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Semaine du 10 au 16 mars 2010

 

  Education nationale

La grève de trop

Participation de la femme à la vie du pays

Résistances au changement

Les études viennent le confirmer

Des petits pas et puis c’est tout…

La femme indigène

Algérie

Les démocrates existent-ils ?

Evocation

L’Emir, un sujet inépuisable

L’Algérie absente à deux réunions consécutives de l’UPM

Est-ce le début de la fin ?

Chebel, Bencheikh et Ramadan

Trois auteurs musulmans en Occident

Les services de sécurité algériens

Entre pouvoir «réel» et pouvoir «apparent»

Un succès de librairie

Ou comment fantasmer l’histoire de l’Algérie

 

 

 

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Education nationale

La grève de trop

Les enseignants de l'Education nationale étaient-ils obligés d’attendre qu'une décision de justice les contraigne à reprendre le chemin des classes ? Ignoraient-ils que lorsqu'on obtient gain de cause, ne serait-ce que partiellement, il est préférable d'accepter le deal et de reporter les questions pendantes à d'autres rounds, que de s'entêter à vouloir «tout et maintenant» ?

N’insultons pas leur intelligence. Les enseignants (affiliés à deux syndicats) qui ont décidé de continuer leur grève malgré l’obtention d’une série confortable de réponses positives à leurs revendications savaient pertinemment que le ministère de tutelle ne pouvait pas, objectivement, rester de marbre devant cette obstination à vouloir continuer le débrayage à moins de quatre mois de la fin de l’année scolaire. Alors pourquoi ont-ils choisi de gâcher leur mouvement ?

Sur plus de cinq syndicats de l’éducation, deux avaient décidé (avant la décision de la justice et les menaces du ministère de l’Education nationale) de continuer leur grève. Il s’agit de l’UNPEF (pour les paliers du primaire et du moyen) et du CNAPEST (pour les lycées). Les autres, comme le SNAPEST, avaient annoncé avoir pris acte de la satisfaction des principales revendications, à savoir celles liées aux augmentations du régime indemnitaire. Dans un récent communiqué le SNAPEST estime que l’objectif de la grève du 16 février «a été atteint» et a, toutefois, appelé ses adhérents à rester focalisés sur le reste de la plate-forme de requêtes. Il s’agit de «la refonte de la gestion des œuvres sociales» et des dossiers de la médecine du travail, de «la retraite après 25 ans de service», de la «prise en charge des problèmes spécifiques aux enseignants du sud», ainsi que de la «prise en charge des enseignants du technique». De ces cinq revendications restantes, aucune n’a de relation avec le salaire. C’est dire que le plus important, et sans doute le plus urgent, a été réglé dans le cadre de la concertation des syndicats avec le ministère de l’Education. Ce dernier, faut-il le souligner, a respecté l’accord conclu lors des réunions des commissions consacrées à la révision du régime indemnitaire.

Les hausses, telles qu’annoncées par le département de Benbouzid, varient de 29 à 33%, selon l’échelon et l’ancienneté des enseignants. Les salaires affichés font état de hausses considérables, même si tout le monde reconnaît que l’enseignant en général (tous cursus confondus, y compris à l’université) a droit à de meilleurs salaires compte tenu de la mission qui lui est assignée. Mais l’essentiel n’est pas là. Ce qu’il faut retenir, c’est que le corps enseignant a exprimé des revendications, qu’il a mené un mouvement de grève, suivi d’un dialogue tutelle-syndicats qui a abouti à la satisfaction d’une importante partie des requêtes. La grève devait donc prendre fin dès l’annonce des nouveaux paliers du régime indemnitaire. A moins de considérer qu’un mouvement de grève n’est réussi que s’il arrive à décrocher la totalité des revendications. A ce moment, c’est le choix du jusqu’auboutisme qui prend le dessus. C’est, d’ailleurs, ce que note le SNAPEST qui, tout  en garantissant son soutien aux autres syndicats qui ont préféré observer leur mouvement de grève, rappelle tout de même que «le combat syndical ne se fait pas en une année» et qu’«il faut absolument une culture syndicale». Le SNAPEST note «des progrès dans le combat syndical», ce qui prouve selon ce syndicat «qu’il est possible d’améliorer le pouvoir d’achat du fonctionnaire pour peu que le gouvernement daigne maîtriser l’inflation par des mécanismes solides à mettre en place dans les plus brefs délais». Néanmoins, il estime qu’il faut continuer à «agir d’une façon méthodique avec le souci d’efficacité qui s’accorde avec notre stratégie de toujours, celle de procéder par étapes».

Le mot magique est lâché : procéder par «étapes». C’est tellement trivial que l’on a de la peine à comprendre l’entêtement des autres syndicats qui ont maintenu la grève jusqu’à devoir reprendre après la décision de justice, les menaces de dissolution et autres sanctions à l’endroit des enseignants proférées par le ministère de tutelle. Il faut dire aussi que les enseignants qui ont prolongé la grève manquaient d’arguments valables. Certains se disaient «outrés» de voir publiés leurs nouveaux salaires sur les colonnes de la presse nationale. Oubliant peut-être qu’ils ont eux-mêmes bâti leurs revendications sur cette question salariale, et qu’il est tout à fait logique de voir le ministère prendre à témoin l’opinion publique en arborant les nouveaux salaires. D’autres estiment qu’il y a eu «tricherie» de la part de la tutelle, puisque les hausses n’ont été consenties que sur les indemnités et non pas sur le salaire de base. Là aussi, il est plus qu’étonnant de découvrir que des enseignants ne soient pas au courant de la nature des revendications de leurs syndicats et, surtout, qu’il ne savent pas qu’une hausse du salaire de base ne relève pas des prérogatives du département de Benbouzid. Enfin, les enseignants se disent déçus de l’attitude des parents d’élèves dont ils espéraient le soutien indéfectible. Ce point mérite qu’on s’y attarde un peu. Si les parents n’ont pas exprimé leur soutien par un quelconque mouvement (un sit-in devant le ministère, comme l’auraient souhaité certains enseignants), ils ont quand même respecté le droit des enseignants à recourir à la grève pour faire aboutir leurs revendications socioprofessionnelles. Et qu’à aucun moment, les parents d’élèves n’ont essayé de faire pression sur le corps enseignant, malgré plus de 5 semaines d’arrêt de travail. Mais, pour espérer faire adhérer les parents à ce genre de mouvement, il faut bien plus que des revendications salariales. Car ce qui intéresse en premier lieu les parents, c’est l’avenir de leurs enfants et la qualité de l’enseignement. Et à notre connaissance, jamais les enseignants n’ont débrayé pour revendiquer l’amélioration des conditions de travail de l’apprenant, tant sur le plan des équipements (classes, moyens pédagogiques…) qu’au niveau du contenu des programmes et de leur densité.

Si les parents, eux-mêmes salariés, sont sensibles aux questions pécuniaires des enseignants, ils le sont encore quand il s’agit de la qualité de l’enseignement dispensé à leurs enfants. Et si un jour les syndicats de l’Education nationale souhaitent un soutien actif des parents, il faut qu’ils incluent le volet pédagogique dans leurs revendications professionnelles.

Pour ce qui est des menaces de recourir à des recrutements pour remplacer les grévistes, le ministère doit savoir que répondre au jusqu’auboutisme par une autre forme d’entêtement ne va guère régler le problème. Bien au contraire, une escalade est à craindre dans d’autres bras de fer syndicaux. Le ministère a le droit de sanctionner les absents (à partir de la décision de justice) par des ponctions sur salaires, mais pas de les licencier. Quant au recrutement des diplômés, le ministère ne fait que tordre le cou à ses propres décisions de ne recruter que par voie de concours et donne ainsi l’image d’une autorité qui tente de profiter d’une situation pour venir à bout du droit de grève, dernier bastion pour défendre les intérêts des salariés.

Par Abdelkader Djalil

 

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Participation de la femme à la vie du pays

Résistances au changement

Plus de 7% (7,7%) de femmes siègent à l'APN (contre 18% dans des parlements à travers le monde) et 4% au Conseil de la nation. Par ailleurs, 3 femmes sont actuellement membres du gouvernement et 4 sont désignées ambassadrices.

A cela, il faut noter qu’aucune femme n’occupe encore le poste de présidente de l’Assemblée populaire de wilaya (APW) et que sur les 1541 Assemblées  populaires communales (APC), 2 femmes seulement sont élues présidentes d’APC. Mais le constat ne s’arrête pas là, puisqu’à l’exception du Parti des travailleurs (PT), aucune autre formation politique ne dispose d’une véritable stratégie visant l’émergence des femmes dans des postes de responsabilité. Même dans le domaine commercial, le retard est visible, bien que la logique est toute autre, sinon moins exigeante. D’après le Centre national du registre du commerce (CNRC), quelque 113 543 femmes d’affaires sont inscrites au registre du commerce à la fin 2009, contre 105 839 femmes en 2008, soit 8,4% de l’ensemble des opérateurs économiques, qui sont au nombre de 1,35 million. Le CNRC précise que sur les 113 543 femmes recensées, 109 815 sont des personnes physiques (96,7%) et 3728 des personnes morales (3,3%). Ces femmes d’affaires concentrées essentiellement à Alger (8%), Oran (6%), Constantine et Tlemcen (4% chacune), activent dans le commerce de détail (48,7%), les services (36%), le BTPH et artisanat (10,4%), le commerce de gros (4%) et l’import-export (0,9%). Fait étonnant, près de 28% des femmes inscrites au CNRC sont âgées de 39 à 48 ans, 22% appartiennent à la tranche des 29-38 ans et 21% à celle des 49-58 ans.

