hjk

 

Semaine du 11 au 17 Février  2009

 

La CIA parmi nous

Andrew Warren : Un espion à Alger

                                    Dossier et synthèse de Abane Châabane

 

 

 

 Dossier


Accueil

La CIA parmi nous

Andrew Warren : Un espion à Alger

Dossier et synthèse de Abane Châabane

 

Les faits tels que rapportés par Newsweek

Andrew Warren semblait avoir le profil de l’agent que la CIA recherche pour lutter contre le terrorisme. Imprégné par l'histoire du Moyen-Orient, il s’est converti à l'islam et prétend parler couramment six dialectes arabes. Il était naturel que cet homme, formé dans les arts martiaux, soit l’homme de la CIA à Alger, un poste d'écoute de l'Afrique du Nord où de nombreuses régions constituent un foyer du terrorisme. Il a confié à ses amis que c’est pour être  «au centre des choses» qu'il est entré au service des affaires extérieures des Etats-Unis. Agé de 41 ans, Andrew Warren a été recruté par l'agence à la suite des attentats du 11 septembre. Il a exercé en Afghanistan, puis en Egypte avant de rejoindre, en septembre 2007, Alger en tant que chef de la CIA. Les personnes qui l'ont côtoyé le décrivent comme quelqu'un de très doué et pointilleux dans son travail. Il avait fait ses preuves au pays des mollahs où il a fréquenté «sans le moindre complexe, les mosquées afghanes», racontent ceux qui l'ont connu, cités par des média US.

Voici Andrew Warren impliqué dans un sordide scandale, embarrassant aussi bien pour l’Algérie que pour les Etats-Unis. Selon un affidavit signé par un enquêteur du Département d'Etat américain pour la sécurité, au cours des deux dernières années Warren aurait drogué puis violé au moins deux femmes algériennes.  

Bien que la CIA ne l’a toujours pas confirmé, de nombreux fonctionnaires du gouvernement américain ont fait à Newsweek la révélation, rapportée pour la première fois par le correspondant de ABC News, Brian Ross, que Warren a été en poste à Alger en tant que chef de station de la CIA.

Warren, qui n'a pas fait de commentaire publiquement, n'a été inculpé d'aucun crime. Cependant, la déclaration sous serment est accablante. Les deux femmes algériennes ont confié aux enquêteurs que Warren, lors de visite officielle à sa résidence à Alger, leur a servi des cocktails, qui leur ont causé des vomissements et la perte de conscience.  

L’une d’elle se réveille nue dans une chambre à coucher et trouve un préservatif utilisé. L’affidavit décrit en détail comment l'autre victime se souvient alors q’elle était à demi consciente, que Warren l'a violée. Ce dernier a été rappelé à Washington en Octobre 2008. Lors d'une fouille de sa maison à Alger, les enquêteurs ont trouvé plusieurs lecteurs d'ordinateur et des périphériques de stockage de données, un manuel sur l'enquête des agressions sexuelles et des quantités de Xanax et Valium. Les experts affirment qu’ils sont couramment utilisés dans les attaques pour viol.

Warren est un auteur en plus d’être un espion. Il y a huit ans, il a publié un thriller intitulé «The People of the Veil». Le héros du livre est un diplomate américain, basé à Alger, et en butte avec des terroristes qui tentent d’attaquer et de prendre l'ambassade américaine. Le héros, qui s’appelle Nick Philips, a une liaison avec Mariam, une belle femme algérienne qui a évité les hommes arabes, mais est tombée amoureuse de Nick, car il la respecte, comprend sa culture, raconte Warren.

S'exprimant anonymement, l'un des instructeurs de Warren à la  «firme», appellation de l’endroit où sont formés les espions, a déclaré à Newsweek que Warren a été «une vague de canon», dont la confiance en soi confine au narcissisme. Pourtant, a-t-il ajouté, habituellement les fortes têtes de l'agence «sont écrasés pour cela».  

 Un ancien universitaire, le professeur William Alexander de Norfolk State University, décrit Warren comme un homme peu «crédible» et a révélé sans plus de précisions qu'il travaillait sur un deuxième roman.

