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Réexamen de la
question du Sahara occidental
Echec du coup
de force à l’ONU
La question du
Sahara occidental sera au menu de la réunion du Conseil de sécurité
des Nations unies, ce mercredi 11 juillet, sur la base du rapport de
Ban Ki-Moon. La première version du rapport aura-t-elle un
quelconque impact ?
L’information sur
la date de la réunion a été communiquée par des représentants de
l’ONU, notamment par le président du Conseil de sécurité pour le
mois de juillet, l’ambassadeur chinois Wang Guangya. Il est prévu
que l’envoyé personnel du secrétaire général, Peter Van Walsum, en
sa qualité de médiateur aux négociations, fasse un exposé sur les
développements du dossier du Sahara occidental, sur la base des
pourparlers ayant eu lieu les 18 et 19 juin à Manhasset
(Etats-Unis). Si l’on en croit les mêmes sources, la version
définitive du rapport de Ban Ki-Moon sera cette fois connue à
l’issue du rendez-vous du Conseil de sécurité.
Dans un rapport
daté du 29 juin dernier, le secrétaire général de l’ONU fait le
point sur les consultations préliminaires aux pourparlers, ainsi que
sur le déroulement des négociations. Ban Ki-Moon révèle que, pour la
première fois depuis les pourparlers directs de Londres et de Berlin
en 2000, les délégations sahraouie et marocaine se sont réunies en
présence de M. Van Walsun, en sa qualité de facilitateur de l’ONU.
Le document de
deux pages souligne que le Maroc et le Polisario sont attachés au
processus de négociations et ont même donné leur accord pour
poursuivre leurs discussions le 10 août prochain. Fait étrange, le
rapport indique que les positions des parties "sont demeurées très
éloignées en ce qui concerne la définition de l'autodétermination",
sans préciser qui du Maroc ou du Polisario entretient l’amalgame sur
la problématique de décolonisation de l’ex-colonie espagnole.
Le rapport du 29
juin est en fait la version corrigée du rapport scandaleux du 27
juin, qui a été présenté au Conseil de sécurité avant d’être publié
sur le site de l’ONU deux jours plus tard, puis retiré quelques
heures après.
Les Nations unies
n’ont pas l’habitude de retirer de la circulation un rapport du
secrétaire général pour le réviser – bien que la question sahraouie
ait connu plusieurs tentatives pour la détourner de son cours
normal. L’argument trouvé pour justifier ce retrait est que la
première version du rapport, contenant des observations et des
recommandations de M. Van Walsum, n’a pas pris en compte les
réserves émises par les parties concernées, impliquées dans les
négociations. En d’autres termes, la version corrigée se limitera à
faire le point des négociations, "afin de ne pas gêner le processus
de négociations".
Dans son rapport
avorté du 27 juin, Ban Ki-Moon révèle que plusieurs Etats membres du
Conseil de sécurité ont proposé des services et des experts pour la
réussite des discussions maroco-sahraouies, en affirmant que ces
offres sont "actuellement à l’étude". Alors que l’objectif assigné à
la reprise des négociations est de rechercher une solution politique
qui assure l’autodétermination du peuple sahraoui et de traiter les
propositions des deux parties "à égalité", le rapport du secrétaire
général, dans sa première version, tente de mettre en avant le plan
marocain d’autonomie. Sous le prétexte d’un règlement définitif du
conflit, il veut forcer la main au Polisario, en recommandant au
Conseil de sécurité d’exiger de celui-ci de "mettre à l’épreuve la
volonté du Maroc de prendre part à des négociations sérieuses et
constructives, en présentant des propositions concrètes en vue de
définir, préciser ou modifier les dispositions énoncées dans la
proposition du Maroc, la question du statut définitif étant laissée
de côté à ce stade".
L’action
avortée du lobby pro-marocain
Quant à l’occupant
marocain, il lui est demandé seulement de "se montrer plus sensible
à la complexité du problème, en ne maintenant pas que son
acceptation de l’autonomie au lieu de l’intégration est l’équivalent
(…) d’une acceptation éventuelle par le Front Polisario de
l’autonomie au lieu de l’indépendance". Le même document conditionne
le succès des pourparlers par la nécessité que les deux parties
admettent que "la question de la souveraineté est et a toujours été
la principale pierre d’achoppement dans ce différend", en omettant
de rappeler le refus de la communauté internationale de reconnaître
la souveraineté marocaine sur "le territoire non autonome" du Sahara
occidental.
