Européens, la crise atteignit surtout les nombreux colons qui s’étaient endettés pour moderniser leur exploitation, mais elle frappa plus durement encore les salariés agricoles dont les rémunérations furent écrasées, parfois réduites à des niveaux proches de celles des manoeuvres musulmans. Beaucoup d’ouvriers agricoles espagnols quittèrent alors les villages de colonisation ; certains regagnèrent leur patrie. Les statistiques enregistrèrent en 1936 dans les départements d’Oran et de Constantine une diminution de la population rurale européenne, surtout sensible dans la catégorie des journaliers.

Etant donné l’ampleur et la durée de la crise, on s’attendrait aussi de 1932 à 1936 à un transfert massif de propriétés que les statistiques de l’enregistrement ne confirment pas. Certes, des domaines grevés d’hypothèques furent éparpillés au feu des enchères, des biens écrasés de dettes usuraires revinrent aux prêteurs, mais l’intervention des pouvoirs publics et des crédits métropolitains, bien que tardive, fut suffisante pour éviter une dépossession de plus grande ampleur. Toutefois les crédits, avances et prêts de semences, consentis plus tardivement encore aux fellahs (81 millions en 1935, 105 en 1936), furent scandaleusement inférieurs à ceux que surent obtenir les colons. Le fonds commun des SIP ne reçut que 50 millions sur les 400 mis à la disposition des caisses de prêts agricoles pour la consolidation des dettes. La petite propriété musulmane souffrit particulièrement, si l’on accepte les évaluations administratives selon lesquelles les petits propriétaires de moins de 10 ha représentaient 65,39% du total en 1939 contre 70,36% en 1930. Le même processus de concentration se produisit dans la propriété européenne : la proportion des grandes propriétés de plus de 100 ha passa de 20,7% en 1930 à 24% en1941, aux dépens notamment de la moyenne propriété dont le pourcentage recula de 18,06% en 1930 à 16% en 1941. 

La crise fut toutefois plus dommageable aux fellahs qu’aux propriétaires européens. Selon les statistiques des transactions immobilières, la balance des achats de biens fonciers fut positive pour les Européens qui acquirent de 1931 à 1935 inclus un solde de 88 550 ha pour les seules superficies déclarées. Si l’on calcule que de 1928 à 1937 en dix les Européens avaient acquis 132 390 ha, on voit que les 67% de leurs acquêts furent obtenus pendant les cinq années de crise. Celle-ci a donc quelque peu favorisé l’extension du domaine colonial au seul profit de la grande propriété et des sociétés à fortes disponibilités financières.

Dans les villes aussi, les musulmans durent, pour faire face à leur endettement, céder une partie de leur capital immobilier. Dans le département de Constantine par exemple, les statistiques de l’enregistrement montrent que, de 1926 à 1930, les musulmans avaient acquis pour plus de 47 millions d’immeubles vendus par des Européens, ne leur en cédant pour leur part que pour un peu plus de 16 millions, d’où un accroissement de leur capital immobilier urbain de 30 866 francs. De 1931 à 1935, la tendance se renversa. Les propriétaires musulmans durent vendre aux Européens pour quelque 25,5 millions et n’achetèrent que pour environ 22 millions,d’où une déperdition exacte de 8 483 799 francs. la communauté musulmane de ce département avait subi en quatre ans (1932-1935), au profit des Européens, une perte en capital de près de 32 millions dont 29 844 ha de terres, ce qui annulait ses progrès de la décennie antérieure. Or, dans les deux autres départements le bilan des transactions immobilières fut plus défavorable encore aux musulmans.

Parce qu’elle ne fut pas liée à de grandes famines dévastatrices et qu’elle n’entraîna pas de conséquences démographiques, la crise économique est généralement minimisée quant à ses effets sur les populations musulmanes dont le nombre s’accrut de 10,96% de 1931 à 1936. elle n’en affaiblit pas moins leurs revenus et leur capital et leur fit perdre confiance dans l’efficacité du système économique français.