  

Que dit le rapport de Scott Banker ?

L'information révélant que l'ex-chef de la CIA à Alger, Andrew Warren, est soupçonné par la justice américaine d'avoir commis des actes «aggravés» d'abus sexuels sur deux femmes alors qu'il était en poste à Alger entre septembre 2007 et octobre 2008, repose sur un premier rapport d'enquête du service de la sécurité diplomatique auprès du département d'Etat américain déposé au niveau de la cour fédérale de Washington. L'enquête a été ouverte à la suite de plaintes déposées, séparément, par deux femmes à l'ambassade des Etats-Unis à Alger, accusant le premier responsable de la CIA de les avoir violées.

Le rapport en question, signé par l'agent spécial Scott Banker, fait référence aux deux victimes comme étant toutes les deux des ressortissantes algériennes résidant à l'étranger, respectivement en Allemagne et en Espagne, qui viennent en Algérie régulièrement pour des visites familiales. Les témoignages des deux victimes ont été rapportés à des moments différents au service de sécurité de l'ambassade des USA à Alger, et «toutes les investigations dont elles ont fait l'objet n'ont donné aucune indication sur un quelconque contact qu'elles auraient pu avoir entre elles, ni avant, ni après les faits». Selon ce même document, la première victime a affirmé aux autorités américaines qu'elle «avait été violée en septembre 2007, à l'occasion d'une réception organisée par le personnel de l'ambassade US à Alger au domicile d'Andrew Warren ». Elle a également déclaré «qu'on lui a servi un cocktail (Whisky-Coca), préparé loin de son regard». Tard dans la soirée, «après un dernier verre qui lui a été servi par le mis en cause», ajoute-t-elle, «elle s'est subitement sentie mal et a commencé à vomir». Pour la suite, elle se rappelle uniquement que «le lendemain elle s'est réveillée au domicile de l'agent de la CIA, toute nue, avec le sentiment d'avoir été violée», selon le rapport d'enquête du département d'Etat. Elle dit aussi n'avoir «aucun souvenir d'avoir eu des rapports sexuels avec le concerné». La seconde victime, pour sa part, place les faits à «février 2008, mais donnant un récit des faits tout à fait similaire».

Interrogé par les enquêteurs, Andrew Warren a nié les «allégations» des deux victimes, tout en admettant «avoir eu des rapports intimes avec elles, mais avec leur consentement». Pour les médias US, ces accusations peuvent avoir un effet dévastateur sur la crédibilité des personnels américains à l'étranger, même si les officiels en poste font preuve de beaucoup de lucidité et de prudence et préfèrent ne pas trop s'avancer à propos d'une enquête qui n'a pas livré tous ses secrets. Le porte-parole du département d'Etat, Robert Wood, s'est limité, pour sa part, à dire que les Etats-Unis «prennent très au sérieux toute accusation impliquant son personnel à l'étranger», invitant les représentants des médias à se rapprocher pour tout autre détail sur cette affaire du département de la Justice, lequel, de son côté, s'est abstenu de faire le moindre commentaire. Il y a pourtant des éléments qui sont, pour le moins qu'on puisse dire, troublants : les enquêteurs ont découvert, suite à une perquisition effectuée au domicile du chef de la CIA à Alger, des photos compromettantes. Les deux plaignantes y figurent. En outre, les enquêteurs ont découvert un journal intime où le mis en cause avait rapporté ses expériences sexuelles, en plus d'une douzaine d'enregistrements vidéo où les «partenaires» ou plutôt les victimes «ne paraissaient pas tout à fait conscientes», affirment les médias américains citant des sources proches du dossier.

