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Incidences
sur l’économie algérienne
La réponse par
les réformes
La crise mondiale,
sous sa forme financière et économique, est avant tout le résultat
d’une mondialisation rampante qui a jeté ses tentacules sur les pays
et les continents indépendamment de leurs identités, de leurs
langues ou de leurs religions. Comme dans le domaine de la santé, il
ne peut y avoir de septicémie que dans un corps où tous les organes
sont mis en relation et interagissent solidairement.
La forte expansion
des échanges qui a touché les économies de plusieurs pays à la fin
du XVIIIe et au début su XIXe siècle, sous la forme de commerce
colonial et de commerce entre les nations, a préfiguré la forme de
globalisation/mondialisation qui est en train de se dérouler sous
nos yeux. Ce phénomène, dont la genèse remonte à plus d’un siècle, a
conduit les économistes à dépasser le point de vue mercantiliste de
la contradiction des intérêts, et à établir la règle des “avantages
comparatifs” promise à une belle fortune sémantique et axiologique.
À partir des
dernières décennies du XXe siècle, pour plusieurs catégories de
produits industrialisés, «les exportations mondiales de composantes
croissent plus vite que les exportations de biens finals», souligne
Bernard Lassudrie-Duchene dans sa préface à l’ouvrage intitulé
Économie internationale des deux auteurs américains H. Lindert et
Ch. P. Kindleberger. Il ajoute : «La multinationalisation des firmes
peut être considérée, sous cet aspect, comme la résultante d’une
logique puissante qui conduit à mobiliser les capacités différentes
de plusieurs groupes nationaux pour obtenir des chaînes d’avantages
comparatifs, plus ou moins inégalement répartis entre les firmes et
les nations.» L’auteur établit de forts parallèles entre la
“croissance des interdépendances productives” et l’unification du
marché mondial du crédit et des capitaux.
A.Cotta écrit dans
ce sillage : «L’ouverture croissante de toutes les économies, quels
que soient leur niveau de développement et leur organisation
économique et sociale, commence à apparaître, plus que la rapidité
de la croissance elle-même, comme le fait majeur d’un après-guerre
qui, à cet égard, n’a pas pris fin.» (in La France et l’impératif
mondial-éditions PUF-1978).
Il y a 80 ans
Le krach boursier
d’octobre 1929 est inscrit dans les pages les plus noires de
l’économie mondiale du XXe siècle. Ses répercussions ont duré une
dizaine d’années, et certains historiens sont allés dans leurs
diagnostics des conflits mondiaux jusqu’à faire incomber une part
importante de responsabilité à cette crise dans la montée en
puissance des extrémismes nazi et fasciste à partir des années 1930.
La chute brutale des cours des actions à Wall Street a fait que les
gains antérieurs furent neutralisés. Les emprunteurs sont mis en
difficulté entraînant la chute de certains établissements bancaires.
En l’espace de trois ans, 9000 banques ont mis la clef sous le
paillasson. La production industrielle aux Etats-Unis baissa alors
de 50%, la PIB de un tiers et le chômage monta à 25% de la
population active. Le recul du pouvoir d’achat a fait des stocks de
produits, surtout agricoles, se sont constitués. On parla alors de
“crise de surproduction”. Les marchandises invendues s’accumulent et
les usines qui les produisent s’arrêtent les aunes après les autres,
faute de débouchés. De nombreuses entreprises font faillite. Les
agriculteurs n’arrivent plus à commercialiser leurs produits et les
prix baissent continuellement. Des millions d’hommes et de femmes
rejoignent le camp des chômeurs. La misère s’installe, alors que la
surproduction conduit à la destruction des biens invendus.
L’ampleur et
surtout la durée de la crise rendent l’intervention de l’État
inévitable. Jusqu’alors, les industriels, les commerçants, les
banquiers organisent librement leurs activités économiques.
L’intervention de l’État a visé d’abord à réduire la production là
où est enregistrée une surproduction. Le rôle de social de l’État
s’accroît ; il intervient pour réduire la violence des affrontements
sociaux.
Amender le
capitalisme ?
Pour la première
fois depuis la révolution industrielle, le système capitaliste
s’expose d’une façon franche et argumentée à la critique la plus
virulente de la part des populations, des syndicats et des partis de
gauche. L’espoir socialiste prend de nouvelles couleurs et
s’alimente en arguments puissants issus de la crise mondiale.
D’autres alternatives invoquent la nécessité d’un chef tout-puissant
qui épargnerait à la collectivité une révolution. Cette option
conduira à la montée de l’hitlérisme et du fascisme en Europe, ainsi
que du nationalisme au Japon. Ces mouvements cherchaient dans
l’armement, puis dans l’expansion territoriale et la guerre, des
solutions à la crise.
L’intervention de
l’État telle qu’elle était mise en branle par le président Roosevelt
sous le nom de “New Deal” consiste non seulement à enrayer la crise,
mais surtout à éviter d’y retomber une nouvelle fois. «Notre tâche
est remettre notre peuple au travail (…) Elle peut s’accomplir par
embauche directe par le gouvernement, comme en cas de guerre, mais
en même temps, en réalisant les travaux les plus nécessaires pour
réorganiser l’usage de nos ressources naturelles», avait déclaré le
président Roosevelt dans un discours en mars 1933.
L’action de l’État
pour relancer l’économie par la relance de la consommation et par la
politique des investissements publics – quitte à supporter un seuil
d’inflation et un déficit budgétaire “tolérable” – rejoint largement
la théorie keynésienne mise en circulation au premier tiers du XXe
siècle.
«Pour ma part, je
pense que le capitalisme aménagé peut être rendu probablement plus
efficient pour atteindre des fins économiques de tout système
alternatif envisagé pour l’instant ; mais je pense était, à bien des
égards, extrêmement critiquable. Notre problème est d’établir une
organisation sociale qui sera aussi efficiente que possible sans
pour autant choquer nos notions concernant un mode de vie
satisfaisant», écrivait Keynes dans son Essai de persuasion (1933).
La crise
financière et économique qui, presque 80 ans après le krach boursier
de 1929, frappera les établissements bancaires principalement en
Amérique et en Europe en 2008, a eu son origine immédiate en 2007
dans la crise subprimes, crédits hypothécaires consentis aux ménages
américains pour l’acquisition de logements. Devenus insolvables, les
ménages n’ont d’autre choix que d’offrir leur logement à leur
créancier. Or, il se trouve que les valeurs immobilières ont
fortement chuté entre-temps, ce qui donne une valeur de “monnaie de
singe” au gage que constitue le logement. Il est déclaré stérile sur
le marché américain. Il s’ensuivit une chute en cascades de banques,
d’abord en Amérique, ensuite en Europe et en Asie du fait que, aussi
bien les acquéreurs de crédits hypothécaires que les établissements
créanciers ont tissé une toile d’araignée à l’échelle planétaire en
matière de demande, d’offre et de prestations.
L’État pour
sauver… le privé
Le recul
ininterrompu de la monnaie américaine face à l’euro depuis ces deux
dernières années, la banqueroute de prestigieux établissements
financiers en Amérique et en Europe depuis le mois de septembre 2008
et la chute subséquente des places boursières à l’échelle de la
planète ont ébranlé le système financier international au point que
le contribuable américain, via l’approbation par le Congrès du Plan
Paulson, est appelé à secourir un des piliers de l’ordre
capitalistique mondial. La première intervention du Trésor public US
a porté sur la mobilisation de 700 milliards de dollars et la
tendance qui se dessine semble ne pas se limiter à ce premier jet.
Le Congrès américain est prêt à consentir encore l’argent du
contribuable pour sauver des établissements bancaires. Cependant, le
président Barack Obama, tout en abondant dans le même sens,
considère cependant que le système mondial a plus besoin de réformes
profondes que d’interventions publiques conjoncturelles qui ne
règlent pas le problème fondamental. Il a même stigmatisé
publiquement l’usage qui est fait des deniers publics (primes servis
pour les actionnaires), argent pourtant que lesquels
l’administration a débloqué pour sauver ces institutions.
Certains analystes
en économie ont vite rappelé les vertus d’“un socialisme spontané”,
c’est-à-dire sans socialistes ni idéologie de gauche. Réellement,
pour sonder ce paradoxe, les choses sont bien moins simples et les
pouvoirs publics beaucoup moins altruistes qu’on ledit. C’est toute
la mécanique du système financier international et d’une
mondialisation rampante qu’il faut “démonter” pour saisir la logique
interventionniste du gouvernement américain et des autorités
européennes tentées par le même type de réponse. Même si des nuances
sont apportées ça et là– à l’exemple des attitudes françaises et
allemandes exprimées à Colombey-les-Deux-Églises par Nicolas Sarkozy
et Angéla Merkel lors du sommet franco-allemand de novembre 2008 –
les réponses envisagées pour juguler la crise financière, ou à tout
le moins pour en atténuer les effets sur la croissance, l’emploi et
le niveau de vie des populations, s’inspirent toutes d’une
intervention plus forte de l’État. «L’idée que les marchés ont
toujours raison est une idée folle», dira le président français dans
son discours de Toulon le 25 septembre 2008. Il s’agit, estime-t-il,
de “refonder” le capitalisme. Ainsi, «l’État garantira la sécurité
et la continuité du système bancaire et financier (…). Il
interviendrait par des cautions, par des garanties, par des apports
en capital ou par une modification de la réglementation bancaire».