Cette situation atteste, si besoin est, que beaucoup reste à faire en matière de promotion des droits de la femme en général et de ses droits politiques en particulier. On comprend dès lors pourquoi tous ces appels, des parlementaires compris, invitant à l’élaboration en 2010 de la loi organique relative à la promotion des droits politiques de l’Algérienne. En réalité, cette loi concerne la mise en application du dernier amendement de la Constitution, décidé en novembre 2008 sur instruction du président de la République, Abdelaziz Bouteflika. Un amendement qui porte sur les articles 31 et 31 bis, et qui consacrent la responsabilité des institutions «d’assurer l’égalité en droits et devoirs de tous les citoyens et citoyennes», ainsi que celle de  l’Etat, devant œuvrer «à la promotion des droits de la femme en augmentant ses chances d’accès à la représentation dans les assemblées élues».

Depuis 2009, une commission a été mise en place au niveau du ministère de la Justice pour préparer ladite loi organique devant définir les modalités pratiques. Les informations les plus récentes font état de l’envoi, pour examen, de la loi organique à la Commission des affaires juridiques et administratives de l’APN, sans préciser toutefois si elle est achevée ou non.

Dans les milieux officiels algériens, certains considèrent que la femme jouit de tous ses droits et que l’amendement de la Constitution vient ainsi couronner les acquis de la femme, à travers les différentes Constitutions qu’a connues le pays depuis l’indépendance. Ils placent la Constitution comme un «exemple» en la matière dans les pays arabes. D’après eux, l’article 12 de la loi fondamentale de 1963 a mis en avant l’égalité des chances entre les citoyens sans distinction de sexe, de même que la Constitution de 1976 qui a assuré les droits politiques, économiques, sociaux et culturels de la femme. Dans ce cadre, ils indiquent que les amendements apportés à la Constitution de 1989 et de 1996, ainsi que les articles 31 et 31 bis de la loi du 15 novembre 2008, vont dans ce sens. La participation de la femme aux différentes activités constitue, à leurs yeux, «un indice de développement du pays et de la bonne gouvernance» et une «reconnaissance» de tous les «sacrifices» consentis par la femme. D’autres en revanche, plus proches des questions liées aux droits de l’homme, ne cachent pas leur préférence pour la mise en place d’outils et de mécanismes à même de permettre à la femme d’exercer ses droits politiques. Mais, les uns comme les autres restent convaincus que le recours au quota ou encore celui à «la discrimination positive» donnera davantage de chances à la femme. L’éclairage de Maya Sahli, professeur de droit international et des droits de l’homme à l’université d’Alger, surtout qu’elle a fait partie de la commission chargée d’élaborer un projet de loi organique. Il y a quelques jours, lors d’une conférence animée au Centre culturel algérien de Paris, la juriste internationale a qualifié l’article 31 bis de «grand espoir» pour la femme algérienne, estimant qu’il lui augmente «ses chances d’accès à sa représentation dans les assemblées élues».  Elle a révélé que la loi organique prévoit «une politique des quotas pour une plus grande représentativité de la femme, une alternance des candidats hommes et femmes sur les listes électorales, pour garantir une présence plus grande des élues dans les assemblées et, enfin, des mesures pénalisant les partis politiques ne respectant pas ces dispositions». Mme Sahli, qui enseigne, entre autres, à l’Ecole nationale d’administration (ENA) et à l’Ecole supérieure de la magistrature d’Alger, a en outre abordé le statut de la femme en Algérie et la sous-représentation de cette dernière dans les sphères décisionnelles politiques. Selon elle, l’égalité entre l’homme et la femme, pourtant garantie par les textes, est «non visible dans la réalité, même si des avancées notables sont enregistrées comme le droit au travail, l’égalité des salaires, une grande présence dans certains secteurs comme l’éducation, la santé, la magistrature, les technologies de pointe».

 La juriste a justifié ce manque de visibilité dans les sphères de décision, par les «blocages socioculturels et (le) référent religieux». Un avis partagé par bon nombre d’analystes, dont certains tiennent à ajouter sur la liste des contraintes l’image souvent négative ou incomplète de la femme véhiculée par les médias.

Tout un programme à monter pour lever les différents obstacles !

Par Z’hor Chérief

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Les études viennent le confirmer

Des petits pas et puis c’est tout…

Selon une étude de  l’Union interparlementaire (UIP) rendue publique à la veille de  la journée internationale de la femme du 8 mars, les pays musulmans sont en queue de peloton dans le domaine de la participation des femmes au sein des parlements. Une dizaine de pays, dont l’Arabie saoudite, le Qatar et Oman, n’ont aucune femme parlementaire. L’étude montre pourtant que la tendance mondiale est à l’augmentation du nombre de femmes parlementaires, mais cette amélioration reste relative, car l’objectif de parité est très lointain, avec un pourcentage moyen de 18,8% de femmes sur les bancs des parlements (+0,5% par rapport à l’année dernière). Elle relève en outre que les bons élèves se recrutent principalement parmi les pays nordiques, comme la Suède (46,4% de femmes), l’Islande (42,9%), la Finlande (40%) et la Norvège (39,6%), classés parmi les dix premiers. Certains pays africains figurent également dans le haut du palmarès grâce à un système de quotas pour la parité. C’est le cas du Rwanda (56,3%), de l’Afrique du Sud (44,5%), du Mozambique (39,2%) et de l’Angola (38,6%).

Une autre étude, publiée au début du mois courant par la fondation américaine Freedom House, révèle que les droits des femmes ont avancé dans 15 pays du Moyen-Orient et de l’Afrique du nord sur 18, au cours des 5 dernières années. 

L’Algérie est classée parmi les premiers pays arabes où les droits des femmes ont connu des progrès. Le rapport de la fondation montre aussi que la condition des femmes a empiré en Irak, au Yémen et dans les territoires palestiniens, référence faite aux «crimes d’honneur», aux viols et enlèvements, en gardant cependant le silence sur les violations dont sont victimes les femmes sahraouies des territoires occupés.  Le regard du Bureau international du travail (BIT) complète le tableau. Dans un rapport récent intitulé «Les femmes sur le marché du travail (…)», celui-ci signale que le nombre de femmes dans la vie active a sensiblement augmenté dans le monde, alors que leur travail reste souvent moins rémunéré et plus ingrat. Plus d’une décennie après l’adoption, par la 4e Conférence mondiale sur les femmes (Pékin), d’une plate-forme d’action importante, voire ambitieuse, le BIT observe l’existence de «préjugés liés au sexe», au sein des sociétés, mais également sur le marché du travail. Le BIT indique que malgré des progrès enregistrés dans la participation des femmes à la vie active (51,7% en 2008), «de fortes disparités perdurent en termes de possibilités d’emploi et de qualité de l’emploi». La problématique de l’adaptation du marché du travail et des politiques sociales au genre est clairement posée.

Z. C.

 

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La femme indigène

L'une des résistances les plus significatives qu'a connues  l'occupation française en Algérie est matérialisée par l'étanchéité de l'espace qui séparait la femme algérienne des colonisateurs.

Cette étanchéité a alimenté les pires fantasmes et constitué le plus dur des défis à l’entreprise d’appropriation sociale et culturelle des populations. Lieu de construction et de cristallisation des fantasmes, le voile (haïk, m’laya) va s’imposer comme un défi permanent aux assauts permanents de l’occupant. La levée de cet «obstacle» pouvait représenter le parachèvement de la conquête du pays. C’est que, depuis le début de la colonisation, le «droit du conquérant» s’est exercé sur l’asservissement des «prostituées» à son propre mode d’organisation. A ce titre, plusieurs modes de régulation de la sexualité masculine. Deux sont licites : l’esclavage et la courtisanerie traditionnelle. Un est illicite : la prostitution. Les prostituées travaillant, chez elles, la nuit, ne sont pas identifiées en tant que telles. Par ailleurs, il n’existe pas de maisons de tolérance à  l’occidentale. Le conquérant ne s’est pas satisfait de cette situation. Il lui fallait imprimer sa propre volonté, alors, ajoute l’historienne :    «La colonisation change radicalement la donne en important un mode d’organisation morale et économique de la prostitution. Elle transforme un commerce relativement artisanal en une véritable industrie du sexe.» Cet intrusion dans la structuration de l’espace social algérien visait, selon C. Taraud, «[…] surtout, [à faire] de l’exploitation sexuelle des femmes indigènes un symbole incontournable de la domination coloniale. C’est un message «adressé aux vaincus, [qui] rappelle que le pouvoir des nouveaux maîtres n’est pas seulement matérialisé par la mise en place du système de l’indigénat, par la politique d’expropriation et de confiscation des terres, mais aussi par une véritable colonisation sexuelle des femmes.»