Les précieux renseignements contenus dans ces enregistrements vidéo ont donné du crédit à la version des deux témoins par rapport au mode opératoire utilisé par le mis en cause, notamment en ce qui concerne les accusations selon lesquelles l'ex-chef de la CIA aurait administré à ses victimes, sans qu'elles ne se rendent compte, des drogues pour les ramener à se soumettre à ses désirs sans la moindre résistance. Une piste confortée encore plus par la découverte, lors de la perquisition du domicile de Warren, de flacons de Valium et de Xanax, deux substances que les experts du FBI décrivent comme «communément utilisées pour faciliter les actes d'abus sexuels», selon le même rapport d'enquête. Autre élément apporté par cette pièce à conviction, certaines de ces vidéos, la date affichée faisant foi, avaient été tournées avant septembre 2007, en d'autres termes bien avant que l'agent ne soit en poste à Alger, précisément au moment où il était en poste au Caire. Un élément nouveau qui a poussé le département de la Justice à élargir le champ d'action de son enquête à l'Egypte, selon des officiels américains cités par ABC.

A.C.

Source : El Khial

 

Où en est l’enquête en Egypte ?

Avant de rejoindre son poste à Alger, Andrew Warren avait exercé en Egypte. Dès l’annonce des faits qui lui sont reprochés, la police égyptienne a entrepris une vaste enquête en étroite collaboration avec l’ambassade et les services de sécurité américains.

Warren dirigeait la station CIA au Caire, à Garden City précisément, le lieu où se trouve l’ambassade américaine. Mais ce n’est pas seulement à partir de cet endroit qu’il agissait. Les services égyptiens ont convoqué systématiquement toutes les femmes qui fréquentaient assidûment, durant la période où Warren exerçait son activité, la Mission, la bibliothèque des Centres culturels du Caire et d’Alexandrie, ainsi que l’université américaine. Les aides financières prodiguées par ces institutions, notamment aux gens de la presse et aux universitaires laissent penser, aux yeux des Egyptiens, que de nombreux recrutements ont pu être opérés par ce biais. Ces appréhensions sont confirmées par le nombre élevé de femmes à demi conscientes qui se trouvent dans les vidéos saisies par les enquêteurs américains. Le moyen utilisé, pour savoir qu’il s’agissait pour la majorité d’entre elles d’Egyptiennes, consiste à comparer la date figurant sur la vidéo et celle où Warren se trouvait en Egypte.

Il apparaît donc que durant des années, Warren a pu s’adonner, sous couvert d’espionnage, à cette pratique peu commune de droguer, violer et faire chanter des femmes sans que jamais l’une d’elles n’ait songé à le dénoncer à la justice locale ou à l’ambassade américaine. La raison de ce silence est due, estime-t-on, aux traditions dans les pays musulmans et aux situations extrêmement compromettantes dans lequel le chef de la CIA les a mises, ne leur laissant qu’un choix, celui de se soumettre totalement à sa volonté.

 Le ministère de la Justice américaine et le Bureau des investigations fédérales (FBI) de l’ambassade au Caire, s’ils ne condamnent pas cette vague de convocations et d’enquêtes au sujet d’un ancien responsable de leurs services secrets, exigent néanmoins d’être associés à toute l’opération, et de jouir de la possibilité d’interroger à leur tour les femmes concernées. Déjà, un débat a opposé les services des deux pays. Tandis que pour les Egyptiens, Warren a opéré, par des moyens très illégaux, beaucoup de recrutements qu’il s’agit de débusquer, pour les Américains, il n’est pas impossible que le chef de station CIA soit la victime d’une conspiration d’un pays du Golfe qui resterait à déterminer, et qu’il ait été d’abord recruté lui-même avant de se voir ordonner de recruter les autres ! Les Egyptiens ne partagent pas cet avis, car ils considèrent que Warren était le manipulateur non le manipulé, ainsi que le montrent les vidéos saisies et le recours aux drogues similaires à celles qu’utilisent les services du FBI eux-mêmes, telles le Xanax et le Valium. Débat à suivre…

En attendant, les résultats obtenus par les enquêteurs sont tenus au secret. Sur l’ordinateur de Warren, beaucoup d’autres images ont pu être récupérées, montrant des femmes invariablement dans des postures compromettantes pour elles. Cependant, les dates relevées sur chaque «prise» montrent que l’Egypte n’était pas le seul terrain de prédilection de Warren, puisque d’autres pays du Golfe sont également concernés. Reste à savoir, si une puissance régionale quelconque, a pu réussir à «retourner» Warren, mais laquelle ? Entre l’Iran et Israël, la surprise peut venir de là.

