|
Accueil
Un pacte entre ibadites et malékites à Berriane
Rien de plus normal...
Un pacte signé entres notables de Berriane est devenu un
“traité historique” entre deux communautés, aux yeux de certains
titres de la presse portés par des exigences de sensationnalisme.
Le texte signé à la fin du mois de mars sous l’œil
bienveillant du représentant de l’Etat, le ministre délégué chargé
des Collectivités locales, est-il réellement un pacte entre
communautés pour cesser une guerre séculaire ? Ce n’est certainement
pas ce à quoi renvoie le contenu du document signé, mais c’est ce
que laissent entendre des articles de presse, repris d’ailleurs dans
des pays arabes, attestant alors d’un conflit communautaire qui
couve en Algérie. A l’époque des émeutes de Berriane également on
parlait, sans aucun doute possible et sans crainte du ridicule, d’un
conflit entre membres de deux tribus.
De quoi s’agit-il en fait ? C’est une feuille de route qui
détermine 15 points d’un accord qui vise à encourager au dialogue, à
mettre un terme à la fitna, à rejeter tous les types de provocation,
à dénoncer ceux qui veulent relancer les conflits, à faire en sorte
de régler les conflits personnels en tant que tels et mettre en
place un système d’indemnisation pour les pertes subies par suite
des incidents qui ont éclaté deux fois l’année dernière. Par
ailleurs, le document stipule que les sages des deux communautés se
rencontreront lorsque des problèmes surviendront.
Si effectivement, nous sommes devant des communautés, il n
y a pas lieu de parler de tribus ou de groupe ethniques. En outre,
si le document met en relief le rôle des sages des communautés, il
ne fait qu’affirmer par écrit dans un document quasi officiel ce qui
se fait de tout temps dans cette région. Faut-il s’étonner de voir
les membres des communautés soulagés d’apprendre la signature d’un
tel document ?
Dans le même temps, on est bien en droit de se demander si
ceux qui ont eu à en découdre l’année dernière au point de provoquer
la mort de quatre personnes dans des affrontements ont-ils un jour
évoqué un conflit inter-ethnique ? D’ailleurs, seraient-ils capable
d’en esquisser au moins le contour avant de pouvoir s’exprimer en ce
sens ?
Ce qui est vrai, c’est que l’on a tenté de donner la
dimension d’un conflit communautaire dans le cas d’un ras-le-bol
social qui pouvait être effectivement exploité à des fins
politiques. Au moment où se négociaient justement les points de
l’accord de Berriane, on a entendu des voix demander une
constitutionnalisation du rite ibadite. Si cette demande est
clairement rejetée autant dans les déclarations du ministre délégué
que dans les propos des notables du M’zab, il faut rappeler qu’au
moment où circulait une pétition en ce sens, le conseil Ammi Saïd
(la plus grande instance consultative religieuse des azaba du M’zab
et de Ouargla) avait, dans un communiqué de presse, franchement
rejeté cet appel, indiquant que ceux qui pétitionnent pour cette
demande ne représentent qu’eux-mêmes. Une indication évidente
signalant que les problèmes de division communautaires étaient
sérieusement pris en charge.
Rien d’une première
Il reste que ce n’est pas la première fois que ibadites et
non ibadites règlent leurs problèmes seuls. La confrontation la plus
dure qui a existé dans la région fut celle qui a opposée Mozabites
et Chaamba.
Pourtant, au début du XXe siècle un accord, celui-ci
véritablement historique, avait mis fin à tous les conflits qui
pourraient surgir du fait de la différenciation qui existerait entre
Mozabite et Chaamba. La décision avait été prise alors de sceller
des unions entre familles des deux communautés. Ainsi des Chaamba
ont épousé des Mozabites et vice-versa. On a même assisté à des
déplacements de familles avec armes et bagages dans les villes des
uns et des autres. On déménagea de Metlili vers Ghardaïa et
inversement. Aujourd’hui, à Metlili on connaît les familles
d’origine mozabite comme on connaît les familles d’origine chaambi
vivant à Ghardaïa.
L’histoire contemporaine de l’Algérie rappelle aussi qu’il
n’y a plus eu de véritable conflit entre ibadites et malékites
d’autant qu’on ne peut parler de communauté ibadite que dans la
région de Ghardaïa où ce rite est majoritaire.
Ben Badis, à son époque, avait justement fait en sorte que
tous les musulmans puissent se retrouver dans son mouvement en
confiant justement la trésorerie de l’association des oulémas à
Cheikh Bayod, la figure de l’ibadisme moderne et certainement un des
réformateurs les plus influents dans ce rite. C’est ce même Ben
Badis qui est intervenu à Ghardaïa à propos de l’appel à la prière,
alors que les ibadites avaient interdit aux malékites d’appeler à la
prière à partir de deux de leurs mosquées à Ghardaïa et que les
malékites s’en sont plaints.
