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Semaine du 8 au 14 Avril 2009

 

Les présidentielles en Algérie et la marche ardue vers la démocratie

Quel président pour l'Algérie ?

Les présidentielles en Algérie et la marche ardue vers la démocratie

La rupture d’Octobre 1988

A l’exception de Bouteflika et de Hanoune

Pas de politique envers les femmes

Elections Naegelen

La mauvaise conscience des socialistes français

Fin de la campagne électorale

Les questions stratégiques : le parent pauvre

L'Algérie par ses présidents

Vers la réconciliation nationale ?
 

 

 

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Les présidentielles en Algérie et la marche ardue vers la démocratie

Quel président pour l'Algérie ?

En poussant un plus loin l’analyse, nous dirions que cela devrait être plutôt le couronnement d’un processus de maturation sociale qui, dans notre pays, a subi maints soubresauts et une kyrielle de parcours chaotiques. L’histoire contemporaine n’a pas fait de cadeau à l’Algérie. Et cela s’est traduit d’une façon dramatique dans la cohésion de la société et dans la conduite des institutions. Nul idéalisme ne saurait cependant nous faire faire l’économie d’une construction institutionnelle, aussi ardue et aussi éprouvante qu’elle puisse être. Lorsque la situation dangereuse du pays l’exigea, l’on s’est même permis un Conseil national de transition (CNT) sous le règne de Boudiaf faisant fi des “scrupules” électifs qui étaient vus à l’époque comme une “coquetterie” démocratique dans un pays poussé à la perdition. Grâce aux efforts de la Nation, des forces républicaines et de l’armée, le spectre de la régression historique du pays a été balayé même si le prix payé a été des plus exorbitants. La bête immonde du terrorisme intégriste a été terrassée sur le terrain et une période de transition a été ouverte débouchant sur l’élection présidentielle de 1999 qui a permis à Abdelaziz Bouteflika de prendre en main les affaires du pays.

L’expérience politique qui a succédé aux indépendances dans certains pays africains, dont l’Algérie, invite sans doute à évacuer le parallèle – réputé pourtant automatique – entre la fréquence des élections pour la magistrature suprême et la stabilité d’un pays. Entre le Sénégal qui a n’a vu défiler depuis 1960 que trois présidents, la Tunisie qui en a connu deux depuis 1958 et l’Algérie qui en a compté sept depuis 1962 (en faisant abstraction des deux présidents du gouvernement provisoire), l’“intimité” de la relation entre la stabilité et les performances économiques, d’une part, et le renouvellement du titulaire de la présidence, d’autre part, n’est pas établie à la manière du phénomène de cause à effet. Du moins dans cette sphère de pays anciennement colonisés, l’équation de la donne politique n’offre guère une grille de lecture telle qu’elle est établie pour les vieilles démocraties travaillées par d’homériques luttes politiques et syndicales et par un processus d’autonomisation de la société enclenché depuis l’ère des Lumières et renforcé par les avancées de la révolution industrielle.

Le constat ainsi fait sur les exemples africains ne doit pas autoriser de tirer trop vite la conclusion que les peuples de cette aire géographique seraient “hermétiques” ou ethniquement “inadaptés” aux valeurs de la démocratie comme veulent la faire croire certains cercles bien-pensants occidentaux qui préfèrent les thèmes de l’aide humanitaire au processus de démocratisation que réclame une grande partie de l’élite et des populations du continent. Il n’y a qu’à voir les étapes historiques et les ahans de la démocratisation en Europe elle-même pour se rendre à l’évidence que c’est là un parcours où se rejoignent le génie de la culture humaine, les luttes sociales qui se donnent pour objectif de libérer l’homme de la sujétion au capital exploiteur et la volonté d’ancrer les valeurs de la citoyenneté dans le quotidien. Les peuples d’Europe et de Russie étant un moment enchaînés dans les archaïsmes religieux et la soumission aux intérêts de l’aristocratie se virent gouvernés par des princes ou des rois qualifiés de “despotes éclairés”. Ce sont des “gouverneurs” secrétés par l’élite politique et culturelle des pays concernés et qui se sont donné pour mission de “faire le bonheur” de leurs peuples respectifs.

Le président incarne les valeurs de la République

Aujourd’hui, une certaine vision de la démocratie, qui n’a pas nécessairement raison, refuse l’idée qu’un homme, un gouvernement ou un régime politique puissent travailler à instaurer la démocratie sans lui imprimer dans l’immédiat toutes les formes et tous les rites dont ce concept a fini par se prévaloir (élections libres à tous les échelons, multipartisme, libertés publiques…). 

L’Algérie offre en la matière un champ d’analyse politique assez fertile où il est loisible de faire la jonction entre le principe de gouvernance, la structure de la société et la base économique du pays.

«J’aime les paysans, ils ne sont pas assez savants pour penser de travers», écrivait Montesquieu au XVIIIe siècle déjà, lorsque la conscience politique antimonarchiste qui allait mettre fin à l’Ancien régime commençait à buter contre les lubies de la bourgeoisie et la sophistication de la pensée aristocratique. Il serait certainement d’une grande malhonnêteté de vouloir dissimuler la question simple et cruciale à la fois que se posent ordinairement nos citoyens à échéances électorales régulières sans trop s’inquiéter de l’accusation d’incivisme qu’on pourrait proférer à leur encontre. Elle est crue : «Pourquoi voter ?» Et si tout le fondement du jeu institutionnel et de ses objectifs politiques étaient dans cette terrible interrogation ! La justification de la question – prise en charge par des esprits savants cette fois-ci –  s’articule autour de deux options, lesquelles, quelque part, se rejoignent. Cela renvoie d’abord à l’explication, vraie ou fausse, qui nous suggère que “les jeux sont faits et la voix de l’électeur compte pour du beurre”. La course à l’ascension individuelle par la promotion sociale permise par certains jeux électoraux (APC, APW et APN) dont les échos sont depuis longtemps parvenus dans les chaumières algériennes ont fini par émousser le sens civique de nos compatriotes.

Ce grand déficit de confiance entre élus et électeurs a trouvé ses justifications dans le sort peu enviable réservé aux problèmes des populations après les élections.

Pourtant, s’agissant des élections présidentielles, l’équation prend une autre dimension par laquelle s’affirment et se consolident l’unité du pays, la défense des valeurs de la République et la solidarité nationale. Le président de la République incarne ces valeurs. C’est ici que le symbolisme de l’acte politique rejoint inévitablement le préoccupations de la vie pratique et les intérêts supérieurs de la Nation.

L’histoire du pluralisme politique algérien nous a réservés aussi bien des déceptions et des frustrations, à la mesure des espoirs issus des évènements d’octobre 1988, que des enseignements dus aux avatars des l’efforts de redressement national déployé depuis cette date. Rares sont les pays dont la roue de l’infortune a pris une telle vitesse qui, plus est, dans un moment où dans la plupart des pays du monde de nouvelles reconfigurations se dessinent pour s’adapter au mouvement de la mondialisation qui ne pardonnera jamais aux faibles leur faiblesses et qui ne priera pas les forts de s’apitoyer sur le sort des autres.

Des enseignements, les Algériens en ont eu et à profusion. Depuis la montée des périls islamistes au début des années 1990 dans un environnement politique au pluralisme débridé et la cessation de payement qui menaçait notre trésorerie-ce qui a valu rééchelonnement et Plan d’ajustement structurel pour l’économie nationale- jusqu’à cette élection présidentielle d’avril 2009, une forme de décantation se met insensiblement en œuvre aussi bien dans le secteur économique que dans le champ politique national. Il apparaît maintenant au grand jour que la manne pétrolière engrangée depuis le début des années 2000 ne peut, à elle seule constituer une politique économique. Elle peut pourtant servir à donner au pays les grandes infrastructures par le truchement de projets structurants capables, à terme, d’encourager les investissements privés nationaux et étrangers. Cela est en train de se faire avec les limites imposées par le recul de ressource humaine dans l’encadrement national et par l’impréparation des entreprises nationales de réalisation. Les grands chantiers des réformes sont à peine ébauchés et le poids des résistances au sein des institutions et des structures de la société n’est pas à négliger.