Farid Cherkoun

 

Qu’est-ce qu’un chef d’antenne CIA ?

Le chef de station de la CIA (Chief of station, COS) est un officier de la Central Intelligence Agency, généralement expérimenté, qui est chargé de diriger sous couverture diplomatique de l’ambassade des Etats-Unis les activités de la CIA dans une capitale donnée.

Rôle

Le chef de station est le plus haut représentant de la CIA dans le pays donné, il est chargé de la collecte du renseignement dans ce pays par les méthodes
«ouvertes» (par exemple lecture de la presse) ou clandestines (écoutes, recrutements), ou contre les pays voisins (par exemple, la station de la CIA à Riyad sert aussi à travailler contre l’Iran) selon les directives de la Division géographique dont elle dépend. Les chefs de station ont aussi la possibilité d’envoyer au quartier des «Aardwolf», rapports décrivant la situation dans le pays.

Le rôle des chefs de station de la CIA a encore été renforcé au sein même des représentations des services secrets américains à l’étranger par une directive du directeur du renseignement national (DNI), John Negroponte, en date de mai 2005, qui indique que les chefs de station doivent représenter au niveau local le DNI, d’une part, et d’autre part doivent lui en référer si une question posée concerne plusieurs services de renseignements.

Les officiers de la CIA qui dirigent une équipe dans les consulats américains sont appelés les chefs de base (COB).

Organisation

On compte 5 divisions géographiques à la CIA (Eurasie, qui comprend entre autres plusieurs pays de l’ex-URSS ; Europe de l'Ouest ; Moyen-Orient et Asie du Sud ; Amérique latine ; Extrême-Orient), chacune a donc des stations de la CIA dans les capitales des pays qu’elle supervise.

Pour remplir sa tâche, le COS dispose d’un adjoint (Deputy chief of station, DCOS) ainsi que d’officiers traitants, d’analystes, experts en communications, secrétaires, avec des effectifs plus ou moins importants selon la station et ses objectifs. Par exemple, l’antenne de la CIA à Moscou comptait au milieu des années 1980 entre 8 et 12 officiers, celle de Paris 70.

Généralement, un officier de la CIA n’est chef de station dans un pays donné que pour une durée de 2-3 années ; ensuite, il est muté ailleurs.

Source : Wikipedia

 

 

Projet MKULTRA

La manipulation mentale

Le Projet MKULTRA (connu aussi sous le nom de MK-ULTRA) est le nom de code d'un projet de la CIA des années 1950 à 1970 visant à manipuler mentalement certaines personnes par l'injection de substances psychotropes. «Le directeur adjoint de la CIA a révélé que plus de trente universités et institutions avaient participé à un large projet de tests et d'expérimentations qui incluait des tests de médicaments cachés sur des sujets non volontaires de toutes les catégories sociales, hautes et basses, américains et étrangers. Plusieurs de ces tests consistaient à administrer du LSD sur des sujets ignorants dans diverses situations sociales. Au moins une mort fut enregistrée, celle du Dr Olson est due à ces activités. L'Agence a elle-même reconnu que ces expériences n'avaient pas de valeur scientifique. Les agents qui faisaient le suivi n'étaient pas des observateurs scientifiques compétents». (Sénateur Kennedy)

 

Origines

Dirigé par le Dr Sidney Gottlieb, le projet MKULTRA fut initié sous l'impulsion du directeur de la CIA, Allen Dulles, en avril 1953, en réponse à des utilisations supposées de techniques de contrôle mental qui auraient été faites par l'Union soviétique, la Chine et la Corée du Nord sur des prisonniers de guerre américains lors de la guerre de Corée. La CIA voulait développer des techniques similaires. L'agence voulait aussi être capable de manipuler des leaders étrangers et tentera d'ailleurs d'utiliser certaines de ces techniques sur Fidel Castro.