La crise accéléra aussi les migrations de la société rurale algérienne et détermina notamment un afflux de ruraux dans les villes. Entre 1931 et 1936, la population musulmane des villes augmenta de 19,1% contre 9,6% pour la population des campagnes. Dès lors, se constituèrent dans les faubourgs des grandes villes ces agglomérations prolétariennes connues à partir de 1934 sous le nom de bidonvilles et qui restent le triste symbole d’une urbanisation sauvage. C’est aussi dans ces années que la population musulmane des villes l’emportait pour la première fois en nombre sur la population européenne : les ruraux commençaient à prendre possession des villes.

C. R. Ageron

Histoire de l’Algérie contemporaine

 

La crise touche l’Algérie

Peu intégrée dans les échanges mondiaux, l’Algérie subit avec un an et demi de retard les effets de la très grave récession économique qui frappe la France de plein fouet.

En mai 1930, dans l’enthousiasme des célébrations du centenaire de la colonisation algérienne par la France, le gouverneur général Bordes déclarait : «La crise commerciale et industrielle qui pèse sur le monde entier ne se liquidera pas sans que l’Algérie en éprouve quelques contrecoups toujours pénibles. Mais ceux-ci ne seront pas catastrophiques pour notre économie générale façonnée par l’ardeur au travail de populations confiantes dans l’avenir et que les rumeurs d’un pessimisme malsain ne sauraient inquiéter.» Ce discours rassurant fondait probablement son optimisme sur la vocation agricole du pays.

De fait, la production de vin, qui représente les deux tiers des exportations, continue d’augmenter et bénéficie de prix temporairement à la hausse. Mais la prospérité viticole persistante masque l’évolution inverse que connaissent, par exemple, l’alfa, le liège et les céréales. «La colonisation est à bout de souffle», s’écrie-t-on aux délégations financières : des colons vendent leur blé à perte, s’endettent ou découvrent le poids de leurs traites, beaucoup perdent leurs terres. Des ouvriers agricoles d’origine espagnole, dans la région d’Oran, s’exilent à nouveau.

Le commerce général de l’Algérie ne représente plus que 8 milliards de francs, contre 10,6 en 1930. La crise est donc là, mais elle ne frappe pas partout avec la même intensité.

La crise de l’industrie, dont les produits tiennent une faible part dans les exportations, fait moins mal. Toutefois, le nombre de faillites d’entreprises industrielles et commerciales double par rapport à l’année 1930, tandis que les créations diminuent brutalement. En raison de la baisse des prix à l’exportation, en particulièrement vers la France, la production minière chute à 20% (fer, zinc) – voire 25% (plomb) – de son niveau de 1929, les phosphates étant les moins touchés. Les entreprises débauchent des milliers d’ouvriers.

 

C’est la crise !

Le bénéfice paradoxal qu’une partie de l’économie algérienne tire de ses relations commerciales avec la métropole ne profite pas à tous. C’est par une expression teintée d’ironie fataliste que s’interpellent les Algériens, témoins réciproques de la misère quotidienne dans laquelle les a précipités une crise qui les frappe plus durement que les Européens. L’artisanat algérien, concurrencé par la baisse du prix des cotonnades importées, s’effondre. Les petites entreprises traditionnelles de tannerie, de broderie, les babouchiers ferment boutique et laissent leurs ouvriers errer sans ressources. L’émigration vers la métropole reflue et les revenus qui faisaient vivre de nombreuses familles rurales, notamment en Grande Kabylie, disparaissent. La céréaliculture et l’élevage traditionnels ne trouvent plus de débouchés à leurs prix, ce qui entraîne pour les fellahs écrasés d’impôts et de dettes le prêt à usure, puis la saisie de leurs biens et de leurs terres. Avec la misère, les populations paysannes sous-alimentées qui ne cèdent pas à l’exode rural, survivent essentiellement de racines.