Le docteur Duchesne, chargé de mission en 1851 dans la province d’Alger et membre du Conseil d’Hygiène publique et de  salubrité pousse le cynisme jusqu’à déclarer : «Quant aux filles mineures, il y aurait certainement là une importante distinction à faire …certaines indigènes étaient nubiles même à douze ans ; ne serait-il donc pas injuste d’appliquer nos lois françaises à celles qui auraient favorisé la prostitution d’une Mauresque, par exemple, de treize à quatorze ans, à l’âge où elles sont quelquefois mariées ? Il est évident que pour les indigènes, au moins, il faudra baisser la limite d’âge à laquelle une jeune fille pourra se livrer à la prostitution »

La fourniture de fillettes à la soldatesque et aux aventuriers qui l’accompagnent ne rencontre aucun scrupule quand il s’agit d’«indigènes» à la biologie particulière, qui n’est pas, loin s’en faut, celle des Européennes.

Le pouvoir colonialiste ne va pas s’arrêter là. La mise en place de Bordels Mobiles de Campagne (BMC), qui accompagnent les troupes dans leurs déplacements à travers le pays permet de répondre à la question : «Comment humilier davantage les hommes qu’en prenant leurs femmes ?».  Ce qui s’y passe est magistralement décrit par C. Taraud : «Les BMC ne sont rien d’autre que du commerce d’abattage. Certains jours, les femmes peuvent faire jusqu’à  60 passes, parfois plus. Un tel rendement conduit à  des accidents graves comme des perforations de matrice ! Cela montre la dureté des conditions de travail. Des horaires extensibles – de huit à  dix heures par jour – auxquels s’ajoutent les nuitées accordées aux gradés. Les BMC sont généralement ouverts à  la troupe dans la journée et aux gradés à  partir de 22 h. Les sources, y compris militaires, disent la pénibilité de la vie dans ces structures, notamment pour les femmes qui se déplacent la journée à  la suite des colonnes, dans des conditions difficiles, et, le soir, travaillent sans répit. Chaleur, promiscuité, faim, violence masculine sont leur lot quotidien.» Durant la lutte de libération nationale, il y a même des BMC improvisés. Mouloud Feraoun rapporte dans son journal qu’en janvier 1957, «des viols systématiques sont commis aux Ouadhias. Les soldats ont eu quartier libre pour souiller, tuer, brûler. Les femmes sont restées dans les villages, chez elles. Ordre leur fut donné de laisser les portes ouvertes et de séjourner isolément dans les différentes pièces de chaque maison. Le douar fut donc transformé en un populeux BMC  où furent lâchées les compagnies de chasseurs alpins ou autres légionnaires. Cent cinquante jeunes filles ont pu trouver refuge au couvent des Sœurs blanches et chez les Pères blancs. On ne trouve aucune trace de quelques autres.»

Les BMC vont perdurer jusqu’ en 1962, alors que les maisons closes sont abolies en France depuis…1946 et qu’à Paris, en 1945, on avait tondu en public les cheveux des femmes qui avaient pratiqué la «collaboration horizontale» avec les allemands et même aux prostituées qui s’étaient livrées aux soldats de la Wehrmacht.

La femme a ostensiblement servi de médiation à la domination que l’on a cherché à imposer et à prouver. La guerre contre le voile qui  «recouvre le corps et le discipline, le tempère, au moment même où il connaît sa phase de plus grande effervescence. Le voile protège, rassure, isole»(Fanon), eh bien, le colonisateur en fera une cible permanente tant qu’il n’aura pas fini par céder,  et la femme algérienne en fera un bouclier inexpugnable, sauf au maquis où son intégrité nationale a pu s’exprimer sans cet attribut de la féminité jalousée et où, débarrassée de son statut d’objet sexué,  elle a pu laisser son corps s’exprimer dans le combat  libérateur.

Ce rapport, dans la société coloniale, qui a mis la femme entre le voile et l’agression, peut, peut-être, nous aider à comprendre, au-delà  des schèmes religieux, la réapparition de cette autre forme de «protection» qui a fleuri ces dernières années et qui fait débat, essentiellement dans les sociétés occidentales.  «L’Européen face à l’Algérienne veut voir. Il réagit de façon agressive devant cette limitation de sa perception. Frustration et agressivité ici encore vont évoluer de façon permanente» disait Fanon, c’est que le voile, même aujourd’hui réduit,  invoque lui aussi l’inaccessibilité. «Je ne suis pas un objet sexuel» dit la fille voilée et cela ne passe pas dans une société où  tout doit rester possible sans a priori et où aucune frontière ne doit être dressée. 

Ce n’est plus le haïk, trop encombrant pour ce nouveau type de femme, autonome et active, mais il n’en constitue pas moins (si on excepte la vague de militance islamiste et la contrainte) une réponse culturelle à un environnement  qui, dans une exacerbation des rapports marchands, la précarisation des individus par l’atomisation, ne laisse pas beaucoup de moyens de défense à des filles qui vivent, de surcroît, dans une situation sociale d’exclusion qui rappelle le code de l’indigénat. Faute de référent actualisé et de réflexes adaptés,  «les indigènes de la République» retournent  la mémoire originelle et y puisent leurs réponses. Au-delà  d’une quête  identitaire qui reste confuse, il y a un besoin immédiat, pressant et irrépressible d’échapper au danger de se faire happer par une machine économique et sociale où la femme est plus que jamais pornographiée.   Certaines féministes tentent de comprendre, la majorité bien pensante non.

Par Ahmed Halfaoui

 

Extraits du message de Bouteflika

«Nous sommes en droit, aujourd'hui, de nous enorgueillir du principe d'égalité consacré dans toutes les lois auxquelles nous introduisons, chaque fois que nécessaire, des amendements adaptés aux mutations en Algérie et dans le monde sans renoncer pour autant à nos valeurs civilisationnelles et nationales. Nous nous réjouissons également des précédentes réformes éducatives destinées à la promotion des droits de l'Homme, d'abord dans les esprits, avant leur inclusion ensuite dans  les programmes scolaires.

«C'est du reste un exemple probant du travail à poursuivre au niveau des mentalités quant aux préjugés sur la jeune fille et la femme ainsi que leur rôle au sein de la famille et la société.

«Nous sommes de ce fait et à juste titre fiers de nos institutions qui œuvrent à la promotion de la femme, une préoccupation qui doit intéresser et concerner la nation entière.»

Commentaire

Les observateurs relèvent dans ces propos une ambiguïté. Ils se demandent en effet pourquoi le président a tenu à rappeler nos «valeurs civilisationnelles et nationales» en évoquant les efforts accomplis pour consacrer le principe d'égalité dans toutes nos lois. Dire qu'on réforme les lois pour donner plus de chances aux femmes tout en respectant nos valeurs, c'est supposer que cela ne va pas de soi.

On promeut la femme, mais attention à nos valeurs ! Les conseillers du président doivent s'imprégner de cette idée que nos valeurs civilisationnelles aussi bien que nationales nous obligent à promouvoir la femme, toute autre attitude est contraire à nos valeurs. Il ne faut pas se laisser impressionner par les sirènes machistes, et encore moins intégristes !

Farid Chekroune

 

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Algérie

Les démocrates existent-ils ?

Pendant des années, mais quasiment plus maintenant, on a dit et répété dans  un certain nombre de journaux que le champ politique algérien est divisé en deux camps principaux : les démocrates d'un côté, et de l'autre non pas à proprement parler les antidémocrates, encore qu'il y en ait une partie dans le tas, mais tous ceux que les premiers  ne comptent au nombre des leurs.

Il est important de noter que les gens pour qui cette division est première ne la confinent  pas à la classe politique, mais au contraire  l’étendent à toute la société. Il s’agit sans doute d’un clivage politique, mais pas au sens ordinaire de ce mot, au sens  structurel plutôt, dans la mesure où c’est l’ensemble de la société algérienne, société civile et Etat, qui est polarisée en deux camps s’affrontant dans une crise dont l’issue consacrerait la victoire durable des uns ou des autres. Il faut donc bien comprendre que cette opposition n’est pas propre aux seuls partis, mais à toute la société, à la nation algérienne en d’autres termes ; ce sont les Algériens eux-mêmes qui se diviseraient en démocrates et adversaires des démocrates.

