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A
l’approche des négociations sur le Sahara occidental
Rabat et ses
alliés préparent avril 2008
Le Maroc est-il
vraiment acculé à la veille du quatrième round des négociations
qu’il devra effectuer avec le Front Polisario, à partir de dimanche
prochain à Manhasset, sur le sol américain ?
Aujourd’hui, la
question mérite d’être posée parce que le royaume chérifien a essayé
différents procédés pour conduire la communauté internationale à
avaliser son fait accompli au Sahara occidental, mais sans y
parvenir. Cela, après avoir renié ses engagements internationaux,
alors qu’il se place comme la force occupante d’un «territoire non
autonome» dont le sort ne saurait être tranché en dehors des Nations
unies ni du respect du droit du peuple sahraoui à disposer de
lui-même. Pourtant, jamais le Maroc n’aurait pu transgresser aussi
impunément la légalité internationale, réprimer la population
sahraouie des zones occupées, interdire l’accès de ces mêmes zones
aux observateurs et journalistes indépendants ni mener ses campagnes
de dénigrement et de désinformation, sans les conseils et le soutien
actif de grandes puissances et d’éléments activant au sein de l’ONU
ou travaillant pour le compte de l’organisation. On saisit peut-être
mieux le sens des batailles que Rabat a engagées, toutes ces années,
autour du corps électoral, d’abord pour imposer des tribus
marocaines contestées par le Front Polisario et ensuite pour
cautionner l’installation définitive des colons marocains dans les
territoires sahraouis occupés, avec la finalité de (re)peupler
l’ancienne colonie espagnole.
Grisées par ces
concessions arrachées à la partie sahraouie, grâce notamment au
maintien du cessez-le-feu et confortées par la complicité de membres
influents du Conseil de sécurité et du secrétariat général de l’ONU,
les autorités marocaines ont fini par se trahir et revenir à leurs
thèses expansionnistes. Elles ont en effet rejeté le Plan de paix
pour un référendum d’autodétermination du peuple du Sahara
occidental, adopté en 2003 à l’unanimité par le Conseil de sécurité,
alors que celui-ci leur était très favorable – l’ancien secrétaire
d’Etat américain, James Baker, qui en est le concepteur, l’a
lui-même reconnu. Ce plan, connu sous le nom de Plan Baker,
introduit, pour la première fois, la notion de «troisième voie» pour
le règlement définitif du conflit maroco-sahraoui, suivant les
nouvelles orientations données à la fin des années 1990 par les
responsables onusiens, dont l’ancien secrétaire général, Kofi Annan.
Concrètement, ce plan porte sur deux étapes : une phase d’autonomie
de quatre ans de l’ex-colonie espagnole, gouvernée par une autorité
sahraouie (essentiellement des membres du Front Polisario) sous la
souveraineté relative du royaume marocain, suivie par l’étape du
référendum d’autodétermination, où une partie des Marocains, établis
au Sahara occidental de 1975 à 1999, est habilitée à participer au
scrutin, aux côtés des populations sahraouies, et donc à choisir
avec ces dernières l’indépendance du Sahara occidental ou son
intégration au Maroc. Deux options adoptées, pour rappel, à
l’unanimité par le Conseil de sécurité avec l’accord des deux
parties en conflit, le Front Polisario et le Maroc.
L’autonomie, en
réalité une forme d’intégration au royaume chérifien, devait
constituer seulement une des étapes du processus de décolonisation
qui doit conduire à l’organisation du référendum. Mais, voilà
qu’elle est saisie comme une opportunité irremplaçable, par le Maroc
et ses principaux alliés, lesquels veulent la faire passer à présent
pour une «troisième voie». Or, si celle-ci donne le droit à la
personne votante de choisir entre plusieurs options, dont
l’indépendance du territoire sahraoui, l’autonomie a pour but final
d’enterrer une bonne fois pour toute le choix d’indépendance et, par
voie de conséquence, le caractère colonial du dossier du Sahara
occidental. C’est à ce niveau que se situe l’enjeu des batailles
actuelles et du 4e round des négociations
maroco-sahraouies, qui a été reporté au 16 mars à la demande du
Maroc.