En 1964, le projet fut renommé MKSEARCH. Le but était de produire un sérum de vérité (également nommé la sauce) parfait destiné aux interrogatoires de personnes soupçonnées d'être des espions soviétiques et plus généralement d'explorer les techniques de contrôle mental.

En 1972, Richard Helms, directeur de la CIA, ordonne la destruction des archives du projet. Il est donc difficile d'avoir une compréhension complète de MKULTRA étant donné que plus de 150 sous-projets différents ont été financés dans le cadre de ce programme. Le projet fût définitivement stoppé en 1988.

Buts

L'Agence dépensa des millions de dollars dans des études ayant pour objet de tester littéralement des douzaines de méthodes pour influencer et contrôler l'esprit. Un document MKULTRA de 1955 donne une indication de l'ampleur de l'effort consenti ; ce document fait référence à l'étude d'un assortiment de substances qui altèrent l'esprit comme suit :

 

1.         Substances provoquant un raisonnement illogique et une impulsivité au point que le sujet se discréditera en public.

2.         Substances augmentant les capacités mentales et les capacités de perception.

3.         Substances empêchant ou contrariant les effets toxiques de l'alcool.

4.         Substances augmentant les effets toxiques de l'alcool.

5.         Substances produisant les signes et symptômes de maladies connues de façon réversible, pouvant être ainsi utilisées pour stimuler les malades, etc.

6.         Substances rendant la persuasion de l'hypnose plus facile ou qui augmentent son utilité.

7.         Substances renforçant les capacités de l'individu à supporter privation, torture et coercition pendant un interrogatoire ou lavage de cerveau.

8.         Substances et méthodes physiques produisant l'amnésie des événements se déroulant avant et pendant leur utilisation

9.         Méthodes physiques pour produire choc et confusion sur de longues périodes et susceptibles d'être utilisées de façon furtive.

10.       Substances provoquant des incapacités physiques comme paralysie des jambes, anémie aiguë, etc.

11.       Substances produisant une euphorie «pure», sans «redescente».

12.       Substances altérant la personnalité de telle façon que la tendance du sujet à devenir dépendante d'une autre personne est augmentée.

13.       Substances causant une telle confusion mentale que l'individu sous son influence lors d'un interrogatoire trouvera difficile de soutenir une histoire fabriquée.

14.       Substances qui font baisser l'ambition et l'efficacité générale de l'homme lorsque administrées en quantités indétectables.

15.       Substances qui provoquent faiblesse et distorsion visuelle ou auditive, de préférence sans effets permanents.

16.       Pilule assommante qui peut être administrée subrepticement dans la nourriture, les boissons, les cigarettes, ou sous forme d'aérosol, etc., qui peut être utilisée en toute sécurité, provoquant une amnésie maximum, et qui pourrait convenir à certains types d'agents sur une base ad hoc.

17.       Substances qui peuvent être administrées subrepticement par les voies supérieures, et qui en très petites quantités rendent impossible toute activité physique.

Les expériences

Les documents de la CIA suggèrent que l'agence a pensé à utiliser des radiations dans le cadre du projet. La plupart des expériences ont consisté en l'utilisation de psychotropes, particulièrement le LSD. Les expériences se sont déroulées sur des employés de la CIA, du personnel militaire, d'autres agents du gouvernement, des prostituées, des personnes affligées de pathologies mentales et des membres du public, généralement sans l'assentiment du sujet.

Les expériences ont parfois pris une tournure sadique. Gottlieb enfermait ses victimes dans des chambres de carence sensorielle après leur avoir injecté du LSD. Il enregistrait les patients souffrant de troubles mentaux lors de leurs thérapies et repassait les passages les plus dégradants des enregistrements en continu à travers des casques audio après que les patients furent vêtus de camisoles de force et sous LSD. Gottlieb était lui-même un consommateur fréquent de LSD, s'enfermant dans son bureau et prenant des notes détaillées sur les effets de la drogue.