 

L’Algérie, premier partenaire commercial de la France

En dépit des récriminations de l’opinion, la protection douanière et le commerce avec la France amortissent les effets de la crise en Algérie. L’union douanière avec la France métropolitaine protège les prix, en particulier agricoles, à l’entrée sur le marché français, en passe de représenter 90% des exportations algériennes contre environ 70% dans les années 1920. En outre, la baisse relative des prix de certains produits métropolitains, sucre, huile d’arachide, cotonnades, savon, café, permet d’accroître avantageusement les importations. Le repli économique sur l’Empire français a pour effet de faire bénéficier l’Algérie d’une position de premier partenaire commercial de la France. Plus inquiétant est le déficit budgétaire, qui s’élève cette année à 20 millions de francs et suscite avec l’endettement quelque amertume quant aux dépenses somptuaires occasionnées par le centenaire.

 

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Crise économique

Pourquoi pas un comité de sauvegarde ?

La crise actuelle peut être une occasion d’encourager un consensus national en faveur de réformes dont l’Algérie a cruellement besoin. Le pourquoi de ce comité : la crise financière risque de déboucher sur une crise sociale sans précédent au niveau mondial 

La crise actuelle est une crise systémique enclenchée par la crise du crédit et touche tous les pays développés et du tiers-monde. La crise financière s’avère profonde et n’en est qu’à ses débuts et les premières conséquences économiques et sociales ne cessent de se faire sentir, pouvant, avec les ondes de chocs, aller jusqu’en 2014/2015. Ainsi, comme durant la période 1929/1936, l’on assiste au début des mouvements sociaux de plus en plus persistants face à la crise. En Islande, qui a connu, par le passé, une prospérité inégalée, le gouvernement a démissionné, conséquence directe de la crise économique mondiale suite à la dépréciation de la monnaie nationale et de l’effondrement du système bancaire. La Chine risque une généralisation des émeutes sociales. En Russie, les recettes du pétrole chutent, les effets combinés de la dégradation de l’emploi et du cours du rouble provoquent des mouvements sociaux non connus depuis la crise des années 2000 au moment de l’effondrement du rouble. Les compressions de personnels au Japon ont, selon les observateurs locaux, «un impact d’une brutalité sans précédent» qui déstabilisent la société japonaise, traditionnellement confiante en sa sûreté.

Les mêmes effets commencent en Europe (cas de l’importante grève qui a réuni l’ensemble des mouvements syndicaux en France) en rappelant le cas de la Grèce qui a déjà vu de graves incidents, ainsi qu’en Irlande, en Grande Bretagne qui a connu la désindustrialisation du pays ayant reposé sa puissance sur la City et les services qui ont connu un effondrement s’expliquant et par la chute de la livre sterling et par le bas taux d’intérêt jamais vu depuis la création de la banque d’Angleterre.

Les USA ne sont pas exempts et des mouvements sociaux commencent à se manifester dans plusieurs gouvernorats les plus touchés par la crise, l’élection du nouveau président avec les espérances qu’il suscite, jouant transitoirement le rôle de tampon amortisseur. Tous ces mouvements sont révélateurs de l’aggravation des malaises des sociétés et de l’inquiétude croissante vis-à-vis de l’avenir face à l’ampleur de la crise mondiale et ce, malgré une injection monétaire sans précédent et les interventions des Banques centrales pour essayer de stabiliser le système financier et faire face à la paralysie du marché.

Face à cette situation où, à la différence de la crise de 1929-1950 privilégiant les politiques dites «nationales» avec la mondialisation, nous assistons à la crise des politiques économiques traditionnelles. Les nouvelles politiques des dépenses publiques dites néo-keynésiennes avec un rôle central à l’Etat régulateur s’avèreront-elles efficaces ?

