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Une campagne, des enseignements
Une élection est généralement l’occasion pour un homme
politique de parler, donner son point de vue, défendre son
programme, attaquer ceux des autres, dénoncer le pouvoir, en ce sens
qu’un pouvoir se dénonce a priori par sa nature même de pouvoir,
etc. On a vu les candidats le faire tout au long de ces trois
semaines, parfois avec une virulence inouïe. Pourtant le message est
passé sur les radios, à la télévision, dans la presse écrite, tous
titres confondus. C’est cela la règle du jeu : laisser la parole
librement circuler, dans un cadre réglementé pour assurer l’égalité
entre les candidats. Personne n’a remis en cause le fonctionnement
de ce cadre. Mais certains ont protesté du fait que, malgré tout, il
n’a pas existé une égalité absolue. Celui-ci (il s’agit
principalement de Bouteflika) disposait de trop de moyens, se
plaignait-on. Oui, le candidat en question a plus de moyen que les
autres ; tout candidat qui réussit a toujours forcément plus de
moyens que ceux qui échouent, si ce n’est l’argent, c’est la
popularité et souvent les deux. Si Bouteflika n’était pas candidat,
on entendrait Rebaïne ou Mohamed Saïd protester contre Louisa
Hanoune ou Moussa Touati d’avoir plus de moyens, en ce sens qu’ils
disposent de partis relativement plus grands et mieux implantés sur
le territoire national. Egalité des chances ? Il ne faut pas rêver !
L’essentiel est que les protestations passent, que l’électeur sache
que ces candidats se plaignent et qu’ensuite il se fasse sa propre
opinion. C’est cela, l’égalité des chances : que chacun puisse dire
ce qu’il a envie de dire, même lorsque, comme Djahid Younsi,
pourtant candidat, il donne raison aux boycotteurs d’avoir boycotté
une élection où lui participe.
Et justement, on aurait eu envie que les partis qui
boycottent puissent disposer d’une tribune au même titre que les
candidats, pour dire qu’il ne faut pas voter. Comme si on organisait
un tournoi d’un jeu donné et que l’on invitait ceux qui refusent d’y
participer à venir empêcher son organisation. Le monde à l’envers…
Bref, la campagne a pris fin, l’élu sera connu aussitôt après le 9
avril et le pays poursuivra son chemin. Les leçons, chaque homme
politique les tirera en toute lucidité ou en toute versatilité, au
choix. Pour les plus pessimistes, à l’avenir, le cauchemar peuplera
nos jours et nos nuits. Pour les plus optimistes, le bonheur est
déjà là, qui nous tend la main. Quant aux plus objectifs, ils
diraient sans doute, pour paraphraser l’entraîneur Khalef à la
veille du match Algérie-Allemagne en Coupe du monde de football
(1982) que “la partie est difficile mais jouable”.
A. K.
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