Semaine du 10 au 16 mars 2010

L'éditorial

Un coup pour rien

 

 
 
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 Un coup pour rien

Un confrère se demande, un tantinet ingénu, pourquoi la diplomatie algérienne réagit excessivement face au «petit» Mali quand elle se montre si impuissante à réagir, sinon par du vent, face aux puissants comme la France ou les Etats-Unis. L'occasion pour rappeler à ce confrère l'existence des rapports de force dans les relations internationales. Si on veut le déplorer, alors déplorons-le pour tous les cas. Pourquoi voudrait-on que la France réagisse à son tour de la même façon contre la Russie ou l'Allemagne qu'avec l'Algérie ? Tenez donc, monsieur le confrère, les Etats-Unis feraient-ils autre chose que brasser du vent quand il s'agit d'Israël ? Allez donc reprocher aux Américains leurs excès quand il s'agit de condamner le moindre pet palestinien. Etes-vous donc complexé ? Si oui, rassurez-vous, vous n'êtes pas le seul, par ici. Mais aussi l'occasion de conjecturer sur la situation diplomatique qui, souvent, se révèle n'être qu'un jeu entre les mains des dirigeants. L'Amérique a requis l'argument sécuritaire pour obtenir de l'Algérie ce qu'elle n'a visiblement pas obtenu – Africom, ou autre chose, va savoir. Il paraît logique, d'un point de vue strictement politique, qu'elle mette les ressortissants algériens sur une liste noire. Elle semble dire : Je vous propose une coopération sécuritaire que vous refusez, nous resterons des amis, mais ne vous étonnez pas que j'assure ma sécurité en vous mettant à la place où vous voulez vous mettre vous-même, celle d'où provient mon insécurité. La blacklist apparaît ainsi comme une réaction de légitime défense et non comme un acte d'hostilité, même si personne n'est dupe. Les Américains sont souverains chez eux, et l'Algérie doit en tenir compte – la mesure de réciprocité est une menace simplement, son exécution dépendra de nos intérêts. Ce qui n'est pas le cas de la France. Car la liste noire française vient comme un cheveu sécuritaire sur une soupe de coopération économique. On n'en comprend pas la logique. Ce qui est politique chez les Américains ne l'est plus chez les Français, voilà l'erreur. On a l'impression qu'il s'agit là d'une improvisation, un argument de rapport de force à un niveau non cadré, quasiment personnel. Une arrogance. Si on voulait riposter à une attitude algérienne déplaisante, qu'il s'agisse de relations bilatérales, de l'UPM ou du Sahel, on choisirait la réponse idoine. La sécurité n'aurait rien à y voir, à moins que la France veuille à tout prix installer une base militaire chez nous – ce qui serait absurde. Appréhendée ainsi, la question devient simple pour Alger : elle prend acte de cette liste et l'utilise diplomatiquement à sa guise sans jamais pour autant se mettre en position de demander son retrait. Le confrère en question qui moque la diplomatie algérienne devrait savoir que parfois elle se débrouille pas mal. Il devrait comprendre que l'Algérie ne demandera pas à la France de la retirer d'une liste destinée justement à la mettre en position de demanderesse. Bien mieux, c'est elle qui entend utiliser à son profit ce qu'elle considère être une erreur française – et qui l'est à tous points de vue. Car, la visite à Paris de Bouteflika étant toujours d'actualité, que va donc faire Sarkozy sinon opérer de lui-même ce retrait ?  Un coup pour rien, autrement dit.

Par Aïssa Khelladi

 

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