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Semaine du  11 au 17 mars 2009

 

Journée internationale de la femme

À quand la fin de la femme-alibi ?

La place de la femme dans le marché de l’emploi

A contre courant d’une certaine pensée dominante

Hassiba Boulmerka : Championne olympique

«Le MJS doit profiter de mon expérience internationale»

Le féminisme islamique

Les femmes la conquête des territoires politiques

A leurs corps défendant

Travail, statut social, formation et syndicalisme

Le nouveau visage du monde du travail


 

 

 

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Journée internationale de la femme

À quand la fin de la femme-alibi ?

Des hommes et des femmes de culture ont, dans notre pays, tenté de montrer le visage hideux et le non sens d’une discrimination qui ne dit pas son nom. En littérature, au cinéma, dans la chanson, un ensemble de textes et d’images a pris la consistance d’un corpus qui a eu pour vocation de dénoncer la condition de la femme algérienne et de lui entrevoir la place censée être la sienne dans la nouvelle Algérie issue de l’Indépendance et des différentes luttes sociales.

Dans les textes politiques fondant les institutions de notre pays et dans les déclaration de nos officiels, il ne subsiste aucun doute quant à la «promotion définitive» de la femme algérienne au rang de citoyenne à part entière faisant valoir ses droits et répondant de ses devoirs envers la communauté nationale. Mieux, la composante humaine de nos grandes institutions est «mâtinée» de quelques femmes se défendant de servir de femmes-alibis. Mais que peuvent bien représenter Khalida Toumi, Nouara Djaâfri, Mmes Mentouri et Bouabdallah dans un pays qui avance à reculons en matière de la parité hommes-femmes telle qu’elle est énoncée par les différentes organisations internationales chargées des droits de la femmes ? Que pèsent Louisa Hanoune et ses collègues femmes de l’opposition dans l’échiquier politique national ? Même si les lois relatives au travail, à la scolarisation, aux droits politiques ne font, dans la plupart des cas, aucune discrimination entre les hommes et les femmes, la pratique quotidienne- celle qui reflète le véritable état des mentalités et de la culture ainsi que les rapports des forces au sein de la société- faire apparaître un hiatus, voire un béant fossé, entre les intentions, devenues vœux pieux, et les pratiques.

Sur le plan du statut personnel, le Code de la famille, adopté par l’APN en 1984, n’avait fait, de l’avis de l’élite la plus éclairée du pays et de l’avis de  tous les animateurs du monde associatif- y compris de l’ex-organisation de masse du FLN qu’était l’UNFA-  que prolonger et aggraver les préjugés sociaux pesant sur le femme algérienne, cette femme dont on arbore à tout va l’historique résistance contre le colonialisme lorsque les circonstances de propagande et de démagogie requièrent l’usage de cet alibi.

La montée des périls islamistes a davantage contribué à culpabiliser la femme en la désignant comme le démon de la société qui a besoin d’être domestiqué, surveillé et soumis. Kateb Yacine, dans sa «Guerre de 2000 ans», en avait déjà une juste prémonition ; juste, parce que tirée d’une histoire réellement  douloureuse qui consistait à soumettre les Kahina de tout le pays aux desiderata et fantasmes de certains émirs dérangés dans leurs certitudes par les airs de liberté et de citoyenneté portées naturellement par la femme.

Lorsque, en 2005, un mini-amendement a atterri à l’APN pour corriger certaines monstruosités du Code de la famille, les «démocrates»siégeant à l’Assemblée ont fait la fine bouche en s’abstenant de se prononcer. C’est de l’extérieur de l’APN que vinrent les appuis !

Aujourd’hui, c’est plus par sa présence  physique et son combat quotidien que la femme algérienne pourra s’imposer sur la scène politique, économique et culturelle du pays plutôt que par des lamentations qui ne risquent pas de fendre les cœurs de machistes qui ont peur d’être ébranlés dans leur factrice assurance.

Les douze enseignantes égorgées par les terroristes islamistes dans le fourgon qui les transportait dans une bourgade isolée de Sidi Belabbès, les femmes rendues veuves par cette même mouvance, celles qui ont été tuées parce qu’elles n’ont pas voulu cesser leur travail ou leurs cours comme les spadassins de l’Algérie du 21e siècle le leur ont exigé, bref, toutes ces femmes qui symbolisent la lutte pour la citoyenneté, la dignité et l’égalité avec l’homme, ont définitivement scellé l’engagement pour ces principes qu’elles veulent rapporter sur le terrain de la pratique.

Femme qui écrit

«Chez nous, une femme qui écrit vaut son pesant de poudre»,  disait Kateb Yacine. C’était dans la revue El Djazaïria  de l’UNFA des années 1970 ; une sentence qu’il répétera dans la préface à la «Grotte éclatée», roman de Yamina Mechekra. L’histoire de la littérature algérienne, orale et écrite, est pleine de présence féminine même si, quantitativement, le nombre de livres produits par les femmes demeure relativement moins important que celui produit par leurs confrères masculins. Signe des temps et, en même temps, ironie de l’histoire, c’est une algérienne, une grande dame qui commençait à devenir méconnue dans son pays d’origine, qui, la première dans le monde musulman et dans le tiers-monde, a pu siéger à l’assemblée des Immortels, l’Académie française. Assia Djebar, par une sensibilité esthétique exceptionnelle, une intégrité intellectuelle à toute épreuve et un travail acharné s’étendant sur un demi-siècle de l’histoire tourmentée du pays, a forcé le destin en symbolisant la femme algérienne insoumise, combative, maternelle et artiste. À travers son couronnement, ce sont les hommes et les femmes de toute une génération d’écrivains algériens francophones qui se trouvent revalorisés, réhabilités, même si leurs noms se sont déjà imposés d’une façon définitive dans la mémoire et l’épopée de la culture algérienne qui a complètement intégré ce «butin de guerre», la langue française, selon l’expression de Kateb Yacine. Ce sont surtout les femmes écrivains, un instant tombées dans l’anonymat qui étrangle l’activité culturelle dans notre pays, qui retrouvent leur place, leurs voix et leurs voies. Taos Amrouche, Fadhma Ath Mansour, Djamila Debèche, Fadhila M’rabet, Anna Greki, pour l’ancienne génération du milieu du xxe siècle, et Yamina Mechekra,Ahlem Mostghanemi, Zineb Laâwadj, Rabia Djalti, Nina Hayet, Safia Kettou et tant d’autres moins connues parmi celles qui se sont exprimées après l’Indépendance. Même si la critique littéraire distingue rarement l’écriture féminine comme étant une catégorie spécifique à soumettre à l’analyse, dans le cas de l’Algérie, et au vu du climat culturel ambiant au cours des dernières années marqué par la montée des intolérances, il n’est guère inutile de s’arrêter sur l’acte d’écriture venant de la femme. La femme algérienne qui a su participer à toutes les grandes œuvres du pays-depuis la lutte de libération nationale jusqu’à la résistance au terrorisme intégriste en passant par la participation au processus de développement économique du pays- a pu aussi exprimer dans ses écrits les entraves sociales, le retard de l’évolution des mentalités et les camisoles qui retiennent la promotion de la femme.