Il est utile de rappeler que, dans les années 1930, les mesures mises en œuvre par Roosevelt, lors du “New Deal”, n’ont pas été suivies du rétablissement de l’économie américaine. Après une brève remontée vers le milieu de cette décennie, l’économie américaine a connu un ralentissement marqué en 1937/38, aussi important que ceux qui l’avaient précédé. L’économie américaine a commencé à mieux se porter avec la production pour la guerre et après que la stabilité mondiale eut été rétablie grâce à la reconstruction de l’économie mondiale après la destruction massive de la deuxième guerre mondiale. 

Les axes directeurs du comité national 

La sécurité nationale étant posée, ce comité, sous l’autorité directe du président de la République, sera composé d’experts nationaux indépendants, loin de toute tutelle administrative et lourdeur bureaucratique (au nombre de six) pouvant faire appel exceptionnellement à des expertises extérieures devant travailler en réseaux avec les structures locales directement concernées : ministères de la Défense nationale, de l’Intérieur, des Finances, de l’Energie et des Mines et la Banque centrale d’Algérie.

Il serait également suicidaire pour l’avenir de la Nation de s’enfermer dans un monologue en vue d’attributions de points d’autosatisfaction entre certains segments du pouvoir et ses satellites. Il sera chargé de préparer une conférence nationale à laquelle seront conviés sans exclusive car personne ne peut se targuer d’être plus nationaliste qu’un autre :

- Tous les anciens présidents de la République (invités d’honneur), tous les chefs de gouvernement (invités d’honneur), tous les partis politiques y compris ceux de l’opposition (deux représentant par parti représentatif), tous les syndicats y compris ceux autonomes et le patronat (deux représentants par organisation représentative), des segments de la société civile représentatifs des organisations économico-sociales avec un équilibre régional (un représentant par organisation), un représentant par ministère et une sélection d’universitaires de tous les centres de recherche et universités (au nombre de 20 maximum dont 5 relevant de l’émigration).

Un canevas préparatoire leur serait distribué un mois avant cette présente conférence et toutes les propositions devront parvenir au préalable au Comité. Lors de cette conférence, dont le nombre ne devrait pas dépasser 200 personnes pour éviter les foires du passé sans résultats probants, pour enrichissement, qui devra être largement médiatisée afin de sensibiliser l’opinion nationale, il sera créé quatre ateliers présidés par un expert du comité assisté d’un rapporteur du même comité : 

- un atelier sur les perspectives de la crise mondiale 2009/2014, 

- un atelier sur l’impact de la crise sur l’Algérie au niveau macro-économique pour déterminer les choix futurs en matière d’investissement dans la mesure où la création d’emplois ne se décrète pas mais relève fondamentalement de l’entreprise et son fondement le savoir, si l’on veut dynamiser la production et exportations hors hydrocarbures, 

- un atelier sur les impacts sociaux et l’exigence de nouvelles régulations sociales, 

- un atelier sur le futur rôle de l’Etat et la bonne gouvernance. 

Des actions concrètes devront être dégagées et soumises à la plénière pour approbation pour les cinq prochaines années afin d’assurer la cohérence entre l’efficacité économique au sein d’un univers mondialisé et en pleine mutation et la nécessaire cohésion sociale. 

En conclusion, en cas de dérapage du dollar et d’un cours plus bas que 40 dollars, la situation serait dramatique pour l’Algérie dont les dépenses actuelles se fondent sur un cours variant entre 70/80 dollars le baril, le prix du gaz étant indexé sur celui du pétrole, un cours de 50 dollars donnant moins de 25 dollars pour le gaz rendant peu rentables certains investissements. Avec les nouvelles dispositions on peut supposer que l’Etat investira sur fonds propres entre 80 et 100%. Aussi, le gouvernement algérien ne devrait pas prendre à la légère la profondeur de cette crise qui est structurelle et non conjoncturelle, certains responsables algériens, induisant en erreur le président de la République, ne veulent pas voir la dure réalité en face en affirmant que la crise mondiale ne touche pas l’Algérie : c’est comme un malade qui, sachant qu’il est très malade, ne veut pas voir un médecin, voulant vivre d’illusions d’un retour rapide à un cours élevé du pétrole et du dollar. Par ailleurs, il s’agit de ne pas confondre le rôle de l’Etat régulateur stratégique en économie de marché avec le retour à l’étatisme des années 1970 qui, selon mon humble point de vue, serait suicidaire pour le devenir du pays.