Le 27 juin, jour
de la présentation du rapport de M. Ki-Moon, le Maroc tient sa
réunion du Conseil du gouvernement consacrée à la question
sahraouie. Selon l’agence marocaine MAP, des ministres, en
particulier ceux ayant fait partie de la délégation marocaine aux
négociations de Manhasset, ont instruit que le Conseil de sécurité
des Nations unies accorde "la priorité" à la proposition marocaine,
celle-ci pourrait même être "enrichie dans le cadre de la
négociation
Consensuelle". Le
Maroc, selon la même source, révèle ainsi que la consultation
portera sur le projet d’autonomie sous sa souveraineté et son
intégrité territoriale, en présentant le Conseil royal consultatif
des affaires sahariennes (Corcas) comme le représentant de la
majorité des Sahraouis.
Le 29 juin, après
la publication du fameux rapport du secrétaire général puis son
retrait du site du Conseil de sécurité, la partie sahraouie réagit.
Dans sa déclaration à la presse, Ahmed Boukhari, représentant du
Polisario auprès de l’ONU et membre de la délégation sahraouie aux
négociations, atteste : "Contrairement donc à ce qui a été diffusé
par certains moyens de presse, la version définitive de ce rapport
n'a pas encore été publiée." Le diplomate qualifie le rapport de Ban
Ki-Moon de "factuel qui n'entre pas dans la substance et ne
recommande aucune action ou démarche au Conseil de sécurité". Et
tient à rappeler le caractère colonial du conflit, en espérant que
la délégation marocaine "y viendra avec une volonté politique
différente", lors du prochain round des pourparlers.
L’empressement
avec lequel le rapport de Ban Ki-Moon a été publié soulève maintes
interrogations sur la partialité de hauts responsables onusiens. Le
complot visait à dénaturer le conflit du Sahara occidental, à venir
en aide au Maroc, à la veille du second round des négociations. Le
rapport du 27 juin a dévié du cadre qui lui a été défini par la
résolution 1754 du 30 avril dernier. Attachée aux résolutions
précédentes de l’ONU, celle-ci avait indiqué que les négociations
ont pour but final est de garantir l’autodétermination, signalant
avoir pris note des propositions présentées par chacune des parties
en conflit.
Aujourd’hui, le
Conseil de sécurité est devant deux choix : soit il appuie la
légalité international en veillant à ce qu’elle soit effective et
donc respectée par la partie qui bloque et dûment reconnue par tous,
ou l’ignorer en faisant fi de toutes les résolutions de l’ONU
relatives à la décolonisation du territoire non autonome sahraoui.
Laisser le Maroc et le Polisario en tête-à-tête pour trouver une
solution négociée, c’est vouloir défaire l’ONU de sa responsabilité
et de ses missions de paix. C’est vouloir sortir la question du
Sahara occidental du cadre onusien et du droit international qui
interdisent l’agression et l’annexion du territoire d’autrui et
condamnent la privation du droit des peuples à l’autodétermination
et à l’indépendance.
C’est enfin
rechercher la "palestinisation" du conflit maroco-sahraoui pour le
laisser évoluer au gré du bon vouloir de l’occupant et des
appétits/interférences des puissances de ce monde.
Mais il ne faut
pas se leurrer : le lobby pro-marocain va user de nouveaux moyens
pour torpiller le prochain rendez-vous de Manhasset et saboter la
réunion du Conseil de sécurité prévue à la fin de l’année. Menace
terroriste ? Qui dit mieux ?
Z’hor Chérief
Les négociations Maroc-Polisario selon le professeur
Yahia Zoubir
“Rabat donne de
faux espoirs aux Sahraouis”
Les Débats :
Le Maroc et le Front Polisario ont entamé dernièrement des
négociations à Manhasset, aux Etats-Unis. Quel est votre avis sur
ces pourparlers ?