Dans la littérature masculine déjà, beaucoup d’écrivains algériens ont tenu à évoquer la femme en tant que mère, refuge utérin, objet d’amour, symbole de la patrie et de la liberté. On n’a qu’à s’arrêter sur la vision de Kateb Yacine qui, outre l’image de Nedjma qui le hante en tant que symbole d’un amour impossible et de la patrie fuyante et présente à la fois, fait des retours assez remarqués sur la figure de la Kahina, première reine berbère enregistrée par l’histoire tourmentée de l’Afrique du Nord.

Saâd Taferka

 

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La place de la femme dans le marché de l’emploi

A contre courant d’une certaine pensée dominante

Selon les derniers chiffres de l’Office national des statistiques (ONS), la proportion des femmes occupées a atteint 15,6% au quatrième trimestre de 2008. Elles sont 1,428 million sur une « population totale occupée » de 9,146 millions. Avec cette méthode de calcul, autant dire que le taux d’occupation des femmes n’atteindra jamais les 30%, étant donné que plusieurs secteurs d’activités, grands pourvoyeurs d’emplois, ne seront pas de sitôt accessibles à la femme, ni en Algérie ni ailleurs. Une lecture plus affinée est pourtant possible. A condition de se débarrasser de certains clichés et ghettos de la pensée. Une question ouverte au débat…

Tout le monde reconnaît les efforts effectués par l’Algérie dans la promotion de l’emploi des femmes. Mais beaucoup constatent, malgré les chiffres qui ne cessent d’augmenter, un taux général n’atteignant même pas les 20%. Ce qui explique cette proportion c’est le fait que la femme soit quasi absente dans plusieurs secteurs réputés gros employeurs, comme l’habitat ou les travaux publics. Son absence est peut être due à des « réticences sociales », mais elle est surtout le fait de la difficulté inhérente aux capacités physiques de la femme de forcer la porte de certains métiers et aux conditions d’exercice de ces métiers.

Peut-on imaginer une femme maçonne, travaillant sur les chantiers du million de logements ? Une femme manœuvre qui travaille sur les sentiers de l’asphalte de l’autoroute est-ouest ? Vivre dans des bases vie loin de son foyer (qu’elle soit mariée ou non), travailler dans des brigades 3 fois 8 heures ? Existera-t-il un jour des femmes routières, qui traverseront le territoire national du nord au sud pour transporter des matériaux de construction, des vivres et du carburant vers les populations isolées du Sahara ? Ou peut-être bien une femme docker qui travaille dans la manutention des conteneurs aux ports d’Alger, de Béjaia, d’Oran ou  de Skikda ?

Y a-t-il une place pour les femmes dans les hauts-fourneaux d’El Hadjar ou dans les navires marchands qui, souvent, naviguent pendant des mois avant de revenir au port d’attache ? Allez demander à un marin de la CNAN, qui ne voit ses enfants que quelques mois par an, qu’est ce qu’il en pense de l’accès des femmes à ce métier.

Combien de femmes font partie des groupes d’ouvriers chinois venus travailler dans le secteur du bâtiment ? Pourtant, personne ne peut accuser les chinois de pratiquer une « ségrégation » en matière d’emploi féminin.

Bien sûr qu’il y a des exceptions. De très rares exceptions qui, justement, confirment la règle. Il doit certainement exister des femmes conducteurs d’engins, de camions, voire même quelques-unes capables de travailler dans les aciéries d’El Hadjar ou monter les échafaudages des immeubles à bâtir. Mais leur nombre sera encore et toujours loin d’égaler celui des hommes dans ces métiers difficiles.

Des femmes commerçantes, elles étaient près de 106 000 à fin 2008, selon les récents chiffres du Centre national du registre du commerce (CNRC). «Commerçantes» ou «enregistrées au registre du commerce», le diable réside dans le détail. En effet, cela dépend des métiers du commerce. Si en milieu urbain il existe des dizaines de milliers, en milieu rural elles le sont beaucoup moins. Les chiffres du CNRC le montrent bien. «Les femmes gérantes de sociétés exercent principalement à Alger (22,7%), Oran (10,54%), Constantine (9,3%), Chlef (7,6%), Annaba (3,8%) et Blida (3,5%) ». Les domaines exercés sont «les services (36,95%), la production industrielle (27,02%), l’importation (16,12%), le commerce de gros (9,82%) et le commerce de détail (7,70%) », selon la même source. N’étant pas habilité à mener des enquêtes, le CNRC ne nous dit pas si ces femmes, dont le registre de commerce porte leur nom, exercent réellement les domaines précités. En effet, l’usage répandu des prête-noms peut laisser penser que dans certaines formes de commerce, la femme n’est qu’une vitrine que certains utilisent pour échapper au fisc. De précédentes enquêtes sur le secteur des exportations des métaux ferreux et non ferreux avaient montré l’étendue de genre de fraude.

Dans certains métiers du commerce, l’accès des femmes n’est pas une affaire de misogynie, mais il est plutôt lié à la nature des marchandises vendues ou achetées. Le commerce de gros des fruites et légumes, comme celui du bétail, ne sera pas accessible, pour longtemps encore, à la gente féminine. D’abord parce qu’il s’agit de métiers ardus, et en plus dont l’accès devient encore plus compliqué en raison de l’inorganisation qui le caractérise. Le jour où nos marchés de gros ressembleront à celui de Rungis Marché international à Paris (en terme d’organisation et de sécurité), à ce moment on pourra espérer voir des femmes commerçantes de fruits, légumes et viandes.

«Actuellement, les définitions utilisées par l’ONS pour appréhender le travail, l’emploi et le chômage sans distinction du genre sont celles du Bureau International du Travail (BIT). La population occupée au sens du BIT comprend «l’ensemble des personnes ayant déclaré avoir exercé une activité économique marchande pendant la semaine de référence (y compris les personnes qui se sont déclarées initialement chômeurs, femmes au foyer ou autres inactifs) et les appelés du service national», nous apprend le Conseil national économique social (CNES) dans une étude publiée en 2006. C’est ce qui explique le taux terriblement faible de la présence féminine sur le marché du travail.

Pourtant, elles sont largement présentes dans des domaines plus valorisants. En 2006, elles sont 35,33% de femmes dans le système judiciaire, selon le Rapport national de développement humain (2007). Au sein de l’Education nationale, elles sont la moitié du corps enseignant, 53% chez des médecins, et 32% des cadres supérieurs. «Il ne fait aucun doute que l’emploi des femmes restera à l’avenir très fortement concentré dans les professions à prédominance féminine. Cela ne présente pas que des désavantages. On assiste en effet dans de nombreux pays à des destructions massives d’emplois dans les professions à prédominance masculine. De plus, la création d’emploi se fait aujourd’hui essentiellement dans le secteur tertiaire où sont concentrées le plus de professions à prédominance féminine», constate le CNES dans l’étude citée précédemment.