Pressions sur
le Polisario via l’Algérie
Dans ces
conditions, l’inquiétude des Sahraouis et de leur représentant, le
Polisario, devant le silence des Nations unies, ainsi que leur
menace de reprendre les armes pour défendre leurs droits nationaux
et leur dignité, est légitime. Cela d’autant que l’offensive
marocaine est bien réelle et tend à imposer le plan d’autonomie,
qualifié, particulièrement par les Français, les Américains et même
par l’ancienne puissance administrante du Sahara occidental
(l’Espagne), de «proposition crédible et sérieuse». Dans ce cadre,
l’attachement de l’Algérie au processus de décolonisation et à la
légalité internationale vient contrarier les projets marocains et
ceux des puissances occidentales convoitant les richesses de la
région. Seulement, au-delà de sa «position constante» et de son
soutien pour «la stricte mise en œuvre de la doctrine des Nations
unies en matière de décolonisation», l’Algérie, face aux appétits
démesurés du Maroc, est assurément confrontée à la réalité de la
sauvegarde de ses propres intérêts et de la sécurité nationale. En
d’autres termes, elle ne pourrait fermer les yeux sur le complot qui
se prépare contre les Sahraouis. Et la question que tout le monde se
pose à voix basse est de savoir si l’Algérie incitera ou dissuadera
les Sahraouis à reprendre les armes. Cette question, loin d’être
banale, a été déjà formulée, en août 2004, par James Baker, qui a
laissé entendre que les Sahraouis ne pourront pas reprendre la lutte
armée sans l’accord de l’Algérie. Même si l’ex-envoyé personnel de
Kofi Annan a oublié de parler à l’époque des territoires libérés
sahraouis. Des territoires que le Maroc envisage d’occuper
maintenant, sous le prétexte de la défense de sa souveraineté.
Tout laisse croire
que les menaces du secrétaire général de l’ONU contre Alger, à la
suite de l’attentat contre le siège onusien, l’offensive
maroco-saoudienne exprimée à travers le scandale de la chaîne
qatarie Al-Jazira, les attaques d’une soi-disant « Al-Qaïda du
Maghreb » contre la seule Algérie et la visite de hauts responsables
américains, sont à mettre sur le registre des pressions. Sont-ils
arrivés à leurs fins ? L’avenir nous le dira. Mais on constate que
les déclarations faites dernièrement par le secrétaire général de
l’ONU devant le Comite spécial chargé d’étudier la situation de
l’application de la Déclaration sur l’octroi de l’indépendance aux
pays et peuples coloniaux, ainsi que les propos tenus à Alger par le
sous-secrétaire d'Etat américain chargé des affaires du
Proche-Orient et de l'Afrique du Nord, David Welsh, montrent une
révision dans les positions, du moins dans les formes.
Par ailleurs, le
pessimisme affiché ouvertement par l'envoyé personnel du secrétaire
général de l'ONU, Peter Van Walsum, et surtout le discours tranché,
voire même de guerre, développé récemment par Rabat, visent à donner
l’impression que la situation est devenue ingérable. Cela pourrait
inspirer les grandes puissances, celles-là même qui sont alignées
sur les thèses marocaines, en les poussant à redoubler leurs
pressions, en avril 2008, au sein du Conseil de sécurité et à faire
passer le plan d'autonomie du Makhzen.
La campagne
internationale, lancée dernièrement, pour faire la lumière sur la
situation des droits de l’homme au Sahara occidental et sur les
conséquences de l’aggravation de la répression dans les territoires
occupés sahraouis, aura un impact certain dans la balance des
décisions prochaines. Comme d’ailleurs la réaction des autorités
algériennes devant ces appels pour relancer la machine grippée de
l’Union du Maghreb arabe (UMA). Des appels qui ne visent ni plus ni
moins qu’à venir en aide au Maroc et à le sortir de son isolement.
Z’hor Chérief
Haut
Les Arabes à la veille du sommet de Damas
Divisions et
surenchères
Mission impossible
est celle que s’apprêtent à accomplir les Arabes au prochain sommet.
En effet, comment, devant un agenda aussi chargé que diversifié,
retrouver la sécurité au Darfour, réinventer la trêve en Somalie,
aider à dépasser la crise libanaise, repenser la stabilité en Irak,
lever le blocus imposé à la Syrie et réconcilier les frères ennemis
en Palestine ?
