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Semaine du 11 au 17 juillet 2007

 

Réexamen de la question du Sahara occidental

Echec du coup de force à l’ONU

Les négociations Maroc-Polisario selon le professeur Yahia Zoubir

“Rabat donne de faux espoirs aux Sahraouis”

 

 

 

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Réexamen de la question du Sahara occidental

Echec du coup de force à l’ONU

La question du Sahara occidental sera au menu de la réunion du Conseil de sécurité des Nations unies, ce mercredi 11 juillet, sur la base du rapport de Ban Ki-Moon. La première version du rapport aura-t-elle un quelconque impact ?

L’information sur la date de la réunion a été communiquée par des représentants de l’ONU, notamment par le président du Conseil de sécurité pour le mois de juillet, l’ambassadeur chinois Wang Guangya. Il est prévu que l’envoyé personnel du secrétaire général, Peter Van Walsum, en sa qualité de médiateur aux négociations, fasse un exposé sur les développements du dossier du Sahara occidental, sur la base des pourparlers ayant eu lieu les 18 et 19 juin à Manhasset (Etats-Unis). Si l’on en croit les mêmes sources, la version définitive du rapport de Ban Ki-Moon sera cette fois connue à l’issue du rendez-vous du Conseil de sécurité.

Dans un rapport daté du 29 juin dernier, le secrétaire général de l’ONU fait le point sur les consultations préliminaires aux pourparlers, ainsi que sur le déroulement des négociations. Ban Ki-Moon révèle que, pour la première fois depuis les pourparlers directs de Londres et de Berlin en 2000, les délégations sahraouie et marocaine se sont réunies en présence de M. Van Walsun, en sa qualité de facilitateur de l’ONU.

Le document de deux pages souligne que le Maroc et le Polisario sont attachés au processus de négociations et ont même donné leur accord pour poursuivre leurs discussions le 10 août prochain. Fait étrange, le rapport indique que les positions des parties "sont demeurées très éloignées en ce qui concerne la définition de l'autodétermination", sans préciser qui du Maroc ou du Polisario entretient l’amalgame sur la problématique de décolonisation de l’ex-colonie espagnole.

Le rapport du 29 juin est en fait la version corrigée du rapport scandaleux du 27 juin, qui a été présenté au Conseil de sécurité avant d’être publié sur le site de l’ONU deux jours plus tard, puis retiré quelques heures après.

Les Nations unies n’ont pas l’habitude de retirer de la circulation un rapport du secrétaire général pour le réviser – bien que la question sahraouie ait connu plusieurs tentatives pour la détourner de son cours normal. L’argument trouvé pour justifier ce retrait est que la première version du rapport, contenant des observations et des recommandations de M. Van Walsum, n’a pas pris en compte les réserves émises par les parties concernées, impliquées dans les négociations. En d’autres termes, la version corrigée se limitera à faire le point des négociations, "afin de ne pas gêner le processus de négociations".

Dans son rapport avorté du 27 juin, Ban Ki-Moon révèle que plusieurs Etats membres du Conseil de sécurité ont proposé des services et des experts pour la réussite des discussions maroco-sahraouies, en affirmant que ces offres sont "actuellement à l’étude". Alors que l’objectif assigné à la reprise des négociations est de rechercher une solution politique qui assure l’autodétermination du peuple sahraoui et de traiter les propositions des deux parties "à égalité", le rapport du secrétaire général, dans sa première version, tente de mettre en avant le plan marocain d’autonomie. Sous le prétexte d’un règlement définitif du conflit, il veut forcer la main au Polisario, en recommandant au Conseil de sécurité d’exiger de celui-ci de "mettre à l’épreuve la volonté du Maroc de prendre part à des négociations sérieuses et constructives, en présentant des propositions concrètes en vue de définir, préciser ou modifier les dispositions énoncées dans la proposition du Maroc, la question du statut définitif étant laissée de côté à ce stade".