Une même ligne de fracture qui traverse toute la société et se prolonge dans l’appareil de l’Etat n’a pas besoin des partis, ni pour exister ni même pour se manifester : elle est structurelle. Le pays retournerait au système de parti unique, ou  même passerait par une phase où tous les partis seraient abolis, que ce clivage n’en continuerait pas moins d’exister et de produire ses effets.  Dans l’exacte mesure, bien entendu, où l’on a vraiment affaire à une opposition essentielle, produite par l’histoire du pays. Mais ces démocrates (leurs adversaires les nommeraient plutôt les pseudo-démocrates sans doute) qui ont postulé cette opposition, qui sont-ils ? En eux-mêmes d’abord. On l’aura compris, cette question ne renvoie pas au niveau structurel, mais seulement à la scène politico-médiatique, au sens étroit, institutionnel du terme. Il est facile d’y répondre. Ces démocrates (peu importe ici de savoir si cette appellation est justifiée ou pas) c’est des partis d’abord, le RCD et le MDS en tout et pour tout, de l’autre des associations, et enfin des journaux. Ce sont eux qui pendant des années ont clamé leur appartenance à un camp dont ils se sont gardés toutefois de tracer les contours. Ils n’ont pas affirmé que ce camp se résume à eux, car alors ils se seraient du même coup dénoncés comme une minorité, mais il était évident qu’ils se considéraient ensemble comme son élite, sa locomotive, ce qui implique qu’ils s’attribuaient le rôle de direction.Pour le camp opposé, il n’ y a pas titre plus usurpé que celui que leurs adversaires se donnent. Bien qu’ils s’estiment être les vrais démocrates, puisqu’ils se sont opposés à l’arrêt des législatives remportées par le FIS en décembre 1991, ce n’est pas ainsi qu’eux-mêmes préfèrent se nommer. Au clivage avancé par les «démocrates», ils en opposent un autre, se référant quant à lui à l’attitude à l’égard de la crise en général, mais plus particulièrement à la solution qu’il y a lieu de lui apporter. Pour eux donc, le champ politique national se divise, non pas entre démocrates et non-démocrates (encore que les premiers ne se servent de ce dernier terme que pour qualifier une partie de leurs adversaires, les islamistes, pas même donc les partis nationalistes, que sont le FLN et le RND, auxquels ils préfèrent coller l’étiquette de conservateurs) mais entre éradicateurs, partisans d’une lutte implacable contre le terrorisme, et réconciliateurs, tenants d’une solution négociée avec les groupes armés, c’est-à-dire eux-mêmes.

Comme les organisations politiques de ce camp finiront par s’associer dans l’initiative romaine, la ligne de démarcation entre les deux camps s’en trouvera encore plus clairement tracée. La position que tout acteur, quel qu’il soit, parti opposition, journal, ou quidam, montrera par rapport au Contrat de Rome suffira à le ranger sans le moindre doute possible dans un camp ou dans un autre.

Mais de même que les

«démocrates» se donnent pour la partie visible d’un courant politique recouvrant une partie de la société,  ainsi les réconciliateurs se considèrent-ils comme une simple émanation d’une partie de l’opinion nationale. Les deux s’entendent en ceci que ni l’un ni l’autre ne s’identifie à ce qu’il est censé représenter.

Le camp démocratique existe-t-il ?

Cette distinction, cependant, est bien plus évidente chez les «démocrates  que chez les

«réconciliateurs». En tant qu’organisations notamment, ils ne peuvent en effet se tromper sur ce qu’ils représentent réellement. Les premières élections pluralistes, les communales de 1990 puis les législatives de la fin de 1991, ne leur permettent guère de s’illusionner à cet égard. Électoralement, ils sont en effet très minoritaires par rapport à leurs adversaires. C’est ainsi que Saïd Sadi, le leader du RCD, a reconnu la victoire du FIS à l’issue des législatives, même s’il a émis des doutes sur son ampleur. Il faut dire qu’à ce moment prècis, la scène politique ne se caractérisait pas encore par les oppositions déjà citées, mais par celle démarquant les laïcs des non laïcs, qui eux-mêmes se différencient entre théocrates radicaux et partisans d’une forme édulcorée de laïcité, comme c’est le cas justement des partis nationalistes, et jusqu’à un point aussi du FFS et du PT. Il est vrai que pour ces deux partis signataires du contrat de Rome, c’est ce clivage même qui est contestable. Pour eux, ce qui importe c’est d’assurer la souveraineté populaire à travers des élections transparentes, véridiques. Or,  à l’aune de  cet objectif, les deux camps en présence d’après eux, ce sont d’un côté le peuple algérien dans son écrasante majorité, et de l’autre la dictature, ses appareils de répression et la multitude de ses suppôts, et entre les deux, rien, le vide sidéral.  Il faut pourtant reconnaître que cette façon de voir, il n’y a plus guère que le FFS pour continuer de la professer.

Ainsi donc,  parce qu’ils sont «minoritaires» en tant qu’organes politiques, «les démocrates», qui pourtant sont balayés par leurs adversaires, sont mieux placés pour pressentir que dans une crise de la gravité de celle qui alors déchire le pays, les vraies forces qui s’affrontent ce ne sont pas les organisations, mais les courants fondamentaux, produits de l’histoire longue.

Par Mohamed Habili

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Evocation

L’Emir, un sujet inépuisable

Ce qui a été écrit sur l’Emir Abdelkader n’était pas impartial, a affirmé l’historien algérien et membre de l’instance scientifique de la fondation Emir Abdelkader, M. Habib Chenini.

Animant la 44e conférence sur l’Emir Abdelkader dimanche après-midi   au lycée «Imam El Houari» d’Oran, dans le cadre des conférences organisées par sa fondation pour revaloriser le patrimoine de cette personnalité algérienne historique, M. Chenini a souligné que la plupart des écrits ayant abordé la personnalité, la lutte et les sacrifices de l’Emir contiennent des erreurs qui doivent être corrigées pour éclairer le lecteur et montrer la véritable image et carrure de ce grand chef.

Il a insisté sur certaines références et sources occidentales abordant la vie et la personnalité de l’Emir Abdelkader qui ont fait abstraction du parcours de cet homme en rapportant beaucoup d’informations erronées, tout en soulignant que plus d’un millier de livres ont été consacrés à ce chef de la résistance populaire algérienne.

M. Chenini a appelé à cette occasion à une nouvelle lecture de ce qui a été écrit sur l’Emir Abdelkader, ainsi qu’une étude et une révision d’un certain nombre de ses ouvrages, en ajoutant qu’il est impératif «par équité envers l’Emir Abdelkader et par devoir, de mettre en exergue les hauts faits de notre histoire nationale», de se faire montre de rigueur scientifique et d’aborder le patrimoine écrit sur l’Emir par la recherche et la vérification. 

L’intervenant a mis l’accent dans cette communication qui s’est articulée  autour du volet «la gestion de la guerre par l’Emir Abdelkader» et ses actes volontaires  visant à mettre fin à la guerre et à imposer sa logique à l’ennemi.

Le membre de la fondation Emir Abdelkader s’est basé dans ses lectures sur diverses références qu’il a estimées comme modèles de traitement scientifique objectif du patrimoine du héros algérien, notamment l’ouvrage  «De Louis Philippe à Napléon 3 .. l’Emir vaincu mais victorieux» de l’écrivain Boualem Bessayeh et «l’Emir Abdelkader» du chercheur défunt français, Etienne Bruno et «la vie de l’Emir et son djihad» de son compagnon Hadj Mostafa Touhami et «les  recherches dans la personnalité de l’Emir» du regretté Yahia Bouaziz

 

Commentaire

Un millier d’ouvrages écrits sur notre grand Emir, qui dit mieux ? M. Chenini a bien le droit de trouver dans cette profusion livresque quelques contre-vérités, c’est bien naturel. Mais au lieu de se contenter de puiser ses arguments dans d’autres ouvrages, dont le caractère historique reste à prouver (puisque ni Bessaieh ni Bruno Etienne ne sont ou n’étaient spécialement des historiens), il aurait mieux fait d’ajouter au millier de livres existants son propre ouvrage. Ainsi, il aurait fait d’une pierre deux coups : répondre aux détracteurs en se mettant à leur niveau d’écriture et enrichir le patrimoine existant sur le sujet. Mais peut-être que monsieur Chenini veut faire court en se contentant d’une conférence ? C’est toute la question du dire et du faire.

Farid Chekroune

 

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L’Algérie absente à deux réunions consécutives de l’UPM

Est-ce le début de la fin ?

Ils étaient quatre pays membres de l'Union Pour la Méditerranée (UPM) sur les 43 présents au sommet fondateur de 13 juillet 2008 à se réunir jeudi dernier à Barcelone pour la cérémonie de l'installation du Jordanien Ahmad Massa'deh comme secrétaire général  de l'UPM.

Ainsi, les ministres des affaires étrangères notamment de France, d’Egypte, d’Espagne et de Jordanie, en plus du secrétaire général de la ligue arabe, l’égyptien Amr Moussa, continuent les  tentatives dans l’espoir de  relancer le projet du Président français Nicolas Sarkozy, basculé par l’agression israélienne sur Ghaza. Ainsi, le  premier secrétaire général de l’UPM, le Jordanien Ahmad Massa’deh, a pris ses fonctions à Barcelone, en Espagne. Il aura à ses cotés  six adjoints : palestinien (Environnement), israélien (Enseignement supérieur et recherche), turc (Transports), maltais (affaires sociales), grec (Energie) et italien (financement de projet PME-PMI). A savoir qu’actuellement, la France et l’Egypte assurent la co-présidence de l’UPM. M. Massa’deh promettra dans sa première déclaration d’«œuvrer à la croissance et à la sécurité sur les deux rives de la Méditerranée». Ce qui semble impossible avec l’attitude d Israël.

