Semaine du 10 au 16 mars 2010
 

  Réflexion Faite

Des tonnes de viande pour étouffer la spéculation

 

 
 
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Des tonnes de viande pour étouffer la spéculation

Nous sommes à une bonne encablure de Ramadhan et voilà déjà le ministère du Commerce  qui entre en campagne en vue de juguler la flambée des prix qui toujours se produit à ce moment de l’année, avec pour effet de retrancher d’un coup une bonne partie du pouvoir d’achat de la ménagère moyenne, déjà pas très élevé.

La décision prise d’autoriser l’importation de milliers de tonnes de viande ovine est sans doute un signe fort émis par les pouvoirs publics en direction des spéculateurs, mais on peut douter de son pouvoir dissuasif, pour autant qu’elle n’est pas accompagnée par d’autres mesures. Encore qu’il soit judicieux que ce soit sur ce produit, dont la demande explose pendant le Ramadhan, que le gouvernement ait d’abord porté son attention. Il suffit en effet que son prix parte à la hausse pour que la valse des étiquettes s’enclenche, celles des fruits et légumes notamment, le mois de carême étant aussi, on peut toujours le regretter, celui de la bouffe. On ne peut donc exclure pour l’heure que le régulateur ait l’intention de limiter son intervention à cette seule action, estimant qu’il suffit d’enrayer l’effet d’entraînement suscité par la hausse de la viande de mouton, et par ce moyen radical qui consiste à faire avorter cette dernière : un surcroît d’offre, pour que l’ensemble des prix reste relativement stable.

Mais qu’en sera-t-il alors si son calcul s’avère faux, si la pression à la baisse exercée par lui sur le prix de la viande ovine ne produit pas l’effet recherché sur les autres prix ? Ce qui  adviendra dans ce cas de figure n’est pas bien difficile à prévoir. Tous les produits augmenteront à l’exception de ceux des viandes. Et ceux-ci suivront le mouvement général dès lors que les milliers de tonnes importées auront été épuisées. Ce qui ne manquera pas de survenir dans les jours suivant la fin du  mois de Ramadhan. A moins que le gouvernement  mette en place une même offre à flux tendu.

Il faut bien comprendre en effet quelles sont ses véritables craintes en l’espèce ; craintes qui, du reste, recoupent jusqu’à un certain point celles de l’ensemble des consommateurs. C’est que la hausse propre à ce  mois particulier qu’est le Ramadhan ne commence pas à refluer à la fin de celui-ci, de sorte que les prix retrouvent, plus ou moins rapidement, le niveau qui était le leur auparavant, mais qu’au contraire le palier auquel les a hissés la spéculation durant ce mois devienne un nouveau point de départ, en quelque sorte acquis, consacré par le marché, pour un nouveau cycle inflationniste. Car, en effet, c’est bien ce qui s’est passé l’année dernière. La flambée qui a salué l’arrivée du mois ne s’est pas éteinte à son terme, mais s’est poursuivie de la même allure. D’où le niveau actuel de l’inflation, qui frise les 6%, ce qui en fait l’une des plus élevées au monde.

Si les pouvoirs publics étaient assurés que les choses  se  dérouleraient différemment pour le Ramadhan à venir, le plus probable est qu’ils ne s’y prendraient pas d’aussi loin pour empêcher que le même processus se reproduise. Il est clair que c’est parce qu’ils sont convaincus du contraire qu’ils se mobilisent dès maintenant à cet effet.

Nous avons là un bon exemple de la réponse  tout de circonspection que le gouvernement compte apporter au dérèglement induit par une libéralisation bien trop rapide pour que les dispositifs de régulation aient pu se mettre en place au même rythme.  Introduire dans le marché une quantité importée d’un certain produit dans le but d’empêcher l’augmentation de son prix peut être perçu aussi bien comme une intervention contraire au principe de la liberté des prix que comme une action de régulation légitime  au regard des deux maux principaux qu’il s’agit de conjurer : la spéculation et la spirale inflationniste.

A vrai dire, le ministère du Commerce n’a pas l’intention de mettre lui-même sur le marché les 10 000 tonnes de viande ovine en question, mais seulement d’autoriser leur importation par le ou  les opérateurs privés qui en feront la demande. Il n’ y a pas d’entorse manifeste  à la liberté des prix, ni à la loyauté en matière de concurrence. Pourtant, chacun  se doute bien que c’est en fait l’Etat qui, mettant à contribution des opérateurs privés, s’oppose à la spéculation à la hausse qui traditionnellement sévit à un moment particulier, et qui a ceci de particulier qu’elle ne retombe passé ce moment propice, mais se poursuit, quoique généralement d’une manière plus mesurée.

Par Mohamed Habili

 

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