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Education
nationale
La grève de
trop
Les enseignants de
l'Education nationale étaient-ils obligés d’attendre qu'une décision
de justice les contraigne à reprendre le chemin des classes ?
Ignoraient-ils que lorsqu'on obtient gain de cause, ne serait-ce que
partiellement, il est préférable d'accepter le deal et de reporter
les questions pendantes à d'autres rounds, que de s'entêter à
vouloir «tout et maintenant» ?
N’insultons pas
leur intelligence. Les enseignants (affiliés à deux syndicats) qui
ont décidé de continuer leur grève malgré l’obtention d’une série
confortable de réponses positives à leurs revendications savaient
pertinemment que le ministère de tutelle ne pouvait pas,
objectivement, rester de marbre devant cette obstination à vouloir
continuer le débrayage à moins de quatre mois de la fin de l’année
scolaire. Alors pourquoi ont-ils choisi de gâcher leur mouvement ?
Sur plus de cinq
syndicats de l’éducation, deux avaient décidé (avant la décision de
la justice et les menaces du ministère de l’Education nationale) de
continuer leur grève. Il s’agit de l’UNPEF (pour les paliers du
primaire et du moyen) et du CNAPEST (pour les lycées). Les autres,
comme le SNAPEST, avaient annoncé avoir pris acte de la satisfaction
des principales revendications, à savoir celles liées aux
augmentations du régime indemnitaire. Dans un récent communiqué le
SNAPEST estime que l’objectif de la grève du 16 février «a été
atteint» et a, toutefois, appelé ses adhérents à rester focalisés
sur le reste de la plate-forme de requêtes. Il s’agit de «la refonte
de la gestion des œuvres sociales» et des dossiers de la médecine du
travail, de «la retraite après 25 ans de service», de la «prise en
charge des problèmes spécifiques aux enseignants du sud», ainsi que
de la «prise en charge des enseignants du technique». De ces cinq
revendications restantes, aucune n’a de relation avec le salaire.
C’est dire que le plus important, et sans doute le plus urgent, a
été réglé dans le cadre de la concertation des syndicats avec le
ministère de l’Education. Ce dernier, faut-il le souligner, a
respecté l’accord conclu lors des réunions des commissions
consacrées à la révision du régime indemnitaire.
Les hausses,
telles qu’annoncées par le département de Benbouzid, varient de 29 à
33%, selon l’échelon et l’ancienneté des enseignants. Les salaires
affichés font état de hausses considérables, même si tout le monde
reconnaît que l’enseignant en général (tous cursus confondus, y
compris à l’université) a droit à de meilleurs salaires compte tenu
de la mission qui lui est assignée. Mais l’essentiel n’est pas là.
Ce qu’il faut retenir, c’est que le corps enseignant a exprimé des
revendications, qu’il a mené un mouvement de grève, suivi d’un
dialogue tutelle-syndicats qui a abouti à la satisfaction d’une
importante partie des requêtes. La grève devait donc prendre fin dès
l’annonce des nouveaux paliers du régime indemnitaire. A moins de
considérer qu’un mouvement de grève n’est réussi que s’il arrive à
décrocher la totalité des revendications. A ce moment, c’est le
choix du jusqu’auboutisme qui prend le dessus. C’est, d’ailleurs, ce
que note le SNAPEST qui, tout en garantissant son soutien aux
autres syndicats qui ont préféré observer leur mouvement de grève,
rappelle tout de même que «le combat syndical ne se fait pas en une
année» et qu’«il faut absolument une culture syndicale». Le SNAPEST
note «des progrès dans le combat syndical», ce qui prouve selon ce
syndicat «qu’il est possible d’améliorer le pouvoir d’achat du
fonctionnaire pour peu que le gouvernement daigne maîtriser
l’inflation par des mécanismes solides à mettre en place dans les
plus brefs délais». Néanmoins, il estime qu’il faut continuer à
«agir d’une façon méthodique avec le souci d’efficacité qui
s’accorde avec notre stratégie de toujours, celle de procéder par
étapes».
Le mot magique est
lâché : procéder par «étapes». C’est tellement trivial que l’on a de
la peine à comprendre l’entêtement des autres syndicats qui ont
maintenu la grève jusqu’à devoir reprendre après la décision de
justice, les menaces de dissolution et autres sanctions à l’endroit
des enseignants proférées par le ministère de tutelle. Il faut dire
aussi que les enseignants qui ont prolongé la grève manquaient
d’arguments valables. Certains se disaient «outrés» de voir publiés
leurs nouveaux salaires sur les colonnes de la presse nationale.
Oubliant peut-être qu’ils ont eux-mêmes bâti leurs revendications
sur cette question salariale, et qu’il est tout à fait logique de
voir le ministère prendre à témoin l’opinion publique en arborant
les nouveaux salaires. D’autres estiment qu’il y a eu «tricherie» de
la part de la tutelle, puisque les hausses n’ont été consenties que
sur les indemnités et non pas sur le salaire de base. Là aussi, il
est plus qu’étonnant de découvrir que des enseignants ne soient pas
au courant de la nature des revendications de leurs syndicats et,
surtout, qu’il ne savent pas qu’une hausse du salaire de base ne
relève pas des prérogatives du département de Benbouzid. Enfin, les
enseignants se disent déçus de l’attitude des parents d’élèves dont
ils espéraient le soutien indéfectible. Ce point mérite qu’on s’y
attarde un peu. Si les parents n’ont pas exprimé leur soutien par un
quelconque mouvement (un sit-in devant le ministère, comme
l’auraient souhaité certains enseignants), ils ont quand même
respecté le droit des enseignants à recourir à la grève pour faire
aboutir leurs revendications socioprofessionnelles. Et qu’à aucun
moment, les parents d’élèves n’ont essayé de faire pression sur le
corps enseignant, malgré plus de 5 semaines d’arrêt de travail.
Mais, pour espérer faire adhérer les parents à ce genre de
mouvement, il faut bien plus que des revendications salariales. Car
ce qui intéresse en premier lieu les parents, c’est l’avenir de
leurs enfants et la qualité de l’enseignement. Et à notre
connaissance, jamais les enseignants n’ont débrayé pour revendiquer
l’amélioration des conditions de travail de l’apprenant, tant sur le
plan des équipements (classes, moyens pédagogiques…) qu’au niveau du
contenu des programmes et de leur densité.
Si les parents,
eux-mêmes salariés, sont sensibles aux questions pécuniaires des
enseignants, ils le sont encore quand il s’agit de la qualité de
l’enseignement dispensé à leurs enfants. Et si un jour les syndicats
de l’Education nationale souhaitent un soutien actif des parents, il
faut qu’ils incluent le volet pédagogique dans leurs revendications
professionnelles.
Pour ce qui est
des menaces de recourir à des recrutements pour remplacer les
grévistes, le ministère doit savoir que répondre au jusqu’auboutisme
par une autre forme d’entêtement ne va guère régler le problème.
Bien au contraire, une escalade est à craindre dans d’autres bras de
fer syndicaux. Le ministère a le droit de sanctionner les absents (à
partir de la décision de justice) par des ponctions sur salaires,
mais pas de les licencier. Quant au recrutement des diplômés, le
ministère ne fait que tordre le cou à ses propres décisions de ne
recruter que par voie de concours et donne ainsi l’image d’une
autorité qui tente de profiter d’une situation pour venir à bout du
droit de grève, dernier bastion pour défendre les intérêts des
salariés.
Par Abdelkader
Djalil
Haut
Participation de la femme à la vie du pays
Résistances au
changement
Plus de 7% (7,7%)
de femmes siègent à l'APN (contre 18% dans des parlements à travers
le monde) et 4% au Conseil de la nation. Par ailleurs, 3 femmes sont
actuellement membres du gouvernement et 4 sont désignées
ambassadrices.
A cela, il faut
noter qu’aucune femme n’occupe encore le poste de présidente de
l’Assemblée populaire de wilaya (APW) et que sur les 1541
Assemblées populaires communales (APC), 2 femmes seulement sont
élues présidentes d’APC. Mais le constat ne s’arrête pas là,
puisqu’à l’exception du Parti des travailleurs (PT), aucune autre
formation politique ne dispose d’une véritable stratégie visant
l’émergence des femmes dans des postes de responsabilité. Même dans
le domaine commercial, le retard est visible, bien que la logique
est toute autre, sinon moins exigeante. D’après le Centre national
du registre du commerce (CNRC), quelque 113 543 femmes d’affaires
sont inscrites au registre du commerce à la fin 2009, contre 105 839
femmes en 2008, soit 8,4% de l’ensemble des opérateurs économiques,
qui sont au nombre de 1,35 million. Le CNRC précise que sur les 113
543 femmes recensées, 109 815 sont des personnes physiques (96,7%)
et 3728 des personnes morales (3,3%). Ces femmes d’affaires
concentrées essentiellement à Alger (8%), Oran (6%), Constantine et
Tlemcen (4% chacune), activent dans le commerce de détail (48,7%),
les services (36%), le BTPH et artisanat (10,4%), le commerce de
gros (4%) et l’import-export (0,9%). Fait étonnant, près de 28% des
femmes inscrites au CNRC sont âgées de 39 à 48 ans, 22%
appartiennent à la tranche des 29-38 ans et 21% à celle des 49-58
ans.