Ben Badis, appelé en arbitre, avait expliqué dans un
article paru dans un de ses journaux que les ibadites n’avaient pas
interdit aux malékites d’appeler à la prière parce qu’ils sont
malékites mais tout simplement parce que l’usage dans la région
avait fait qu’une seule mosquée appelle à la prière dans la ville,
indépendamment de toute autre mosquée, fut elle ibadite ou
malékite*.
Et puis, comment se pourrait-il qu’un conflit entre
malékites et ibadites puisse voir le jour dans une petite région
quand l’Algérie dans son ensemble suit scrupuleusement deux des plus
importantes fetwas d’un cheikh ibadite.
Cheikh Bayod a effectivement été l’initiateur de la fetwa
sur l’ihram (l’état de consécration rituelle marqué par le port du
vêtement spécifique du pèlerinage à La Mecque) dans l’avion.
Ce cheikh ibadite a également donné un avis jurisprudentiel
à propos de la vision de la lune du mois de ramadan notamment,
confinant l’observation à l’astronome et à l’astronomie. On le sait
aussi, l’école El Hayet, la plus importante institution de formation
religieuse instituée par les ibadites n’a jamais fermé ses portes
aux non-ibadites.
Finalement, le conflit intercommunautaire n’existe que dans
les esprits de ceux qui veulent bien le voir. Des esprits qui
s’échauffent vite, à l’image de ceux qui ont saccagé des commerces
et brûlé des maisons un jour de mars 2008, puis en mai de la même
année, à Berriane.
Par Amine Esseghir
*Jusqu’à aujourd’hui à Ghardaïa, les anciennes mosquées
appellent avec le seul adhan de la grande mosquée de Ghardaïa à la
prière. Un réseau filaire de plusieurs kilomètres lie ces lieux du
culte afin de transmettre le même appel dans l’ensemble de ces
mosquées, même si l’appel unique n’est plus respecté dans nombre de
nouveaux édifices religieux construits à Ghardaïa et dans la région.
Haut
Les pauvres en Algérie
Ces “nécessiteux” qui nous côtoient
Existe-t-il des pauvres en Algérie ? Oui il en existe, et
en grand nombre même. Pour toucher le phénomène, il n’ y a qu’à voir
quotidiennement ces scènes dramatiques de familles entières créchant
dans les rues, de handicapés abandonnés de tous s’adonnant à la
mendicité, de vieux et vieilles SDF, de bandes d’enfants livrés à
eux-mêmes, à la drogue et à la délinquance et enfin ces hommes et
ces femmes fouillant dans les poubelles et bennes à ordures en quête
de nourriture.
Ces pauvres en Algérie qu’il faut appeler “nécessiteux”,
selon Djamel Ould Abbès, ministère de la Solidarité, de la Famille
et de la Communauté nationale à l’étranger, sont officiellement à la
charge de l’Etat. On ne leur connaît vraiment pas de nombre exact.
En 2005, ce ministre affirmait qu’en Algérie, “il n’existe pas de
pauvres, mais des nécessiteux”. L’année suivante, il annonçait que
la pauvreté “a été éradiquée en Algérie” et en 2007, il avançait le
chiffre effarant de 1,2 million de familles “nécessiteuses”. Enfin,
sa toute dernière donnée reste le taux de 5% de pauvreté en
Algérie, rendue publique en 2008. En août de la même année, le
Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) estimait
les pauvres en Algérie à plus de 6,5 millions de personnes. Qui dit
mieux ?
Les supérettes des pauvres
On s’approvisionne comme on peut des restes des autres, de
rebuts et de produits avariés et on paye ces achats avec sa dignité
et sa fierté d’être humain. Ils sont nombreux ceux et celles qui
viennent, chaque jour, chercher de quoi se nourrir dans les bennes à
ordures des marchés ou dans les poubelles des restaurants et
fast-foods. Fragments de viande, os décharnés, abats de poulets,
fruits et légumes avariés pratiquement incomestibles, tout est bon
pour ces infortunés pour peu que cela contribue à calmer leur faim.
Plus sensibles que les autres, les femmes, souvent des vieilles, se
cachent le visage pour fouiller les poubelles en quête de
nourriture. Les hommes âgés et les jeunes se murent quant à eux dans
une indifférence totale, paraissant insensibles aux regards des
autres. Pourtant on ne les devine pas insensibles du tout mais
sûrement maudissant leur triste sort qui les pousse à s’adonner à la
quête de leur nourriture dans les endroits qu’ils partagent avec les
chats de gouttière, les chiens et même les rats.
Pour ces Algériens là, il n’existe point de solidarité
officielle en dehors du mois sacré de
ramadan.