Autant de dossiers
qui interpellent les chefs d’Etats arabes. Des problèmes aussi
compliqués les uns que les autres et auxquels les Arabes qui se
réuniront le 29 mars à Damas sont appelés à trouver des solutions
ou, à défaut, suggérer les voies pour leur règlement. Jamais le
Monde arabe, cible de toutes les convoitises, abasourdi par des
menaces patentes, n’a été confronté à tant de dilemmes. C’est pour
la première fois dans leur histoire, c'est-à-dire durant les 29
sommets , entre ordinaires et extraordinaires, organisés depuis 1946
jusqu’en 2007, que les arabes déboussolés s’enlisent davantage dans
des conflits interarabes glissant comme sur du sable mouvant.
Toutefois, malgré
un agenda chargé, les dirigeants arabes semblent plus préoccupés par
l’ordre de priorité. Pourtant tous les dossiers sont aussi
compliqués les uns que les autres. Tous les dossiers, déférés des
sommets précédents ou nouveaux, urgent. A commencer par celui de
l’Irak, un pays qui n’a pas retrouvé la stabilité et la démocratie
promises il y a cinq ans déjà, la région du Sahel (Mauritanie,
Algérie et Libye côté arabe) sous la menace de l’insécurité
transfrontalière et des manœuvres autour du déploiement d’un
commandement militaire américain dans la région (l’Africom, installé
actuellement à Bruxelles). A proximité, le heurt soudanais avec le
Tchad depuis le triste épisode des enfants de l’arche de Zoé menace
aussi d’un embrasement certain.
Le temps des
incertitudes
Compte tenu du
contentieux syro-égypto-saoudien sur le chapitre libanais et son
corollaire syro-iranien, il est fait état de tentatives de faire
avorter la tenue du sommet. En effet, il n’est pas certain que
d’ici la date fatidique du 29 mars le sommet se tiendra. Ce qui, au
demeurant, n’est pas fait nouveau. Il est avancé que certains
souverains et chefs d’Etat arabes ne prendront pas le chemin de
Damas. Les divergences sont telles qu’elles se matérialisent, depuis
Khartoum, par le boycott des sommets par certains chefs d’Etat et
souverains qui bouderaient de certaines capitales. Ce sentiment de
refoulement mutuel alimenté par la prétention de leadership minimise
l’intérêt de ces réunions de haut niveau consacrées fondamentalement
à prendre des décisions d’intérêt commun. Mais ce qui devait être
considéré, à l’instar de grands regroupements régionaux, comme
rituel sacré est désormais perçu comme une corvée par ceux-là même
qui ont fondé la Ligue autour de préceptes unionistes nobles. Par
conséquent, en dépit des assurances de certains dirigeants, le
risque du report du sommet plane toujours. Car l’intention des
Saoudiens et des Egyptiens de le boycotter hypothèque a fortiori les
chances de réussite de la solidarité arabo-arabe. Une solidarité à
reconstruire afin de se rendre à l’évidence et de transcender le
sentiment individuel afin de dialoguer et de discuter des issues aux
problèmes de la nation, même dans la divergence de points de vues
sur les «plaies» arabes. Les conditions dans lesquelles se font les
préparatifs dénotent d’un échec annoncé, voire programmé, du 19e
sommet qui ne sera forcément pas celui de la Palestine, encore moins
celui de l’occupation irakienne. Aussi faut-il se demander, au cas
où les Arabes iraient désunis à un sommet décisif, si deux ou trois
jours suffiront pour passer en examen les dossiers mis sur la table.
L’éternel
casse-tête arabe
L’ordre des
priorités sera manifestement un autre casse-tête ajouté aux
questions préoccupantes du manque d’entente entre Arabes. A
commencer par le Liban. L’imposante Syrie est accusée d’être
derrière le blocage de l’élection d’un président, via ses alliés à
Beyrouth. Opposants et alliés du pouvoir n’ont pu s’entendre sur la
date d’investiture du général Ely Souleymane qui incarne l’homme du
consensus. Le pays du Cèdre est transformé, après la guerre contre
Israël, en tranchées qui rappellent le sinistre spectre de la guerre
civile. Ceci dit, combien l’héritage d’Emile Lahoud est lourd, voire
empoisonné.