Cette situation
atteste, si besoin est, que beaucoup reste à faire en matière de
promotion des droits de la femme en général et de ses droits
politiques en particulier. On comprend dès lors pourquoi tous ces
appels, des parlementaires compris, invitant à l’élaboration en 2010
de la loi organique relative à la promotion des droits politiques de
l’Algérienne. En réalité, cette loi concerne la mise en application
du dernier amendement de la Constitution, décidé en novembre 2008
sur instruction du président de la République, Abdelaziz Bouteflika.
Un amendement qui porte sur les articles 31 et 31 bis, et qui
consacrent la responsabilité des institutions «d’assurer l’égalité
en droits et devoirs de tous les citoyens et citoyennes», ainsi que
celle de l’Etat, devant œuvrer «à la promotion des droits de la
femme en augmentant ses chances d’accès à la représentation dans les
assemblées élues».
Depuis 2009, une
commission a été mise en place au niveau du ministère de la Justice
pour préparer ladite loi organique devant définir les modalités
pratiques. Les informations les plus récentes font état de l’envoi,
pour examen, de la loi organique à la Commission des affaires
juridiques et administratives de l’APN, sans préciser toutefois si
elle est achevée ou non.
Dans les milieux
officiels algériens, certains considèrent que la femme jouit de tous
ses droits et que l’amendement de la Constitution vient ainsi
couronner les acquis de la femme, à travers les différentes
Constitutions qu’a connues le pays depuis l’indépendance. Ils
placent la Constitution comme un «exemple» en la matière dans les
pays arabes. D’après eux, l’article 12 de la loi fondamentale de
1963 a mis en avant l’égalité des chances entre les citoyens sans
distinction de sexe, de même que la Constitution de 1976 qui a
assuré les droits politiques, économiques, sociaux et culturels de
la femme. Dans ce cadre, ils indiquent que les amendements apportés
à la Constitution de 1989 et de 1996, ainsi que les articles 31 et
31 bis de la loi du 15 novembre 2008, vont dans ce sens. La
participation de la femme aux différentes activités constitue, à
leurs yeux, «un indice de développement du pays et de la bonne
gouvernance» et une «reconnaissance» de tous les «sacrifices»
consentis par la femme. D’autres en revanche, plus proches des
questions liées aux droits de l’homme, ne cachent pas leur
préférence pour la mise en place d’outils et de mécanismes à même de
permettre à la femme d’exercer ses droits politiques. Mais, les uns
comme les autres restent convaincus que le recours au quota ou
encore celui à «la discrimination positive» donnera davantage de
chances à la femme. L’éclairage de Maya Sahli, professeur de droit
international et des droits de l’homme à l’université d’Alger,
surtout qu’elle a fait partie de la commission chargée d’élaborer un
projet de loi organique. Il y a quelques jours, lors d’une
conférence animée au Centre culturel algérien de Paris, la juriste
internationale a qualifié l’article 31 bis de «grand espoir» pour la
femme algérienne, estimant qu’il lui augmente «ses chances d’accès à
sa représentation dans les assemblées élues». Elle a révélé que la
loi organique prévoit «une politique des quotas pour une plus grande
représentativité de la femme, une alternance des candidats hommes et
femmes sur les listes électorales, pour garantir une présence plus
grande des élues dans les assemblées et, enfin, des mesures
pénalisant les partis politiques ne respectant pas ces
dispositions». Mme Sahli, qui enseigne, entre autres, à l’Ecole
nationale d’administration (ENA) et à l’Ecole supérieure de la
magistrature d’Alger, a en outre abordé le statut de la femme en
Algérie et la sous-représentation de cette dernière dans les sphères
décisionnelles politiques. Selon elle, l’égalité entre l’homme et la
femme, pourtant garantie par les textes, est «non visible dans la
réalité, même si des avancées notables sont enregistrées comme le
droit au travail, l’égalité des salaires, une grande présence dans
certains secteurs comme l’éducation, la santé, la magistrature, les
technologies de pointe».
La juriste a
justifié ce manque de visibilité dans les sphères de décision, par
les «blocages socioculturels et (le) référent religieux». Un avis
partagé par bon nombre d’analystes, dont certains tiennent à ajouter
sur la liste des contraintes l’image souvent négative ou incomplète
de la femme véhiculée par les médias.
Tout un programme
à monter pour lever les différents obstacles !
Par Z’hor
Chérief
Haut
Les études viennent le confirmer
Des petits pas
et puis c’est tout…
Selon une étude
de l’Union interparlementaire (UIP) rendue publique à la veille de
la journée internationale de la femme du 8 mars, les pays musulmans
sont en queue de peloton dans le domaine de la participation des
femmes au sein des parlements. Une dizaine de pays, dont l’Arabie
saoudite, le Qatar et Oman, n’ont aucune femme parlementaire.
L’étude montre pourtant que la tendance mondiale est à
l’augmentation du nombre de femmes parlementaires, mais cette
amélioration reste relative, car l’objectif de parité est très
lointain, avec un pourcentage moyen de 18,8% de femmes sur les bancs
des parlements (+0,5% par rapport à l’année dernière). Elle relève
en outre que les bons élèves se recrutent principalement parmi les
pays nordiques, comme la Suède (46,4% de femmes), l’Islande (42,9%),
la Finlande (40%) et la Norvège (39,6%), classés parmi les dix
premiers. Certains pays africains figurent également dans le haut du
palmarès grâce à un système de quotas pour la parité. C’est le cas
du Rwanda (56,3%), de l’Afrique du Sud (44,5%), du Mozambique
(39,2%) et de l’Angola (38,6%).
Une autre étude,
publiée au début du mois courant par la fondation américaine Freedom
House, révèle que les droits des femmes ont avancé dans 15 pays du
Moyen-Orient et de l’Afrique du nord sur 18, au cours des 5
dernières années.
L’Algérie est
classée parmi les premiers pays arabes où les droits des femmes ont
connu des progrès. Le rapport de la fondation montre aussi que la
condition des femmes a empiré en Irak, au Yémen et dans les
territoires palestiniens, référence faite aux «crimes d’honneur»,
aux viols et enlèvements, en gardant cependant le silence sur les
violations dont sont victimes les femmes sahraouies des territoires
occupés. Le regard du Bureau international du travail (BIT)
complète le tableau. Dans un rapport récent intitulé «Les femmes sur
le marché du travail (…)», celui-ci signale que le nombre de femmes
dans la vie active a sensiblement augmenté dans le monde, alors que
leur travail reste souvent moins rémunéré et plus ingrat. Plus d’une
décennie après l’adoption, par la 4e Conférence mondiale sur les
femmes (Pékin), d’une plate-forme d’action importante, voire
ambitieuse, le BIT observe l’existence de «préjugés liés au sexe»,
au sein des sociétés, mais également sur le marché du travail. Le
BIT indique que malgré des progrès enregistrés dans la participation
des femmes à la vie active (51,7% en 2008), «de fortes disparités
perdurent en termes de possibilités d’emploi et de qualité de
l’emploi». La problématique de l’adaptation du marché du travail et
des politiques sociales au genre est clairement posée.
Z. C.
Haut
La femme indigène
L'une des
résistances les plus significatives qu'a connues l'occupation
française en Algérie est matérialisée par l'étanchéité de l'espace
qui séparait la femme algérienne des colonisateurs.
Cette étanchéité a
alimenté les pires fantasmes et constitué le plus dur des défis à
l’entreprise d’appropriation sociale et culturelle des populations.
Lieu de construction et de cristallisation des fantasmes, le voile
(haïk, m’laya) va s’imposer comme un défi permanent aux assauts
permanents de l’occupant. La levée de cet «obstacle» pouvait
représenter le parachèvement de la conquête du pays. C’est que,
depuis le début de la colonisation, le «droit du conquérant» s’est
exercé sur l’asservissement des «prostituées» à son propre mode
d’organisation. A ce titre, plusieurs modes de régulation de la
sexualité masculine. Deux sont licites : l’esclavage et la
courtisanerie traditionnelle. Un est illicite : la prostitution. Les
prostituées travaillant, chez elles, la nuit, ne sont pas
identifiées en tant que telles. Par ailleurs, il n’existe pas de
maisons de tolérance à l’occidentale. Le conquérant ne s’est pas
satisfait de cette situation. Il lui fallait imprimer sa propre
volonté, alors, ajoute l’historienne : «La colonisation change
radicalement la donne en important un mode d’organisation morale et
économique de la prostitution. Elle transforme un commerce
relativement artisanal en une véritable industrie du sexe.» Cet
intrusion dans la structuration de l’espace social algérien visait,
selon C. Taraud, «[…] surtout, [à faire] de l’exploitation sexuelle
des femmes indigènes un symbole incontournable de la domination
coloniale. C’est un message «adressé aux vaincus, [qui] rappelle que
le pouvoir des nouveaux maîtres n’est pas seulement matérialisé par
la mise en place du système de l’indigénat, par la politique
d’expropriation et de confiscation des terres, mais aussi par une
véritable colonisation sexuelle des femmes.»