Mettre fin au divorce électoral

Avec le flop électoral qui a permis de renouveler la composante de l’APN en mai 2007, l’histoire politique de notre pays a subi une terrible déconvenue qui somme le pouvoir politique de se réformer et la classe politique de se redéfinir. Qu’on se garde de mésestimer cette faille qui fragilise davantage la maison Algérie. Avant d’être strictement politique, la fracture est d’abord culturelle et sociologique. Elle pose une nouvelle fois la problématique de la relation entre gouvernants et gouvernés, entre le peuple et son élite, et, enfin, entre la société et l’État comme l’explique l’analyste Bourhan Ghalioun en parlant d’un conflit historique, latent et durable qui dresse “l’État contre la Nation” dans la plupart des sociétés de l’aire géographique arabo-musulmane.

En révolutionnaire perspicace, Mohamed Boudiaf, appelé à la rescousse en janvier 1992, n’a pas jugé utile d’organiser de nouvelles élections après l’annulation du scrutin qui avait consacré le FIS avec une majorité absolue. Il prit sur lui de mettre en place un conseil consultatif désigné et il en assuma le choix. Ce n’est nullement par mépris pour le suffrage universel. Au contraire, il tenait tellement l’acte de vote en haute estime qu’il jugea que le contexte de l’époque manquait visiblement de maturité. Passer directement de l’hégémonie du parti unique, qui avait régenté la société par la rente et la répression, à un multipartisme débridé qui, plus est, portait en son sein le gène létal de l’islamisme, n’était sans doute pas le meilleur service à rendre à son peuple. On sait ce qu’il est advenu de la représentation populaire lorsque, pendant plus de dix ans, le pays fut mis entre parenthèses par le terrorisme islamiste et par les “vertus” du Plan d’ajustement structurel. Les populations en sont arrivées, par la faute d’une perverse “démocratie”, à considérer le pluralisme comme la raison principale de nos déboires. La recette est connue ; elle fut brillamment mise à l’essai dans les pays de l’Europe de l’Est juste après la chute du mur de Berlin. La peur du libéralisme qui commençait à charrier ses cohorte de chômeurs et de SDF a pu convaincre les populations de se replier, comme par une espèce de doucereuse nostalgie, dans la valeur-refuge des reliquats des partis communistes totalitaires.

En Algérie, le FLN avait mené le bal non seulement en tant qu’ancien parti unique, mais aussi, et plus gravement, comme un appendice de l’un des appareils les plus rétrogrades de l’État. Sachant que l’islamisme radical, issu de la mouvance la plus conservatrice de ce même parti, n’est pas une alternative crédible ni une solution acceptable pour un pays auquel sa révolution armée avait pour ambition de réserver un destin de république démocratique et sociale, le FLN a joué au “sauveur” de la Nation en se servant de l’islamisme comme d’un croque-mitaine. La réelle complicité idéologique des deux mouvances et leur connivence dans le projet de soumission de la société ont fini par émousser chez le citoyen-électeur tout espoir de changement. Toutes les élections subies par les Algériens depuis les années 1990 ont tendu vers cet objectif. L’agrégation des forces islamo-conservatrices dans les instances élues a discrédité, aux yeux des citoyens, l’acte de vote au point de le faire assimiler à une stupide caution du “système”.  Occupés à recoller les morceaux d’un discours moderniste auquel ils cherchaient l’ancrage social, les démocrates et républicains du pays se sont, dans leurs luttes intestines pour le leadership, donné en spectacle et ont enfoncé leurs pieds dans la vase.

L’institution présidentielle en question

L’institution présidentielle en Algérie se trouve bien valorisée dans les textes fondamentaux du pays, sur-valorisée sur le plan symbolique et au niveau de l’opinion et, enfin, relativisée par des analystes lorsqu’elle fait face aux différents jeux du sérail suggérant une autre notion d’équilibre des pouvoirs que celle contenue dans la Constitution. Quelle est la part de vérité et celle de l’exagération quand des voix semi-officielles, parfois des universitaires, parlent d’un “cabinet noir” qui interviendrait discrètement dans la gestion parallèle des affaires publiques et qui, quelque part, réduit ou neutralise l’action présidentielle ?

En tout cas, la volonté affiché par le président Abdelaziz Bouteflika dès sa prise de fonction en 1999 de «ne pas être les trois quarts d’un président» renseigne sur l’éventualité de l’existence de centres décisionnels informels susceptibles de “parasiter” la fonction présidentielle. De même, lors de l’adoption par référendum en 2005 de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale, Bouteflika justifia les limites de l’offre par le souci de garder les “grands équilibres” au sein du pouvoir et des instituions.

Sur le plan de la pure légalité et de la volonté de donner une assise judicieuse aux institutions qui ne souffrirait pas de contradictions sur le terrain, le président Bouteflika avait, dès sa prise de pouvoir en 1999, émis le souhait de changer la Constitution de façon à harmoniser et à “pacifier” particulièrement les relations  entre le Premier ministre et le programme présidentiel sur la base duquel le président est élu. 

Il se trouve que dans la phase que traverse actuellement le pays, ce genre de questionnements et d’analyse peu paraître un “luxe” ou une “coquetterie” par rapport à l’histoire de la fonction présidentielle depuis l’Indépendance. Le constat est tellement vrai que, en 2009, quels que soient les imperfections et lacunes qui pourraient “entacher” un processus électoral, en l’occurrence celui inhérent à l’élection d’un président, le climat général du pays caractérisé par une indéniable avancée des médias, particulièrement de la presse privée, la consécration du pluralisme des candidats et d’autres acquis arrachés par le peuple algérien depuis les vingt dernières années, ne peut en aucun cas être comparé au reste des scrutins présidentiels qui ont eu lieu par le passé.

En effet, depuis le principe du “oui ou non” consacré par la candidature unique de la première élection d’Ahmed Ben Bella en septembre 1963 à la magistrature suprême jusqu’au choix multiple de 2009, les Algériens ont vécu moult péripéties et aventures du mode d’accès à la présidence de la république. Lorsqu’on parle de mode d’accès, c’est que l’élection n’en constitue qu’une forme souvent froissée ou malmenée par  les circonstances dans laquelle elle se déroule. Le “redressement révolutionnaire” du 19 juin 1965, consacré comme tel pendant deux décennies, “s’avèrera” plus tard comme un simple coup d’État comme il s’en passe en Mauritanie ou en Côte d’Ivoire.

L’élection de Houari Boumediène en 1976, avec le score stalinien de l’époque (99% des suffrages), obéissait également au principe du “oui ou non” La prise de fonction de Chadli Bendjedid en février  1979, après le mort de Boumediene en décembre 1978, est issue d’une cooptation pour laquelle il fallait tarabiscoter les formes, à savoir : face au deux prétendants potentiels que furent Bouteflika (ministre des Affaires étrangères) et Mohamed Salah Yahiaoui (responsable de l’appareil exécutif du parti unique), on avança l’argument que l’armée est l’institution la mieux organisée pour choisir un candidat dans ses rangs. Et quel candidat ? Le plus ancien dans le grade le plus haut ! Et Chadli Bendjedid se présentera comme candidat unique après avoir été élu secrétaire général du FLN. L’élection présidentielle du 7 février 1979 se soldera par un score sans reprise de 94%.

Par Saâd Taferka

 

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Les présidentielles en Algérie et la marche ardue vers la démocratie

La rupture d’Octobre 1988

La conjoncture économique qui allait accompagner les premières années de l’ère Chadli était des plus favorables. Moins de dix ans après la crise pétrolière de 1973, le baril avait atteint des cotes historiques.

Les mouvements sociaux commencèrent leurs premiers frétillements et la répression politique s’accentua avec l’article 120 du FLN qui exclut des organisations de masse et des postes de responsabilité les éléments extérieurs au parti unique. C’est à ce moment là que le Parti de l’avant-garde socialiste, clandestin mais toléré, passa à l’offensive sur le terrain des luttes sociales. 

Le contrôle de la nébuleuse d’opposition et l’élimination de tout cadre d’expression démocratique (associatif, syndical, politique…) n’ont été rendus possibles que par la gestion clientéliste de la rente pétrolière. Le pouvoir du parti unique avait entretenu des relais dans la société de façon à absorber toute forme d’opposition et d’organisation autonome de la société. Néanmoins, à partir de 1986, le prix du baril de pétrole – unique source de recettes du pays – commençait à dégringoler. Du même coup, les relais et clientèles du pouvoir voyaient leur influence régresser et leurs privilèges chanceler. Le doute gagnait de plus en plus les hautes sphères. On en arriva alors à porter atteinte au plus symbolique “présent” par lequel les autorités berçaient le rêve d’exil de la jeunesse algérienne : l’allocation touristique. Les effets de la crise – manipulés par des groupes occultes de la nomenklatura – ne tardèrent pas à se manifester dans la rue. Ce fut alors la grande explosion d’octobre 1988 lors de laquelle un millier de jeunes Algériens furent tués par l’armée. La révolte d’Octobre 1988 consacra la “faillite sanglante” du régime, comme le constata à l’époque un hebdomadaire parisien, tandis qu’un ambassadeur algérien, qui deviendra quelques mois plus tard ministre, parlait de “chahut de gamins qui a dérapé”.

