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Semaine du 10 au 16 mars 2010

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Une résolution américaine sur la reconnaissance du génocide arménien

Les Turcs font la tête

 

 

 

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Une résolution américaine sur la reconnaissance du génocide arménien

Les Turcs font la tête

Jeudi passé à Washington, la commission des Affaires étrangères de la Chambre des représentants américaine a approuvé une résolution sur la reconnaissance dudit génocide arménien par la Turquie en 1915. Première conséquence, la Turquie a rappelé son ambassadeur à Washington et ce n'est qu'une première réaction.

Les turcs ne veulent pas entendre parler de génocide et ils ont leurs raisons. Mais de manière cyclique, l’action des lobbies arméniens dans plusieurs capitales occidentales porte ses fruits.

Cette fois encore, les turcs rejettent dans le fond et dans la forme cette résolution. Abdallah Gül, le président turc, a déclaré : «Nous condamnons cette résolution qui accuse la nation turque d’un crime qu’elle n’a pas commis». Elle n’a «aucune valeur aux yeux du peuple turc», tout en menaçant de  de «conséquences négatives (…) dans tous les domaines».

La résolution est difficile à comprendre alors que la Turquie, membre de l’OTAN, joue un rôle essentiel dans la préservation des intérêts américains dans la région. Cette même résolution n’était pas la bienvenue pour la secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton qui avait  mis en garde les membres de la commission contre son adoption, arguant que cette résolution créait de nouveaux obstacles dans le processus de normalisation entamé entre Erevan et Ankara.

Certes, le texte n’a pas encore force de loi, mais il vient provoquer pas mal de chahut dans des relations très utiles entre les Etats-Unis et la Turquie.

D’ailleurs, ne faut-il finalement retenir que le chahut que cette résolution a provoqué ? Dans une contribution paru dans le Washington post,  Henri J. Barkey, professeur visiteur de la prestigieuse institution  Carnegie endowment for international peace, qualifie au lendemain de son adoption la résolution de farce. Il souligne que cette dernière avait causé pas mal de dommages à l’action de l’administration Obama dans son action de sauvetage de la fragile réconciliation entre Turquie et Arménie. Pour lui la commission de la chambre des représentants n’a fait que marquer des points en faveur du lobby arméno-américain. Cela est d’autant plus vrai que l’action du gouvernement évitera à la résolution de devenir loi. Barkey précise que la course des arméniens à faire condamner tout révisionnisme concernant leur génocide se heurte à l’acte de l’université d’Etat de Erevan qui a  honoré d’un titre honoris causa le président iranien présenté par Barkey comme le révisionniste numéro un de l’holocauste juif.

Cela étant, les Turcs n’en sont pas à leur première tentative d’écriture de l’histoire à travers des textes de loi.

En mai 2006, un débat était engagé à l’Assemblée nationale française pour discuter du génocide arménien avec en arrière-plan une loi tendant à pénaliser le négationnisme du génocide arménien.

La loi n’était pas passée et le débat n’avait pas pu avoir lieu. Mais cette tentative confirme cette propension des politiques à vouloir soustraire aux historiens leur rôle. La Turquie avait brandi la carte des menaces économiques. 

A son époque, des historiens s’étaient élevés contre ce texte qui tend à réduire dangereusement le terrain de la recherche. L’association  Liberté pour l’histoire, fondée entre autres par l’historien et académicien Pierre Nora, qui s’est déjà prononcée sur l’article 4 de la loi sur les rapatriés (celle de 2005 qui concernait les bienfaits de la colonisation en Algérie), est de ceux qui ont réagi après l’annulation du débat autour de la criminalisation du négationnisme du génocide arménien. Il notait avec satisfaction que les historiens ont encore la possibilité de travailler sur une affaire qui est loin d’avoir livré tous ses secrets. Pour autant, la reconnaissance politique du génocide arménien n’est pas un acte isolé du Parlement français ou de la commission des affaires étrangères de la Chambre des représentants US. Les Suédois ont fait la même chose en 1985, avant de revenir sur la décision en 2000. 

Mais de quoi s’agit-il ?

Pour les Turcs, il n’y a pas eu génocide et Ankara appelle à l’établissement d’une commission mixte d’historiens afin d’arriver à des conclusions satisfaisantes pour les deux pays, Turquie et Arménie. Du reste certains historiens contestent la thèse du génocide indiquant que les éléments en leur possession (les mêmes que ceux que brandissent les Arméniens) ne prouvent pas le génocide, c’est-à-dire l’extermination décidée et volontaire d’un peuple ou d’une ethnie. 

Ainsi Gilles Veinstein ou Bernard Lewis  n’ont jamais nié que les massacres ont bien eu lieu (ce que disent également les Turcs), mais ils sont unanimes à refuser de parler de génocide. Mais tout débat en Occident à ce sujet donne lieu à des dérives dangereuses. Bernard Lewis a été victime d’un harcèlement qualifié par Pierre Nora de «terrorisme intellectuel». Lewis est un historien de renom dont les travaux sur l’histoire du Proche-Orient et sur l’islam font l’unanimité. Il a travaillé durant quinze ans sur les massacres des Arméniens avant d’écarter ainsi la thèse de crime contre l’humanité. Il fut à ce propos traîné devant les tribunaux, en France, pour se dédire. Galilée n’a pu échapper à la prison et à la torture qu’en déclarant «et pourtant elle tourne» devant ses juges.  

On peut reprocher aux turcs leur lenteur  à répondre à la communauté internationale, préférant d’abord occulter les massacres et prêtant le flanc aux critiques sans réagir. Ce n’est que depuis quelques années que l’on parle du massacre des musulmans par les Arméniens durant cette période. Mais de toute évidence, le fait même que l’on ne puisse pas, d’un point de vue purement intellectuel, attester de ce génocide, la condamnation de la Turquie devient injuste, notamment pour les générations actuelles. Elle est d’autant plus dangereuse qu’elle tend à perpétuer les rancœurs et les haines.

En fait, les seuls événements avérés entre 1914 et 1922 en Anatolie orientale c’est que l’on se massacrait allégrement dans la région. Plus tard, entre 1988 et 1994, on a poursuivi les tueries en Azerbaïdjan. Si effectivement des massacres d’Arméniens ont eu lieu, les Arméniens ont aussi à leur actif des milliers de morts turco-musulmans. On peut y adjoindre les victimes du terrorisme arméniennes – surtout des civils innocents et même des diplomates  – entre 1975 et 1985, décimées par le groupe terroriste Asala.

Même si la Turquie avait effectivement commis un génocide en 1915, les générations actuelles n’en seraient pas pour autant responsables, comme ne sont pas responsables les Allemands d’aujourd’hui des crimes nazis contre l’humanité.  

D’un point de vue géopolitique, on constate que la condamnation pour génocide est liée aussi à la question du Nagorni Karabakh, territoire revendiqué par les Arméniens qui en occupent un cinquième, alors qu’il est sous autorité de l’Azerbaïdjan soutenu par la Turquie.

Dans le même temps, on a du mal à comprendre la précipitation des membres de la chambre des représentants  américains à adopter une résolution discutable d’un point de vue académique quand Obama a fait de la Turquie dès son accession au pouvoir un allié de poids notamment dans sa tentative de séduction à l’égard des musulmans du monde.

Par Amine Esseghir

 

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