Semaine du 8 au 14 Avril 2009

 

C'est la faute aux patates

 

 
 
 Les Quotidiens en débat

Accueil

C'est la faute aux patates

La campagne électorale est terminée. Le 9 avril, les Algériens iront voter, tandis que leurs concitoyens établis à l’étranger ont déjà commencé à le faire quelques jours plus tôt. Pour qui votera-t-on ? A ceux qui avaient prédit qu’aucun candidat ne pourrait battre Bouteflika, les faits semblent donner raison. N’ont-ils pas contribué eux-mêmes, par leur défaitisme, à amplifier une victoire prévisible ? Il faut le croire ! Comment s’attendre à ce qu’un candidat échoue, surtout lorsqu’il est bon, qu’il se (re)présente avec un parcours et un bilan, si par avance on refuse de lui livrer combat ? La logique qui consiste à déléguer à un électorat abstentionniste, par indifférence ou par hostilité, le soin d’aller combattre à la place du politique en refusant d’aller voter n’est bonne pour personne, parce qu’elle contribue à disqualifier le politique en général. Mais rien ne garantit le succès de cette logique, dont le dessein reste malgré tout politique (en ce sens qu’il s’agit de «récupérer» politiquement tout électeur qui aura omis d’aller voter le 9 avril). Un effort certain a été accompli par l’administration aussi bien que par tous les candidats en course pour inciter au vote. On en voit déjà le résultat à travers l’affluence de la communauté algérienne vivant à l’étranger, devant les bureaux de vote de leurs lieux de résidence.

Un signe qui ne trompe pas. Les médias français, par exemple, ont tous rapporté les mêmes séquences, comme s’ils s’étaient donné le mot. C’est presque étrange de voir beaucoup d’Algériens en file indienne devant un bureau de vote, d’entendre le journaliste dire qu’il y a «affluence» et que certains d’entre eux sont là depuis de longues heures. Et dans le micro tendu au hasard devant un électeur, des exclamations, toujours les mêmes : «Vive l’Algérie ! Vive Bouteflika !» On y est habitués avec l’ENTV, mais là il s’agit de France 2, BFM, France 24 et même Medi 1… Un zapping, en guise de revue de presse, sur les chaînes satellitaires arabes, donne des séquences similaires. Quelle en est l’explication ? C’est très simple : Bouteflika a acheté toutes les télévisions du monde. Il a utilisé ses sbires pour soudoyer les médias occidentaux et, par brassées, les Algériens qui vivent à l’étranger. Voilà, la fraude avec lui prend des dimensions planétaires. Heureusement qu’il nous reste des hommes vaillants, des militants irréductibles à la cause démocratique et que personne ne pourrait corrompre. Le monde entier, pourtant entre ses mains, Bouteflika en perd le sommeil.

C’est un peu ce que dit Karim Tabou, le premier secrétaire du FFS, dans un entretien avec Beur FM. Bouteflika, c’est la tyrannie absolue, une tyrannie à nulle autre pareille ! Une tyrannie qui a tout détruit sur son passage. L’Algérie est un pays qui n’existe plus, qu’on se le dise ! Enfin, que Tabou nous le dise… Au journaliste qui insiste, un petit sourire en coin, pour savoir quel point positif, si petit soit-il, on pourrait accorder au bilan «catastrophique» de Bouteflika, ne serait-ce qu’un minuscule petit chantier, une famélique inauguration de quelque chose, n’importe quoi, Tabou regarde en l’air, fait mine de chercher, l’air vraiment généreux et condescendant, puis secoue la tête et répond tristement : «Non, rien, ce président n’a fait que du mal, il n’a jamais rien fait de positif…» S’il est réélu, c’est la fraude. Bourrage d’urnes. Observateurs dans les bureaux de vote ? C’est de la mascarade ! Electeurs favorables ? Tous achetés par

l’administration !

Arrêtons là et voyez, amis lecteurs, comme je vois que l’Algérie n’est pas perdue. Ce président dictateur qui a pu acheter l’administration, les électeurs et la planète avec, ne pourra jamais faire fléchir des hommes incorruptibles, debout, comme Tabou ! Et que celui qui n’est pas d’accord aille toucher son salaire de supplétif dans les guichets, partout ouverts, du président sortant.

Le même discours, la même tonalité, la même teneur chez Saïd Sadi, psychiatre et homme politique, opposant et représentant de la culture, rassembleur et néanmoins provocateur, un tantinet anarcho-nihiliste. Un homme de bien, un vrai Algérien en somme. Il a fait ce que chacun de nous aurait dû faire : remplacer le drapeau national par un étendard noir, comme au temps des sabordages pirates des glorieuses courses. Avons-nous une patrie ? Foutaises ! Si nous en avions une, Sadi l’aurait su et nous l’aurait dit, dans sa conférence de presse. Tous les journaux sont là à son écoute. Tous veulent savoir. Sadi commence par interdire la salle où il va parler à ceux qui ne lui plaisent pas. Par exemple, les journalistes de Algérie News. D’abord parce que ce sont eux, les premiers, qui ont écrit sur ce drapeau noir, ensuite parce qu’un ancien conflit existe avec ce journal qui a osé faire des révélations sur la fortune de Sadi. Il fallait donc les chasser, ces journalistes que la star du jour ne saurait voir. Il reste ensuite à donner l’explication : le drapeau noir, dira Sadi, c’est pas moi, c’est Bouteflika ! El Watan rapporte ses propos : «Celui qui a porté atteinte au drapeau national et qui a endeuillé l’Algérie, ce n’est pas le RCD mais c’est plutôt vous, Monsieur Bouteflika et vos partisans.» C’est ainsi, soit dit en passant, que nous avons su que Bouteflika était venu incognito dans la salle assister à la conférence de Sadi ! Toute l’intrigue se résume en fait à ceci : munis de drapeaux noirs, Bouteflika et ses partisans sont venus rôder comme des voleurs, la nuit, aux alentours des bâtisses («non officielle» protestera Sadi, soudain pris d’un besoin de passer aux aveux), ils ont escaladé les murs à l’insu ou avec la complicité des policiers en poste, s’exposant ainsi à des poursuites pénales pour infraction et viol de propriétés non officielles, ont arraché les emblèmes nationaux et les ont tout simplement remplacé par des chiffons noirs. C’est cela, la version du chef du RCD, et elle est vraisemblable. Qu’on ne s’étonne donc pas que le candidat Bouteflika, qui va être élu par un peuple ignorant, s’avère n’être qu’être qu’un homme anti-patriote et anti-national.

Pauvres de nous. Mais tout passe et les élections aussi. Il nous restera à comprendre pourquoi, après la sardine à 300 DA, les pommes de terre à 80 ? Cela, personne ne semble vouloir nous l’expliquer ni le candidat Bouteflika ni ses cinq adversaires de cette campagne qui, sans doute par peur de jouer aux lièvres se sont tous mis loin derrière lui. Ni encore Karim Tabou ou Saïd Sadi, qui navigue en haute mer. S’il se passe tant de choses excessives ou étranges dans notre pays, c’est peut-être simplement la faute aux patates. Voilà pourquoi leur prix augmente à ce point.

Par Farid Cherkoun

Haut

e-mail :contact@lesdebats.com

 

Copyright © 2001-2002 - MAHMOUDI INFO Sarl - Tous droits réservés.

Conception M.Merkouche