Le docteur
Duchesne, chargé de mission en 1851 dans la province d’Alger et
membre du Conseil d’Hygiène publique et de salubrité pousse le
cynisme jusqu’à déclarer : «Quant aux filles mineures, il y aurait
certainement là une importante distinction à faire …certaines
indigènes étaient nubiles même à douze ans ; ne serait-il donc pas
injuste d’appliquer nos lois françaises à celles qui auraient
favorisé la prostitution d’une Mauresque, par exemple, de treize à
quatorze ans, à l’âge où elles sont quelquefois mariées ? Il est
évident que pour les indigènes, au moins, il faudra baisser la
limite d’âge à laquelle une jeune fille pourra se livrer à la
prostitution »
La fourniture de
fillettes à la soldatesque et aux aventuriers qui l’accompagnent ne
rencontre aucun scrupule quand il s’agit d’«indigènes» à la biologie
particulière, qui n’est pas, loin s’en faut, celle des Européennes.
Le pouvoir
colonialiste ne va pas s’arrêter là. La mise en place de Bordels
Mobiles de Campagne (BMC), qui accompagnent les troupes dans leurs
déplacements à travers le pays permet de répondre à la
question : «Comment humilier davantage les hommes qu’en prenant
leurs femmes ?». Ce qui s’y passe est magistralement décrit par C.
Taraud : «Les BMC ne sont rien d’autre que du commerce d’abattage.
Certains jours, les femmes peuvent faire jusqu’à 60 passes, parfois
plus. Un tel rendement conduit à des accidents graves comme des
perforations de matrice ! Cela montre la dureté des conditions de
travail. Des horaires extensibles – de huit à dix heures par jour –
auxquels s’ajoutent les nuitées accordées aux gradés. Les BMC sont
généralement ouverts à la troupe dans la journée et aux gradés à
partir de 22 h. Les sources, y compris militaires, disent la
pénibilité de la vie dans ces structures, notamment pour les femmes
qui se déplacent la journée à la suite des colonnes, dans des
conditions difficiles, et, le soir, travaillent sans répit. Chaleur,
promiscuité, faim, violence masculine sont leur lot quotidien.»
Durant la lutte de libération nationale, il y a même des BMC
improvisés. Mouloud Feraoun rapporte dans son journal qu’en
janvier 1957, «des viols systématiques sont commis aux Ouadhias. Les
soldats ont eu quartier libre pour souiller, tuer, brûler. Les
femmes sont restées dans les villages, chez elles. Ordre leur fut
donné de laisser les portes ouvertes et de séjourner isolément dans
les différentes pièces de chaque maison. Le douar fut donc
transformé en un populeux BMC où furent lâchées les compagnies de
chasseurs alpins ou autres légionnaires. Cent cinquante jeunes
filles ont pu trouver refuge au couvent des Sœurs blanches et chez
les Pères blancs. On ne trouve aucune trace de quelques autres.»
Les BMC vont
perdurer jusqu’ en 1962, alors que les maisons closes sont abolies
en France depuis…1946 et qu’à Paris, en 1945, on avait tondu en
public les cheveux des femmes qui avaient pratiqué la «collaboration
horizontale» avec les allemands et même aux prostituées qui
s’étaient livrées aux soldats de la Wehrmacht.
La femme a
ostensiblement servi de médiation à la domination que l’on a cherché
à imposer et à prouver. La guerre contre le voile qui «recouvre le
corps et le discipline, le tempère, au moment même où il connaît sa
phase de plus grande effervescence. Le voile protège, rassure,
isole»(Fanon), eh bien, le colonisateur en fera une cible permanente
tant qu’il n’aura pas fini par céder, et la femme algérienne en
fera un bouclier inexpugnable, sauf au maquis où son intégrité
nationale a pu s’exprimer sans cet attribut de la féminité jalousée
et où, débarrassée de son statut d’objet sexué, elle a pu laisser
son corps s’exprimer dans le combat libérateur.
Ce rapport, dans
la société coloniale, qui a mis la femme entre le voile et
l’agression, peut, peut-être, nous aider à comprendre, au-delà des
schèmes religieux, la réapparition de cette autre forme de
«protection» qui a fleuri ces dernières années et qui fait débat,
essentiellement dans les sociétés occidentales. «L’Européen face à
l’Algérienne veut voir. Il réagit de façon agressive devant cette
limitation de sa perception. Frustration et agressivité ici encore
vont évoluer de façon permanente» disait Fanon, c’est que le voile,
même aujourd’hui réduit, invoque lui aussi l’inaccessibilité. «Je
ne suis pas un objet sexuel» dit la fille voilée et cela ne passe
pas dans une société où tout doit rester possible sans a priori et
où aucune frontière ne doit être dressée.
Ce n’est plus le
haïk, trop encombrant pour ce nouveau type de femme, autonome et
active, mais il n’en constitue pas moins (si on excepte la vague de
militance islamiste et la contrainte) une réponse culturelle à un
environnement qui, dans une exacerbation des rapports marchands, la
précarisation des individus par l’atomisation, ne laisse pas
beaucoup de moyens de défense à des filles qui vivent, de surcroît,
dans une situation sociale d’exclusion qui rappelle le code de
l’indigénat. Faute de référent actualisé et de réflexes adaptés,
«les indigènes de la République» retournent la mémoire originelle
et y puisent leurs réponses. Au-delà d’une quête identitaire qui
reste confuse, il y a un besoin immédiat, pressant et irrépressible
d’échapper au danger de se faire happer par une machine économique
et sociale où la femme est plus que jamais pornographiée.
Certaines féministes tentent de comprendre, la majorité bien
pensante non.
Par Ahmed
Halfaoui
Extraits du
message de Bouteflika
«Nous sommes en
droit, aujourd'hui, de nous enorgueillir du principe d'égalité
consacré dans toutes les lois auxquelles nous introduisons, chaque
fois que nécessaire, des amendements adaptés aux mutations en
Algérie et dans le monde sans renoncer pour autant à nos valeurs
civilisationnelles et nationales. Nous nous réjouissons également
des précédentes réformes éducatives destinées à la promotion des
droits de l'Homme, d'abord dans les esprits, avant leur inclusion
ensuite dans les programmes scolaires.
«C'est du reste un
exemple probant du travail à poursuivre au niveau des mentalités
quant aux préjugés sur la jeune fille et la femme ainsi que leur
rôle au sein de la famille et la société.
«Nous sommes de ce
fait et à juste titre fiers de nos institutions qui œuvrent à la
promotion de la femme, une préoccupation qui doit intéresser et
concerner la nation entière.»
Commentaire
Les observateurs
relèvent dans ces propos une ambiguïté. Ils se demandent en effet
pourquoi le président a tenu à rappeler nos «valeurs
civilisationnelles et nationales» en évoquant les efforts accomplis
pour consacrer le principe d'égalité dans toutes nos lois. Dire
qu'on réforme les lois pour donner plus de chances aux femmes tout
en respectant nos valeurs, c'est supposer que cela ne va pas de soi.
On promeut la
femme, mais attention à nos valeurs ! Les conseillers du président
doivent s'imprégner de cette idée que nos valeurs civilisationnelles
aussi bien que nationales nous obligent à promouvoir la femme, toute
autre attitude est contraire à nos valeurs. Il ne faut pas se
laisser impressionner par les sirènes machistes, et encore moins
intégristes !
Farid Chekroune
Haut
Algérie
Les démocrates
existent-ils ?
Pendant des
années, mais quasiment plus maintenant, on a dit et répété dans un
certain nombre de journaux que le champ politique algérien est
divisé en deux camps principaux : les démocrates d'un côté, et de
l'autre non pas à proprement parler les antidémocrates, encore qu'il
y en ait une partie dans le tas, mais tous ceux que les premiers ne
comptent au nombre des leurs.
Il est important
de noter que les gens pour qui cette division est première ne la
confinent pas à la classe politique, mais au contraire l’étendent
à toute la société. Il s’agit sans doute d’un clivage politique,
mais pas au sens ordinaire de ce mot, au sens structurel plutôt,
dans la mesure où c’est l’ensemble de la société algérienne, société
civile et Etat, qui est polarisée en deux camps s’affrontant dans
une crise dont l’issue consacrerait la victoire durable des uns ou
des autres. Il faut donc bien comprendre que cette opposition n’est
pas propre aux seuls partis, mais à toute la société, à la nation
algérienne en d’autres termes ; ce sont les Algériens eux-mêmes qui
se diviseraient en démocrates et adversaires des démocrates.
Une même ligne de
fracture qui traverse toute la société et se prolonge dans
l’appareil de l’Etat n’a pas besoin des partis, ni pour exister ni
même pour se manifester : elle est structurelle. Le pays
retournerait au système de parti unique, ou même passerait par une
phase où tous les partis seraient abolis, que ce clivage n’en
continuerait pas moins d’exister et de produire ses effets. Dans
l’exacte mesure, bien entendu, où l’on a vraiment affaire à une
opposition essentielle, produite par l’histoire du pays. Mais ces
démocrates (leurs adversaires les nommeraient plutôt les
pseudo-démocrates sans doute) qui ont postulé cette opposition, qui
sont-ils ? En eux-mêmes d’abord. On l’aura compris, cette question
ne renvoie pas au niveau structurel, mais seulement à la scène
politico-médiatique, au sens étroit, institutionnel du terme. Il est
facile d’y répondre. Ces démocrates (peu importe ici de savoir si
cette appellation est justifiée ou pas) c’est des partis d’abord, le
RCD et le MDS en tout et pour tout, de l’autre des associations, et
enfin des journaux. Ce sont eux qui pendant des années ont clamé
leur appartenance à un camp dont ils se sont gardés toutefois de
tracer les contours. Ils n’ont pas affirmé que ce camp se résume à
eux, car alors ils se seraient du même coup dénoncés comme une
minorité, mais il était évident qu’ils se considéraient ensemble
comme son élite, sa locomotive, ce qui implique qu’ils
s’attribuaient le rôle de direction.Pour le camp opposé, il n’ y a
pas titre plus usurpé que celui que leurs adversaires se donnent.
