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Semaine du 12 au 18 mars  2008

 

A l’approche des négociations sur le Sahara occidental

Rabat et ses alliés préparent avril 2008

Les Arabes à la  veille du sommet de Damas         

Divisions et surenchères

 

 

 

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 A l’approche des négociations sur le Sahara occidental

Rabat et ses alliés préparent avril 2008

Le Maroc est-il vraiment acculé à la veille du quatrième round des négociations qu’il devra effectuer avec le Front Polisario, à partir de dimanche prochain à Manhasset, sur le sol américain ?

Aujourd’hui, la question mérite d’être posée parce que le royaume chérifien a essayé différents procédés pour conduire la communauté internationale à avaliser son fait accompli au Sahara occidental, mais sans y parvenir. Cela, après avoir renié ses engagements internationaux, alors qu’il se place comme la force occupante d’un «territoire non autonome» dont le sort ne saurait être tranché en dehors des Nations unies ni du respect du droit du peuple sahraoui à disposer de lui-même. Pourtant, jamais le Maroc n’aurait pu transgresser aussi impunément la légalité internationale, réprimer la population sahraouie des zones occupées, interdire l’accès de ces mêmes zones aux observateurs et journalistes indépendants ni mener ses campagnes de dénigrement et de désinformation, sans les conseils et le soutien actif de grandes puissances et d’éléments activant au sein de l’ONU ou travaillant pour le compte de l’organisation. On saisit peut-être mieux le sens des batailles que Rabat a engagées, toutes ces années, autour du corps électoral, d’abord pour imposer des tribus marocaines contestées par le Front Polisario et ensuite pour cautionner l’installation définitive des colons marocains dans les territoires sahraouis occupés, avec la finalité de (re)peupler l’ancienne colonie espagnole.

Grisées par ces concessions arrachées à la partie sahraouie, grâce notamment au maintien du cessez-le-feu et confortées par la complicité de membres influents du Conseil de sécurité et du secrétariat général de l’ONU, les autorités marocaines ont fini par se trahir et revenir à leurs thèses expansionnistes. Elles ont en effet rejeté le Plan de paix pour un référendum d’autodétermination du peuple du Sahara occidental, adopté en 2003 à l’unanimité par le Conseil de sécurité, alors que celui-ci leur était très favorable – l’ancien secrétaire d’Etat américain, James Baker, qui en est le concepteur, l’a lui-même reconnu. Ce plan, connu sous le nom de Plan Baker, introduit, pour la première fois, la notion de «troisième voie» pour le règlement définitif du conflit maroco-sahraoui, suivant les nouvelles orientations données à la fin des années 1990 par les responsables onusiens, dont l’ancien secrétaire général, Kofi Annan. Concrètement, ce plan porte sur deux étapes : une phase d’autonomie de quatre ans de l’ex-colonie espagnole, gouvernée par une autorité sahraouie (essentiellement des membres du Front Polisario) sous la souveraineté relative du royaume marocain, suivie par l’étape du référendum d’autodétermination, où une partie des Marocains, établis au Sahara occidental de 1975 à 1999, est habilitée à participer au scrutin, aux côtés des populations sahraouies, et donc à choisir avec ces dernières l’indépendance du Sahara occidental ou son intégration au Maroc. Deux options adoptées, pour rappel, à l’unanimité par le Conseil de sécurité avec l’accord des deux parties en conflit, le Front Polisario et le Maroc.

L’autonomie, en réalité une forme d’intégration au royaume chérifien, devait constituer seulement une des étapes du processus de décolonisation qui doit conduire à l’organisation du référendum. Mais, voilà qu’elle est saisie comme une opportunité irremplaçable, par le Maroc et ses principaux alliés, lesquels veulent la faire passer à présent pour une «troisième voie». Or, si celle-ci donne le droit à la personne votante de choisir entre plusieurs options, dont l’indépendance du territoire sahraoui, l’autonomie a pour but final d’enterrer une bonne fois pour toute le choix d’indépendance et, par voie de conséquence, le caractère colonial du dossier du Sahara occidental. C’est à ce niveau que se situe l’enjeu des batailles actuelles et du 4e round des négociations maroco-sahraouies, qui a été reporté au 16 mars à la demande du Maroc.