L’action avortée du lobby pro-marocain

Quant à l’occupant marocain, il lui est demandé seulement de "se montrer plus sensible à la complexité du problème, en ne maintenant pas que son acceptation de l’autonomie au lieu de l’intégration est l’équivalent (…) d’une acceptation éventuelle par le Front Polisario de l’autonomie au lieu de l’indépendance". Le même document conditionne le succès des pourparlers par la nécessité que les deux parties admettent que "la question de la souveraineté est et a toujours été la principale pierre d’achoppement dans ce différend", en omettant de rappeler le refus de la communauté internationale de reconnaître la souveraineté marocaine sur "le territoire non autonome" du Sahara occidental.

Le 27 juin, jour de la présentation du rapport de M. Ki-Moon, le Maroc tient sa réunion du Conseil du gouvernement consacrée à la question sahraouie. Selon l’agence marocaine MAP, des ministres, en particulier ceux ayant fait partie de la délégation marocaine aux négociations de Manhasset, ont instruit que le Conseil de sécurité des Nations unies accorde "la priorité" à la proposition marocaine, celle-ci pourrait même être "enrichie dans le cadre de la négociation

Consensuelle". Le Maroc, selon la même source, révèle ainsi que la consultation portera sur le projet d’autonomie sous sa souveraineté et son intégrité territoriale, en présentant le Conseil royal consultatif des affaires sahariennes (Corcas) comme le représentant de la majorité des Sahraouis.

Le 29 juin, après la publication du fameux rapport du secrétaire général puis son retrait du site du Conseil de sécurité, la partie sahraouie réagit. Dans sa déclaration à la presse, Ahmed Boukhari, représentant du Polisario auprès de l’ONU et membre de la délégation sahraouie aux négociations, atteste : "Contrairement donc à ce qui a été diffusé par certains moyens de presse, la version définitive de ce rapport n'a pas encore été publiée." Le diplomate qualifie le rapport de Ban Ki-Moon de "factuel qui n'entre pas dans la substance et ne recommande aucune action ou démarche au Conseil de sécurité". Et tient à rappeler le caractère colonial du conflit, en espérant que la délégation marocaine "y viendra avec une volonté politique différente", lors du prochain round des pourparlers.

L’empressement avec lequel le rapport de Ban Ki-Moon a été publié soulève maintes interrogations sur la partialité de hauts responsables onusiens. Le complot visait à dénaturer le conflit du Sahara occidental, à venir en aide au Maroc, à la veille du second round des négociations. Le rapport du 27 juin a dévié du cadre qui lui a été défini par la résolution 1754 du 30 avril dernier. Attachée aux résolutions précédentes de l’ONU, celle-ci avait indiqué que les négociations ont pour but final est de garantir l’autodétermination, signalant avoir pris note des propositions présentées par chacune des parties en conflit.

Aujourd’hui, le Conseil de sécurité est devant deux choix : soit il appuie la légalité international en veillant à ce qu’elle soit effective et donc respectée par la partie qui bloque et dûment reconnue par tous, ou l’ignorer en faisant fi de toutes les résolutions de l’ONU relatives à la décolonisation du territoire non autonome sahraoui. Laisser le Maroc et le Polisario en tête-à-tête pour trouver une solution négociée, c’est vouloir défaire l’ONU de sa responsabilité et de ses missions de paix. C’est vouloir sortir la question du Sahara occidental du cadre onusien et du droit international qui interdisent l’agression et l’annexion du territoire d’autrui et condamnent la privation du droit des peuples à l’autodétermination et à l’indépendance.

C’est enfin rechercher la "palestinisation" du conflit maroco-sahraoui pour le laisser évoluer au gré du bon vouloir de l’occupant et des appétits/interférences des puissances de ce monde.

Mais il ne faut pas se leurrer : le lobby pro-marocain va user de nouveaux moyens pour torpiller le prochain rendez-vous de Manhasset et saboter la réunion du Conseil de sécurité prévue à la fin de l’année. Menace terroriste ? Qui dit mieux ?

Z’hor Chérief

 

Les négociations Maroc-Polisario selon le professeur Yahia Zoubir

“Rabat donne de faux espoirs aux Sahraouis”

Les Débats : Le Maroc et le Front Polisario ont entamé dernièrement des négociations à Manhasset, aux Etats-Unis. Quel est votre avis sur ces pourparlers ?