Alors, au lieu de s’entêter à vouloir imposer des créneaux qui n’intéressent pas spécialement les femmes, il faudrait plutôt s’intéresser aux besoins qu’elles expriment en matière de formation professionnelle. Combien de femmes souhaitent se former en électricité bâtiment, en mécanique auto ou navale, en tôlerie, en maçonnerie, et en plomberie sanitaire? Si elles existent, leur nombre doit être insignifiant. Selon le rapport du CNES, intitulé

«Femmes et marché du travail», en 2003 les femmes occupées représentaient 7,29% dans l’agriculture, 28,23% dans l’Industrie et 1,16% dans le BTP.

Lorsqu’on lit des spécialistes déclarer qu’«il y a 1,5 million de femmes qui sont interdites de travails», la réaction qui vient immédiatement à l’esprit, c’est qu’il existe bien un potentiel de 1,5 million de postes d’emplois offerts aux femmes qui, sans l’entêtement et la misogynie de leurs pères, maris, ou frères, auraient déjà été occupés pour le bien-être des familles et au grand bénéfice de la société. Alors qu’il n’en est rien. Les statistiques, c’est bien, mais il ne faut pas les mettre entre les mains de tout le monde…

Abdelkader Djalil

 

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Hassiba Boulmerka : Championne olympique

«Le MJS doit profiter de mon expérience internationale»

Qui ne se souvient pas aujourd’hui de Hassiba Boulemarka, des images  de la jeune athlète embrassant le drapeau national tout en versant des larmes de joie, après avoir battu un record olympique lors d’une compétion internationale d’athlétisme. Aujourd’hui la championne gère une petite entreprise, mais reste étroitement liée au monde sportif, comme elle nous le révèle à travers cet entretien.  

Les débats: Que devient aujourd’hui Hassiba Boulmerka  la championne olympique et mondiale qui a marqué l’histoire de l’Algérie en hissant l’emblème national haut en battant des records du monde?

Hassiba Boulmerka : Après  avoir mis fin à ma carrière sportive en 1999,  je mène aujourd’hui une autre vie. Je m’occupe de ma famille, de mes parents dont ma carrière d’athlète de 23 ans m’a  tenue éloignée d’eux. Je m’occupe aussi de ma vie professionnelle. J’ai crée une petite entreprise la HBI (Hassiba Boulmerka internationale) spécialisée dans la distribution des médicaments. 

 

Comment se fait le parcours de la femme d’affaire, est-ce toujours une question d’endurance ?

Ce n’est pas vraiment les affaires. Ce n’est pas une multinationale, ni une société par actions, mais juste une petite société crée à travers une association de plusieurs anciens athlètes internationaux. Nous travaillons tous ensemble avec un esprit de famille.  Par conséquent, je ne me considère pas réellement faisant partie du monde des affaires. 

 

Hassiba la championne,  est t-elle toujours en relation avec le monde du sport ?

Evidement. A la suite au championnat du monde d’Osaka 2007, j’ai été  élue au comité féminin de la fédération internationale d’athlétisme. Je suis aussi membre de la confédération d’athlétisme et présidente d’honneur dans beaucoup d’associations, tel que le club sportif Ali Mendjli, l’association des enfants cancéreux de Jijel…  

 

Où Hassiba se retrouve t-elle le mieux ? Dans le monde des affaires où dans celui du Sport ?

 L’un et l’autre sont réellement intéressants, mais je peux dire que le sport est mon milieu  naturel. Celui où j’ai vécu le plus et où j’ai été forgée. Ma vie active, et malgré le fait qu’elle soit parfois monotone, m’offre de la stabilité. En résumé, je peux dire qu’il s’agit certes de deux mondes différents, mais qui pour moi , sont complémentaires.   

 

Depuis un certain temps, le nom  de Hassiba Boulmerka est associé à de  nombreuses activités liées à la solidarité avec le peuple sahraouie, comment  vous êtes-vous  intéressée à la question ? 

Je suis une fervente militante de la cause du peuple sahraouie, une cause que je défends en tant qu’algérienne mais aussi en tant qu’athlète internationale. Il faut savoir que de tout temps, le sport a toujours été  aux côtés de l’humanitaire et des causes justes, celles des peuples opprimés. J’essaye à travers mon image de sportive connue mondialement  et à travers mon implication dans le Comité Nationale Algérien de Solidarité avec le Peuple Sahraoui (CNASPS) de contribuer et d’œuvrer dans tous types d’actions et d’engagements  pouvant mener à la liberté, à l’autodétermination et à l’indépendance du peuple sahraoui.    

 

On sait que Hassiba Boulmerka encourage le sport mais surtout le sport féminin, comment  vous impliquez-vous  dans ce genre d’action ?

Je suis impliquée, mais pas comme je le veux. Mon apport et mon rendement doivent être meilleurs que cela. Il faut dire qu’à chaque fois que je tente quelque chose, les obstacles et les coups bas resurgissent.  En 2004, j’ai créé un  Club des sportives de la Douane. Ce club m’a été  tout simplement retiré. Aujourd’hui, je suis avec l’association sportive Ali Mendjli, en tant que membre fondateur et présidente d’honneur. Je répète que mon rendement peut être meilleur, si la tutelle en l’occurrence le ministère de la jeunesse et des sports(MJS) fasse preuve de bonne foi et d’attention. Le ministère doit penser à nous utiliser nous autres athlètes, et à profiter de notre précieuse expérience pour  développer le sport et surtout le sport de haut niveau.   

 

Que pense Hassiba,qui suit de près le monde du sport,  des compétences algériennes dans ce domaine ?

En Algérie, nous avons beaucoup de compétences, mais qui  sont malheureusement marginalisées et éparpillées. Nous avons beaucoup de valeurs sûres, qui sont paralysées et non reconnues. C’est pour ces raisons là, que notre sport national n’arrive pas à décoller ni à enregistrer une bonne représentativité lors des grands rendez-vous.  

 

Votre  mot aux femmes  à l’occasion du 8 mars ?

Je souhaite à la femme algérienne bonne fête et surtout du courage car le chemin est encore dur et long devant elle.

Entretien réalisé par Habiba Ghrib

 

Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, 1791 (préambule)

Les mères, les filles, les sœurs, représentantes de la nation, demandent d’être constituées en assemblée nationale. Considérant que l’ignorance, l’oubli ou le mépris des droits de la femme, sont les seules causes des malheurs publics et de la corruption des gouvernements, ont résolu d’exposer dans une déclaration solennelle, les droits naturels, inaliénables et sacrés de la femme, afin que cette déclaration, constamment présente à tous les membres du corps social, leur rappelle sans cesse leurs droits et leurs devoirs, afin que les actes du pouvoir des femmes, et ceux du pouvoir des hommes pouvant être à chaque instant comparés avec le but de toute institution politique, en soient plus respectés, afin que les réclamation des citoyennes, fondées désormais sur des principes simples et incontestables, tournent toujours au maintien de la Constitution,des bonnes mœurs, et au bonheur de tous.

La Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne est un texte juridique rédigé par l’écrivaine française Olympe de Gouges, en 1791, sur le modèle de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, proclamée trois années plus tôt. C’est le premier document à évoquer l’égalité juridique et légale des femmes par rapport aux hommes, si on excepte l’égalité ontologique entre les deux sexes préconisée par le texte coranique ainsi que les quelques dispositions révolutionnaires (pour l’époque) en faveur de la promotion de la femme musulmane. Ce texte est un pastiche de son prédécesseur qui énumère des droits qui ne s’appliquent qu’aux hommes, alors que les femmes ne disposaient pas du droit de vote, de l’accès aux institutions publiques, aux libertés professionnelles, aux droits de propriété, etc. L’auteur écrit, par exemple que « la femme naît libre et demeure égale en droits à l’homme ». Ainsi se voyait dénoncé le fait que la Révolution française oubliait les femmes dans son projet de liberté et d’égalité. Pour de Gouges, il s’agit moins d’augmenter la liberté des femmes, qui est à ses yeux liée à la justice, que de leur rendre ce qui leur appartient depuis la naissance. L’article XI du texte, sur la liberté de pensée et d’opinion, stipule que la femme doit pouvoir « dire librement, je suis mère d’un enfant qui vous appartient, sans qu’un préjugé barbare la force à dissimuler la vérité ».

Le document réclame un traitement égalitaire envers les femmes dans tous les domaines publics ou privés : droit au vote et à la propriété, participation à l’armée et à l’éducation, exercice des charges publiques, et jusque à l’intérieur de la famille et dans les lieux de culte. Une des phrases les plus réputées d’Olympe de Gouges est : « La Femme a le droit de monter sur l’échafaud ; elle doit avoir également celui de monter à la Tribune » (article X). Pourtant, elle ne croyait pas à l’égalité entre homme et femme, estimant que la nature des deux sexes était différente, et que cette dernière était supérieure.

Une vive hostilité se manifesta contre l’auteur du document de la part des hommes de la Révolution, en particulier lorsqu’elle manifesta son opposition à la peine de mort, ce qui lui vaudra d’être arrêtée et guillotinée le 3 novembre 1793. Le projet de cette déclaration fut rejeté par l’assemblée, et le document mis aux oubliettes jusqu’à sa republication en France il y a à peine un peu plus de vingt ans (1986). Aujourd’hui, alors que seule la Déclaration des Droits de l’Homme est dans la conscience historique moderne, sans avoir jamais été légitimée par la moitié de l’humanité, la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne constitue un plaidoyer en faveur des revendications féminines et une proclamation authentique de l’universalisation des droits humains.  

 

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Le féminisme islamique

Proche de l’islam libéral, qui revendique un féminisme interne à l’islam, le féminisme islamique vise à des changements dans le rapport entre l’homme et la femme, dans le cadre de la religion musulmane, changements fondés sur l’étude des textes sacrés en vue d’affirmer l’égalité des sexes.

En ce sens, il évolue entre deux positions critiques qui le remettent en cause, celle des fondamentalistes pour qui le féminisme est une invention occidentale incompatible avec l’islam, et celle des mouvements féministes modernes et occidentalisés pour qui la religion musulmane constitue l’obstacle principal à l’émancipation de la femme.

Malgré ces deux courants extrêmes et contradictoires, le féminisme islamique se développe dans différentes régions du monde arabe et musulman, dont le Maghreb. Son premier congrès a été tenu à Barcelone (Espagne) du 27 au 29 octobre 2005.

Histoire du mouvement féministe

C’est en Egypte surtout que le mot «féminisme» est utilisé pour la première fois, dans les années 1920, alors qu’il émergeait en Occident en tant que mouvement organisé réclamant la libération des femmes. En 1923, Huda Sharawi devient la présidente du comité central du parti Wafd au pouvoir et crée l’Union féministe égyptienne. La même journée, elle se dévoile publiquement, rejetant l’accusation selon laquelle le féminisme est une invention occidentale. Le combat anticolonial sert de ferment à ce mouvement féministe mais le contraint à procéder par ordre de priorité. Inséré dans le nationalisme, le combat contre le « colonialisme patriarcal » et la revendication de l’égalité entre les deux sexes, sont relégués au second plan.

Entre 1928 et 1929, en Tunisie, l’intellectuel Tahar haddad publie dans le journal El Sawab des articles appelant à l’instruction de la femme et son émancipation juridique et sociale qui paraîtront ensuite dans un ouvrage de référence, intitulé « Notre femme dans la charia et la société » (1930) et qui servira de base, après l’indépendance, aux travaux visant l’institutionnalisation du féminisme par le président tunisien Habib Bourguiba.

En Algérie, la femme s’engagera dans l’action révolutionnaire du FLN, à partir de 1954, et se retrouvera dans les situations les plus extrêmes du combat contre le colonialisme français : au maquis, avec uniforme, en prison, sous la torture, clandestine dans les opérations urbaines de toutes sortes ou plus simplement en charge d’une famille, seule, après le départ de l’homme au djebel, sa mort ou son emprisonnement. C’est une situation unique dans le monde musulman, mais qui ne sera que timidement accompagné d’un travail politique, vu le contexte de guerre, qu’après l’indépendance.

Avec l’émergence de l’islam politique, dans les années 1970, qui remet en cause la distinction séculier/religieux, les féministes musulmanes sont dénigrées en tant que musulmanes dévoyées. Certaines féministes laïques se sont alors jointes à ces attaques, pour dépeindre l’islam comme religion fondamentalement sexiste, cliché persistant jusqu’à aujourd’hui. C’est surtout en Algérie, en 1990 avec l’ouverture politique du pays, que deux grandes tendances se sont dessinées, au détriment du féminisme institutionnel consacré par les nationalistes au sein du FLN (Union nationale des femmes algériennes) dont la contradiction principale fut de vouloir cautionner par les femmes un régime qui leur était manifestement hostile en raison du maintien du code de la famille (appelé code de l’infamie). L’une sera animée par une élite laïque, au nom d’idéologies progressistes (parmi lesquelles Khaldida Toumi, actuelle ministre de la culture), l’autre se regroupera derrière la rabita islamique de cheikh Sahnoun et soutiendra les partis islamiques de Mahfoud Nahnah ou de Abbassi Madani. Alors que la première multipliera marches et manifestations en vue de l’abrogation du code de la famille et de la lutte contre l’intégrisme religieux, la rabita répond par l’organisation d’un rassemblement monstre (plus de trois cent mille femmes voilées) en guise de démonstration de force. La déstabilisation politique du pays, avec la crise qui s’en est suivie et les ravages du terrorisme, disqualifieront le débat au profit d’un retour à l’institutionnalisation féministe d’un nationalisme prudent, marqué par les événements passés, et qui tente aujourd’hui d’équilibrer les deux tendances sans trop satisfaire aucune (le code de la famille est maintenu).

