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Semaine du 8 au 14 Avril 2009

 

Un pacte entre ibadites et malékites à Berriane

Rien de plus normal...

Les pauvres en Algérie

Ces “nécessiteux” qui nous côtoient

 

 

 

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 Un pacte entre ibadites et malékites à Berriane

Rien de plus normal...

Un pacte signé entres notables de Berriane est devenu un “traité historique” entre deux communautés, aux yeux de certains titres de la presse portés par des exigences de sensationnalisme.

Le texte signé à la fin du mois de mars sous l’œil bienveillant du représentant de l’Etat, le ministre délégué chargé des Collectivités locales, est-il réellement un pacte entre communautés pour cesser une guerre séculaire ? Ce n’est certainement pas ce à quoi renvoie le contenu du document signé, mais c’est ce que laissent entendre des articles de presse, repris d’ailleurs dans des pays arabes, attestant alors d’un conflit communautaire qui couve en Algérie. A l’époque des émeutes de Berriane également on parlait, sans aucun doute possible et sans crainte du ridicule, d’un conflit entre membres de deux tribus.

De quoi s’agit-il en fait ? C’est une feuille de route qui détermine 15 points d’un accord qui vise à encourager au dialogue, à mettre un terme à la fitna, à rejeter tous les types de provocation, à dénoncer ceux qui veulent relancer les conflits, à faire en sorte de régler les conflits personnels en tant que tels et mettre en place un système d’indemnisation pour les pertes subies par suite des incidents qui ont éclaté deux fois l’année dernière. Par ailleurs, le document stipule que les sages des deux communautés se rencontreront lorsque des problèmes surviendront.

Si effectivement, nous sommes devant des communautés, il n y a pas lieu de parler de tribus ou de groupe ethniques. En outre, si le document met en relief le rôle des sages des communautés, il ne fait qu’affirmer par écrit dans un document quasi officiel ce qui se fait de tout temps dans cette région. Faut-il s’étonner de voir les membres des communautés soulagés d’apprendre la signature d’un tel document ?

Dans le même temps, on est bien en droit de se demander si ceux qui ont eu à en découdre l’année dernière au point de provoquer la mort de quatre personnes dans des affrontements ont-ils un jour évoqué un conflit inter-ethnique ? D’ailleurs, seraient-ils capable d’en esquisser au moins le contour avant de pouvoir s’exprimer en ce sens ?

Ce qui est vrai, c’est que l’on a tenté de donner la dimension  d’un conflit communautaire dans le cas d’un ras-le-bol social qui pouvait être effectivement exploité à des fins politiques. Au moment où se négociaient justement les points de l’accord de Berriane, on a entendu des voix demander une constitutionnalisation du rite ibadite. Si cette demande est clairement rejetée autant dans les déclarations du ministre délégué que dans les propos des notables du M’zab, il faut rappeler qu’au moment où circulait une pétition en ce sens, le conseil Ammi  Saïd (la plus grande instance consultative religieuse des azaba du M’zab et de Ouargla) avait, dans un communiqué de presse, franchement rejeté cet appel, indiquant que ceux qui pétitionnent pour cette demande ne représentent qu’eux-mêmes. Une indication évidente signalant que les problèmes de division communautaires étaient sérieusement pris en charge.

Rien d’une première

Il reste que ce n’est pas la première fois que ibadites et non ibadites règlent leurs problèmes seuls. La confrontation la plus dure qui a existé dans la région fut celle qui a opposée Mozabites et Chaamba.

Pourtant, au début du XXe siècle un accord, celui-ci véritablement historique, avait mis fin à tous les conflits qui pourraient surgir du fait de la différenciation qui existerait entre Mozabite et Chaamba. La décision avait été prise alors de sceller des unions entre familles des deux communautés. Ainsi des Chaamba ont épousé des Mozabites et vice-versa. On a même assisté à des déplacements de familles avec armes et bagages dans les villes des uns et des autres. On déménagea de Metlili vers Ghardaïa et inversement. Aujourd’hui, à Metlili on connaît les familles d’origine mozabite comme on connaît les familles d’origine chaambi vivant à Ghardaïa.

L’histoire contemporaine de l’Algérie rappelle aussi qu’il n’y a plus eu de véritable conflit entre ibadites et malékites d’autant qu’on ne peut parler de communauté ibadite que dans la région de Ghardaïa où ce rite est majoritaire.

Ben Badis, à son époque, avait justement fait en sorte que tous les musulmans puissent se retrouver dans son mouvement en confiant justement la trésorerie de l’association des oulémas à Cheikh Bayod, la figure de l’ibadisme moderne et certainement un des réformateurs les plus influents dans ce rite. C’est ce même Ben Badis qui est intervenu à Ghardaïa à propos de l’appel à  la prière, alors que les ibadites avaient interdit aux malékites d’appeler à la prière à partir de deux de leurs mosquées à Ghardaïa et que les malékites s’en sont plaints.