Paradoxalement, après l’épreuve la plus triste et la plus dramatique de l’Algérie indépendante, le président Chadli rebondit et se fait réélire le 22 décembre 1988. Il répondra à la contestation de la rue par une nouvelle constitution adoptée par référendum en février 1989. Celle-ci consacre le multipartisme par un étrange euphémisme : possibilité de création d’associations à caractère politique. Travaillée au corps par la crise économique et le sous-développement culturel du pays, la société algérienne sera “sommée” de vivre le multipartisme entaché d’un péché originel : le fondamentalisme religieux. En effet, contre l’esprit même de la nouvelle Constitution, des partis religieux furent agrées par le ministère de l’Intérieur. Le plus extrémiste, et qui saura profiter de l’état de déliquescence de la société algérienne, était le Front islamique du salut (FIS) dirigé par Abassi Madani (professeur à l’université et ancien militant du FLN) et Ali Benhadj (instituteur).

Remises en cause et déréliction humaine

Les élections communales de 1990 ont confirmé les appréhensions de certains analystes quant au danger intégriste qui planait sur l’”ouverture démocratique”. La plupart des communes algériennes tombèrent entre les mains du FIS. C’est à partir de ces cellules de base de la vie publique que ce parti préparera patiemment les élections législatives du 26 décembre 1991 et les dérives qui allaient en résulter. Le mouvement de la désobéissance civile enclenché par le FIS en juin 1991 (grève politique des municipalités relevant de son administration et rassemblements sur les places publiques) pour hâter la tenue des élections législatives valut au pays les premiers couacs de l’ère pluraliste (état de siège décrété par Chadli le 4 juin) et aux principaux instigateurs de cette action l’emprisonnement. Les élections législatives sont prévues pour le 26 décembre et le FIS, étêté mais entêté, se lancera dans la campagne électorale sous la conduite d’Abdelkader Hachani. Quelques semaines avant le rendez-vous électoral, la caserne de Guemmar, dans la wilaya d’El Oued, fut attaquée par un groupe terroriste, opération qui se soldera par des morts et des blessés.

Le premier tour des législatives donne déjà une majorité fort confortable au FIS qui, en se renforçant des nouveaux sièges pour lesquels il était en ballottage, pouvait donner à ce parti le pouvoir de changer la constitution et d’installer le pays dans l’inconnu. C’est ainsi que le cours des événements et le sens de l’histoire se sont accélérés d’une manière irrésistible : des partis républicains, des personnalités du monde de la culture, de la science et de l’administration, et surtout l’armée, ont décidé de faire barrage à la plus grande hypothèque qui ait pu peser sur l’Algérie en tant que nation et société historiquement constituée.

Le second tour des élections fut annulé et le président Chadli contraint à la démission. Un Haut comité d’État (HCE), sorte de gouvernement de salut public, présidé à partir du 14 janvier 1992 par Mohamed Boudiaf, un ancien révolutionnaire en exil,  prit sur lui de remettre de l’ordre dans la maison Algérie en commençant par dissoudre le FIS dont l’action subversive s’était déjà illustrée par quelques actions d’éclat. Réforme de l’État, lutte contre la corruption, réhabilitation de l’école républicaine et autres projets portés par Boudiaf destinés à la modernisation du pays ont rencontré un engouement inouï des populations et une résistance farouche des secteurs de la mafia et de la rente. Moins de six mois après son installation, le président du HCE sera assassiné le 29 juin 1992, par un de ses gardes de corps, au cours d’une visite à Annaba.

Accélération de l’histoire

L’histoire s’accélère encore davantage sous la grisaille du ciel d’Algérie au point que les islamistes montèrent en cohortes au maquis pour faire subir aux simples citoyens, policiers, militaires, fonctionnaires, enseignants et intellectuels les atrocités les plus invraisemblables que l’histoire humaine ait enregistrées. L’un des membres du HCE, Ali Kafi, succèdera à M. Boudiaf le 2 juillet 1992.

Suite à la conférence nationale ayant regroupé les membres du HCE et des partis politiques, il est fait appel, en janvier 1994, au général Liamine Zeroual pour présider au destinées du pays. Le 16 novembre 1995, Zeroual se fait élire dans la première élection présidentielle pluraliste de l’histoire de l’Algérie indépendante. Le 11 septembre 1998, suite à des pressions intolérables liées à la gestion de la donne terroriste et particulièrement au dossier de l’AIS, Liamine Zeroual annonce une élection présidentielle anticipées à laquelle il ne participera pas. C’est le 15 avril 1999 que Abdelaziz Bouteflika sera élu dans lors d’un scrutin initialement pluraliste, mais grevé, 24 heures auparavant, par le retrait des six autres candidats qui avaient avancé l’argument d’une fraude anticipée.

La réélection du président Bouteflika, en avril 2004, dans un cadre pluraliste, est sans doute la moins contestable de l’ère pluraliste tant le bilan du premier mandat, particulièrement sur les plans sécuritaire et de relance économique, témoignait en sa faveur.

Il semble que les mêmes donnes que celles d’avril 2004 vont se reproduire jeudi prochain. Cependant, l’heureux élu fera face à plusieurs défis en cette conjoncture mondiale où l’économie nationale est appelée à se redéployer dans une perspective de diversification des recettes d’exportation par le truchement d’investissements plus offensifs et mieux encadrés.

Les défis se situent aussi dans les sphères de la politique de la jeunesse, de la stabilisation du monde rural, de la recherche scientifique et des transferts de technologie. Tout un programme.

Alors, quel président pour l’Algérie ?

S. T.

 

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A l’exception de Bouteflika et de Hanoune

Pas de politique envers les femmes

Les partis politiques sont conscients de la force représentée par les femmes. Mais ils ne s’investissent pas vraiment pour gagner leur voix de façon consciente, ce qui est d’ailleurs contradictoire dans le contexte pluraliste.

Sur les 20 millions d’électeurs, 9 366 000 sont des femmes, soit 45%. Ces chiffres parlent du poids électoral représenté par ces dernières, un poids pris en considération principalement par les deux candidats à l’élection présidentielle qui disposent de vrais programmes électoraux, à savoir Abdelaziz Bouteflika et Louisa Hanoune.

Seulement, le président sortant semble détenir plus de cartes entre les mains et avant même d’entrer en compétition, il a décidé de constitutionnaliser les droits politiques des femmes algériennes. En réalité, cette décision fait suite à la revendication d’un quota de représentativité effective d’au moins 30%, avancée par le Centre d’information et de documentation sur les droits de l’enfant et de la femme (Ciddef), dont la directrice n’est autre que l’avocate à la Cour Nadia Aït Zaï, un certain nombre d’associations et des militantes de certains partis politiques, dont le FLN, le RND et le FFS.

Dans ce cadre, une campagne a été, pour rappel, initiée à partir d’une étude sur la représentativité politique des femmes au Maghreb, d’un mémorandum élaboré en 2006 et adressé au premier magistrat du pays, et enfin d’une étude récente sur la connaissance des droits de la femme en Algérie.

C’est ainsi qu’en novembre 2008, un nouvel article, le 31 bis, a été introduit dans la Loi fondamentale, pour confirmer les droits politiques des femmes et aussi l’obligation faite à l’Etat d’améliorer leur représentativité dans les instances élues, à travers le système des quotas.

Lors de la campagne électorale, Mme Aït-Zaï, en sa qualité de porte-parole de ce mouvement, a interpellé les six candidats à la présidentielle sur l’application de l’article 31 bis, plus précisément sur la façon dont ils procèderaient pour concrétiser le principe des quotas et sortir de l’instrumentalisation de l’électorat féminin. La directrice du Ciddef n’a d’ailleurs pas caché sa déception devant les résultats des dernières élections législatives (2007), qui ont permis à seulement 30 femmes d’être élues (7%). Elle a estimé que de tels résultats prouvent ni plus ni moins “le peu d’intérêt, d’engagement et de volonté des partis sur la question de la représentativité féminine”. 

