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C'est la faute aux patates
La campagne électorale est terminée. Le 9 avril, les
Algériens iront voter, tandis que leurs concitoyens établis à
l’étranger ont déjà commencé à le faire quelques jours plus tôt.
Pour qui votera-t-on ? A ceux qui avaient prédit qu’aucun candidat
ne pourrait battre Bouteflika, les faits semblent donner raison.
N’ont-ils pas contribué eux-mêmes, par leur défaitisme, à amplifier
une victoire prévisible ? Il faut le croire ! Comment s’attendre à
ce qu’un candidat échoue, surtout lorsqu’il est bon, qu’il se (re)présente
avec un parcours et un bilan, si par avance on refuse de lui livrer
combat ? La logique qui consiste à déléguer à un électorat
abstentionniste, par indifférence ou par hostilité, le soin d’aller
combattre à la place du politique en refusant d’aller voter n’est
bonne pour personne, parce qu’elle contribue à disqualifier le
politique en général. Mais rien ne garantit le succès de cette
logique, dont le dessein reste malgré tout politique (en ce sens
qu’il s’agit de «récupérer» politiquement tout électeur qui aura
omis d’aller voter le 9 avril). Un effort certain a été accompli par
l’administration aussi bien que par tous les candidats en course
pour inciter au vote. On en voit déjà le résultat à travers
l’affluence de la communauté algérienne vivant à l’étranger, devant
les bureaux de vote de leurs lieux de résidence.
Un signe qui ne trompe pas. Les médias français, par
exemple, ont tous rapporté les mêmes séquences, comme s’ils
s’étaient donné le mot. C’est presque étrange de voir beaucoup
d’Algériens en file indienne devant un bureau de vote, d’entendre le
journaliste dire qu’il y a «affluence» et que certains d’entre eux
sont là depuis de longues heures. Et dans le micro tendu au hasard
devant un électeur, des exclamations, toujours les mêmes : «Vive
l’Algérie ! Vive Bouteflika !» On y est habitués avec l’ENTV, mais
là il s’agit de France 2, BFM, France 24 et même Medi 1… Un zapping,
en guise de revue de presse, sur les chaînes satellitaires arabes,
donne des séquences similaires. Quelle en est l’explication ? C’est
très simple : Bouteflika a acheté toutes les télévisions du monde.
Il a utilisé ses sbires pour soudoyer les médias occidentaux et, par
brassées, les Algériens qui vivent à l’étranger. Voilà, la fraude
avec lui prend des dimensions planétaires. Heureusement qu’il nous
reste des hommes vaillants, des militants irréductibles à la cause
démocratique et que personne ne pourrait corrompre. Le monde entier,
pourtant entre ses mains, Bouteflika en perd le sommeil.
C’est un peu ce que dit Karim Tabou, le premier secrétaire
du FFS, dans un entretien avec Beur FM. Bouteflika, c’est la
tyrannie absolue, une tyrannie à nulle autre pareille ! Une tyrannie
qui a tout détruit sur son passage. L’Algérie est un pays qui
n’existe plus, qu’on se le dise ! Enfin, que Tabou nous le dise… Au
journaliste qui insiste, un petit sourire en coin, pour savoir quel
point positif, si petit soit-il, on pourrait accorder au bilan
«catastrophique» de Bouteflika, ne serait-ce qu’un minuscule petit
chantier, une famélique inauguration de quelque chose, n’importe
quoi, Tabou regarde en l’air, fait mine de chercher, l’air vraiment
généreux et condescendant, puis secoue la tête et répond tristement
: «Non, rien, ce président n’a fait que du mal, il n’a jamais rien
fait de positif…» S’il est réélu, c’est la fraude. Bourrage d’urnes.
Observateurs dans les bureaux de vote ? C’est de la mascarade !
Electeurs favorables ? Tous achetés par
l’administration !
Arrêtons là et voyez, amis lecteurs, comme je vois que
l’Algérie n’est pas perdue. Ce président dictateur qui a pu acheter
l’administration, les électeurs et la planète avec, ne pourra jamais
faire fléchir des hommes incorruptibles, debout, comme Tabou ! Et
que celui qui n’est pas d’accord aille toucher son salaire de
supplétif dans les guichets, partout ouverts, du président sortant.
Le même discours, la même tonalité, la même teneur chez
Saïd Sadi, psychiatre et homme politique, opposant et représentant
de la culture, rassembleur et néanmoins provocateur, un tantinet
anarcho-nihiliste. Un homme de bien, un vrai Algérien en somme. Il a
fait ce que chacun de nous aurait dû faire : remplacer le drapeau
national par un étendard noir, comme au temps des sabordages pirates
des glorieuses courses. Avons-nous une patrie ? Foutaises ! Si nous
en avions une, Sadi l’aurait su et nous l’aurait dit, dans sa
conférence de presse. Tous les journaux sont là à son écoute. Tous
veulent savoir. Sadi commence par interdire la salle où il va parler
à ceux qui ne lui plaisent pas. Par exemple, les journalistes de
Algérie News. D’abord parce que ce sont eux, les premiers, qui ont
écrit sur ce drapeau noir, ensuite parce qu’un ancien conflit existe
avec ce journal qui a osé faire des révélations sur la fortune de
Sadi. Il fallait donc les chasser, ces journalistes que la star du
jour ne saurait voir. Il reste ensuite à donner l’explication : le
drapeau noir, dira Sadi, c’est pas moi, c’est Bouteflika ! El Watan
rapporte ses propos : «Celui qui a porté atteinte au drapeau
national et qui a endeuillé l’Algérie, ce n’est pas le RCD mais
c’est plutôt vous, Monsieur Bouteflika et vos partisans.» C’est
ainsi, soit dit en passant, que nous avons su que Bouteflika était
venu incognito dans la salle assister à la conférence de Sadi !
Toute l’intrigue se résume en fait à ceci : munis de drapeaux noirs,
Bouteflika et ses partisans sont venus rôder comme des voleurs, la
nuit, aux alentours des bâtisses («non officielle» protestera Sadi,
soudain pris d’un besoin de passer aux aveux), ils ont escaladé les
murs à l’insu ou avec la complicité des policiers en poste,
s’exposant ainsi à des poursuites pénales pour infraction et viol de
propriétés non officielles, ont arraché les emblèmes nationaux et
les ont tout simplement remplacé par des chiffons noirs. C’est cela,
la version du chef du RCD, et elle est vraisemblable. Qu’on ne
s’étonne donc pas que le candidat Bouteflika, qui va être élu par un
peuple ignorant, s’avère n’être qu’être qu’un homme anti-patriote et
anti-national.
Pauvres de nous. Mais tout passe et les élections aussi. Il
nous restera à comprendre pourquoi, après la sardine à 300 DA, les
pommes de terre à 80 ? Cela, personne ne semble vouloir nous
l’expliquer ni le candidat Bouteflika ni ses cinq adversaires de
cette campagne qui, sans doute par peur de jouer aux lièvres se sont
tous mis loin derrière lui. Ni encore Karim Tabou ou Saïd Sadi, qui
navigue en haute mer. S’il se passe tant de choses excessives ou
étranges dans notre pays, c’est peut-être simplement la faute aux
patates. Voilà pourquoi leur prix augmente à ce point.
Par Farid Cherkoun
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