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Agoumi parmi nous
On ne sort pas impunément d’une retrouvaille avec Agoumi.
Lumineux, il ne peut qu’éblouir et flamboyant, il ne peut que
flamber tout vif en consumant à chaque parole, chaque mimique,
l’image qu’on se fait de lui, reflet de celle qu’il donne de
lui-même, artiste et personne étroitement imbriqués. Acteur
accompli, on ne sait trop, à le regarder, autant dire à l’admirer,
si Sid Ahmed Agoumi est habité par le théâtre ou si le théâtre est
incarné par Agoumi, et il ne se gêne nullement pour alimenter
l’amalgame et d’en assumer, au quotidien, la fluctuante et très
indécise frontière. En riant et en faisant rire, en imitant les deux
Kateb, Yacine et Mustapha, en faisant entrecroiser par une savante
mixture les écoles de la distanciation et celle de l’Actor’s studio,
comme pour mieux se démarquer de ceux qu’il imite avec affection
(dans les deux sens termes), Agoumi exprime un profond désarroi
existentiel, mais sans jamais se plaindre, et exhale des ondes
tragiques, mais sans jamais se lamenter. Tiraillé, déchiré,
écartelé, écorché vif, Agoumi n’en est pas moins, et c’est là que
réside sa grandeur, notion qui toise de haut autant le génie que le
talent, un être épanoui, rayonnant, haut en couleurs, étincelant de
vie, vertus qu’il communique à l’entourage, qui pour lui est
toujours un public, avec une générosité qui n’attend comme gratitude
ni renvoi d’ascenseur ni même remerciements, mais juste que
l’auditoire soit en phase avec ce qu’il exprime.
Sid Ahmed Agoumi est un trésor national vivant qui a connu
et vécu tout ce qu’il y avait à vivre dans la culture algérienne, en
qualité de metteur en scène, d’acteur, de directeur de théâtres et
d’autres institutions comme la Maison de la culture de Tizi et le
CCI et qui, un jour de 1994, après un hommage poignant à Alloula,
s’en est allé vivre sous un autre ciel, mais sans changer de socle.
Agoumi n’est ni le meilleur ni le plus grand acteur algérien, il est
à part, sur un rang qui fait fi de tout classement et n’obéit à
aucune hiérarchie. On n’y croit pas, et lui non plus d’ailleurs, il
n’est pas loin des soixante-dix ans. Sa bonne santé, sa vivacité
d’esprit et son entrain physique lui donnent deux décennies de
moins. Il est au faîte de son expérience artistique et de la
maîtrise du “métier” théâtral, compétence qui ne mérite pas d’être
laissée en jachère, mais d’être fertilisée autant que féconder une
compétence se peut. Agoumi est conscient que transmettre ce
savoir-faire, qui est d’abord un savoir-être, en d’autre termes
assurer une formation qui soit à la fois populaire et élitaire, est
la passerelle idoine pour survivre à l’épitaphe la plus élogieuse et
le plus gratifiant hommage posthume. On n’en est pas là, Dieu merci.
En attendant cette offrande d’espace de création et de formation,
Agoumi, roi soleil qui fait de l’ombre au soleil, n’est pas
demandeur.
L’art et l’Algérie, si…
Nadjib
Stambouli.
e-mail :contact@lesdebats.com
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