Bien qu’ils s’estiment être les vrais démocrates, puisqu’ils se sont
opposés à l’arrêt des législatives remportées par le FIS en décembre
1991, ce n’est pas ainsi qu’eux-mêmes préfèrent se nommer. Au
clivage avancé par les «démocrates», ils en opposent un autre, se
référant quant à lui à l’attitude à l’égard de la crise en général,
mais plus particulièrement à la solution qu’il y a lieu de lui
apporter. Pour eux donc, le champ politique national se divise, non
pas entre démocrates et non-démocrates (encore que les premiers ne
se servent de ce dernier terme que pour qualifier une partie de
leurs adversaires, les islamistes, pas même donc les partis
nationalistes, que sont le FLN et le RND, auxquels ils préfèrent
coller l’étiquette de conservateurs) mais entre éradicateurs,
partisans d’une lutte implacable contre le terrorisme, et
réconciliateurs, tenants d’une solution négociée avec les groupes
armés, c’est-à-dire eux-mêmes.
Comme les
organisations politiques de ce camp finiront par s’associer dans
l’initiative romaine, la ligne de démarcation entre les deux camps
s’en trouvera encore plus clairement tracée. La position que tout
acteur, quel qu’il soit, parti opposition, journal, ou quidam,
montrera par rapport au Contrat de Rome suffira à le ranger sans le
moindre doute possible dans un camp ou dans un autre.
Mais de même que
les
«démocrates» se
donnent pour la partie visible d’un courant politique recouvrant une
partie de la société, ainsi les réconciliateurs se considèrent-ils
comme une simple émanation d’une partie de l’opinion nationale. Les
deux s’entendent en ceci que ni l’un ni l’autre ne s’identifie à ce
qu’il est censé représenter.
Le camp
démocratique existe-t-il ?
Cette distinction,
cependant, est bien plus évidente chez les «démocrates que chez les
«réconciliateurs».
En tant qu’organisations notamment, ils ne peuvent en effet se
tromper sur ce qu’ils représentent réellement. Les premières
élections pluralistes, les communales de 1990 puis les législatives
de la fin de 1991, ne leur permettent guère de s’illusionner à cet
égard. Électoralement, ils sont en effet très minoritaires par
rapport à leurs adversaires. C’est ainsi que Saïd Sadi, le leader du
RCD, a reconnu la victoire du FIS à l’issue des législatives, même
s’il a émis des doutes sur son ampleur. Il faut dire qu’à ce moment
prècis, la scène politique ne se caractérisait pas encore par les
oppositions déjà citées, mais par celle démarquant les laïcs des non
laïcs, qui eux-mêmes se différencient entre théocrates radicaux et
partisans d’une forme édulcorée de laïcité, comme c’est le cas
justement des partis nationalistes, et jusqu’à un point aussi du FFS
et du PT. Il est vrai que pour ces deux partis signataires du
contrat de Rome, c’est ce clivage même qui est contestable. Pour
eux, ce qui importe c’est d’assurer la souveraineté populaire à
travers des élections transparentes, véridiques. Or, à l’aune de
cet objectif, les deux camps en présence d’après eux, ce sont d’un
côté le peuple algérien dans son écrasante majorité, et de l’autre
la dictature, ses appareils de répression et la multitude de ses
suppôts, et entre les deux, rien, le vide sidéral. Il faut pourtant
reconnaître que cette façon de voir, il n’y a plus guère que le FFS
pour continuer de la professer.
Ainsi donc, parce
qu’ils sont «minoritaires» en tant qu’organes politiques, «les
démocrates», qui pourtant sont balayés par leurs adversaires, sont
mieux placés pour pressentir que dans une crise de la gravité de
celle qui alors déchire le pays, les vraies forces qui s’affrontent
ce ne sont pas les organisations, mais les courants fondamentaux,
produits de l’histoire longue.
Par Mohamed
Habili
Haut
Evocation
L’Emir, un
sujet inépuisable
Ce qui a été écrit
sur l’Emir Abdelkader n’était pas impartial, a affirmé l’historien
algérien et membre de l’instance scientifique de la fondation Emir
Abdelkader, M. Habib Chenini.
Animant la 44e
conférence sur l’Emir Abdelkader dimanche après-midi au lycée
«Imam El Houari» d’Oran, dans le cadre des conférences organisées
par sa fondation pour revaloriser le patrimoine de cette
personnalité algérienne historique, M. Chenini a souligné que la
plupart des écrits ayant abordé la personnalité, la lutte et les
sacrifices de l’Emir contiennent des erreurs qui doivent être
corrigées pour éclairer le lecteur et montrer la véritable image et
carrure de ce grand chef.
Il a insisté sur
certaines références et sources occidentales abordant la vie et la
personnalité de l’Emir Abdelkader qui ont fait abstraction du
parcours de cet homme en rapportant beaucoup d’informations
erronées, tout en soulignant que plus d’un millier de livres ont été
consacrés à ce chef de la résistance populaire algérienne.
M. Chenini a
appelé à cette occasion à une nouvelle lecture de ce qui a été écrit
sur l’Emir Abdelkader, ainsi qu’une étude et une révision d’un
certain nombre de ses ouvrages, en ajoutant qu’il est impératif «par
équité envers l’Emir Abdelkader et par devoir, de mettre en exergue
les hauts faits de notre histoire nationale», de se faire montre de
rigueur scientifique et d’aborder le patrimoine écrit sur l’Emir par
la recherche et la vérification.
L’intervenant a
mis l’accent dans cette communication qui s’est articulée autour du
volet «la gestion de la guerre par l’Emir Abdelkader» et ses actes
volontaires visant à mettre fin à la guerre et à imposer sa logique
à l’ennemi.
Le membre de la
fondation Emir Abdelkader s’est basé dans ses lectures sur diverses
références qu’il a estimées comme modèles de traitement scientifique
objectif du patrimoine du héros algérien, notamment l’ouvrage «De
Louis Philippe à Napléon 3 .. l’Emir vaincu mais victorieux» de
l’écrivain Boualem Bessayeh et «l’Emir Abdelkader» du chercheur
défunt français, Etienne Bruno et «la vie de l’Emir et son djihad»
de son compagnon Hadj Mostafa Touhami et «les recherches dans la
personnalité de l’Emir» du regretté Yahia Bouaziz
Commentaire
Un millier
d’ouvrages écrits sur notre grand Emir, qui dit mieux ? M. Chenini a
bien le droit de trouver dans cette profusion livresque quelques
contre-vérités, c’est bien naturel. Mais au lieu de se contenter de
puiser ses arguments dans d’autres ouvrages, dont le caractère
historique reste à prouver (puisque ni Bessaieh ni Bruno Etienne ne
sont ou n’étaient spécialement des historiens), il aurait mieux fait
d’ajouter au millier de livres existants son propre ouvrage. Ainsi,
il aurait fait d’une pierre deux coups : répondre aux détracteurs en
se mettant à leur niveau d’écriture et enrichir le patrimoine
existant sur le sujet. Mais peut-être que monsieur Chenini veut
faire court en se contentant d’une conférence ? C’est toute la
question du dire et du faire.
Farid Chekroune
Haut
L’Algérie absente à deux réunions consécutives de l’UPM
Est-ce le début
de la fin ?
Ils étaient quatre
pays membres de l'Union Pour la Méditerranée (UPM) sur les 43
présents au sommet fondateur de 13 juillet 2008 à se réunir jeudi
dernier à Barcelone pour la cérémonie de l'installation du Jordanien
Ahmad Massa'deh comme secrétaire général de l'UPM.
Ainsi, les
ministres des affaires étrangères notamment de France, d’Egypte,
d’Espagne et de Jordanie, en plus du secrétaire général de la ligue
arabe, l’égyptien Amr Moussa, continuent les tentatives dans
l’espoir de relancer le projet du Président français Nicolas
Sarkozy, basculé par l’agression israélienne sur Ghaza. Ainsi, le
premier secrétaire général de l’UPM, le Jordanien Ahmad Massa’deh, a
pris ses fonctions à Barcelone, en Espagne. Il aura à ses cotés six
adjoints : palestinien (Environnement), israélien (Enseignement
supérieur et recherche), turc (Transports), maltais (affaires
sociales), grec (Energie) et italien (financement de projet
PME-PMI). A savoir qu’actuellement, la France et l’Egypte assurent
la co-présidence de l’UPM. M. Massa’deh promettra dans sa première
déclaration d’«œuvrer à la croissance et à la sécurité sur les deux
rives de la Méditerranée». Ce qui semble impossible avec l’attitude
d Israël.