Les efforts pour recruter les sujets étaient parfois illégaux même s'il n'y avait pas forcément de prise de drogue. Au cours de l’opération Midnight Climax, la CIA a utilisé des prostituées pour obtenir des sujets qui ne seraient pas trop embarrassés pour parler des expériences. Les chambres des maisons closes étaient équipées de miroirs sans tain et les sessions étaient enregistrées pour des analyses ultérieures. Les clients buvaient de l'alcool dans lequel du LSD avait été ajouté et les prostituées travaillaient sous la surveillance d'agents de la CIA.

Certaines expériences étaient parfois volontaires, les sujets étaient alors victimes d'expériences encore plus dures. Lors d'une expérience, une sélection de volontaires a consommé du LSD en continu durant 77 jours.

Le LSD fut finalement rejeté par les chercheurs en raison de ses effets imprévisibles.

Une autre technique consistait à injecter des barbituriques par intraveineuse dans un bras et de la méthamphétamine dans l'autre. Les barbituriques étaient libérés en premier, et aussitôt que le sujet commençait à s'endormir les amphétamines étaient injectées. Le sujet déclamait alors des propos incohérents mais il était parfois possible de l'interroger et d'obtenir des réponses intéressantes. Le traitement fut rejeté car il en résultait parfois la mort du patient en raison des effets secondaires de la combinaison des médicaments, ce qui rendait toute interrogation ultérieure impossible. D'autres expériences ont utilisé l'héroïne, la mescaline, la psilocybine, la scopolamine, la marijuana, l'alcool et le thiopental.

Quatre sous-projets (102, 103, 112 et 117) étaient basés sur des enfants, notamment avec la complicité du Centre International de vacances d'été pour enfants (International Children Summer Camp). La CIA n'a jamais reconnu ces expériences, malgré le témoignage et les documents de certains psychiatres et psychothérapeutes déclarant avoir soigné des enfants victimes de ces expérimentations.

Malgré le fait que l'opinion générale mise de l'avant par les médias est qu'il n'y a pas de preuves que la CIA (ou qui que ce soit) ait réussi à contrôler les actes d'une personne à travers les techniques de contrôle mental testées dans le projet MKULTRA, plusieurs livres de victimes ayant survécu à ces expériences et ayant retrouvé leurs mémoires tels que «Thanks for the Memories» de Brice Taylor ou «Transe-Formation of America» de Cathy O'Brien tendent à prouver le contraire. Le 3 août 1977, il y eut l'ouverture de la 95ème audition du Congrès Américain dans les rapports d'abus concernant les recherches sur le contrôle mental de la CIA appelé MK-ULTRA. Le 8 février 1988, une victime de haut niveau MK-Ultra, étant libre de son esclavage mental de l'Intelligence américaine poursuivit le gouvernement durant 7 longues années. La poursuite judiciaire et les preuves accablantes pour le gouvernement américain, firent arrêter le procès pour raisons de  «Sécurité Nationale».

Budget

Un arrangement secret réservait au projet un pourcentage du budget de la CIA. Le directeur du projet MKULTRA reçut 6% du budget de l'agence en 1953, hors de tout contrôle budgétaire.

Expériences au Canada

Une partie de ces expériences eurent lieu au Canada après que la CIA eut recruté un médecin d'Albany, le Dr Donald Ewen Cameron, auteur d'un livre psychic driving (instinct psychique) que la CIA avait trouvé particulièrement intéressant. Cameron y décrit sa théorie de correction de la folie qui consistait à effacer la mémoire du sujet et à la reconstruire complètement. Il faisait l'aller-retour chaque semaine à Montréal pour travailler au Allan Memorial Institute et fut payé $ 69 000 au total entre 1957 et 1964. Il semble que la CIA lui avait confié les expériences les plus dangereuses à essayer sur des ressortissants étrangers.

En plus du LSD, Cameron expérimenta diverses substances paralysantes ainsi qu'une thérapie par électrochocs qui utilisait des courants 30 à 40 fois plus puissants que la normale. Ses expériences consistaient à mettre les sujets dans un coma induit par des psychotropes pendant plusieurs mois (jusqu'à 3 mois dans un cas) tout en jouant des enregistrements de simple bruits ou de phrases répétitives. Ses expériences étaient typiquement faites sur des patients ayant été admis dans l'institut pour des troubles d'anxiété ou de dépression. Beaucoup de ces patients ont conservé des séquelles.