Pour reconstruire un système financier viable, il importe, comme le
dira explicitement Sarkozy, de “moraliser” la capitalisme financier
en priorité.
La réunion, au
début de l’année en cours, des ministres des Finances de la planète
autour des institutions internationales comme le FMI et la BIRD a
apporté son lot d’incertitudes en confirmant la tendance à la
réduction des liquidités et à la baisse de la croissance à l’échelle
mondiale.
Dans l’étape
actuelle de l’interdépendance des économies des pays du monde, cette
chute en cascade de “citadelles” financières en Amérique et en
Europe entraînera imparablement dans son sillage, d’après les
spécialistes en finances internationales, le recul des prix du
pétrole, un phénomène qui commence à se manifester dangereusement
pour les pays exportateurs et qui a placé depuis plusieurs semaines
le cours du baril au-dessous de 50 dollars malgré les dernières
réductions de production décidées par l’OPEP au sommet de décembre
dernier à Oran, soit 1,5 million de 3 à retirer du marché. Une
nouvelle réduction était entrevue pour le dernier sommet de Genève
de la mi-mars, mais, aucune décision de ce genre n’a été prise.
L’Algérie et la
zone cyclonique
Le débat sur la
crise financière et économique mondiale dans les médias algériens ne
peut avoir évidemment de pertinence que lorsqu’il arrive à insérer –
pour un décryptage serein et rationnel – la part ou le degré
d’incidence de ces chamboulements planétaires sur l’Algérie. Or, les
questionnements sur la relation de l’économie algérienne avec
l’espace mondial n’ont pas attendu la crise actuelle pour se
manifester. Chez certains spécialistes algériens, elles ont
constitué presque un axe de recherche. Le fait est que la tension
mondiale actuelle n’est pas la première épreuve que met l’économie
de notre pays face à un “destin” mondialisé. La mini-crise de la fin
des années 1990, due à chute brutale de certains établissements
financiers au Sud-est asiatique, principalement l’Indonésie, du
fait de certains investissements douteux qui ont jeté un “froid”
dans les mécanismes du crédit, avait entraîné une réduction de
consommation de pétrole au point où son prix de cession, moins de 10
dollars le baril, avait failli équivaloir à son coût d’extraction
des champs sahariens d’Algérie. L’administration du président
Liamine Zeroual était sur une corde raide d’autant plus que
l’offensive terroriste était à son pinacle et le plan d’ajustement
structurel (PAS), issu du rééchelonnement de la dette extérieure,
avait déjà installé misère, chômage et pauvreté par la
libéralisation des prix à la consommation et la mise à exécution des
plans sociaux dans les entreprises publiques. Si la situation de la
faiblesse du prix du pétrole avait duré plus d’un semestre avec le
niveau qui était le sien, moins de 10 dollars le baril, ce serait
indubitablement la sécurité et la pérennité de l’État national qui
auraient été mises en jeu. Le chef de mission du FMI, M.Joël Toujas
Bernaté, lors d’une visite au début de l’année en cours dans notre
pays, a émis certaines appréhensions quant aux incidences directes
ou retardées de la crise mondiale actuelle sur la machine économique
et le front social algériens ; cela, contrairement à certains
responsables ou gestionnaires algériens qui pensent à l’ “immunité”
de l’économie algérienne face aux turbulences charriées par la
dérégulation générale du système financier international. Hormis la
faiblesse de la relation directe et automatique entre le système
financier international et l’économie algérienne, le responsable du
FMI n’a pas exclu les contrecoups de la grande bourrasque mondiale
sur le futur immédiat de notre économie. Il rappelle, dans la
foulée, la dépendance dangereuse du pays vis-à-vis du pétrole et
les conséquences qui pourraient en découler. «Au cas où les prix
chutent, on va se poser des questions concernant les ressources qui
permettent à l’Algérie de poursuivre ses programmes
d’investissement. C’est pour cela qu’il est recommandé aux autorités
algériennes de se préparer à prendre des mesures préventives
concernant les priorités dans les investissements publics et le
soutien à la croissance», a-t-il affirmé. On comprend ici que ce
sont tous les programmes et grands ouvrages conçus dans le cadre du
Plan complémentaire de soutien à la croissance (PCSC), le programme
des Hauts Plateaux et le programme Grand Sud qui sont menacés dans
leur réalisation à moyen terme.
Auparavant,
c’était le Premier ministre, Ahmed Ouyahia, qui, tout en se montrant
serein quant aux effets directs de la crise financière
internationale sur l’Algérie, n’a pas manqué d’appeler à la
vigilance en prônant plus que jamais la revivification de l’économie
par la diversification des exportations. Il est temps,
suggérait-il, d’aller vers les vraies réformes, de les mener par le
moyen d’une politique nationale cohérente et concertée, au lieu
d’avoir à les subir de l’extérieur par la pire des méthodes, celle
qui n’agréerait ni aux populations ni aux intérêts stratégiques du
pays. Il est vrai qu’au milieu du brouhaha accompagnant la crise
financière mondiale, il difficile de raison garder et la voie
s’ouvre plutôt vers toutes sortes de supputations et de procès en
sorcellerie.
Une fragilité
due à la mono-exportation
Les effets à moyen
terme escomptés des entrées libres de marchandises de l’Union
européenne suite à l’Accord d’association entré en vigueur en 2005
sont le “réveil” des secteurs algériens touchés par une concurrence
féroce et une mise à niveau susceptible de contrebalancer les effets
pervers d’une ouverture somme toute dictée par une mondialisation
irrésistible des économies. Des “secousses” similaires ou sans doute
plus complexes sont aussi prévues dans le cas où notre pays accède à
l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Ce genre de difficultés
n’a pas échappé aux décideurs algériens qui sont en train de
négocier, au mieux des intérêts du pays, les étapes et les
procédures inhérentes à cette accession dont on dit qu’elle va
prendre du temps. De même, le Plan complémentaire de soutien à la
croissance économique doté de 150 milliards de dollars et initié par
le président de la République porte en lui les objectifs d’améliorer
les conditions de l’investissement privé par l’installation des
projets structurants de l’économie à l’exemple de l’autoroute, des
grands barrages hydrauliques, de l’électrification, du chemin de
fer, du développement des équipements publics et des soutiens aux
secteurs en difficulté comme l’agriculture.
Après avoir
franchi le seuil “psychologique” de 100 dollars le baril à la fin de
l’année 2007, le prix du baril n’a fait que se conforter au point de
caracoler à 150 dollars en juillet 2008. Ces chiffres ont donné du
tournis même à nos décideurs. Mais, voilà ; depuis la rentrée 2008,
deux événements sont venus “brouiller” cette lecture par trop
triomphaliste d’une économie algérienne engoncée dans ses
certitudes. D’abord le changement qui a lieu à la tête du
gouvernement. En plaçant Ahmed Ouyahia à la tête de l’Exécutif, le
président de la République semble vouloir apporter la réponse à une
situation presque énigmatique de l’économie algérienne où se
multiplient les paradoxes entre richesse potentielle ou virtuelle et
pauvreté réelle, ainsi qu’entre la volonté politique de mener les
réformes dans les secteurs sensibles de l’économie et de
l’administration et les résistances légendaires des cercles
d’intérêt, des coteries et de la “médiocratie”.
Ouyahia n’a pas
joué à la cachotterie en annonçant publiquement que, même si la loi
de Finances était basée sur un prix-étalon du baril de pétrole de 19
dollars jusqu’à fin 2007 et de 37 dollars à partir de la loi de
finances complémentaire (LFC) de 2008, la réalité du budget algérien
fait que le vrai prix du baril tel qu’il y est intégré dépasse 60
dollars. C’est pourquoi, il dit appréhender fortement la baisse du
prix du baril de pétrole au-dessous de 70 dollars, ce qui remettrait
en cause les projets d’investissements publics engagés par le
gouvernement depuis 2005. A Dieu ne plaise, le recul du prix de l’or
noir pourrait, dans un cas extrêmes, une partie des transferts
sociaux décidés par les pouvoirs publics dans le cadre du soutien
des prix de certains produits alimentaires et autres bonifications
fiscales tendues vers l’encouragement de certains créneaux
d’investissement.
Pour certains
aspects de la crise financière internationale, le Premier ministre
nous rassure en expliquant que l’Algérie avait raison de payer ses
dettes par anticipation (depuis 2005), comme elle a bien agi en ne
cédant pas à l’idée en vogue d’investir son argent dans des fonds
souverains, idée défendue mordicus par certains cercles
politico-médiatiques en 2008.
Il demeure évident
que toutes ces “règles prudentielles” ne nous prémunissent pas ad
vitam aeternam contre les répercussions de la crise mondiale, une
crise que des analystes n’hésitent pas à comparer à celle de 1929.