Installation du
SG de l’UPM
De son côté, le
ministre français des Affaires étrangères Bernard Kouchner a déclaré
: «Je salue trois ans d’efforts. C’est le début. La France est fière
de cette initiative. Nous avons quand même avancé malgré les
difficultés politiques», avant d’ajouter : «Rien que d’avoir un
secrétaire général et six adjoints entre six pays, dont un Israélien
et un Palestinien qui n’avaient pas l’habitude d’être ensemble et
s’affrontent durement parfois, c’est une réussite exceptionnelle».
Toutefois, il faut savoir que la mission de Ahmad Massa’deh porte
sur la préparation du deuxième sommet de l’UPM, prévu en juin à
Barcelone, dans le cadre de la présidence espagnole de l’UE, mais la
réalité de conflit entre Palestiniens et Israéliens est toujours
là puisque Israël ne ménage aucun effort pour montrer sa force
militaire contre le peuple palestinien. Cependant, l’Algérie était
une nouvelle fois parmi les pays absents à cette réunion comme
c’était le cas lors de la réunion tenue le 26 janvier dernier au
Caire qui a vu le soutien de la candidature d’un Jordanien, Ahmad
Massa’deh, au poste de secrétaire général.
Il faut dire que
cette position de l’Algérie si on peut l’appeler ainsi, intervient
dans un contexte marqué par la complexité des relations entre
l’Algérie et la France alimentée par les dernières provocations de
la part de Paris, à commencer par l’inscription de l’Algérie dans
une liste des pays à risque terroriste, ce qui veut dire que les
ressortissants algériens seront soumis à des mesures de contrôle
spécifique au niveau des aéroports français. En plus de cette
mesure, le ministre des affaires étrangères Bernard Kouchner s’est
permis de dire que les relations entre les deux pays seraient plus
simples si ce n’était pas la génération de l’Indépendance qui est au
pouvoir. A citer aussi la pression menée par Paris sur le Mali qui a
trahi son accord avec l’Algérie en libérant des membres du GSPC,
dont deux algériens en échange d’un otage français.
Jusqu’à présent,
l’Algérie n’a pas réagi à ses provocations, sauf avec l’annulation
de la réunion de la commission interparlementaire sans appliquer la
réciprocité aux ressortissants français au niveau des aéroports
algériens.
D’autre part, la
question de la criminalisation du colonialisme en Algérie est
désormais dans le camp du gouvernement algérien pour trancher
puisque après le retrait de quelques articles, la proposition
portant projet relatif à la criminalisation de la période coloniale
française en Algérie, le bureau de l’Assemblée populaire nationale a
soumis le texte en question à l’Exécutif. A savoir que cette
proposition a été critiquée à haut niveau en France. Et il y a eu
même des responsables qui ont douté du fait que le gouvernement
algérien valide un tel projet commec’est le cas de M. Kouchner.
Dans toute cette
situation complexe, certains observateurs se posent la question si
la distance qu’il y a entre l’Algérie et l’Union pour la
Méditerranée (UPM) , (projet français avant tout) n’est pas quelque
part une manière de protester contre les pratiques françaises ?
Sachant que dans un premier temps, Paris misait sur l’Algérie pour
la réussite de l’UPM, ce qui n’a pas l’air le cas aujourd’hui.
Il y a lieu de
souligner que la position de l’Algérie vis-à-vis de l’Union pour la
Méditerranée n’est toujours pas claire puisque en même temps Alger a
confirmé son adhésion à l’UPM, à travers le plan d’action du
gouvernement portant mise en œuvre du programme de président de la
République, adopté par les deux chambres du Parlement en mai 2009.
D’autre part, aucun signe ne montre dans la réalité cette adhésion
comme action effective. D’ailleurs dans ce cadre, certaines sources
révèlent que l’Algérie n’a pas jusqu’à présent soumis de
propositions concernant les différents projets évoqués par l’UPM
durant les deux dernières années, notamment en Energie renouvelable.
Alors que les
deux voisins de l’Algérie, respectivement le Maroc et la Tunisie
auraient demandé le financement de vingt (20) projets.
Pour rappel, des
voix se sont élevées pour demander au Président Bouteflika de se
retirer de l’UPM. Cependant, le choix d’être dans l’UPM a été fait
dans l’espoir de voir des projets de développement se réaliser sur
le terrain. Toutefois, la douleur de l’agression israélienne sur
Ghaza intervenue au premier semestre de 2009 avait remis en cause le
projet de Sarkozy.
D’ailleurs dans ce
cadre, le chef de la diplomatie algérienne, Mourad Medelci, avait
déclaré à l’APS en marge d’une rencontre sur les préparatifs du
Festival culturel panafricain d’Alger que «l’agression sur Ghaza
n’encourage certainement pas la reprise de la discussion sans que
beaucoup de choses ne soient clarifiées». Il avait aussi souligné :
«Nous sommes membres de l’UPM et, de ce fait, nous continuerons à
nous intéresser à la mise en œuvre de ses structures, notamment son
secrétariat général».
Alors que
l’Algérie était absente à cette installation. Lors de la réunion de
la quatrième commission algéro- britannique tenue le 2 mars à
Londres, il a été évoqué la coopération en Méditerranée à travers
le projet de l’Union Pour la Méditerranée (UPM). A ce titre, il a
été indiqué que ce cadre de coopération et de partenariat
«gagnerait à être renforcé dans l’intérêt des pays de la rive sud et
des pays européens».
Ainsi, les pays de
la rive sud dont l’Algérie «ne s’investiront dans l’Union pour la
Méditerranée que s’ils estiment pouvoir en retirer un bénéfice
économique ou politique, ce qui est encore loin d’être le cas».
Par Nacera
Chenafi
Haut
Chebel, Bencheikh et Ramadan
Trois auteurs
musulmans en Occident
Je voudrais livrer
aux lecteurs mes commentaires sur trois auteurs musulmans vivant en
Europe. Le premier un Suisse, Tariq Ramadhan, d'origine égyptienne,
le second, un Français d'origine algérienne, Soheib Bencheikh et le
troisième, un Algérien Malek Chebel. Ces trois auteurs ont pour
trait commun, outre la religion, d'écrire sur l'Islam et de jouir
d'une notoriété médiatique relativement importante en France.
Mais qui est
Soheib Bencheikh ?
Je commencerai par
les deux derniers pour dire d’emblée ceci : chacun représente à mes
yeux une énigme. Soheib Bencheikh, bien que l’auteur d’un seul
ouvrage de portée générale sur l’Islam et les Musulmans en France,
est recteur de la mosquée de Marseille, grâce à l’entregent de Dalil
Boubekeur, recteur de la Mosquée de Paris. Né à Djedah, en Arabie
saoudite, Bencheikh a étudié à El Azhar en Egypte, où il aurait eu
un doctorat dans une des branches des sciences islamiques. Il a
officié en tant que recteur de mosquée, et il anime des émissions
télévisées (où y collabore) destinées à faire connaître l’Islam. Il
s’agit donc d’un croyant, et d’un croyant averti. En outre, il
s’implique dans la société où il vit, par rapport aux questions
liées à l’Islam et plaide pour une intégration «sans conditions» des
Musulmans dans les sociétés occidentales où ils vivent. Or, c’est le
«sans conditions» qui représente à mes yeux une énigme. Soheib
Bencheikh souhaite manifestement faire fondre la communauté
musulmane, et tout ce qu’elle contient de spécificité, notamment
religieuse, dans la masse «indistincte» de la France, à supposer
qu’une telle indistinction existe. Venant d’un recteur de mosquée,
cette démarche est réellement surprenante. Il en découle d’ailleurs
des prises de positions publiques qu’on aurait de la peine à
différencier d’un parfait matérialiste. Le voile, selon lui, la
République française a raison de l’interdire. D’ailleurs,
ajoute-t-il, même l’Islam le réprouve (il ne s’agit pas du niqab
mais du voile). Des caricatures sur le Prophète de l’Islam ? C’est
la liberté d’expression! s’écrie-t-il. «Je ne participerais pas à
une manifestation contre la liberté d’expression». Et ce qui me
paraît incompréhensible, c’est qu’en démocratie, on est censé
justement exprimer avec liberté son opinion. Dénoncer, soutenir,
manifester, en étant ce qu’on est. Alors, qui est donc Soheib
Bencheikh ?
Chebel le
compilatoire
Malek Chebel, lui,
je crois savoir ce qu’il est : un auteur approximatif, qui a peu
d’idées, et qui, pourtant, fait dans l’érudition, une forme que
certains esprits hâtifs, ou excessifs, pourraient confondre avec la
compilation. Malek Chebel a deux vertus, la première est d’écrire
beaucoup, sur beaucoup de sujets, la seconde est de trouver des
titres accrocheurs à ses ouvrages. Je pourrai ajouter, si je ne
prenais garde à ma langue de vipère, une troisième vertu, celle de
trouver des éditeurs pour le publier. Je connais un romancier
algérien qui fait ses phrases à partir des mots rares et difficiles
glanés dans les encyclopédies ; Malek Chebel, «chercheur», n’en est
pas loin. L’énigme : il est présent dans tous les médias et donne
des conférences dans les universités du monde entier. Je prie le
lecteur de considérer mes propos sur Chebel comme de la simple
médisance. Après tout, c’est en compatriote, et, peu importe les
moyens, il défend plutôt bien les couleurs du bled.
