Semaine du 11 au 17  juillet 2007

 

L'éditorial

Un mauvais voisin

 

 
 
 Editorial

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Un mauvais voisin

Jusqu’où le Maroc est-il prêt à aller pour faire aboutir ses ambitions irrédentistes au Maghreb ? Voilà une question dont il faut appréhender la réponse avec toute sa pertinence tirée de l’actualité régionale et de la somme de manœuvres en tout genre auxquelles Rabat se livre. Cela, au moins depuis le revers qu’a subi son plan d’autonomie qui n’a pu arracher l’aval du Conseil de sécurité. Faisant semblant de se plier à l’insistance de l’ONU pour la tenue de négociations directes avec Front Polisario (les deuxièmes du genre depuis celle de Houston en 1997) le Maroc a envoyé des négociateurs qui n’avaient d’autre mandat que de réitérer la position de leur pays, sans nulle disposition à la moindre concession sur le fond ou sur la forme. On peut en dire autant du coté sahraoui, mais il reste que le gouvernement marocain et le Front Polisario ont achevé leurs premières négociations depuis sept ans sans véritable avancée sur le conflit du Sahara occidental qui dure depuis 32 ans. On attendra donc qu’ils se revoient en août, après l’exposé du rapport du Ban Ki-moon qui ne devrait pas être brillant d’optimisme et avec la certitude acquise qu’il n’y aura absolument aucune avancée vers la résolution de ce conflit.

Le Maroc, dont l'occupation de l'ancienne colonie espagnole en 1975 a déclenché une guerre de 16 ans avec le Front Polisario, s'en est tenu à sa proposition d'autonomie limitée sous souveraineté marocaine pour le Sahara occidental. Le Front Polisario a maintenu quant à lui sa revendication pour qu'un référendum d’autodétermination soit enfin organisé conformément au Plan Baker. Rien de plus logique, car rien de plus respectueux de la légalité internationale et c’est précisément pour cela qu’en dernier ressort, la communauté internationale a préféré mettre de coté son penchant inavoué pour les thèses marocaines et s’en tenir, bon gré mal gré, aux résolution de l’ONU. Mais face à l’inflexibilité des deux parties, on ne sait comment a surgi cette illusion de la dernière chance que les uns et les autres font semblant de tenter. Sans trop de conviction d’ailleurs, exactement comme lorsqu’on se soumet à une ennuyeuse comédie. A vrai dire, la partie ne se joue absolument pas à ce niveau et l’enjeu étant trop grand, il ne sera jamais le produit d’un quelconque consensus mais le résultat d’un rapport de force qui finira par faire pencher la balance d’un coté ou d’un autre. C’est cette logique et nulle autre qui anime tout l’appareil d’Etat marocain, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays. C’est ainsi que les instances chargées de démontrer la faisabilité du plan d’autonomie, soutenues à coups de milliards de dirhams, sont obligées de redoubler d’efforts de construction d’infrastructures dans les provinces jouxtant les territoires objets du litige. C’est pour cela également qu’une répression incessante est entretenue sur la population et les détenus sahraouis dans les territoires annexés par la force.

A l’extérieur, les tentatives marocaines pour isoler le Front Polisario ne se nourrissent d’aucun scrupule et ils le sont doublement parce que, prenant l’ombre pour la proie, ils s’adressent à l’Algérie que Rabat veut absolument faire admettre comme un élément de l’équation du Sahara occidental. Depuis quelques années déjà, une campagne médiatique cible l’Algérie qu’on accable en fait de soi-disant ambitions de puissance régionale, juste parce que son armée tente de rattraper une décennie de retard due à l’insurrection terroriste, un pays qui a la chance de détenir des réserves pétrolières qui gonflent ses réserves de change à bientôt 90 milliards de dollars et qui, depuis l’échec du terrorisme islamiste, a brisé l’embargo diplomatique qui lui était imposé. La surenchère marocaine n’a donc rien d’anormal quand on sait que de toute manière, le Maroc fait et fera tout pour s’éloigner du langage du droit international qui impose l’intangibilité des frontières héritées de la colonisation et le respect des résolution de l’ONU par tous ses membres sans exception aucune.

Cet écart dans la vision des choses est tel que, pendant qu’Alger s’occupe de soutenir le dernier mouvement de décolonisation au monde, le Maroc s’acharne à saper les liens les meilleurs de celle-ci avec ses partenaires traditionnels. Ainsi en est-il de la conjoncture actuelle où Alger et Madrid ont du mal à accorder leurs violons au plan de la coopération énergétique, phase lors de laquelle Rabat redouble de pression sur le gouvernement espagnol en lâchant la bride aux réseaux de l’immigration clandestine, sachant pertinemment dans quelle époque elle vit, celle de la criminalisation des petits Etats qui vendent la sécurité en échange du maintien des régimes les plus ténébreux. A l’adresse de la France, les manœuvres sont encore plus insidieuses, comme lors de la visite à Alger de Nicolas Sarkozy où le Maroc semble avoir sciemment et subitement relevé son alerte antiterroriste après avoir fait reporter sa venue au Maroc. Quant à sa politique à l’endroit des Américains, elle se passe de tout commentaire puisque Rabat appuie sans poser la moindre question l’initiative de l’Afrikom, pendant que les services de Sa Majesté orchestrent une campagne d’intox qui finit par donner au GICM marocain une envergue à la Al-Qaida qu’il n’a visiblement pas du tout. On se demande encore ce que le Palais royal nous inventera demain…

Nabil Benali

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