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Des tonnes de viande pour étouffer la
spéculation
Nous sommes à une
bonne encablure de Ramadhan et voilà déjà le ministère du Commerce
qui entre en campagne en vue de juguler la flambée des prix qui
toujours se produit à ce moment de l’année, avec pour effet de
retrancher d’un coup une bonne partie du pouvoir d’achat de la
ménagère moyenne, déjà pas très élevé.
La décision prise
d’autoriser l’importation de milliers de tonnes de viande ovine est
sans doute un signe fort émis par les pouvoirs publics en direction
des spéculateurs, mais on peut douter de son pouvoir dissuasif, pour
autant qu’elle n’est pas accompagnée par d’autres mesures. Encore
qu’il soit judicieux que ce soit sur ce produit, dont la demande
explose pendant le Ramadhan, que le gouvernement ait d’abord porté
son attention. Il suffit en effet que son prix parte à la hausse
pour que la valse des étiquettes s’enclenche, celles des fruits et
légumes notamment, le mois de carême étant aussi, on peut toujours
le regretter, celui de la bouffe. On ne peut donc exclure pour
l’heure que le régulateur ait l’intention de limiter son
intervention à cette seule action, estimant qu’il suffit d’enrayer
l’effet d’entraînement suscité par la hausse de la viande de mouton,
et par ce moyen radical qui consiste à faire avorter cette
dernière : un surcroît d’offre, pour que l’ensemble des prix reste
relativement stable.
Mais qu’en
sera-t-il alors si son calcul s’avère faux, si la pression à la
baisse exercée par lui sur le prix de la viande ovine ne produit pas
l’effet recherché sur les autres prix ? Ce qui adviendra dans ce
cas de figure n’est pas bien difficile à prévoir. Tous les produits
augmenteront à l’exception de ceux des viandes. Et ceux-ci suivront
le mouvement général dès lors que les milliers de tonnes importées
auront été épuisées. Ce qui ne manquera pas de survenir dans les
jours suivant la fin du mois de Ramadhan. A moins que le
gouvernement mette en place une même offre à flux tendu.
Il faut bien
comprendre en effet quelles sont ses véritables craintes en
l’espèce ; craintes qui, du reste, recoupent jusqu’à un certain
point celles de l’ensemble des consommateurs. C’est que la hausse
propre à ce mois particulier qu’est le Ramadhan ne commence pas à
refluer à la fin de celui-ci, de sorte que les prix retrouvent, plus
ou moins rapidement, le niveau qui était le leur auparavant, mais
qu’au contraire le palier auquel les a hissés la spéculation durant
ce mois devienne un nouveau point de départ, en quelque sorte
acquis, consacré par le marché, pour un nouveau cycle
inflationniste. Car, en effet, c’est bien ce qui s’est passé l’année
dernière. La flambée qui a salué l’arrivée du mois ne s’est pas
éteinte à son terme, mais s’est poursuivie de la même allure. D’où
le niveau actuel de l’inflation, qui frise les 6%, ce qui en fait
l’une des plus élevées au monde.
Si les pouvoirs
publics étaient assurés que les choses se dérouleraient
différemment pour le Ramadhan à venir, le plus probable est qu’ils
ne s’y prendraient pas d’aussi loin pour empêcher que le même
processus se reproduise. Il est clair que c’est parce qu’ils sont
convaincus du contraire qu’ils se mobilisent dès maintenant à cet
effet.
Nous avons là un
bon exemple de la réponse tout de circonspection que le
gouvernement compte apporter au dérèglement induit par une
libéralisation bien trop rapide pour que les dispositifs de
régulation aient pu se mettre en place au même rythme. Introduire
dans le marché une quantité importée d’un certain produit dans le
but d’empêcher l’augmentation de son prix peut être perçu aussi bien
comme une intervention contraire au principe de la liberté des prix
que comme une action de régulation légitime au regard des deux maux
principaux qu’il s’agit de conjurer : la spéculation et la spirale
inflationniste.
A vrai dire, le
ministère du Commerce n’a pas l’intention de mettre lui-même sur le
marché les 10 000 tonnes de viande ovine en question, mais seulement
d’autoriser leur importation par le ou les opérateurs privés qui en
feront la demande. Il n’ y a pas d’entorse manifeste à la liberté
des prix, ni à la loyauté en matière de concurrence. Pourtant,
chacun se doute bien que c’est en fait l’Etat qui, mettant à
contribution des opérateurs privés, s’oppose à la spéculation à la
hausse qui traditionnellement sévit à un moment particulier, et qui
a ceci de particulier qu’elle ne retombe passé ce moment propice,
mais se poursuit, quoique généralement d’une manière plus mesurée.
Par Mohamed
Habili
e-mail :contact@lesdebats.com
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