On retiendra donc que le candidat Bouteflika a pris de l’avance par rapport à ses adversaires, même si, comme l’a fait remarquer Mme Aït-Zaï, la décision de consacrer les droits politiques des femmes est “un processus normal d’alignement de notre législation sur les dispositions des conventions internationales que l’Algérie a ratifiées”, en matière d’égalité entre les hommes et les femmes. C’est en effet en 1996, pendant le règne de Liamine Zeroual, que l’Algérie a ratifié la convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (Cedaw), qui préconise la mise en place de “mesures temporaires” comme le système des quotas, pour avancer sûrement vers l’objectif d’égalité des sexes ou de parité. Un pas supplémentaire a été franchi par le président Bouteflika, qui a permis à cette mesure d’avoir un caractère constitutionnel. Seulement, la question n’est pas définitivement réglée, dès lors que la loi organique, impliquant l’autorité de l’Etat et tenant les partis politiques par une obligation de résultat, n’a pas encore été promulguée. Cette situation suscite déjà beaucoup d’appréhension chez les militantes initiatrices dudit projet, qui craignent de voir tous leurs efforts partir en fumée et la décision “noyée dans un déluge d’articles et diluée, pour ne plus rien représenter”.

Un Code de la famille toujours vivant

Concernant la candidate Louisa Hanoune, elle a milité en faveur des droits des femmes en s’opposant au code de la famille, dans le cadre de l’association pour l’égalité devant la loi entre les hommes et les femmes. Au sein de son parti, elle a pris des décisions courageuses, poussant les militantes à occuper certains postes de responsabilité et à se porter candidates sur les listes électorales du PT (élections législatives et communales). Mais Mme Hanoune répugne à appliquer le principe des quotas et, sur la base des discours prononcés pendant la campagne électorale, refuse d’exploiter son côté femme pour mobiliser, en sa faveur, l’électorat féminin. Même si elle se réclame du combat des femmes, la signataire de la plate-forme de Rome (1995) n’a pas engagé de stratégie particulière en ce sens, avantageant ainsi d’autres thèmes, pour la plupart politiques, économiques et social.

Pourtant, les faits sont toujours là : le Code de la famille, adopté par le parti unique, il y a maintenant 25 ans, se maintient devant le recul du mouvement associatif et la faible représentation des femmes aux instances nationales et locales. Conçu comme une stratégie politicienne, qui est destinée à sauvegarder la cohésion du régime d’avant octobre 1988, ce texte se veut encore une concession aux milieux conservateurs et islamistes. Des courants qui, selon d’après certaines études, se sont renforcés durant la dernière décennie.

Aujourd’hui, la plupart des partis politiques préfèrent, entre autre, instrumentaliser le fait féminin au lieu de se projeter dans l’avenir : s’investir dans l’élévation du niveau politique de leurs militants et militantes, dans la recherche des solutions aux préoccupations du citoyen et dans la construction d’une Algérie ouverte et moderne, qui défend les valeurs égalitaires.

D’un autre côté, les partis politiques, certes conscients du poids électoral des femmes, ne jouent pas vraiment leur rôle, pour gagner les voix féminines de façon consciente, ce qui est d’ailleurs contradictoire dans le contexte pluraliste. A partir de là, l’appel des militantes du FFS aux femmes algériennes relatif au boycott du prochain scrutin, apparaît comme un cheveu dans la soupe, car il évacue les questions de fond. Cela, même si son contenu aux tonalités “révolutionnaires” et “démocratiques” demeure séduisant. 

Par Z. Chérief

 

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Elections Naegelen

La mauvaise conscience des socialistes français

La fraude électorale organisée sous l’administration coloniale en 1948 représente une fois de plus l’incapacité de la gauche française à saisir une occasion historique d’affirmer les valeurs censées l’animer. 

En 1947, il était évident que le gouverneur Yves Chataigneau, un autre socialiste allait être remplacé. Le gouvernement français décida de nommer Marcel Edmond Naegelen à ce poste sans qu’il l’ait sollicité. Un choix d’autant plus difficile à comprendre que Naegelen, alors ministre de l’Education, ne connaissait rien de l’Algérie et n’avait mis les pieds à Alger qu’une seule fois en 1946. Chataigneau, considéré comme trop favorables aux thèses des indépendantistes algériens et aux musulmans, comme on appelait les Algériens à l’époque, était en fait remplacé sous la pression des colons et de leurs représentants.

La mission délicate ainsi offerte à Naegelen donna lieu à des déclarations qui renseignaient bien sur le peu de connaissance qu’avait Naegelen de l’Algérie.  “Je ne suis pas capable, ce soir, de vous dire ce que je ferai là-bas. Je tâcherai de ne pas commettre de grosses erreurs, et je vous demande d’être patients et de me faire confiance (...). Je vous assure que je resterai fidèle à mes idées et au socialisme” : Nagelen avait ainsi résumé son programme.

Les socialistes pourtant considéraient que ce choix permettrait justement d’appliquer leur politique dans cette colonie. Une politique dont on comprend mal les contours quand on sait que tout ce qui se faisait en Algérie se faisait avec l’aval des colons et dans leur intérêt bien compris et du maintien du système d'apartheid qu’ils avaient instauré.  

Naegelen arriva à Alger en février 1948 pour organiser des élections en avril. Il indiquait qu’il ne laisserait aucune place aux indépendantistes, comparant la situation en Algérie à celle connue durant la guerre en Alsace où il avait combattu les autonomistes. Il est difficile dans ce cas de dire que Nagelen ne connaissait rien à l’Algérie. Du moins connaissait-il les enjeux sur place et avait fait son choix d’administrateur colonial pour maintenir la colonie sous le joug de la France dans les mêmes conditions qui avaient prévalu avant les événements du 8 mai 1945.      

Un rôle de premier plan

Dès lors, le rôle qu’il a joué semble évident. Si à la veille du premier tour des élections, le 4 avril 1948,  il avait donné aux préfets des consignes de neutralité absolue, entre les deux tours, il aurait – il n’y a pas de documents qui l’attestent apparemment si ce n’est son “livre mission” en Algérie – ordonné de mettre en échec le plan du MTLD présenté comme étant un mouvement cherchant à perturber les élections par un mouvement de rue. Il indique aussi qu’il n’avait fait arrêter aucun candidat indépendantiste. C’est pourtant ce qui s’est passé. Alors que les sièges du deuxième collège risquaient fort d’aller aux candidats du MTLD de Messali Hadj, l’administration coloniale avait fait arrêter des centaines de militants, parmi lesquels des candidats. Le Journal officiel du 4 mai 1948 fait état de 398 arrestations. 

De l’aveu même du secrétaire général de la SFIO, Guy Mollet, “les élections dans le deuxième collège n’ont aucun rapport avec la liberté de vote et la démocratie. Je ne veux pas critiquer l’administration, mais si les élections avaient été libérées de la tutelle administrative, on peut compter que Messali aurait recueilli 80% des suffrages (...). On doit pas se méprendre sur les résultats électoraux du deuxième collège”.  Effectivement, les élus du deuxième collège étaient pour la plupart des candidats présentés par l’administration comme “neutres” alors que justement cette même administration avait fait en sorte de présenter des listes d’indépendants complètement déconnectés du mouvement national. Naegelen était responsable de la fraude électorale massive organisée par les colons et leurs alliés dans l’administration locale parce qu’il avait laissé faire. Dans le même temps, ce socialiste qui avait aussi envoyé une circulaire aux forces de l’ordre de l’occupant (police, gendarmerie, personnel pénitentiaire) pour rappeler que la torture et les sévices étaient interdits par la loi, connaissait l’utilité de tels rappels dans un Etat de non-droit qu’était l’Algérie colonisée et qu’il n’a jamais dénoncé. De toute évidence, les mauvais choix faits par la SFIO dès 1937 ne laissaient de place qu’aux questionnements et aux regrets des socialistes français, aujourd’hui, que l’histoire a bien retenus d’ailleurs.

