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Un mauvais voisin
Jusqu’où le Maroc
est-il prêt à aller pour faire aboutir ses ambitions irrédentistes
au Maghreb ? Voilà une question dont il faut appréhender la réponse
avec toute sa pertinence tirée de l’actualité régionale et de la
somme de manœuvres en tout genre auxquelles Rabat se livre. Cela, au
moins depuis le revers qu’a subi son plan d’autonomie qui n’a pu
arracher l’aval du Conseil de sécurité. Faisant semblant de se plier
à l’insistance de l’ONU pour la tenue de négociations directes avec
Front Polisario (les deuxièmes du genre depuis celle de Houston en
1997) le Maroc a envoyé des négociateurs qui n’avaient d’autre
mandat que de réitérer la position de leur pays, sans nulle
disposition à la moindre concession sur le fond ou sur la forme. On
peut en dire autant du coté sahraoui, mais il reste que le
gouvernement marocain et le Front Polisario ont achevé leurs
premières négociations depuis sept ans sans véritable avancée sur le
conflit du Sahara occidental qui dure depuis 32 ans. On attendra
donc qu’ils se revoient en août, après l’exposé du rapport du Ban
Ki-moon qui ne devrait pas être brillant d’optimisme et avec la
certitude acquise qu’il n’y aura absolument aucune avancée vers la
résolution de ce conflit.
Le Maroc, dont
l'occupation de l'ancienne colonie espagnole en 1975 a déclenché une
guerre de 16 ans avec le Front Polisario, s'en est tenu à sa
proposition d'autonomie limitée sous souveraineté marocaine pour le
Sahara occidental. Le Front Polisario a maintenu quant à lui sa
revendication pour qu'un référendum d’autodétermination soit enfin
organisé conformément au Plan Baker. Rien de plus logique, car rien
de plus respectueux de la légalité internationale et c’est
précisément pour cela qu’en dernier ressort, la communauté
internationale a préféré mettre de coté son penchant inavoué pour
les thèses marocaines et s’en tenir, bon gré mal gré, aux résolution
de l’ONU. Mais face à l’inflexibilité des deux parties, on ne sait
comment a surgi cette illusion de la dernière chance que les uns et
les autres font semblant de tenter. Sans trop de conviction
d’ailleurs, exactement comme lorsqu’on se soumet à une ennuyeuse
comédie. A vrai dire, la partie ne se joue absolument pas à ce
niveau et l’enjeu étant trop grand, il ne sera jamais le produit
d’un quelconque consensus mais le résultat d’un rapport de force qui
finira par faire pencher la balance d’un coté ou d’un autre. C’est
cette logique et nulle autre qui anime tout l’appareil d’Etat
marocain, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays. C’est ainsi que
les instances chargées de démontrer la faisabilité du plan
d’autonomie, soutenues à coups de milliards de dirhams, sont
obligées de redoubler d’efforts de construction d’infrastructures
dans les provinces jouxtant les territoires objets du litige. C’est
pour cela également qu’une répression incessante est entretenue sur
la population et les détenus sahraouis dans les territoires annexés
par la force.
A l’extérieur, les
tentatives marocaines pour isoler le Front Polisario ne se
nourrissent d’aucun scrupule et ils le sont doublement parce que,
prenant l’ombre pour la proie, ils s’adressent à l’Algérie que Rabat
veut absolument faire admettre comme un élément de l’équation du
Sahara occidental. Depuis quelques années déjà, une campagne
médiatique cible l’Algérie qu’on accable en fait de soi-disant
ambitions de puissance régionale, juste parce que son armée tente de
rattraper une décennie de retard due à l’insurrection terroriste, un
pays qui a la chance de détenir des réserves pétrolières qui
gonflent ses réserves de change à bientôt 90 milliards de dollars et
qui, depuis l’échec du terrorisme islamiste, a brisé l’embargo
diplomatique qui lui était imposé. La surenchère marocaine n’a donc
rien d’anormal quand on sait que de toute manière, le Maroc fait et
fera tout pour s’éloigner du langage du droit international qui
impose l’intangibilité des frontières héritées de la colonisation et
le respect des résolution de l’ONU par tous ses membres sans
exception aucune.
Cet écart dans la
vision des choses est tel que, pendant qu’Alger s’occupe de soutenir
le dernier mouvement de décolonisation au monde, le Maroc s’acharne
à saper les liens les meilleurs de celle-ci avec ses partenaires
traditionnels. Ainsi en est-il de la conjoncture actuelle où Alger
et Madrid ont du mal à accorder leurs violons au plan de la
coopération énergétique, phase lors de laquelle Rabat redouble de
pression sur le gouvernement espagnol en lâchant la bride aux
réseaux de l’immigration clandestine, sachant pertinemment dans
quelle époque elle vit, celle de la criminalisation des petits Etats
qui vendent la sécurité en échange du maintien des régimes les plus
ténébreux. A l’adresse de la France, les manœuvres sont encore plus
insidieuses, comme lors de la visite à Alger de Nicolas Sarkozy où
le Maroc semble avoir sciemment et subitement relevé son alerte
antiterroriste après avoir fait reporter sa venue au Maroc. Quant à
sa politique à l’endroit des Américains, elle se passe de tout
commentaire puisque Rabat appuie sans poser la moindre question
l’initiative de l’Afrikom, pendant que les services de Sa Majesté
orchestrent une campagne d’intox qui finit par donner au GICM
marocain une envergue à la Al-Qaida qu’il n’a visiblement pas du
tout. On se demande encore ce que le Palais royal nous inventera
demain…
Nabil Benali
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