Tariq
Ramadhan : «Cet homme est dangereux»
Plus sérieusement,
enfin Tariq Ramadhan, un auteur plutôt politique, en tout cas une
personnalité intellectuelle, qui dérange énormément. Une dizaine
d’ouvrages, tous hostiles, lui ont déjà été consacrés en France. Il
débat à la télévision avec des personnalités politiques de premier
plan, comme Nicholas Sarkozy ou Philippe de Villiers*. Des
intellectuels de grande renommée, tels BHL, Alain Finkielfraut, ou
Antoine Sfeir le prennent à partie ou l’invectivent dans les
médias. Les banlieues s’arrachent ses K7 audio, la police
l’espionne, la préfecture lui a signifié une interdiction de séjour,
les Américains lui refusent le visa** et des intellectuels comme
Noam Chomsky ou Edward Saïd se mobilisent en sa faveur*. Ajoutons
enfin, qu’un journal de chez nous, El Watan pour ne pas le nommer, a
mené campagne contre Tariq Ramadhan, à partir de son «bureau de
Paris», en nous le présentant comme un «dangereux islamiste» au
moment où la police française concluant officiellement qu’il ne
l’était pas et qu’il ne l’aurait jamais été. Mais ce n’est pas que
par ce journal que nous, Algériens, avons été invité à donner notre
avis sur Ramadhan. Un autre Algérien l’a choisi pour cible, Med
Sifaoui, connu pour son rôle controversé dans la rédaction de
l’ex-déserteur militaire Habib Souadia, «la sale guerre» et
investigateur médiatiquement notoire des réseaux d’El Qaïda dont il
a su remonter, dit-on, les filières complexes. Med Sifaoui a donc
témoigné contre Ramadhan dans le procès en diffamation que ce
dernier a intenté contre Antoine Sfeir. Ce dernier n’avait pourtant
fait que répéter ce que tout le monde disait : «Cet homme, Ramadhan,
est très dangereux». Que croyez-vous que Sifaoui ait dit au juge à
la décharge de Sfeir : «Il se trompe, Sfeir, il est en deçà de la
vérié.»
Ramadhan, un
Musulman au-dessus et non en deça
Telle est la
contribution algérienne à la persécution médiatique de Ramadhan. Il
n’est pas très dangereux, il est pire ! Un criminel ? Un monstre ?
Mais qu’a-t-il donc fait, ce terrible «petit-fils de Hassen El
Banna ?» Il a simplement osé se présenter lui-même comme «un
Musulman qui tient aux principes fondamentaux de sa religion». Voilà
son innommable crime. Contrairement au recteur de religion Soheib
Bencheikh qui, lui, semble brader ses principes pour le moindre
«bravo» des médias, Ramadhan exhorte les Musulmans d’origine
étrangère et vivant en Occident, à s’intégrer et à s’af-ffirmer en
tant que citoyens des pays où ils vivent. Ils ne les poussent ni à
la contestation ni à la marginalisation ni à la rupture. Bien au
contraire, il veut ôter de leur esprit toute idée de
communautarisme. Leurs pays de référence ne doit plus être celui de
leur origine, mais celui où ils vivent et dont ils doivent être les
citoyens, soucieux et vigilants, sur leurs droits et leurs devoirs
de citoyens. A la question : se sent-il plus Musulman que Suisse ou
l’inverse, il répond : «Je suis Suisse. Ma conviction religieuse est
l’Islam. Je défends mon pays et ses lois démocratiques qui me
permettent de pratiquer mes convictions religieuses sans problèmes.»
La réussite de l’intégration des Musulmans dans leur société
d’adoption, que préconise inlassablement Ramadhan, ne peut réussir
selon lui que si ces derniers s’en tiennent fermement à leur foi et
ne marchandent pas là-dessus.
Tel est donc
l’essentiel du discours du «bien en deçà» et du «très dangereux»
Tariq Ramadhan.
Les discours, les
ouvrages, les conférences, les articles et les cassettes de ce très
prolifique auteur, ainsi que ses propos privés et sa vie de tous les
jours, ont été examinés au microscope par tous ceux qui veulent sa
peau. Rien tout au plus l’accusation de tenir un double discours,
au public occidental, modéré, subtil, tolérant, l’autre à ses
«ouailles» où il se dévoilerait. Ceux qui profèrent ces accusations
voudraient le voir, non pas défendre la religion qui est la sienne
et qu’il enseigne d’ailleurs officiellement à l’université de
Genève, mais l’attaquer, se renier par là même pour leur faire
plaisir. Mais, hélas pour eux, Tariq Ramadhan entend défendre avec
force et talent l’Islam auquel il croit. Et c’est bien cela qui
dérange. Ce faisant, il embarrasse ceux qui non seulement ne
souhaiteraient pas voir s’élargir aux Musulmans la liberté de culte
qui fonde la démocratie où ils vivent, mais se trouvent eux-mêmes
en infraction par rapport à ces principes démocratiques. C’est le
sens d’un article de Ramadhan qui stigmatise le communautarisme des
intellectuels juifs en France, prompts à défendre Israël au
détriment des Palestiniens. Cette attaque contre les intellectuels
Juifs français, assimilée ni plus ni moins à de l’antisémitisme est
à l’origine de la levée de boucliers médiatico-politique
anti-Ramadhan, lui valant une campagne inouïe de dénigrement et
d’insultes. Campagne à laquelle, nous avons modestement bien sûr,
participé grâce au bureau de Paris du journal El Watan et à Med
Sifaoui, le brillant enquêteur es-qaïda.
Par Brahim
Djalil
* Ces lignes ont
été écrites en 2006
** Le visa
américain lui a été accordé récemment par l’administration Obama
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Les services de sécurité algériens
Entre pouvoir
«réel» et pouvoir «apparent»
La conception
sécuritaire en Algérie a une histoire et un argumentaire. L'une et
l'autre puisent leurs sources dans la révolution armée et les
impératifs qui s'en sont dégagés.
Une des
conséquences de la manière dont s’est opérée l’indépendance du pays
(départ massif des Européens et effondrement de «l’Etat colonial»
sans autre Etat de substitution, après les déboires du GPRA, qu’un
embryon d’organisation politico-militaire autour du FLN/ALN) et des
rivalités de pouvoir qu’elle a suscitées a été de mettre la sécurité
au centre des préoccupations du politique. L’érection des services
spéciaux tournés, pour une large part, sur l’intérieur du pays, a
été le fait de l’Etat lui-même et de ses dirigeants et non, comme
certaines voix voudraient le faire croire, l’expression d’une force
marginale et occulte qui s’était autoproclamée détentrice du
«pouvoir réel», exonérant ainsi l’ensemble de la classe politique
aux commandes du pays de toute responsabilités quant aux dérives qui
ont pu avoir lieu ça et là.
Dès l’origine, les
services de sécurité furent donc l’instrument de l’Etat, tous
dirigeants confondus. Que ce soit sous Ben Bella, Boumediene, Chadli
ou aujourd’hui Bouteflika, c’est invariablement au sommet de la
présidence que le vrai pouvoir sécuritaire s’exerce, que partent les
ordres, s’opère le contrôle ou s’ordonne la répression. Jamais un
service de sécurité algérien quelconque n’a été mis en posture de
fonctionner en autonomie, ou mis dans la tentation d’agir
directement sur le pouvoir – encore moins de s’en emparer. Jamais,
pour ce que j’en sache, il n’a été permis à ses membres ou à ses
chefs successifs d’élaborer des organisations ou des programmes
politiques autres que relevant de la sécurité nationale telle
qu’elle était définie par le pouvoir en place et dans le respect de
la philosophie – parlons plutôt de l’esprit – héritée de la
révolution qu’elle soit bonne ou mauvaise, excessive ou laxiste.
Nous citerons deux noms qui ont présidé aux destinées du fameux
service de la «SM» : Kasdi Merbah et Mohamed Betchine. Le premier
est devenu ministre puis chef de gouvernement quelques années après
avoir quitté son poste. Il est mort comme dirigeant d’un modeste
parti politique. Le second est un tout aussi modeste patron de
presse, deux journaux en fait qui comptent à peine dans le paysage
national de la presse écrite. L’un et l’autre, pour avoir été les
responsables de ce qui était censé être le « cœur du pouvoir»
donnent, par l’exemple, la mesure de toutes les balivernes répandues
sur l’importance de ce service de sécurité. La trajectoire de deux
autres patrons, Nourredine Zerhouni, actuellement ministre de
l’Intérieur après avoir été ambassadeur au Mexique, et Lakehal Ayat,
en retraite, sans aucun rôle politique (aujourd’hui décédé) n’a
aucun lien direct avec leur fonction antérieure. D’une façon
globale, les itinéraires connus de la majorité des cadres
supérieurs, en retraite, des services de sécurité algériens, dans la
finance comme dans la politique, se caractérise nt par une relative
modestie, bien loin en tout cas des énormes influences que l’opinion
leur prêtait. Certains officiers entrés dans une franche opposition
au pouvoir, et par extension à leur ancien employeur – les
«Services» – n’ont pu jusqu’ici témoigner du contraire…
A leur corps
défendant, ces Services procurent à l’Etat non seulement la sécurité
que ce dernier exige d’eux – bien ou mal selon leurs compétences,
selon leurs domaines de compétences aussi, et selon les cohérences
ou l’absence de cohérence des impératifs qu’on leur assigne – mais
lui offrent également la tête de turc idéale pour tout ce qui va mal
en Algérie. La laisse par laquelle le pouvoir en place les tient est
la garantie d’un dédouanement permanent à son profit. J’utilise
cette métaphore à dessein, afin de souligner les limites objectives
dans lesquelles s’inscrivent les tâches d’un service de sécurité, de
l’importance de celui dont nous parlons. Aussi paradoxal que cela
puisse paraître, il n’a pas voix au chapitre lorsqu’il s’agit de
conduire la politique du pays ; mais pourtant, il est l’élément
moteur, par sa capacité à absorber toutes les erreurs commises, de
la stabilité de l’Etat algérien et de sa préservation. Comment
comprendre cela ?