Quant au truquage des élections, les socialistes français avaient certes jugé utile de dénoncer cette élection organisée sous pression de l’administration et même la fraude qui avait permis de faire élire des “godillots” à la solde de l’administration. Un député socialiste avait même demandé une commission parlementaire d’enquête, alors que Naegelen niait les fraudes. Dans la houle des débats on entendait un socialiste, Daniel Mayer, dire : “On a peut-être eu tort de donner la liberté de vote prématurément aux Algériens inéduqués du point de vue civique, et le fait de demander leur assimilation aux électeurs de la métropole s’est retourné contre la population algérienne elle-même.” Autant dire que l’on cautionna la fraude à gauche en préférant qu’elle soit moins criante.

Par Amine Esseghir

 

Sources

Marcel-Edmond Naegelen, Mission en Algérie (Flammarion Paris 1962)

Guy Pervillé : “ La SFIO, Guy Mollet et l’Algérie de 1945 à 1955, in Guy Mollet, un camarade en République (Presses universitaires de Lille, 1987)

http://guy.perville.free.fr

 

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Fin de la campagne électorale

Les questions stratégiques : le parent pauvre

La campagne pour l’élection présidentielle n’a pas provoqué de déclic chez la population, du moins l’engouement attendu pour la chose politique. Elle n’a pas surtout suscité de grands débats de société, alors que le pays est en quête de véritables stratégies pour le “vivre-ensemble” et la neutralisation des pressions extérieures.

Pourtant, de gros moyens ont été mobilisés pendant deux semaines et les six candidats, principalement le président sortant, Abdelaziz Bouteflika, ont sillonné différentes régions du pays, appelant pour la plupart au changement et au retour définitif à la paix.

On notera que le candidat Bouteflika a, d’emblée, situé l’enjeu de la participation massive au scrutin du 9 avril prochain, comme une des priorités, relayé par les partis de l’Alliance présidentielle (FLN, RND et MSP), les présidents des deux Chambres et les médias lourds. Selon la presse, plus de 5 000 associations, mobilisées par l’Alliance présidentielle, ont été chargées de promouvoir la participation au vote ; l’objectif est de dépasser largement les 58% de participation de 2004. Sans oublier les prises de position, sinon l’alignement motivé, pour le programme du président sortant, de la Centrale syndicale (UGTA), de l’organisation des commerçants et des artisans (UGCAA), du patronat et d’une partie des “repentis”.

Le candidat indépendant Bouteflika, comme on le voit, a pris beaucoup d’avance sur ses adversaires, bénéficiant également des grands moyens de l’Etat. Sur un autre plan, son programme électoral semble le plus lisible, si ce n’est le plus engageant, d’autant qu’il a plaidé pour la continuité, en s’adossant sur le bilan de ses deux quinquennats. Il a en outre pris de court tout le monde, en critiquant certains aspects de son bilan et en se présentant comme le rassembleur le mieux désigné, allant cette fois jusqu’à revoir sa copie sur la réconciliation nationale. Même si les portes de cette réconciliation resteront ouvertes, le candidat Bouteflika a délimité ses contours, appelant les terroristes islamistes, y compris ceux ayant déposé leurs armes, à “demander pardon au peuple” avant d’accéder à la réintégration du processus politique. Certes, ses déclarations, comme d’ailleurs celles des autres candidats, font partie pour l’instant du domaine des promesses. Mais, il est vrai aussi que sur le chapitre de la sécurité et de la paix, ses discours et notamment les initiatives prises ont fait de l’ombre aux approches développées sur le sujet par ses concurrents.

On soulignera ici que le discours de la responsable du Parti des travailleurs (PT), Louisa Hanoune – qui, comparativement aux autres candidats, est également connue par la population algérienne – plaide pour une réconciliation qui ne saurait piétiner sur “les libertés et les droits” des citoyens, les disparus compris, ni se taire sur la nécessité de “la levée de l’état d’urgence”. Outre l’approche politique, le PT se différencie des quatre autres candidats par l’existence d’un programme économique opposé au “bradage de l’économie nationale”.

A l’inverse des campagnes électorales précédentes, celle de 2009 se distingue par le recours au multimédia. Les six candidats semblent avoir compris l’influence que peut jouer le web. D’aucuns, par manque de moyens, ont seulement adapté leur site à la donne électorale ; d’autres – essentiellement le candidat Bouteflika – se sont entourés de professionnels de l’information et ont tout misé sur ce support de communication.

Quelle place pour l’engagement et l’action politiques ?

La campagne a également donné l’occasion aux candidats et leurs relais d’aborder plusieurs sujets liés aux préoccupations immédiates des Algériens, à l’exemple du chômage, de la dégradation du pouvoir d’achat, de la montée de la corruption et de l’informel, de l’immigration clandestine, de l’absence de perspectives pour la jeunesse et du problème du logement. Hélas, elle n’a pas suscité de grands débats de société, alors que le pays, engagé dans une longue et douloureuse transition et touché par une conjoncture mondiale marquée par l’offensive ultralibérale et des remises en cause de la souveraineté nationale, est en quête de véritables stratégies pour le “vivre-ensemble” (projet de société) et la neutralisation des pressions extérieures.

Côté réalisations, il faut bien admettre que pas mal de choses ont été accomplies par le président sortant, mais les Algériens, dans leur majorité, sont dans l’attente d’une meilleure redistribution de la richesse et d’une écoute pour l’amélioration de leurs conditions de vie.

L’absence d’engouement chez la population pour la chose politique peut aussi s’expliquer par l’émergence, avant et pendant la campagne électorale, des anciens réflexes chers au parti unique. C’est notamment dans les rangs des partisans de Bouteflika que ces réflexes ont dominé en raison de la place privilégiée du candidat, référence faite à sa proximité avec les institutions de l’Etat. Partout, des soutiens se sont constitués généralement de façon la plus traditionnelle, confirmant ainsi qu’il reste beaucoup à faire dans le domaine de l’engagement et de l’action politiques. On a ainsi l’impression que les pratiques politiques ont du mal encore à s’affranchir des logiques autoritaires et d’allégeance, au détriment de l’approche démocratique et de l’implication citoyenne aux vrais problèmes de la nation, en particulier au plan stratégique. C’est dire aussi que les adeptes de la participation massive au scrutin du 9 avril auraient certainement suscité un plus grand intérêt de l’électorat, en s’expliquant sur ce qu’ils entendent, entre autres, par “la construction du pays comme l’auraient souhaité les chouhada et les martyrs de l’Algérie indépendante”, danger du boycott sur les “les intérêts du pays” et ceux du simple citoyen” et l’absence chez certains partis politiques dits de l’opposition du “niveau de maturité politique”. Cette remarque est valable pour les autres, notamment les partisans du boycott, en premier lieu les formations politiques agréées qui se manifestent épisodiquement, qui pensent que le pays dérive “sans cap et sans destination”, qu’”il n’existe pas de suffrage universel en Algérie” ou ceux qui alertent contre les dangers du verrouillage du “champ politique tout comme l’espace médiatique” et l’insuffisance en matière de “possibilités d’organisation offertes à la population”.

Plus de 20 millions d’électeurs algériens sont attendus pour la présente élection présidentielle, dont près de la moitié (46,50%) appartiennent à la tranche d’âge 21-50 ans. Combien se présenteront-ils dans les bureaux de vote pour élire, en leur âme et conscience, le ou la candidate de leur choix ? C’est la question de fond qui interpelle tout un chacun car elle s’imposera encore et encore dans les échéances électorales futures.

Par Z. Chérief

 

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L'Algérie par ses présidents

L’intermède Ben Bella

La République algérienne existe enfin mais l’Etat est à créer. Les institutions sont hâtivement mises en place au milieu des pires difficultés économiques et politiques.

Administration exsangue, infrastructures détruites ou désorganisées, entreprises et exploitations agricoles abandonnées par les pieds-noirs, crises et affrontements au sein de l’ALN, du FLN et des wilayas. Au milieu de cette anarchie, l’Exécutif provisoire doit doter le pays d’institutions. Il réunit, le 20 septembre 1962, une assemblée constituante. Ses membres choisissent comme chef de gouvernement Ahmed Ben Bella (né en 1916), un des fondateurs du Front, rentré depuis peu de France où il a été interné de 1956 à mars 1962. Le 8 octobre, l’Algérie est admise à l’ONU. L’Assemblée s’attelle à la rédaction d’une Constitution, votée le 28 août 1963, soumise à référendum et adoptée le 8 septembre. Le 15, Ben Bella est élu président de la République. Entre temps, un décret du 14 août interdit les associations à caractère politique ; de toute façon, selon l’article 23 de la Constitution, “le FLN est le parti unique d’avant-garde en Algérie”.