Ben Badis, appelé en arbitre, avait expliqué dans un article paru dans un de ses journaux que les ibadites n’avaient pas interdit aux malékites d’appeler à la prière parce qu’ils sont malékites mais tout simplement parce que l’usage dans la région avait fait qu’une seule mosquée appelle à la prière dans la ville, indépendamment de toute autre mosquée, fut elle ibadite ou malékite*.

Et puis, comment se pourrait-il qu’un conflit entre malékites  et ibadites puisse voir le jour dans une petite région quand l’Algérie dans son ensemble suit scrupuleusement deux des plus importantes fetwas d’un cheikh ibadite.

Cheikh Bayod a effectivement été l’initiateur de la fetwa sur l’ihram (l’état de consécration rituelle marqué par le port du vêtement spécifique du pèlerinage à La Mecque) dans l’avion.

Ce cheikh ibadite a également donné un avis jurisprudentiel à propos de la vision de la lune du mois de ramadan notamment, confinant l’observation à l’astronome et à l’astronomie. On le sait aussi, l’école El Hayet, la plus importante institution de formation religieuse instituée par les ibadites n’a jamais fermé ses portes aux non-ibadites.

Finalement, le conflit intercommunautaire n’existe que dans les esprits de ceux qui veulent bien le voir. Des esprits qui s’échauffent vite, à l’image de ceux qui ont saccagé des commerces et brûlé des maisons un jour de mars 2008, puis en mai de la même année, à Berriane.

Par Amine Esseghir

 

*Jusqu’à aujourd’hui à Ghardaïa, les anciennes mosquées appellent avec le seul adhan de la grande mosquée de Ghardaïa à la prière. Un réseau filaire de plusieurs kilomètres lie ces lieux du culte afin de transmettre le même appel dans l’ensemble de ces mosquées, même si l’appel unique n’est plus respecté dans nombre de nouveaux édifices religieux construits à Ghardaïa et dans la région.

 

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Les pauvres en Algérie

Ces “nécessiteux” qui nous côtoient

Existe-t-il des pauvres en Algérie ? Oui il en existe, et en grand nombre même. Pour toucher le phénomène, il n’ y a qu’à voir quotidiennement ces scènes dramatiques de familles entières créchant dans les rues, de handicapés abandonnés de tous s’adonnant à la mendicité, de vieux et vieilles SDF, de bandes d’enfants livrés à eux-mêmes, à la drogue et à la délinquance et enfin ces  hommes et ces femmes fouillant dans les poubelles et bennes à ordures en quête de nourriture.

Ces pauvres en Algérie qu’il faut appeler “nécessiteux”, selon Djamel Ould Abbès, ministère de la Solidarité, de la Famille et de la Communauté nationale à l’étranger, sont officiellement à la charge de l’Etat. On ne leur connaît vraiment  pas de nombre exact. En 2005, ce ministre affirmait qu’en Algérie, “il n’existe pas de pauvres, mais des nécessiteux”. L’année suivante, il annonçait que la pauvreté “a été éradiquée en Algérie” et en 2007, il avançait le chiffre effarant de 1,2 million de familles “nécessiteuses”. Enfin, sa  toute dernière donnée reste le taux de 5% de pauvreté en Algérie, rendue publique en 2008. En  août de la même année, le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) estimait les pauvres en Algérie à plus de 6,5 millions de personnes. Qui dit mieux ? 

Les supérettes des pauvres

On s’approvisionne  comme on peut des restes des autres, de rebuts et de produits avariés et on paye ces achats avec sa dignité et sa fierté d’être humain. Ils sont nombreux ceux et celles qui viennent, chaque jour, chercher de quoi se nourrir dans les bennes à ordures des marchés ou dans les poubelles des restaurants et fast-foods.  Fragments de viande, os décharnés, abats de poulets, fruits et légumes avariés pratiquement incomestibles, tout est bon pour ces infortunés pour peu que cela contribue à calmer leur faim. Plus sensibles que les autres, les femmes, souvent des vieilles, se cachent le visage pour fouiller les poubelles en quête de nourriture. Les hommes âgés et les jeunes se murent quant à eux dans une indifférence totale, paraissant insensibles aux regards des autres. Pourtant on ne les devine pas insensibles du tout mais sûrement maudissant leur triste sort qui les pousse à s’adonner à la quête de leur nourriture dans les endroits qu’ils partagent avec les chats de gouttière, les chiens et même les rats.

Pour ces Algériens là, il n’existe point de solidarité officielle en dehors du mois sacré de ramadan.                        