Professeur Yahia Zoubir :
Les 18 et 19 juin dernier, le Maroc a participé aux négociations de
Manhasset pour ne pas être mis sur la sellette ; il a toujours
l’espoir de faire infléchir la position des Sahraouis et celle de
l’Algérie par contrecoups. Au cours de ces négociations, la
délégation marocaine a agi en sorte que la délégation du Front
Polisario se retire… Les Marocains ont ajouté dans leur délégation
des membres du Corcas pour signifier que les Sahraouis sont des
sujets marocains et pour remettre en cause la représentativité du
Front Polisario. Les représentants sahraouis ne sont pas tombés dans
le piège qui leur a été tendu.
Cela dit, le Maroc continue à agir
comme par le passé, pour maintenir le statu quo qui l’arrange et ne
pas respecter la légalité internationale. Il donne de faux espoirs
aux Sahraouis et manipule l’opinion publique internationale.
Quel est votre avis sur le rôle de
l’ONU et du Conseil de sécurité, à la lumière des derniers
événements, notamment celui du 27 juin dernier ?
Le drame des Sahraouis, c’est que les
puissances censées faire respecter le droit international et les
résolutions des Nations unies, comme les Etats-Unis et la France,
font tout pour aider le Maroc à obtenir ce qu’il veut, c’est-à-dire
l’aider dans l’annexion pure et simple du Sahara occidental dans le
royaume chérifien. Je vous rappelle que la politique tous azimuts
menée par les Maroc pour faire avaliser son projet « d’autonomie
élargie » a bien été soutenue par la France, l’Espagne et les
Etats-Unis. Le royaume marocain se sert même de certains
académiciens, tous récompensés par le Palais royal, pour présenter
des arguments favorables à sa position. L’ONU elle-même porte une
grande responsabilité dans le blocage de la situation ; il n’y a
qu’à analyser les résolutions de l’ONU pour se rendre contre des
contradictions. On ne cesse d’affirmer le droit des Sahraouis à
l’autodétermination, mais dans le même temps on parle d’une solution
politique qui serait acceptée par les deux parties en conflit. En
d’autres termes, on fait en sorte que le statut quo perdure, en
laissant les Sahraouis souffrir dans les camps de réfugiés et subir
la répression dans les territoires occupés. Par ailleurs, on fait
tout pour dénaturer le mouvement nationaliste sahraoui, en tentant
de le lier à l’organisation terroriste Al-Qaïda… On va même jusqu’à
décrire les camps de réfugiés de Tindouf à des camps de
concentration… L’espoir du Maroc et de ses alliés, c’est qu’à force
de le répéter, on finit par y croire et convaincre des opinions
crédules que la victime est le Maroc (tout comme Israël) et les
Sahraouis les coupables (tout comme les Palestiniens). Des
académiciens occidentaux de renommée ont récemment argué que les
gens qui défendent l’intangibilité des frontières… sont trop
attachés aux concepts occidentaux. Je peux vous donner des exemples
à l’infinité pour démontrer le ridicule atteint pour défaire la
cause sahraouie…
Que pourrait-il arriver, selon
vous, dans les jours à venir ?
Ce qui pourrait arriver, c’est
peut-être de réaliser que le plan d’autonomie marocain n’a aucune
chance de réussir, malgré le soutien des faucons pro-marocains à la
Maison-Blanche, tels qu’Elliot Abrams. Soumettre exclusivement le
plan marocain en ignorant la contre-proposition sahraouie démontre
la partialité des Nations Unies et de ses représentants les plus
puissants. Cette volonté de brimer les Sahraouis prouve que la loi
du plus fort gouverne les relations internationales actuelles. Même
si le conflit en Irak a montré les dangers d’une telle politique.
Pour ce qui est des Sahraouis, malgré le soutien du lobby pro
israélien à la proposition marocaine, le Congrès américain n’est pas
prêt de faire fi de la légalité internationale et de plaire à un
allié qu’aucun pays au monde ne reconnaît la souveraineté sur un
territoire qu’il occupe illégalement depuis maintenant trente-deux
ans. Sans sombrer dans le pessimisme, je pense que le conflit du
Sahara occidental n’est pas prêt d’être réglé, cela d’autant que les
puissances externes à la région n’ont pas la volonté de le résoudre.
Propos recueillis par Z. Chérief
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