Résistances,
archaïsmes et impératif de renouveau
Les griefs
adressés, particulièrement ces trois dernières années, à l’Algérie
par les organismes financiers internationaux dans le domaine de
l’action économique sont relatifs à la lenteur dans le processus de
privatisation, l’immobilisme des établissements bancaires au sein
desquels des surliquidités inquiétantes ont été enregistrées (elles
ont atteint en décembre 2008 le montant de 1 400 milliards de
dinars) et certaines procédures bureaucratiques liées à la gestion
du foncier industriel.
Les spécialistes
des questions financières pensent que les derniers scandales qui ont
éclaboussé certains établissements bancaires publics (détournements,
crédits douteux…) et d’autres établissements privés sont la preuve
que les règles administratives et managériales régissant ces
institutions sont faussées à la base. Les règles prudentielles – qui
ne doivent pas signifier réticence des banques à financer l’économie
– doivent être accompagnées d’ingénierie financière et de procédures
d’audits réguliers. Les prises de participation ou la privatisation
partielle de certains établissements sont une partie de la solution
pour leur mise à niveau. Mais, la remise en cause de la
privatisation du CPA – processus engagé pourtant depuis 2005 –
constitue assurément un handicap pour la crédibilité des autorités
financières du pays, même si des voix semi-officielles parlent d’une
relance de l’opération.
Certains indices
de l’économie algérienne poussent à un optimisme qu’il convient de
relativiser par le contexte de leur réalisation. Il en est ainsi des
chiffres fluctuants, parfois insaisissables, de l’emploi, selon
qu’ils sont présentés par le gouvernement, maniés par le CNES ou
triturés par l’ONS. Actuellement, le taux de chômage serait réduit,
selon le directeur de l’ANEM, à environ 11,8% de la population
active. Ould Abbès a, semble-t-il a trop poussé son optimisme
primesautier en parlant de 10% de chômage, chiffre que l’ONS s’est
empressé de démentir. Quoi qu’il en soit, l’utilisateur de ce
chiffre voudrait savoir si les emplois saisonniers crées par les
chantiers du bâtiment, de l’agriculture, des TUP-Himo, ainsi que les
universitaires pré-emploi… sont comptabilisés dans ce pourcentage.
Le taux d’inflation, quant à lui, a commencé à grimper les échelons
à partir de 2007 et il se situe officiellement aujourd’hui à 4,8%,
un taux que certains analystes mettent en cause – en suggérant qu’il
est sous-évalué – au vu de l’inflation généralisée des produits
alimentaires.
Entre déception
et légitime vœu de promotion sociale
L’Algérie a
engrangé au cours des dernières années des recettes conséquentes
issues de l’exportation des hydrocarbures. La dette extérieure,
moins de 5 milliards de dollars, ne représente plus une charge pour
l’économie du pays après les payements anticipés commencés en 2005.
Les autorités ne dramatisent pas l’inflation bien qu’elle ne soit
pas loin de 5%. Mais, au lieu des 6 ou 7% de croissance attendue
pour l’ensemble de l’économie, le FMI n’escompte pas plus de 3%. Il
faut dire, à ce propos, que la plus grande partie des
investissements réalisés au cours de ces dernières années et ceux
qui sont programmés pour les cinq prochaines années sont des
investissements publics conçus dans le cadre du Plan de soutien à la
croissance. Ils soutiendront la croissance dans la mesure où ils
sont des projets structurants, susceptibles, à terme, d’attirer les
véritables investissements via les entreprises industrielles,
manufacturières, agroalimentaires, de prestations de services, etc.
En quoi ces chiffres secs et ces prévisions, qui relèvent pour
l’instant presque du virtuel – d’autant plus que des facteurs de
blocage, comme le système financier suranné et les lenteurs
bureaucratiques, se mettent au travers des plus énergiques
initiatives – peuvent-ils influer sur la vie des citoyens ? L’ancien
premier ministre, Ahmed Benbitour, parle carrément du risque d’une
explosion sociale. Même Farouk Ksentini, président de l’organisme
chargé des droits de l’Homme, y va, dans son rapport présenté au
président de la République, de ses griefs et de ses avertissements
concernant la situation sociale des populations. En effet, à l’ombre
d’un baril fort valorisé, le chômage, la faiblesse du pouvoir
d’achat et la situation socioéconomique générale de la population ne
poussent pas à l’optimisme.
Beaucoup d’encre a
coulé au sujet des augmentations des salaires des travailleurs.
Après la signature du fameux Pacte social et économique en 2006, une
première augmentation a suivi. Le SMIG est monté à 12 000 dinars.
Entre-temps, hormis la Fonction publique financée sur le budget de
l’État, les entreprises publiques et privées ont eu d’immenses
difficultés à concrétiser la décision du gouvernement. Parfois, cela
s’est fait au détriment de la santé financière de l’entreprise et
même de l’emploi, sachant que des employeurs ont procédé à des
compressions, à l’encouragement de la retraite anticipée et au
recrutement très sélectif (évitant les pères de familles et
augmentant le nombre de non-déclarés sociaux). Et voilà qu’une
nouvelle augmentation prend effet à partir du printemps dernier. Le
bon sens populaire avait déjà donné son verdict : «Les futures
augmentation sont déjà éliminées et consommées par les augmentations
des prix que l’on vit depuis la rentrée sociale 2007.» Bouteflika
et Ouyahia ont, au début 2006, refusé d’augmenter les salaires
“nominaux” qui ne serviraient qu’à alimenter l’inflation. Seuls la
productivité et le marché du travail – que sont censés commander la
formation et la compétence- pourront induire le rehaussement du
pouvoir d’achat sans passer nécessairement par l’augmentation des
salaires. Les voies impénétrables du sérail a, quelques mois plus
tard, porté à la Chefferie du gouvernement Abdelaziz Belkhadem, et
ce qui devait arriver arriva. Première mesure économique :
augmentation des salaires.
Au printemps 2008,
il se trouve que quelques réflexes anciens ont repris du poil de la
bête suite à une véritable panique qui avait gagné le gouvernement
Belkhadem. Ainsi, pour certains produits alimentaires jugés
stratégiques et touchés par de fortes hausses des prix, le
gouvernement a pris la mesure de les soutenir une nouvelle fois au
niveau du segment “consommation”. Il faut espérer que ce ne sont là
que des mesures transitoires, lesquelles ne pourront jamais
remplacer la stratégie sectorielle basée sur le soutien à
l’investissement. S’il y a quelque chose à déplorer, comme a eu à le
faire l’ancien argentier du pays, Abdellatif Benachenhou c’est le
ciblage aléatoire et la répartition inique des fonds de soutien et
les inévitables “faux barrages” de corruption qui leur sont dressés
en cours de route.
Les deux plus
grands défis qui se poseront au rôle social de l’État dans les
prochaines années sont, sans aucun doute, d’une part, la provenance
même des fonds qu’il y a lieu de tirer d’une plus-value sociale hors
hydrocarbures et, d’autre part, l’efficacité dans la gestion des
ressources allouées de façon à les soustraire aux réseaux de
corruption.
Investissements
: comment sortir de l’ornière ?
Les pouvoirs
publics se sont penchés sur l’identification des divers et nombreux
blocages qui ont hypothéqué jusqu’ici les grands flux
d’investissements que notre pays est en droit d’attendre dans une
conjoncture exceptionnellement propice sur le plan des finances
publiques et de l’équilibre des grands agrégats économiques. Le
traitement des dossiers par l’ancienne APSI, devenue par la suite
ANDI (Agence nationale du développement de l’investissement) ne
semble pas donner tous les résultats escomptés. Et pour cause, le
passage au crible de cette Agence des différents dossiers qui
atterrissent sur son bureau se limitait à faire valoir les avantages
(fiscaux, douaniers, taux d’intérêt des crédits…) accordés par
l’État aux candidats à l’investissement. De nombreux projets validés
par cette institution qui travaille pour le compte de l’État n’ont
pas pu voir le jour des années après leur validation en raison des
lenteurs, entraves et dysfonctionnements qui caractérisent les
autres institutions chargées d’encadrer l’investissement (banques,
caisses de garantie, services de la wilaya pour ce qui a trait au
foncier industriel,…). En tout cas, face à tous ces aléas, le
gouvernement a initié un nouveau code des investissements qui est à
l’État de gestation, mais qui est censé casser les barrières qui
s’opposent aux investissements nationaux et étrangers massifs.
Le rapport 2009
Doing Business de la Banque mondiale portant sur le climat des
affaires dans 181 pays étudiés situe notre pays dans la peu
flatteuse 132e place. A titre de comparaison, l’Arabie Saoudite est
positionnée 16e. Le rapport en question informe l’opinion que,
entre juin 2007 et juin 2008, l’Algérie “n’a enregistré aucune
réforme majeure”. En matière de création d’entreprises, notre pays
occupe la 141e place. Pour l’embauche des travailleurs, l’Algérie
occupe la 118e place. Le reste des critères utilisés par la Banque
mondiale ne donnent pas une bonne image du climat d’investissement
et des affaires de notre pays.