La mentalité qui
régit l’Etat algérien est d’essence guerrière. Elle suppose
l’adhésion de la société sous peine de trahison. Toute opposition
est considérée comme potentiellement liée à des intérêts «ennemis»,
les intérêts nationaux étant représentés exclusivement par les
dirigeants – chefs de guerre – en place, à commencer par le premier
d’entre eux, le président, qui n’est, en fait, qu’un général en chef
mais donc aussi plus qu’un président. L’ennemi, pour revêtir une
présence physique, doit être «inventé» selon les nécessités
militaires et les stratégies du moment. Ce processus d’invention de
l’ennemi, c’est la politique algérienne. Tout homme du sérail
implique, dans son apprentissage si ce n’est dans ses
prédispositions, la capacité de faire de la politique comme
instrument de propagande au service d’une visée révolutionnaire qui
ne dit pas toujours son nom. Le système politique algérien est un
serpent qui se mord la queue, parce qu’obnubilé par une conception
erronée du monde ; mais il fait preuve d’une adaptation réelle face
aux situations les plus extrêmes. Sa force émane de cette idée
matrice qui sous-tend toute activité politique : le monde est (néo)
colonisé par des puissances dont l’Algérie cherche à se re-libérer
selon les voies éprouvées de notre révolution. Sur quels critères
reposent globalement ces voies ? 1) Une force militaire très
discrète, quasi clandestine, qui représente la garde du pouvoir. 2)
Une structure politico-administrative qui symbolise l’Etat et qui
est en conflit de prérogatives larvée avec l’armée. 3) Une
diplomatie offensive qui se déploie à l’échelle internationale et
confère le prestige nécessaire à cet Etat FLN/ALN. Une telle
«mobilisation» à qui l’on doit la réussite de la révolution, dans le
contexte colonial, conserve peut-être ses qualités mais aggrave
sûrement ses travers dans un autre contexte, celui de la
post-indépendance. Parmi ses qualités, on peut citer l’adaptation du
personnel de l’Etat aux formes diverses que prend le destin du
monde.
Aucune «mode» n’a
échappé à l’Algérie, celle-ci a tout tenté suivant l’air du temps :
nationalisme, socialisme, libéralisme de façade, perestroïka,
pluralisme politique et médiatique, culturalisme, islamisme modéré
et radical, démocratie et démocratisme… Les réserves que sont les
partis politiques embrassent un panel complet d’idéologies les plus
inattendues jusqu’au lambertisme de certains trotskystes –
officiellement et clandestinement en activité depuis environ trente
ans ! A travers ses changements, la continuité déterminée d’un même
système, avec quasiment les mêmes hommes, sinon les mêmes pratiques.
Quant à ses défauts, ce sont ceux-là mêmes qu’induisent ses forces :
rigidité, archaïsme, absence de transparence, fantasme de l’ennemi
intérieur, défiance à l’égard de la société etc. La prégnance du
pouvoir sur le pays est telle que ce dernier apparaît incapable de
lui survivre. C’est la garantie d’un Etat solide et stable et en
même temps le premier facteur de toutes les déstabilisations
possibles. A propos du «serpent qui se mord la queue»,
expliquons-nous brièvement sur ceci : la révolution algérienne a été
si radicale qu’elle a produit, en dehors de toute considération
idéologique ou autre, les conditions de sa propre nécessité. Pour
peu que l’indépendance nationale, objectif concret, se mue en
indépendance totale – économique, culturelle etc. – objectif
utopique, la révolution algérienne deviendra permanente. Elle
n’obéira plus qu’à sa propre logique et, sans cesse, recherchera à
perpétuer les formes originelles qui lui avaient assuré son triomphe
sur le colonialisme. Elle tentera de mobiliser la société par une
propagande similaire à celle des années cinquante, tout en se
défiant de sa pluralité et de sa diversité, de la même manière
qu’elle s’en méfiait alors. Elle usera, sans souci de cohérence, des
modèles idéologiques en vogue pour préserver sa capacité de
résistance face à un ennemi fantasmé sur le modèle colonialiste. Un
modèle de type «avancé» qui servirait à la fois d’école de formation
pour la modernité de la révolution, et de contre-exemple aussi
puisqu’il s’agit constamment de s’en défaire.
Mais le monde
change et vouloir le ramener à une équation intemporelle et immuable
de type oppresseur-opprimé, ou colonisateur-colonisé, implique comme
chez les Cubains, un pacte avec la société dont celle-ci ne veut
plus. Le vision, héritée également de la révolution, sur une société
tenue pour inconsistante, par sa pluralité même et qu’il s’agit
simplement de «mobiliser» en vue de ses propres intérêts – sous la
houlette de «patriotes» qui mettraient leur patriotisme supposé
au-dessus de toutes considérations idéologiques pour réaliser la
tâche sacrée de l’indépendance – engendre des conséquences
imprévisibles. Car de quelle indépendance s’agit-il ? De quels
patriotes ? La révolution finit par ne plus savoir où elle va. Elle
perd son âme en perdant ses repères – et c’est la société qui prend
le relais.
Une telle
perversité du système contraint le service de sécurité à jouer un
rôle de régulateur entre société et dirigeants. Un rôle que sa
nature même d’instrument au service de l’Etat, et par-delà
d’instrument pour la préservation de la libération nationale (acquis
de la révolution), toujours menacée, contredit. Dans la situation
extrême que l’Algérie a connue par suite des élections législatives
annulées de 1991, situation caractérisée par un effondrement brutal
de toutes les instances dirigeantes élues du pays – présidence,
assemblée nationale, assemblées municipales et de wilaya – le
«Service», comme on l’appelle parfois, s’est retrouvé en position
d’électron libre. Sans l’Etat, c’est-à-dire sans le pouvoir étatique
symbolisé par la Présidence, qui lui indique les perspectives de son
fonctionnement et face à une société en insoumission générale ou
partielle. Il s’est replié dans ses derniers retranchements
militaires, au sein de l’ANP, et a participé activement avec cette
dernière à la lutte sur au moins deux larges fronts : le
rétablissement de l’Etat et la domestication de la société.
Pouvait-on imaginer que, profitant de ces troubles et de ce vide, ce
Service s’empare du pouvoir comme il eût été logique ?
Oui,
naturellement. Pourtant, tel ne fut pas le cas. La question a été
plusieurs fois évoquée par la presse nationale et internationale de
l’époque. Les réponses les plus souvent données étaient que : A quoi
bon prendre un pouvoir dont on dispose déjà ? Autrement dit, le
Service avait déjà le pouvoir entre les mains avant cette période de
troubles.
Par conséquent,
puisqu’il était détenteur du pouvoir, c’est lui-même donc et non le
président Chadli qui a initié le processus d’ouverture politique.
Une telle hypothèse, on le voit, est risible. Ou bien, dit-on
encore : A quoi bon s’exposer aux tracas liés à l’exercice d’un
pouvoir apparent, dans un pays fortement déstabilisé qui plus est,
du moment que, dans le secret et la clandestinité, l’exercice du
pouvoir est déjà assuré par des hommes que l’on connaît à peine ?
Ces arguments prouvent au moins deux choses : outre l’ignorance,
feinte ou avérée de leurs auteurs, sur le fonctionnement du système
politique algérien, les contradictions n’embarrassent nullement leur
esprit. Leur raisonnement revient à dire que le pouvoir pour lequel
la lutte était engagée par toutes les forces du pays n’était qu’une
«apparence» de pouvoir et qu’en fait, il ne servait à rien de le
prendre. On ne comprendrait même pas pourquoi Chadli fut destitué
puisqu’il n’était rien, rien de plus qu’une «apparence». Encore
moins pourquoi il y aurait des coups d’état puisque, le cas de
l’Algérie le prouverait, un pays peut vivre avec un pouvoir apparent
et un autre occulte.
Le comble est
atteint en l’occurrence lorsque le raisonnement vient dire que le
pouvoir dit occulte n’a que faire du pouvoir apparent et que cela
«expliquerait» pourquoi le Service, pas plus que l’armée d’ailleurs,
n’en voulaient. La réalité est toute autre : la destitution de
Chadli obéit certes à une logique de coup d’Etat mais l’organisation
du système algérien, dans ses évolutions d’une quarantaine d’années,
interdit à quiconque – services de sécurité ou armée – de le faire
aboutir.