La crise au
Darfour qui aura bouclé cette année ses vingt ans, n’a jusque-là pas
fini d’en découdre avec le contentieux nord-sud dont les retombées
ne cessent de s’alourdir et chevauche un autre litige, le voisinage
avec le Tchad. La Somalie, après avoir affronté l’armée éthiopienne
s’est vue confrontée à une guerre civile visiblement inextricable
entre le pouvoir en place et les «taliban» locaux, qu’on appelle
groupes islamiques. Quant aux Palestiniens, ils payent les frais
d’une démocratie sous occupation, qui de plus a mal tourné. La
guerre entre factions a affaibli le front interne et a
paradoxalement renforcé Israël, qui divise de plus en plus la vision
arabe sur la question palestinienne. Le Hamas, vainqueur d’élection
libre, a suffi pour torpiller le processus d’Oslo, «amélioré»
récemment à Annapolis et pulvériser l’utopique compromis arabe.
Entre
médiations et pressions
Le Conseil des
ministres arabes a siégé la semaine dernière pendant trois jours,
dans une ambiance délétère, pour décider du projet d’ordre de jour
recueillant le prétendu quorum requis. Les ministres des AE ont
arrêté quatre points fondamentaux : le Darfour, la Somalie, les
sanctions imposées contre la Syrie et la nécessité de trouver une
solution à la vacance de la présidence au Liban. Par souci de ne pas
perturber les négociations entre Palestiniens et Israéliens, la
question semble être reléguée en second plan dans ces pourparlers
arabes. La logique veut que la non-inscription de la question
palestinienne obéisse au vœu américain afin de préserver les acquis
sur le prétendu processus de négociations Abbas-Olmert.
La tournée au
Maghreb et au Proche-Orient de David Welsh, sous-secrétaire du
département d’Etat américain, est pour beaucoup dans ce
remue-ménage. Et à vrai dire, les arabes ne pourraient ajouter plus
qu’ils en ont fait au dossier palestinien après le sommet arabe de
Riyad, en mars 2007, à l’occasion du 19e Sommet qui a
décidé de relancer une initiative de paix avec l'Etat hébreu. Les
résolutions entérinées par les chefs d'Etat ou leurs représentants,
en premier lieu celle sur cette initiative de paix arabe, adoptée à
l'origine en 2002, n’a pas apporté les résultats escomptés. Il va
sans dire que l’occupation américaine en Irak s’inscrit dans le même
ordre d’idées afin de ne pas désobliger l’allié des monarchies du
Golfe, les USA.
Les préparatifs
s’annoncent enthousiastes de part et d’autre. Côté organisateur, la
Syrie promet des retrouvailles réussies, alors que les hôtes de leur
côté, se disent optimistes quant à l’issue honorable du sommet.
Simple courtoisie ou propos de diplomate ? Il faut attendre pour
voir. L’Algérie, représentée à chaque rendez-vous par une très
importante délégation, déploie d’énormes efforts pour rapprocher les
points de vue, rame souvent à contre-courant pour dissiper les
impondérables. Mais les expériences vécues après Beyrouth, Tunis et
Riyad en passant par Alger et Khartoum renseignent sur la faiblesse
des Arabes à choisir leur destin et non le subir. A proprement dire,
les décisions arabes généralement bien énoncées dans de longues
résolutions tiennent à la réaction de Washington, pour être
avalisées et mises en application. Notons qu’à la veille du sommet
d’Annapolis, Mme Condoleeza Rice a déployé de grands
efforts pour convaincre le Monde arabe et les alliés de s’unir
autour de la question de la paix au Proche-Orient et a même dicté la
ligne de conduite à adopter par chacun des participants.
Espoir et
appréhensions
La crainte des
observateurs est que les sommets arabes, qui se suivent et se
ressemblent, risquent, à force d’absence de lucidité, de transformer
la Ligue arabe en un mur des pleurs arabes ou en un pendoir sur
lequel on étale son linge sale pour laisser ensuite le temps au
temps de s’en occuper.
Au-delà de la
photo de famille, les Arabes n’ont pas compris encore qu’il n’est
pas interdit d’être en désaccord, mais d’être faible pour l’exprimer
en face-à-face pour mettre l’accent sur les divergences et les
points sur les «i». Le boycott ne servira personne, notamment pas
les peuples qui aspirent à une bonne gouvernance et non à la
démission.
Les sommets arabes
se transforment au fur et à mesure que les malentendus s’ancrent
davantage dans nos mœurs et rendent caduques toutes les bonnes
volontés d’espérer solutionner nos problèmes. Pis, l’appréhension
est que les conclaves annuels ne se transforment en un espace pour
les rendre plus compliqués. Quand pourrons-nous transformer les
échecs répétitifs en rampe de lancement vers des lendemains
meilleurs, sans surenchère ni déchirement ?
Salah Bey
Haut
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