Pourtant, au
niveau des orientations politiques officielles, des signaux forts
et des mesures incitatives de façon à drainer plus efficacement et
plus diligemment les investissements hors hydrocarbures, n’ont pas
manqué. Dans les rangs de l’Assemblée populaire nationale, seuls
quelques députés remettent en cause la politique nationale de
privatisation ou la font accompagner de propositions sociales
dissuasives.
Le président de la
République mettra en exergue «les réformes en cours qui ont permis
une meilleure bancarisation de l’économie, la réduction de la
pression fiscale, la libéralisation du commerce extérieur, la
convertibilité commerciale de la monnaie nationale, la
simplification des formalités douanières». Ce sont des facteurs,
assure Bouteflika, «qui doivent concourir à l’assèchement des
activités dans la sphère informelle». En tout cas, avec le nombre de
personnes qu’il emploie – environ 1,3 million – et l’éventail des
activités qu’il embrasse, le secteur de l’informel ne peut laisser
indifférents ni les pouvoirs publics, ni les vrais acteurs de la vie
économique légalement installés, ni les services des Impôts et
Caisses sociales pour lesquelles le manque à gagner se chiffre en
centaines de milliards de dinars (évasion fiscale) ni, à plus forte
raison, l’opposition politique et les monde syndical.
C’est ce de
grisaille économique et d’espoirs de réformes profondes que
l’Algérie offre en cette période de crise mondiale qui ne fait
peut-être que commencer. La limitation des incidences négatives de
cette crise sur la marche générale du pays, le niveau de vie des
populations et les ressources naturelles et humaines qu’elles
possèdent ne peut s’opérer que par la mise à niveau de l’appareil
économique du pays et la réforme institutionnelle dans les domaines.
Seul ce mouvement salutaire pourra faire acquérir à l’Algérie
d’autres sources de recettes autres qu’énergétiques. Car la
situation actuelle de la mono-exportation a figé tous autres
mécanismes économiques et c’est le facteur le plus grave qui expose
crûment l’Algérie à la crise mondiale. Qu’une vérité soit connue :
le docteur Abdelmadjid Bouzidi soutient (magazine Le Cap, 1er
janvier 2009) que «l’économie algérienne est, en cette décennie
2000, encore plus dépendante des hydrocarbures qu’elle ne l’était au
cours de la décennie 1970. De 30%, la part des hydrocarbures dans le
PIB est aujourd’hui passée à 50%».
Par Saâd
Taferka
Haut
Investissements étrangers en Algérie
Trop beau pour
durer
Les investisseurs
étrangers disent ne pas comprendre les nouvelles exigences du
gouvernement et oublient tout ce que le pays leur a concédé dans ses
moments de faiblesse.
De plus en plus,
des informations faisant état d’«inquiétudes» parmi les milieux
d’affaires étrangers sont publiées, entretenant une sorte de
pression sur le gouvernement afin de l’amener à assouplir ce qu’on
qualifie de «tour de vis» sur l’investissement étranger. La question
est abordée sous l’angle de l’incompréhension à l’égard d’un pays
qui admet avoir un besoin crucial en IDE, mais qui se permet
paradoxalement de durcir les conditions d’entrée à son marché
domestique. Le problème est même parfois traité comme s’il
s’agissait d’une question exclusivement politique, liée à tel ou tel
responsable de l’Exécutif, voire doctrinaire ou dogmatique, émanant
du courant nationaliste dominant au pouvoir. Des comparaisons, sans
rime ni raison, sont toute de suite installées avec la Russie de
Poutine ou le Venezuela de Chavez, ou d’autres encore.
Il est de bonne
guerre, dira-t-on, que les investisseurs étrangers défendent leur
pain et la campagne médiatique de dénigrement menée contre les
mesures prises par le gouvernement Ouyahia et politiquement assumées
par le président Bouteflika, ne devrait étonner personne, en ce
qu’elle ressemble, dans ses objectifs, à d’autres campagnes qui
visent des pays opposés à l’ouverture tous azimuts de leur marché,
en Afrique, en Amérique latine ou en Asie. Partout dans le monde, le
capital ne tolère tout simplement plus l’Etat à qui il demande, en
effet, de ne se mêler de l’économie que pour préserver le
libre-échange et, si possible aussi, de ne réguler que sa monnaie.
Dans le cas de
l’Algérie, il subsiste pourtant une différence. Ce qui irrite le
plus les milieux d’affaires étrangers ce n’est pas tant les
contraintes aux investissements futurs que le recul qu’elles
expriment par rapport à l’option libérale consacrée. Et en d’autres
termes, les appréhensions ont trait non pas à ce que nos
«partenaires» ne gagneront pas à l’avenir, mais à ce qu’ils perdent
déjà dans une Algérie où le business était trop facile. Ce n’est
donc pas du découragement que certains ressentent, mais du dépit !
Après avoir été
conduite à multiplier les concessions pour briser son isolement
diplomatique et relancer la machine économique, Alger enregistre
depuis quelques années une inversion du rapport de forces, grâce à
une meilleure situation interne et à l’explosion de ses revenus
pétroliers. Et, malgré les craintes sur le marché pétrolier, sa
solidité financière actuelle l’éloigne de plus en plus de la
position de faiblesse qu’elle a dû affronter pendant les années
1990. Rien de comparable, n’est-ce pas, avec les difficultés
économiques et le lourd endettement qui ont vite amené le pays à une
ouverture qu’il n’était plus en mesure de maîtriser.
La fin du
paradis fiscal
Cette politique
libérale, qui fut par certains aspects, imposée au pays, a vite mené
à la levée du monopole de l’Etat sur le commerce extérieur, au
démantèlement du secteur public, à la désindustrialisation, au
désinvestissement dans l’agriculture, à la sous-qualification de la
main d’œuvre, etc., privant ainsi le pays des leviers de son
développement.
Pour renouer avec
la croissance, l’Algérie s’est donc retrouvée obligée de recourir
aux IDE et, donc, à mettre en place un des dispositifs d’attraction
parmi les plus permissifs au monde. Ainsi en est-il du cadre
réglementaire de soutien à l’investissement, porté par l’APSI, puis
par l’ANDI, très vite considéré par les institutions financières
internationales, FMI en tête, comme une sorte de paradis fiscal
auquel l’Algérie devait mettre fin au plus vite. Avec un régime
général d’imposition quasi nulle sur 3 ans, de 5 à 10 ans dans le
cadre du régime spécifique ou dit dérogatoire, les investisseurs
nationaux ou étrangers pouvaient ainsi escompter un retour sur
investissement inespéré sous d’autres cieux et cela, moyennant de
légères taxes et quelques droits de timbres seulement.
Sachant que les
entreprises qui ont lancé des projets dans ce cadre s’acquittaient
de leurs déclarations fiscales mensuelles et annuelles, même si
elles ne payaient presque rien, il serait très intéressant de savoir
à quel montant correspond l’imposition exonérée grâce aux circuits
ANDI et ex-APSI, pour estimer le manque à gagner pour les caisses de
l’Etat. Sur plus d’une décennie, cela se chiffre assurément en
dizaines de milliards de dinars. Jusque-là, il n’y a pas de quoi
incriminer les investisseurs étrangers qui, après tout, ne sont pas
responsables des règles du jeu, mais juste tenus de les respecter.
Cela démontre, néanmoins, que l’Algérie n’a pas toujours été un
bastion de l’antilibéralisme et que si l’Etat se montre aujourd’hui
plus exigent envers le capital étranger, c’est tout simplement parce
qu’une première expérience d’ouverture libérale vient de s’achever
et que ses leçons ont été tirées.
Une expérience
qui, outre les exonérations fiscales et parafiscales concédées, a vu
beaucoup d’enseignes étrangères apporter avec elles leurs staffs
d’encadrement (dans les industries et la finances, par exemple),
leurs agents d’exécution (bâtiment), souvent aussi leurs matière
première (agroalimentaire, autres transformations) et, même pour
certains cas, une partie de la nourriture de ses effectifs dans les
bases de vie (hydrocarbures, travaux publics).
Sans avoir à
critiquer les stratégies propres à chaque firme étrangère, qui est
en droit de ne pas trouver des réponses locales à ses besoins, on ne
peut nier qu’une bonne partie des ces entreprises ne contribuent
pas, en réalité, à la mise à niveau des managers algériens, à la
formation de la main d’œuvre locale, au transfert technologique, à
la consommation de la production interne ou à la croissance des PME.
C’est cette
situation qu’a longtemps essayé de dénoncer le patronat algérien,
sous diverses façons, et il y a de quoi comprendre la rage de
certains de ses représentants quand, pendant ce temps, le
gouvernement osait encore parler d’accélérer l’ouverture des zones
franches ! C’est également à ces conditions, source de déséquilibre
favorable aux firmes étrangères, que le gouvernement entend mettre
fin.