Installation du SG de l’UPM

De son côté, le ministre français des Affaires étrangères Bernard Kouchner a déclaré : «Je salue trois ans d’efforts. C’est le début. La France est fière de cette initiative. Nous avons quand même avancé malgré les difficultés politiques», avant d’ajouter : «Rien que d’avoir un secrétaire général et six adjoints entre six pays, dont un Israélien et un Palestinien qui n’avaient pas l’habitude d’être ensemble et s’affrontent durement parfois, c’est une réussite exceptionnelle». Toutefois, il faut savoir que  la mission de Ahmad Massa’deh porte sur la préparation du deuxième sommet de l’UPM, prévu en juin à Barcelone, dans le cadre de la présidence espagnole de l’UE, mais la réalité de conflit entre  Palestiniens et  Israéliens est toujours là puisque Israël ne ménage aucun effort pour montrer sa force militaire contre le peuple palestinien. Cependant, l’Algérie était une nouvelle fois parmi les pays absents à cette réunion comme c’était le cas  lors de la réunion tenue le 26 janvier dernier au Caire qui a vu le soutien de la candidature d’un Jordanien, Ahmad Massa’deh, au poste de secrétaire général.

Il faut dire que cette position de  l’Algérie si on peut l’appeler ainsi, intervient dans un contexte marqué par la complexité des relations entre l’Algérie et la France alimentée par les dernières provocations de la part de Paris, à  commencer par l’inscription de l’Algérie dans une liste des pays à risque terroriste, ce qui veut dire que les ressortissants algériens seront soumis à des mesures de contrôle spécifique au niveau des aéroports français. En plus de cette mesure, le ministre des affaires étrangères Bernard Kouchner s’est permis de dire que les relations entre les deux pays seraient plus simples si ce n’était pas la génération de l’Indépendance qui est au pouvoir. A citer aussi la pression menée par Paris sur le Mali qui a trahi son accord avec l’Algérie en libérant des membres du GSPC, dont deux algériens en échange d’un otage français.

Jusqu’à présent, l’Algérie n’a pas réagi à ses provocations, sauf avec l’annulation  de la réunion de la commission interparlementaire sans appliquer la réciprocité aux ressortissants français au niveau des aéroports algériens.

D’autre part, la question de la criminalisation du colonialisme en Algérie est désormais dans le camp du gouvernement algérien pour trancher puisque après le retrait de quelques articles, la proposition portant projet relatif à la criminalisation de la période coloniale française en Algérie, le bureau de l’Assemblée populaire nationale a soumis le texte en question à l’Exécutif. A savoir que cette proposition a été critiquée à haut niveau en France. Et il y a eu même des responsables qui ont douté du fait que le gouvernement algérien valide un tel projet commec’est le cas de M. Kouchner.

Dans toute cette situation complexe, certains observateurs se posent la question si la distance qu’il y a entre l’Algérie et l’Union pour la Méditerranée (UPM) , (projet français avant tout)  n’est pas quelque part une manière de protester contre les pratiques françaises ? Sachant que dans un premier temps, Paris misait sur l’Algérie pour la réussite de l’UPM, ce qui n’a pas l’air le cas aujourd’hui.

Il y a lieu de souligner que la position de l’Algérie vis-à-vis de l’Union pour la Méditerranée n’est toujours pas claire puisque en même temps Alger a confirmé son adhésion à l’UPM, à travers le plan d’action du gouvernement portant mise en œuvre du programme de président de la République, adopté par les deux chambres du Parlement en mai 2009. D’autre part, aucun signe ne montre dans la réalité cette adhésion comme action effective. D’ailleurs dans ce cadre, certaines sources révèlent que l’Algérie n’a pas jusqu’à présent soumis de propositions  concernant les différents projets évoqués par l’UPM durant les deux dernières années, notamment en Energie renouvelable.

Alors que  les deux voisins de l’Algérie, respectivement le Maroc et la Tunisie auraient demandé le financement de vingt (20) projets.

Pour rappel, des voix se sont élevées pour demander au Président Bouteflika de se retirer de l’UPM. Cependant, le choix d’être dans l’UPM a été fait dans l’espoir de voir des projets de développement se réaliser sur le terrain. Toutefois, la douleur de l’agression israélienne sur Ghaza intervenue au premier semestre de 2009 avait remis en cause le projet de Sarkozy.

D’ailleurs dans ce cadre, le chef de la diplomatie algérienne, Mourad Medelci, avait déclaré à l’APS en marge d’une rencontre sur les préparatifs du Festival culturel panafricain  d’Alger que  «l’agression sur Ghaza  n’encourage certainement pas la reprise de la discussion sans que beaucoup de choses ne soient clarifiées». Il avait aussi souligné : «Nous sommes membres de l’UPM et, de ce fait, nous continuerons à nous intéresser à la mise en œuvre de ses structures, notamment son secrétariat général».

Alors que l’Algérie était absente à cette installation. Lors de la réunion de la quatrième commission algéro- britannique tenue le 2 mars à Londres, il a été  évoqué la coopération en Méditerranée à travers le projet de l’Union Pour la Méditerranée (UPM). A ce titre,  il a été indiqué  que ce cadre de coopération et de partenariat «gagnerait à être renforcé dans l’intérêt des pays de la rive sud et des pays européens».

Ainsi, les pays de la rive sud dont l’Algérie  «ne s’investiront dans l’Union pour la Méditerranée  que s’ils estiment pouvoir en retirer un bénéfice économique ou politique, ce qui est encore loin d’être le cas».

Par Nacera Chenafi

 

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Chebel, Bencheikh et Ramadan

Trois auteurs musulmans en Occident

Je voudrais livrer aux lecteurs mes commentaires sur trois auteurs musulmans vivant en Europe. Le premier un Suisse, Tariq Ramadhan, d'origine égyptienne, le second, un Français d'origine algérienne, Soheib Bencheikh et le troisième, un Algérien Malek Chebel. Ces trois auteurs ont pour trait commun, outre la religion, d'écrire sur l'Islam et de jouir d'une notoriété médiatique relativement importante en France.

Mais qui est Soheib Bencheikh ?

Je commencerai par les deux derniers pour dire d’emblée ceci : chacun représente à mes yeux une énigme. Soheib Bencheikh, bien que l’auteur d’un seul ouvrage de portée générale sur l’Islam et les Musulmans en France, est recteur de la mosquée de Marseille, grâce à l’entregent de Dalil Boubekeur, recteur de la Mosquée de Paris. Né à Djedah, en Arabie saoudite, Bencheikh a étudié à El Azhar en Egypte, où il aurait eu un doctorat dans une des branches des sciences islamiques. Il a officié en tant que recteur de mosquée, et il anime des émissions télévisées (où y collabore) destinées à faire connaître l’Islam. Il s’agit donc d’un croyant, et d’un croyant averti. En outre, il s’implique dans la société où il vit, par rapport aux questions liées à l’Islam et plaide pour une intégration «sans conditions» des Musulmans dans les sociétés occidentales où ils vivent. Or, c’est le «sans conditions» qui représente à mes yeux une énigme. Soheib Bencheikh souhaite manifestement faire fondre la communauté musulmane, et tout ce qu’elle contient de spécificité, notamment religieuse, dans la masse «indistincte» de la France, à supposer qu’une telle indistinction existe. Venant d’un recteur de mosquée, cette démarche est réellement surprenante. Il en découle d’ailleurs des prises de positions publiques qu’on aurait de la peine à différencier d’un parfait matérialiste. Le voile, selon lui, la République française a raison de l’interdire. D’ailleurs, ajoute-t-il, même l’Islam le réprouve (il ne s’agit pas du niqab mais du voile). Des caricatures sur le Prophète de l’Islam ? C’est la liberté d’expression! s’écrie-t-il. «Je ne participerais pas à une manifestation contre la liberté d’expression». Et ce qui me paraît incompréhensible, c’est qu’en démocratie, on est censé justement exprimer avec liberté son opinion. Dénoncer, soutenir, manifester, en étant ce qu’on est. Alors, qui est donc Soheib Bencheikh ?

Chebel le compilatoire

Malek Chebel, lui, je crois savoir ce qu’il est : un auteur approximatif, qui a peu d’idées, et qui, pourtant, fait dans l’érudition, une forme que certains esprits hâtifs, ou excessifs, pourraient confondre avec la compilation. Malek Chebel a deux vertus, la première est d’écrire beaucoup, sur beaucoup de sujets, la seconde est de trouver des titres accrocheurs à ses ouvrages. Je pourrai ajouter, si je ne prenais garde à ma langue de vipère, une troisième vertu, celle de trouver des éditeurs pour le publier. Je connais un romancier algérien qui fait ses phrases à partir des mots rares et difficiles glanés dans les encyclopédies ; Malek Chebel, «chercheur», n’en est pas loin. L’énigme : il est présent dans tous les médias et donne des conférences dans les universités du monde entier. Je prie le lecteur de considérer mes propos sur Chebel comme de la simple médisance. Après tout, c’est en compatriote, et, peu importe les moyens, il défend plutôt bien les couleurs du bled.