Pressions sur le Polisario via l’Algérie

Dans ces conditions, l’inquiétude des Sahraouis et de leur représentant, le Polisario, devant le silence des Nations unies, ainsi que leur menace de reprendre les armes pour défendre leurs droits nationaux et leur dignité, est légitime. Cela d’autant que l’offensive marocaine est bien réelle et tend à imposer le plan d’autonomie, qualifié, particulièrement par les Français, les Américains et même par l’ancienne puissance administrante du Sahara occidental (l’Espagne), de «proposition crédible et sérieuse». Dans ce cadre, l’attachement de l’Algérie au processus de décolonisation et à la légalité internationale vient contrarier les projets marocains et ceux des puissances occidentales convoitant les richesses de la région. Seulement, au-delà de sa «position constante» et de son soutien pour «la stricte mise en œuvre de la doctrine des Nations unies en matière de décolonisation», l’Algérie, face aux appétits démesurés du Maroc, est assurément confrontée à la réalité de la sauvegarde de ses propres intérêts et de la sécurité nationale. En d’autres termes, elle ne pourrait fermer les yeux sur le complot qui se prépare contre les Sahraouis. Et la question que tout le monde se pose à voix basse est de savoir si l’Algérie incitera ou dissuadera les Sahraouis à reprendre les armes. Cette question, loin d’être banale, a été déjà formulée, en août 2004, par James Baker, qui a laissé entendre que les Sahraouis ne pourront pas reprendre la lutte armée sans l’accord de l’Algérie. Même si l’ex-envoyé personnel de Kofi Annan a oublié de parler à l’époque des territoires libérés sahraouis. Des territoires que le Maroc envisage d’occuper maintenant, sous le prétexte de la défense de sa souveraineté.

Tout laisse croire que les menaces du secrétaire général de l’ONU contre Alger, à la suite de l’attentat contre le siège onusien, l’offensive maroco-saoudienne exprimée à travers le scandale de la chaîne qatarie Al-Jazira, les attaques d’une soi-disant « Al-Qaïda du Maghreb » contre la seule Algérie et la visite de hauts responsables américains, sont à mettre sur le registre des pressions. Sont-ils arrivés à leurs fins ? L’avenir nous le dira. Mais on constate que les déclarations faites dernièrement par le secrétaire général de l’ONU devant le Comite spécial chargé d’étudier la situation de l’application de la Déclaration sur l’octroi de l’indépendance aux pays et peuples coloniaux, ainsi que les propos tenus à Alger par le sous-secrétaire d'Etat américain chargé des affaires du Proche-Orient et de l'Afrique du Nord, David Welsh, montrent une révision dans les positions, du moins dans les formes.

Par ailleurs, le pessimisme affiché ouvertement par l'envoyé personnel du secrétaire général de l'ONU, Peter Van Walsum, et surtout le discours tranché, voire même de guerre, développé récemment par Rabat, visent à donner l’impression que la situation est devenue ingérable. Cela pourrait inspirer les grandes puissances, celles-là même qui sont alignées sur les thèses marocaines, en les poussant à redoubler leurs pressions, en avril 2008, au sein du Conseil de sécurité et à faire passer le plan d'autonomie du Makhzen.

La campagne internationale, lancée dernièrement, pour faire la lumière sur la situation des droits de l’homme au Sahara occidental et sur les conséquences de l’aggravation de la répression dans les territoires occupés sahraouis, aura un impact certain dans la balance des décisions prochaines. Comme d’ailleurs la réaction des autorités algériennes devant ces appels pour relancer la machine grippée de l’Union du Maghreb arabe (UMA). Des appels qui ne visent ni plus ni moins qu’à venir en aide au Maroc et à le sortir de son isolement.

Z’hor Chérief

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Les Arabes à la  veille du sommet de Damas         

Divisions et surenchères

Mission impossible est celle que s’apprêtent à accomplir les Arabes au prochain sommet. En effet, comment, devant un agenda aussi chargé que diversifié, retrouver la sécurité au Darfour, réinventer la trêve en Somalie, aider à dépasser la crise libanaise, repenser la stabilité en Irak, lever le blocus imposé à la Syrie et réconcilier les frères ennemis en Palestine ?