Ancien sous-officier de l’armée française, homme d’action, Ben Bella va se révéler bon orateur, figure charismatique généreuse, brouillonne… et avide de pouvoir. La Constitution sera éphémère : il la suspend trois semaines après son élection et, fort de l’article 59, s’adjuge les pleins pouvoirs : “En cas de péril imminent, le Président (…) peut prendre des mesures exceptionnelles en vue de sauvegarder l’indépendance de la nation.” Les périls sont en effet nombreux : le peu d’attention et de moyens accordés à l’économie accroît la dégradation des conditions de vie et la montée du chômage. L’autogestion des exploitations agricoles vacantes, décidées en mars 1963, et les premières nationalisations d’avril 1964 ne résolvent rien. En politique, les diverses factions continuent de s’affronter en Kabylie et dans les Aurès. A l’automne 1963, le Maroc entre en conflit armé avec l’Algérie, dans la “guerre des frontières” (ou “guerre des sables”), pendant plusieurs semaines.

Tous ces dangers n’empêchent pas Ben Bella de se poser en champion de l’africanisme, en héraut de l’arabisme, du tiers-mondisme et du mouvement des non-alignés, jusqu’au jour – le 19 juin 1965 – où le colonel Houari Boumediène (1932-1978), qui l’a pourtant soutenu en 1962, mettra prématurément fin à ses fonctions en prenant le pouvoir avec l’aide d’un Conseil de la révolution. Ben Bella restera en résidence surveillée jusqu’en 1980.

 

Boumediène

La vision du moine-soldat

Pour en finir avec “l’instabilité, la démagogie, l’anarchie” et instaurer un “Etat démocratique sérieux”, le Conseil de la révolution fait arrêter, le 19 juin 1965, le président Ben Bella, qui restera en résidence surveillée jusqu’en 1980.

Le Conseil de la révolution

Autour du colonel Houari Boumediène (1932-1978), ils sont 25 à former le Conseil de la révolution, presque tous des gradés de l’ALN, devenue ANP. Ministre de la Défense du président destitué à qui il s’opposait depuis des mois, leur chef a 33 ans. Ses compagnons n’ont guère plus, voire moins : le commandant Abdelaziz Bouteflika (futur président) n’a que 28 ans et il est ministre des Affaires étrangères depuis trois ans ! Pour le groupe, la “légitimité révolutionnaire” l’emporte sur tout. Il forme une “fratrocratie” : tous pour un, un pour tous ! Cependant, cette solidarité s’effritera au fil des ans.

APC et APW

Le 10 juillet 1965, la Constitution est abrogée : le pays s’en passera jusqu’en 1976, le gouvernement légiférant par ordonnance en l’absence d’Assemblée. Boumediène, réputé “austère”, “énigmatique”, entend faire l’Etat, au sens le plus jacobin – c’est-à-dire centralisateur – du terme. La géographie et l’histoire le poussent à concevoir un pouvoir central fort qui a toujours manqué au pays. Il veut “construire la démocratie par la base”. Il a recours à chaque étape à une Charte (document idéologique) suivie d’un Code, son expression juridique.

Ainsi naîtront la Charte communale (en octobre 1966), suivie du Code (janvier 1967) et des premières élections des APC (Assemblée populaire communale, équivalent du conseil municipal français), le 5 février ; puis la Charte de la wilaya (mars 1969), suivie du Code (23 mai) et des élections (25 mai). L’Assemblée populaire de wilaya (APW) est élue pour cinq ans, au suffrage “universel, direct et secret”, mais le wali (préfet) garde un contrôle strict sur le département. Le Conseil national économique et social (CNES), institué en 1968, n’a qu’un rôle consultatif.

L’APN, enfin !

L’achèvement de la pyramide tarde. Boumediène, qui se méfie des partis et des politiciens, n’est pas pressé de voir leurs dissensions et leurs critiques s’étaler. L’”appel au peuple algérien” condamnant le “pouvoir personnel”, lancé le 9 mars 1976 par quatre anciens dirigeants, accélère le mouvement ; en mai, un projet de Charte nationale voit le jour. Ce long texte idéologique sur le socialisme, l’Etat, la défense, le développement, etc., est adopté par référendum le 27 juin, et la Constitution  le 19 novembre. Le 10 décembre, les Algériens élisent le président de la République (par 95,23% des suffrages exprimés) celui qui était, depuis 1965, ministre de la Défense et président du Conseil de la révolution et du Conseil des ministres” – en fait, à la fois chef d’Etat et de gouvernement.

Ils élisent enfin, le 25 février 1977, les 261 députés de l’Assemblée populaire nationale (APN). Signe de la stabilité du pouvoir : en avril, Boumediène procède au deuxième remaniement ministériel important depuis 1965 – où quelques hauts fonctionnaires et technocrates font leur apparition, tel Sid Ahmed Ghozali, ancien président de la Société nationale des hydrocarbures (Sonatrach). Mais, dix-huit mois plus tard, il tombe gravement malade et s’éteint le 27 décembre 1978.

 

Chadli

Une succession difficile

Quand Boumediène tombe malade, en septembre 1978, c’est l’inquiétude. La Constitution ne prévoit

que la démission ou le décès du président, pas son empêchement. Que va-t-il se passer ?

Grandes manœuvres

Devant une maladie d’abord tenue secrète mais qui dure, les membres restants du Conseil de la révolution s’organisent pour expédier les affaires courantes. Puis, une fois le décès constaté officiellement par l’Assemblée populaire nationale, le président de celle-ci, Rabah Bitat (né en 1926), assure l’intérim. Il faut trouver un successeur.

Les grandes manœuvres  commencent et aboutissement à un congrès extraordinaire du FLN : 3 100 délégués, dont 700 militaires, siègent du 27 au 31 janvier 1979. il faut arbitrer entre plusieurs candidats, dont deux membres du CR – Salah Yahiaoui et Abdelaziz Bouteflika – et trouver rapidement un consensus. En effet, le pays se trouve dans une situation économique délicate et doit faire face à un conflit larvé avec le Maroc au sujet du Sahara occidental.

Un président de transition ?

A la surprise générale, c’est le colonel Chadli Bendjedid, lui aussi membre du CR, qui est choisi au bénéfice de l’âge (il est né en 1929) et de l’ancienneté dans son grade. Candidat unique, il est élu le 7 février1979. Peu connu, hormis des spécialistes des questions militaires, Chadli, commandant de la Ve Région militaire (Oran) depuis juin 1964, devait être – ils sont alors nombreux à le penser – un président de transition ; dix ans plus tard, il sera toujours là.

L’agitation populaire

Le nouveau président n’a pas fait de politique jusque-là, mais il y prend vite goût et saura se placer en situation d’arbitre. La libéralisation politique qu’il initie trouve vite ses limites : mandat présidentiel ramené de six à cinq ans par la révision constitutionnelle du 30 juin 1979, mais sans limitation du nombre de mandats ni introduction, comme d’aucuns l’avaient espéré, du multipartisme ; libération de Ben Bella en 1980 ; suppression des visas de sortie. Ces quelques mesures ne suffiront pas à endiguer l’agitation populaire récurrente au cours de la décennie 1980 : problème en Kabylie qui aboutissent au “printemps berbère” de 1982 en réaction contre les forces de l’ordre et… 20 ans plus tard, aux émeutes de 2001 et 2002 ; heurts entre “progressistes” et “islamistes” dans les cités universitaires ; émeutes encore aux obsèques de cheikh Soltani, en 1984 ; manifestations à répétition dans La Casbah contre les mauvaises conditions de logement, etc.

Affairistes et trabendistes

Dans le domaine économique, le nouveau plan quinquennal (1980-1984) tarde à être adopté ; la restructuration des grandes sociétés nationales, jusqu’ici fierté de l’économie algérienne, est annoncée ; une campagne d’assainissement des entreprises est lancée.

Mais les mauvaises habitudes prises, le manque de moyens de contrôle, l’indifférence de la classe politique devant les mises en garde entraînent une démobilisation des cadres encore dévoués tandis que prospère une couche d’affairistes et de trabendistes se cachant de moins en moins. La tentative néolibérale accroît les différences de revenus sans réduire la montée du chômage ; la chute brutale du cours des hydrocarbures, en 1986, assène un coup terrible aux recettes qui finançaient la quasi-totalité des importations, notamment de biens de consommation. La dette extérieure enfle comme les prix. Mais le pouvoir ne voit pas, ou ne veut pas voir que s’accumulent les conditions d’une redoutable explosion.            