Tariq Ramadhan : «Cet homme est dangereux»

Plus sérieusement, enfin Tariq Ramadhan, un auteur plutôt politique, en tout cas une personnalité intellectuelle, qui dérange énormément. Une dizaine d’ouvrages, tous hostiles, lui ont déjà été consacrés en France. Il débat à la télévision avec des personnalités politiques de premier plan, comme Nicholas Sarkozy ou Philippe de Villiers*. Des intellectuels de grande renommée, tels BHL, Alain Finkielfraut, ou Antoine Sfeir le prennent à partie ou l’invectivent  dans les médias. Les banlieues s’arrachent ses K7 audio, la police l’espionne, la préfecture lui a signifié une interdiction de séjour, les Américains lui refusent le visa** et des intellectuels comme Noam Chomsky ou Edward Saïd se mobilisent en sa faveur*.  Ajoutons enfin, qu’un journal de chez nous, El Watan pour ne pas le nommer, a mené campagne contre Tariq Ramadhan, à partir de son «bureau de Paris», en nous le présentant comme un «dangereux islamiste» au moment où la police française concluant officiellement qu’il ne l’était pas et qu’il ne l’aurait jamais été. Mais ce n’est pas que par ce journal que nous, Algériens, avons été invité à donner notre avis sur Ramadhan. Un autre Algérien l’a choisi pour cible, Med Sifaoui, connu pour son rôle controversé dans la rédaction de l’ex-déserteur militaire Habib Souadia, «la sale guerre» et investigateur médiatiquement notoire des réseaux d’El Qaïda dont il a su remonter, dit-on, les filières complexes. Med Sifaoui a donc témoigné contre Ramadhan dans le procès en diffamation que ce dernier a intenté contre Antoine Sfeir. Ce dernier n’avait pourtant fait que répéter ce que tout le monde disait : «Cet homme, Ramadhan, est très dangereux». Que croyez-vous que Sifaoui ait dit au juge à la décharge de Sfeir : «Il se trompe, Sfeir, il est en deçà de la vérié.»

Ramadhan, un Musulman au-dessus et non en deça

Telle est la contribution algérienne à la persécution médiatique de Ramadhan. Il n’est pas très dangereux, il est pire ! Un criminel ? Un monstre ? Mais qu’a-t-il donc fait, ce terrible «petit-fils de Hassen El Banna ?» Il a simplement osé se présenter lui-même comme «un Musulman qui tient aux principes fondamentaux de sa religion». Voilà son innommable crime. Contrairement au recteur de religion Soheib Bencheikh qui, lui, semble brader ses principes pour le moindre «bravo» des médias, Ramadhan exhorte les Musulmans d’origine étrangère et vivant en Occident, à s’intégrer et à s’af-ffirmer en tant que citoyens des pays où ils vivent. Ils ne les poussent ni à la contestation ni à la marginalisation ni à la rupture. Bien au contraire, il veut ôter de leur esprit toute idée de communautarisme. Leurs pays de référence ne doit plus être celui de leur origine, mais celui où ils vivent et dont ils doivent être les citoyens, soucieux et vigilants, sur leurs droits et leurs devoirs de citoyens. A la question : se sent-il plus Musulman que Suisse ou l’inverse, il répond : «Je suis Suisse. Ma conviction religieuse est l’Islam. Je défends mon pays et ses lois démocratiques qui me permettent de pratiquer mes convictions religieuses sans problèmes.» La réussite de l’intégration des Musulmans dans leur société d’adoption, que préconise inlassablement Ramadhan, ne peut réussir selon lui que si ces derniers s’en tiennent fermement à leur foi et ne marchandent pas là-dessus.

Tel est donc l’essentiel du discours du «bien en deçà» et du «très dangereux» Tariq Ramadhan.

Les discours, les ouvrages, les conférences, les articles et les cassettes de ce très prolifique auteur, ainsi que ses propos privés et sa vie de tous les jours, ont été examinés au microscope par tous ceux qui veulent sa peau. Rien  tout au plus l’accusation de tenir un double discours, au public occidental, modéré, subtil, tolérant, l’autre à ses «ouailles» où il se dévoilerait. Ceux qui profèrent ces accusations voudraient le voir, non pas défendre la religion qui est la sienne et qu’il enseigne d’ailleurs officiellement à l’université de Genève, mais l’attaquer, se renier par là même pour leur faire plaisir. Mais, hélas pour eux, Tariq Ramadhan entend défendre avec force et talent l’Islam auquel il croit. Et c’est bien cela qui dérange. Ce faisant, il embarrasse ceux qui non seulement ne souhaiteraient pas voir s’élargir aux Musulmans la liberté de culte qui  fonde la démocratie où ils vivent, mais se trouvent eux-mêmes en infraction par rapport à ces principes démocratiques. C’est le sens d’un article de Ramadhan qui stigmatise le communautarisme des intellectuels juifs en France, prompts à défendre Israël au détriment des Palestiniens. Cette attaque contre les intellectuels Juifs français, assimilée ni plus ni moins à de l’antisémitisme est à l’origine de la levée de boucliers médiatico-politique  anti-Ramadhan, lui valant une campagne inouïe de dénigrement et d’insultes. Campagne à laquelle, nous avons modestement bien sûr, participé grâce au bureau de Paris du journal El Watan et à Med Sifaoui, le brillant enquêteur es-qaïda.

Par Brahim Djalil

* Ces lignes ont été écrites en 2006

**  Le visa américain lui a été accordé récemment par l’administration Obama

 

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Les services de sécurité algériens

Entre pouvoir «réel» et pouvoir «apparent»

La conception sécuritaire en Algérie a une histoire et un argumentaire. L'une et l'autre puisent leurs sources dans la révolution armée et les impératifs qui s'en sont dégagés.

Une des conséquences de la manière dont s’est opérée l’indépendance du pays (départ massif des Européens et effondrement de «l’Etat colonial» sans autre Etat de substitution, après les déboires du GPRA, qu’un embryon d’organisation politico-militaire autour du FLN/ALN) et des rivalités de pouvoir qu’elle a suscitées a été de mettre la sécurité au centre des préoccupations du politique. L’érection des services spéciaux tournés, pour une large part, sur l’intérieur du pays, a été le fait de l’Etat lui-même et de ses dirigeants et non, comme certaines voix voudraient le faire croire, l’expression d’une force marginale et occulte qui s’était autoproclamée détentrice du «pouvoir réel», exonérant ainsi l’ensemble de la classe politique  aux commandes du pays de toute responsabilités quant aux dérives qui ont pu avoir lieu ça et là.

Dès l’origine, les services de sécurité furent donc l’instrument de l’Etat, tous dirigeants confondus. Que ce soit sous Ben Bella, Boumediene, Chadli ou aujourd’hui Bouteflika, c’est invariablement au sommet de la présidence que le vrai pouvoir sécuritaire s’exerce, que partent les ordres, s’opère le contrôle ou s’ordonne la répression. Jamais un service de sécurité algérien quelconque n’a été mis en posture de fonctionner en autonomie, ou mis dans la tentation d’agir directement sur le pouvoir – encore moins de s’en emparer. Jamais, pour ce que j’en sache, il n’a été permis à ses membres ou à ses chefs successifs d’élaborer des organisations ou des programmes politiques autres que relevant de la sécurité nationale telle qu’elle était définie par le pouvoir en place et dans le respect de la philosophie – parlons plutôt de l’esprit – héritée de la révolution qu’elle soit bonne ou mauvaise, excessive ou laxiste. Nous citerons deux noms qui ont présidé aux destinées du fameux service de la «SM» : Kasdi Merbah et Mohamed Betchine. Le premier est devenu ministre puis chef de gouvernement quelques années après avoir quitté son poste. Il est mort comme dirigeant d’un modeste parti politique. Le second est un tout aussi modeste patron de presse, deux journaux en fait qui comptent à peine dans le paysage national de la presse écrite. L’un et l’autre, pour avoir été les responsables de ce qui était censé être le « cœur du pouvoir» donnent, par l’exemple, la mesure de toutes les balivernes répandues sur l’importance de ce service de sécurité. La trajectoire de deux autres patrons, Nourredine Zerhouni, actuellement ministre de l’Intérieur après avoir été ambassadeur au Mexique, et Lakehal Ayat, en retraite, sans aucun rôle politique (aujourd’hui décédé) n’a aucun lien direct avec leur fonction antérieure. D’une façon globale, les itinéraires connus de la majorité des cadres supérieurs, en retraite, des services de sécurité algériens, dans la finance comme dans la politique, se caractérise nt par une relative modestie, bien loin en tout cas des énormes influences que l’opinion leur prêtait. Certains officiers entrés dans une franche opposition au pouvoir, et par extension à leur ancien employeur – les «Services» – n’ont pu jusqu’ici témoigner du contraire…

A leur corps défendant, ces Services procurent à l’Etat non seulement la sécurité que ce dernier exige d’eux – bien ou mal selon leurs compétences, selon leurs domaines de compétences aussi, et selon les cohérences ou l’absence de cohérence des impératifs qu’on leur assigne – mais lui offrent également la tête de turc idéale pour tout ce qui va mal en Algérie. La laisse par laquelle le pouvoir en place les tient est la garantie d’un dédouanement permanent à son profit. J’utilise cette métaphore à dessein, afin de souligner les limites objectives dans lesquelles s’inscrivent les tâches d’un service de sécurité, de l’importance de celui dont nous parlons. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, il n’a pas voix au chapitre lorsqu’il s’agit de conduire la politique du pays ; mais pourtant, il est l’élément moteur, par sa capacité à absorber toutes les erreurs commises, de la stabilité de l’Etat algérien et de sa préservation. Comment comprendre cela ?