La “rahma”, cette solidarité périodique

Elle vient et repart au même tire que le mois sacré de ramadan, la solidarité avec les pauvres, ou  plus précisément envers ceux qu’il faut appeler “démunis”. Des milliards de centimes sont alors alloués pour atténuer les lourdes charges des familles nécessiteuses lors de ce mois de jeûne et de lourdes. Et c’est avec un grand matraquage médiatique que cette opération de “rahma” est réalisée et même commentée à coup de chiffres et de bilans. Une enveloppe financière de l’ordre de plusieurs millions de dinars est allouée au ministère de la Solidarité, tutelle de ces infortunés. Lequel dispatche cet argent entre les restaurants du cœur étatiques et les couffins. En 2008, 1,5 million de couffins ont été distribués aux familles nécessiteuses. Pour le ramadan 2009, ce financement sera sûrement revu à la hausse puisqu’en matière de solidarité envers les nécessiteux, la courbe est toujours ascendante. 

Mais en dehors de ce mois sacré où, en plus des actions du ministère de la Solidarité (donc de l’Etat), des âmes charitables contribuent largement, le chapitre du soutien au pauvres est clos, à l’exception des aides à la scolarité et aux handicapés lors des célébrations de leurs journées mondiale et/ou nationale.

La stratégie de lutte se fait attendre 

De nombreuses actions d’aide aux nécessiteux et aux personnes vulnérables sont annoncées par le ministère de la Solidarité.  A en croire les décisions officielles, l’année 2009 mais aussi le prochain quinquennat seront consacrés à la lutte contre le phénomène de la pauvreté en Algérie. Les orientations du président de la République, en 2008, sont claires là dessus : comprendre et cerner avant tout chose le phénomène. La pauvreté en Algérie doit être étudiée, le nombre réel de pauvres ou nécessiteux connu, pour pouvoir mettre en place les dispositifs et les mécanisme nécessaires pour les aider et éradiquer le phénomène.

“Une connaissance rigoureuse des personnes éligibles aux différents dispositifs de solidarité mis en place, ainsi que les réponses appropriées à la situation multiforme de personnes en difficulté sont des axes importants dans les stratégies de solidarité sociale à mettre en œuvre à l’avenir dans la plus grande transparence”, a dit dans ce contexte M. Bouteflika. 

A court terme, l’avant-projet de la loi de finances 2009 a alloué 85,5 milliards de dinars de budget de fonctionnement au ministère de la Solidarité nationale. S’attaquant en premier lieu à la mendicité, principal indicateur de la pauvreté dans la société, M. Ould Abbès a annoncé le lancement d’une enquête sur les réseaux de mendicité pour laquelle une enveloppe de 20 millions de dinars sera débloquée. L’enquête devrait avoir lieu durant l’année en cours et portera sur l’identification du problème et les causes de son augmentation.

Mais en attendant, les  nécessiteux en Algérie continuent à se démener comme de pauvres diables pour manger chaque jour.

Elle s’approvisionne dans les poubelles

Vivre seul au crépuscule de sa vie, sans la moindre ressource, est l’une des plus dures épreuves que peut connaître un être humain. Une rude expérience, plus éprouvante chaque jour pour cette quinquagénaire d’un quartier populaire d’Oran, réduite, pour survivre, à faire les poubelles du marché  de La Bastille. “Je n’ai  pas vraiment le choix, dit elle d’une voix rouillée. C’est cela ou aller mendier. Je ne me permettrais jamais de tendre la main aux autres. Tant que je peux me déplacer encore.” La vieille dame, qui occupe une petite pièce dans un vieux bâti du quartier populaire Saint Pierre est, de temps en temps, aidée par une association caritative et aussi par ses voisins.  Mais ne voulant être un fardeau pour personne, elle se couvre le visage d’un âdjar pour aller de temps à autre faire les poubelles du marché.

Elle confie que certains commerçants, qui la connaissent depuis ces quelques années déjà, mettent de côté les restes de viandes, de fruits et légumes dans des sachets, ou du  papier journal et les gardent pour elle. “Rabi yehfadhoum (Dieu les garde),  cela m’évite d’aller piocher dans les bennes du marché aux odeurs nauséabondes.”

 Il y a longtemps la vieille dame a perdu son unique fils. Toute sa vie, elle a vécu dans la précarité. Jeune, elle a travaillé comme femme de ménage dans les foyers. Aujourd’hui sans pensions ni assurance sociale, elle vit aux crochets des bonnes âmes du quartier. “Leurs dons se font de plus en plus rares vu la dégradation du pouvoir d’achat des citoyens”, fait-elle remarquer, compatissante.

Par Habiba Ghrib

 

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