 

Fin de l’ère Chadli (1992)

Boudiaf

La victoire du FIS, au premier tour des législatives de décembre 1991, divise l’Algérie et le monde entre partisans du jeu démocratique et adversaires résolus de l’islam au pouvoir comme à Téhéran.

Le président “démissionné”

Le 2 janvier 1992, 300 000 personnes manifestent à l’appel du FFS pour “sauver la démocratie”. On avance que le président Chadli serait prêt, pour conserver le pouvoir, à composer avec le FIS ; une éventualité dont ne veulent ni les démocrates ni les militaires. Par un artifice légaliste à défaut d’être légal, l’APN est dissoute et le président pressé de démissionner par l’armée, ce qu’il fait en direct à la télévision le samedi 11 janvier au soir.

Pour éviter une élection présidentielle anticipée, le deuxième tour des législatives, prévu le 16, est annulé, et, pour assurer la direction des affaires jusqu’au terme normal du mandat de Chadli (c’est-à-dire jusqu’au 31 décembre 1993), le Haut Conseil de sécurité (HCS) crée un Haut Conseil d’Etat (HCE). Il faut placer à sa tête une personnalité incontestable et incontestée : ce sera Mohamed Boudiaf (1919-1992), qui vit depuis 27 ans au Maroc.

Retour d’exil

Agé de 72 ans, M. Boudiaf, un des fondateurs du FLN, a la légitimité historique et le profil de l’homme intègre. Créateur, en 1962, du Parti de la révolution socialiste (PRS), emprisonné sous Ben Bella (président de 1963 à 1965), il s’est exilé au Maroc. Croyant et pratiquant, il s’attelle dès son retour, le 16 janvier 1992, à la lutte contre la corruption dans les milieux dirigeants et contre les islamistes, qu’il juge mauvais musulmans.

Son charisme et sa réputation d’honnêteté ramènent vers lui le peuple. Mais le 29 juin, à Annaba, il est assassiné par un des gardes chargés de sa sécurité. Des cercles du pouvoir sont soupçonnés d’avoir commandité l’attentat qui fait, en outre, 41 blessés. Rédha Malek est désigné comme cinquième membre du HCE, qui se donne pour président, le 2 juillet, Ali Kafi (né en 1928).

AIS et GIA

Depuis que le FIS s’est vu privé de ce qu’il estime être sa “légitime victoire”, la violence s’est muée en terrorisme. Il faut renverser le régime et instaurer l’Etat islamique.

La terreur a frappé au plus haut, elle frappera toutes les couches de la société et plongera le pays dans les années les plus noires de son existence depuis l’indépendance.

Dissous au début de l’année 1992, ses militants arrêtés par milliers et détenus dans des camps au Sahara, le FIS n’a pas pour autant disparu. En 1992, des petits groupes armés ont commencé à “monter des coups” contre les forces de l’ordre et à quitter les centres urbains pour les régions rurales et montagneuses.

A partir du milieu de l’année, ils s’unissent et c’est ainsi que naît une Armée islamique du salut (AIS, considérée comme la branche militaire du FIS) “modérée”, en face de laquelle se constituera un Groupe islamique armé (GIA), héritier du MIA de Bouyali. Beaucoup plus dur, il sera bientôt appelé “les” GIA à cause du nombre de groupuscules qui semblent n’être rattachés à rien ni à personne, si ce n’est à eux-mêmes. Les diverses organisations politiques et les groupes armés se livreront combat. Trafic d’armes, de drogue, banditisme, vandalisme, racket font que les “fous de Dieu” se réclamant de l’islam ne sont souvent que des laissés-pour-compte facilement embrigadés qui deviennent, au sens étymologique du terme, des assassins.

 

Zeroual

Et les années noires (1993-1998)

Alors que la situation politique paraît totalement bloquée, la mise en place de nouvelles

institutions sera-t-elle porteuse d’espoir ?

Les cibles

Depuis 1992, le climat s’alourdit ; des tentatives officieuses de discussions avec le FIS restent sans succès ; la conduite des islamistes détache de plus en plus les Algériens du FIS. Ils avaient voté pour lui afin de sanctionner le FLN et un système politico-mafieux et non pour lui substituer un système “terroristo-religieux”. Désormais, outre les forces de l’ordre, sont tués indistinctement femmes, enfants, politiques, fonctionnaires, universitaires, artistes, journalistes, syndicalistes, citoyens, médecins, écrivains, étrangers, religieux musulmans ou chrétiens.

Les pertes humaines sont lourdes – en 1999, on estime à 100 000 les morts de cette guerre civile qui ne dit pas son nom – comme sont lourdes les dégâts matériels, des écoles aux hôpitaux en passant par les bâtiments publics. Au prix d’un coûteux effort sécuritaire, le pouvoir protège la production des hydrocarbures.

Première présidentielle pluraliste

Le général Liamine Zeroual (né en 1941) avait remplacé le général Nezzar à la Défense en juillet 1993. Et arrivait le moment où le HCE, mis en place pour achever le mandat de Chadli, président démissionnaire en janvier 1992, arrivait à son terme (décembre 1993). Prolongé d’un mois, il réunit une conférence nationale de consensus les 25 et 26 janvier 1994, qui décide d’une période transitoire.

Le Haut Conseil de sécurité (HCS) choisit Liamine Zeroual pour être chef de l’Etat, en attendant une élection présidentielle pluraliste. Quatre candidats s’y présenteront le 16 novembre 1995 : L. Zeroual, Saïd Sadi (RCD), Nouredine Boukrouh (PRA) et Mahfoud Nahnah (MSP). Malgré les GIA qui avaient émis des menaces – “l’urne sera le cercueil de ceux qui voteront” - 75,35% des inscrits votent. L. Zeroual l’emporte avec 61,01% des suffrages exprimés, devant M. Nahnah (25,58%).

L’Etat de droit

Le gouvernement cherche un impossible dialogue national et les partis une difficile entente. L. Zeroual annonce diverses mesures institutionnelles alors qu’affrontements, attentats et assassinats s’enchaînent malgré les déclarations officielles sur l’éradication du terrorisme.

Le 28 novembre 1996, une nouvelle Constitution est approuvée par référendum (84,60% de “oui”).

Elle crée pour la première fois, entre autres dispositions, une deuxième Chambre dite “Conseil de la nation”, l’équivalent du Sénat français, et elle élargit les prérogatives du Haut Conseil islamique, créé en 1989. Après son adoption, L. Zeroual déclare, le 3 décembre : “L’Etat de droit est instauré.” Ce qui n’apporte aucun répit au cours de l’année 1997 et les premiers jours du ramadan, le mois du jeûne (janvier 1998), seront parmi les plus meurtriers : 1 000 morts. Accusé d’atteintes aux droits de l’homme dans sa guerre contre les islamistes, le gouvernement rejette ces allégations et repousse comme des ingérences dans ses affaires intérieures les demandes d’enquêtes européennes et internationales. Quelques missions de parlementaires européens finiront par se rendre en Algérie.

Une décrue relative des violences s’amorce quand la démission imprévue de Zeroual, le 11 septembre 1998, ravive les inquiétudes : une nouvelle lutte de clans au sein de l’armée ? L. Zeroual précise qu’il ne se représentera pas aux élections anticipées. Qui donc pourrait lui succéder ?

 

1999 : Bouteflika, nouveau président

Le pouvoir a échappé à Abdelaziz Bouteflika en 1979 et il a décliné l’offre qui lui a été faite en janvier 1994 d’assurer la présidence pour une période transitoire de trois ans.

Pléthore de candidats

Le gouvernement du nouveau Premier ministre Smaïl Hamdani, appelé le 15 décembre 1998, s’attelle à préparer l’élection présidentielle. Les partis ayant demandé un délai supplémentaire, la date définitive est fixée au 15 avril 1999. Fin février, 47 candidatures sont enregistrées, dont, pour la première fois, celle d’une femme : Louisa Hanoune, du Parti des travailleurs (PT). L’AIS a accepté de maintenir la trêve unilatérale décrétée en octobre 1997 et le FIS s’est engagé à soutenir le candidat “le plus favorable à la cessation de l’effusion de sang et à la réconciliation nationale”.