C'est à cette époque que Cameron devint célèbre après avoir été le premier président de l'association mondiale de psychiatrie et le président de l'association de psychiatres canado-américaine. Moins d'une décennie auparavant, il avait été membre du tribunal médical de Nuremberg qui avait jugé les expériences sur des cobayes humains par l'Allemagne nazie.

Révélation

En décembre 1974, le New York Times révéla que la CIA avait conduit des activités illégales sur le territoire américain, dont des expériences sur des citoyens américains dans les années 1960. Ce rapport entraîna la formation d'une commission d'enquête du Congrès américain (la commission Church), et une commission d'enquête présidentielle (la commission Rockefeller) pour enquêter sur les activités de la CIA et du FBI qui avaient eu lieu sur le territoire américain. Ces commissions ont aussi enquêté sur les activités des agences de renseignement militaires.

Durant l'été 1975, des audiences du Congrès et de la commission Rockefeller révèlent officiellement au public que la CIA et le département de la Défense avaient conduit des expériences sur des sujets humains, avec ou sans leur consentement, dans le cadre d'un programme visant à influencer des sujets humains par l'utilisation de substances psychotropes, ainsi que par d'autres moyens (psychologique, chimique, physique, électrique). La commission révéla aussi qu'au moins un sujet était mort suites à ces expériences.

Frank Olson, un biochimiste de l'armée et chercheur dans le domaine des armes biologiques, avait reçu du LSD sans son consentement et s'est suicidé une semaine plus tard au cours d'une crise psychotique. Le docteur de la CIA qui était censé surveiller Olson s'était apparemment endormi lorsque Olson s'était jeté par la fenêtre. Les circonstances exactes de sa mort demeurent controversées. En 1975, Dick Cheney et Donald Rumsfeld ont organisé une rencontre entre la famille de Olson et le président Gerald Ford qui a présenté des excuses officielles à la famille ainsi qu'une compensation financière.

Le fils de Frank Olson conteste cette version et prétend que son père a été assassiné en raison de ses connaissances sur les techniques d'interrogations (parfois mortelles) utilisées par la CIA sur des prisonniers du bloc de l'Est en Europe. En 1994, le corps de Olson a été exhumé et les traces sur sa boîte crânienne suggèrent qu'il a reçu un coup avant la chute qui l'aurait tué.

L'enquête interne de la CIA a conclu que le Dr Gottlieb avait conduit ses expériences avec l'assentiment de Frank Olson, bien que ni Olson ni les autres personnes qui ont pris part à ces expériences n'avaient été informées de la nature exacte des substances avant leur ingestion. Cette enquête suggère que le Dr Gottlieb aurait du être réprimandé car il n'avait pas pris en compte les tendances suicidaires de Frank Olson, bien que ces tendances aient été déjà diagnostiquées. Des rapports successifs montrent qu'une autre personne, Harold Blauer, un joueur de tennis professionnel est mort en raison d'expériences réalisées avec de la mescaline.

Théories du complot

Il existerait aussi des théories du complot prétendant que le projet MKULTRA et l'assassinat de Robert F. Kennedy seraient liés. Certains mettent en avant le fait que l'assassin, Sirhan Bishara Sihran, était contrôlé mentalement, mais en général, ces théories n'ont pas été retenues suite à un manque de preuves concrètes. Cependant, ces idées sont de plus en plus répandues, surtout depuis le témoignage de Sirhan Bishara Sirhan, via son avocat Lawrence Teeter, divulgué le 11 juin 2003 dans Interview with Sirhan's attorney Lawrence Teeter on KPFA 94.1 / Guns & Butter show.

 

Ce document reproduit les conclusions de la commission sénatoriale présidée par kennedy

 

Haut

e-mail :contact@lesdebats.com

 

Copyright © 2001-2002 - MAHMOUDI INFO Sarl - Tous droits réservés.

Conception M.Merkouche