La “rahma”, cette solidarité périodique
Elle vient et repart au même tire que le mois sacré de
ramadan, la solidarité avec les pauvres, ou plus précisément envers
ceux qu’il faut appeler “démunis”. Des milliards de centimes sont
alors alloués pour atténuer les lourdes charges des familles
nécessiteuses lors de ce mois de jeûne et de lourdes. Et c’est avec
un grand matraquage médiatique que cette opération de “rahma” est
réalisée et même commentée à coup de chiffres et de bilans. Une
enveloppe financière de l’ordre de plusieurs millions de dinars est
allouée au ministère de la Solidarité, tutelle de ces infortunés.
Lequel dispatche cet argent entre les restaurants du cœur étatiques
et les couffins. En 2008, 1,5 million de couffins ont été distribués
aux familles nécessiteuses. Pour le ramadan 2009, ce financement
sera sûrement revu à la hausse puisqu’en matière de solidarité
envers les nécessiteux, la courbe est toujours ascendante.
Mais en dehors de ce mois sacré où, en plus des actions du
ministère de la Solidarité (donc de l’Etat), des âmes charitables
contribuent largement, le chapitre du soutien au pauvres est clos, à
l’exception des aides à la scolarité et aux handicapés lors des
célébrations de leurs journées mondiale et/ou nationale.
La stratégie de lutte se fait attendre
De nombreuses actions d’aide aux nécessiteux et aux
personnes vulnérables sont annoncées par le ministère de la
Solidarité. A en croire les décisions officielles, l’année 2009
mais aussi le prochain quinquennat seront consacrés à la lutte
contre le phénomène de la pauvreté en Algérie. Les orientations du
président de la République, en 2008, sont claires là dessus :
comprendre et cerner avant tout chose le phénomène. La pauvreté en
Algérie doit être étudiée, le nombre réel de pauvres ou nécessiteux
connu, pour pouvoir mettre en place les dispositifs et les mécanisme
nécessaires pour les aider et éradiquer le phénomène.
“Une connaissance rigoureuse des personnes éligibles aux
différents dispositifs de solidarité mis en place, ainsi que les
réponses appropriées à la situation multiforme de personnes en
difficulté sont des axes importants dans les stratégies de
solidarité sociale à mettre en œuvre à l’avenir dans la plus grande
transparence”, a dit dans ce contexte M. Bouteflika.
A court terme, l’avant-projet de la loi de finances
2009 a alloué 85,5
milliards de dinars de budget de fonctionnement au ministère de la
Solidarité nationale. S’attaquant en premier lieu à la mendicité,
principal indicateur de la pauvreté dans la société, M. Ould Abbès a
annoncé le lancement d’une enquête sur les réseaux de mendicité pour
laquelle une enveloppe de 20 millions de dinars sera débloquée.
L’enquête devrait avoir lieu durant l’année en cours et portera sur
l’identification du problème et les causes de son augmentation.
Mais en attendant, les nécessiteux en Algérie continuent à
se démener comme de pauvres diables pour manger chaque jour.
Elle s’approvisionne dans les poubelles
Vivre seul au crépuscule de sa vie, sans la moindre
ressource, est l’une des plus dures épreuves que peut connaître un
être humain. Une rude expérience, plus éprouvante chaque jour pour
cette quinquagénaire d’un quartier populaire d’Oran, réduite, pour
survivre, à faire les poubelles du marché de La Bastille. “Je n’ai
pas vraiment le choix, dit elle d’une voix rouillée. C’est cela ou
aller mendier. Je ne me permettrais jamais de tendre la main aux
autres. Tant que je peux me déplacer encore.” La vieille dame, qui
occupe une petite pièce dans un vieux bâti du quartier populaire
Saint Pierre est, de temps en temps, aidée par une association
caritative et aussi par ses voisins. Mais ne voulant être un
fardeau pour personne, elle se couvre le visage d’un âdjar pour
aller de temps à autre faire les poubelles du marché.
Elle confie que certains commerçants, qui la connaissent
depuis ces quelques années déjà, mettent de côté les restes de
viandes, de fruits et légumes dans des sachets, ou du papier
journal et les gardent pour elle. “Rabi yehfadhoum (Dieu les
garde), cela m’évite d’aller piocher dans les bennes du marché aux
odeurs nauséabondes.”
Il y a longtemps la vieille dame a perdu son unique fils.
Toute sa vie, elle a vécu dans la précarité. Jeune, elle a travaillé
comme femme de ménage dans les foyers. Aujourd’hui sans pensions ni
assurance sociale, elle vit aux crochets des bonnes âmes du
quartier. “Leurs dons se font de plus en plus rares vu la
dégradation du pouvoir d’achat des citoyens”, fait-elle remarquer,
compatissante.
Par Habiba Ghrib
Haut
e-mail :contact@lesdebats.com |