Dans la pratique,
le raffermissement du contrôle fiscale et sur les transferts de
fonds vers l’étranger (qui ne devrait pas inquiéter les opérateurs
honnêtes), l’obligation de s’associer à un opérateur algérien
majoritaire et celle portant réinvestissement d’une partie des
bénéfices, ne sont pas des conditions propre au marché algérien.
Elles existent dans d’autres pays, comme ceux du Golfe ou en Chine,
ce qui ne décourage absolument pas les investisseurs étrangers de
s’y installer et même d’y délocaliser.
Quant à leur
esprit, notamment par dans le contexte de la crise mondiale, ces
mesures ne divergent pas de ce qui se décide dans l’Amérique d’Obama,
ou dans l’Europe de Brown, de Sarkozy et de Berlusconi, où l’on ne
jure que par le patriotisme économique. Ce qui est d’ailleurs à
l’ordre du jour du sommet du G20 à Londres, à propos duquel la
chancelière allemande Angela Merkel a dit «ne pas s’attendre à une
solution commune», alors que le DG de l’OMC, Pascal Lamy, parle de
«néoprotectionnisme» pour dénoncer ces mesures implicitement prises
par les gouvernements dans les plans de relance pour protéger leurs
marchés et leurs entreprises.
Par Nabil
Benali
Haut
L’Etat rentier consolidé
Pendant la crise
économique mondiale des années trente, les caractéristiques
rentières de l’Algérie sont renforcées.
Comme pour le
reste du Tiers Monde, les évolutions liées à la crise économique
mondiale des années trente bloquent la transition de l’Algérie vers
le capitalisme. La crise des années trente a des répercussions dans
les domaines suivants :
- Sur le plan
économique, elle mène à une baisse considérable du niveau
socio-économique de pratiquement tous les agents économiques qui
sont en rapport avec le marché, même s’ils produisent encore
largement pour l’autoconsommation. Cette crise est interprétée comme
administrant la preuve de l’incapacité du capitalisme à promouvoir
la croissance et à maintenir l’équilibre social par l’emploi.
- Sur le plan
politique, cette crise mène au renforcement des mouvements
anticolonialistes en Asie et en Afrique. Le marché ne suffit plus.
Il faut le compléter par l’intervention étatique. Cette
intervention, par définition, n’est plus soumise au contrôle du
marché et ne peut donc pas tirer sa légitimité du plébiscite anonyme
des transactions entre des particuliers qui s’affrontent sur le
marché. Il lui faut une autre légitimité, qui ne peut être
politique.
- Sur le plan
international, la crise engendre le fascisme, mais seulement dans
une minorité de pays qui se trouvent insatisfaits par les règlements
de 1919. Ces puissances introduisent dans le système international
un discours à la fois culturaliste et raciste. Par son racisme, le
contenu culturaliste de ce discours ne passe guère dans les milieux
du Tiers Monde qui se trouvent en opposition politique avec les
puissances occidentales, notamment avec les puissances coloniales.
Si les fascistes se prévalent de la diversité des cultures, ils ne
peuvent créer, sur la base de ces convictions culturalistes, une
internationale des mouvements anticolonialistes à leur service. Le
discours culturaliste dans le Tiers Monde rejette le racisme
fasciste et doit – pour gagner – s’allier avec le libéralisme en
Occident. Dans les larges coalitions qui mènent le combat pour
l’indépendance dans les colonies, ceux qui savent se rapprocher du
discours universaliste en Occident se voient renforcés parce qu’ils
constituent des interlocuteurs plus «valables» que les extrémistes
proches du discours culturaliste. A cause de l’association entre
anti-occidentalisme et fascisme dans les pays industriels, les
libéraux dans les pays d’Occident se voient confrontés dans les
colonies à des mouvements qui pratiquent un discours qui se réfère à
1776 et 1789 et parfois, mais rarement, à 1917.
Au plan
international, c’est un universalisme qui l’emporte. Celui-ci veut
marier certains éléments du socialisme au libéralisme. L’audience
des mouvements en Asie et en Afrique qui se prévalent de la volonté
d’affirmer leurs «nations» s’accroît d’autant qu’ils se rapprochent
de ce consensus universaliste.
Des erreurs sur
les vraies orientations de ces mouvements anticolonialistes sont
dues aux structures du système international qui émerge de la crise
des années trente. La crise économique mondiale met fin au modèle de
croissance par exportation de matières premières qui avait conduit à
l’intégration de larges zones de l’Afrique, de l’Asie et de
l’Amérique latine dans l’économie capitaliste mondiale. Pourtant,
ces économies n’ont pas réussi de transition vers le capitalisme, ce
qui avait été le cas lors de l’intégration de l’Europe continentale
et de l’Amérique du Nord dans l’économie capitaliste mondiale. La
crise des années trente rend l’échec d’intégration évident, mais
elle n’en est pas la cause. Les surcapacités de production se
manifestaient dès 1925. Elles déclenchent un mouvement de baisse des
termes de l’échange, qui devient le cheval de bataille des
revendications du Tiers Monde. Le Tiers Monde s’est constitué sur le
plan économique à partir de la dénonciation des inégalités et des
injustices de l’échange international. La crise démontre que les
matières premières ne sont pas une machine à engendrer le
capitalisme par l’exportation, puisque la consommation par PIB de
matières premières destinées à l’industrie diminue à cause de la
compétition, tandis que l’élasticité-revenu des matières premières
destinées à la consommation des ménages est inférieure à zéro par
rapport au PIB dans les pays industriels. L’exportation de matières
premières n’a engendré la transition vers le capitalisme que dans
des économies qui ont combiné l’égalité de la distribution des
revenus avec cette exportation des matières premières, donc favorisé
le développement des marchés intérieurs de masse. Rares sont les
pays d’Afrique et d’Asie qui se sont déjà suffisamment développés
dans l’industrie pour bénéficier de l’avantage comparatif dans le
secteur manufacturier, en raison aussi de leur pauvreté en matières
premières. Le Japon est le premier pays qui a pu réussir cette forme
de transition.
L’Algérie réunit
les caractéristiques les plus désavantageuses : elle n’a pas de
matières premières riches ni de marchés en expansion qui auraient
des répercussions sur l’emploi. Pourtant, sa minorité européenne est
suffisamment puissante pour obtenir des revenus à l’exportation qui
la maintiennent sur le plan économique avec une certaine aisance.
Cela permet aussi de maintenir l’union monétaire avec la France.
Celle-ci rend le travail en Algérie suffisamment cher pour bloquer
toute industrialisation et diversification de l’économie. L’Algérie
ne peut donc pas procéder à la substitution des importations
industrielles comme l’Amérique latine ou l’Inde. L’Algérie ne peut
pas profiter de la crise pour se restructurer. L’Algérie subit
seulement la baisse considérable du niveau de vie de la masse de la
population, ce qui conduit au chômage et à la misère.
L’Algérie
participe alors aux nouvelles incitations aux mouvements politiques
anticolonialistes que la crise produit partout dans le Tiers Monde.
Mais à la différence d’autres colonies sans peuplement européen, la
coalition de forces politiques qui soutient ces mouvements est plus
restreinte qu’ailleurs. En Algérie, comme ailleurs dans le Tiers
Monde, ceux qui sont proches du pouvoir sont plus protégés des
répercussions que le reste. Les planteurs dans les Indes
néerlandaises reçoivent des prix supérieurs pour des produits
identiques à ceux de la petite paysannerie. En Algérie, l’Etat
français aide surtout les spéculations sous contrôle des gros
propriétaires, qui sont en majorité européens. Mais c’est seulement
en Algérie que cette protection s’étend à la majeure partie des
classes moyennes à cause de sa division ethnique, donc à la
«nation-classe» des Européens. De ce fait, en Algérie, la coalition
des forces anticolonialistes ne comprend pas toutes les forces
politiques qui souffrent de la crise, à la différence de l’Amérique
latine ou des pays d’Asie qui s’orientent vers une politique de
substitution des importations, dans le deuxième cas même si
l’indépendance politique n’est pas encore atteinte. En Algérie, les
gros propriétaires sont protégés par la puissance coloniale et ne
doivent pas se muer en entrepreneurs capitalistes.
En France, la
crise révèle le retard de la modernisation de l’appareil productif
français. La France a peu participé aux innovations appelées
«deuxième révolution industrielle» à partir de 1890, à la fois sur
le plan technique et sur le plan organisationnel (création de
grandes entreprises, etc.). S’étant spécialisée sur les produits de
luxe depuis le XIXe siècle avec de très bons prix internationaux, si
bien que sur le plan statistique, la productivité industrielle de la
France est plus élevée que celle de la Grande-Bretagne, la France
est moins exposée au mouvement de rationalisation qui se déclenche à
partir des années vingt et qui constitue la source de l’augmentation
de la productivité de cette période. Quand ce retard se révèle comme
facteur de déclin militaire en 1940, la France opte pour
l’intervention “étatique” non pas seulement pour maintenir un niveau
élevé de la demande globale, mais pour lancer les nouvelles
industries à technologies sophistiquées. La France se constitue un
appareil bureaucratique de la promotion sectorielle d’industrie,
processus appelé plus tard la planification.