Tandis que les mouvements féministes laïques à l’intérieur du monde musulman se développaient dans le cadre national, le féminisme islamique se concevait au contraire comme mouvement universaliste, transcendant les frontières étatiques. Il se développa d’abord dans les pays où l’islamisme se révéla comme force politique importante, qui re-dessinait l’espace des femmes dans la société et conduisait à d’importantes régressions du statut de la femme. Al-Fanar, Organisation Féministe Palestinienne, incluait ainsi, dans les assertions principales de l’islam politique, celle selon laquelle: « Le comble de la corruption occidentale, selon les fondamentalistes, est le féminisme et le mouvement de libération des femmes, qui allient des valeurs égalitaires et démocratiques et les appliquent aux femmes. Les femmes qui sont actives dans ces mouvements sont corrompues et licencieuses, et sont des renégates dont il est permis de verser le sang. En outre, tout ceci s’applique à toute personne qui les soutient. » Néanmoins, le mouvement féministe musulman se développa parfois même à l’intérieur de ces mouvements islamistes eux-mêmes (ainsi en Turquie). En Afrique du Sud, il émerge à l’issue de la lutte contre l’apartheid. Il apparaît alors que les femmes ont profité d’un accès important à l’éducation, dans tous les domaines, y compris religieux, au moment où une population grandissante se retrouve confronté à la Modernité, en particulier en raison de l’urbanisation.

Le féminisme islamique

Le concept de «féminisme musulman» a été élaboré par des femmes iraniennes, au début des années 90, qui se sont intéressées à l’émergence d’un mouvement vieux d’une dizaine d’années, que l’on retrouvait aussi bien en Egypte qu’en Turquie ou en Afrique du Sud, et visant à reformuler les problématiques féministe à l’intérieur du paradigme islamique. Il convergera autour de la revue iranienne Zanan (Femmes) fondée par Shahla Sherkat qui soulèvera le débat des relations entre sexes à l’intérieur de l’islam et qui posera la question de la compatibilité de la religion musulmane avec le féminisme. La revue affirme l’origine sociale des inégalités de genre et critique même certains aspects du droit musulman comme résultant d’une interprétation patriarcale, et donc erronée, du Coran. A travers ces prises de positions, se trouvent posées deux questions clés du débat : l’ijtihad et le droit des femmes à réinterpréter la jurisprudence (fiqh). En Egypte, mais aussi en Algérie, au Maroc, et au Yémen, les féministes se sont attaquées au droit musulman de la famille (code de la famille). A l’intérieur même de la République islamique d’Iran, des féministes musulmanes se sont revendiquées du fondamentalisme.

Outre le droit à l’ijtihad, le mouvement revendique le droit de participer avec les hommes aux prières et d’officier dans des prières mixtes, tout en interrogeant l’islam sur la place de la femme dans la société. Il s’inspire beaucoup de l’esprit réformiste porté par ce qu’on appelle « les nouveaux intellectuels musulmans », tels que Hassan Hanafi (Egypte), Mahmoud Taha (Soudan), Mohamed Arkoun (Algérie), Chandra Muzzafar (Malaisie) etc. Selon Margot Badran de l’université de Georgetown (Etats-Unis), les concepts centraux de ce mouvement sont l’égalité avec les hommes et la justice sociale. « L’islam est la seule des trois religions du Livre à avoir introduit dans ses textes l’idée d’une égalité fondamentale de la femme et de l’homme (l’un et l’autre étant considérés comme des êtres humains) et à y inclure la question des droits des femmes et de la justice sociale. C’est ce message qui a été perverti, au nom de l’islam lui-même. Le patriarcat préexistant, que le Coran est venu tempérer et finalement éradiquer, s’est montré fort résistant. Et c’est en dépit de la persistance du patriarcat que la religion musulmane fut adoptée. La manipulation par les franges dominantes de la société fut telle que l’islam finit par être perçu comme naturellement patriarcal au point d’effacer la contradiction inhérente entre la parole révélée et le patriarcat et d’anéantir toute revendication islamique en faveur de l’égalité des sexes  et de la justice sociale. Ce n’est pas le moindre paradoxe de constater que la seule religion qui a inscrit l’égalité des sexes dans ses textes se retrouve aujourd’hui considérée comme la plus machiste de toutes. Les musulmans machistes, au niveau étatique, social ou familial, et les détracteurs de l’islam ont un intérêt commun, quoique pour des raisons différentes, à perpétuer cette fiction d’un islam patriarcal. » 

Abane chaâban

 

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Les femmes la conquête des territoires politiques

A leurs corps défendant

Mars 1990 des femmes manifestent à Alger pour l’abrogation du code de la famille. Le rassemblement est unique dans les annales de l’histoire de l’Algérie indépendante, la mobilisation est forte et déterminée. Pourtant, si tant est que l’on conçoit que le code de la famille dans sa forme d’avant les amendements apportées par le président Bouteflika, est l’émanation d’une idéologie conservatrice sous jacente dans la classe politique au pouvoir en Algérie depuis 1962, la réponse aux femmes algériennes engagées dans leur combat contre ce code de la famille – devenu code de l’infamie dans leurs slogans - ne viendra pas du pouvoir lui-même, chancelant en ce début d’une décennie 1990 porteuse de tous les dangers mais aussi de tous les espoirs.

Ce sera, contre toute attente, les islamistes du parti de Mahfoud Nahnah, appelé le Hamas à l’époque et de son association satellite Al islah oua al irchad, que viendra la riposte. Quelques jours plus tard, ces formations en organiseront à leur tour une extraordinaire manifestation tendant tout simplement à maintenir le texte en vigueur en place, quasiment dans son intégralité.

La différence entre les deux démarches, au-delà des aspects foncièrement politiques et idéologiques, était visible à l’oeil nu serait-on tentés de dire. La manifestation du collectif des associations de femmes se distinguait par la présence en nombre de femmes portant des tenues modernes, occidentales quand le rassemblement des islamistes se limitait à des femmes portant le hidjab, avec le voile, le plus souvent blanc, bien apparent. Faut-il, dans ce cas et lorsque la controverse concerne des femmes, limiter le débat à une histoire de « chiffons »  sans pour autant tomber dans les discussions triviales ?

