Semaine du 8 au 14 Avril 2009

 

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Agoumi parmi nous

 

 
 
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Agoumi parmi nous

On ne sort pas impunément d’une retrouvaille avec Agoumi. Lumineux, il ne peut qu’éblouir et flamboyant, il ne peut que flamber tout vif en consumant à chaque parole, chaque mimique, l’image qu’on se fait de lui, reflet de celle qu’il donne de lui-même, artiste et personne étroitement imbriqués. Acteur accompli, on ne sait trop, à le regarder, autant dire à l’admirer, si Sid Ahmed Agoumi est habité par le théâtre ou si le théâtre est incarné par Agoumi, et il ne se gêne nullement pour alimenter l’amalgame et d’en assumer, au quotidien, la fluctuante et très indécise frontière. En riant et en faisant rire, en imitant les deux Kateb, Yacine et Mustapha, en faisant entrecroiser par une savante mixture les écoles de la distanciation et celle de l’Actor’s studio, comme pour mieux se démarquer de ceux qu’il imite avec affection (dans les deux sens termes), Agoumi exprime un profond désarroi existentiel, mais sans jamais se plaindre, et exhale des ondes tragiques, mais sans jamais se lamenter. Tiraillé, déchiré, écartelé, écorché vif, Agoumi n’en est pas moins, et c’est là que réside sa grandeur, notion qui toise de haut autant le génie que le talent, un être épanoui, rayonnant, haut en couleurs, étincelant de vie, vertus qu’il communique à l’entourage, qui pour lui est toujours un public, avec une générosité qui n’attend comme gratitude ni renvoi d’ascenseur ni même remerciements, mais juste que l’auditoire soit en phase avec ce qu’il exprime.

Sid Ahmed Agoumi est un trésor national vivant qui a connu et vécu tout ce qu’il y avait à vivre dans la culture algérienne, en qualité de metteur en scène, d’acteur, de directeur de théâtres et d’autres institutions comme la Maison de la culture de Tizi et le CCI et qui, un jour de 1994, après un hommage poignant à Alloula, s’en est allé vivre sous un autre ciel, mais sans changer de socle. Agoumi n’est ni le meilleur ni le plus grand acteur algérien, il est à part, sur un rang qui fait fi de tout classement et n’obéit à aucune hiérarchie. On n’y croit pas, et lui non plus d’ailleurs, il n’est pas loin des soixante-dix ans. Sa bonne santé, sa vivacité d’esprit et son entrain physique lui donnent deux décennies de moins. Il est au faîte de son expérience artistique et de la maîtrise du “métier” théâtral, compétence qui ne mérite pas d’être laissée en jachère, mais d’être fertilisée autant que féconder une compétence se peut. Agoumi est conscient que transmettre ce savoir-faire, qui est d’abord un savoir-être, en d’autre termes assurer une formation qui soit à la fois populaire et élitaire, est la passerelle idoine pour survivre à l’épitaphe la plus élogieuse et le plus gratifiant hommage posthume. On n’en est pas là, Dieu merci. En attendant cette offrande d’espace de création et de formation, Agoumi, roi soleil qui fait de l’ombre au soleil, n’est pas demandeur.

L’art et l’Algérie, si…     

Nadjib Stambouli.

 

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