Semaine du 10 au16 mars 2010

 

  Jalons

Femme guillerette, fête tristounette

 

 
 
 Chronique  

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Femme guillerette, fête tristounette

L'intérêt de la chronique est qu'on peut toujours se barricader derrière la nature de ce genre journalistique, comme pour la caricature d'ailleurs, pour justifier tous les écarts à l'éthique et tous les manquements à la déontologie, en arguant que «ce n'est qu'une chronique», et la boucle est bouclée. Hier et la veille et aujourd'hui qui est le lendemain d'hier, c'est la journée mondiale de la femme. La nature ne les a pas gâtées, les pauvres, en leur fourguant un temps des plus maussades, ce qui aurait demandé aux roses à ce qu'elles soient grises pour qu'elles ne déparent pas avec la grisaille ambiante. Mais, diriez-vous, pourquoi ce chroniqueur, plume dont on connaît la compétence, le talent et la proverbiale modestie, use-t-il, en guise d'attaque de son papier, de ce détour et de ces circonvolutions comme bouclier à ce qui va suivre. Eh bien non, il n'y aura pas de suite sur la condition de la femme. Pour la simple raison qu'on a buté sur le titre. On a d'abord pensé à «femme, mode d'emploi» qui nous semblait bien introduire une approche qui tente d'aborder le thème sous ses différentes facettes, avec pour socle ce qui à nos yeux est l'indéniable levier pour l'émancipation de «qui on sait» (c'est là une technique géniale pour éviter la répétition du mot «femmes»). Mais à peine pensé, que déjà ce titre se voit attirer les foudres de mesdames. «ça ne va pas non ?! Si vous parlez de mode emploi, autrement dit comment utiliser un produit, c'est que vois faites allusion à femme objet, espèce de macho, féodal réactionnaire, obscurantiste rétrograde, espèce d'homme, espèce d'Algérien, va !» Devant cette volée de bois vert, mieux vaut s'abstenir et chercher une titraille plus avenante, moins productrice de courroux féminin, en puisant dans le registre métaphorique, du genre «femme, belle à peu agitée». Sabre au clair et vent en poupe, l'heure n'est plus à la bataille à fleurets mouchetés. Elles répliquent avec une violence inouïe : «goujat, mufle, ta galanterie métaphorique tu la mets là où on pense. L'Algérienne n'est pas, comme tu le sous-entends, une sous-rubrique d'un bulletin météo». Elles ont raison, on ne dit pas d'une tempête qu'elle pourrait être»peu agitée». La tentative sur des titres qui font toujours la fierté de notre vieil El Moudjahid, du style «la femme, songes et mensonges», «l'Algérienne à la croisée des chemins» ou encore «la femme, mythes et réalités», ne produisent pas l'effet escompté en matière de chaleureuse liesse dans le comité d'accueil. Alors, comment titrer un papier sur la femme ? Le lexique se révèle soit dangereux soit ringard, et dans les deux cas, voué à l'autocensure. Et puis d'abord, ne perdons pas de vue l'essentiel : la femme se passe de titre… Comme sujet bien sûr, jamais comme objet…

Par Nadjib Stambouli

 

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