La mentalité qui régit l’Etat algérien est d’essence guerrière. Elle suppose l’adhésion de la société sous peine de trahison. Toute opposition est considérée comme potentiellement liée à des intérêts «ennemis», les intérêts nationaux étant représentés exclusivement par les dirigeants – chefs de guerre – en place, à commencer par le premier d’entre eux, le président, qui n’est, en fait, qu’un général en chef mais donc aussi plus qu’un président. L’ennemi, pour revêtir une présence physique, doit être «inventé» selon les nécessités militaires et les stratégies du moment. Ce processus d’invention de l’ennemi, c’est la politique algérienne. Tout homme du sérail implique, dans son apprentissage si ce n’est dans ses prédispositions, la capacité de faire de la politique comme instrument de propagande au service d’une visée révolutionnaire qui ne dit pas toujours son nom. Le système politique algérien est un serpent qui se mord la queue, parce qu’obnubilé par une conception erronée du monde ; mais il fait preuve d’une adaptation réelle face aux situations les plus extrêmes. Sa force émane de cette idée matrice qui sous-tend toute activité politique : le monde est (néo) colonisé par des puissances dont l’Algérie cherche à se re-libérer selon les voies éprouvées de notre révolution. Sur quels critères reposent globalement ces voies ? 1) Une force militaire très discrète, quasi clandestine, qui représente la garde du pouvoir. 2) Une structure politico-administrative qui symbolise l’Etat et qui est en conflit de prérogatives larvée avec l’armée. 3) Une diplomatie offensive qui se déploie à l’échelle internationale et confère le prestige nécessaire à cet Etat FLN/ALN. Une telle «mobilisation» à qui l’on doit la réussite de la révolution, dans le contexte colonial, conserve peut-être ses qualités mais aggrave sûrement ses travers dans un autre contexte, celui de la post-indépendance. Parmi ses qualités, on peut citer l’adaptation du personnel de l’Etat aux formes diverses que prend le destin du monde.

Aucune «mode» n’a échappé à l’Algérie, celle-ci a tout tenté suivant l’air du temps : nationalisme, socialisme, libéralisme de façade, perestroïka, pluralisme politique et médiatique, culturalisme, islamisme modéré et radical, démocratie et démocratisme… Les réserves que sont les partis politiques embrassent un panel complet d’idéologies les plus inattendues jusqu’au lambertisme de certains trotskystes – officiellement et clandestinement en activité depuis environ trente ans ! A travers ses changements, la continuité déterminée d’un même système, avec quasiment les mêmes hommes, sinon les mêmes pratiques. Quant à ses défauts, ce sont ceux-là mêmes qu’induisent ses forces : rigidité, archaïsme, absence de transparence, fantasme de l’ennemi intérieur, défiance à l’égard de la société etc. La prégnance du pouvoir sur le pays est telle que ce dernier apparaît incapable de lui survivre. C’est la garantie d’un Etat solide et stable et en même temps le premier facteur de toutes les déstabilisations possibles. A propos du «serpent qui se mord la queue», expliquons-nous brièvement sur ceci : la révolution algérienne a été si radicale qu’elle a produit, en dehors de toute considération idéologique ou autre, les conditions de sa propre nécessité. Pour peu que l’indépendance nationale, objectif concret, se mue en indépendance totale – économique, culturelle etc. – objectif utopique, la révolution algérienne deviendra permanente. Elle n’obéira plus qu’à sa propre logique et, sans cesse, recherchera à perpétuer les formes originelles qui lui avaient assuré son triomphe sur le colonialisme. Elle tentera de mobiliser la société par une propagande similaire à celle des années cinquante, tout en se défiant de sa pluralité et de sa diversité, de la même manière qu’elle s’en méfiait alors. Elle usera, sans souci de cohérence, des modèles idéologiques en vogue pour préserver sa capacité de résistance face à un ennemi fantasmé sur le modèle colonialiste. Un modèle de type «avancé» qui servirait à la fois d’école de formation pour la modernité de la révolution, et de contre-exemple aussi puisqu’il s’agit constamment de s’en défaire.

Mais le monde change et vouloir le ramener à une équation intemporelle et immuable de type oppresseur-opprimé, ou colonisateur-colonisé, implique comme chez les Cubains, un pacte avec la société dont celle-ci ne veut plus. Le vision, héritée également de la révolution, sur une société tenue pour inconsistante, par sa pluralité même et qu’il s’agit simplement de «mobiliser» en vue de ses propres intérêts – sous la houlette de «patriotes» qui mettraient leur patriotisme supposé au-dessus de toutes considérations idéologiques pour réaliser la tâche sacrée de l’indépendance – engendre des conséquences imprévisibles. Car de quelle indépendance s’agit-il ? De quels patriotes ? La révolution finit par ne plus savoir où elle va. Elle perd son âme en perdant ses repères – et c’est la société qui prend le relais.     

Une telle perversité du système contraint le service de sécurité à jouer un rôle de régulateur entre société et dirigeants. Un rôle que sa nature même d’instrument au service de l’Etat, et par-delà d’instrument pour la préservation de la libération nationale (acquis de la révolution), toujours menacée, contredit. Dans la situation extrême que l’Algérie a connue par suite des élections législatives annulées de 1991, situation caractérisée par un effondrement brutal de toutes les instances dirigeantes élues du pays – présidence, assemblée nationale, assemblées municipales et de wilaya – le «Service», comme on l’appelle parfois, s’est retrouvé en position d’électron libre. Sans l’Etat, c’est-à-dire sans le pouvoir étatique symbolisé par la Présidence, qui lui indique les perspectives de son fonctionnement et face à une société en insoumission générale ou partielle. Il s’est replié dans ses derniers retranchements militaires, au sein de l’ANP, et a participé activement avec cette dernière à la lutte sur au moins deux larges fronts : le rétablissement de l’Etat et la domestication de la société. Pouvait-on imaginer que, profitant de ces troubles et de ce vide, ce Service s’empare du pouvoir comme il eût été logique ?

Oui, naturellement. Pourtant, tel ne fut pas le cas. La question a été plusieurs fois évoquée par la presse nationale et internationale de l’époque. Les réponses les plus souvent données étaient que : A quoi bon prendre un pouvoir dont on dispose déjà ? Autrement dit, le Service avait déjà le pouvoir entre les mains avant cette période de troubles.

Par conséquent, puisqu’il était détenteur du pouvoir, c’est lui-même donc et non le président Chadli qui a initié le processus d’ouverture politique. Une telle hypothèse, on le voit, est risible. Ou bien, dit-on encore : A quoi bon s’exposer aux tracas liés à l’exercice d’un pouvoir apparent, dans un pays fortement déstabilisé qui plus est, du moment que, dans le secret et la clandestinité, l’exercice du pouvoir est déjà assuré par des hommes que l’on connaît à peine ? Ces arguments prouvent au moins deux choses : outre l’ignorance, feinte ou avérée de leurs auteurs, sur le fonctionnement du système politique algérien, les contradictions n’embarrassent nullement leur esprit. Leur raisonnement revient à dire que le pouvoir pour lequel la lutte était engagée par toutes les forces du pays n’était qu’une «apparence» de pouvoir et qu’en fait, il ne servait à rien de le prendre. On ne comprendrait même pas pourquoi Chadli fut destitué puisqu’il n’était rien, rien de plus qu’une «apparence». Encore moins pourquoi il y aurait des coups d’état puisque, le cas de l’Algérie le prouverait, un pays peut vivre avec un pouvoir apparent et un autre occulte.

Le comble est atteint en l’occurrence lorsque le raisonnement vient dire que le pouvoir dit occulte n’a que faire du pouvoir apparent et que cela «expliquerait» pourquoi le Service, pas plus que l’armée d’ailleurs, n’en voulaient. La réalité est toute autre : la destitution de Chadli obéit certes à une logique de coup d’Etat mais l’organisation du système algérien, dans ses évolutions d’une quarantaine d’années, interdit à quiconque – services de sécurité ou armée – de le faire aboutir.