On serait tentés de le dire tant aujourd’hui les femmes se retrouvent au centre d’enjeux capitaux du fait de porter ou non le voile, quand ce même voile devient symbole, devient étendard. Les femmes sont des portes drapeaux. Même si nous sommes sur un terrain sensible, celui de la foi - la majorité des savants musulmans, mêmes les plus modérés d’entre eux, sont des conservateurs convaincus et ils  ne conçoivent de voir la femme musulmane qu’accoutrée de son foulard, de ce voile, si bien que les femmes voilées identifie aujourd’hui toute la oumma islamique – la question de la représentation, de l’image, de la communication se pose quand justement nous ne maîtrisons pas toutes nos images. Il suffit pour s’en convaincre de voir comment les médias occidentaux traitent l’actualité dans les pays musulmans des plus conservateurs aux assurément  laïcs telle la Turquie. La femme voilée devient le symbole d’un pays, d’une société voire la porteuse de l’identité d’une nation de plus d’un milliard d’hommes et de femmes.

En Irak la déliquescence du pourvoir en place, complètement soumis au dictat militaire US a cédé la place en renvoyant à plus tard notamment  la question des libertés publiques et individuelles lorsqu’elles concernent la manière de s’habiller. Aujourd’hui en Irak, à Baghdad comme à Al Basra, il n’est pas concevable de voir une femme sortir de chez elle sans son voile sur la tête. Quand on sait qu’une des priorité du parti Baath de celui qui est appelé le dictateur Saddam Husseïn était l’intégration des femmes dans la vie publique*.

En représentation

En Algérie, même si personne, ni aucune loi d’ailleurs, ne peut obliger une femme à s’habiller d’une manière ou d’une autre (en dehors des règles de la bienséance) nous sommes forcés de constater que le terrain de la représentation sociale est largement occupé par des femmes voilées. Elles sont partout et en grand nombre. Elles sont là où les femmes sont présentes et Dieu sait que les femmes en Algérie sont même là où on les attends le moins. Dans les usines, dans les écoles, les universités les hôpitaux, les cours de justices, elles sont même maires ou députés, voire joueuses de football. Comme si émancipation ne rimait pas avec accoutrement occidental. Bien évidemment il est bien loin le temps du « charbonnier »**.

On a même vu les administrations s’adapter à cette demande des femmes. La poste en est l’exemple le plus évident (les postières possèdent dans leur uniforme un foulard qu’elles peuvent porter en écharpe ou sur la tête. On a vu aussi des douanières arborer un voile gris sur la tête, tout à fait « coordonné » avec leur uniforme). 

Pourtant en agissant de la sorte, les femmes perdent également du terrain sur celui de la séduction. Le voile crée une véritable barrière dans les rapports hommes-femmes. Peut-être protège-t-il aussi dans une société un peu trop «machiste» ? Les femmes perdent aussi la possibilité d’assumer leurs corps en public et on peut voir comment sur les plages les maillots de bain ont cédé la place aux « soutra », sortes de maillots de bain chari’, quand ce n’est pas les femmes ne nagent pas toutes habillées en toisant d’un regard méchant celles qui osent encore nager «nues». 

Finalement, la façon de s’habiller des femmes  est-elle à ce point autant le signe d’évolution des sociétés que de leur régression ? On peut se le demander si tant est que l’accoutrement féminin renseigne aussi de la présence des femmes dans la sphère publique et dans l’action. Si les femmes algériennes avaient gardé le voile de leurs mères, elles auraient eu du mal à arpenter les maquis quand ce même voile n’a pas empêché ces mères de participer à leur manière à la libération du pays. Pour s’en convaincre il suffit de revoir le film « la bataille d’Alger » et comment le haïk de nos grand-mères a permis à des moudjahidine de fuir l’ennemi ou à des femmes de jouer le rôle d’agents de liaisons ou de « bombiste », si utiles en temps de guerre insurrectionnelle.

Amine Esseghir  

* Les Baasistes, les émules de Michel Aflaq, se faisaient un point d’honneur à présenter des femmes non voilées dans les instances du parti mais aussi dans tous les secteurs de la vie active où la femme avait forcément sa place.

 

**Le charbonnier est un film de Mohamed Bouammari produit par l’ONCIC en 1972. Même si la thématique du film est l’émancipation au sens large, celui des hommes et des femmes, la scène finale du film est assez symbolique ; le charbonnier Belkacem demande à sa femme d’enlever son voile pour pouvoir aller travailler à l’usine.

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Travail, statut social, formation et syndicalisme

Le nouveau visage du monde du travail

Il est visiblement temps, au vu des profondes transformations qui ont affecté le monde du travail en Algérie et des configurations des relations de travail induites par les nouvelles technologies de l’information et de la communication, que le champ d’action du concept du travail soit redéfini et que, dans la foulée, soient gérées rationnellement les implications pratiques d’une telle redéfinition.

Presque dans tous leurs aspects, l’exercice du travail et les contraintes qui lui sont inhérentes se présentent sous un jour nouveau en Algérie. En effet, depuis le début de la décennie 2000, la plus grande proportion d’employeurs revient au secteur privé. C’est lui qui crée de l’emploi à la faveur de l’émergence de l’entreprise privée encouragée par la nouvelle législation du pays. De même, le monde syndical a, lui aussi, subi une évolution, du moins dans son appréhension par les travailleurs. Quant au prolongement pratique sur le terrain, seule la pression et la persévérance pourront rendre légales ces nouvelles formes de lutte.

Cependant, l’exercice du travail ne se limite pas à ces deux ‘’innovations’’. Comme au début de l’ère de la mécanisation et de l’automation sur les continents américain et européen, une certaine mise à niveau de l’administration et des entreprises leur a fait acquérir d’autres moyens de travail (micro-ordinateur, Internet, réseaux d’entreprises,…) qui font l’économie de certains postes de travail pléthoriques. L’entreprise moderne par exemple, y compris en Algérie, fait de moins en moins appel à l’agent de saisie sur micro tant l’ingénieur qui prépare son compte-rendu n’a plus le temps de le rédiger à la main et de le confier ensuite à l’agent. De là, découle une nouvelle conception de la gestion du temps qui n’a aucun rapport avec celle en cours dans les années 70 ou 80 du siècle dernier.

L’entrée en scène des entreprises étrangères sur nos chantiers d’autoroute ou de tramway ou bien encore dans certaines représentations commerciales a indubitablement charrié une nouvelle discipline du travail à laquelle les travailleurs algériens ne peuvent que se soumettre. Il est même des entreprises qui ont adopté un week-end semi-universel (vendredi-samedi) contrairement à la majorité des structures administratives et entreprises du pays.

La santé dans l’entreprise, les œuvres sociales et d’autres droits n’ont jamais été aussi sollicités qu’au cours de ces dernières années, même si les prestations ne répondent pas toujours aux exigences de l’ergonomie, de la psychologie du travail et de la dignité des travailleurs.