Tout ce que ce
coup d’état a réussi, en fait, c’est pousser un président à se
démettre. L’appréhension d’un changement de système radical qu’avait
rendu possible la victoire islamiste du FIS contraignait le «cœur»
de ce système à agir pour le défendre, ce qui est conforme à sa
nature et à ses missions. Il a défendu jusqu’au bout ce qu’il était
censé défendre. Quant à se substituer au pouvoir ou en instaurer un
autre qui fasse preuve de docilité, tant d’années sont passées sans
que personne n’y réussisse.
Boudiaf fut
assassiné et Zeroual avait préféré démissionner… Quant à Bouteflika,
il n’a fait que prendre le pouvoir qui était déjà le sien, en sa
qualité de président. En d’autres termes, s’il est vrai que l’Armée
fait les présidents en Algérie, on n’a jamais vu un président, parmi
tous ceux qui se sont succédé depuis 1962, dépendre des militaires ;
c’est toujours l’inverse qui est vrai. On peut tout dire de l’armée
algérienne, par conséquent, sauf qu’elle n’est pas une institution
comme une autre de l’Etat algérien.
Par Aïssa
Khelladi
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Un succès de librairie
Ou comment
fantasmer l’histoire de l’Algérie
Il est toujours
gênant de parler d’un ouvrage dont la vente n’est pas permise en
Algérie. Pourquoi, en effet, le faire si personne ici ne peut le
lire ? Pourtant, en parler c’est peut-être le faire exister un peu
auprès de celui qui ne le connaît pas. Maigre consolation, mais
consolation tout de même si, lorsqu’on écrit sur un livre avec
lequel on n’est d’accord sur rien ou presque, la question ne
devenait plus compliquée. Car l’intention, en l’occurrence, est
d’exprimer son désaccord avec les thèses ou les idées de l’ouvrage
en question, et non pas de le «faire exister un peu». Ne vaut-il pas
mieux alors s’abstenir d’en dire quoi que ce soit mais de cette
manière, par le silence, accepter de se faire complice d’une
censure, même si elle ne dit pas son nom, comme c’est, dit-on, le
cas en Algérie ? On ne peut sortir de ce problème, sinon en
affirmant, comme je le fais maintenant après tant d’autres, que la
censure est une des choses les plus bêtes qui soit. Sauf lorsqu’elle
est exercée avec art et manière, c’est-à-dire selon des procédures
rigoureuses, par un organe de justice dans les cas naturellement
prévus par la loi : racisme, sexisme, protection de la vie privée
etc.
En interdisant une
parole, la censure ne fait en réalité qu’ajouter à son crédit et
participer à sa promotion ; on interdit ce qui gêne selon cette idée
que c’est là, dans cette gêne, que loge forcément la vérité. Ici,
elle est d’autant plus bête que l’ouvrage en question est accessible
à des dizaines de milliers de lecteurs sur Internet et que n’importe
qui peut se le procurer en France – vu la densité des échanges entre
nos deux pays – le lire et le ramener dans ses bagages. De façon
générale, jamais quiconque n’a réussi longtemps à empêcher la
circulation des livres. Mais, s’agissant de la censure, je ne suis
pas naïf au point d’ignorer qu’il s’agit là d’une pratique répandue,
sous une forme ou une autre, y compris dans certaines démocraties
occidentales, lorsque des considérations sécuritaires sont mises en
avant pour tenter de la légitimer. Les Américains nous en ont donné
un bon aperçu sur la couverture médiatique de leur guerre criminelle
contre l’Irak. Mais la censure reste, dans tous les cas de figure,
une pratique injustifiable. Parce que, en dernier ressort, elle
compromet les potentialités d’une société et peut la mettre pour une
durée indéterminée sous l’emprise d’une dictature comme c’est le cas
de beaucoup de pays arabes aujourd’hui. Pour citer encore l’Irak,
son occupation par les Etats-Unis aurait-elle été rendue possible
sans l’existence de cette censure aveugle et systématique qui avait
caractérisé le pouvoir de Saddam Hussein – censure qui avait fini,
telle cette bête qui se mord la queue, par se retourner contre celui
qui était censé l’organiser à son propre profit, ainsi que
l’attestent les différents témoignages des ex-dirigeants irakiens
eux-mêmes qui n’osaient plus informer correctement leur ancien
maître sur la réalité de l’attaque américaine? Il est vrai qu’un
peuple plus libre se soumet d’autant moins.
Cette notion de
censure apparaît cependant comme une notion difficile à appréhender
dans la pratique des gouvernements et de la politique en général.
Dans l’absolu, tout le monde censure tout le temps, est-on tenté de
dire. Officiellement, par le recours au classement des informations
selon la préservation des «intérêts de l’état», officieusement,
légalement, illégalement, pour des intérêts d’individus ou de
groupes, ainsi de suite ; la liste des exemples est longue. Le
gouvernement des Etats-Unis, symboles de la démocratie, est
objectivement celui qui censure le plus si l’on tient compte de la
quantité d’informations secrètes à sa disposition. Israël, société
considérée démocratique, vit officiellement sous la censure
militaire : l’Israélien, en fait, est bien moins au courant de ce
qui se trame dans son gouvernement que le Palestinien dans le sien ;
Alors, quelle
différence entre une «dictature» et une «démocratie» ?
Dans Françalgérie,
les auteurs (deux journalistes, un Algérien et un Français)
revisitent l’histoire de l’Algérie depuis 1830 pour en dégager une
idée maîtresse, celle de l’érection d’un «Etat criminel» dont la
mise en place a suivi un long processus qui s’étale sur toute cette
période ! On eût dit un scénario de film sur la mafia et ses
parrains. Le souci de l’exactitude n’est pas la vertu première de
cet ouvrage : approximations et contrevérités le jalonnent de la
première à la dernière page. Tous les événements que l’Algérie a
connus, en particuliers après l’indépendance, sont réinterprétés
sous l’optique d’une bande d’assassins qui passerait le plus clair
de son temps à tuer et fomenter des complots contre tout le monde, à
commencer par eux-mêmes – on se demande bien pourquoi. Puis cette
«pieuvre» passe à la vitesse supérieure, dans les années quatre
vingt dix, en se mettant aux massacres collectifs, voire au
génocide. Le FIS, c’est l’œuvre de cette pieuvre. Pour quoi faire ?
Pour exterminer le peuple ! Octobre 88 ? Un complot pour tuer et
blanchir l’argent volé. L’annulation des élections législatives de
1991 ? La guerre contre le terrorisme ? L’élection de Bouteflika ?
Pour tuer, voler, tuer, voler…
Le chef du réseau
criminel ? «Larbi Belkheir qui se dissimule derrière le modeste
poste de conseiller du président». L’instrument de ce réseau ? «Le
Service et les généraux de l’ANP». L’inventaire de ces absurdités
pourrait être aussi long que ledit ouvrage lui-même – quelque six
cents pages. Tous les faits, toutes les déclarations, toutes les
décisions économiques ou politiques sont convoqués dans le seul but
de «conforter» cette thèse. Mes propres écrits sont abondamment
cités pour me situer à l’intérieur de ces réseaux. J’aurais entre
autre «participé» à l’avènement du coup d’Etat contre Chadli, rien
de moins… Si par la grâce d’un esprit tordu, l’on devait suivre la
logique de ce «raisonnement», on en viendrait à le suspecter d’avoir
été élaboré dans ces mêmes «laboratoires occultes» qu’il est censé
dénoncer. Car, enfin, loin de servir une quelconque vérité, il ne
fait, par son incroyable exagération, que conforter la thèse
contraire qui consiste à hisser ces pseudo réseaux au-dessus de tout
soupçon. Par leur outrance même, les propos de ces deux journalistes
disent exactement le contraire de ce qu’ils affirment.
Mais à quoi bon
un inventaire ? La question est plutôt : un tel ouvrage
mériterait-il d’être censuré lorsque, en fin de compte, il ne fait
que reprendre des propos de café sous un habillage documentaire ?
Sans doute pas. Nous sommes ici non en présence d’un livre
historique qui avancerait les faits avec la rigueur nécessaire au
triomphe de la vérité, mais d’une opération de communication, ou
plus exactement de propagande. Les deux auteurs sont naturellement
libres d’exprimer leurs opinions comme ils l’entendent. Les
interdire ici, c’est nier cette liberté. Du même coup, c’est nier la
liberté des Algériens à lire ou écrire ce qu’ils veulent, sous
prétexte que nous sommes en «guerre révolutionnaire» – contre le
terrorisme cette fois-ci. Pour autant, faut-il ignorer le contexte
dans lequel s’exercerait une liberté idéale ? Dans le cas algérien,
l’influence de la culture française est telle qu’elle induit des
«réactions de défense» du type de la censure. Il serait bien naïf de
croire que tout ce qui nous vient d’Occident est bon, et que nous
sommes assez mûrs pour distinguer le bon grain de l’ivraie, sans
avoir besoin de mécanismes quelconques de protection. Notre maturité
reste à prouver par notre capacité à produire sur nous-mêmes nos
propres discours, à réagir aux discours des autres, et à commencer
par le faire avec une façon de penser qui soit la nôtre. Reste à
savoir dans quelle langue, car c’est là tout le problème.
A. K.
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