Le 28 février, les candidats ne sont plus que 11 ayant recueilli les 75 000 signatures nécessaires. Le 5 mars, après examen des dossiers par le Conseil constitutionnel, ils ne sont plus que 7. Fin mars, sur fond de violences, de grèves et de graves problèmes sociaux, ils partent en campagne à travers tout le pays : Aït Ahmed (né en 1926) prêche pour la paix et le dialogue, comme Djaballah et Khatib ; Ibrahimi pour la paix et la stabilité ; Bouteflika, pour une Algérie digne et forte ; Hamrouche, pour le changement ; Sifi, pour l’honnêteté.

Si les programmes divergent sur plusieurs points politiques et économiques, tous en appellent à la nécessaire réconciliation nationale. Le général Lamari affirme que l’armée n’interviendra pas, sauf pour assurer la sécurité du scrutin.

Coup de théâtre

Du 10 au 14 avril, les Algériens de l’étranger, les militaires et les forces de l’ordre commencent à voter. Le 13, les candidats, sauf Bouteflika, relèvent des fraudes lors des votes déjà intervenus et demandent une audience à Zeroual, qui refuse. Le lendemain, la “bande des six”, comme les ont appelés leurs détracteurs, retirent leurs candidatures (contrairement aux dispositions de la loi électorale). Ils réclament l’annulation du scrutin, qui est maintenu, de même que sont laissés à disposition des électeurs leurs bulletins dans les bureaux de vote.

Une élection controversée

Bouteflika a souhaité une participation massive (sinon il “rentrera chez lui”). Malgré les appels au boycottage lancés par les “six”, le taux de participation est de 60,25% (selon quelques candidats il ne serait que de 20%) et Abdelaziz Bouteflika, qui s’est présenté comme “candidat indépendant”, est élu avec 73,79% des suffrages exprimés.

Cette élection controversée est perçue diversement à l’étranger. En France, le ministère des Affaires étrangères dit sa “préoccupation”, ce qui déclenchera une riposte sévère du nouveau président, avant que les choses ne rentrent dans l’ordre.

Le 27, prêtant serment, A. Bouteflika promet d’œuvrer pour la réconciliation nationale, de mettre fin à l’effusion de sang, de donner une “ouverture juridique et politique” à la trêve de l’AIS, d’améliorer les rapports régionaux, de relancer les investissements et l’agriculture. Il appelle ses concitoyens à l’effort, au travail et à la dignité et maintient le gouvernement de Smaïl Hamdani.

Par Abane Châabane

 

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Vers la réconciliation nationale ?

Sitôt élu, le président Bouteflika déploie une activité tous azimuts et retourne en sa faveur une partie de l’opinion qui lui était hostile, surtout chez les jeunes;

Déposez les armes !

Le 29 mai 1999, dans son premier discours, Abdelaziz Bouteflika (né le 2 mars 1937 à Tlemcen) presse les islamistes de réintégrer la société ; le 6 juin, l’AIS dépose les armes et appelle les autres groupes à la suivre ; le 9, le FIS approuve. Le 12, Bouteflika annonce un référendum sur une loi de réconciliation nationale : amnistie partielle pour les islamistes non coupables de crimes de sang qui se rendront avant le 13 janvier 2000. Une grâce présidentielle, le 5 juillet 2000, libère 2 300 sympathisants islamistes. Le débat fait rage pendant l’été entre ceux, victimes directes ou indirectes des violences, qui refusent tout pardon et les «réconciliateurs». Mais le 16 septembre, à la question «approuvez-vous la démarche générale du président de la République visant à la concorde civile et à la paix ?», 98,63% des votants répondent «oui» (85% des 17,5 millions d’électeurs inscrits). A la mi-décembre, plus de 600 membres du GIA s’étaient livrés et presque autant de la phalange El Mout (la mort).

Lutte contre la corruption

Ce solide appui populaire donne les coudées franches à Bouteflika, qui s’est lancé dans la lutte contre la corruption : 22 walis sont déchargés de leurs fonctions fin août et la mise en place d’une commission de réforme de la justice est annoncée. Le président a du charme, de l’éloquence ; il s’adresse à ses compatriotes aussi bien en arabe littéraire ou dialectal qu’en français, contribuant ainsi à une décrispation sur la question linguistique. Il veut tout mettre en œuvre pour parvenir au redressement national.

Relancer l’économie

A l’extérieur, même démarche, il multiplie voyages et initiatives : en juin, réunion du comité de suivi de l’UMA pour la première fois depuis trois ans ; en juillet, 35e sommet de l’Organisation de l’unité africaine (OUA) créée en 1963. Fin juillet, les obsèques de Hassan II, roi du Maroc depuis 1961, sont pour lui l’occasion de rencontres avec son successeur, Mohammed VI, avec Jacques Chirac et Bill Clinton. On le voit à l’ONU, aux Etats-Unis, en Espagne, en Italie, à Monaco, fin 1999. Sa visite à Paris, en juin 2000, resserre les relations distendues. Il faut absolument relancer l’économie et faire revenir les investisseurs étrangers… et les Algériens installés hors de leur pays. A ses concitoyens vivant en France, il envoie une lettre dans laquelle il leur demande d’être «partie prenante de l’œuvre de reconstruction nationale».

Une situation contrastée à la veille du deuxième mandat

Le Président a-t-il gagné son pari ? La loi sur la concorde civile, le rejet de la violence par le peuple, la mobilisation de l’armée on réduit les horreurs perpétrées par les islamistes. Mais de graves problèmes subsistent : opposition violente en Kabylie qui perdure malgré la reconnaissance du berbère comme deuxième langue nationale au printemps 2002 ; chômage élevé ; crise du logement accentuée par l’afflux des ruraux qui se réfugient autour des grandes villes ; appauvrissement d’une partie de la population.

L’atmosphère a cependant changé ; de nombreux Algériens veulent aller de l’avant et la société civile s’organise au travers d’associations nombreuses et dynamique.

Retour durable à la stabilité

Le deuxième mandat, obtenu par Bouteflika après une élection présidentielle intense (surtout contre Benflis, son ex-chef du gouvernement) mais avec un score favorable très large, va être utilisé pour renforcer la politique de réconciliation nationale par l’adoption référendaire d’une charte, stabiliser durablement les institutions étatiques afin d’entamer leur réforme, effacer l’endettement grâce à la manne pétrolière et s’atteler au démarrage économique. Ce dernier objectif, indispensable à l’amélioration de la vie sociale, n’a pu être atteint, de l’aveu de Bouteflika lui-même. Les investisseurs étrangers, pourtant bien présents dans le pays, n’ont pas tous joué le jeu, arguant de la rigidité des banques ou des problèmes que pose la disponibilité du foncier. Cependant, l’investissement public a été colossal, ce qui a permis un taux de croissance appréciable, une amélioration significative du PIB (y compris celui par habitant) et le lancement de chantiers colossaux (autoroute Est-Ouest, métro, barrages hydrauliques…).

Un bilan favorable mais non achevé

En dix années de pouvoir Bouteflika, la société algérienne s’est apaisée, malgré la persistance d’attentats terroristes, mais elle a beaucoup changé. Ses exigences deviennent de plus en plus impérieuses à mesure de ces changements et s’élargissent à tous les secteurs : politique, économique, social, etc. L’industrialisation pose de sérieux problèmes après l’échec des politiques initiées dans le domaine et qui s’appuyaient beaucoup sur l’investissement étranger. Globalement, le bilan du Président reste favorable, mais il ne peut objectivement être apprécié qu’avec la fin des réformes et des grands chantiers qui ont été lancés, dans une conjoncture financière extrêmement favorable durant ces cinq années écoulées. Une des raisons essentielles qui a conduit Bouteflika à postuler pour un troisième mandat.

Un des faits les plus significatifs de dix années de pouvoir Bouteflika, en dehors de toutes les réalisations accomplies ou même des échecs relatifs à telle ou telle réforme (celle des banques étant la plus pointée du doigt par l’opposition) réside dans l’absence d’usure de sa popularité. On a beau l’imputer à la télévision ou à l’administration, cette popularité demeure immense, comme le prouve tous les jours l’actuelle campagne électorale.

Abane Châabane

 

(source : Algérie

de Paul Balta et Claudine Rulleau,

Ed. Les essentiels - Milan 2002)

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