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Femme guillerette, fête tristounette
L'intérêt de la
chronique est qu'on peut toujours se barricader derrière la nature
de ce genre journalistique, comme pour la caricature d'ailleurs,
pour justifier tous les écarts à l'éthique et tous les manquements à
la déontologie, en arguant que «ce n'est qu'une chronique», et la
boucle est bouclée. Hier et la veille et aujourd'hui qui est le
lendemain d'hier, c'est la journée mondiale de la femme. La nature
ne les a pas gâtées, les pauvres, en leur fourguant un temps des
plus maussades, ce qui aurait demandé aux roses à ce qu'elles soient
grises pour qu'elles ne déparent pas avec la grisaille ambiante.
Mais, diriez-vous, pourquoi ce chroniqueur, plume dont on connaît la
compétence, le talent et la proverbiale modestie, use-t-il, en guise
d'attaque de son papier, de ce détour et de ces circonvolutions
comme bouclier à ce qui va suivre. Eh bien non, il n'y aura pas de
suite sur la condition de la femme. Pour la simple raison qu'on a
buté sur le titre. On a d'abord pensé à «femme, mode d'emploi» qui
nous semblait bien introduire une approche qui tente d'aborder le
thème sous ses différentes facettes, avec pour socle ce qui à nos
yeux est l'indéniable levier pour l'émancipation de «qui on sait»
(c'est là une technique géniale pour éviter la répétition du mot
«femmes»). Mais à peine pensé, que déjà ce titre se voit attirer les
foudres de mesdames. «ça ne va pas non ?! Si vous parlez de mode
emploi, autrement dit comment utiliser un produit, c'est que vois
faites allusion à femme objet, espèce de macho, féodal
réactionnaire, obscurantiste rétrograde, espèce d'homme, espèce
d'Algérien, va !» Devant cette volée de bois vert, mieux vaut
s'abstenir et chercher une titraille plus avenante, moins
productrice de courroux féminin, en puisant dans le registre
métaphorique, du genre «femme, belle à peu agitée». Sabre au clair
et vent en poupe, l'heure n'est plus à la bataille à fleurets
mouchetés. Elles répliquent avec une violence inouïe : «goujat,
mufle, ta galanterie métaphorique tu la mets là où on pense. L'Algérienne
n'est pas, comme tu le sous-entends, une sous-rubrique d'un bulletin
météo». Elles ont raison, on ne dit pas d'une tempête qu'elle
pourrait être»peu agitée». La tentative sur des titres qui font
toujours la fierté de notre vieil El Moudjahid, du style «la femme,
songes et mensonges», «l'Algérienne à la croisée des chemins» ou
encore «la femme, mythes et réalités», ne produisent pas l'effet
escompté en matière de chaleureuse liesse dans le comité d'accueil.
Alors, comment titrer un papier sur la femme ? Le lexique se révèle
soit dangereux soit ringard, et dans les deux cas, voué à
l'autocensure. Et puis d'abord, ne perdons pas de vue l'essentiel :
la femme se passe de titre… Comme sujet bien sûr, jamais comme
objet…
Par Nadjib
Stambouli
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