Hartmut
Elsenhans
Professeur
d’histoire à l’université de Leipzig
Haut
Algérie 1929-1936
Une crise
durable
L’Algérie, peu
intégrée dans les circuits de l’économie mondiale, subit la crise
économique de 1929 avec un décalage de 18 mois environ. Mais tous
les secteurs furent successivement touchés et durablement anémiés :
l’économie algérienne tout entière vacilla en 1934-1935, avant la
reprise, tardive, de 1936. Pourtant, l’intégration au marché
métropolitain et l’intervention de la France amortirent
considérablement l’ampleur de la crise.
Les effets de
la crise
Pour les fellahs
qui vendaient leurs blés et leurs orges presque après la
récolte,c’est-à-dire au cours le plus bas et à des prix inférieurs
à ceux consentis par les minotiers près des ports d’exportation,
aucune amélioration du pouvoir d’achat ne peut être décelée même en
année de bonnes récoltes. Avec une récolte faible la misère était
encore accrue et la disette s’installait. La Dépêche algérienne (23
janvier 1933) demandait des secours pour les populations indigènes
des hautes plaines menacées de mourir de faim : «Ce qu’ils mangent ?
Si vous saviez ce qu’ils mangent ! Ils déterrent les racines de
talrouda dont ils font une espèce de farine, mélangée s’il se peut
d’orge. Mais l’orge, ils la vendent moins cher qu’il n’a fallu la
racheter. Quand le ramasseur d’impôts est passé, ils ont couru après
l’acheteur. On nous a parlé de 90 francs pour le quintal de blé, de
50 francs pour l’orge. En fait, on leur a donné beaucoup moins (…)
Il et des régions où l’on a saisi et vendu les trois chèvres et
l’âne qui leur restaient pour régler le fisc.» L’administrateur de
la commune mixte de La Calle écrivait en 1934 : «Depuis quatre ans
les cultivateurs ne vendent plus leurs produits et sont écrasés par
l’impôt foncier. Malgré leur attachement pour leur terre natale, ils
vendent leurs parcelles une à une pour payer leurs dettes arriérées
et, le cas est fréquent, pour payer leurs impôts annuels.»
Les éleveurs
étaient plus atteints encore. Les troupeaux ovins, durement
amoindris par la grande mortalité de 1931 et 1932 (hivers rigoureux,
sécheresse d’été, manque de nourriture pour le bétail), ne se
reconstituèrent qu’en 1934. Le fisc demeurait cependant inhumain.
«Alors qu’il y avait des milliards (?) de pertes dans le troupeau,
on a incarcéré pour non-paiement de l’impôt. Dans la commune mixte
de La Calle notamment, on a confisqué les chèvres des
contrevenants», écrivait Sadek Denden dans l’Ikdam, En 1935, la
valeur de l’ensemble du cheptel vif appartenant aux Musulmans aurait
subi, selon le fisc, une baisse de 25 % depuis 1927, or, la
dépréciation aurait été plus forte s’il avait pris pour référence
toute autre année, ou une moyenne décennale.
Chez les
Européens, la crise atteignit surtout les nombreux colons qui
s’étaient endettés pour moderniser leur exploitation, mais elle
frappa plus durement encore les salariés agricoles dont les
rémunérations furent écrasées, parfois réduites à des niveaux
proches de celles des manoeuvres musulmans. Beaucoup d’ouvriers
agricoles espagnols quittèrent alors les villages de colonisation ;
certains regagnèrent leur patrie. Les statistiques enregistrèrent en
1936 dans les départements d’Oran et de Constantine une diminution
de la population rurale européenne, surtout sensible dans la
catégorie des journaliers.
Etant donné
l’ampleur et la durée de la crise, on s’attendrait aussi de 1932 à
1936 à un transfert massif de propriétés que les statistiques de
l’enregistrement ne confirment pas. Certes, des domaines grevés
d’hypothèques furent éparpillés au feu des enchères, des biens
écrasés de dettes usuraires revinrent aux prêteurs, mais
l’intervention des pouvoirs publics et des crédits métropolitains,
bien que tardive, fut suffisante pour éviter une dépossession de
plus grande ampleur. Toutefois les crédits, avances et prêts de
semences, consentis plus tardivement encore aux fellahs (81 millions
en 1935, 105 en 1936), furent scandaleusement inférieurs à ceux que
surent obtenir les colons. Le fonds commun des SIP ne reçut que 50
millions sur les 400 mis à la disposition des caisses de prêts
agricoles pour la consolidation des dettes. La petite propriété
musulmane souffrit particulièrement, si l’on accepte les évaluations
administratives selon lesquelles les petits propriétaires de moins
de 10 ha représentaient 65,39% du total en 1939 contre 70,36% en
1930. Le même processus de concentration se produisit dans la
propriété européenne : la proportion des grandes propriétés de plus
de 100 ha passa de 20,7% en 1930 à 24% en1941, aux dépens notamment
de la moyenne propriété dont le pourcentage recula de 18,06% en 1930
à 16% en 1941.
La crise fut
toutefois plus dommageable aux fellahs qu’aux propriétaires
européens. Selon les statistiques des transactions immobilières, la
balance des achats de biens fonciers fut positive pour les Européens
qui acquirent de 1931 à 1935 inclus un solde de 88 550 ha pour les
seules superficies déclarées. Si l’on calcule que de 1928 à 1937 en
dix les Européens avaient acquis 132 390 ha, on voit que les 67% de
leurs acquêts furent obtenus pendant les cinq années de crise.
Celle-ci a donc quelque peu favorisé l’extension du domaine colonial
au seul profit de la grande propriété et des sociétés à fortes
disponibilités financières.
Dans les villes
aussi, les musulmans durent, pour faire face à leur endettement,
céder une partie de leur capital immobilier. Dans le département de
Constantine par exemple, les statistiques de l’enregistrement
montrent que, de 1926 à 1930, les musulmans avaient acquis pour plus
de 47 millions d’immeubles vendus par des Européens, ne leur en
cédant pour leur part que pour un peu plus de 16 millions, d’où un
accroissement de leur capital immobilier urbain de 30 866 francs. De
1931 à 1935, la tendance se renversa. Les propriétaires musulmans
durent vendre aux Européens pour quelque 25,5 millions et
n’achetèrent que pour environ 22 millions,d’où une déperdition
exacte de 8 483 799 francs. la communauté musulmane de ce
département avait subi en quatre ans (1932-1935), au profit des
Européens, une perte en capital de près de 32 millions dont 29 844
ha de terres, ce qui annulait ses progrès de la décennie antérieure.
Or, dans les deux autres départements le bilan des transactions
immobilières fut plus défavorable encore aux musulmans.
Parce qu’elle ne
fut pas liée à de grandes famines dévastatrices et qu’elle
n’entraîna pas de conséquences démographiques, la crise économique
est généralement minimisée quant à ses effets sur les populations
musulmanes dont le nombre s’accrut de 10,96% de 1931 à 1936. elle
n’en affaiblit pas moins leurs revenus et leur capital et leur fit
perdre confiance dans l’efficacité du système économique français.
La crise accéléra
aussi les migrations de la société rurale algérienne et détermina
notamment un afflux de ruraux dans les villes. Entre 1931 et 1936,
la population musulmane des villes augmenta de 19,1% contre 9,6%
pour la population des campagnes. Dès lors, se constituèrent dans
les faubourgs des grandes villes ces agglomérations prolétariennes
connues à partir de 1934 sous le nom de bidonvilles et qui restent
le triste symbole d’une urbanisation sauvage. C’est aussi dans ces
années que la population musulmane des villes l’emportait pour la
première fois en nombre sur la population européenne : les ruraux
commençaient à prendre possession des villes.
C. R. Ageron
Histoire de
l’Algérie contemporaine
La crise touche
l’Algérie
Peu intégrée dans
les échanges mondiaux, l’Algérie subit avec un an et demi de retard
les effets de la très grave récession économique qui frappe la
France de plein fouet.
En mai 1930, dans
l’enthousiasme des célébrations du centenaire de la colonisation
algérienne par la France, le gouverneur général Bordes déclarait :
«La crise commerciale et industrielle qui pèse sur le monde entier
ne se liquidera pas sans que l’Algérie en éprouve quelques
contrecoups toujours pénibles. Mais ceux-ci ne seront pas
catastrophiques pour notre économie générale façonnée par l’ardeur
au travail de populations confiantes dans l’avenir et que les
rumeurs d’un pessimisme malsain ne sauraient inquiéter.» Ce discours
rassurant fondait probablement son optimisme sur la vocation
agricole du pays.
De fait, la
production de vin, qui représente les deux tiers des exportations,
continue d’augmenter et bénéficie de prix temporairement à la
hausse. Mais la prospérité viticole persistante masque l’évolution
inverse que connaissent, par exemple, l’alfa, le liège et les
céréales. «La colonisation est à bout de souffle», s’écrie-t-on aux
délégations financières : des colons vendent leur blé à perte,
s’endettent ou découvrent le poids de leurs traites, beaucoup
perdent leurs terres. Des ouvriers agricoles d’origine espagnole,
dans la région d’Oran, s’exilent à nouveau.