Autant de dossiers qui interpellent les chefs d’Etats arabes. Des problèmes aussi compliqués les uns que les autres et auxquels les Arabes qui se réuniront le 29 mars à Damas sont appelés à trouver des solutions ou, à défaut, suggérer les voies pour leur règlement. Jamais le Monde arabe, cible de toutes les convoitises, abasourdi par des menaces patentes, n’a été confronté à tant de dilemmes. C’est pour la première fois dans leur histoire, c'est-à-dire durant les 29 sommets , entre ordinaires et extraordinaires, organisés depuis 1946 jusqu’en 2007, que les arabes déboussolés s’enlisent davantage dans des conflits interarabes glissant comme sur du sable mouvant.

Toutefois, malgré un agenda chargé, les dirigeants arabes semblent plus préoccupés par l’ordre de priorité. Pourtant tous les dossiers sont aussi compliqués les uns que les autres. Tous les dossiers, déférés des sommets précédents ou nouveaux, urgent. A commencer par celui de l’Irak, un pays qui n’a pas retrouvé la stabilité et la démocratie promises il y a cinq ans déjà, la région du Sahel (Mauritanie, Algérie et Libye côté arabe) sous la menace de l’insécurité transfrontalière et des manœuvres autour du déploiement d’un commandement militaire américain dans la région (l’Africom, installé actuellement à Bruxelles). A proximité, le heurt soudanais avec le Tchad depuis le triste épisode des enfants de l’arche de Zoé menace aussi d’un embrasement certain.

Le temps des incertitudes

Compte tenu du contentieux syro-égypto-saoudien sur le chapitre libanais et son corollaire syro-iranien, il est fait état  de tentatives de faire avorter la tenue du sommet.  En effet, il n’est pas  certain que d’ici la date fatidique du 29 mars le sommet se tiendra. Ce qui, au demeurant, n’est pas fait nouveau. Il est avancé que certains souverains et  chefs d’Etat arabes ne prendront pas le chemin de Damas. Les divergences sont telles qu’elles se matérialisent, depuis Khartoum, par le boycott des sommets par certains chefs d’Etat et souverains qui bouderaient de certaines capitales. Ce sentiment de refoulement mutuel alimenté par la prétention de leadership minimise l’intérêt de ces réunions de haut niveau consacrées fondamentalement à prendre des décisions d’intérêt commun. Mais ce qui devait être considéré, à l’instar de grands regroupements régionaux, comme rituel sacré est désormais perçu comme une corvée par ceux-là même qui ont fondé la Ligue autour de préceptes unionistes nobles. Par conséquent, en dépit des assurances de certains dirigeants, le risque du report du sommet plane toujours. Car l’intention des Saoudiens et des Egyptiens de le boycotter hypothèque a fortiori les chances de réussite de la solidarité arabo-arabe. Une solidarité à reconstruire afin de se rendre à l’évidence et de transcender le sentiment individuel afin de dialoguer et de discuter des issues aux problèmes de la nation, même dans la divergence de points de vues sur les «plaies» arabes. Les conditions dans lesquelles se font les préparatifs dénotent d’un échec annoncé, voire programmé, du 19e sommet qui ne sera forcément pas celui de la Palestine, encore moins celui de l’occupation irakienne. Aussi faut-il se demander, au cas où les Arabes iraient désunis à un sommet décisif, si deux ou trois jours suffiront pour passer en examen les dossiers mis sur la table.

L’éternel casse-tête arabe

L’ordre des priorités sera manifestement un autre casse-tête ajouté aux questions préoccupantes du manque d’entente entre Arabes. A commencer par le Liban. L’imposante Syrie est accusée d’être derrière le blocage de l’élection d’un président, via ses alliés à Beyrouth. Opposants et alliés du pouvoir n’ont pu s’entendre sur la date d’investiture du général Ely Souleymane qui incarne l’homme du consensus. Le pays du Cèdre est transformé, après la guerre contre Israël, en tranchées qui rappellent le sinistre spectre de la guerre civile. Ceci dit, combien l’héritage d’Emile Lahoud est lourd, voire empoisonné.