Vers un nouvel ordre du travail

Dans cette période de transition qui touche le monde du travail sur tous les plans (flexibilité de la relation de travail, précarisation par des contrats CDD, gestion moderne du temps et de l’outil de travail, impératifs de la formation continue…), le bouillonnement du front social apparaît dans ses jours les plus ‘’fastes’’. Pour mieux cerner les motivations, la dimension et les retombées de ces mouvements, il importe de jeter un regard sur les conditions sociales des travailleurs algériens, le chômage, la précarité et les inégalités entre les différentes couches de la société. Dans le sillage de la mondialisation des échanges et de la division internationale du travail, les analystes, les pouvoirs publics, les syndicats et d’autres acteurs ont, chacun sous le bout de la lorgnette qui est la sienne, essayé de caractériser et de qualifier la nouvelle situation qui est en train de se mettre en place en Algérie. Signe des temps, une tendance semble lourdement se dessiner : on parle de moins en moins de ‘’masses laborieuses’’. Ce dernier concept faisant partie de la langue de bois du parti unique, n’est actuellement utilisé par aucune partie, y compris la gauche radicale. Signe des temps ? En tout cas, le triomphe du capital après la chute du mur de Berlin a charrié avec lui l’éloignement, voire la mort, des illusions sociales. Il est vrai que la nouvelle configuration des forces sociales n’a pas encore atteint sa maturité ; d’où les incertitudes qui pèsent sur le monde du travail, incertitudes renforcées par les nouvelles technologies de l’information et de la communication qui bouleversent un peu plus chaque jour la relation entre le travailleur et son outil de production et qui situent dans une dimension nouvelle les facteurs de productivité.

En matière de compétence censée ouvrir la voie vers l’exercice d’un métier, le problème se pose désormais en termes d’adéquation entre le système d’enseignement et le marché du travail. Cette dernière notion a, il est vrai, fait défaut par le passé du fait que l’ensemble des diplômés avaient leurs débouchés pris en charge par l’État, principal employeur du pays. Les analystes les plus indulgents ont conclu à la faillite du système de la formation professionnelle dans notre pays. Les symptômes on commencé à apparaître au grand jour dés l’émergence de l’entreprise privée comme nouvel acteur de la vie économique du pays: les ateliers et usines privés ayant vu le jour au cours des dernières années ne trouvent pas le personnel technique et d’exécution sur le marché du travail. Les offres d’emploi par lesquelles des employeurs cherchent des ouvriers spécialisés, des contre-maîtres et agents de maîtrise (charpentiers, chauffagistes, plombiers, …) traînent pendant des semaines sur les pages publicitaires des journaux sans pouvoir mettre la main sur le profil désiré ou la compétence voulue. C’est que depuis longtemps, la formation professionnelle est vue par la société et même par les pouvoirs publics comme « simple réceptacle des exclus du système éducatif ». Au lieu qu’elle soit un choix dicté par les préférences d’un cycle court ou par des prédispositions et aptitudes particulières- comme cela se passe dans les autres pays du mode-, la formation professionnelle est vécue plutôt comme un moindre mal par rapport à l’exclusion scolaire et un morose stand-by avant le service national et l’âge adulte. Il faut dire aussi que cette médiocrité et cette faillite sont les conséquences d’un système rentier qui avait  plutôt besoin d’un personnel docile que d’un personnel qualifié. Aujourd’hui, les données sont en train de changer radicalement. Face à une vague sans précédent de techniciens, personnels d’exécution, cadres et même ouvriers étrangers ramenés ou recrutés par les sociétés étrangères travaillant en Algérie (chantiers des bâtiments, de l’autoroute, des barrages, du tramway,…), les responsables de la formation sont plus que jamais interpellés pour révolutionner le secteur par de nouvelles méthodes de formation et une nouvelle pédagogie qui allient la nécessité de qualification aux besoins de l’économie nationale.

Les valeurs du travail perverties par l’économie rentière

Depuis 1989, l’Algérie a initié un processus politique basé sur le multipartisme et cela pour absorber la colère populaire révélée et prolongée par les événements d’octobre 1988. Cette initiative ne répond pas exclusivement à des considérations politiques. C’est, comme le commande la nature des luttes au sein même de la société, le pendant inexorable d’une ouverture économique qui allait peu à peu bouleverser les entreprises algériennes et la stratification social laquelle n’avait, naguère, pour seule construction  que la redistribution de la rente pétrolière à travers des clientèles bâties en cercles concentriques autour d’une citadelle, le sérail politique. Malgré des distinctions observables dans tous les secteurs de la société, les histogrammes du niveau de vie établissaient une classe moyenne assez consistance et des pôles de riches et de pauvres peu visibles. Une certaine perversion des concepts a fait que l’on parle aujourd’hui d’une classe moyenne, réduite à la portion congrue, qui constituerait l’ossature de la démocratie politique. L’erreur réside dans le fait que cette classe n’est pas issue de luttes sociales particulières et que, pour tout dire, cette catégorie est tout simplement factice vu que l’économie algérienne n’était pas basée sur la production mais sur la rente pétrolière. L’autre évidence est que le système politique de l’époque n’était pas un modèle de démocratie pour qu’un tel raisonnement puisse tenir la route.

Les premières brèches vers ce qui sera appelé par la suite l’économie de marché furent ouvertes avec la restructuration, au début des années 1980, des grandes entreprises étatiques héritées de l’ère Boumediene. Après la récession économique générée par la chute du baril de pétrole en 1986, le pouvoir politique de Chadli s’attellera à la séparation nette des entreprises publiques de l’ancienne tutelle encombrante de l’administration. Ce sera la fameuse loi sur l’autonomie des entreprises mise en œuvre à partie de 1988. Par secteurs et par branches, ces entreprises seront regroupés au sein de holdings, puis des Sociétés de gestion des participations de l’État. Toutes ces restructurations se heurteront à l’amère réalité des entreprises elles-mêmes : en dehors des infrastructures et des équipements, souvent acquis clefs en main, auprès de pays fournisseurs détenteurs de la technologie, ces unités ne présentent aucun atout ou prédisposition pour se soumettre aux règles de la production et de la rentabilité financière. Le premier handicap, et qui s’avérera de taille, c’est bien le sureffectif. Pour un poste de travail réclamant trois intervenants, on trouve parfois une dizaine d’ouvriers qui y sont affectés. Le second problème, et qui n’est pas moins handicapant, se trouve être la non maîtrise des processus technologiques et le déficit du renouvellement des méthodes de travail. Assiégée par les différentes tares générées par une gestion approximative de l’outil de production, l’entreprise publique commence sa chute aux enfers lorsque les découverts bancaires et les dettes insolvables l’asphyxiaient au point de ne plus pouvoir payer régulièrement ses employés.