Tout ce que ce coup d’état a réussi, en fait, c’est pousser un président à se démettre. L’appréhension d’un changement de système radical qu’avait rendu possible la victoire islamiste du FIS contraignait le «cœur» de ce système à agir pour le défendre, ce qui est conforme à sa nature et à ses missions. Il a défendu jusqu’au bout ce qu’il était censé défendre. Quant à se substituer au pouvoir ou en instaurer un autre qui fasse preuve de docilité, tant d’années sont passées sans que personne n’y réussisse.

Boudiaf fut assassiné et Zeroual avait préféré démissionner… Quant à Bouteflika, il n’a fait que prendre le pouvoir qui était déjà le sien, en sa qualité de président. En d’autres termes, s’il est vrai que l’Armée fait les présidents en Algérie, on n’a jamais vu un président, parmi tous ceux qui se sont succédé depuis 1962, dépendre des militaires ; c’est toujours l’inverse qui est vrai. On peut tout dire de l’armée algérienne, par conséquent, sauf qu’elle n’est pas une institution comme une autre de l’Etat algérien.

Par Aïssa Khelladi

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Un succès de librairie

Ou comment fantasmer l’histoire de l’Algérie

Il est toujours gênant de parler d’un ouvrage dont la vente n’est pas permise en Algérie. Pourquoi, en effet, le faire si personne ici ne peut le lire ? Pourtant, en parler c’est peut-être le faire exister un peu auprès de celui qui ne le connaît pas. Maigre consolation, mais consolation tout de même si, lorsqu’on écrit sur un livre avec lequel on n’est d’accord sur rien ou presque, la question ne devenait plus compliquée. Car l’intention, en l’occurrence, est d’exprimer son désaccord avec les thèses ou les idées de l’ouvrage en question, et non pas de le «faire exister un peu». Ne vaut-il pas mieux alors s’abstenir d’en dire quoi que ce soit mais de cette manière, par le silence, accepter de se faire complice d’une censure, même si elle ne dit pas son nom, comme c’est, dit-on, le cas en Algérie ? On ne peut sortir de ce problème, sinon en affirmant, comme je le fais maintenant après tant d’autres, que la censure est une des choses les plus bêtes qui soit. Sauf lorsqu’elle est exercée avec art et manière, c’est-à-dire selon des procédures rigoureuses, par un organe de justice dans les cas naturellement prévus par la loi : racisme, sexisme, protection de la vie privée etc.

En interdisant une parole, la censure ne fait en réalité qu’ajouter à son crédit et participer à sa promotion ; on interdit ce qui gêne selon cette idée que c’est là, dans cette gêne, que loge forcément la vérité. Ici, elle est d’autant plus bête que l’ouvrage en question est accessible à des dizaines de milliers de lecteurs sur Internet et que n’importe qui peut se le procurer en France – vu la densité des échanges entre nos deux pays – le lire et le ramener dans ses bagages. De façon générale, jamais quiconque n’a réussi longtemps à empêcher la circulation des livres. Mais, s’agissant de la censure, je ne suis pas naïf au point d’ignorer qu’il s’agit là d’une pratique répandue, sous une forme ou une autre, y compris dans certaines démocraties occidentales, lorsque des considérations sécuritaires sont mises en avant pour tenter de la légitimer. Les Américains nous en ont donné un bon aperçu sur la couverture médiatique de leur guerre criminelle contre l’Irak. Mais la censure reste, dans tous les cas de figure, une pratique injustifiable. Parce que, en dernier ressort, elle compromet les potentialités d’une société et peut la mettre pour une durée indéterminée sous l’emprise d’une dictature comme c’est le cas de beaucoup de pays arabes aujourd’hui. Pour citer encore l’Irak, son occupation par les Etats-Unis aurait-elle été rendue possible sans l’existence de cette censure aveugle et systématique qui avait caractérisé le pouvoir de Saddam Hussein – censure qui avait fini, telle cette bête qui se mord la queue, par se retourner contre celui qui était censé l’organiser à son propre profit, ainsi que l’attestent les différents témoignages des ex-dirigeants irakiens eux-mêmes qui n’osaient plus informer correctement leur ancien maître sur la réalité de l’attaque américaine? Il est vrai qu’un peuple plus libre se soumet d’autant moins.

Cette notion de censure apparaît cependant comme une notion difficile à appréhender dans la pratique des gouvernements et de la politique en général. Dans l’absolu, tout le monde censure tout le temps, est-on tenté de dire. Officiellement, par le recours au classement des informations selon la préservation des «intérêts de l’état», officieusement, légalement, illégalement, pour des intérêts d’individus ou de groupes, ainsi de suite ; la liste des exemples est longue. Le gouvernement des Etats-Unis, symboles de la démocratie, est objectivement celui qui censure le plus si l’on tient compte de la quantité d’informations secrètes à sa disposition. Israël, société considérée démocratique, vit officiellement sous la censure militaire : l’Israélien, en fait, est bien moins au courant de ce qui se trame dans son gouvernement que le Palestinien dans le sien ;

Alors, quelle différence entre une «dictature» et une «démocratie» ?  

Dans Françalgérie, les auteurs (deux journalistes, un Algérien et un Français) revisitent l’histoire de l’Algérie depuis 1830 pour en dégager une idée maîtresse, celle de l’érection d’un «Etat criminel» dont la mise en place a suivi un long processus qui s’étale sur toute cette période ! On eût dit un scénario de film sur la mafia et ses parrains. Le souci de l’exactitude n’est pas la vertu première de cet ouvrage : approximations et contrevérités le jalonnent de la première à la dernière page. Tous les événements que l’Algérie a connus, en particuliers après l’indépendance, sont réinterprétés sous l’optique d’une bande d’assassins qui passerait le plus clair de son temps à tuer et fomenter des complots contre tout le monde, à commencer par eux-mêmes – on se demande bien pourquoi. Puis cette «pieuvre» passe à la vitesse supérieure, dans les années quatre vingt dix, en se mettant aux massacres collectifs, voire au génocide. Le FIS, c’est l’œuvre de cette pieuvre. Pour quoi faire ? Pour exterminer le peuple ! Octobre 88 ? Un complot pour tuer et blanchir l’argent volé. L’annulation des élections législatives de 1991 ? La guerre contre le terrorisme ? L’élection de Bouteflika ? Pour tuer, voler, tuer, voler…

Le chef du réseau criminel ? «Larbi Belkheir qui se dissimule derrière le modeste poste de conseiller du président». L’instrument de ce réseau ? «Le Service et les généraux de l’ANP». L’inventaire de ces absurdités pourrait être aussi long que ledit ouvrage lui-même – quelque six cents pages. Tous les faits, toutes les déclarations, toutes les décisions économiques ou politiques sont convoqués dans le seul but de «conforter» cette thèse. Mes propres écrits sont abondamment cités pour me situer à l’intérieur de ces réseaux. J’aurais entre autre «participé» à l’avènement du coup d’Etat contre Chadli, rien de moins… Si par la grâce d’un esprit tordu, l’on devait suivre la logique de ce «raisonnement», on en viendrait à le suspecter d’avoir été élaboré dans ces mêmes «laboratoires occultes» qu’il est censé dénoncer. Car, enfin, loin de servir une quelconque vérité, il ne fait, par son incroyable exagération, que conforter la thèse contraire qui consiste à hisser ces pseudo réseaux au-dessus de tout soupçon. Par leur outrance même, les propos de ces deux journalistes disent exactement le contraire de ce qu’ils affirment.

 Mais à quoi bon un inventaire ? La question est plutôt : un tel ouvrage mériterait-il d’être censuré lorsque, en fin de compte, il ne fait que reprendre des propos de café sous un habillage documentaire ? Sans doute pas. Nous sommes ici non en présence d’un livre historique qui avancerait les faits avec la rigueur nécessaire au triomphe de la vérité, mais d’une opération de communication, ou plus exactement de propagande. Les deux auteurs sont naturellement libres d’exprimer leurs opinions comme ils l’entendent. Les interdire ici, c’est nier cette liberté. Du même coup, c’est nier la liberté des Algériens à lire ou écrire ce qu’ils veulent, sous prétexte que nous sommes en «guerre révolutionnaire» – contre le terrorisme cette fois-ci. Pour autant, faut-il ignorer le contexte dans lequel s’exercerait une liberté idéale ? Dans le cas algérien, l’influence de la culture française est telle qu’elle induit des «réactions de défense» du type de la censure. Il serait bien naïf de croire que tout ce qui nous vient d’Occident est bon, et que nous sommes assez mûrs pour distinguer le bon grain de l’ivraie, sans avoir besoin de mécanismes quelconques de protection. Notre maturité reste à prouver par notre capacité à produire sur nous-mêmes nos propres discours, à réagir aux discours des autres, et à commencer par le faire avec une façon de penser qui soit la nôtre. Reste à savoir dans quelle langue, car c’est là tout le problème.          

A. K.

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