La crise au Darfour qui aura bouclé cette année ses vingt ans, n’a jusque-là pas fini d’en découdre avec le contentieux nord-sud dont les retombées ne cessent de s’alourdir et chevauche un autre litige, le voisinage avec le Tchad. La Somalie, après avoir affronté l’armée éthiopienne s’est vue confrontée à une guerre civile visiblement inextricable entre le pouvoir en place et les «taliban» locaux, qu’on appelle groupes islamiques. Quant aux Palestiniens, ils payent les frais d’une démocratie sous occupation, qui de plus a mal tourné. La guerre entre factions a affaibli le front interne et a paradoxalement renforcé Israël, qui divise de plus en plus la vision arabe sur la question palestinienne. Le Hamas, vainqueur d’élection libre, a suffi pour torpiller le processus d’Oslo, «amélioré» récemment à Annapolis et pulvériser l’utopique compromis arabe.

Entre médiations et pressions

Le Conseil des ministres arabes a siégé la semaine dernière pendant trois jours, dans une ambiance délétère, pour décider du projet d’ordre de jour recueillant le prétendu quorum requis. Les ministres des AE ont arrêté quatre points fondamentaux : le Darfour, la Somalie, les sanctions imposées contre la Syrie et la nécessité de trouver une solution à la vacance de la présidence au Liban. Par souci de ne pas perturber les négociations entre Palestiniens et Israéliens, la question semble être reléguée en second plan dans ces pourparlers arabes. La logique veut que la non-inscription de la question palestinienne obéisse au vœu américain afin de préserver les acquis sur le prétendu processus de négociations Abbas-Olmert.

La tournée au Maghreb et au Proche-Orient de David Welsh, sous-secrétaire du département d’Etat américain, est pour beaucoup dans ce remue-ménage. Et à vrai dire, les arabes ne pourraient ajouter plus qu’ils en ont fait au dossier palestinien après le sommet arabe de Riyad, en mars 2007, à l’occasion du 19e Sommet qui a décidé de relancer une initiative de paix avec l'Etat hébreu. Les résolutions entérinées par les chefs d'Etat ou leurs représentants, en premier lieu celle sur cette initiative de paix arabe, adoptée à l'origine en 2002, n’a pas apporté les résultats escomptés. Il va sans dire que l’occupation américaine en Irak s’inscrit dans le même ordre d’idées afin de ne pas désobliger l’allié des monarchies du Golfe, les USA. 

Les préparatifs s’annoncent enthousiastes de part et d’autre. Côté organisateur, la Syrie promet des retrouvailles réussies, alors que les hôtes de leur côté, se disent optimistes quant à l’issue honorable du sommet. Simple courtoisie ou propos de diplomate ? Il faut attendre pour voir. L’Algérie, représentée à chaque rendez-vous par une très importante délégation, déploie d’énormes efforts pour rapprocher les points de vue, rame souvent à contre-courant pour dissiper les impondérables. Mais les expériences vécues après Beyrouth, Tunis et Riyad en passant par Alger et Khartoum renseignent sur la faiblesse des Arabes à choisir leur destin et non le subir. A proprement dire, les décisions arabes généralement bien énoncées dans de longues résolutions tiennent à la réaction de  Washington, pour être avalisées et mises en application. Notons qu’à la veille du sommet d’Annapolis, Mme Condoleeza Rice a déployé de grands efforts pour convaincre le Monde arabe et les alliés de s’unir autour de la question de la paix au Proche-Orient et a même dicté la ligne de conduite à adopter par chacun des participants. 

Espoir et appréhensions

La crainte des observateurs est que les sommets arabes, qui se suivent et se ressemblent, risquent, à force d’absence de lucidité, de transformer la Ligue arabe en un mur des pleurs arabes ou en un pendoir sur lequel on étale son linge sale pour laisser ensuite le temps au temps de s’en occuper.

Au-delà de la photo de famille, les Arabes n’ont pas compris encore qu’il n’est pas interdit d’être en désaccord, mais d’être faible pour l’exprimer en face-à-face pour mettre l’accent sur les divergences et les points sur les «i». Le boycott ne servira personne, notamment pas les peuples qui aspirent à une bonne gouvernance et non à la démission.

Les sommets arabes se transforment au fur et à mesure que les malentendus s’ancrent davantage dans nos mœurs et rendent caduques toutes les bonnes volontés d’espérer solutionner nos problèmes. Pis, l’appréhension est que les conclaves annuels ne se transforment en un espace pour les rendre plus compliqués. Quand pourrons-nous transformer les échecs répétitifs en rampe de lancement vers des lendemains meilleurs, sans surenchère ni déchirement ?

Salah Bey  

 

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