Le chaos du PAS

De proche en proche, ce sont toutes les structures de l’État et de la société qui s’en trouveront prises en otage par une dette extérieure évaluée à la fin des années 1980 à 26 milliards de dollars. Au début des années 1990, le poids du service de la dette- abstraction faite du principal-, équivalait presque au montant des recettes pétrolières. L’Algérie n’avait quasiment aucun autre choix que le rééchelonnement de sa dette extérieure, précédée par une opération de reprofilage sous le gouvernement Hamrouche. Le rééchelonnement induira un certain nombre de conditionnalités dictées par le Fonds monétaire international et rassemblées sous le nom générique de Plan d’ajustement structurel (PAS). L’application du PAS, qui, théoriquement, visait à recréer les conditions de la stabilité macroéconomique du pays, se traduira par un coût social élevé : dégraissage au sein des entreprises publiques par le moyen de plusieurs formules (licenciements, départs volontaires, retraite anticipée,…), libéralisation des prix de produits de première nécessité autrefois soutenus par les subventions de l’État, gel des salaires, gel des recrutements dans la Fonction publique,…etc. La libéralisation des prix a fait que certains produits vitaux (comme l’huile végétale, le sucre, le lait) ont vu leurs prix se multiplier par 10 ou 20. Des cohortes de chômeurs se formèrent suite à la fermeture de certaines entreprises publiques (on parle d’un minimum de 500 000 travailleurs licenciés). Pour amortir un tant soit peu le choc, les pouvoirs publics, conseillés par les institutions financières internationales, a eu recours à certaines actions de solidarité nationale via le Filet social, l’Emploi de jeunes, la création de la Caisse de chômage (CNAC) et, plus tard, le Pré-emploi pour les universitaires primo-demandeurs.

La paupérisation des Algériens a eu le grand malheur de coïncider avec la période de la subversion terroriste où, comme pendant la guerre de Libération nationale, la priorité fut accordée à la lutte pour la survie du pays. Même le principal syndicat du pays, l’UGTA, était plus préoccupé par la situation politique et sécuritaire du pays que par l’état de la classe ouvrière. Ce n’est qu’après l’ébauche d’autres syndicats autonomes, même s’ils ne sont pas agrées, que l’UGTA fera en quelque sorte montre d’une certaine ‘’combativité’’. Cette dernière restera dans la limite des grands équilibres de pouvoir et sera balisée de sorte à parvenir à un ‘’consensus’’ avec l’État et le patronat privé dans le cadre de la tripartite.

La libéralisation des prix- après l’impasse du soutien aux produits ‘’stratégiques’’ qui comprenaient même des objets de fantaisie acquis par la grâce de la rente pétrolière- a donc coïncidé avec la fin de la paix civile en vigueur depuis l’Indépendance. La subversion terroriste a même ‘’attiédi’’ les revendications sociales du fait que la priorité était donnée à la survie physique des citoyens. Les prix de certains produits ont été multipliés par 20 (à l’exemple du sucre). L’exode rural dû à l’insécurité dans les campagnes, le fermeture des unités de production, la déscolarisation des enfants, le prolongement inhabituel de l’âge du mariage aussi bien pour les filles que pour les garçons et d’autres facteurs aussi handicapants ont jeté de larges franges de la population dans les bas-fonds de misère qui n’a pas eu son équivalent au cours des trente dernières années. Si l’on retient, pour des commodités de raisonnement, le principe de la Banque mondiale qui désigne comme pauvre une personne vivant avec moins d’un dollar par jour, le compte serait bon pour que l’écrasante majorité des Algériens soit déclarée comme vivant sous le seuil de pauvreté. Si on prend l’exemple d’une petite famille de cinq personne, et l’on prend la valeur la plus stable du dollar par rapport au dinar (80 DA pour 1$), il en résulte que cette famille doive avoir un revenu minimum de 12000 DA par mois. C’est le seuil de pauvreté correspondant à sa taille.

Le taux de chômage, à lui seul, n’illustre pas non plus la dimension de la pauvreté. Actuellement revu à la baisse dans notre pays, 11,8% , ce phénomène quantifiable ne permet pas, à son tour, de quantifier la pauvreté. Cela est d’autant plus vrai que plusieurs chefs de ménage déclarés comme étant employés ne possèdent pas les ressources nécessaires pour vivre décemment, scolariser leurs enfants, avoir des loisirs, se soigner, se chauffer,…etc. A ce niveau, on peut faire une jonction avec la définition de la Banque mondiale sans la prendre, en valeur absolue, comme argent comptant.

L’essor du travail clandestin

L’un des facteurs économiques qui ont puissamment contribué à la perversion des valeurs du travail, à l’évasion fiscale et la fragilisation de larges pans de la société (particulièrement les enfants qui n’ont pas l’âge de travailler et les femmes), c’est bien l’économie informelle, laquelle se manifeste de différentes façons : activités commerciales non déclarées aux impôts, importations frauduleuses (contrebande), salariés exerçant au noir, travail des enfants,…etc.

Le phénomène de l’économie informelle a pris dans notre pays de telles proportions que le président de la République avait, en 2004, tiré la sonnette d’alarme. Il était question qu’une étude spécifique soit menée sur cette gangrène de façon à la circonscrire sur les plans juridique, technique et stratégique. L’âpre réalité ne peut laisser indifférent les décideurs d’autant qu’une constante propension vers le pire semble se dessiner : un accroissement moyen annuel de 8% est enregistré au niveau des populations nouvelles ‘’accédant’’ à ce type d’activités. Au mépris de la législation algérienne, des lois de l’Organisation internationale du travail et des règles primaires de la dignité humaine et de l’ergonomie, des adolescent(e)s, et parfois des enfants, sont enrôlés dans des ateliers clandestins ou des chantiers de travaux loin des regards chastes de l’administration. Fragilisée par le chômage endémique, l’échec scolaire et la bureaucratie, une partie de la population algérienne, maillon faible de la société, en est réduite à accepter n’importe quel boulot et à n’importe quel prix pour sauver la face pendant quelques mois ou quelques années.

Les ‘’débouchés’’ ne manquent pas. Ils sont secrétés par la période de transition de l’économie algérienne caractérisée par le bazar et l’activité souterraine. L’ancien ministre des Finances, M.Benachenhou, nous donne la consolation que le secteur informel a ‘’permis à des  populations de vivre’’. Il sait pourtant avant tout le monde et mieux que quiconque que la médaille- momentanément luisante- possède son revers autrement plus douloureux et plus dramatique qu’on ne l’imagine à première vue. Le montant de l’évasion fiscale qui se chiffre ainsi en dizaines de milliards de dinars aurait pu certainement contrebalancer la part des recettes en hydrocarbures dans l’élaboration de la loi de Finances et servir de levier à de nouveaux investissement, eux-mêmes créateurs d’emplois…légaux. Et puis, par symétrie au vieil adage des financiers qui dit que ‘’trop d’impôts tue l’impôt’’, un recouvrement inique d’impôt- qui s’exerce sur les activités productives et commerciales régulières- risque de tuer l’économie structurée. Un emploi non déclaré ou une marchandise non facturée (ce qui représente environ 30% de l’activité commerciale) sont un immense manque à gagner pour le fisc et un poison ingénieusement distillé dans le corps des activités légales.       

Saâd Taferka

 

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