Car, je précise que sur les 800 milliards de dollars dégagés pour soutenir les activités aux USA, 600 milliards de dollars sont destinés, pour plus de 80%, au secteur privé et ce serait une erreur stratégique de croire que la crise actuelle engendrera le retour à l’étatisme stalinien. Même la Russie et la Chine, fondateurs du communisme, ne vont pas dans ce sens révolu par l’histoire. Aussi, si l’on opte pour le dialogue économique, social et politique élargi, la seule voie réaliste est la création d’un comité de sauvegarde contre les effets de la crise.

Comme le dit Aristote, «le doute est le commencement de la sagesse». Si la paix est un élément déterminant du développement économique et social, se prémunir contre les chocs sociaux de la crise économique afin d’éviter le drame des effets de la crise de 1986, n’en est pas moins déterminant et la véritable réconciliation nationale entre 2009/2014 passe par une mobilisation générale contre les effets de la crise mondiale pour un développement durable au profit des intérêts supérieurs de l’Algérie. La crise actuelle peut être une occasion d’encourager un consensus national en faveur de réformes dont l’Algérie a cruellement besoin. 

Par le Dr Abderrahmane Mebtoul

 

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Conséquences sociales de la crise de 1929 en Algérie

La colonie oubliée

Quels effets sociaux ont été engendrés par la crise de 1929 sur l’Algérie ? Le pays, vivant sous le joug colonial de la France, ne réagissait économiquement et socialement que par ricochet.

En 1929, l’année du jeudi noir, le modèle économique français restait relativement à l’écart de ce qui secouait le monde. S’enrichissant grâce à l’exploitation de ses colonies, de leurs matières premières et de  leurs productions agricoles, la France était en fait très faiblement insérée dans le système financier international. Les historiens de l’économie s’accordent à dire que la France n’a été touchée par la crise qu’à partir de 1932. La raison essentielle est la dévaluation de la livre britannique qui avait affaiblie le franc. La baisse des prix agricoles qui avait débutée en 1930 ira en s’accélérant affectant alors l’économie française. Le chômage grandissant, et une politique déflationniste qui a suivi les mesures protectionnistes radicales provoquent une grande agitation sociale. Conséquence directe des effets de la crise, la victoire du Front populaire en France (lire encadré). C’est, en fait, sous cet angle unique que l’on peut appréhender les quelques conséquences sociales de la crise 1929 en Algérie, notamment l’absence de toute avancée dans le statut de la colonie. Le pouvoir de gauche était en fait foncièrement colonial et même les acquis en France du front populaire ne se feront ressentir que pour les quelques dizaines d’ouvriers notamment dans le secteur industriel embryonnaire existant alors en Algérie. Le Front populaire, naturellement revendicatif en France, sera d’une incroyable timidité en Algérie et dans ce que furent les colonies déléguant son action au parti communiste algérien.

Dans de nombreux écrits, on indique que le programme du Front populaire ne comprenait qu’une seule phrase sur les colonies. Il était préconisé la création d’une commission d’enquête parlementaire devant se pencher sur la situation politique, économique, morale des territoires colonisés. En fait, il ne fallait rien attendre de la SFIO et des radicaux de gauches qui étaient aussi des tenants déclarés du colonialisme. On appelait à  humaniser un système inique en accordant un petit peu de liberté d’expression et de la presse ainsi que l’abrogation du code de l’indigénat.

Même sur ce point le pouvoir de gauche fera chou blanc. Démantelé à partir de 1944, certains aspects du code ont perduré en fait jusqu’en 1962. Aucune des promesses n’a été tenue.

