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Un coup pour rien
Un confrère se
demande, un tantinet ingénu, pourquoi la diplomatie algérienne
réagit excessivement face au «petit» Mali quand elle se montre si
impuissante à réagir, sinon par du vent, face aux puissants comme la
France ou les Etats-Unis. L'occasion pour rappeler à ce confrère
l'existence des rapports de force dans les relations
internationales. Si on veut le déplorer, alors déplorons-le pour
tous les cas. Pourquoi voudrait-on que la France réagisse à son tour
de la même façon contre la Russie ou l'Allemagne qu'avec l'Algérie ?
Tenez donc, monsieur le confrère, les Etats-Unis feraient-ils autre
chose que brasser du vent quand il s'agit d'Israël ? Allez donc
reprocher aux Américains leurs excès quand il s'agit de condamner le
moindre pet palestinien. Etes-vous donc complexé ? Si oui,
rassurez-vous, vous n'êtes pas le seul, par ici. Mais aussi
l'occasion de conjecturer sur la situation diplomatique qui,
souvent, se révèle n'être qu'un jeu entre les mains des dirigeants.
L'Amérique a requis l'argument sécuritaire pour obtenir de l'Algérie
ce qu'elle n'a visiblement pas obtenu – Africom, ou autre chose, va
savoir. Il paraît logique, d'un point de vue strictement politique,
qu'elle mette les ressortissants algériens sur une liste noire. Elle
semble dire : Je vous propose une coopération sécuritaire que vous
refusez, nous resterons des amis, mais ne vous étonnez pas que
j'assure ma sécurité en vous mettant à la place où vous voulez vous
mettre vous-même, celle d'où provient mon insécurité. La blacklist
apparaît ainsi comme une réaction de légitime défense et non comme
un acte d'hostilité, même si personne n'est dupe. Les Américains
sont souverains chez eux, et l'Algérie doit en tenir compte – la
mesure de réciprocité est une menace simplement, son exécution
dépendra de nos intérêts. Ce qui n'est pas le cas de la France. Car
la liste noire française vient comme un cheveu sécuritaire sur une
soupe de coopération économique. On n'en comprend pas la logique. Ce
qui est politique chez les Américains ne l'est plus chez les
Français, voilà l'erreur. On a l'impression qu'il s'agit là d'une
improvisation, un argument de rapport de force à un niveau non
cadré, quasiment personnel. Une arrogance. Si on voulait riposter à
une attitude algérienne déplaisante, qu'il s'agisse de relations
bilatérales, de l'UPM ou du Sahel, on choisirait la réponse idoine.
La sécurité n'aurait rien à y voir, à moins que la France veuille à
tout prix installer une base militaire chez nous – ce qui serait
absurde. Appréhendée ainsi, la question devient simple pour Alger :
elle prend acte de cette liste et l'utilise diplomatiquement à sa
guise sans jamais pour autant se mettre en position de demander son
retrait. Le confrère en question qui moque la diplomatie algérienne
devrait savoir que parfois elle se débrouille pas mal. Il devrait
comprendre que l'Algérie ne demandera pas à la France de la retirer
d'une liste destinée justement à la mettre en position de
demanderesse. Bien mieux, c'est elle qui entend utiliser à son
profit ce qu'elle considère être une erreur française – et qui l'est
à tous points de vue. Car, la visite à Paris de Bouteflika étant
toujours d'actualité, que va donc faire Sarkozy sinon opérer de
lui-même ce retrait ? Un coup pour rien, autrement dit.
Par Aïssa
Khelladi
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