Le commerce
général de l’Algérie ne représente plus que 8 milliards de francs,
contre 10,6 en 1930. La crise est donc là, mais elle ne frappe pas
partout avec la même intensité.
La crise de
l’industrie, dont les produits tiennent une faible part dans les
exportations, fait moins mal. Toutefois, le nombre de faillites
d’entreprises industrielles et commerciales double par rapport à
l’année 1930, tandis que les créations diminuent brutalement. En
raison de la baisse des prix à l’exportation, en particulièrement
vers la France, la production minière chute à 20% (fer, zinc) –
voire 25% (plomb) – de son niveau de 1929, les phosphates étant les
moins touchés. Les entreprises débauchent des milliers d’ouvriers.
C’est la
crise !
Le bénéfice
paradoxal qu’une partie de l’économie algérienne tire de ses
relations commerciales avec la métropole ne profite pas à tous.
C’est par une expression teintée d’ironie fataliste que
s’interpellent les Algériens, témoins réciproques de la misère
quotidienne dans laquelle les a précipités une crise qui les frappe
plus durement que les Européens. L’artisanat algérien, concurrencé
par la baisse du prix des cotonnades importées, s’effondre. Les
petites entreprises traditionnelles de tannerie, de broderie, les
babouchiers ferment boutique et laissent leurs ouvriers errer sans
ressources. L’émigration vers la métropole reflue et les revenus qui
faisaient vivre de nombreuses familles rurales, notamment en Grande
Kabylie, disparaissent. La céréaliculture et l’élevage traditionnels
ne trouvent plus de débouchés à leurs prix, ce qui entraîne pour les
fellahs écrasés d’impôts et de dettes le prêt à usure, puis la
saisie de leurs biens et de leurs terres. Avec la misère, les
populations paysannes sous-alimentées qui ne cèdent pas à l’exode
rural, survivent essentiellement de racines.
L’Algérie,
premier partenaire commercial de la France
En dépit des
récriminations de l’opinion, la protection douanière et le commerce
avec la France amortissent les effets de la crise en Algérie.
L’union douanière avec la France métropolitaine protège les prix, en
particulier agricoles, à l’entrée sur le marché français, en passe
de représenter 90% des exportations algériennes contre environ 70%
dans les années 1920. En outre, la baisse relative des prix de
certains produits métropolitains, sucre, huile d’arachide,
cotonnades, savon, café, permet d’accroître avantageusement les
importations. Le repli économique sur l’Empire français a pour effet
de faire bénéficier l’Algérie d’une position de premier partenaire
commercial de la France. Plus inquiétant est le déficit budgétaire,
qui s’élève cette année à 20 millions de francs et suscite avec
l’endettement quelque amertume quant aux dépenses somptuaires
occasionnées par le centenaire.
Haut
Crise économique
Pourquoi pas un
comité de sauvegarde ?
La crise actuelle
peut être une occasion d’encourager un consensus national en faveur
de réformes dont l’Algérie a cruellement besoin. Le pourquoi de ce
comité : la crise financière risque de déboucher sur une crise
sociale sans précédent au niveau mondial
La crise actuelle
est une crise systémique enclenchée par la crise du crédit et touche
tous les pays développés et du tiers-monde. La crise financière
s’avère profonde et n’en est qu’à ses débuts et les premières
conséquences économiques et sociales ne cessent de se faire sentir,
pouvant, avec les ondes de chocs, aller jusqu’en 2014/2015. Ainsi,
comme durant la période 1929/1936, l’on assiste au début des
mouvements sociaux de plus en plus persistants face à la crise. En
Islande, qui a connu, par le passé, une prospérité inégalée, le
gouvernement a démissionné, conséquence directe de la crise
économique mondiale suite à la dépréciation de la monnaie nationale
et de l’effondrement du système bancaire. La Chine risque une
généralisation des émeutes sociales. En Russie, les recettes du
pétrole chutent, les effets combinés de la dégradation de l’emploi
et du cours du rouble provoquent des mouvements sociaux non connus
depuis la crise des années 2000 au moment de l’effondrement du
rouble. Les compressions de personnels au Japon ont, selon les
observateurs locaux, «un impact d’une brutalité sans précédent» qui
déstabilisent la société japonaise, traditionnellement confiante en
sa sûreté.
Les mêmes effets
commencent en Europe (cas de l’importante grève qui a réuni
l’ensemble des mouvements syndicaux en France) en rappelant le cas
de la Grèce qui a déjà vu de graves incidents, ainsi qu’en Irlande,
en Grande Bretagne qui a connu la désindustrialisation du pays ayant
reposé sa puissance sur la City et les services qui ont connu un
effondrement s’expliquant et par la chute de la livre sterling et
par le bas taux d’intérêt jamais vu depuis la création de la banque
d’Angleterre.
Les USA ne sont
pas exempts et des mouvements sociaux commencent à se manifester
dans plusieurs gouvernorats les plus touchés par la crise,
l’élection du nouveau président avec les espérances qu’il suscite,
jouant transitoirement le rôle de tampon amortisseur. Tous ces
mouvements sont révélateurs de l’aggravation des malaises des
sociétés et de l’inquiétude croissante vis-à-vis de l’avenir face à
l’ampleur de la crise mondiale et ce, malgré une injection monétaire
sans précédent et les interventions des Banques centrales pour
essayer de stabiliser le système financier et faire face à la
paralysie du marché.
Face à cette
situation où, à la différence de la crise de 1929-1950 privilégiant
les politiques dites «nationales» avec la mondialisation, nous
assistons à la crise des politiques économiques traditionnelles. Les
nouvelles politiques des dépenses publiques dites néo-keynésiennes
avec un rôle central à l’Etat régulateur s’avèreront-elles efficaces
?
Il est utile de
rappeler que, dans les années 1930, les mesures mises en œuvre par
Roosevelt, lors du “New Deal”, n’ont pas été suivies du
rétablissement de l’économie américaine. Après une brève remontée
vers le milieu de cette décennie, l’économie américaine a connu un
ralentissement marqué en 1937/38, aussi important que ceux qui
l’avaient précédé. L’économie américaine a commencé à mieux se
porter avec la production pour la guerre et après que la stabilité
mondiale eut été rétablie grâce à la reconstruction de l’économie
mondiale après la destruction massive de la deuxième guerre
mondiale.
Les axes
directeurs du comité national
La sécurité
nationale étant posée, ce comité, sous l’autorité directe du
président de la République, sera composé d’experts nationaux
indépendants, loin de toute tutelle administrative et lourdeur
bureaucratique (au nombre de six) pouvant faire appel
exceptionnellement à des expertises extérieures devant travailler en
réseaux avec les structures locales directement concernées :
ministères de la Défense nationale, de l’Intérieur, des Finances, de
l’Energie et des Mines et la Banque centrale d’Algérie.
Il serait
également suicidaire pour l’avenir de la Nation de s’enfermer dans
un monologue en vue d’attributions de points d’autosatisfaction
entre certains segments du pouvoir et ses satellites. Il sera chargé
de préparer une conférence nationale à laquelle seront conviés sans
exclusive car personne ne peut se targuer d’être plus nationaliste
qu’un autre :
- Tous les anciens
présidents de la République (invités d’honneur), tous les chefs de
gouvernement (invités d’honneur), tous les partis politiques y
compris ceux de l’opposition (deux représentant par parti
représentatif), tous les syndicats y compris ceux autonomes et le
patronat (deux représentants par organisation représentative), des
segments de la société civile représentatifs des organisations
économico-sociales avec un équilibre régional (un représentant par
organisation), un représentant par ministère et une sélection
d’universitaires de tous les centres de recherche et universités (au
nombre de 20 maximum dont 5 relevant de l’émigration).
Un canevas
préparatoire leur serait distribué un mois avant cette présente
conférence et toutes les propositions devront parvenir au préalable
au Comité. Lors de cette conférence, dont le nombre ne devrait pas
dépasser 200 personnes pour éviter les foires du passé sans
résultats probants, pour enrichissement, qui devra être largement
médiatisée afin de sensibiliser l’opinion nationale, il sera créé
quatre ateliers présidés par un expert du comité assisté d’un
rapporteur du même comité :
- un atelier sur
les perspectives de la crise mondiale 2009/2014,
- un atelier sur
l’impact de la crise sur l’Algérie au niveau macro-économique pour
déterminer les choix futurs en matière d’investissement dans la
mesure où la création d’emplois ne se décrète pas mais relève
fondamentalement de l’entreprise et son fondement le savoir, si l’on
veut dynamiser la production et exportations hors hydrocarbures,
- un atelier sur
les impacts sociaux et l’exigence de nouvelles régulations
sociales,
- un atelier sur
le futur rôle de l’Etat et la bonne gouvernance.