En attente d’un front anti-impérialiste

En fait, l’Algérie colonisée était l’exemple même des contradictions que portait le mouvement du Front populaire. On note que le communiste Jean Chaintron (dit Jean Barthel) envoyé en Algérie constatait : «A l’intérieur de la population indigène, le problème principal n’est pas fascisme ou antifascisme mais impérialisme ou anti-impérialisme.»

Loin d’être à l’avant garde le VIIe congrès de l’Internationale avait ainsi déterminer les perspectives du combat des peuples colonisés : «Dans ces pays, la principale tâche des communistes est de travailler à la création d’un front populaire anti-impérialiste.»

En ce qui concerne l’Algérie on se rend bien compte de l’absence de vision historique de ces communistes puisqu’en 1926, Messali Ahmed El Hadj,, un syndicaliste algérien, avait créé l’ancêtre du mouvement national algérien l’Etoile nord-africaine et en 1937, il fonde le Parti du peuple algérien (PPA). Toute action en faveur des Algériens ne devait-elle passer par une alliance avec justement Messali ? D’ailleurs, toute lecture de l’histoire de cette époque ne peut se faire finalement que sous le prisme de la revendication nationaliste qui commençait à prendre forme. Notons toutefois que la manifestation organisée en Algérie le 14 juillet 1937 par le Parti communiste algérien au nom du Front populaire verra, ce qui est historiquement attesté, l’apparition pour la première fois du drapeau algérien (en fait pratiquement celui qui existe actuellement)*.

 

Par Amine Esseghir

 

* Les Débats du 9 juillet 2008.

 

Sources :

- Benjamin Stora : Nationalistes algériens et révolutionnaires français au temps du Front populaire (édition l’Harmattan, Paris 1987)

- Alger Républicain (édition hebdomadaire du 25/05/2006)

- http://etudescoloniales.

- canalblog.com

 

 

Le Front populaire est né en France sous ce qui est appelé la IIIe République d’un rejet commun par les partis de gauche français des ligues d’extrême droite.

En terme de date, c’est le 6 février 1934, journée de manifestations antiparlementaire violentes, que les ligues d’extrême droite s’affrontent, à Paris, aux gardes mobiles qui tirent sur la foule. Des manifestations «contre les voleurs, contre le régime abject» qui provoquent la démission du gouvernement français.

La gauche française s’affirmant garante de la légalité appelle à la grève générale à Paris et en province le 12 février et à une importante manifestation le même jour. Socialistes et communistes Parti communiste français (PCF) et de la Section française de l’Internationale ouvrière (SFIO) s’unissent pour faire face à la menace fasciste et constituent les prémices du Front populaire.

Le 14 juillet 1935, un grand rassemblement antifasciste unit communistes, socialistes, radicaux, socialistes indépendants, des syndicalistes et d’autres militants anti fascistes et permet les contacts pour une alliance électorale pour les élections législatives de 1936.

Les élections ont lieu le 26 avril et le 3 mai 1936. Le Front populaire est constitué avec 376 députés de gauches face à 248 députés conservateurs à droite.

Le nouveau gouvernement est dirigé par le socialiste Léon Blum. Une grève est organisée dans une atmosphère de fête, pour soutenir le gouvernement face aux patrons. Les discussions de juin 1936 syndicats-patronat organisées par le gouvernement aboutissent aux accords de Matignon.

Les syndicats obtiennent des augmentations des salaires,  la liberté d’action syndicale, la création des comités d’entreprise.

Le Parlement pour sa part vote d’importantes lois, sociales notamment.

les deux semaines de congés payés par an : beaucoup de Français voient la mer pour la première fois. La semaine de 40 heures et la nationalisation des Chemins de Fer.

Des acquis sociaux historiques qui ne seront pas effectifs immédiatement, Léon Blum décide une pause dans les réformes sociales à cause de la crise. Il démissionne en juin 1937.

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