Professeur Yahia Zoubir : Les 18 et 19 juin dernier, le Maroc a participé aux négociations de Manhasset pour ne pas être mis sur la sellette ; il a toujours l’espoir de faire infléchir la position des Sahraouis et celle de l’Algérie par contrecoups. Au cours de ces négociations, la délégation marocaine a agi en sorte que la délégation du Front Polisario se retire… Les Marocains ont ajouté dans leur délégation des membres du Corcas pour signifier que les Sahraouis sont des sujets marocains et pour remettre en cause la représentativité du Front Polisario. Les représentants sahraouis ne sont pas tombés dans le piège qui leur a été tendu.

Cela dit, le Maroc continue à agir comme par le passé, pour maintenir le statu quo qui l’arrange et ne pas respecter la légalité internationale. Il donne de faux espoirs aux Sahraouis et manipule l’opinion publique internationale.

 

Quel est votre avis sur le rôle de l’ONU et du Conseil de sécurité, à la lumière des derniers événements, notamment celui du 27 juin dernier ? 

Le drame des Sahraouis, c’est que les puissances censées faire respecter le droit international et les résolutions des Nations unies, comme les Etats-Unis et la France, font tout pour aider le Maroc à obtenir ce qu’il veut, c’est-à-dire l’aider dans l’annexion pure et simple du Sahara occidental dans le royaume chérifien. Je vous rappelle que la politique tous azimuts menée par les Maroc pour faire avaliser son projet « d’autonomie élargie » a bien été soutenue par la France, l’Espagne et les Etats-Unis. Le royaume marocain se sert même de certains académiciens, tous récompensés par le Palais royal, pour présenter des arguments favorables à sa position. L’ONU elle-même porte une grande responsabilité dans le blocage de la situation ; il n’y a qu’à analyser les résolutions de l’ONU pour se rendre contre des contradictions. On ne cesse d’affirmer le droit des Sahraouis à l’autodétermination, mais dans le même temps on parle d’une solution politique qui serait acceptée par les deux parties en conflit. En d’autres termes, on fait en sorte que le statut quo perdure, en laissant les Sahraouis souffrir dans les camps de réfugiés et subir la répression dans les territoires occupés. Par ailleurs, on fait tout pour dénaturer le mouvement nationaliste sahraoui, en tentant de le lier à l’organisation terroriste Al-Qaïda… On va même jusqu’à décrire les camps de réfugiés de Tindouf à des camps de concentration… L’espoir du Maroc et de ses alliés, c’est qu’à force de le répéter, on finit par y croire et convaincre des opinions crédules que la victime est le Maroc (tout comme Israël) et les Sahraouis les coupables (tout comme les Palestiniens). Des académiciens occidentaux de renommée ont récemment argué que les gens qui défendent l’intangibilité des frontières… sont trop attachés aux concepts occidentaux. Je peux vous donner des exemples à l’infinité pour démontrer le ridicule atteint pour défaire la cause sahraouie…         

 

Que pourrait-il arriver, selon vous, dans les jours à venir ?

Ce qui pourrait arriver, c’est peut-être de réaliser que le plan d’autonomie marocain n’a aucune chance de réussir, malgré le soutien des faucons pro-marocains à la Maison-Blanche, tels qu’Elliot Abrams. Soumettre exclusivement le plan marocain en ignorant la contre-proposition sahraouie démontre la partialité des Nations Unies et de ses représentants les plus puissants. Cette volonté de brimer les Sahraouis prouve que la loi du plus fort gouverne les relations internationales actuelles. Même si le conflit en Irak a montré les dangers d’une telle politique. Pour ce qui est des Sahraouis, malgré le soutien du lobby pro israélien à la proposition marocaine, le Congrès américain n’est pas prêt de faire fi de la légalité internationale et de plaire à un allié qu’aucun pays au monde ne reconnaît la souveraineté sur un territoire qu’il occupe illégalement depuis maintenant trente-deux ans. Sans sombrer dans le pessimisme, je pense que le conflit du Sahara occidental n’est pas prêt d’être réglé, cela d’autant que les puissances externes à la région n’ont pas la volonté de le résoudre.

Propos recueillis par Z. Chérief

 

 

 

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