Des actions
concrètes devront être dégagées et soumises à la plénière pour
approbation pour les cinq prochaines années afin d’assurer la
cohérence entre l’efficacité économique au sein d’un univers
mondialisé et en pleine mutation et la nécessaire cohésion sociale.
En conclusion, en
cas de dérapage du dollar et d’un cours plus bas que 40 dollars, la
situation serait dramatique pour l’Algérie dont les dépenses
actuelles se fondent sur un cours variant entre 70/80 dollars le
baril, le prix du gaz étant indexé sur celui du pétrole, un cours de
50 dollars donnant moins de 25 dollars pour le gaz rendant peu
rentables certains investissements. Avec les nouvelles dispositions
on peut supposer que l’Etat investira sur fonds propres entre 80 et
100%. Aussi, le gouvernement algérien ne devrait pas prendre à la
légère la profondeur de cette crise qui est structurelle et non
conjoncturelle, certains responsables algériens, induisant en erreur
le président de la République, ne veulent pas voir la dure réalité
en face en affirmant que la crise mondiale ne touche pas l’Algérie :
c’est comme un malade qui, sachant qu’il est très malade, ne veut
pas voir un médecin, voulant vivre d’illusions d’un retour rapide à
un cours élevé du pétrole et du dollar. Par ailleurs, il s’agit de
ne pas confondre le rôle de l’Etat régulateur stratégique en
économie de marché avec le retour à l’étatisme des années 1970 qui,
selon mon humble point de vue, serait suicidaire pour le devenir du
pays.
Car, je précise
que sur les 800 milliards de dollars dégagés pour soutenir les
activités aux USA, 600 milliards de dollars sont destinés, pour plus
de 80%, au secteur privé et ce serait une erreur stratégique de
croire que la crise actuelle engendrera le retour à l’étatisme
stalinien. Même la Russie et la Chine, fondateurs du communisme, ne
vont pas dans ce sens révolu par l’histoire. Aussi, si l’on opte
pour le dialogue économique, social et politique élargi, la seule
voie réaliste est la création d’un comité de sauvegarde contre les
effets de la crise.
Comme le dit
Aristote, «le doute est le commencement de la sagesse». Si la paix
est un élément déterminant du développement économique et social, se
prémunir contre les chocs sociaux de la crise économique afin
d’éviter le drame des effets de la crise de 1986, n’en est pas moins
déterminant et la véritable réconciliation nationale entre 2009/2014
passe par une mobilisation générale contre les effets de la crise
mondiale pour un développement durable au profit des intérêts
supérieurs de l’Algérie. La crise actuelle peut être une occasion
d’encourager un consensus national en faveur de réformes dont
l’Algérie a cruellement besoin.
Par le Dr
Abderrahmane Mebtoul
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Conséquences sociales de la crise de 1929 en Algérie
La colonie
oubliée
Quels effets
sociaux ont été engendrés par la crise de 1929 sur l’Algérie ? Le
pays, vivant sous le joug colonial de la France, ne réagissait
économiquement et socialement que par ricochet.
En 1929, l’année
du jeudi noir, le modèle économique français restait relativement à
l’écart de ce qui secouait le monde. S’enrichissant grâce à
l’exploitation de ses colonies, de leurs matières premières et de
leurs productions agricoles, la France était en fait très faiblement
insérée dans le système financier international. Les historiens de
l’économie s’accordent à dire que la France n’a été touchée par la
crise qu’à partir de 1932. La raison essentielle est la dévaluation
de la livre britannique qui avait affaiblie le franc. La baisse des
prix agricoles qui avait débutée en 1930 ira en s’accélérant
affectant alors l’économie française. Le chômage grandissant, et une
politique déflationniste qui a suivi les mesures protectionnistes
radicales provoquent une grande agitation sociale. Conséquence
directe des effets de la crise, la victoire du Front populaire en
France (lire encadré). C’est, en fait, sous cet angle unique que
l’on peut appréhender les quelques conséquences sociales de la crise
1929 en Algérie, notamment l’absence de toute avancée dans le statut
de la colonie. Le pouvoir de gauche était en fait foncièrement
colonial et même les acquis en France du front populaire ne se
feront ressentir que pour les quelques dizaines d’ouvriers notamment
dans le secteur industriel embryonnaire existant alors en Algérie.
Le Front populaire, naturellement revendicatif en France, sera d’une
incroyable timidité en Algérie et dans ce que furent les colonies
déléguant son action au parti communiste algérien.
Dans de nombreux
écrits, on indique que le programme du Front populaire ne comprenait
qu’une seule phrase sur les colonies. Il était préconisé la création
d’une commission d’enquête parlementaire devant se pencher sur la
situation politique, économique, morale des territoires colonisés.
En fait, il ne fallait rien attendre de la SFIO et des radicaux de
gauches qui étaient aussi des tenants déclarés du colonialisme. On
appelait à humaniser un système inique en accordant un petit peu de
liberté d’expression et de la presse ainsi que l’abrogation du code
de l’indigénat.
Même sur ce point
le pouvoir de gauche fera chou blanc. Démantelé à partir de 1944,
certains aspects du code ont perduré en fait jusqu’en 1962. Aucune
des promesses n’a été tenue.
En attente d’un
front anti-impérialiste
En fait, l’Algérie
colonisée était l’exemple même des contradictions que portait le
mouvement du Front populaire. On note que le communiste Jean
Chaintron (dit Jean Barthel) envoyé en Algérie constatait : «A
l’intérieur de la population indigène, le problème principal n’est
pas fascisme ou antifascisme mais impérialisme ou
anti-impérialisme.»
Loin d’être à
l’avant garde le VIIe congrès de l’Internationale avait ainsi
déterminer les perspectives du combat des peuples colonisés : «Dans
ces pays, la principale tâche des communistes est de travailler à la
création d’un front populaire anti-impérialiste.»
En ce qui concerne
l’Algérie on se rend bien compte de l’absence de vision historique
de ces communistes puisqu’en 1926, Messali Ahmed El Hadj,, un
syndicaliste algérien, avait créé l’ancêtre du mouvement national
algérien l’Etoile nord-africaine et en 1937, il fonde le Parti du
peuple algérien (PPA). Toute action en faveur des Algériens ne
devait-elle passer par une alliance avec justement Messali ?
D’ailleurs, toute lecture de l’histoire de cette époque ne peut se
faire finalement que sous le prisme de la revendication nationaliste
qui commençait à prendre forme. Notons toutefois que la
manifestation organisée en Algérie le 14 juillet 1937 par le Parti
communiste algérien au nom du Front populaire verra, ce qui est
historiquement attesté, l’apparition pour la première fois du
drapeau algérien (en fait pratiquement celui qui existe
actuellement)*.
Par Amine
Esseghir
* Les Débats du 9
juillet 2008.
Sources :
- Benjamin Stora :
Nationalistes algériens et révolutionnaires français au temps du
Front populaire (édition l’Harmattan, Paris 1987)
- Alger
Républicain (édition hebdomadaire du 25/05/2006)
- http://etudescoloniales.
- canalblog.com
Le Front populaire
est né en France sous ce qui est appelé la IIIe République d’un
rejet commun par les partis de gauche français des ligues d’extrême
droite.
En terme de date,
c’est le 6 février 1934, journée de manifestations antiparlementaire
violentes, que les ligues d’extrême droite s’affrontent, à Paris,
aux gardes mobiles qui tirent sur la foule. Des manifestations
«contre les voleurs, contre le régime abject» qui provoquent la
démission du gouvernement français.
La gauche
française s’affirmant garante de la légalité appelle à la grève
générale à Paris et en province le 12 février et à une importante
manifestation le même jour. Socialistes et communistes Parti
communiste français (PCF) et de la Section française de
l’Internationale ouvrière (SFIO) s’unissent pour faire face à la
menace fasciste et constituent les prémices du Front populaire.
Le 14 juillet
1935, un grand rassemblement antifasciste unit communistes,
socialistes, radicaux, socialistes indépendants, des syndicalistes
et d’autres militants anti fascistes et permet les contacts pour une
alliance électorale pour les élections législatives de 1936.
Les élections ont
lieu le 26 avril et le 3 mai 1936. Le Front populaire est constitué
avec 376 députés de gauches face à 248 députés conservateurs à
droite.
Le nouveau
gouvernement est dirigé par le socialiste Léon Blum. Une grève est
organisée dans une atmosphère de fête, pour soutenir le gouvernement
face aux patrons. Les discussions de juin 1936 syndicats-patronat
organisées par le gouvernement aboutissent aux accords de Matignon.
Les syndicats
obtiennent des augmentations des salaires, la liberté d’action
syndicale, la création des comités d’entreprise.
Le Parlement pour
sa part vote d’importantes lois, sociales notamment.
les deux semaines
de congés payés par an : beaucoup de Français voient la mer pour la
première fois. La semaine de 40 heures et la nationalisation des
Chemins de Fer.
Des acquis sociaux
historiques qui ne seront pas effectifs immédiatement, Léon Blum
décide une pause dans les réformes sociales à cause de la crise. Il
démissionne en juin 1937.
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E-mail :contact@lesdebats.com |